LesDioscures.com

More results...

Generic selectors
Exact matches only
Search in title
Search in content
Post Type Selectors
Quintus Labienus Parthicus · Iconographie numismatique · LesDioscures

Quintus Labienus Parthicus

Général républicain · Imperator · Alliance parthe · Iconographie numismatique · République romaine

Nature Personnage historique
Dates † 39 av. J.-C.
Titre Imperator · Parthicus
Gens Atia (ou Labiena)
Père Titus Labienus

Quintus Labienus Parthicus (mort en 39 av. J.-C.) est l’une des figures les plus singulières de la fin de la République romaine : fils du plus brillant lieutenant de César, devenu son plus acharné ennemi, il choisit après la défaite des Républicains à Philippes de s’allier à l’ennemi héréditaire de Rome — les Parthes — pour tenter de renverser le Second Triumvirat.

Son père, Titus Labienus, avait été le pivot des campagnes de Gaule avant de rejoindre Pompée lors de la guerre civile, puis de périr à la bataille de Munda (45 av. J.-C.). Quintus hérita de cette double tradition — excellence militaire et hostilité farouche au parti césarien — et la poussa jusqu’à son terme logique en conduisant une armée parthe à travers la Syrie, la Phénicie et l’Asie Mineure.

Dans la numismatique républicaine, il reste unique : ses monnaies, aureus RRC 524/1 et denier RRC 524/2, frappées en Orient vers 40 av. J.-C., sont parmi les plus rares de toute la série — moins de cinq exemplaires de l’aureus sont connus — et constituent un document de propagande militaire sans équivalent, mêlant symbolique romaine et parthe sur un même flan d’argent ou d’or.

« Il prit le surnom de Parthicus que lui donnent les pièces qu’il fit frapper, en l’honneur de ses succès, pour imiter les généreux romains ; comme ces derniers aussi, il prend le titre d’imperator, et place son effigie sur ses monnaies. »

— Ernest Babelon, Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine
✦ Représentations numismatiques
R1 Aureus 1706AT — Quintus Labienus Parthicus · Bibliothèque nationale de France 40 av. J.-C.
🏇 Portrait imperator · Cheval parthe sellé · Arc et carquois
Aureus RRC 524/1 — Quintus Labienus Parthicus, portrait à droite, cheval parthe au revers, BnF 8.03g
RRC 524/1 · B.1 (Atia) · Syd. 1356 · Or · 40 av. J.-C. · Bibliothèque nationale de France · 8,03 g
🏛 Légendes & description
Avers Q · LABIENVS · PARTHICVS · IMP Tête nue de Quintus Labienus à droite, dans le style du réalisme républicain tardif ; bordure de points.
Revers Anépigraphe Cheval parthe à droite, bridé et sellé ; à la selle sont suspendus un arc dans son étui (gorytos) et un carquois ; bordure de points. Aucune inscription.

Cet aureus est d’une rareté absolue : moins de cinq exemplaires sont répertoriés dans les collections publiques et privées du monde entier. Frappé au sommet de l’aventure orientale de Labienus, il constitue la plus haute expression de sa propagande militaire. L’avers porte le portrait de Quintus dans la tradition du réalisme républicain — gravitas, résolution du visage, légitimation par l’image. Le revers, entièrement anépigraphe, laisse parler la seule iconographie : un cheval de guerre oriental, équipé à la mode parthe, symbole de la cavalerie de 20 000 hommes que Pacorus Ier avait mise à la disposition de l’imperator romain renégat.

L’absence d’inscription au revers est un choix délibéré : le cheval parle pour lui-même. Nul besoin de légende — le gorytos suspendu à la selle, équipement inconnu des montures romaines, dit clairement que cette armée n’est pas romaine. Labienus assume et revendique cette altérité.

