
1420SI – Denier Sicinia – Quintus Sicinius
INDICE DE RARETE : 5
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ATELIER : Rome
Datation : 49 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Sicinia
Références : RRC 440/1 – B.5 (Sicinia) – Syd.938
Quintus Sicinius est un personnage clé de la numismatique de la fin de la République romaine, bien que sa vie en dehors de ses activités monétaires soit peu documentée. Son action se concentre sur l’année charnière 49 av. J.-C., au moment où la guerre civile entre Jules César et Pompée éclate.
1. Son rôle de Triumvir Monetalis
Quintus Sicinius occupait la fonction de III VIR (Triumvir Monetalis), un collège de trois jeunes magistrats responsables de la frappe des monnaies à Rome. Il appartient à la Gens Sicinia, une famille d’origine plébéienne ancienne et respectée, connue pour avoir produit plusieurs tribuns de la plèbe par le passé.
2. Le « dernier » monnayeur républicain à Rome
La frappe de ce denier est historiquement significative :
Contexte : Elle a été réalisée au début de l’année 49 av. J.-C., juste avant que Jules César ne s’empare de Rome après avoir franchi le Rubicon.
Légitimité : En tant que partisan du Sénat et de Pompée, Sicinius a utilisé l’atelier monétaire officiel de la Ville (l’Urbs). C’est l’un des tout derniers monnayages réguliers émis à Rome avant que César ne prenne le contrôle du Trésor public (Aerarium).
3. L’exil et le second monnayage (RRC 444)
Face à l’avancée rapide des troupes césariennes, Quintus Sicinius a quitté Rome pour rejoindre le camp de Pompée en Grèce ou en Orient.
Il continue alors de battre monnaie pour la cause pompéienne, mais cette fois-ci dans un atelier itinérant (ou en Orient, possiblement à Éphèse).
Il s’associe au préteur C. Coponius pour émettre le denier RRC 444/1 (représentant la tête d’Apollon au droit et la massue d’Hercule au revers). Ce monnayage servait à financer la flotte et les troupes de Pompée en exil.
Le message véhiculé par ce denier est un acte de propagande politique subtile. En 49 av. J.-C., alors que l’Italie tremble devant l’approche des légions de César, Quintus Sicinius utilise l’imagerie monétaire pour rassurer les citoyens et affirmer la légitimité du Sénat.
Selon les analyses disponibles sur LesDioscures.com, le message peut être décomposé en trois axes principaux :
1. La Protection Divine : Fortuna Populi Romani
Le choix de Fortuna P.R. (la Fortune du Peuple Romain) au droit n’est pas anodin.
Le message : « Le destin de Rome est entre les mains de la divinité qui a toujours protégé la cité. »
Le contexte : En période de guerre civile, invoquer la Fortune du Peuple Romain (et non celle d’un général en particulier) souligne que la légitimité réside dans les institutions républicaines et le peuple, face à ce qui est perçu comme l’ambition personnelle de César.
2. La Promesse de Paix et de Prospérité
Le revers associe trois symboles puissants : le caducée, le rameau de palmier et la couronne de laurier.
Le Caducée (Mercure) : Il symbolise la paix, la concorde et la reprise du commerce. Le message est : « Le Sénat garantit la stabilité économique. »
Le Palmier et le Laurier : Ce sont des symboles de victoire.
L’ensemble : L’association du caducée et de la palme (souvent croisés en « sautoir ») suggère que la victoire (palme) mènera à la paix (caducée). C’est un message d’espoir destiné à stabiliser l’opinion publique alors que la panique gagne Rome.
3. La Légitimité Institutionnelle
Contrairement aux monnaies que César frappera peu après (souvent centrées sur sa propre gloire ou ses ancêtres), le denier de Sicinius reste strictement institutionnel.
La mention III VIR rappelle que la monnaie est émise par un magistrat régulièrement élu selon les lois ancestrales (mos maiorum).
C’est un message de continuité républicaine : malgré la crise, les institutions fonctionnent encore.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
La famille Sicinia est très anciennement illustre dans l’histoire de la république. Un de ses ancêtres, L. Sicinius Bellutus, fut le chef des plébéiens lors de leur retraite sur le mont Sacré, en 160 (494 av. J.-C.). Un seul des membres de la gens Sicinia, Q. Sicinius, a frappé monnaie: il fut triumvir en 705 (49 av. J.-C.). C’est peut être le personnage mentionné par Cicéron, seulement par son gentilicium Sicinius, en 703 (51 av. J.-C.).
Un de ses deniers porte, avec son nom, celui du préteur C. Coponius, à cause des circonstances anormales au milieu desquelles eut lieu l’émission. C’était pendant la guerre civile entre César et Pompée. Ce dernier, qui avait fui en Orient avec le Sénat et toutes ses forces militaires, avait confié une partie de sa flotte au préteur C. Coponius, qui vint mouiller avec ses vaisseaux sur la côte de la Carie et de l’île de Rhodes. Là, obligé de battre monnaie pour solder ses troupes, il en chargea un des membres du collège monétaire de cette année, qui l’accompagnait, Q. Sicinius. Celui-ci, qui n’était que magistrat urbain de Rome, dut se soumettre à une condition essentielle pour que les nouvelles espèces pussent avoir cours légal et être accréditées dans le commerce de l’Orient : il fallut mentionner qu’elles étaient frappées par l’autorité du préteur qui commandait les troupes, et en outre par l’autorité du sénat. Émises dans l’atelier d’Alinda de Carie, la plupart de ces pièces reproduisent au revers le type monétaire principal de cette ville : la peau de lion posée sur la massue d’Hercule. Quant à la tête d’Apollon, c’est le type ordinaire des monnaies d’autres villes de Carie comme Alabanda et Antioche: nul doute qu’on ait aussi voulu imiter ces pièces grecques. Nous avons pu de même constater que d’autres monétaires Pompéiens avaient copié le type des monnaies des villes où étaient installés leurs ateliers provisoires. C’est ainsi que C. Considius Paetus, un des collègues de Q. Sicinius, imite les pièces d’Apollonie d’Illyrie., et que Man. Cordius Rufus, son autre collègue, imite les monnaies d’Amisus, dans le Pont, où il s’était trouvé transporté par suite de la révolution dont l’Italie était le théâtre. Le denier n. 5 de Sicinius paraît seul faire exception au fait que nous venons de signaler. Ses emblèmes, la Fortune du peuple romain, d’une part, le caducée et la palme ornée de bandelettes, d’autre part, sont tout en l’honneur de Pompée à qui ses partisans pouvaient d’avance lui décerner des palmes de victoire et dire qu’il personnifiait la fortune de la république. Cependant ce type, devons-nous ajouter, n’est pas, lui-même, sans analogie avec celui de quelques pièces d’Alinda au revers desquelles on voit deux thyrses en sautoir.
Lieux de découverte (108 exemplaires)