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1476CA – Denier Carisia – Titus Carisius

Avers : MONETA

Tête de Junon Moneta avec boucles d’oreille et collier.

Revers : T. CARISIVS (Titus Carisius)

Chapeau de Vulcain lauré et enclume, accosté à gauche de pinces et d’un marteau à droite; le tout dans une couronne de laurier.

British Museum 3.89g

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10+

ATELIER : Rome

Datation 46 avant J.C.

Matière Argent

Gens : Carisia

Références : RRC 464/2 – B.1 (Carisia) – Syd.982

L’émission de ce denier par Titus Carisius en 46 av. J.-C. ne se limite pas à une simple illustration technique ; elle s’inscrit dans un moment charnière de l’histoire romaine, marquant la transition entre la République et le pouvoir personnel de Jules César.


1. Le Choix de Juno Moneta : La Source de l’Argent

L’avers représente Junon Moneta (l’Avertisseuse). Ce choix est hautement symbolique :

  • Le Temple : L’atelier monétaire de Rome était situé sur le Capitole, dans l’enceinte du temple de Junon Moneta.

  • Légitimité : En affichant la déesse, Carisius rappelle que la monnaie est produite sous la protection divine et au sein de l’institution officielle. C’est une affirmation de la stabilité de l’État après des années de guerres civiles.

  • L’Étymologie : C’est de l’épithète Moneta que dérivent nos mots modernes « monnaie » et « money ».

2. Le Revers : Une Ode à la Puissance Logistique

La représentation des outils de frappe (l’enclume, le poinçon, le marteau et les tenailles) est exceptionnelle dans l’art antique.

  • La Fabrication du Pouvoir : En montrant les outils, Carisius met en avant la capacité de production de Rome. Pour Jules César, l’argent est le moteur de la guerre. Sans frappe monétaire efficace, pas de solde pour les légions.

  • L’Artisanat Divin : Le poinçon supérieur est souvent représenté avec des ornements rappelant le bonnet de Vulcain (le dieu de la forge). Cela confère à l’acte de frapper la monnaie une dimension quasi-sacrée, liant le travail manuel de l’ouvrier à la protection des dieux.

3. Le Contexte de l’Année 46 av. J.-C.

Cette année est cruciale pour l’histoire romaine et pour Jules César :

  • Le Triomphe de César : Après sa victoire à Thapsus contre les partisans de Pompée, César rentre à Rome et célèbre quatre triomphes (Gaule, Égypte, Pont, Afrique).

  • La Solde des Vétérans : Pour récompenser ses soldats, César doit distribuer des sommes colossales (5 000 deniers par légionnaire, davantage pour les officiers). La série de Carisius fait partie de cet effort massif de production monétaire pour liquider le butin et payer l’armée.

  • La Réforme du Calendrier : C’est aussi l’année où César réforme le calendrier (l’année de la confusion), stabilisant le temps comme il stabilise l’économie.

L’identité exacte de Titus Carisius reste en partie mystérieuse, car il appartient à une famille (gens Carisia) qui n’apparaît dans l’histoire de Rome qu’à la toute fin de la République. Voici ce que l’on sait sur ce magistrat influent :

1. Son rôle de Triumvir Monétaire

En 46 av. J.-C., Titus Carisius occupe la fonction de III VIR AAAFF (Triumvir Auro Argento Aere Flando Feriundo), c’est-à-dire l’un des trois magistrats chargés de la fonte et de la frappe des monnaies d’or, d’argent et de bronze.

  • Il partage ce collège monétaire avec Manius Cordus Rufus et Caius Considius Paetus.

  • Son mandat coïncide avec le retour triomphal de Jules César à Rome après ses victoires en Afrique (bataille de Thapsus).

2. Un fervent partisan de Jules César

Titus Carisius n’est pas un simple fonctionnaire ; son monnayage montre qu’il est un allié politique dévoué à César.

  • À travers ses émissions (comme le denier à la Sibylle ou celui à la Victoire), il participe activement à la construction du culte de la personnalité de César.