R2 Denier 1707AT — Quintus Labienus Parthicus · British Museum 40 av. J.-C.
Denier RRC 524/2 — Quintus Labienus Parthicus, portrait à droite, cheval parthe au revers, British Museum 3.96g
RRC 524/2 · B.2 (Atia) · Syd. 1357 · Argent · 40 av. J.-C. · British Museum · 3,96 g
🏛 Légendes & description
Avers Q · LABIENVS · PARTHICVS · IMP Tête nue de Quintus Labienus à droite ; bordure de points. Le portrait, de style réaliste, souligne la gravitas militaire du personnage.
Revers Anépigraphe Cheval parthe à droite, bridé et sellé, auquel sont attachés un étui à arc et un carquois (gorytos) ; bordure de points.

Le denier reprend exactement le même type iconographique que l’aureus. La gravure soignée — portrait fort, cheval rendu avec précision — suggère un atelier établi, vraisemblablement celui d’Antioche, ville conquise au tout début de la campagne. L’iconographie du cheval oriental, portant le gorytos plutôt que les équipements de la cavalerie romaine, constitue un aveu iconographique remarquable : la force d’invasion était composée d’archers à cheval parthes, et Labienus le revendique sur sa monnaie.

Ces deniers étaient indice de rareté 10+ selon la classification de LesDioscures — le degré maximal — ce qui témoigne de leur rareté extrême dans le commerce numismatique contemporain.

✦ Attributs iconographiques
01 Une monnaie de deux cultures Symbolisme · Propagande · Identité

Les monnaies de Labienus sont les seules de toute la numismatique romaine républicaine à assumer aussi ouvertement une identité biculturelle : avers romain (portrait, titre romain, légende latine) et revers oriental (cheval parthe, équipement de cavalerie légère). Chaque attribut renvoie à une tension précise entre la romanité revendiquée de Labienus et son alliance orientale.

👤 Le Portrait Tête nue dans le style réaliste républicain tardif. Premier général romain à se faire représenter seul sur une monnaie sans référence dynastique ou divine — précurseur des portraits impériaux.
⚔️ PARTHICVS IMP Paradoxe numismatique absolu : ce titre célèbre habituellement une victoire sur les Parthes. Labienus se l’approprie pour signifier qu’il commande avec eux — retournement sémantique délibéré.
🐎 Le Cheval Parthe Monture orientale distincte du cheval romain classique. Sa présence seule au revers — sans cavalier — fait de l’animal l’emblème de la force de frappe, substituant la cavalerie légère aux aigles légionnaires.
🏹 Le Gorytos Étui à arc et carquois combinés, typique de l’équipement parthe, suspendu à la selle. Absent des harnachements romains, il symbolise la fameuse « flèche du Parthe » — tir en fuyant — terreur des légions.
🔇 Revers Anépigraphe L’absence totale d’inscription au revers est un choix fort : le cheval parle seul. Aucun nom de ville, aucun titre, aucune dédicace — la seule iconographie suffit à désigner l’armée et la cause.
🥇 Or et Argent La frappe d’aurei par un général en campagne est exceptionnellement rare dans la République. Elle signale la solvabilité de Labienus et la richesse des soutiens orientaux — argument de recrutement autant que de prestige.
✦ L’aventure orientale · 44–39 av. J.-C.
⚡ Une monnaie frappée hors de Rome, hors du droit romain

Les émissions de Quintus Labienus constituent un cas unique dans l’histoire de la numismatique républicaine : elles ne sont pas frappées par un magistrat monétaire régulier des tresviri monetales urbains, mais par un imperator en campagne, en territoire hostile, pour des besoins militaires immédiats. Crawford (RRC 524) les classe dans les émissions dites d’« imperatores », au même titre que les émissions de Brutus ou de Pompée — monnaies de guerre, légitimes sur le terrain mais illégales selon le droit constitutionnel romain.

L’atelier est vraisemblablement celui d’Antioche, grande métropole syrienne dotée d’infrastructures monétaires permanentes, conquise dès les premières semaines de l’invasion de 40 av. J.-C. La qualité de la gravure et le poids standard confirment un atelier compétent, expérimenté.

02 Origines · La gens Labiena et Titus Labienus Avant 44 av. J.-C.

La gens des Labieni pose un problème d’identification que Babelon reconnaît lui-même : si le nom de Labienus est attesté dans la gens Atia, il pourrait aussi constituer un gentilicium autonome — une famille Labiena — à l’instar des Vetuleni ou des Trebelleni. Cette incertitude explique pourquoi les monnaies sont classées dans la gens Atia par convention.

