LesDioscures.com

More results...

Generic selectors
Exact matches only
Search in title
Search in content
Post Type Selectors
Proserpine · Iconographie numismatique · LesDioscures

Proserpine

Reine des Enfers · Déesse des saisons · Iconographie numismatique · République romaine

Nature Divinité chthonienne
Origine Grecque (Perséphone)
Attributs Grenade · Torche · Épi
Période IIIe – Ier s. av. J.-C.
Culte Mystères · Céréales

ProserpineProserpina en latin, Perséphone chez les Grecs — est l’une des divinités les plus complexes du panthéon romain. Fille de Cérès, déesse des moissons, et de Jupiter, roi des dieux, elle règne à la fois sur la fertilité printanière et sur le sombre royaume des morts. Son enlèvement par Pluton constitue l’un des mythes fondateurs de l’Antiquité, expliquant le cycle des saisons et nourrissant les espoirs eschatologiques de millions de Romains.

Dans la numismatique républicaine, Proserpine n’apparaît que rarement en tant que figure indépendante : elle est bien davantage évoquée par association à sa mère Cérès, dont le culte agricole imprègne de nombreuses émissions. Néanmoins, sa présence se lit en filigrane dans les types iconographiques liés aux divinités chthoniennes, aux Mystères d’Éleusis et aux rites funéraires romains. Son mythe demeure une clé de lecture essentielle pour comprendre le rapport des Romains au cycle de la vie, de la mort et du renouveau.

« Elle cueillait des fleurs dans les prés de Sicile quand Pluton surgit des profondeurs de la terre et l’emporta dans son char aux chevaux noirs, vers le royaume sans retour. »

— Ovide, Métamorphoses, Livre V, v. 395–408
✦ Représentations remarquables
R1 L’Enlèvement de Proserpine — Bas-relief du Bosquet de la Colonnade 1699–1710
Bas-relief de François Girardon représentant l'enlèvement de Proserpine par Pluton, Bosquet de la Colonnade, Versailles
Enlèvement de Proserpine · François Girardon · 1699–1710 · Marbre · Bosquet de la Colonnade, Versailles · Domaine public

Ce bas-relief en marbre, commandé par Louis XIV pour le Bosquet de la Colonnade à Versailles, représente avec une puissance dramatique remarquable le moment où Pluton saisit Proserpine pour l’emporter aux Enfers. La déesse, bras tendus vers la lumière, exprime toute la violence de l’arrachement. Les nymphes et compagnes, pétrifiées d’effroi, encadrent la scène.

L’œuvre de Girardon s’inscrit dans la grande tradition baroque de l’enlèvement — celle inaugurée par le groupe du Bernin à la Galerie Borghèse. Elle illustre à la perfection les attributs iconographiques de Proserpine : la jeunesse, la grâce et l’innocence soudainement interrompues par la violence chthonienne. Ce type de représentation trouve un écho direct dans les émissions monétaires romaines qui associent Cérès en deuil — torche en main, cherchant sa fille — aux thèmes de la fertilité et de la mort.

R2 Proserpine Reine des Enfers — Peinture de Dante Gabriel Rossetti 1874
Proserpine tenant une grenade, peinture pré-raphaélite de Dante Gabriel Rossetti, 1874, Tate Britain, Londres
Proserpine · Dante Gabriel Rossetti · 1874 · Huile sur toile · Tate Britain, Londres · Domaine public

Dans cette œuvre pré-raphaélite saisissante, Rossetti représente Proserpine dans les Enfers, tenant la grenade dont elle a mangé les graines — geste qui l’a liée à jamais au royaume de Pluton. Le regard de la déesse est tourné vers la lumière qui filtre dans l’obscurité, exprimant à la fois la mélancolie de la captivité et la puissance silencieuse d’une reine des ombres.

Cette œuvre diffère radicalement de la représentation de Girardon : là où le bas-relief baroque capture la violence de l’enlèvement, Rossetti s’attache à la psychologie de la divinité après la transformation. La grenade — attribut central de Proserpine, absent ou discret sur les monnaies républicaines mais présent dans les sources littéraires — devient ici le symbole ambigu de la perte et du pouvoir, de la mort et du retour cyclique.

