Pompée le Grand
Cnaeus Pompeius Magnus · 106–48 av. J.-C. · Iconographie numismatique · République romaine
Pompée, dit Pompée le Grand (Cnaeus Pompeius Magnus), est un général et homme d’État romain né le 29 septembre 106 av. J.-C. dans le Picenum — actuelle région des Marches — et mort le 28 septembre 48 av. J.-C. sur une plage d’Égypte. Stratège de génie, populaire auprès du peuple, il domine la scène politique romaine pendant deux décennies avant de s’effondrer face à Jules César. Sa trajectoire est l’une des plus documentées par la numismatique républicaine : ses portraits et ses titres ornent aurei, deniers et asses frappés de son vivant et longtemps après sa mort.
Fils du général Cnaeus Pompeius Strabo, Pompée hérite à 19 ans de la fortune et des réseaux de son père. Dès 83 av. J.-C., il lève une armée privée pour soutenir Sylla contre les partisans de Marius. À 23 ans, ses victoires en Italie, en Sicile et en Afrique lui valent le cognomen exceptionnel de Magnus — « le Grand » — inspiré d’Alexandre le Grand, un parallèle qu’il cultivera toute sa vie dans son image publique et sur ses monnaies.
« Cesse de citer les lois — nous portons des épées. »
— Pompée le Grand, rapporté par Plutarque, Vie de Pompée
Ce buste est l’une des représentations les plus fiables de Pompée, identifiée par recoupement avec les portraits monétaires. Le visage charnu, les joues pleines et la coiffure caractéristique — trois mèches retombant sur le front — permettent une identification certaine. Les Anciens eux-mêmes rapportaient que Pompée soignait cette coiffure pour évoquer celle d’Alexandre le Grand, signal visuel délibéré de sa grandeur militaire.
Cette même coiffure se retrouve sur les deniers et aurei frappés en son nom : la cohérence entre portrait sculpté et portrait monétaire révèle une stratégie de communication visuelle parfaitement maîtrisée, préfigurant les pratiques impériales augustéennes.
Cette toile baroque représente l’assassinat de Pompée sur les côtes égyptiennes, le 28 septembre 48 av. J.-C. Trahi par les conseillers du jeune Ptolémée XIII qui espèrent s’attirer les faveurs de César, Pompée est poignardé dans une barque par Lucius Septimius, un ancien soldat qui avait servi sous ses ordres — trahison ultime qui résume la solitude du vaincu.
Là où la sculpture antique célébrait le triomphateur couronné et rayonnant, la peinture baroque choisit délibérément le moment de la chute. Cette opposition iconographique — le vainqueur du quadrige versus la victime trahie — condense à elle seule toute la trajectoire de Pompée : de l’homme qui se comparait à Alexandre au général sans sépulture sur une plage étrangère.
Contrairement aux divinités, les attributs de Pompée sur les monnaies relèvent du registre triomphal et sacerdotal. Chaque symbole gravé est un argument politique : il vise à asseoir simultanément l’autorité militaire, la légitimité religieuse et le prestige dynastique d’un homme qui transgresse les normes républicaines en s’affichant de son vivant sur le métal précieux.
C’est l’aureus RRC 402/1 qui concentre le plus grand nombre de ces attributs dans une même frappe, constituant un véritable manifeste dynastique. Représenter un commandant vivant dans un quadrige triomphal était, à l’époque républicaine, un acte d’autopromotion sans précédent qui préfigure directement les pratiques impériales.
Cet aureus est l’une des pièces les plus remarquables de toute la numismatique républicaine. Représenter un commandant vivant dans un quadrige triomphal, couronné par la Victoire et identifié par son seul cognomen MAGNVS, était un acte d’autopromotion sans précédent — une transgression directe des normes aniconiques de la République. Cet aureus préfigure les portraits impériaux de quelques décennies à peine.
La datation reste débattue : Mommsen la place en 81 av. J.-C. après le triomphe d’Afrique (hypothèse la plus solide, la tête d’Afrique à l’avers étant une référence directe à cette campagne), d’autres auteurs optant pour 71 av. J.-C. (après la guerre sertorienne) ou 61 av. J.-C. (après les campagnes d’Orient). Dans tous les cas, la monnaie devient ici un support de gloire personnelle — rupture fondamentale avec l’usage républicain.
Le tableau symbolique est d’une richesse exceptionnelle. L’association lituus + præfericulum signale que Pompée cumule deux dignités sacerdotales, conférant à son action militaire une caution divine. Le cognomen MAGNVS affiché seul, sans praenomen ni nomen, est une marque d’arrogance délibérée : Pompée n’a besoin d’aucun autre nom pour être reconnu.
La présence du fils Cnaeus sur un des chevaux du quadrige est particulièrement significative : elle introduit une logique dynastique que Rome n’avait pas encore vue sur ses monnaies, annonçant directement les aurei du second triumvirat où les fils de Sextus Pompée reprendront exactement ce registre.
Lors de la guerre civile contre César (49–48 av. J.-C.), les forces pompéiennes frappèrent monnaie en Espagne et en Grèce pour financer leurs troupes et affirmer leur légitimité. Ces émissions constituent un témoignage direct de la propagande de guerre républicaine, où le nom de Pompée vaut programme politique.
