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1455AN – Quinaire Antia – Caius Antius Restio

Avers : C·ANTIVS (Caius Antius)

Buste de Diane à droite avec l’arc et le carquois.

Revers : RESTIO 

Cerf debout à droite, dont les cornes sont ornées de guirlandes.

British Museum 2.03g

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10+

ATELIER : Rome

Datation 47 avant J.C.

Matière Argent

Gens : Antia

Références : RRC 455/3 – B.3 (Antia) – Syd.972

Ce quinaire, frappé en 47 av. J.-C., est une monnaie fascinante tant par son imagerie que par son contexte politique. Elle s’inscrit dans une période de transition majeure : la fin de la République romaine, marquée par l’ascension de Jules César.


1. Symbolisme de l’imagerie

Le choix de Diane et du cerf par le magistrat monétaire Caius Antius Restio n’est pas anodin :

  • La Diane au diadème (Avers) : Diane est la déesse de la chasse, mais aussi la protectrice des plébéiens et des esclaves (son temple sur l’Aventin était un sanctuaire plébéien). En la représentant avec un diadème plutôt qu’un simple bandeau, Restio souligne sa majesté divine. Elle symbolise ici la protection et la pureté dans un climat de guerre civile.

  • Le cerf paré de guirlandes (Revers) : Le cerf est l’animal sacré de Diane par excellence. Le fait qu’il porte des guirlandes indique qu’il s’agit d’un animal destiné au sacrifice ou participant à une procession religieuse (supplicatio).

    • Signification : Cela évoque la piété (pietas) du monnayeur et de sa famille envers les dieux pour obtenir la paix et la stabilité de Rome.

2. Contexte Historique (47 av. J.-C.)

L’année de frappe est cruciale pour comprendre le message de la monnaie :

  • L’après-Pharsale : César vient de vaincre Pompée (48 av. J.-C.) et se trouve en Égypte puis en Orient. Rome est dans un état d’incertitude. Frapper une monnaie aux effigies religieuses traditionnelles (Diane) plutôt qu’à la gloire d’un général est une manière d’affirmer la continuité des institutions républicaines.

  • La Gens Antia : Caius Antius Restio était le fils du tribun de la plèbe du même nom (connu pour la Lex Antia Sumptuaria contre le luxe). En choisissant Hercule sur ses deniers (RRC 455/1) et Diane sur ses quinaires, Restio lie sa lignée aux divinités tutélaires anciennes de l’Italie.

  • Le rôle du Quinaire : Contrairement au denier, le quinaire était souvent utilisé pour les distributions de monnaie au peuple ou aux soldats. Utiliser une imagerie religieuse apaisante (le cerf sacré) aidait à projeter une image de retour à l’ordre et à la faveur divine.

Remarque : moins de dix exemplaires observés de ce quinaire.

Le monétaire responsable de l’émission de ce quinaire est Caius Antius Restio (souvent désigné sous le nom de C. Antius C. f. Restio).

Il est l’unique membre de la gens Antia à avoir exercé la fonction de magistrat monétaire, ce qui rend ses émissions particulièrement intéressantes pour l’étude de cette famille plébéienne.

1. Identité et Famille

  • Filiation : Il est le fils de Caius Antius Restio, un homme politique célèbre pour avoir été tribun de la plèbe en 68 av. J.-C.

  • Origines : La gens Antia est une famille plébéienne très ancienne. Elle revendiquait une origine mythologique prestigieuse en se disant descendante d’Antiades, fils d’Hercule et d’Aglaé. Cette généalogie explique pourquoi Hercule figure de manière proéminente sur les deniers de ce monétaire (RRC 455/1).

  • L’héritage paternel : Son père était connu pour sa rigueur morale. Il fit voter la Lex Antia Sumptuaria, une loi visant à limiter le luxe et les dépenses excessives lors des banquets. On raconte qu’après le vote de cette loi, il refusa toujours de dîner en ville pour ne pas voir sa propre loi transgressée.

2. Sa carrière et le contexte de 47 av. J.-C.

Caius Antius Restio (le fils) exerce sa fonction de monétaire à Rome en 47 av. J.-C., une année charnière :

  • Le parti de César : Bien que les détails de sa carrière politique soient peu documentés, il opère sous la dictature de Jules César.

  • Un hommage au père : Sur ses deniers, il fait frapper le portrait de son père. C’est un acte fort, car à l’époque républicaine, représenter un ancêtre récent (et non une divinité ou un ancêtre légendaire) était une marque de grande fierté familiale et une affirmation de prestige politique.

