
1454AN – Denier Antia – Caius Antius Restio
Avers : DEI PENATES (Dei Penates, Les dieux Penates)
Bustes accolés des dieux Penates à droite.
Revers : C. ANTIVS.C.F (Caius Antius Caii Filius, Caius Antius fils de Caius)
Hercule marchant à droite, la léonté sur le bras gauche tenant une massue de la main droite et un trophée de la gauche.
INDICE DE RARETE : 8
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ATELIER : Rome
Datation : 47 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Antia
Références : RRC 455/2 – B.2 (Antia) – CRR.971
Ce denier, frappé en 47 av. J.-C. par le monétaire C. Antius Restio, est une pièce maîtresse pour comprendre comment les familles romaines utilisaient la monnaie pour légitimer leur statut à travers le mythe et l’histoire.
1. Le Symbolisme des Types
Le choix iconographique de Restio répond à une double volonté : affirmer l’ancienneté de sa lignée (gens Antia) et souligner sa piété religieuse.
L’Avers : Les Dieux Pénates (
DEI PENATES)Signification : Les Pénates sont les divinités protectrices du foyer et de l’État romain. Selon la légende, ils furent sauvés de Troie par Énée et installés à Lavinium.
Symbolisme : En représentant ces divinités, le monétaire lie sa famille aux origines sacrées de Rome. C’est un message de conservatisme religieux et de fidélité aux traditions ancestrales (mos maiorum), dans une période où les institutions républicaines vacillent.
Le Revers : Hercule Triomphant (
C•ANTIVS•C•F)Lien Généalogique : Comme le précise LesDioscures.com, la gens Antia revendiquait une origine mythologique prestigieuse : elle se prétendait issue d’Antiades, fils d’Hercule et d’Aglaé.
Attributs : Hercule est représenté avec sa massue, sa peau de lion (léonté) et un trophée. Cela symbolise non seulement la force brute, mais surtout la victoire par la vertu et la protection divine sur la cité.
2. Contexte Historique : Rome en 47 av. J.-C.
L’année 47 av. J.-C. est une période charnière de la fin de la République :
La Dictature de César : Jules César vient de remporter la bataille de Pharsale (48 av. J.-C.) contre Pompée. Il est alors au sommet de son pouvoir, souvent absent de Rome pour mener des campagnes en Égypte (contre Ptolémée XIII) et en Orient.
Propagande Familiale vs Politique : Alors que d’autres monétaires commencent à flatter César, C. Antius Restio choisit de mettre en avant son propre héritage. Cette émission est contemporaine du denier RRC 455/1, qui porte le portrait réaliste de son père (le tribun auteur de la Lex Antia sumptuaria contre le luxe).
Un message de stabilité : En frappant des monnaies évoquant les Pénates et Hercule, Restio propose une image de stabilité et de continuité historique au milieu du chaos des guerres civiles.
Le monétaire Caius Antius Restio, actif autour de 47 av. J.-C., est une figure intéressante de la fin de la République romaine. Il appartient à la gens Antia, une famille d’origine plébéienne ancienne mais qui n’a pas laissé une trace politique immense dans les chroniques, à l’exception de quelques membres clés.
1. Identité et Famille
Filiation : Il signe ses monnaies
C. ANTIVS C. F., ce qui signifie « Caius Antius, fils de Caius ».Son père : Son père était très probablement le célèbre tribun de la plèbe C. Antius Restio (actif vers 68 av. J.-C.). Ce dernier est passé à la postérité pour avoir fait voter la Lex Antia sumptuaria, une loi stricte limitant les dépenses excessives lors des banquets et interdisant aux magistrats d’accepter des invitations à dîner (pour lutter contre la corruption électorale).
Lien avec le denier : Sur l’autre type de denier de cette série (RRC 455/1), le monétaire fait d’ailleurs figurer le portrait réaliste de son père, rendant hommage à cette vertu austère.
2. Une origine mythique : Hercule et Antiades
Comme beaucoup de familles romaines à cette époque (comme les Julii se disant descendants de Vénus), les Antii s’inventent une origine divine pour rehausser leur prestige.
Ils se prétendaient issus d’Antiades, fils d’Hercule et d’Aglaé.
C’est la raison pour laquelle le revers du denier RRC 455/2 représente Hercule triomphant : c’est un rappel direct de l’ancêtre mythique de la famille.