Ce denier associe à l’avers la tête de Numa Pompilius — revendication ancestrale de la gens Calpurnia qui se disait descendue de Calpus, fils de Numa — et au revers une proue de navire de guerre rappelant les victoires navales de Pompée contre les pirates ciliciens (67 av. J.-C.) et sur Mithridate. La légende MAGNVS PRO COS rappelle son titre officiel en Espagne depuis 55 av. J.-C. Même en fuite, le nom de Pompée demeurait un étendard suffisant pour légitimer une armée en campagne.
Pompée s’impose comme l’un des plus grands généraux romains grâce à une série de campagnes qui lui valent le privilège exceptionnel de trois triomphes sur trois continents — un record jamais atteint sous la République. En Sicile et en Afrique (82–81 av. J.-C.), il chasse les marianistes et se voit décerner le titre d’imperator qu’il s’arrogera lui-même. En Hispanie (77–72 av. J.-C.), il triomphe du redoutable Sertorius après des débuts difficiles.
Sa plus spectaculaire démonstration est la guerre contre les pirates ciliciens (67 av. J.-C.) : par la Lex Gabinia, il reçoit un commandement extraordinaire sur toute la Méditerranée et nettoie la mer en trois mois grâce à une stratégie de division en secteurs et une politique de clémence inédite. Puis la troisième guerre mithridatique (66–63 av. J.-C.) le porte au sommet : il défait Mithridate VI du Pont, réorganise l’Orient romain, crée les provinces de Syrie et du Pont — et prend Jérusalem, entrant dans le Saint des Saints, acte perçu comme sacrilège par les Juifs.
De retour d’Orient en 62 av. J.-C., Pompée se heurte à l’hostilité du Sénat qui refuse de ratifier ses arrangements orientaux et de distribuer des terres à ses vétérans. Frustré, il s’allie à César et Crassus dans le Premier Triumvirat (60 av. J.-C.), alliance scellée par le mariage de Pompée avec Julia, fille de César, en 59 av. J.-C. La mort de Julia en 54 av. J.-C. et celle de Crassus à Carrhes en 53 av. J.-C. brisent les liens. En 52 av. J.-C., le Sénat fait de Pompée un consul unique pour rétablir l’ordre — paradoxe républicain ultime.
Le Rubicon est franchi en janvier 49 av. J.-C. Pompée, dont l’armée n’est pas prête, évacue Rome puis l’Italie. La guerre civile se joue à Pharsale en août 48 av. J.-C. : son armée, numériquement supérieure, est écrasée par les légions aguerries de César. Pompée fuit vers l’Égypte, où il est assassiné le 28 septembre 48 av. J.-C. par des traîtres qui espèrent plaire au vainqueur. César, dit-on, pleura en recevant sa tête.
La mort de Pompée ne signifie pas la fin du mouvement pompéien. Ses deux fils poursuivent la lutte républicaine en exploitant le capital symbolique du nom paternel — et la monnaie est leur principal vecteur de propagande. Cnaeus Pompée le jeune rassemble les débris du parti en Espagne après Thapsus (46 av. J.-C.) mais est tué à Munda en 45 av. J.-C. Son denier (RRC 469/1), frappé à Cordoue, montre son débarquement en Espagne — appel direct au soutien local d’une région acquise aux Pompéiens.
Sextus Pompée, le cadet, se révèle le plus tenace. Maître de la Sicile, de la Sardaigne et de la Corse, il se surnomme fils de Neptune et bloque le ravitaillement en blé de Rome. Son monnayage (RRC 511) est d’une richesse exceptionnelle : il y arbore le portrait de son père comme garantie de légitimité tout en revendiquant ses propres victoires navales. Finalement vaincu par Octave et Agrippa à Nauloque en 36 av. J.-C., il est exécuté en 35 av. J.-C. à Milet — dernière scène d’une saga dynastique de près de trente ans.
Pompée le Grand — émissions directes
Les fils de Pompée
Contexte politique — Triumvirat et guerre civile
- Plutarque, Vie de Pompée — biographie la plus complète de l’Antiquité, source principale sur sa psychologie, ses campagnes et sa mort.
- Appien, Les Guerres civiles, II — récit détaillé de la guerre contre César, de Pharsale et de l’assassinat en Égypte.
- Cicéron, Pro lege Manilia & Lettres à Atticus — témoignage contemporain et partisan sur Pompée par son allié.
- César, Bellum Civile — version adverse de la guerre civile, précieuse pour les opérations militaires et la propagande césarienne.
- Dion Cassius, Histoire romaine, XXXVI–XLII — source tardive mais documentée sur les campagnes et la politique de Pompée.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 402/1 (aureus), 446/1, 469/1, 478/1, 511.
- Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — gens Pompeia, commentaires historiques sur l’aureus et les deniers pompéiens.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres.
- Welch, K., Magnus Pius : Sextus Pompeius and the Transformation of the Roman Republic, Swansea, 2012.
- CRRO — RRC 402/1 Aureus Pompée le Grand
- British Museum — Aureus Pompée (collection en ligne)
- LesDioscures.com — Jules César face à Pompée · Chronologie monétaire
- CRRO — Coinage of the Roman Republic Online
- Gallica — Bibliothèque nationale de France
- LesDioscures.com — Iconographie numismatique romaine
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