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Priape · Iconographie numismatique · LesDioscures

Priape

Dieu de la fertilité & des jardins · Mutinus Titinus · Iconographie numismatique · République romaine

Nature Divinité agraire
Origine Grecque · Lampsaque
Parenté Dionysos & Aphrodite
Attributs Phallus · Faucille · Fruits
Monnaies RRC 341/1 · 341/2

Priape est avant tout une divinité agraire, protectrice des jardins, des vergers, des vignes et des troupeaux. Fils de Dionysos et d’Aphrodite selon la tradition la plus répandue, il naît à Lampsaque, sur l’Hellespont, en Asie Mineure — ville qui demeurera le principal foyer de son culte avant que celui-ci ne se répande vers la Grèce, puis vers Rome. Sa marque distinctive : un phallus démesuré, signe à la fois de fertilité et de puissance protectrice, qui fait de lui une figure à la fois sacrée et comique dans le panthéon gréco-romain.

Dans la tradition romaine, Priape est assimilé à Mutinus Titinus (ou Mutunus Tutunus), une divinité italique archaïque dont le nom évoque les mêmes réalités. Cette équivalence est attestée par Festus, qui rapporte que le dieu possédait à Rome un temple sur la Vélia où les matrones venaient sacrifier revêtues de robes prétextes, et où les jeunes mariées offraient symboliquement le tribut de leur virginité — rite nuptial de propitiation de la fécondité. Sur les monnaies républicaines, Priape / Mutinus Titinus apparaît notamment sur les émissions de la gens Titia, dans un jeu de type parlant liant le nom du dieu à celui du magistrat monétaire.

« Mutinus Titinus est l’équivalent romain de Priape, dieu de la procréation, dont le culte reflète la fécondité sacrée sur laquelle reposait la vie agraire de Rome. »

— Festus, De verborum significatione, d’après Verrius Flaccus
✦ Représentations remarquables
R1 Statuette de jardin — Priape ithyphallique tenant une corne d’abondance Époque romaine · Ier – IIe siècle ap. J.-C.
Statuette de Priape, fresque de Pompéi, Musée archéologique national de Naples
Priape pesant son phallus · Fresque de la Maison des Vettii, Pompéi · Ier s. ap. J.-C. · Musée archéologique national de Naples · Domaine public

L’iconographie la plus caractéristique de Priape dans le monde romain est celle de l’homme barbu au phallus démesuré, souvent représenté soulevant sa tunique pour révéler son attribut, ou pesant celui-ci avec une balance — image à la fois grotesque et sacrée. Sur les fresques de Pompéi, notamment la célèbre peinture de la Maison des Vettii, Priape est représenté en protecteur du foyer, son phallus mis en balance avec un sac d’or, symbole de richesse et de prospérité.

Dans les jardins romains, les statuettes de Priape en bois de figuier peint en rouge étaient omniprésentes : figures à la fois épouvanteuses pour les voleurs et propitiatoires pour la récolte. Le caractère apotropaïque du phallus surdimensionné en faisait le gardien naturel des espaces cultivés.

R2 Pégase sur les monnaies de Lampsaque — La double empreinte du culte priapique IVe – IIIe siècle av. J.-C.

Lampsaque, berceau du culte de Priape sur l’Hellespont, frappait des monnaies dont le Pégase constituait le type caractéristique. Ce lien entre le cheval ailé et le dieu de la fertilité n’était pas fortuit : Pégase figurait aussi sur les deniers républicains romains de Quintus Titius — le même magistrat qui choisit la tête de Mutinus Titinus (Priape) à l’avers. Babelon notait que cette analogie s’expliquait non par une imitation servile, mais par une communauté de culte entre Rome et Lampsaque, qui produisait naturellement des figures semblables pour les mêmes divinités.

