Quintus Labienus Parthicus
Général républicain · Imperator · Alliance parthe · Iconographie numismatique · République romaine
Quintus Labienus Parthicus (mort en 39 av. J.-C.) est l'une des figures les plus singulières de la fin de la République romaine : fils du plus brillant lieutenant de César devenu son adversaire, il choisit, après la défaite des Républicains à Philippes, de s'allier à l'ennemi héréditaire de Rome — les Parthes — pour combattre les triumvirs.
Son père, Titus Labienus, avait été le second de César pendant la guerre des Gaules avant de rejoindre Pompée en 49 av. J.-C., puis de périr à Munda (45 av. J.-C.). Quintus hérita de cette double tradition — talent militaire et hostilité au parti césarien — et la poussa jusqu'à son terme en conduisant, aux côtés du prince Pacorus, une armée parthe à travers la Syrie, la Cilicie et l'Asie Mineure.
Dans la numismatique républicaine, il reste unique : ses monnaies, l'aureus RRC 524/1 et le denier RRC 524/2, frappées en Orient vers 40 av. J.-C., comptent parmi les plus rares de toute la série — on ne connaît guère qu'une demi-douzaine d'aurei — et constituent un document de propagande militaire sans équivalent, associant un portrait et une titulature romains à un revers entièrement parthe.
« Il se proclama imperator et Parthicus — en cela à rebours de l'usage romain, puisqu'il tirait son titre de ceux qu'il menait contre les Romains, comme si c'étaient les Parthes, et non ses concitoyens, qu'il avait vaincus. »
— Dion Cassius, Histoire romaine, XLVIII, 26, 5 · trad. LesDioscures

Cet aureus est d'une rareté extrême : le catalogue de C. A. Hersh (1980) et les recensements ultérieurs n'en comptent qu'environ six exemplaires, dont ceux de Paris et de Londres. Frappé au sommet de l'aventure orientale de Labienus, il est la plus haute expression de sa propagande. L'avers suit la tradition du portrait réaliste de la fin de la République ; le revers, entièrement anépigraphe, laisse parler la seule image : un cheval de guerre harnaché à l'orientale, emblème de la cavalerie que le roi Orodès II avait confiée à Labienus et à son fils Pacorus.
L'absence d'inscription au revers est un choix délibéré : le cheval parle pour lui-même. L'étui à arc suspendu à la selle, étranger à l'équipement des cavaliers romains, dit clairement que cette armée n'est pas romaine. Labienus assume et revendique cette altérité.

Le denier reprend exactement le type de l'aureus. Le lieu de frappe reste discuté : certains numismates y voient l'atelier d'Antioche, grande ville monétaire tombée aux mains des envahisseurs dès le début de la campagne ; d'autres, à la suite de Hersh, un atelier itinérant suivant l'armée de Labienus vers l'Asie Mineure. L'iconographie du cheval oriental, portant l'arc plutôt que l'équipement de la cavalerie romaine, constitue un aveu iconographique remarquable : la force d'invasion reposait sur les archers montés parthes, et Labienus le revendique sur sa monnaie.
Plus courant que l'aureus, le denier demeure une pièce rare : son indice de rareté est donné sur la fiche 1707AT.
Les monnaies de Labienus sont les seules de la numismatique républicaine à assumer aussi ouvertement une identité double : avers romain (portrait, titulature, légende latine) et revers oriental (cheval parthe, équipement d'archer monté). Chaque attribut traduit une tension entre la romanité revendiquée de Labienus et son alliance orientale.


Les émissions de Quintus Labienus ne sont pas l'œuvre des tresviri monetales de l'Urbs, mais d'un imperator en campagne, qui frappe en territoire conquis pour solder son armée. Elles appartiennent à la vaste famille des monnayages militaires des guerres civiles — ceux de Brutus et Cassius, d'Antoine ou de Sextus Pompée —, mais avec une différence radicale : Labienus ne combat pas un rival romain à la tête de légions romaines, il envahit les provinces du peuple romain avec une armée étrangère.
La qualité de la gravure et la régularité du poids supposent des graveurs expérimentés, qu'ils aient travaillé dans un atelier urbain de Syrie — Antioche est l'hypothèse la plus souvent avancée — ou dans un atelier suivant l'armée.
Babelon classait les Labieni dans la gens Atia, tout en reconnaissant lui-même la fragilité de ce rattachement : Labienus pourrait n'être qu'un gentilicium autonome, comme le suggérait Waddington. C'est cette seconde lecture qui s'est imposée — Crawford enregistre simplement le monétaire comme « Q. Labienus Parthicus » —, le classement « Atia » ne survivant que par convention dans les anciens catalogues. La famille est originaire du Picenum : César rappelle que Titus Labienus avait bâti à ses frais la ville de Cingulum (Guerre civile, I, 15).
