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1492JU – Denier César – Caius Julius Cæsar

1492JU – Denier César – Caius Julius Cæsar Avers : Anépigraphe Tête diadémée de Vénus à droite, portant boucle d’oreilles et collier; derrière le long du cou, petit buste de Cupidon. Revers : CAESAR Trophée gaulois formé d’un casque, d’une cuirasse, de boucliers, de lances et de deux carnyx; au pied du trophée, deux gaulois assis, celui de gauche pleurant, celui de droite, les mains attachées dans le dos. British Museum 4.09g INDICE DE RARETE : 4 1 10+ ATELIER : Espagne Datation : 46 – 45 avant J.C. Matière : Argent Gens : Julia Références : RRC 468/1 – B.11 (Julia) – Syd.1014 Ce denier est bien plus qu’une simple monnaie ; c’est un outil de communication politique massif utilisé par Jules César au moment le plus critique de sa carrière. Frappé vers 46-45 av. J.-C., il intervient juste après sa victoire à Thapsus et pendant sa campagne en Espagne contre les fils de Pompée. 1. Le Symbolisme de l’Avers : La Légitimité Divine Vénus et l’ascendance : La tête de Vénus rappelle que la Gens Julia prétend descendre d’Iule (Ascagne), fils d’Énée, lui-même fils de la déesse Vénus. En affichant cette divinité, César affirme que son pouvoir n’est pas seulement politique, mais sacré et héréditaire. Le diadème et Cupidon : La présence de Cupidon renforce l’aspect maternel et protecteur de la déesse (Venus Genetrix). C’est un message de faveur divine : les dieux sont du côté de César. 2. Le Symbolisme du Revers : Le Triomphe sur la Gaule Le revers est une mise en scène brutale et victorieuse de la Guerre des Gaules (achevée quelques années plus tôt) : Le Trophée (Tropaeum) : L’empilement d’armes (casque, cuirasse, boucliers et carnyx) symbolise la capture du matériel ennemi. Les carnyx (trompettes gauloises à tête de dragon) sont des marqueurs visuels clairs de la victoire sur les peuples celtes. Les Captifs : À la base du trophée, on voit deux personnages. La femme éplorée à gauche personnifie la Gaule soumise. L’homme barbu à droite, les mains liées derrière le dos, représente le guerrier vaincu. Certains historiens y voient une référence symbolique à Vercingétorix, dont l’exécution a eu lieu précisément en 46 av. J.-C. lors du quadruple triomphe de César. 3. Le Contexte Historique : Une Monnaie de Guerre Financement des Légions : Cette pièce a été frappée par un atelier monétaire itinérant suivant l’armée de César en Espagne. Elle servait principalement à payer les soldats avant la bataille décisive de Munda. Propagande de Guerre Civile : Bien que l’ennemi de l’époque soit les partisans de Pompée (des Romains), César choisit de représenter ses victoires contre les Gaulois. C’est une stratégie subtile : il se présente comme le défenseur et l’agrandisseur de Rome face aux barbares, évitant ainsi de glorifier le massacre de ses propres concitoyens tout en affirmant sa supériorité militaire. Le Message Politique : « César est le descendant des dieux et le conquérant des terres nouvelles. » Ce message justifie son titre de Dictateur à vie. Curiosité : imitation barbare dentelée British Museum 3.1g Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Lieux de découverte (367 exemplaires)

2557AU – Dupondius César et Octave – Vienne (Vienna)

2557AU – Dupondius César et Octave – Vienne (Vienna) Avers : IMP./ CAESAR/ DIVI IVLI/ DIVI. F. Têtes nues adossées de Jules César à gauche et d’Octave à droite. Revers : C.I. – V. (“Colonia Iulia Viennensis”, (Colonie Julia de Vienne)). Proue de galère avec château avant et mât à droite, un œil sur la coque à l’avant. BnF 19.22g INDICE DE RARETE : 8 1 10+ ATELIER : Vienne (Vienna) Datation : 36 avant J.C. Matière : Alliage cuivreux Gens : Julia Référence : RPC 517 Descriptif : Le monnayage est abondant et s’intègre parfaitement dans le groupe régional qui comprend des émissions pour Lyon (Lugdunum), Narbonne (Narbo) et Orange (Arausio). Comme à Lyon, au droit, nous avons les têtes adossées de Jules César et d’Octave. Pour M. Amandry, il s’agit bien de dupondii dont le poids moyen est de 19,19 g pour 104 exemplaires. Chronologiquement, l’émission de Vienne succéderait à celles de Narbonne frappée en 40 avant J.-C. et de Lyon, frappée vers 38 avant J.-C., mais précederait celles d’Arausio, frappée après 35 avant J.-C. et surtout les importantes émissions de Nîmes qui débuteraient à partir de 27 avant J.-C.. Vienne, colonie avec le ‘jus Latinum’ fut fondée en 50 avant J.-C. sous le nom de ‘Colonia Iulia Viennensis’ sous les auspices de Jules César, comme son nom l’indique. Le monnayage est postérieur à la mort de César. D’après le monnayage civique de Lugdunum, il pourrait dater de 36 avant J.-C. Ultérieurement, Auguste conférera à la cité le ‘jus Romanorum’ en 16-15 avant J.-C. sous le nom de ‘Colonia Iulia Augusta Florentia Viennensis’. Un exemplaire de ce dupondius s’est vendu pour 1800 Dollars lors d’une vente CNG en 2014.