Le Cabinet des Médailles de Paris conserve un buste de marbre à double tête — forme comparable à Janus — dont l’une représente Bacchus imberbe couronné de lierre et l’autre le dieu priapique Mutinus Titinus, ailé, à la barbe cunéiforme. Cette association de Bacchus et de Priape traduit leurs liens cultuels profonds : tous deux présidents à la fécondité de la vigne et aux mystères dionysiaques.

✦ Attributs iconographiques
01 Les emblèmes de Priape / Mutinus Titinus Sculpture · Peinture · Numismatique

L’iconographie de Priape est l’une des plus cohérentes et reconnaissables du panthéon gréco-romain. Ses attributs combinent fécondité rurale et puissance apotropaïque — la capacité d’éloigner le mal et de protéger l’espace sacré des jardins et des demeures.

🌾 Phallus ithyphallique Attribut central et signe de reconnaissance immédiat, à la fois symbole de fécondité et talisman apotropaïque.
🌿 Corne d’abondance Débordant de fleurs et de fruits — productions des jardins dont il est le protecteur attitré.
🗡️ Faucille / Bâton Outil agricole symbolisant son rôle de gardien des récoltes, parfois arme contre les voleurs de jardins.
🎩 Bonnet phrygien Coiffe d’origine orientale rappelant ses racines mysiennnes et son caractère de dieu venu d’Asie Mineure.
👑 Diadème ailé Attribut spécifique de Mutinus Titinus sur les deniers de Quintus Titius — barbe cunéiforme et ailerons caractéristiques.
🐴 Pégase (revers) Associé à Lampsaque, berceau du culte. Présent sur les monnaies de Quintus Titius en référence à la communauté cultuelle entre Rome et Lampsaque.

Sur les monnaies républicaines, Priape est représenté sous sa forme romaine Mutinus Titinus : tête barbue coiffée d’un diadème ailé, à droite, sans légende. Ce type parlant fait écho au nom de famille Titius, selon la pratique courante des magistrats monétaires romains qui jouaient sur des similitudes sonores entre leurs cognomina et les divinités représentées.

✦ Représentations numismatiques républicaines
⚡ Seule représentation républicaine identifiée de Priape / Mutinus Titinus

L’effigie de Mutinus Titinus (Priape) n’apparaît que sur les émissions de Quintus Titius, vers 90 av. J.-C. — un cas unique dans tout le monnayage de la République romaine. Ce choix iconographique n’est pas anodin : le nom du dieu (Mutinus Titinus) offrait une résonance évidente avec le nomen du monétaire, suivant la tradition des types parlants. Le chef gaulois Tatinos des Rutènes copiera fidèlement cette tête sur son bronze, reconnaissant dans cette image une puissance divine à s’approprier.

M. Crawford a recensé pour ce type une estimation de 252 coins de droit et 280 coins de revers, témoignant d’une émission significative. Le denier servira de modèle direct au bronze TATINOS des Rutènes (LT. 4383), dont le revers inspirera également le bronze carnute TASGIITIOS (LT. 6295).

02 Denier Titia — Tête de Mutinus Titinus · Pégase 90 av. J.-C.
🏛 Tête barbue de Mutinus Titinus — diadème ailé · Pégase au revers
Denier Titia RRC 341/1, Quintus Titius — avers tête de Mutinus Titinus, revers Pégase
RRC 341/1 · Denier Titia · Quintus Titius · 90 av. J.-C. · Argent · ~3,9 g · BnF / British Museum
🏛 Légendes & description
Avers Anépigraphe Tête barbue de Mutinus Titinus (Priape) à droite, coiffée d’un diadème ailé et à barbe cunéiforme.
Revers Q · TITI sur une base Pégase s’élançant à droite, les jambes arrière posées sur un cartouche inscrit Q · TITI. Différent du magistrat sur tablette en exergue.

