LesDioscures.com

1650JU – Aureus Brutus – Marcus Servilius

1650JU – Aureus Brutus – Marcus Servilius Avers : M SERVILIVS LEG (Marcus Servilius Legatus) Tête laurée à droite de Libertas. Revers : Q·CAEPIO BRVTVS·IMP  Trophée militaire composé d’une cuirasse, de deux lances et d’un bouclier en forme de huit. British Museum 7.87g INDICE DE RARETE : 10+ 1 10+ ATELIER : Sardes? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Or Gentes : Junia, Cassia et Servilia Références : RRC 505/4 – B.47 (Junia) – Syd.1314 Le symbolisme et le contexte historique de cette monnaie sont indissociables de la fin tragique de la République romaine. Cette monnaie n’est pas qu’un simple moyen de paiement ; c’est un outil de propagande de guerre pour Brutus. 1. Le Symbolisme : L’idéologie de la « Libertas » Chaque élément visuel est choisi pour légitimer l’assassinat de Jules César (survenu en 44 av. J.-C.) : Libertas (Avers) : La déesse de la Liberté est le symbole central des Républicains (les Liberatores). En plaçant sa tête sur la monnaie, Brutus affirme que son combat n’est pas une quête de pouvoir personnelle, mais une mission sacrée pour libérer le peuple romain du « tyran ». Le Trophée (Revers) : Le trophée d’armes symbolise une victoire militaire déjà acquise ou imminente. Il sert à asseoir l’autorité de Brutus en tant qu’Imperator (titre figurant dans la légende BRVTVS IMP). Cela montre que Brutus possède le « commandement » (l’imperium) et la faveur des dieux. Les Légendes : Le nom M·SERVILIVS LEG (Marcus Servilius, légat) souligne la structure légale de son armée. Bien qu’ils soient techniquement des rebelles aux yeux d’Octave et Marc Antoine, Brutus et Cassius utilisent les titres officiels de la République pour prouver leur légitimité. 2. Le Contexte Historique : L’argent de la dernière chance La frappe de cet aureus intervient dans une période de tension extrême (fin 43 – début 42 av. J.-C.) : La Levée de fonds en Orient : Brutus et Cassius parcourent l’Asie Mineure (actuelle Turquie) pour lever des impôts massifs auprès des cités grecques et lyciennes. L’or utilisé pour ces aurei provient souvent du pillage ou des contributions forcées des villes locales (comme Xanthe ou Rhodes). L’Atelier Itinérant : Contrairement aux monnaies frappées à Rome, celle-ci provient d’un atelier monétaire qui suivait l’armée. Cela explique la rareté de ces pièces, produites en fonction des besoins immédiats de la solde. Payer les Légions : Un aureus représentait une somme considérable (25 deniers d’argent). Frapper de l’or était crucial pour garantir la fidélité des vétérans et des mercenaires avant la confrontation finale contre les troupes du Second Triumvirat (Octave, Antoine et Lépide). La bataille de Philippes : Cette monnaie est le témoin direct des mois précédant la double bataille de Philippes (octobre 42 av. J.-C.). Après sa défaite, Brutus se suicidera, marquant la fin effective de la République et le début de la transition vers l’Empire. Le magistrat monétaire mentionné sur cette monnaie est Marcus Servilius, un personnage clé de l’état-major des « Libérateurs » (Brutus et Cassius). Contrairement aux magistrats monétaires habituels de Rome (triumviri monetales), son rôle est ici celui d’un officier de haut rang doté de pouvoirs financiers en période de guerre. Voici les informations essentielles sur ce personnage : 1. Son Identité et son Titre Nom complet : Marcus Servilius. Il appartient à la gens Servilia, l’une des familles les plus anciennes et les plus illustres de Rome. Titre : LEG (Legatus). Il ne frappe pas monnaie en tant que magistrat civil, mais en tant que Légat. Cela signifie qu’il était un adjoint direct de Cassius (et parfois de Brutus), agissant avec l’autorité déléguée de son général. Famille : Il descend probablement de Marcus Servilius Pulex Geminus (consul en 202 av. J.-C.), un héros de la deuxième guerre punique célèbre pour ses 23 cicatrices de duels victorieux. Cette lignée explique l’importance de Marcus Servilius au sein du camp républicain : il représente la vieille aristocratie romaine opposée à la dictature. 2. Son Rôle sous Cassius et Brutus Pendant les guerres civiles de 43-42 av. J.-C., Servilius occupe une position de confiance absolue : Commandement militaire : Il a activement participé aux campagnes en Orient. Selon les sources historiques, il a été personnellement impliqué dans les opérations militaires en Lycie (au sud de l’actuelle Turquie) pour soumettre les cités locales et lever des fonds. Responsabilité financière : Sa signature sur l’aureus indique qu’il était responsable de la transformation du butin de guerre (or et argent pillés à Rhodes et en Lycie) en numéraire pour payer les soldats avant la bataille de Philippes. En résumé : Marcus Servilius n’est pas un simple fabricant de monnaie, mais un aristocrate soldat qui met son nom et son prestige au service de la « Liberté » contre les héritiers de César. Son nom sur ces pièces est une garantie de la valeur du métal et de la légitimité de la cause. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon M. Servilius. En 711-712 (43-42 av. J.-C.) Ce personnage fut tribun du peuple en 710 (44 av. J.-C.) et Cicéron le qualifie de vir fortissimus . On sait peu de chose sur sa carrière; les médailles seules nous apprennent qu’il fut légat de Brutus et de Cassius en Orient, avant la bataille de Philippes, livrée en septembre 712. Lieu de découverte (1 exemplaire)