2556AU – Dupondius César et Octave – Lyon (Lugdunum)

2556AU – Dupondius César et Octave – Lyon (Lugdunum) Avers : IMP./ CAESAR./ DIVI. IVLI./ DIVI. F. Tête nue d’Octave à droite, adossée à la tête de César laurée à gauche ; entre deux, une palme. Revers : COPIA Proue de navire à droite ornée d’un œil et d’un dauphin ; un astre au dessus. BnF 22.96g INDICE DE RARETE : 9 1 10+ ATELIER : Lyon (Lugdunum) Datation : 36 avant J.C. Matière : Alliage cuivreux Gens : Julia Référence : RPC 515 Descriptif : Pour ce type, les auteurs du Roman Provincial Coinage ont répertorié 58 exemplaires avec un poids moyen de 18,49 g. Il y a en fait deux émissions bien différentes qui se caractérisent par la présence ou l’absence de la palme au droit entre Jules César et Octave. Lyon (Colonia Copia Felix Munatia Lugdunum) fut fondée en 43 avant J.-C. par Munatius Plancus. Pour J.-B. Giard, ce monnayage ne commencerait pas avant 28/27 avant J.-C. La datation de ces bronzes semble plus ancienne (38/36 AC.). Ces monnaies à double portrait se rencontrent souvent coupées. Au départ, nous avions des dupondii d’environ 20 grammes (Lyon, Vienne, Orange, Narbonne, Nîmes), puis le poids baissa lentement à Nîmes (de 8 à 12 grammes). Devant la pénurie monétaire en Gaule à l’extrême fin du Ier siècle avant J.-C. ces monnaies furent souvent coupées en deux pour circuler pour la moitié de la valeur normale, un as en l’occurrence. Cette pénurie monétaire persista en Gaule jusqu’aux Flaviens. Un exemplaire de ce dupondius s’est vendu pour 1820 Dollars lors d’une vente CNG en 2008.

1573JU – Denier Octave – Caius Julius Cæsar Octavianus

1573JU – Denier Octave – Caius Julius Cæsar Octavianus Avers : C·CAESAR III VIR R P C (Caius Cæsar Triumvir Republicae Constitudae) Tête nue d’Octave barbu à droite. Revers : Anépigraphe Tête laurée de César à droite. British Museum 3.35g INDICE DE RARETE : 10+ 1 10+ ATELIER : Gaule cisalpine Datation : 43 avant J.C. Matière : Argent Gens : Julia Référence : RRC 490/4 Ce denier est un « manifeste politique » frappé dans le feu de l’action en 43 av. J.-C. Pour comprendre son symbolisme, il faut se plonger dans l’atmosphère de vengeance et de légitimation qui suit l’assassinat de Jules César. Ce type de monnaie est l’un des outils de propagande les plus sophistiqués de la fin de la République. 1. Le Symbolisme du Portrait : La Barbe de Deuil L’élément le plus frappant sur l’avers est le portrait d’Octave barbu. La Pietas (Le devoir filial) : Dans la Rome antique, un jeune homme de haut rang ne portait normalement pas la barbe. Octave la laisse pousser en signe de deuil public (squalor) pour son père adoptif, Jules César. Un Serment Visuel : Ce n’est pas seulement de la tristesse ; c’est un message politique agressif. Octave proclame qu’il ne se rasera pas tant que les meurtriers de César (Brutus et Cassius) n’auront pas été châtiés. C’est une promesse de vengeance adressée aux vétérans de César. 2. La Double Effigie : La Légitimité par le Sang Ce denier présente Octave à l’avers et Jules César au revers. Filiation et Héritage : En plaçant son visage en face de celui du Dictateur, le jeune Octave (seulement 19-20 ans à l’époque) affirme qu’il est le seul et unique héritier politique. Divinité en Devenir : Bien que César ne soit pas encore officiellement « Divus » (il le sera en 42 av. J.-C.), l’association des deux portraits prépare le terrain pour le titre de Divi Filius (fils du divin) qu’Octave utilisera plus tard pour asseoir son autorité impériale. 3. Contexte Historique : L’Année 43 av. J.-C. Cette pièce est frappée à un moment charnière : La Marche sur Rome : Après la bataille de Modène, Octave se retourne contre le Sénat et marche sur Rome pour exiger le consulat. L’Atelier Militaire : Le RRC 490/4 est frappé par un atelier itinérant qui suit l’armée d’Octave en Gaule Cisalpine ou en Italie du Nord. L’argent sert directement à payer les légions, garantissant que les soldats voient quotidiennement le visage de leur chef et celui de leur ancien général, César. Le Second Triumvirat : Elle précède de peu l’alliance officielle avec Marc Antoine et Lépide. On peut y voir une volonté d’Octave de se distinguer d’Antoine en rappelant que le lien de parenté direct (par adoption) lui appartient. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