  • Il utilise la monnaie comme un outil de propagande pour célébrer le quadruple triomphe de César (Gaule, Égypte, Pont et Afrique).

3. Hypothèses biographiques

Le peu d’informations biographiques à son sujet provient de croisements épigraphiques et historiques :

  • Origines possibles : Une inscription trouvée à Avignon suggère qu’un certain T. Carisius aurait été préteur des Volques (un peuple gaulois). Cela pourrait indiquer que sa famille avait des liens avec la Gaule transalpine, peut-être grâce à la clientèle de César.

  • Confusion historique : Les auteurs anciens (et certains historiens modernes) le confondent souvent avec son fils (ou parent proche), Publius Carisius. Ce dernier fut légat d’Auguste en Espagne et fonda la ville d’Emerita Augusta (Mérida) après avoir vaincu les Astures en 25 av. J.-C.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

Les Carisii n’avaient pas de cognomen, et leur famille n’apparaît dans l’histoire que vers la fin de la République. Les deux seuls membres connus ont frappé monnaie : c’est T. Carisius et P. Carisius, personnages qui ont souvent été confondus par les historiens.

T. Carisius. Monétaire vers l’an 706 (48 av. J.-C.)

Ce personnage fut monétaire sous Jules César; on ne sait à peu près rien de son histoire, et les auteurs anciens l’ont souvent confondu avec son fils P. Carisius, chargé plus tard de faire la guerre en Espagne. Toutefois, une inscription de l’époque de la République, trouvée à Avignon et conservée au musée de cette ville porte : T. CARISIVS. T. F, PR. VOLCAR. DAT. Ce T. Carisius, préteur des Volkes, est probablement notre monétaire.Sur ses médailles, nombreuses et intéressantes, il prend quelquefois le titre de triumvir monetalis, avec la mention senatus consulto. Sur le n. 1, on voit la tête de Junon Moneta, déesse dans le temple de laquelle était établi l’atelier monétaire de Rome; au revers, sont gravés les emblèmes de la charge de monétaire : le coin, les tenailles, l’enclume et le marteau. Le coin monétaire, de forme conique, est entouré d’une couronne de laurier, comme le bonnet de Vulcain qu’on voit sur des monnaies italiotes ou étrusques d’Æsernia, d’Ariminum, de Populonia. Des coins monétaires de l’époque impériale, conservés au Cabinet de France, ont une forme à peu près identique.
Le buste de la Victoire, ainsi que son char trainé par deux ou quatre coursiers, font allusion aux triomphes de Jules-César, comme le sceptre, le globe, le sphinx, la corne d’abondance et le gouvernail rappellent sa puissance (V. Julia). Le quinaire n. 6 nous représente la dea Roma assise sur des boucliers, dans une position à peu près analogue à celle qu’elle a au revers du dernier anonyme décrit p. 72, du denier qui porte les trois noms de C. Malleolus, L. Metellus et A. Albinus, et enfin de la pièce des Locriens. Les sesterces (n. 7, 8 et 9) sont consacrés à Diane chasseresse. On a donné le nom de Sibylle à la tête des deniers 10 et II; pourtant cette tête n’est pas semblable à la Sibylle qui figure au droit du denier de L. Manlius Torquatus; le sphinx du revers, qui peut symboliser l’ambiguïté des paroles prophétiques de la Sibylle, est pareil au sphinx qu’on verra plus tard sur des monnaies d’Auguste. On n’a pas encore réussi à expliquer d’une manière satisfaisante la présence de la Sibylle et du Sphinx sur les monnaies de T. Carisius. On pourrait supposer qu’un des ancêtres de ce monétaire fut un des quindccimviri chargés de la garde des livres sibyllins, ou que ces types rappellent quelque oracle célèbre.
Remarquons encore que la tête de cette prétendue Sibylle se voit au revers des deniers de L. Valerius Acisculus, et qu’on la regarde alors, soit comme Valeria Luperca, soit comme la Junon de Faléries dont Valeria Luperca avait été prêtresse.

Lieux de découverte (180 exemplaires)

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