1656JU – Denier Brutus – Publius Servilius Casca

1656JU – Denier Brutus – Publius Servilius Casca Avers : CASCA LONGVS (Casca Longus) Tête laurée de Neptune à droite; au-dessous, sous le cou, un trident. Revers : BRVTVS / IMP (Brutus/ Imperator) Victoria (la Victoire) marchant à droite, les ailes déployées, sur un sceptre brisé, tenant de la main droite une couronne brisée et de la main gauche, une palme. British Museum 4.05g INDICE DE RARETE : 8 1 10+ ATELIER : Asie Mineure ou Macédoine Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Servilia et Junia Références : RRC 507/2 – B.44 (Junia) – Syd.1298 Ce denier est bien plus qu’une simple monnaie ; c’est un outil de communication politique (ou « monnaie de camp ») frappé par les Libérateurs (les assassins de César) peu avant leur défaite finale à Philippes. Voici une analyse approfondie de son symbolisme et de son contexte : 1. Contexte Historique : La lutte pour la « Libertas » Frappée entre 43 et 42 av. J.-C., cette pièce est émise par un atelier monétaire mobile qui suivait les armées de Marcus Junius Brutus et Cassius en Orient (Grèce/Asie Mineure). À ce moment-là, le monde romain est déchiré par la guerre civile. Brutus cherche à financer ses légions tout en légitimant son acte : le meurtre de Jules César. La monnaie sert alors de tract politique pour convaincre les soldats et les populations que leur cause est celle de la liberté contre la tyrannie. 2. Symbolisme de l’Avers : Neptune et la maîtrise des mers La figure de Neptune : Le dieu des mers, accompagné de son trident, ne figure pas ici par hasard. Signification : Cela célèbre la puissance navale des Républicains. Brutus et Cassius contrôlaient alors la Méditerranée orientale et avaient remporté plusieurs succès maritimes contre les forces du Second Triumvirat (Octave et Marc Antoine). C’est un message de confiance : les mers sont sous leur contrôle, assurant le ravitaillement de leurs troupes. 3. Symbolisme du Revers : La défaite de la Royauté C’est ici que le message politique est le plus explicite. On y voit la Victoire marchant sur un sceptre brisé et tenant un diadème royal, lui aussi brisé. Le Sceptre et le Diadème brisés : Dans le monde antique, ces deux objets sont les attributs par excellence des rois (le rex). César avait été accusé de vouloir restaurer la royauté à Rome. Le message : En montrant ces symboles brisés, Brutus proclame que la tyrannie a été vaincue. C’est une justification directe de l’assassinat de César : l’acte n’était pas un crime, mais un acte de salut public pour briser les chaînes de la monarchie. « BRVTVS IMP » : L’inscription Imperator souligne que Brutus a été acclamé par ses troupes, renforçant sa légitimité militaire face à ses adversaires. 4. L’importance de Casca Longus Le nom figurant sur la pièce, Casca Longus, est celui de Publius Servilius Casca, l’un des conspirateurs les plus célèbres. Selon la tradition (Plutarque), c’est lui qui porta le premier coup de poignard à César dans le Sénat. Sa présence sur la monnaie aux côtés de Brutus lie indéfectiblement l’objet à l’acte des Ides de Mars. Conclusion Ce denier est un témoignage fascinant d’une République à l’agonie qui utilise l’imagerie religieuse et militaire pour tenter de restaurer son autorité morale. Comme le soulignent souvent les analyses numismatiques détaillées, chaque élément visuel est choisi pour transformer un régicide en une victoire héroïque pour la liberté romaine. Le magistrat monétaire associé à cette monnaie est une figure historique majeure de la fin de la République : Publius Servilius Casca Longus. 1. Le premier agresseur de César Casca Longus est resté célèbre dans l’histoire pour son rôle lors des Ides de Mars (15 mars 44 av. J.-C.). Selon les récits de Plutarque et de Suétone, c’est lui qui a porté le premier coup de poignard à Jules César. Alors que les conjurés entouraient le dictateur, Casca se tenait derrière lui. Il l’aurait frappé à l’épaule ou à la gorge en criant à son frère (en grec) : « Frère, à l’aide ! ». Ce geste a déclenché l’assaut général des autres conspirateurs. 2. Identité et Famille Branche familiale : Il appartenait à la gens Servilia, une famille aristocratique ancienne. Bien que membre de la noblesse, il était initialement un proche de César avant de rejoindre le camp de Brutus et Cassius. Le rôle de son frère : Il ne faut pas le confondre avec son frère, Gaius Servilius Casca, qui était également l’un des conspirateurs. Les deux frères ont fui Rome ensemble après que la foule se soit retournée contre les assassins lors des funérailles de César. 3. Son rôle en tant que « Monétaire » (Legatus) Sur cet aureus, son nom apparaît sous la forme CASCA LONGVS. En 42 av. J.-C., il ne s’agit pas d’un magistrat monétaire ordinaire (comme ceux qui officiaient à Rome), mais d’un lieutenant (légat) de Brutus. Sa fonction de monétaire était de superviser la frappe de l’atelier mobile qui suivait l’armée des Libérateurs en Orient (en Asie Mineure puis en Grèce). En inscrivant son nom sur la pièce, il affirmait sa légitimité et son rang élevé au sein de la coalition républicaine. 4. Sa fin tragique Comme la plupart des conspirateurs, Casca ne survit pas longtemps après l’émission de cette monnaie. Il participe à la bataille de Philippes en octobre 42 av. J.-C. Après la défaite finale des forces républicaines contre Antoine et Octave, il se serait donné la mort, tout comme Brutus et Cassius, pour échapper à la capture et à l’exécution. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon Servilius Casca Longus. en 711-712 (43-42 av. J.-C.) On connaît deux frères du nom de Servilius Casca Longus à qui les monnaies qui suivent peuvent être attribuées. L’un portait le prénom de Publius et l’autre celui de Caius. Le premier prit part au meurtre de Jules César en 710 (44 av. J.-C.); il était alors tribun du peuple. Il combattit à la bataille de Philippes, dans l’armée de Brutus, et il mourut peu après. Son frère, bien que lié d’amitié avec César, n’en conspira pas moins,