1733JU – Sesterce Octave – Caius Julius Cæsar Octavianus

1733JU – Sesterce Octave – Caius Julius Cæsar Octavianus Avers : CAESAR DIVI·F Tête barbue d’Octave à droite. Revers : DIVOS IVLIVS Tête couronnée de César à droite. British Museum 17.87g INDICE DE RARETE : 5 1 10+ ATELIER : Italie Datation : 38 avant J.C. Matière : Alliage cuivreux Gens : Julia Références : RRC 535/1 – B.98 (Julia) – Syd. 1335 Cette monnaie n’est pas une simple monnaie de transaction ; c’est un manifeste politique en bronze. Le « Face à Face » Dynastique : Contrairement aux monnaies romaines traditionnelles qui honoraient des divinités ou des ancêtres lointains, cette pièce met en scène deux personnages contemporains (l’un vivant, l’autre récemment divinisé). L’absence de divinité tutélaire au profit du duo César/Octavien marque la personnalisation extrême du pouvoir. L’Avers (Octavien) : Le portrait d’Octavien avec la barbe de deuil (barbatus) souligne sa piété filiale (Pietas). Il se présente comme le vengeur de César. Le Revers (César) : Le titre DIVOS et la couronne de laurier transforment Jules César en une figure sacrée. En plaçant son propre portrait à l’avers et celui de César au revers, Octavien devient, par extension, le lien terrestre avec la divinité. La Puissance du Nom : La légende CAESAR DIVI F (César, Fils du Divin) est l’outil de propagande le plus efficace d’Octavien. Elle simplifie son identité complexe pour ne garder que l’essentiel : il est l’héritier légitime du nom et du charisme de César. Contexte Historique (v. 38 av. J.-C.) Le contexte de frappe est celui d’une survie politique et d’une préparation militaire intense : La Guerre contre Sextus Pompée : En 38 av. J.-C., Octavien est en difficulté. Sextus Pompée contrôle la mer et bloque le ravitaillement de Rome. Octavien a besoin de fonds massifs pour construire une nouvelle flotte (avec l’aide d’Agrippa). Cette monnaie de bronze, lourde et imposante, sert à payer les troupes et à stabiliser l’économie locale en Italie du Sud. Le Second Triumvirat en Tension : Alors que l’alliance avec Marc Antoine devient fragile, Octavien doit asseoir sa prééminence en Italie. En frappant cette monnaie, il rappelle au peuple et aux soldats que, contrairement à Antoine ou Lépide, il est le seul et unique fils du dieu Jules. Une Révolution Monétaire : Le RRC 535/1 est exceptionnel par son métal (bronze) et son module (très grand). À cette époque, la République ne frappait presque plus de bronze. Ce choix anticipe la grande réforme monétaire qu’Auguste mettra en place plus tard, où le sesterce de bronze deviendra l’unité de référence des échanges quotidiens. Nota Intérêt Numismatique : Soulignez la variabilité du poids (souvent entre 18g et 26g). C’est une monnaie « fiduciaire » dont la valeur était imposée par l’autorité de l’État plus que par son poids intrinsèque en métal, ce qui est très moderne pour l’époque. Rareté et État : En raison de leur utilisation intensive, ces bronzes sont souvent trouvés très usés. Un exemplaire où les deux portraits sont bien visibles est une pièce de prestige pour toute collection de la période triumvirale. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

1571JU – Aureus Octave – Caius Julius Cæsar Octavianus

1571JU – Aureus Octave – Caius Julius Cæsar Octavianus Avers : C·CAESAR·COS·PONT·AVG (Caius Caesar consul, pontifex, augur) Tête nue d’Octave barbu à droite. Revers : C·CAESAR DICT PERP PONT MAX. (Caius Caesar, dictator perpetuo, pontifex maximus) Tête laurée de César à droite. British Museum 8.02g INDICE DE RARETE : 10 1 10+ ATELIER : Gaule cisalpine Datation : 43 avant J.C. Matière : Or Gens : Julia Références : RRC 490/2 – B.64 (Julia) – Syd.1321 Cet aureus est bien plus qu’une simple pièce de monnaie ; c’est un manifeste politique en or, frappé à un moment où la République romaine bascule définitivement vers le pouvoir personnel. Voici l’analyse du symbolisme et du contexte de cette émission : 1. Le Contexte : L’été 43 av. J.-C. L’année 43 est celle de tous les dangers. Jules César a été assassiné un an plus tôt. Son petit-neveu et fils adoptif, Octave (le futur Auguste), n’a que 19 ans. Le coup de force : Octave marche sur Rome avec ses troupes pour exiger le consulat, que le Sénat lui refusait en raison de son jeune âge. La création du Second Triumvirat : Cette pièce est frappée juste avant ou au moment de l’accord avec Marc Antoine et Lépide. L’or est alors indispensable pour garantir la fidélité des vétérans de César qui ont rejoint Octave. 2. Le Symbolisme de l’Avers : La Piété Filiale Le portrait d’Octave présente une caractéristique symbolique majeure : la barbe de deuil (barbatus). Le message : En ne se rasant pas, Octave affiche publiquement son deuil et son engagement sacré à venger son père. Légitimité : La légende souligne ses titres officiels (Consul, Pontife, Augure). À 19 ans, il se présente déjà comme l’égal des plus grands magistrats romains. 3. Le Symbolisme du Revers : L’Héritage Divin Le revers montre Jules César, portant la couronne de laurier et ses titres les plus prestigieux (Dictator Perpetuo). Le transfert de pouvoir : C’est l’un des premiers exemples de « portrait croisé » (un visage sur chaque face). Le message est visuel et immédiat : « Je suis le fils de ce grand homme ». La Divinisation : Bien que César ne soit pas encore officiellement Divus (divinisé par le Sénat, ce qui arrivera en 42 av. J.-C.), l’utilisation de son portrait sur l’or prépare le peuple et l’armée à son culte. 4. Un Outil de Propagande Militaire Sous la République, le Sénat contrôlait l’argent. En frappant son propre or (l’aureus) avec son effigie et celle de son père, Octave s’approprie un privilège régalien. Il transforme la monnaie en un média de masse : chaque soldat qui reçoit son solde tient dans sa main la preuve que sa loyauté va à l’héritier de César, et non au Sénat. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon Cet aureus n’a pu être frappé qu’après le 19 août 711 (43 av. J.-C.), date de l’entrée en charge d’Octave, comme consul pour la première fois, et avant la formation du triumvirat, le 27 novembre de la même année. Il est consacré par Octave à honorer la mémoire de son père adoptif, et à protester contre l’attentat dont il fut victime l’année précédente. Lieux de découverte (2 exemplaires)