Le père, Titus Labienus, demeure l’une des figures militaires les plus fascinantes de la fin de la République. Lieutenant indispensable de César dans les Gaules — certains historiens modernes estiment qu’il portait une partie substantielle du génie tactique des campagnes — il rompit spectaculairement avec son général dès 49 av. J.-C. pour rejoindre Pompée, combattit en Espagne et mourut à la bataille de Munda (45 av. J.-C.). Quintus grandit dans l’ombre de ce père à la fois adulé et trahi, héritant d’une haine viscérale du parti césarien.

03 L’ambassade parthe · 43–42 av. J.-C. Cassius · Orodes II · Philippes

Après l’assassinat de César en 44 av. J.-C., Quintus se rallie naturellement aux Libérateurs — Brutus et Cassius — qui lèvent des forces en Orient. À l’hiver 43-42 av. J.-C., Cassius charge Quintus d’une mission diplomatique de la plus haute importance : traverser l’Euphrate et négocier une alliance militaire avec le roi parthe Orodes II et son fils Pacorus Ier.

La mission réussit : Quintus gagne la confiance des Arsacides. Mais pendant que les Parthes délibèrent, le destin bascule en Macédoine : à Philippes (octobre 42 av. J.-C.), les armées de Brutus et Cassius sont écrasées par Octave et Marc Antoine. Quintus se retrouve bloqué à la cour d’Orodes, sans armée à rejoindre, sans cause à défendre — sinon celle de la vengeance. L’impasse est totale : revenir à Rome signifie la mort ; rester en Parthie en exilé signifie l’oubli.

C’est alors que la préoccupation d’Antoine pour Cléopâtre et les tensions internes du Triumvirat lui offrent une fenêtre. Quintus convainc Orodes de transformer l’alliance défensive en offensive majeure.

04 La Grande Invasion · 40 av. J.-C. Syrie · Asie Mineure · Apogée

Au printemps 40 av. J.-C., Quintus Labienus et le prince Pacorus Ier franchissent l’Euphrate à la tête d’une force estimée à vingt mille cavaliers parthes, renforcée de légionnaires romains ralliés — souvent d’anciens soldats de Brutus et Cassius. La campagne est d’une rapidité foudroyante. L’armée romano-parthe s’empare d’Apamée, d’Antioche, balaye le gouverneur Lucius Decidius Saxa (partisan d’Antoine), puis l’élimine en Cilicie.

Les garnisons romaines de Syrie se rallient massivement à Labienus — signe de la profonde impopularité du Triumvirat dans les provinces orientales. La division des forces permet ensuite à Labienus de marcher vers le nord et l’Asie Mineure, tandis que Pacorus conquiert la Phénicie côtière, la Palestine et une partie de la Carie. C’est au faîte de ces succès que Quintus se proclame Imperator et adopte le cognomen PARTHICVS — moment précis où il fait frapper ses monnaies d’or et d’argent.

Pour la première fois depuis Carrhae (53 av. J.-C.), Rome perd le contrôle de ses provinces orientales. L’Orient romain est, pendant plusieurs mois, une réalité qui a cessé d’exister.

05 La chute · Ventidius Bassus · 39 av. J.-C. Mont Taurus · Cilicie · Fin
Aureus Labienus RRC 524/1 — revers cheval parthe Revers · Cheval parthe · Gorytos

Marc Antoine, alerté de l’ampleur du désastre, dépêche son général le plus compétent : Publius Ventidius Bassus, ancien muletier devenu l’un des meilleurs tacticiens de Rome. Ventidius comprend rapidement la faiblesse structurelle de la cavalerie parthe : redoutable en terrain ouvert, elle est vulnérable aux combats de hauteur où ses archers perdent leur avantage cinétique.

En une série de campagnes brillantes en 39 av. J.-C., Ventidius bat Labienus lors d’un engagement décisif au Mont Taurus. Quintus prend la fuite, se déguise pour traverser la Cilicie, mais est finalement capturé. Il est exécuté, mettant fin à l’une des aventures militaires les plus audacieuses — et les plus éphémères — de la fin de la République.

