
1482CA – Sesterce Carisia – Titus Carisius
Avers : Anépigraphe
Tête diadémée de Diane à droite, avec un arc et un carquois sur l’épaule.
Revers : T·CA ou T·CAR ou T·CARIS ou T·CARISI (Titus Carisius)
Chien courant à droite.
INDICE DE RARETE : 10+
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10+
ATELIER : Rome
Datation : 46 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Carisia
Références : RRC 464/8a – B.8 (Carisia)) – Syd.989
L’étude de ce sesterce de Titus Carisius (46 av. J.-C.) offre un aperçu fascinant de la transition entre les valeurs religieuses traditionnelles de la République et la propagande politique de l’époque de Jules César.
1. Symbolisme de l’iconographie
Le choix des images sur cette petite monnaie d’argent (~0,96 g) n’est pas fortuit :
L’Avers (Diane) : La tête de Diane chasseresse, avec son arc et son carquois, représente une divinité centrale du panthéon romain. Elle symbolise la pureté, la nature sauvage et la protection. Pour un magistrat monétaire, invoquer Diane peut rappeler des origines familiales liées à un culte spécifique (souvent à Aricie) ou souligner une vertu de vigilance.
Le Revers (Le Chien courant) : Le lévrier ou le chien de chasse en pleine course est l’attribut direct de Diane. Symboliquement, il évoque la fidélité (Fides), mais aussi la poursuite et la rapidité. Dans le contexte des guerres civiles, cela peut suggérer la traque des ennemis de l’État ou la vigilance face aux menaces.
2. Contexte Historique : L’ère de Jules César
Ce sesterce est frappé en 46 av. J.-C., une année charnière :
Le Triomphe de César : C’est l’année du quadruple triomphe de Jules César (Gaule, Égypte, Pont, Numidie). Titus Carisius, en tant que triumvir monetalis (magistrat responsable de la monnaie), est un partisan de César.
Propagande indirecte : Bien que ce sesterce soit plus sobre que le denier à la tête de Junon Moneta (RRC 464/1), il participe à une série monétaire qui célèbre la stabilité retrouvée. L’utilisation de divinités traditionnelles comme Diane permet d’ancrer le nouveau régime dans la continuité religieuse et morale de la République.
L’ascension des Carisii : La famille Carisia, peu connue auparavant, gagne en influence grâce à son soutien à César. Titus Carisius est probablement le même personnage qui fut préteur des Volsques, témoignant de l’intégration des élites provinciales à Rome.
L’identité exacte de Titus Carisius reste en partie mystérieuse, car il appartient à une famille (gens Carisia) qui n’apparaît dans l’histoire de Rome qu’à la toute fin de la République. Voici ce que l’on sait sur ce magistrat influent :
1. Son rôle de Triumvir Monétaire
En 46 av. J.-C., Titus Carisius occupe la fonction de III VIR AAAFF (Triumvir Auro Argento Aere Flando Feriundo), c’est-à-dire l’un des trois magistrats chargés de la fonte et de la frappe des monnaies d’or, d’argent et de bronze.
Il partage ce collège monétaire avec Manius Cordus Rufus et Caius Considius Paetus.
Son mandat coïncide avec le retour triomphal de Jules César à Rome après ses victoires en Afrique (bataille de Thapsus).
2. Un fervent partisan de Jules César
Titus Carisius n’est pas un simple fonctionnaire ; son monnayage montre qu’il est un allié politique dévoué à César.
À travers ses émissions (comme le denier à la Sibylle ou celui à la Victoire), il participe activement à la construction du culte de la personnalité de César.
Il utilise la monnaie comme un outil de propagande pour célébrer le quadruple triomphe de César (Gaule, Égypte, Pont et Afrique).
3. Hypothèses biographiques
Le peu d’informations biographiques à son sujet provient de croisements épigraphiques et historiques :
Origines possibles : Une inscription trouvée à Avignon suggère qu’un certain T. Carisius aurait été préteur des Volques (un peuple gaulois). Cela pourrait indiquer que sa famille avait des liens avec la Gaule transalpine, peut-être grâce à la clientèle de César.
Confusion historique : Les auteurs anciens (et certains historiens modernes) le confondent souvent avec son fils (ou parent proche), Publius Carisius. Ce dernier fut légat d’Auguste en Espagne et fonda la ville d’Emerita Augusta (Mérida) après avoir vaincu les Astures en 25 av. J.-C.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Les Carisii n’avaient pas de cognomen, et leur famille n’apparaît dans l’histoire que vers la fin de la République. Les deux seuls membres connus ont frappé monnaie : c’est T. Carisius et P. Carisius, personnages qui ont souvent été confondus par les historiens.
T. Carisius. Monétaire vers l’an 706 (48 av. J.-C.)
Ce personnage fut monétaire sous Jules César; on ne sait à peu près rien de son histoire, et les auteurs anciens l’ont souvent confondu avec son fils P. Carisius, chargé plus tard de faire la guerre en Espagne. Toutefois, une inscription de l’époque de la République, trouvée à Avignon et conservée au musée de cette ville porte : T. CARISIVS. T. F, PR. VOLCAR. DAT. Ce T. Carisius, préteur des Volkes, est probablement notre monétaire.Sur ses médailles, nombreuses et intéressantes, il prend quelquefois le titre de triumvir monetalis, avec la mention senatus consulto. Sur le n. 1, on voit la tête de Junon Moneta, déesse dans le temple de laquelle était établi l’atelier monétaire de Rome; au revers, sont gravés les emblèmes de la charge de monétaire : le coin, les tenailles, l’enclume et le marteau. Le coin monétaire, de forme conique, est entouré d’une couronne de laurier, comme le bonnet de Vulcain qu’on voit sur des monnaies italiotes ou étrusques d’Æsernia, d’Ariminum, de Populonia. Des coins monétaires de l’époque impériale, conservés au Cabinet de France, ont une forme à peu près identique.
Le buste de la Victoire, ainsi que son char trainé par deux ou quatre coursiers, font allusion aux triomphes de Jules-César, comme le sceptre, le globe, le sphinx, la corne d’abondance et le gouvernail rappellent sa puissance (V. Julia). Le quinaire n. 6 nous représente la dea Roma assise sur des boucliers, dans une position à peu près analogue à celle qu’elle a au revers du dernier anonyme décrit p. 72, du denier qui porte les trois noms de C. Malleolus, L. Metellus et A. Albinus, et enfin de la pièce des Locriens. Les sesterces (n. 7, 8 et 9) sont consacrés à Diane chasseresse. On a donné le nom de Sibylle à la tête des deniers 10 et II; pourtant cette tête n’est pas semblable à la Sibylle qui figure au droit du denier de L. Manlius Torquatus; le sphinx du revers, qui peut symboliser l’ambiguïté des paroles prophétiques de la Sibylle, est pareil au sphinx qu’on verra plus tard sur des monnaies d’Auguste. On n’a pas encore réussi à expliquer d’une manière satisfaisante la présence de la Sibylle et du Sphinx sur les monnaies de T. Carisius. On pourrait supposer qu’un des ancêtres de ce monétaire fut un des quindccimviri chargés de la garde des livres sibyllins, ou que ces types rappellent quelque oracle célèbre.
Remarquons encore que la tête de cette prétendue Sibylle se voit au revers des deniers de L. Valerius Acisculus, et qu’on la regarde alors, soit comme Valeria Luperca, soit comme la Junon de Faléries dont Valeria Luperca avait été prêtresse.