1714JU – Aureus Octave – Quintus Voconius Vitulus

1714JU – Aureus Octave – Quintus Voconius Vitulus Avers : DIVI·F (Divi Filius, Au divin Jules) Tête barbue d’Octave à droite. Devant le buste, un lituus. Revers : Q. VOCONIVS // VITVLVS. Q. / DESIGN/ S|C (Quintus Voconius Vitulus Quæstor Designatus / Senatus consulto, Quintus Voconius Vitulus questeur désigné avec l’accord du Sénat) Veau à gauche. British Museum 8.04g INDICE DE RARETE : 10+ 1 10+ ATELIER : Rome Datation : 40 avant J.C. Matière : Or Gentes : Voconia et Julia Références : RRC 526/3 – B.4 (Voconia) – Syd. 1131 1. Le Symbolisme de l’Avers : La Piété et la Vengeance L’avers est entièrement dédié à la construction du mythe d’Octave comme héritier légitime de Jules César. Le Portrait Barbu (Barba et Capillus) : Contrairement à l’usage romain de l’époque qui privilégiait le rasage de près, Octave est représenté avec une barbe. C’est la barbe de deuil. Il a fait le serment de ne pas se raser tant que les assassins de son père adoptif ne seraient pas châtiés. En 40 av. J.-C., bien que les chefs césariicides aient péri à Philippes (42 av. J.-C.), la menace de Sextus Pompée persiste, justifiant la continuité de ce deuil public et politique. Le Lituus : Ce bâton augural placé derrière la tête souligne son appartenance au collège des augures. Il ne s’agit pas seulement d’un titre religieux, mais d’une preuve de sa felicitas (la chance accordée par les dieux). La Légende DIVI F : Abréviation de Divi Filius (Fils du Divin). Depuis la déification de César en 42 av. J.-C., Octave utilise ce titre pour se placer au-dessus de ses rivaux (Marc Antoine et Lépide). 2. Le Symbolisme du Revers : Entre Tradition et Humour Le revers mêle les prérogatives du monnayeur aux réalités administratives de l’époque. Le Veau (Vitulus) : Il s’agit d’un « type parlant » (ou armes parlantes). Le monnayeur Quintus Voconius utilise l’image d’un veau (vitulus en latin) pour illustrer son propre nom. C’est une pratique courante chez les monnayeurs républicains pour marquer leur identité familiale. Q·VOCONIVS VITVLVS / DESIG : L’inscription mentionne sa qualité de Quaestor Designatus (Questeur désigné). Cela montre que le contrôle de la frappe monétaire à Rome reste officiellement entre les mains des magistrats, même si l’iconographie est dictée par le chef de faction (Octave). S C (Senatus Consulto) : La mention « Par décret du Sénat » est ici presque ironique. Bien que le Sénat ait perdu son pouvoir réel face au triumvirat, Octave tient à maintenir une apparence de légalité républicaine pour s’attirer la faveur des élites romaines. 3. Le Contexte Historique : L’Année 40 av. J.-C. Le contexte de frappe est celui d’une Rome en pleine mutation, oscillant entre guerre civile et espoir de paix. Le Traité de Brindes : À l’automne 40 av. J.