
1673AR – Aureus Arria – Marcus Arrius Secundus
Avers : M. ARRIVS SECVNDVS (Marcus Arrius Secundus)
Buste diadémé de la Fortune à droite; au-dessus F.P.R (Fortuna Populi Romani)
Revers : Anépigraphe
Bouclier vertical. Couronne et phalère rectangulaire.
INDICE DE RARETE : 10+
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10+
ATELIER : Rome
Cet aureus est une émission d’une importance capitale pour comprendre la transition entre la République mourante et l’avènement du Principat. Frappé par le monétaire Marcus Arrius Secundus, il illustre parfaitement l’utilisation de la monnaie comme vecteur de légitimation familiale et de propagande politique.
1. Le Symbolisme de l’Avers : Fortuna Populi Romani
L’avers présente le buste de Fortuna Populi Romani (la Fortune du Peuple Romain), identifiée par la légende F·P·R.
Légitimation du Pouvoir : En 41 av. J.-C., Rome sort de la bataille de Philippes (42 av. J.-C.). Le choix de Fortuna n’est pas anodin : il suggère que la victoire des triumvirs (Octave et Marc Antoine) et la survie de l’État sont dues à la faveur divine.
Stabilité et Destin : Fortuna incarne ici le destin de Rome. En l’associant à son propre nom, le monétaire place son action sous la protection d’une divinité garante de la prospérité publique dans une période de guerres civiles intenses.
2. Le Symbolisme du Revers : Les Dona Militaria
Le revers montre une hasta pura (lance honorifique sans fer), flanquée d’une couronne (corona) à gauche et d’une phalère (phalera) à droite. Cet ensemble représente les récompenses militaires (dona militaria).
L’Honneur de la Gens Arria : Ce revers est une référence directe aux exploits de Quintus Arrius, le père (ou ancêtre proche) du monétaire. En tant que préteur en 73 av. J.-C., Quintus Arrius s’était illustré lors de la Guerre de Spartacus en battant Crixus, l’un des lieutenants du célèbre gladiateur.
Détails des récompenses :
La Hasta Pura : Symbole de souveraineté et de mérite militaire exceptionnel, souvent décernée à un soldat ayant sauvé la vie d’un citoyen ou s’étant distingué par sa bravoure.
La Couronne et la Phalère : Représentent les plus hautes distinctions honorifiques romaines. Selon les recherches publiées sur LesDioscures.com, Quintus Arrius aurait reçu ces honneurs pour avoir « sauvé la République » lors de cette révolte servile.
3. Contexte Historique : Entre Tradition et Allégeance
L’année 41 av. J.-C. est marquée par des tensions croissantes entre les partisans d’Octave et ceux de Marc Antoine (menés par son frère Lucius Antonius), aboutissant à la Guerre de Pérouse.
Propagande Octavienne : Bien que Marcus Arrius Secundus célèbre ses ancêtres, le portrait sur les deniers correspondants (RRC 513/2 et 513/3) présente souvent des traits rappelant ceux du jeune Octave. Cette ambiguïté délibérée permettait au monétaire de prêter allégeance au nouveau maître de Rome tout en respectant la tradition républicaine de commémoration familiale.
Rareté Numismatique : Comme souligné par l’indice de rareté (Rarity Index 10+), cet aureus était destiné au paiement des légions. L’utilisation de l’or témoigne de l’urgence financière des triumvirs pour s’assurer la loyauté des troupes après Philippes.
Nota : Cette pièce forme un ensemble cohérent avec les deniers de la même série, illustrant la manière dont les familles plébéiennes montantes, comme la Gens Arria, utilisaient le monnayage pour transformer leurs mérites militaires passés en capital politique présent.
Marcus Arrius Secundus était un magistrat monétaire de la République romaine, actif vers 41 av. J.-C. (certaines sources comme Woytek suggèrent un début d’activité dès 43 av. J.-C. au sein d’un collège de quatre magistrats ou quatuorviri).
1. Origines et Famille (Gens Arria)
Il appartient à la Gens Arria, une famille plébéienne qui émerge sur la scène politique romaine au Ier siècle av. J.-C.
Filiation : Il est identifié comme le fils de Quintus Arrius, un personnage influent de l’époque de Cicéron.
L’héritage paternel : Son père, Quintus Arrius, fut préteur en 73 av. J.-C. Il s’illustra durant la Troisième Guerre Servile (révolte de Spartacus). Bien que la guerre ait été finalement remportée par Crassus, Quintus Arrius remporta une victoire décisive contre Crixus, l’un des lieutenants de Spartacus, au Mont Gargano, où périrent 20 000 rebelles. C’est cet exploit qui justifie les récompenses militaires (dona militaria) figurant sur l’aureus RRC 513/1.