Ce denier constitue le seul exemple connu dans la numismatique républicaine d’une représentation identifiée de Mutinus Titinus, l’équivalent romain de Priape. Le choix iconographique est doublement justifié : d’une part, le nom du dieu (Mutinus Titinus) joue sur la consonance avec le nomen Titius ; d’autre part, Pégase au revers renvoie aux monnaies de Lampsaque, centre du culte priapique en Asie Mineure — illustrant la communauté de culte entre cette ville hellénistique et Rome, selon l’analyse de Babelon.

Festus rappelle que Mutinus Titinus possédait à Rome un temple sur la Vélia, où se tenaient des rites nuptiaux : les jeunes mariées y offraient symboliquement leur virginité à la divinité, rite de propitiation de la fécondité conjugale. Ce sanctuaire sera détruit après 27 av. J.-C. — Mutinus Titinus étant l’un des dieux mineurs absorbés ou oubliés lors de la réorganisation augustéenne du panthéon romain.

03 Denier Titia — Tête de Bacchus ou de Liber · Pégase 90 av. J.-C.
🍇 Tête de Bacchus / Liber — couronne de lierre · Pégase au revers

Le second type de denier frappé par Quintus Titius présente à l’avers la tête de Bacchus ou de Liber, couronné de lierre, ordinaire également sur les monnaies grecques de Lampsaque. Le revers conserve le même type : Pégase s’élançant à droite sur la base inscrite Q · TITI.

Cette émission en deux types complémentaires — l’un avec Mutinus Titinus, l’autre avec Bacchus — traduit le lien cultuel profond entre ces deux divinités. Le Cabinet des Médailles de Paris possède un buste à double tête de marbre réunissant précisément ces deux faces : Bacchus imberbe couronné de lierre d’un côté, Mutinus Titinus barbu et ailé de l’autre. Cette association n’est pas fortuite : tous deux président à la fécondité de la vigne, aux initiations mystériques et aux rites de passage. Le choix de Lampsaque comme référence commune souligne que ces cultes partagent une même origine orientale et une même fonction de protection de la fertilité.

🏛 Légendes & description
Avers Anépigraphe Tête de Bacchus ou de Liber à droite, coiffée d’une couronne de lierre.
Revers Q · TITI sur une base Pégase s’élançant à droite — même type que RRC 341/1, lien iconographique avec Lampsaque.
✦ Mythe, culte & réception romaine
04 Naissance de Priape — La malédiction d’Héra Mythologie grecque

Selon la version la plus courante, Priape naît de l’union d’Aphrodite et de Dionysos. Héra, jalouse d’Aphrodite, maudit l’enfant encore dans le ventre de sa mère, le dotant d’un phallus démesuré et d’une apparence repoussante. À la naissance, Aphrodite, ne pouvant supporter la laideur de l’enfant, l’abandonne à Lampsaque, sur l’Hellespont. D’autres traditions lui donnent pour père Hermès, Adonis ou Zeus ; une version fait de lui le fruit des amours d’Aphrodite et d’Adonis durant un voyage de Dionysos en Inde.

Devenu adulte, Priape s’éprend de la nymphe Lotis endormie après une fête — mais l’âne de Silène, en braillant, éveille la nymphe qui prend la fuite. Priape, couvert de ridicule, tue l’animal de rage (ou, dans une autre version, l’âne est vaincu dans un concours de virilité et Dionysos le transforme en constellation). Cette anecdote, narrée par Ovide dans les Fastes, illustre le caractère à la fois puissant et comique de Priape : dieu de la fertilité perpétuellement frustré dans ses désirs.

05 Culte romain de Priape — De Lampsaque à la Vélia IIIe s. av. J.-C. – 27 av. J.-C.

Le culte de Priape, originaire de Lampsaque, se diffuse progressivement vers les îles grecques, la Grande-Grèce, puis vers Rome, où il est assimilé à Mutinus Titinus. Cette divinité italique archaïque, attestée par Varron dans ses Antiquitates diuinarum rerum, présidait aux rites nuptiaux : Festus rapporte que les jeunes mariées venaient dans son temple sur la Vélia offrir symboliquement leur virginité au dieu, rite de propitiation de la fécondité conjugale. Les matrones y sacrifiaient revêtues de robes prétextes.