La même année, Pacorus Ier est tué lors de la bataille de Gindaros. Ventidius rentre à Rome et célèbre un triomphe — le seul jamais accordé pour une victoire sur les Parthes. En quelques mois, l’empire de Labienus s’est évanoui comme il était apparu.

✦ Le paradoxe du cognomen Parthicus
🏛 Un cognomen ex virtute retourné

Dans la tradition romaine, le cognomen ex virtute de Parthicus est un titre décerné par le Sénat à un général ayant triomphé des Parthes — comme l’obtiendra plus tard l’empereur Trajan. En se l’appropriant unilatéralement, Labienus opère un retournement sémantique sans précédent : il ne prétend pas avoir vaincu les Parthes, mais signale qu’il commande avec eux, qu’il a su gagner leur confiance et leur alliance.

Pour le public romain, c’est un aveu de trahison. Pour ses propres troupes — légionnaires rallliés et mercenaires orientaux — c’est l’affirmation d’une puissance nouvelle, hybride, capable de mobiliser les deux cultures militaires les plus redoutables du monde méditerranéen. Crawford (RRC) note que ce titre est unique dans toute la numismatique républicaine comme élément de propagande inversée.

📚 Extrait · Ernest Babelon · Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine

Q. Atius Labienus Parthicus, imperator vers 714 (40 av. J.-C.). Nous avons suivi tous les historiens en rattachant les Labieni à la gens Atia ; mais nous devons reconnaître qu’on ne peut former à ce sujet que des conjectures, et s’il est certain que le nom de Labienus a été porté dans la gens Atia, rien ne prouve que ce cognomen ait été en usage, exclusivement, dans cette tribu. M. Waddington pense même que Labienus est un gentilicium, comme Vetulenus, Trebellenus et quelques autres, de sorte qu’il faudrait admettre une famille Labiena. […] Il est le père de Labienus qui a inscrit son nom sur la monnaie décrite plus bas. S’étant joint à Brutus et à Cassius, après le meurtre de César, Q. Labienus fut envoyé par le parti républicain, pour solliciter le secours d’Orodes, Arsace XV, roi des Parthes […]. C’est lui qui persuada au prince Arsacide d’envahir les provinces asiatiques de l’empire romain. […] On croit généralement que le cheval sellé qui figure au revers de ses pièces, est le symbole de l’excellente cavalerie des Parthes. Les monnaies de Q. Labienus ont été frappées en Orient vers 714 (40 av. J.-C.) et elles sont des plus rares.

✦ Monnaies associées

Émissions de la même série · RRC 524

Généraux républicains en exil · Émissions militaires comparables

📚Notes & Références
  • Dion Cassius, Histoire romaine, XLVIII, 24-26 — récit détaillé de l’invasion de 40 av. J.-C. et du rôle de Labienus et Pacorus.
  • Plutarque, Antoine, XXV — évocation de la menace parthe et de la réaction du Triumvirat.
  • Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 78 — mention de la défaite de Labienus par Ventidius.
  • Justin, Abrégé des Histoires philippiques, XLII, 4 — contexte géopolitique de l’alliance parthe.
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 524/1 (aureus) et 524/2 (denier) ; classification, poids, ateliers.
  • Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885 — Atia 1 et 2 ; analyse prosopographique et iconographique.
  • Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic — n° 1356 et 1357.
  • Hersh, C.A., The Coinage of Quintus Labienus Parthicus, Schweizerische Numismatische Rundschau 59, 1980 — catalogue de référence des exemplaires connus.
  • Morello, A., Titus Labienus et Cingulum, Quintus Labienus Parthicus, Circolo numismatico Mario Rasile, 2005.
  • Curran, J., The Ambitions of Quintus Labienus « Parthicus », Antichthon 41, 2007, pp. 33-53 — étude approfondie des motivations politiques et militaires.
  • Frigo, T., Labienus (Parthicus), Q., in Der Neue Pauly (DNP) — notice de référence dans l’encyclopédie des sciences de l’Antiquité.
Article rédigé par Christopher Mérat
Cet article vous a-t-il été utile ?