Les marques de valeur
sur le monnayage républicain
As · Denier · Once · Système tri-métallique · République romaine
Cet article a pour but de répondre à de nombreuses questions sur la valeur faciale des monnaies romaines et de corriger quelques contre-vérités rencontrées dans des cours de numismatique antique. Les différentes réformes monétaires de la période n’y sont pas traitées.
Contrairement à l’Empire, où aucune indication de valeur n’apparaît sur les monnaies, la République romaine marque explicitement la valeur faciale. Le X que l’on trouve derrière la tête de Roma sur les deniers n’est pas un simple graffiti : c’est le chiffre romain 10, pour 10 as. De même, les as portent la marque I au droit ou au revers. Pour simplifier : si l’on comparait à notre système actuel, un as vaudrait un euro, une once un centime, et un denier dix euros.
« Le X que l’on trouve derrière la tête de Roma sur les deniers n’est pas un simple graffiti — c’est le chiffre romain 10, pour 10 as. »
— Christopher Mérat, LesDioscures.com
C’est la réforme fondatrice du système monétaire républicain. Rome crée simultanément le denier d’argent (valant 10 as, marqué X), le quinaire (5 as, V) et le sesterce (2,5 as, IIS). En parallèle, une série d’aurei en or est émise en trois valeurs — 60, 40 et 20 as — portant tous un aigle aux ailes déployées au revers. L’as de bronze est simultanément réduit au standard semilivral (environ 13,6 g). Ce système tri-métallique unifié remplace les émissions disparates des années précédentes et s’impose comme l’étalon de la numismatique républicaine pour les deux siècles suivants.
Vers 141 av. J.-C., le denier est officiellement réévalué de 10 à 16 as. La marque X est remplacée par XVI — ou par un X barré (⊗) sur les exemplaires de transition. Cette réforme est rendue nécessaire par la dépréciation progressive de l’as de bronze, dont le poids n’a cessé de diminuer depuis 211 av. J.-C. (standard oncial vers 89 av. J.-C.). Le quinaire passe corrélativement à 8 as. Le sesterce d’argent disparaît progressivement de la circulation à cette époque.
La Guerre Sociale (91–87 av. J.-C.) entraîne une frappe massive de deniers pour financer les opérations militaires — c’est dans ce contexte qu’apparaissent les grandes séries de Calpurnius Piso Frugi et de Vibius Pansa, abondantes dans les trésors gaulois. La lex Plautia Papiria (89 av. J.-C.) réduit l’as au standard oncial (une once, environ 27 g théoriques, mais de fait bien moins). Le bronze perd définitivement son rôle de métal monétaire principal au profit de l’argent.
Jules César impulse une nouvelle politique monétaire en frappant des aurei à un standard plus élevé (environ 8 g, soit 40 as réévalués), amorçant la transition vers le système impérial. Le denier d’argent reste la pièce centrale, mais son poids commence à fluctuer selon les émetteurs. Cette période voit également la multiplication des émissions militaires — deniers des légions de Marc Antoine, émissions de Pompée, de Brutus — qui perturbent la normalisation du monnayage et préfigurent les réformes d’Auguste.
Auguste met fin au système républicain en instaurant un nouveau cadre monétaire cohérent : l’aureus en or (1/40 de livre, ~7,9 g), le denier d’argent (1/84 de livre), le sesterce et le dupondius en orichalque (alliage de cuivre et zinc), l’as en cuivre pur. Les marques de valeur disparaissent des monnaies impériales — seule l’iconographie permet désormais l’identification. Ce système, radicalement différent de celui de la République, durera jusqu’au IIIe siècle apr. J.-C.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974.
- Burnett, A., Coinage in the Roman World, Seaby, Londres, 1987.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres.
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