Le père, Titus Labienus, fut le lieutenant le plus important de César en Gaule. Il rompit avec lui dès le début de la guerre civile, en 49 av. J.-C., pour rejoindre Pompée, combattit à Pharsale, en Afrique puis en Espagne, où il tomba à Munda en 45 av. J.-C. Quintus grandit dans l'ombre de ce père illustre, héritant d'une hostilité tenace envers le parti césarien.
Après l'assassinat de César en 44 av. J.-C., Quintus se rallie aux Libérateurs, Brutus et Cassius, qui lèvent des forces en Orient. Avant Philippes, ceux-ci l'envoient auprès du roi parthe Orodès II solliciter une aide militaire (Dion Cassius, XLVIII, 24). Le roi tergiverse ; pendant ce temps, à Philippes (octobre 42 av. J.-C.), les armées républicaines sont écrasées par Antoine et Octave.
Quintus se retrouve bloqué à la cour arsacide. Les vainqueurs ne paraissant disposés à épargner personne, il choisit, dit Dion, de vivre chez les Barbares plutôt que de périr chez lui. Lorsqu'il apprend qu'Antoine s'attarde en Égypte auprès de Cléopâtre et que l'Orient romain est mal tenu, il persuade le roi de passer à l'offensive.

Au début de l'an 40 av. J.-C., Quintus Labienus et le prince Pacorus, fils d'Orodès, franchissent l'Euphrate à la tête d'une importante armée de cavaliers parthes. Repoussés d'abord devant les murs d'Apamée, ils voient ensuite les garnisons de Syrie se rallier à Labienus : elles étaient formées d'anciens soldats de Brutus et de Cassius, versés dans l'armée d'Antoine après Philippes. Le gouverneur antonien Lucius Decidius Saxa est battu, perd Apamée puis Antioche, et finit tué en Cilicie.
Les deux chefs se partagent alors la conquête. Pacorus soumet la Syrie — à l'exception de Tyr —, la Phénicie et la Judée, où il installe Antigone sur le trône. Labienus occupe la Cilicie et gagne l'Asie : la plupart des cités se rendent sans combat ; Mylasa et Alabanda, en Carie, sont prises de force, tandis que Stratonicée lui résiste. Plutarque (Antoine, 30) le montre maître de l'Asie de l'Euphrate et de la Syrie jusqu'à la Lydie et l'Ionie.
C'est au faîte de ces succès, alors qu'il lève des contributions et pille les temples, que Quintus se proclame imperator et adopte le surnom PARTHICVS (Dion Cassius, XLVIII, 26, 5) — moment où il fait frapper ses monnaies d'or et d'argent. Jamais depuis le désastre de Carrhes (53 av. J.-C.) la domination romaine en Orient n'avait été aussi menacée.
Revers · Cheval parthe · Arc et carquoisAntoine, enfin alerté, dépêche en 39 av. J.-C. Publius Ventidius Bassus. Né dans le Picenum, emmené enfant comme captif dans le triomphe de Pompeius Strabon, il avait fait fortune en fournissant des mulets et des chariots aux armées avant de devenir l'un des meilleurs généraux d'Antoine (Aulu-Gelle, XV, 4).
Débarqué en Asie, Ventidius surprend Labienus, qui n'a pas ses alliés parthes avec lui et se replie en hâte vers la Syrie. Les deux armées se retrouvent au pied du Taurus. Les cavaliers parthes, sûrs d'eux, chargent sans attendre Labienus en montant la pente vers le camp romain et sont mis en déroute. Abandonné par ses alliés, Labienus tente de fuir de nuit et laisse son armée, qui passe à Ventidius. Réfugié sous un déguisement en Cilicie, il est découvert et arrêté par Demetrius, affranchi alors en poste à Chypre, puis mis à mort (Dion Cassius, XLVIII, 39-40).
L'année suivante, le 9 juin 38 av. J.-C. — jour anniversaire de Carrhes —, Ventidius bat de nouveau les Parthes à Gindaros, en Cyrrhestique ; Pacorus est tué dans la bataille. Ventidius célèbre à Rome, en novembre 38, un triomphe sur les Parthes, le premier de l'histoire romaine (Plutarque, Antoine, 34). En quelques mois, l'empire de Labienus s'était évanoui comme il était apparu.