-C., Octave et Marc Antoine évitent de justesse un nouveau conflit ouvert. Ils signent le pacte de Brindes, qui redécoupe le monde romain : l’Occident pour Octave, l’Orient pour Antoine. Cet aureus célèbre la souveraineté d’Octave sur l’Italie et Rome. La Guerre de Pérouse : La monnaie est frappée peu après la reddition de Lucius Antonius (frère de Marc Antoine) à Pérouse. Octave sort renforcé de cette crise intérieure, s’imposant comme le seul maître de la péninsule. Rareté de l’Or : L’émission d’aurei (monnaies d’or) sous la République est toujours liée à des besoins militaires urgents ou à de grandes gratifications. Cette pièce servait probablement à payer les vétérans des légions après la victoire de Pérouse pour s’assurer leur loyauté face à la menace navale de Sextus Pompée. Le Magistrat : Quintus Voconius Vitulus Bien que son nom figure sur l’une des monnaies les plus prestigieuses de la fin de la République, l’homme derrière la frappe reste une figure relativement mystérieuse de l’histoire romaine. 1. Identité et Rang Quintus Voconius Vitulus appartient à la gens Voconia, une famille plébéienne qui n’atteint les hautes sphères de l’État qu’assez tardivement. Titre : Sur les monnaies (notamment le denier RRC 526/4), il est qualifié de Q. DESIGN. S. C. (Quaestor Designatus Senatus Consulto). Cela signifie qu’il était questeur désigné au moment de la frappe et qu’il agissait par décret du Sénat. Fonction : Il fait partie du collège des magistrats monétaires de l’année 40 av. J.-C. Son collègue connu pour cette même année est Tiberius Sempronius Gracchus (RRC 525). 2. Origines : La Gens Voconia La famille est principalement connue pour deux autres membres illustres : Q. Voconius Saxa : Tribun de la plèbe en 169 av. J.-C., célèbre pour la Lex Voconia (approuvée par Caton l’Ancien), qui limitait le droit des femmes à hériter de grandes fortunes. Q. Voconius Naso : Préteur et juge lors du célèbre procès de Cluentius plaidé par Cicéron en 66 av. J.-C. 3. Allégeance Politique Voconius Vitulus est un partisan déclaré d’Octave. À une époque où le pouvoir est disputé entre les triumvirs, le choix de faire figurer le portrait d’Octave (avec la barbe de deuil) et celui du divin Jules César sur ses émissions montre une loyauté sans faille au camp césarien. Il est l’un de ces « nouveaux hommes » ou partisans de rang intermédiaire à qui Octave confie la gestion de l’atelier monétaire de Rome pour saturer l’espace public de sa propre image et de celle de son père adoptif. 4. Le Symbolisme du « Veau » (Vitulus) Le choix du revers de l’aureus (le veau) est une signature héraldique personnelle : C’est un type parlant : en latin, vitulus signifie « veau ». Cette pratique, typiquement républicaine, permettait au magistrat de marquer la monnaie de son identité familiale tout en servant l’autorité supérieure (ici Octave). Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon Les Voconii ne font leur apparition dans l’histoire romaine que dans les derniers siècles de la république. On connaît notamment Q. Voconius Saxa, tribun du peuple en 585 (169 av. J.-C.), auteur de la loi Voconia défendue par Caton l’Ancien; Q. Voconius Naso, juge dans le procès de Cluentius plaidé par Cicéron, en 688(66 av. J.-C.); et enfin Q. Voconius Vitulus, qui remplit la charge de monétaire.Q. Voconius Vitulus n’est connu que par les médailles qui le qualifient de quaeslor designalus;

