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1481CA – Sesterce Carisia – Titus Carisius

Avers : T. CARISIVS (Titus Carisius)

Tête de Pan à droite.

Revers : III VIR (Triumvir)

Panthère tenant un thyrse, à droite.

British Museum 0.99g

1

10+

ATELIER : Rome

Datation 46 avant J.C.

Matière Argent

Gens : Carisia

Références : RRC 464/7a – B.12 (Carisia)

Symbolisme : Une Ode à Bacchus (Dionysos)

Ce sesterce se distingue radicalement des autres émissions de Titus Carisius (qui montrent souvent Junon Moneta ou les outils de frappe). Ici, l’iconographie est purement dionysiaque.

  • Avers (Tête de Pan) :

    • Pan est une divinité de la nature sauvage, des bergers et des troupeaux.

    • Dans la mythologie, il est un compagnon fidèle du cortège de Dionysos (Bacchus pour les Romains). Sa présence annonce souvent une thématique liée à la fête, à l’abondance ou à la nature indomptée.

  • Revers (Panthère et Thyrse) :

    • La Panthère est l’animal favori de Bacchus. Elle symbolise la force sauvage maîtrisée par le dieu.

    • Le Thyrse est l’attribut par excellence de Bacchus : un bâton entouré de feuilles de lierre ou de vigne et surmonté d’une pomme de pin. Il représente la prospérité et l’extase religieuse.

Interprétation : L’association de ces trois éléments (Pan, Panthère, Thyrse) forme un message cohérent célébrant Liber Pater (l’équivalent romain de Bacchus/Dionysos). Ce dieu était associé à la liberté civile et à la fertilité.


Contexte Historique : L’Année 46 av. J.-C.

Pour comprendre cette frappe, il faut la replacer dans l’ambiance électrique de Rome en 46 av. J.-C.

1. La Domination de César C’est une année charnière. Jules César, alors dictateur, célèbre son quadruple triomphe (sur la Gaule, l’Égypte, le Pont et l’Afrique). Rome est en effervescence, gorgée de butin et de festivités gigantesques.

  • Les monétaires de cette année (Titus Carisius, mais aussi Cordius Rufus et Considius Paetus) frappent massivement monnaie pour payer les légions et financer ces célébrations.

  • Tandis que les deniers de Carisius célèbrent la Victoire ou l’atelier monétaire lui-même, ce petit sesterce rare semble avoir une fonction plus spécifique.

2. Pourquoi Bacchus ? Lien avec les jeux ou la famille ?

  • Les jeux du Triomphe : Les triomphes de César incluaient des défilés d’animaux exotiques et des spectacles grandioses. La panthère pourrait évoquer ces bêtes sauvages présentées au peuple, ou les jeux scéniques (ludi) donnés en l’honneur des dieux.

  • Origine Familiale (Hypothèse) : Comme le note LesDioscures.com, la famille Carisia est mal connue avant cette date. Il est possible que ce type monétaire fasse référence à une dévotion privée de la gens Carisia envers Liber Pater, ou à une origine régionale spécifique (peut-être liée aux Volcae près d’Avignon, où le culte du vin et de la vigne était présent, si l’on suit la piste de l’inscription d’Avignon mentionnée par Babelon).

  • Propagande Césarienne : Marc Antoine, lieutenant fidèle de César, s’associera plus tard fortement à Dionysos. Il n’est pas impossible que des courants dionysiaques aient été en vogue dans l’entourage césarien comme symbole de l’Âge d’Or qui revenait.

L’identité exacte de Titus Carisius reste en partie mystérieuse, car il appartient à une famille (gens Carisia) qui n’apparaît dans l’histoire de Rome qu’à la toute fin de la République. Voici ce que l’on sait sur ce magistrat influent :

1. Son rôle de Triumvir Monétaire

En 46 av. J.-C., Titus Carisius occupe la fonction de III VIR AAAFF (Triumvir Auro Argento Aere Flando Feriundo), c’est-à-dire l’un des trois magistrats chargés de la fonte et de la frappe des monnaies d’or, d’argent et de bronze.

  • Il partage ce collège monétaire avec Manius Cordus Rufus et Caius Considius Paetus.

  • Son mandat coïncide avec le retour triomphal de Jules César à Rome après ses victoires en Afrique (bataille de Thapsus).

