1623AE – Aureus Lepide et Octave – Marcus Æmilius Lepidus
INDICE DE RARETE : 10+ (Il semblerait qu’il n’y ait eu qu’un seul exemplaire connu, fut dérobé au Cabinet des médailles de la BnF en 1831 et pourrait avoir été fondu.)
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10+
ATELIER : Italie
Datation : 42 avant J.C.
Matière : Or
Gentes : Aemilia et Julia
Références : RRC 495/1 – B.34 (Aemilia)
Le symbolisme et le contexte historique de cet aureus s’inscrivent dans l’une des périodes les plus instables et fascinantes de l’histoire romaine : les prémices de la fin de la République après l’assassinat de Jules César.
1. Le Contexte : L’Union des Héritiers de César (42 av. J.-C.)
En 42 av. J.-C., Rome est en pleine guerre civile. Le Second Triumvirat (Octave, Marc Antoine et Lépide) a été légalement instauré par la Lex Titia pour venger César et réorganiser l’État.
La Campagne de Philippes : Cette monnaie est frappée alors que les triumvirs se préparent à affronter les « Libérateurs » (Brutus et Cassius) en Grèce. L’or est alors nécessaire pour payer les légions et assurer leur loyauté.
La hiérarchie interne : Bien qu’Antoine soit le leader militaire dominant à ce moment, l’association de Lépide et d’Octave sur cet aureus montre une volonté d’afficher un front uni et une légitimité partagée.
2. Le Symbolisme de l’Avers : Lépide et l’Autorité Religieuse
Le portrait de Marcus Aemilius Lepidus n’est pas seulement celui d’un chef de guerre.
Le titre de Pontifex Maximus : La légende souligne sa fonction de Grand Pontife. En s’appropriant cette charge (occupée par César jusqu’à sa mort), Lépide se place comme le garant de la Pax Deorum (la paix des dieux). C’est un symbole de continuité et de piété.
Légitimité Aristocratique : Lépide représente la vieille noblesse romaine ralliée à la cause césarienne, apportant une caution de respectabilité au triumvirat.
3. Le Symbolisme du Revers : Octave et l’Héritage du Nom
Le portrait du jeune Octave (le futur Auguste) porte un message très différent, axé sur la filiation.
Le nom « CAESAR » : À cette époque, Octave insiste systématiquement sur son nom d’adoption. Pour les soldats, il est le fils du « Dieu Jules ». Sa présence sur la monnaie rappelle que le sang de César commande les troupes.
Le titre d’Imperator : Contrairement à Lépide qui met en avant sa dignité religieuse, Octave met en avant son commandement militaire, affirmant sa montée en puissance malgré sa jeunesse.
4. Un outil de légitimation mutuelle : « III VIR R P C »
L’élément le plus important du symbolisme politique ici est l’abréviation commune aux deux faces : III VIR R P C (Triumviri Rei Publicae Constituendae).
Légalisation du pouvoir : Ce titre indique qu’ils ne sont pas des tyrans, mais des magistrats nommés pour « restituer la République ».
Parité apparente : En plaçant leurs visages dos à dos (avers/revers), ils signalent aux armées et au peuple qu’ils agissent d’un commun accord. C’est une image de stabilité destinée à rassurer une Rome épuisée par les proscriptions et les guerres.
5. Pourquoi l’or ?
L’usage de l’aureus (monnaie d’or) est hautement symbolique. Sous la République, Rome frappait rarement de l’or, sauf en période de crise extrême ou de grandes conquêtes. Frapper cet aureus est un acte de souveraineté : les triumvirs s’approprient le droit de battre monnaie dans le métal le plus précieux pour affirmer que le destin de l’Empire est désormais entre leurs mains.
En résumé, cet aureus est un « manifeste politique en métal ». Il tente de fusionner la tradition religieuse (Lépide) et la ferveur révolutionnaire césarienne (Octave) sous une bannière légale pour justifier la guerre à venir contre les assassins de César.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Ces médailles (33 à 35) sur lesquelles Lépide, Marc Antoine et Octave prennent le titre de triumviri reipublicæ constituendæ, ont été frappées à l’occasion de la constitution même du triumvirat le 27 novembre 711.
Lépide, imperator et triumvir.
Les monnaies que nous décrivons ici, se rapportent à la période comprise entre la mort de César, aux ides de Mars 710, et la première rupture du triumvirat de Marc Antoine, Octave et Lépide en 712 (42 av. J.-C.). On peut les partager en deux séries : celles sur lesquelles Lépide figure soit avec Marc Antoine, soit avec Octave, sans nom de magistrat monétaire, et celles sur lesquelles le nom de Lépide est accompagné du nom de l’un des magistrats qui ont formé le collège monétaire de l ‘an 711 (43 av. J.-C.). Les premiers portent des emblèmes qui rappellent la dignité de pontifex maximus dont Lépide venait d être investi à la mort de César. Les secondes n’ont présenté, jusqu’ici, que trois noms de monétaires, bien que le collège de l ‘an 711 fût composé de quatre membres. Ce sont : L. Livineius Regulus, L. Mussidius Longus et C. Vibius Varus. On n’a pas de monnaie de Lépide avec le nom de P. Clodius. Les médailles de Lépide frappées par les magistrats que nous venons de citer sont en or et fort rares. Aucune des monnaies de Lépide n’est postérieure à l’an 711 ou au commencement de 712, moment où il passa en Afrique, à la suite de difficultés survenues entre les membres du triumvirat.