1490JU – Aureus César – Aulus Hirtius

1490JU – Aureus César – Aulus Hirtius Avers : C. CAESAR – COS. TERT (Caius Cæsar Consul tertium, Caius César consul pour la troisième fois) Tête voilée de Vesta (ou de Jules César ou de Pietas) à droite. Revers : A. HIRTIVS PR (Aulus Hirtius Præfectus, Aulus Hirtius préfet) Instruments pontificaux: lituus, vase à sacrifice et hache. British Museum 8.07g INDICE DE RARETE : 9 1 10+ ATELIER : Afrique Datation : 46 avant J.C. Matière : Or Gentes : Julia et Hirtia Références : RRC 466/1 – B.22 (Julia) – Syd.1018 Cet Aureus est bien plus qu’une simple pièce de monnaie ; c’est un outil de propagande et une démonstration de force économique. Frappée en 46 av. J.-C., elle est indissociable du triomphe absolu de Jules César après la guerre civile. 1. Le Symbolisme : « La Piété et le Pouvoir » L’iconographie de cette pièce est soigneusement choisie pour légitimer l’autorité de César non seulement comme chef militaire, mais aussi comme chef spirituel de Rome. L’Avers (La Tête Voilée) : Identification : On y voit une tête féminine voilée. Si certains y voient Vesta (la déesse du foyer et de la stabilité de l’État), beaucoup d’historiens considèrent qu’il s’agit de la Piété (Pietas). Le Message : Le voile symbolise la dévotion religieuse. César rappelle qu’il est Pontifex Maximus (Grand Pontife) depuis 63 av. J.-C. En affichant la Piété, il justifie ses actions passées (y compris la guerre civile) comme étant guidées par le respect des dieux et du destin de Rome. Innovation : C’est l’une des premières fois que les traits d’un mortel (César) semblent subtilement se mêler à ceux d’une divinité, préfigurant le portrait impérial. Le Revers (Les Instruments Sacerdotaux) : Les trois objets représentés — le lituus (bâton d’augure), la capis (vase à sacrifice) et la securis (hache cérémonielle) — sont les attributs directs des plus hautes fonctions religieuses romaines. Signification : Ces symboles réaffirment que César possède l’autorité rituelle pour interpréter la volonté des dieux. Pour le peuple et les soldats, cela signifie que sa victoire est « sacrée ». 2. Le Contexte Historique : L’Or du Triomphe L’année 46 av. J.-C. est une année charnière pour Rome et pour César. Le Retour d’Afrique : La pièce est frappée juste après la bataille de Thapsus, où César a écrasé les derniers partisans de Pompée (menés par Caton le Jeune et Metellus Scipio). C’est la fin effective de la résistance républicaine organisée. Le Quadruple Triomphe : À son retour à Rome, César célèbre quatre triomphes en un mois (Gaule, Égypte, Pontus, Afrique). Ces cérémonies grandioses nécessitent des sommes colossales pour gratifier les vétérans et organiser les jeux. La Standardisation de l’Or : Avant César, Rome frappait l’or de manière exceptionnelle (en cas d’urgence). Avec cette émission massive (dirigée par son fidèle lieutenant Aulus Hirtius, alors préteur), César fait de l’aureus une monnaie régulière. Il utilise pour cela le butin de la Guerre des Gaules et les réserves du trésor public (Aerarium) dont il s’est emparé. 3. Aulus Hirtius : Le Bras Droit Le nom présent sur la pièce, A. HIRTIVS PR, fait référence à Aulus Hirtius. Il n’est pas seulement le magistrat responsable de la frappe (Préfet ou Préteur) ; il est l’un des plus proches confidents de César. C’est lui qui terminera l’écriture de la Guerre des Gaules (Livre VIII) après la mort du dictateur. Sa présence sur la monnaie souligne la centralisation du pouvoir autour des fidèles de César. En résumé Cet aureus est le témoin du passage de la République vers le régime impérial. Il ne sert pas seulement à payer les dettes de guerre, il impose l’image d’un César Pieux, Victorieux et Incontournable. Curiosité : un exemplaire de cet aureus sans légende au revers et juste C CAESAR au droit et un portrait numismatique ressemblant à César: Bibliothèque nationale de France 7.87g Bibliothèque nationale de France 7.87g Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon D’après une inscription, la famille Hirtia était originaire de Ferentinum dans le pays des Herniques. Le plus célèbre de ses représentants, celui auquel se rapportent les monnaies décrites plus loin, est Aulus Hirtius, l’ami de Jules César. Légat en Gaule en 696 (58 av. J.-C.), il prit une part active à la conquête de cette province et il fit même frapper des monnaies de bronze dans le pays des Trévires. Ses médailles font supposer qu’il fut l’un des préteurs urbains nommés par César en 708 (46 av. J.-C.) pour administrer les affaires de la république, pendant l’absence du dictateur, parti pour faire la guerre en Espagne aux Pompéiens. C’est probablement comme préteur urbain qu’Hirtius fit décréter la lex Hirtia qui excluait de toutes les fonctions publiques les partisans de Pompée. Plus tard, Hirtius revint en Gaule, et s’installa à Narbonne d’où il écrivit plusieurs lettres à Cicéron. Quelques semaines avant la mort de César en 710 (44 av. J.-C.) il fut nommé gouverneur de la Gaule Belgique; il ne se rendit pas dans sa province et se fit désigner consul avec C. Vibius Pansa pour l’année 711 (43 av. J.-C.). Mais avant d’entrer en charge, il dut se retirer à Pouzzoles pour échapper au despotisme de Marc Antoine et il essaya vainement de ramener les partis à la conciliation. Sa modération n’eut aucun succès de part et d’autre; il s’en consola en prenant dans sa retraite des leçons d’éloquence de Cicéron, Devenu consul au premier janvier 711, il fit voter les honneurs décernés à Decimus Brutus et à Octave, mais il ne consentit pas à déclarer Antoine ennemi public, et il entama avec lui des négociations pendant le siège de Modène. Il fut tué en donnant l’assaut au camp ennemi, ainsi que son collègue Pansa : les corps des deux consuls reçurent des funérailles extraordinaires et leur mort fut regardée comme une calamité publique, tellement qu’elle devint le point de départ d’une ère chronologique.Les médailles d’A. Hirtius se partagent en deux catégories : celles qu’il fit frapper avec le titre d’imperator dans le pays des Trévires, et