  • Proscription : Il est probable qu’il s’agisse du même Antius Restio qui fut proscrit en 43 av. J.-C. par le second triumvirat (Antoine, Octave et Lépide). Selon la tradition, il aurait été sauvé par la fidélité d’un de ses esclaves qu’il avait autrefois traité avec humanité.

3. Les types monétaires de Restio

Outre le quinaire à la Diane (455/3), il a émis :

  • Le Denier (455/1) : Portrait de son père au droit et Hercule au revers.

  • Le Denier (455/2) : Tête des dieux Pénates au droit et Hercule au revers.

  • Des Sesterces (455/4/5/6) : Souvent avec des motifs liés à la piété ou aux traditions familiales.

Le saviez-vous ? Le choix de Diane sur le quinaire pourrait être un clin d’œil à l’exil de son père à Lavinium, une ville où le culte des divinités anciennes (comme les Pénates ou Diane) était particulièrement vivace.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

Très ancienne et d’origine plébéienne, la gens Antia compte parmi ses membres les plus illustres, Sp. Antius qui fut envoyé avec trois autres Romains, en qualité d’ambassadeur, à Lar Tolumnius, roi de Véies, l’an 316 (438 av. J.-C.). Les ambassadeurs furent assassinés et, en souvenir de leur malheur, on leur érigea des statues sur le Forum. Plus tard, les membres, de la gens Antia se fabriquèrent une origine étymologique fabuleuse, imitant en cela, la plupart des plus illustres familles de Rome ; ils se prétendirent issus d’Antiades fils d’Hercule et d’Aglaé. Les Antii comptent, parmi leurs illustrations, le tribun du peuple Antius Restio qui est célèbre par la loi somptuaire qu’il fit décréter en faveur du peuple, peu après le consulat d’Æmilius Lepidus, c’est à-dire vers l’an 680 (74 av. J.-C.). Son fils C. Antius Restio est le seul magistrat monétaire qu’ait fourni cette famille ; il exerçait ses fonctions vers les années 705 à 709 (49 à 45 av. J.-C.). Sur ses monnaies, figure le type d’Hercule victorieux sur le brigand Cacus, lors de ses exploits en Italie avant la fondation de Rome, type qui se rapporte à la fois à la mythologie romaine, et à l’origine fabuleuse que s’attribuait la gens Antia; on y voit aussi le portrait du tribun du peuple, pèrè du monétaire., dont nous avons parlé plus haut. Sur la seconde pièce, on a remplacé la tête du tribun Antius Restio par celles des dieux Pénates, en souvenir de ce que ce tribun, après sa loi somptuaire, avait été obligé de s’exiler et de chercher un refuge à Lavinium, ville où les Pénates étaient honorés d’un culte particulier et-avaient un sanctuaire célèbre ; on peut rapprocher leurs deux têtes accolées de celles des Dioscures, qui figurent sur les deniers de Man. Fbnteius et de G. Sulpicius; les Pénates et les Dioscures étaient parfois assimilés dans la mythologie romaine. Si les deux deniers dont nous venons de parler ont pu être émis dans l’atelier du Capitole, il n’en est pas de même des quinaires et des sesterces qui suivent (nos 3, 4, 5, 6 et 7} ; ces pièces paraissent avoir été frappées en Mysie, où C. Antius Restio, le monétaire, dut exercer une charge importante, par exemple, celle de questeur de l’armée de Pompée, ou même de triumvir monetalis : dans ce cas, on pourrait le considérer comme un des magistrats réguliers de Rome forcés de fuir en Orient avec Pompée, à l’approche de César, en 705 (49 av. J.-C.). Les types des quinaires et des sesterces de C. Antius Restio sont copiés sur les types des monnaies autonomes des villes de Mysie. La tête de Diane avec le cerf se voit sur les monnaies de Priapus; le bucrâne avec l’autel allumé est copié les pièces de Parium sur aux mêmes types; le casque figure sur les monnaies de Lampsaque; la chouette se voit sur celles de Sigeum, de Synnada, de Lebedus, etc. Ces rapprochements nous permettent donc d’établir que les monnaies de C. Antius Restio sont sorties d’un atelier de la Mysie. En l’an 711 (43 àv. J.-C.), Restio fut compris sur les listes de proscription des triumvirs, et il ne dut son salut qu’au dévouement d’un de ses esclaves qui lui facilita les moyens de se réfugier en Sicile, auprès de Sextus Pompée.

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