
1610AN – Denier Marc Antoine – Caius Vibius Varus
Avers : Anepigraphe
Tête nue et barbue de Marc Antoine.
Revers : C VIBIVS / VARVS (Caius Vibius Varus)
Fortune debout, tenant une victoriolia de la main droite et une corne d’abondance de la main gauche.
INDICE DE RARETE : 9
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10+
ATELIER : Rome
Datation : 42 avant J.C.
Matière : Argent
Gentes : Vibia et Antonia
Références : RRC 494/32 – B.26 (Antonia) – Syd.1144
Ce denier, frappé par Caius Vibius Varus en 42 av. J.-C., est une monnaie chargée d’une symbolique politique intense, s’inscrivant dans l’une des périodes les plus instables de l’histoire romaine : l’année de la bataille de Philippes.
Voici une analyse détaillée de son symbolisme et de son contexte :
1. Le Symbolisme de l’Avers : Marc Antoine et le Deuil
Le Portrait : L’avers montre le visage de Marc Antoine. À cette époque, l’apparition de portraits d’hommes vivants sur les monnaies (une pratique initiée par Jules César peu avant sa mort) est encore une affirmation de pouvoir extraordinaire, presque monarchique.
La Barbe (Barbatulus) : Marc Antoine est représenté avec une barbe courte. Ce n’est pas un choix esthétique, mais un signe de deuil (squalor). Il a juré de ne pas se raser tant que les assassins de son mentor, Jules César, n’auraient pas été châtiés. C’est un outil de propagande puissant qui souligne sa loyauté envers le dictateur défunt et justifie la guerre civile en cours comme une quête de justice.
2. Le Symbolisme du Revers : Fortuna et la Victoire
Fortuna : La déesse Fortune tient une Victoire dans sa main droite. Cela symbolise l’idée que la chance et le destin sont du côté du Second Triumvirat (Antoine, Octavien et Lépide).
Le Cornu Copiae (Corne d’abondance) : Elle porte également une corne d’abondance, promettant que la victoire des triumvirs ramènera la prospérité et la fin des disettes après des années de chaos.
Message Politique : En associant Antoine à la Fortune victorieuse, le monnayeur Caius Vibius Varus affirme que la légitimité du pouvoir réside dans le camp de ceux qui vengeront César.
3. Contexte Historique : L’année charnière 42 av. J.-C.
Le Second Triumvirat : La pièce est frappée à Rome alors que le Second Triumvirat prépare l’affrontement final contre les « Libérateurs » (Brutus et Cassius), qui s’étaient réfugiés en Orient.
Le financement de la guerre : Ce type de denier servait principalement à payer les légions stationnées en Italie ou sur le point de partir pour la Macédoine. La qualité du métal et l’image de marque (le portrait d’Antoine) servaient à s’assurer la fidélité des troupes.
Caius Vibius Varus : Bien que son nom figure sur la pièce, le monnayeur agit ici comme un agent de l’État sous le contrôle direct des triumvirs. C’est l’un des derniers moments de la République où les monnayeurs traditionnels existent encore, mais leur rôle est désormais totalement au service des chefs militaires.
Le monétaire Caius Vibius Varus est une figure dont la carrière est principalement documentée par ses émissions monétaires. Il exerça ses fonctions à une époque de transition violente pour la République romaine.
Voici ce que l’on sait de ce magistrat et de son rôle :
1. Identité et Famille
Gens Vibia : Caius Vibius Varus appartient à la gens Vibia, une famille plébéienne qui n’apparaît de manière significative à Rome qu’au dernier siècle de la République.
Les Cognomina : Les branches les plus connues de cette famille portent les noms de Pansa (notamment le consul de 43 av. J.-C.) et Varus. Le nom Varus signifie littéralement « aux jambes cagneuses ».
Postérité : On pense qu’il est l’arrière-grand-père du sénateur Gaius Vibius Varus, actif sous l’Empire, montrant que sa lignée a su naviguer avec succès à travers les guerres civiles.
2. Sa Fonction : Le Collège des Quatuorvirs
Caius Vibius Varus fait partie du collège des Quattuorviri Monetales (les quatre magistrats responsables de la frappe) de l’année 42 av. J.-C. Ses collègues étaient :
Lucius Livineius Regulus
Lucius Mussidius Longus
Publius Clodius Turrinus
Contrairement à ses collègues, il n’ajoute aucune qualification (comme IIIvir AAAFF) à son nom sur ses monnaies. Il frappe sous l’autorité du Sénat, mais ses émissions sont clairement destinées à soutenir les Triumvirs (Marc Antoine, Octave et Lépide) dans leur lutte contre les assassins de César.
3. Thématiques de son Monnayage
Le monnayage de Varus se divise en deux grandes catégories de propagande :
La Légitimité Triumvirale : Il émet des pièces aux portraits de Marc Antoine (comme votre RRC 494/32), d’Octave et de Lépide. Ces pièces servent à payer les armées et à familiariser le public avec les visages des nouveaux maîtres de Rome.
Les Traditions Familiales et Religieuses : Sur d’autres types (comme le denier RRC 494/36), il privilégie des figures comme Bacchus (Liber Pater), souvent associé à la gens Vibia. On y voit souvent une panthère, un masque de Silène et un thyrse, symbolisant la fertilité et les fêtes des Liberalia.
En résumé
Caius Vibius Varus était un magistrat stratégique dont la mission était de financer l’effort de guerre des héritiers de César. Son travail illustre parfaitement la transformation de la monnaie romaine : d’un outil de célébration républicaine vers un instrument de culte de la personnalité au profit des chefs militaires.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
C. Vibius Varus. Monétaire en 711-712 (43-42 av. J.-C.)
Ce magistrat composa un collège monétaire avec L. Livineius Regulus, L. Mussidius Longus et P. Clodius Turrinus. Ses trois collègues prennent le titre de quatuorvir auro publico feriundo; lui seul n’ajoute à son nom aucune qualification. Mommsen plaçait ce collège en 716; le trésor de Pieve-Quinta a démontré qu’il date des années 711 et 712 (43-42 av. J.-C.). Nous ne savons rien de la carrière de C. Vibius Varus qui n’est connu que par les médailles. Outre les monnaies que ses collègues et lui ont fait frapper aux noms de Lépide, de Marc Antoine et d’Octave, chacun d’eux a émis, sous l’autorité du sénat, des aurei et des deniers qui ne portent pas les noms des triumvirs et sont antérieurs à la constitution du triumvirat le 27 novembre 711. Aussi, les types qui figurent sur ces monnaies ont-ils entre eux une grande analogie. Ceux des pièces de C. Vibius Varus font allusion soit aux souvenirs de famille des Vibii, comme le denier n. 24, soit à la puissance romaine, à sa bonne fortune et à ses victoires, types monétaires usuels à la fin de la république.
Lieux de découverte (10 exemplaires)