
1577AN – Aureus Marc Antoine et Lepide – Marcus Antonius
Avers : M ANTONIVS IMP III VIR R P C (Marcus Antonius Imperator, Triumvir Reipublicae Constituendae)
Tête barbue de Marc Antoine à droite, lituus derrière.
Revers : M·LEPIDVS·III·VIR·R·P·C
Tête de Lépide à droite, aspergillum et simpulum derrière.
INDICE DE RARETE : 10+
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ATELIER : Gaule cisalpine
Datation : 43 avant J.C.
Matière : Or
Gentes : Antonia et Aemilia
Références : RRC 492/2 – B.33 (Aemilia)
Cet Aureus RRC est un document politique exceptionnel qui cristallise la naissance du Second Triumvirat à la fin de l’année 43 av. J.-C. (accord de Bologne).
Voici l’analyse détaillée de son symbolisme et du contexte qui a entouré son émission.
1. Symbolisme : La Légitimité par le Sacré
Contrairement aux monnaies de la République classique où les divinités dominaient l’avers, cet aureus place le portrait des chefs de guerre au centre, utilisant des attributs religieux pour justifier leur pouvoir exceptionnel.
Le Lituus (Bâton augural) derrière Marc Antoine : Il symbolise son appartenance au collège des Augures. Pour Antoine, ce symbole n’est pas seulement religieux ; il indique sa capacité à interpréter la volonté des dieux, une compétence indispensable pour diriger les armées et prendre des décisions d’État.
Le Simpulum (Louche) et l’Aspergillum (Goupillon) derrière Lépide : Ces instruments de sacrifice renvoient à sa fonction de Pontife. Lépide venait de succéder à Jules César comme Pontifex Maximus (Grand Pontife). En affichant ces symboles, il se pose en héritier spirituel du Dictateur et en garant de la Pax Deorum (la paix des dieux).
La Barbe de Marc Antoine : Sur de nombreux exemplaires, Antoine est représenté barbu. C’est la barba et pascitur, une barbe de deuil qu’il a juré de porter jusqu’à ce que le meurtre de César soit vengé. C’est un outil de propagande visuelle puissant pour s’attirer la loyauté des vétérans césariens.
2. Contexte Historique : L’Union des Héritiers
L’année 43 av. J.-C. est une année charnière. Après les affrontements de la guerre de Modène, les trois chefs césariens — Antoine, Lépide et le jeune Octave — comprennent qu’ils doivent s’unir pour écraser les assassins de César (Brutus et Cassius) et reprendre le contrôle de Rome.
La Lex Titia : Ce n’est pas une simple alliance privée (comme le fut le « Premier Triumvirat »). La loi Titia donne aux trois hommes des pouvoirs dictatoriaux pour cinq ans sous le titre officiel de
III VIR R.P.C.(Triumviri Rei Publicae Constituendae). Cette mention sur la pièce officialise leur mainmise sur l’État.Une égalité de façade : En frappant des monnaies associant leurs portraits (Antoine/Lépide sur le 492/2, Antoine/Octave sur le 492/1), les triumvirs projettent une image d’unité absolue et de concorde. En réalité, c’est un équilibre précaire où chacun tente d’affirmer sa primauté.
Le financement de la guerre : Ces aurei étaient principalement destinés à payer les légions. Le choix de l’or (métal rare et prestigieux) servait à assurer la fidélité des officiers et des troupes avant la campagne décisive qui mènera à la bataille de Philippes en 42 av. J.-C.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Ces médailles (33 à 35) sur lesquelles Lépide, Marc Antoine et Octave prennent le titre de triumviri reipublicæ constituendæ, ont été frappées à l’occasion de la constitution même du triumvirat le 27 novembre 711.