2. Un fervent partisan de Jules César

Titus Carisius n’est pas un simple fonctionnaire ; son monnayage montre qu’il est un allié politique dévoué à César.

  • À travers ses émissions (comme le denier à la Sibylle ou celui à la Victoire), il participe activement à la construction du culte de la personnalité de César.

  • Il utilise la monnaie comme un outil de propagande pour célébrer le quadruple triomphe de César (Gaule, Égypte, Pont et Afrique).

3. Hypothèses biographiques

Le peu d’informations biographiques à son sujet provient de croisements épigraphiques et historiques :

  • Origines possibles : Une inscription trouvée à Avignon suggère qu’un certain T. Carisius aurait été préteur des Volques (un peuple gaulois). Cela pourrait indiquer que sa famille avait des liens avec la Gaule transalpine, peut-être grâce à la clientèle de César.

  • Confusion historique : Les auteurs anciens (et certains historiens modernes) le confondent souvent avec son fils (ou parent proche), Publius Carisius. Ce dernier fut légat d’Auguste en Espagne et fonda la ville d’Emerita Augusta (Mérida) après avoir vaincu les Astures en 25 av. J.-C.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

Les Carisii n’avaient pas de cognomen, et leur famille n’apparaît dans l’histoire que vers la fin de la République. Les deux seuls membres connus ont frappé monnaie : c’est T. Carisius et P. Carisius, personnages qui ont souvent été confondus par les historiens.

T. Carisius. Monétaire vers l’an 706 (48 av. J.-C.)

Ce personnage fut monétaire sous Jules César; on ne sait à peu près rien de son histoire, et les auteurs anciens l’ont souvent confondu avec son fils P. Carisius, chargé plus tard de faire la guerre en Espagne. Toutefois, une inscription de l’époque de la République, trouvée à Avignon et conservée au musée de cette ville porte : T. CARISIVS. T. F, PR. VOLCAR. DAT. Ce T. Carisius, préteur des Volkes, est probablement notre monétaire.Sur ses médailles, nombreuses et intéressantes, il prend quelquefois le titre de triumvir monetalis, avec la mention senatus consulto. Sur le n. 1, on voit la tête de Junon Moneta, déesse dans le temple de laquelle était établi l’atelier monétaire de Rome; au revers, sont gravés les emblèmes de la charge de monétaire : le coin, les tenailles, l’enclume et le marteau. Le coin monétaire, de forme conique, est entouré d’une couronne de laurier, comme le bonnet de Vulcain qu’on voit sur des monnaies italiotes ou étrusques d’Æsernia, d’Ariminum, de Populonia. Des coins monétaires de l’époque impériale, conservés au Cabinet de France, ont une forme à peu près identique.
Le buste de la Victoire, ainsi que son char trainé par deux ou quatre coursiers, font allusion aux triomphes de Jules-César, comme le sceptre, le globe, le sphinx, la corne d’abondance et le gouvernail rappellent sa puissance (V. Julia). Le quinaire n. 6 nous représente la dea Roma assise sur des boucliers, dans une position à peu près analogue à celle qu’elle a au revers du dernier anonyme décrit p. 72, du denier qui porte les trois noms de C. Malleolus, L. Metellus et A. Albinus, et enfin de la pièce des Locriens. Les sesterces (n. 7, 8 et 9) sont consacrés à Diane chasseresse. On a donné le nom de Sibylle à la tête des deniers 10 et II; pourtant cette tête n’est pas semblable à la Sibylle qui figure au droit du denier de L. Manlius Torquatus; le sphinx du revers, qui peut symboliser l’ambiguïté des paroles prophétiques de la Sibylle, est pareil au sphinx qu’on verra plus tard sur des monnaies d’Auguste. On n’a pas encore réussi à expliquer d’une manière satisfaisante la présence de la Sibylle et du Sphinx sur les monnaies de T. Carisius. On pourrait supposer qu’un des ancêtres de ce monétaire fut un des quindccimviri chargés de la garde des livres sibyllins, ou que ces types rappellent quelque oracle célèbre.
Remarquons encore que la tête de cette prétendue Sibylle se voit au revers des deniers de L. Valerius Acisculus, et qu’on la regarde alors, soit comme Valeria Luperca, soit comme la Junon de Faléries dont Valeria Luperca avait été prêtresse.

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