Paul Emile
Lucius Aemilius Paulus · Gens Aemilia · Cannes 216 av. J.-C. · Pydna 168 av. J.-C. · Iconographie numismatique
Le nom Paul Emile recouvre deux figures de la gens Aemilia, l’une des familles patriciennes les plus illustres de Rome, liees par le sang et separees par cinquante ans d’histoire : le pere, Lucius Aemilius Paulus, consul tombe glorieusement a la bataille de Cannes le 2 aout 216 av. J.-C., et le fils, Lucius Aemilius Paullus Macedonicus, vainqueur de Persee de Macedoine a Pydna en 168 av. J.-C. — le triomphe qui effaca l’humiliation de Cannes et porta la gens Aemilia au sommet de sa gloire.
Ces deux hommes sont reunis sur le denier RRC 415/1, frappe en 62 av. J.-C. par leur descendant, le monetaire Lucius Aemilius Lepidus Paullus. Au revers, Paul Emile le Macedonien se tient devant un trophee, pendant que Persee et ses deux fils lui font face, enchaines. La legende TER (tertio) rappelle le troisieme triomphe de l’ancetre — le triomphe sur la Macedoine qui dura trois jours et deverse dans le tresor romain un butin sans precedent. C’est la numismatique comme memoire familiale : graver l’histoire dans l’argent pour que les ancetres continuent de parler.
« Paul Emile, blesse, refusa le cheval qu’on lui offrait pour fuir. Il combattit jusqu’a epuisement, seul contre un flot d’ennemis, et mourut les armes a la main. »
— D’apres Tite-Live, Histoire romaine, XXII, 49 — sur la mort de Lucius Aemilius Paulus a Cannes, 2 aout 216 av. J.-C.
Peinte en 1773 par John Trumbull — futur peintre de la Revolution americaine, alors age de 17 ans — cette huile sur toile represente le moment precis ou Paul Emile le pere, blesse, refuse le cheval qu’un tribun militaire lui offre pour fuir. La scene, tiree de Tite-Live, en fait le symbole ultime du sacrifice republicain romain : le general qui prefere mourir avec ses soldats plutot que de survivre dans la honte.
L’oeuvre inscrit la scene dans la lumiere chaude et sanglante de l’apres-midi du 2 aout — la lumiere de la defaite. Au fond, la bataille est deja perdue : on apercoit les formations romaines disloquees, encerclees par le double enveloppement d’Hannibal. Paul Emile, debout au centre, incarne la seule chose que Cannes n’a pas detruite : l’honos romain.
Le triomphe de Paul Emile le Macedonien apres Pydna fut l’un des plus fastueux de l’histoire romaine. Selon Plutarque, il dura trois jours complets : le premier, on defila les statues, les tableaux et les oeuvres d’art capturees ; le deuxieme, les armures et les armes macedoniennes ; le troisieme, les richesses en or et en argent. Paul Emile lui-meme fermait le cortege sur son char, suivi du roi vaincu Persee de Macedoine et de ses deux fils enchaines — la scene exacte representee au revers du denier RRC 415/1.
Ce tableau restitue la magnificence de ce cortege triomphal : la foule de Rome massee le long de la Via Sacra, les prisonniers macedoniens charges de chaines, le butin gigantesque des tresors royaux. L’image du triomphe romain — cette institution qui transformait la violence de la guerre en spectacle politique sacre — n’a pas de manifestation plus eloquente que ce defile de trois jours.
Le denier Aemilia (RRC 415/1, 62 av. J.-C.) est une synthese familiale en argent : le monetaire Lucius Aemilius Lepidus Paullus grave a l’avers le buste de Concordia et son propre nom, et au revers Paul Emile le Macedonien debout devant un trophee militaire, avec Persee et ses deux fils enchaines. La legende TER (tertio) rappelle que l’ancetre avait triomphe trois fois. C’est l’un des deniers les plus narrativement charges de toute la Republique — un condense d’histoire familiale et de propagande politique.
En 62 av. J.-C., frapper cette monnaie n’est pas anodin. Rome traverse une periode de tensions extremes : le scandale de la Bona Dea, les rivalites entre Cesar, Pompee et Crassus, une Republique qui chancelle. En rappelant la gloire militaire et la piete ancestrale de la gens Aemilia, le monetaire Lepidus Paullus revendique un heritage politique precieux — celui des grandes familles republicaines qui avaient fait Rome par l’epee et la discipline.
References : RRC 415/1 · B. (Aemilia) · Syd. 926 · Atelier : Rome · Matiere : Argent · Gens Aemilia
- Tite-Live, Histoire romaine, XXII — livre consacre a Cannes, recit de la mort de Lucius Aemilius Paulus, contraste avec la fuite de Varro.
- Polybe, Histoires, III, 107–117 — analyse tactique de Cannes, la plus precise des sources antiques sur le double enveloppement d’Hannibal.
- Plutarque, Vie d’Emile Paul — biographie de Lucius Aemilius Paullus Macedonicus, sources les plus completes sur Pydna et le triomphe de trois jours.
- Tite-Live, Histoire romaine, XLIV–XLV — recit de la campagne de Macedoine, de Pydna et de la fin du royaume de Persee.
- Appien, Guerres de Macedoine, XIX — synthese sur les guerres macedoniennes et le role d’Aemilius Paullus.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge, 1974 — RRC 415/1 ; notice sur le denier Aemilia et son iconographie triomphale.
- Babelon, E., Description des Monnaies de la Republique Romaine — (Aemilia) ; analyse de Concordia et du revers Persee/Paul Emile.
- Goldsworthy, A., Cannae, Cassell, 2001 — analyse de la bataille et du role de Paulus.
- Hammond, N.G.L., The Macedonian State, Oxford, 1989 — contexte de la troisieme guerre macedonienne et de Pydna.
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