✦ Attributs iconographiques
01 Les emblèmes de Proserpine Monnaies · Sculptures · Fresques

Proserpine partage une grande partie de son iconographie avec Cérès, dont elle est inséparable dans la pensée religieuse romaine. Sur les monnaies républicaines, c’est d’ailleurs le plus souvent Cérès qui est représentée, portant les attributs que la tradition associe aux deux déesses. La distinction n’est pas toujours aisée, et plusieurs types monétaires ont fait l’objet de débats entre les numismates.

🍷 La Grenade Fruit des Enfers. Les graines mangées par Proserpine la condamnent à revenir sous terre chaque année. Symbole de fertilité mais aussi de mort irrévocable.
🔥 La Torche Attribut de Cérès cherchant sa fille dans la nuit. Sur les monnaies, la torche identifie les deux déesses indissociables du cycle agraire et funéraire.
🌾 Les Épis de blé Symbole du retour de Proserpine au printemps, qui coïncide avec la germination des graines. La moisson est le triomphe annuel de la déesse sur les Enfers.
🌸 Les Fleurs Proserpine cueillait des fleurs — notamment des narcisses — lors de son enlèvement. Symbole de l’innocence printanière avant la chute dans le monde souterrain.
👑 Le Diadème Attribut de reine. Dans les Enfers, Proserpine est la souveraine légitime aux côtés de Pluton, une figure redoutée à qui l’on adressait des prières pour les défunts.
🐍 Le Serpent Animal chthonien par excellence, le serpent est parfois associé à Proserpine dans les représentations des Mystères, symbolisant la régénération cyclique.

Dans la numismatique républicaine, ces attributs se fondent avec ceux de Cérès au point que l’identification des bustes féminins voilés — couronnes d’épis, torches — reste souvent incertaine. La distinction Cérès / Proserpine n’était peut-être pas toujours intentionnelle : les deux déesses formaient un couple inséparable dans la piété romaine.

✦ Proserpine dans la numismatique républicaine
⚡ Une présence indirecte mais omniprésente

Proserpine n’apparaît que rarement nommée explicitement sur les monnaies de la République romaine. Sa présence est néanmoins constante à travers le culte de Cérès, dont les types iconographiques évoquent systématiquement la douleur maternelle et le retour cyclique de la fille. Les deniers frappés lors des ludi Ceriales ou associés aux magistratures liées au grain portent en eux la double dimension de la déesse : fertilité et mort, printemps et hiver.

Le mythe de l’enlèvement constitue également l’arrière-plan symbolique des représentations de Pluton et des divinités infernales, dont plusieurs émissions républicaines portent l’écho.

02 Denier Plaetoria · Marcus Plaetorius Cestianus · RRC 405/4ab 69 av. J.-C.
🌸 Buste drapé de Proserpine à droite · Cheveux ornés de coquelicots
Denier Plaetoria RRC 405/4ab — Avers buste de Proserpine aux coquelicots, revers jarre et torche allumée, Marcus Plaetorius Cestianus, 69 av. J.-C.
RRC 405/4ab · Babelon 7 (Plaetoria) · Sydenham 803 · Argent · 69 av. J.-C.
🏛 Légendes & description
Avers Anépigraphe Buste drapé de Proserpine à droite, cheveux ornés de coquelicots ; derrière, marque de contrôle. Grènetis.
Revers M · PLAETORI · CEST · EX · S · C Jarre sacrificielle (capis) et torche allumée ; marques de contrôle dans les champs. Ex Senatus Consulto — frappé par décret du Sénat.

Ce denier constitue l’une des rares représentations explicites de Proserpine dans la numismatique républicaine. Le buste féminin, clairement identifié par les coquelicots ornant sa chevelure — fleurs associées au sommeil, à la mort et à la fertilité agricole —, est celui de la déesse des Enfers et des moissons. La finesse du travail du graveur, notamment dans le rendu des fleurs et du drapé, témoigne d’un soin iconographique particulier.

Le revers est d’une grande richesse symbolique : la capis (jarre à libations) et la torche allumée évoquent conjointement les rites funéraires romains et la quête nocturne de Cérès cherchant sa fille. Ces deux objets sont les instruments des cérémonies liées aux Mystères d’Éleusis et aux cultes chthoniens. Marcus Plaetorius Cestianus, édile curule en 69 av. J.-C., a vraisemblablement choisi ce type pour rappeler les Ludi Cereales ou d’autres jeux agraires dont sa charge lui confiait l’organisation.