Les offrandes à Priape variaient selon les saisons — roses au printemps, épis de blé en été, pampre en automne, olives en hiver — confirmant son rôle de dieu de la fertilité agricole autant que de la reproduction humaine. Dans les campagnes, ses statues en bois de figuier, peintes en rouge, gardaient les jardins et les vergers, effrayant les voleurs par leur phallus menaçant. Ce double rôle — protecteur des cultures et symbole de virilité — en fit une figure omniprésente dans la vie quotidienne romaine, des grandes villas aux jardins populaires.

Son temple romain sera démoli après 27 av. J.-C., lors de la réforme religieuse augustéenne. Saint Augustin, s’appuyant sur la notice de Varron, transformera rétrospectivement Mutinus Titinus en Priape pour en faire un argument polémique contre les cultes païens — contribuant paradoxalement à perpétuer la mémoire de ce dieu mineur oublié des Romains eux-mêmes.

06 Le Bronze TATINOS des Rutènes — La copie gauloise du Priape Après 90 av. J.-C.

L’influence de l’iconographie de Mutinus Titinus dépasse les frontières de Rome. Le chef gaulois Tatinos, des Rutènes (peuple du sud du Massif central, dont la capitale était Segodunum — l’actuelle Rodez), a copié fidèlement la tête de Priape du denier de Quintus Titius sur son bronze (LT. 4383). La seule différence notable est que le cavalier du revers tient un objet en forme de croissant — probablement un torque gaulois.

Ce choix iconographique de Tatinos traduit le prestige dont jouissaient les types romains dans le monde gaulois de la fin de la République. Le revers du denier de Quintus Titius inspirera également le bronze carnute TASGIITIOS (LT. 6295). Que Tatinos ait reconnu dans la figure de Mutinus Titinus un équivalent d’une divinité gauloise de la fertilité, ou qu’il ait simplement cherché à reproduire une monnaie romaine prestigieuse dont la consonance du nom du dieu rappelait son propre nom, ces copies témoignent de la circulation des modèles iconographiques à travers le monde méditerranéen et celtique.

✦ Fiches numismatiques liées

Gens Titia — Émissions de Quintus Titius (RRC 341)

Contexte — Monnaies gauloises d’inspiration romaine

📚Notes & Références
  • Festus (Verrius Flaccus), De verborum significatione, p. 142 L — Notice sur Mutinus Titinus et son temple de la Vélia ; rites nuptiaux des jeunes mariées.
  • Varron, Antiquitates diuinarum rerum, XIV — Première description du rite de Mutinus Titinus lors des mariages ; source perdue, connue par les Pères de l’Église.
  • Ovide, Fastes, I, 391-440 — Épisode de Priape et de la nymphe Lotis, interrompus par l’âne de Silène.
  • Ovide, Fastes, VI, 319 sqq. — Tentative de Priape sur la déesse Hestia / Vesta, même dénouement comique.
  • Saint Augustin, De Civitate Dei — Réutilisation polémique des notices de Varron sur Mutinus Titinus / Priape.
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 341/1, 341/2 (Quintus Titius) ; estimation 252 coins de droit, 280 coins de revers.
  • Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine — Titia 2 ; analyse du lien entre Mutinus Titinus, Bacchus et les monnaies de Lampsaque.
  • Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic — n° 691-692 (Titius).
  • Sear, D.R., Roman Coins and their Values — RCV 238.
  • Lhommé, M.-K., De Mutinus Titinus à Priape ou les métamorphoses antiques et modernes d’un dieu oublié, Onomastique et intertextualité dans la littérature latine, Lyon, 2009, pp. 195-220.
Article rédigé par Christopher Mérat
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