1537JU – Denier César – Caius Cossutius Maridianus

1537JU – Denier César – Caius Cossutius Maridianus Avers : CAESAR / DICT. PERPETVO (Cæsar Dictator In Perpertuo, César dictateur perpétuel) Tête laurée et voilée de César tournée à droite. Revers : C·MARIDIANVS (Caius Maridianus) Vénus debout à gauche, tenant une Victoriola de la main droite et le coude reposant sur le bouclier qui repose à son tour sur le globe. British Museum 4.16g INDICE DE RARETE : 10 1 10+ ATELIER : Rome Datation : 44 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Cossutia et Julia Références : RRC 480/16 – B.42 (Julia) – Syd.1067 Ce denier est l’un des objets numismatiques les plus chargés de sens de la fin de la République romaine. Son symbolisme ne se limite pas à une simple représentation de pouvoir, il témoigne du basculement définitif de Rome vers l’autocratie. 1. Le Portrait : Rupture et Sacralisation L’avers marque une rupture historique majeure : c’est la première fois qu’un Romain vivant figure sur une monnaie à Rome. Le Voile (Capite Velato) : César est représenté la tête voilée, signe qu’il officie en tant que Pontifex Maximus (Grand Pontife). Ce voile souligne sa piété et sa fonction de chef suprême de la religion romaine. Cela légitime son autorité politique par une dimension sacrée incontestable. La Couronne de Laurier : Elle rappelle son statut d’Imperator et ses triomphes militaires (Gaule, Égypte, Pont, Afrique). Elle dissimulait également, selon Suétone, sa calvitie dont il était complexé. Le Titre « DICT PERPETVO » : L’inscription Caesar Dictator Perpetuo (Dictateur à vie) est le symbole même de la fin des libertés républicaines. Ce titre, accepté en février 44 av. J.-C., transformait une magistrature d’exception en un pouvoir monarchique permanent. 2. Le Revers : Vénus et la Légitimité Divine Le revers, signé par le monétaire Caius Cossutius Maridianus, est entièrement dédié à la gloire de la Gens Julia. Vénus Victrix (Vénus Victorieuse) : La déesse est représentée tenant une Victoriola (une petite Victoire) et s’appuyant sur un bouclier posé sur un globe. Lignage : César affirmait descendre d’Énée, fils de Vénus. En affichant Vénus, il ne célèbre pas seulement une divinité, il affirme son ascendance divine. Le Globe : Symbolise la domination universelle de Rome sous l’égide de César. Le Bouclier : Rappelle la protection divine accordée au Dictateur lors de ses batailles, notamment à Pharsale où « Vénus Victrix » était son cri de ralliement. 3. Contexte Historique : La Marche vers les Ides de Mars Ce denier a été frappé dans un climat de tension extrême à Rome, entre février et début mars 44 av. J.-C. L’Accusation de Tyrannie : L’accumulation de symboles régaliens sur cette pièce (le portrait, le titre de dictateur perpétuel, l’ascendance divine) a servi de preuve aux yeux des conjurés (Brutus, Cassius) que César aspirait à la royauté, un crime suprême pour les Romains. Le Collège des Quatuorviri : César avait augmenté le nombre de magistrats monétaires de trois à quatre. Maridianus faisait partie de ce collège dévoué, chargé d’inonder Rome de cette propagande monétaire pour préparer l’opinion à un pouvoir sans fin. L’Héritage : Après l’assassinat de César le 15 mars, ces pièces n’ont pas été retirées de la circulation. Au contraire, elles ont servi de modèle à Marc Antoine et Octave pour établir leurs propres portraits, pérennisant ainsi l’usage de l’effigie impériale. Le magistrat monétaire responsable de l’émission de cette monnaie est Caius Cossutius Maridianus. Son rôle et son identité s’inscrivent dans une réforme majeure de l’administration romaine opérée par Jules César juste avant sa mort. 1. Un membre des « Quattuorviri » Traditionnellement, l’atelier monétaire de Rome était géré par un collège de trois hommes : les Triumviri Monetales. Cependant, en 44 av. J.-C., César porte ce nombre à quatre (les Quattuorviri Monetales). Pourquoi quatre ? Cette augmentation visait à répondre aux besoins financiers colossaux de César, qui préparait une campagne militaire massive contre les Parthes. Le collège de 44 : Maridianus siégeait aux côtés de trois autres magistrats célèbres : L. Aemilius Buca, M. Mettius et P. Sepullius Macer. 2. Identité et Origines La Gens Cossutia : Maridianus appartient à la Gens Cossutia, une famille de rang équestre qui n’avait pas encore atteint les sommets du pouvoir sénatorial (une « famille mineure » par rapport aux grandes lignées). C’est un trait caractéristique des alliés de César : il s’entourait d’hommes nouveaux (homines novi) ou de familles de second rang pour s’assurer de leur loyauté absolue. Magistrat méconnu : En dehors de ses monnaies, nous ne possédons que très peu de traces historiques de lui. Sa carrière est typique de la fin de la République : utiliser la magistrature monétaire comme tremplin vers d’autres fonctions (préteur, consul), bien que le chaos qui suivit l’assassinat de César ait pu briser cette trajectoire. 3. La signature monétaire : A.A.A.F.F. Sur certaines variantes de ses monnaies (comme le RRC 480/19), on trouve une inscription technique rare et fascinante : A.A.A.F.F. Elle signifie : Auro Argento Aere Flando Feriundo. « Pour fondre et frapper l’or, l’argent et le bronze. » Cette formule est la désignation officielle et complète de la fonction de magistrat monétaire. Le fait qu’elle apparaisse en toutes lettres sous la dictature de César souligne la volonté du dictateur de réorganiser et de codifier strictement l’administration de l’État. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon Caius Cossutius Maridianus est un magistrat qui n’est connu que par les monnaies ; il fit partie du premier collège monétaire composé de quatre membres, qui fut institué par Jules César au commencement de l’an 710, comme l’a démontré M. A. von Sallet. Lieux de découverte (2 exemplaires)