Dans la tradition romaine, un général victorieux reçoit ou adopte un surnom tiré du peuple vaincu : Scipion l'Africain, Servilius Isauricus, Fabius Allobrogicus. Le titre de Parthicus ne sera porté dans ce sens que bien plus tard, lorsque le Sénat le décernera à Trajan en 116 apr. J.-C. En se l'attribuant, Labienus opère un retournement sans précédent : il ne prétend pas avoir vaincu les Parthes, il proclame qu'il commande à leur tête — ce que Dion Cassius dénonce comme contraire à toute coutume romaine.
Les contemporains ne s'y trompèrent pas. Strabon (XIV, 2, 24) rapporte la riposte de l'orateur Hybréas, qui défendait Mylasa : puisque Labienus se disait imperator parthique, lui-même se dirait donc imperator carien. La cité fut prise et la maison d'Hybréas détruite, mais le mot resta. Pour le public romain, le titre est un aveu de trahison ; pour les troupes de Labienus — anciens légionnaires républicains et cavaliers orientaux —, il affirme une puissance nouvelle, adossée aux deux traditions militaires les plus redoutables de son temps.
Q. Atius Labienus Parthicus, imperator vers 714 (40 av. J.-C.). Nous avons suivi tous les historiens en rattachant les Labieni à la gens Atia ; mais nous devons reconnaître qu'on ne peut former à ce sujet que des conjectures, et s'il est certain que le nom de Labienus a été porté dans la gens Atia, rien ne prouve que ce cognomen ait été en usage, exclusivement, dans cette tribu. M. Waddington pense même que Labienus est un gentilicium, comme Vetulenus, Trebellenus et quelques autres, de sorte qu'il faudrait admettre une famille Labiena. […] S'étant joint à Brutus et à Cassius, après le meurtre de César, Q. Labienus fut envoyé par le parti républicain, pour solliciter le secours d'Orodes, Arsace XV, roi des Parthes […]. C'est lui qui persuada au prince Arsacide d'envahir les provinces asiatiques de l'empire romain. […] On croit généralement que le cheval sellé qui figure au revers de ses pièces, est le symbole de l'excellente cavalerie des Parthes. Les monnaies de Q. Labienus ont été frappées en Orient vers 714 (40 av. J.-C.) et elles sont des plus rares.
Mise au point. Le prénom « Atius » donné par Babelon découle du seul rattachement à la gens Atia, aujourd'hui abandonné : les monnaies ne portent que Q. Labienus, et la lecture de Waddington — Labienus comme nom de famille — est désormais admise. La numérotation « Arsace XV » appartient aux anciennes listes royales ; on désigne aujourd'hui ce roi comme Orodès II (vers 57–38 av. J.-C.).
Émissions de Quintus Labienus · RRC 524
Les acteurs des guerres civiles · Personnages
- Dion Cassius, Histoire romaine, XLVIII, 24-26 — ambassade, invasion de 40 av. J.-C., partage des conquêtes et adoption du titre de Parthicus (26, 5).
- Dion Cassius, Histoire romaine, XLVIII, 39-40 — campagne de Ventidius, défaite au Taurus, fuite et mort de Labienus.
- Dion Cassius, Histoire romaine, XLIX, 19-20 — bataille de Gindaros et mort de Pacorus (38 av. J.-C.).
- Strabon, Géographie, XIV, 2, 24 — Hybréas de Mylasa et le mot de l'« imperator carien ».
- Plutarque, Antoine, 28, 30 et 34 — menace parthe, conquêtes de Labienus, triomphe de Ventidius.
- Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 78 — l'invasion de Labienus et des Parthes.
- Tite-Live, Periochae, 127 — résumé de l'invasion et de la mort de Labienus.
- Justin, Abrégé des Histoires philippiques, XLII, 4 — contexte de l'alliance parthe.
- Aulu-Gelle, Nuits attiques, XV, 4 — carrière de Ventidius Bassus.
- César, Guerre civile, I, 15 — Cingulum, ville fondée par Titus Labienus.
- Crawford, M. H., Roman Republican Coinage, Cambridge, 1974 — RRC 524/1 (aureus) et 524/2 (denier).
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885-1886 — Atia 1 et 2.
- Sydenham, E. A., The Coinage of the Roman Republic, Londres, 1952 — n° 1356 et 1357.
- Hersh, C. A., « The Coinage of Quintus Labienus Parthicus », Schweizerische Numismatische Rundschau 59, 1980, p. 41-49 — catalogue de référence des exemplaires connus.
- Syme, R., « The Allegiance of Labienus », Journal of Roman Studies 28, 1938 — sur Titus Labienus et sa famille.
- Curran, J., « The Ambitions of Quintus Labienus "Parthicus" », Antichthon 41, 2007, p. 33-53 — motivations politiques et sens du titre de Parthicus.
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