3. Le lien avec Lavinium
Les sources numismatiques soulignent un détail biographique crucial lié à l’avers de votre pièce (les Dieux Pénates) :
Après avoir fait voter sa loi impopulaire auprès de l’élite, le père du monétaire aurait été contraint à une forme d’exil ou de retraite à Lavinium.
Lavinium était la ville sacrée où se trouvait le sanctuaire principal des Pénates.
Le choix de représenter les
DEI PENATESsur le denier n’est donc pas seulement un acte de piété, mais un hommage aux épreuves vécues par son père et à la protection que ces dieux lui ont accordée.
4. Rôle en tant que monétaire
C. Antius Restio fut l’un des magistrats chargés de la frappe monétaire à Rome en 47 av. J.-C., sous la dictature de Jules César. Bien que l’époque soit aux guerres civiles, il utilise son mandat pour une communication très familiale et traditionnelle, plutôt que de suivre la tendance césarienne.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Très ancienne et d’origine plébéienne, la gens Antia compte parmi ses membres les plus illustres, Sp. Antius qui fut envoyé avec trois autres Romains, en qualité d’ambassadeur, à Lar Tolumnius, roi de Véies, l’an 316 (438 av. J.-C.). Les ambassadeurs furent assassinés et, en souvenir de leur malheur, on leur érigea des statues sur le Forum. Plus tard, les membres, de la gens Antia se fabriquèrent une origine étymologique fabuleuse, imitant en cela, la plupart des plus illustres familles de Rome ; ils se prétendirent issus d’Antiades fils d’Hercule et d’Aglaé. Les Antii comptent, parmi leurs illustrations, le tribun du peuple Antius Restio qui est célèbre par la loi somptuaire qu’il fit décréter en faveur du peuple, peu après le consulat d’Æmilius Lepidus, c’est à-dire vers l’an 680 (74 av. J.-C.). Son fils C. Antius Restio est le seul magistrat monétaire qu’ait fourni cette famille ; il exerçait ses fonctions vers les années 705 à 709 (49 à 45 av. J.-C.). Sur ses monnaies, figure le type d’Hercule victorieux sur le brigand Cacus, lors de ses exploits en Italie avant la fondation de Rome, type qui se rapporte à la fois à la mythologie romaine, et à l’origine fabuleuse que s’attribuait la gens Antia; on y voit aussi le portrait du tribun du peuple, pèrè du monétaire., dont nous avons parlé plus haut. Sur la seconde pièce, on a remplacé la tête du tribun Antius Restio par celles des dieux Pénates, en souvenir de ce que ce tribun, après sa loi somptuaire, avait été obligé de s’exiler et de chercher un refuge à Lavinium, ville où les Pénates étaient honorés d’un culte particulier et-avaient un sanctuaire célèbre ; on peut rapprocher leurs deux têtes accolées de celles des Dioscures, qui figurent sur les deniers de Man. Fbnteius et de G. Sulpicius; les Pénates et les Dioscures étaient parfois assimilés dans la mythologie romaine. Si les deux deniers dont nous venons de parler ont pu être émis dans l’atelier du Capitole, il n’en est pas de même des quinaires et des sesterces qui suivent (nos 3, 4, 5, 6 et 7} ; ces pièces paraissent avoir été frappées en Mysie, où C. Antius Restio, le monétaire, dut exercer une charge importante, par exemple, celle de questeur de l’armée de Pompée, ou même de triumvir monetalis : dans ce cas, on pourrait le considérer comme un des magistrats réguliers de Rome forcés de fuir en Orient avec Pompée, à l’approche de César, en 705 (49 av. J.-C.). Les types des quinaires et des sesterces de C. Antius Restio sont copiés sur les types des monnaies autonomes des villes de Mysie. La tête de Diane avec le cerf se voit sur les monnaies de Priapus; le bucrâne avec l’autel allumé est copié les pièces de Parium sur aux mêmes types; le casque figure sur les monnaies de Lampsaque; la chouette se voit sur celles de Sigeum, de Synnada, de Lebedus, etc. Ces rapprochements nous permettent donc d’établir que les monnaies de C. Antius Restio sont sorties d’un atelier de la Mysie. En l’an 711 (43 àv. J.-C.), Restio fut compris sur les listes de proscription des triumvirs, et il ne dut son salut qu’au dévouement d’un de ses esclaves qui lui facilita les moyens de se réfugier en Sicile, auprès de Sextus Pompée.
Lieux de découverte (24 exemplaires)