2. Carrière et Contexte Politique
Marcus Arrius Secundus exerce ses fonctions durant la période troublée du Second Triumvirat.
Collège Monétaire : Il aurait fait partie d’un collège de quatuorviri (quatre magistrats) aux côtés de C. Clodius Pulcher, C. Numonius Vaala et L. Servius Rufus. Ce groupe de monétaires est célèbre pour avoir frappé des monnaies aux types très personnalisés, mêlant l’histoire de leurs familles respectives à des allusions politiques contemporaines.
Positionnement : Le portrait présent sur certains de ses deniers (RRC 513/3) présente une ressemblance frappante avec le jeune Octave (le futur Auguste). Cela suggère que Secundus était un partisan du camp césarien, utilisant l’ambiguïté du portrait (ancêtre vs leader vivant) pour naviguer dans le climat politique dangereux de l’époque.
3. Rôle de « Quatuorvir » du Sénat
Selon Ernest Babelon, Marcus Arrius Secundus était l’un des monétaires désignés par le Sénat pour frapper de l’or après le meurtre de Jules César. Cette mission visait à réaffirmer le pouvoir souverain de l’État en matière monétaire face aux émissions purement militaires des généraux en campagne.
Synthèse
« Fils du préteur Quintus Arrius, Marcus Arrius Secundus utilise son mandat monétaire en 41 av. J.-C. pour glorifier les succès de son père contre les esclaves révoltés de Spartacus. Son monnayage, d’une grande rareté, témoigne de la transition iconographique où l’hommage aux ancêtres commence à se confondre avec le culte des nouveaux chefs de guerre, comme Octave. »
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Borghesi a consacré à l’histoire de la gens Arria une étude fort développée, et nous n’avons ici qu’à résumer les recherches de ce savant en ce qui concerne la numismatique. Le nom de Arria ou Aria dérive comme les noms Arruncia, Arrenia, Arrucia, et le cognomen Arruntanus, du prénom étrusque Arunte, qui lui-même vient du grec, nom du dieu Mars. L’existence, à l’époque de la république, de personnages du nom d’Arrius, en Campanie, à Rome, à Aquillée et dans la Gaule Cisalpine, est prouvée par de nombreuses inscriptions. Un des membres de la gens Arria, Q. Arrius, préteur en 681 (73 av. J.-C.), battit Crixus, un des lieutenants de Spartacus pendant la guerre Sociale ; il fit personnellement des prodiges de valeur, détruisit plus de trente mille ennemis, et obtint en récompense de ses exploits qui avaient sauvé la République, une couronne d’or, une haste et une phalère. Candidat malheureux au consulat pour l’année 695 (59 av. J.-C.) il est considéré comme la souche de la gens Arria à Rome.
Son fils, M. Arrius Secundus, est le seul des membres de la gens Arria qui ait occupé la charge de magistrat monétaire. Mommsen place la date de ses médailles qui sont assez rares, après la mort de César en 711 2 (43 av. J.-C.), et Fr. Lenormant recule cette date d une année, en 712. M. Arrius Secundus paraît avoir été quatuorvir monétaire avec C. Clodius C. f. Pulcher, C. Numonius Vaala et L. Servius Rufus. La pièce d’or qu’il fit frapper rentre dans la série des monnaies d’or peu nombreuses que le Sénat fit émettre après le meurtre du dictateur, en concurrence avec celles des généraux, pour marquer qu’il ressaisissait le pouvoir souverain. Sur ces aureus, on voit représentée, au droit, la Fortune du peuple romain, Forluna populi romani, que le Sénat croyait avoir rendue plus heureuse. On pourrait aussi supposer que cette tête de la Fortune rappelle le cognomen du monétaire, Secundus, et qu elle est un souvenir des exploits du préteur Q. Arrius qui, pendant la guerre Sociale, avait sauvé la fortune du peuple romain, mise en péril par Spartacus. Au revers de cette médaille et de la suivante, on voit la couronne de laurier, la haste et la phalère qui représentent les récompenses données au préteur Q. Arrius pour ses exploits. C’est la tête même de ce personnage, père du monétaire, et non, comme on l’a dit, celle d’Auguste barbu, qui figure sur les deniers 2 et 3. Enfin le revers du denier 3 rappelle encore les exploits de Q. Arrius : on le voit s’apprêtant à jeter une enseigne militaire au milieu des rangs ennemis, pour exciter ses soldats à la reconquérir. Le monétaire M. Arrius Secundus parait avoir succombé dans une expédition contre les Germains, sous Auguste.