1533JU – Denier César – Publius Sepullius Macer

1533JU – Denier César – Publius Sepullius Macer Avers : CAESAR / DICT. PERPETVO (Cæsar Dictator In Perpertuo, César dictateur perpétuel) Tête laurée de César tournée à droite. Revers : P SEPVLLIVS MACER (Publius Sepullius Macer) Vénus debout à gauche, tenant une Victoriola de la main droite et une lance transversale de la main gauche ornée d’une étoile. British Museum 3.78g INDICE DE RARETE : 9 1 10+ ATELIER : Rome Datation : 44 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Sepullia et Julia Références : RRC 480/11 – B.49 (Julia) – Syd.1072 Ce denier n’est pas une simple pièce de monnaie ; c’est un manifeste politique frappé au cœur d’une crise constitutionnelle sans précédent. Émis par le magistrat P. Sepullius Macer entre février et mars 44 av. J.-C., il capture l’instant précis où la République romaine bascule vers un pouvoir personnel absolu. 1. Le Portrait : La rupture d’un tabou millénaire Pour la première fois dans l’histoire de Rome, un homme vivant fait figurer son portrait sur la monnaie d’argent circulante. Signification : Dans la tradition républicaine, cet honneur était réservé aux divinités ou aux ancêtres illustres. En plaçant son visage sur le denier, César s’élève au-dessus du statut de simple citoyen. La légende DICT PERPETVO : Ce titre de « Dictateur à Vie » (accordé début 44 av. J.-C.) est le symbole ultime de la fin du partage du pouvoir. C’est cette mention, visible sur ce denier, qui a cristallisé la haine des conjurés et mené directement aux Ides de Mars. 2. Le Revers : Vénus Victrix et la légitimité divine Le revers montre Vénus Victrix (Vénus la Victorieuse), un choix loin d’être anodin pour César. Filiation divine : La Gens Julia (la famille de César) prétendait descendre d’Iule, fils d’Énée, lui-même fils de la déesse Vénus. En affichant la déesse, César affirme que son pouvoir n’est pas une usurpation, mais l’accomplissement d’une destinée divine. Les attributs : * La Victoire (Victoriola) : Elle tient une petite statuette ailée, rappelant les succès militaires de César (Gaule, Pharsale, Thapsus, Munda). Le Sceptre et le Bouclier : Ils symbolisent à la fois l’autorité royale (imperium) et la protection qu’il offre au peuple romain. Sur certains exemplaires, un astre (étoile) est présent, annonçant déjà sa future divinisation. 3. Contexte Historique : L’engrenage fatal Ce denier est frappé dans un climat de tension extrême à Rome. La préparation de la campagne d’Orient : César s’apprête à partir en guerre contre les Parthes pour venger la défaite de Crassus. Ces pièces servaient massivement à payer les légions prêtes au départ. L’affront aux Sénateurs : Le cumul des honneurs (port du costume des anciens rois, portrait monétaire, titre perpétuel) convainc Brutus et Cassius que la République est morte et que seul le tyrannicide peut la sauver. Le rôle du monétaire : P. Sepullius Macer appartient à un collège de quatre magistrats (Quattuorviri) créés spécifiquement pour augmenter la production monétaire en cette année charnière. Il continuera de frapper des monnaies après la mort de César, adaptant l’iconographie au nouveau contexte de deuil et de guerre civile. Le magistrat monétaire responsable de l’émission de cette monnaie est Publius Sepullius Macer. C’est un personnage clé de la numismatique romaine, bien que sa biographie historique soit paradoxalement très mince en dehors de ses monnaies. Voici les informations essentielles sur ce monétaire : 1. Identité et Statut Nom complet : Publius Sepullius Macer. Fonction : Il fait partie du collège des quatuorviri monétaires (IIIIvir AAAFF) de l’année 44 av. J.-C. Origine : La famille Sepullia est d’origine plébéienne, possiblement originaire de Padoue (Patavium). En dehors de Macer, cette famille est quasiment inconnue dans les fastes consulaires. Le Collège de 44 av. J.-C. : Jules César a augmenté le nombre de magistrats monétaires de trois à quatre (quatuorviri) pour faire face au besoin massif de numéraire avant sa campagne prévue contre les Parthes. Macer a travaillé aux côtés de L. Aemilius Buca, C. Cossutius Maridianus et L. Flaminius Chilo. 2. Un rôle de transition historique P. Sepullius Macer a eu le destin singulier d’être en fonction pendant et après l’assassinat de César (15 mars 44 av. J.-C.). Son monnayage se divise en trois phases révélatrices : Avant les Ides de Mars (Janvier – Février 44) : Il frappe les deniers à la légende CAESAR IMP (comme le RRC 480/5) puis CAESAR DICT PERPETVO. Ce sont les premières monnaies montrant un dictateur vivant. Immédiatement après la mort de César (Mars – Avril 44) : Macer continue de frapper des monnaies, mais le portrait de César apparaît désormais voilé (indiquant son statut de Pontifex Maximus ou son caractère sacré posthume) avec la légende PARENS PATRIAE (Père de la Patrie). Sous l’influence de Marc Antoine : Plus tard dans l’année, il frappe des types représentant Marc Antoine avec une barbe de deuil, montrant son ralliement au camp césarien après le meurtre du dictateur. 3. Types monétaires notables Outre le denier à l’étoile (480/5), P. Sepullius Macer a signé : Le type « Clementia Caesaris » (RRC 480/21) : Représentant un temple dédié à la clémence de César, une vertu que le dictateur mettait en avant pour se distinguer de la cruauté de Sylla. Le type du Desultor (RRC 480/20) : Un cavalier sautant d’un cheval à l’autre, une référence possible à des jeux célébrés par César. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon La famille Sepullia n’est connue que par deux représentants : l’un est le monétaire P. Sepullius Macer sur lequel on n’a pas d’autres renseignements historiques que ceux que nous fournissent les médailles; l’autre est l’orateur Sepullius Bassus mentionné par Sénèque.P. Sepullius Macer frappa monnaie en 710 (44 av. J.-C.), avant la mort de César, et il resta en charge après le meurtre du dictateur. Il remplaça, comme magistrat monétaire, M. Mettius, avant les ides de Mars de l’an 710, et ses collègues furent L. Aemilius Buca, C. Cossutius Maridianus et L. Flaminius Chilo. Nous avons donné quelques détails sur ce collège, à la famille Julia. Tous les types numismatiques qui figurent sur les monnaies de P. Sepullius Macer se rapportent à Jules César ou à Marc Antoine. Les monnaies au nom de Jules César qui sont antérieures à sa mort lui donnent