La mention EX · S · C (ex Senatus Consulto) indique que cette émission a été autorisée par décret sénatorial — une marque d’importance et de légitimité institutionnelle peu commune pour un denier de cette période.

✦ Le mythe et son influence sur Rome
04 L’enlèvement et le cycle des saisons Mythe · Culte · Religion romaine

Selon le mythe canonique, transmis par Ovide dans les Métamorphoses et les Fastes, puis par Claudien dans le De Raptu Proserpinae, Proserpine cueillait des fleurs en Sicile — près d’Enna, sanctuaire sacré de Cérès — lorsque Pluton surgit de la terre et l’emporta dans son char aux chevaux noirs. Cérès, inconsolable, erra sur toute la terre, torche en main, interrompant la croissance des plantes et plongeant le monde dans la famine.

Jupiter, contraint d’intervenir, ordonna à Pluton de rendre Proserpine. Mais la déesse avait mangé quelques graines de grenade dans les Enfers — geste qui, selon la loi divine, la liait à jamais au royaume des morts. Un compromis fut établi : Proserpine passerait une partie de l’année avec Cérès (printemps et été) et le reste avec Pluton (automne et hiver). Ce cycle explique le rythme des saisons dans la pensée antique.

À Rome, ce mythe se superpose au culte latin de Libera, déesse de la fertilité, associée à Cérès et Liber dans la triade plébéienne du temple de l’Aventin. Cette fusion illustre la capacité de la religion romaine à absorber et à intégrer les cultes étrangers en les adaptant à ses propres structures institutionnelles.

05 Les Mystères et l’espérance de l’au-delà Cultes à mystères · Ier s. av. J.-C.

Les Mystères d’Éleusis, célébrés en Grèce depuis le VIIe siècle av. J.-C. au moins, influencèrent profondément la religiosité romaine à partir du IIe siècle av. J.-C. Ces rites initiatiques, centrés sur le mythe de Déméter-Perséphone (Cérès-Proserpine), promettaient aux initiés une vie heureuse dans l’au-delà, fondée sur la certitude que la mort n’est qu’une transition — comme le retour printanier de Proserpine.

Sur les monnaies républicaines, cette dimension eschatologique se lit dans les types qui associent la symbolique céréalière (épis, torches, couronnes végétales) aux émissions funéraires ou aux magistrats liés au ravitaillement en grain de la plèbe. Le frumentum — le grain — est à Rome bien plus qu’un aliment : il est le signe visible de la faveur divine, de l’ordre cosmique maintenu par Cérès et sa fille.

Plusieurs numismates ont relevé que les émissions des aediles cereales — magistrats responsables de la distribution du grain — choisissent systématiquement des types iconographiques liés à Cérès-Proserpine, soulignant le lien entre la politique frumentaire et le culte de la déesse des moissons.

✦ Fiches numismatiques liées

Divinités agraires et chthoniennes

Monnaies liées au culte céréalier

📚Notes & Références
  • Ovide, Métamorphoses, Livre V, v. 341–571 — récit détaillé de l’enlèvement de Proserpine et du deuil de Cérès.
  • Ovide, Fastes, Livre IV, v. 417–618 — version liturgique du mythe, liée aux Cerealia (12–19 avril).
  • Claudien, De Raptu Proserpinae (IVe s. ap. J.-C.) — épopée latine tardive, la plus développée sur ce sujet.
  • Homère (attr.), Hymne homérique à Déméter — version grecque archaïque du mythe, source de la tradition éleusinienne.
  • Cicéron, De Natura Deorum, II — discussion philosophique sur le culte de Cérès et Proserpine à Rome.
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — référence standard pour tous les types républicains.
  • Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine, Paris, 1885 — identification des types Cérès-Proserpine.
  • Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres — catalogue avec descriptions iconographiques détaillées.
  • Fears, J.R., The Theology of Victory at Rome, ANRW II.17.2, 1981 — sur les divinités tutélaires dans la monnaie républicaine.
Article rédigé par Christopher Mérat
Cet article vous a-t-il été utile ?