1654JU – Quinaire Brutus – Marcus Junius Brutus

1654JU – Quinaire Brutus – Marcus Junius Brutus Avers : LEIBERTAS Tête de Libertas (la Liberté) à droite. Revers : Anépigraphe  Gouvernail posé sur une ancre. British Museum 1.72g INDICE DE RARETE : 9 1 10+ ATELIER : Thrace ou Macédoine Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gens : Junia Références : RRC 506/3 – B.33 (Junia) – Syd.1288 Le symbolisme et le contexte historique de ce quinaire sont indissociables de la période de guerre civile qui suit l’assassinat de Jules César. Cette monnaie est un puissant outil de propagande au service de la cause républicaine. 1. Le Contexte Historique : La résistance des « Libérateurs » Cette pièce est frappée vers 43-42 av. J.-C., au moment où Brutus et Cassius ont quitté l’Italie pour l’Orient (Grèce et Asie Mineure). L’armée de la République : Contrairement aux monnaies frappées à Rome par le Sénat, celle-ci est issue d’un atelier militaire itinérant. Elle servait principalement à payer les légions et les mercenaires levés par Brutus pour affronter les héritiers de César (Marc Antoine et Octave). La préparation de Philippes : Ce quinaire circule juste avant la bataille décisive de Philippes (octobre 42 av. J.-C.). Il représente l’ultime effort financier et idéologique pour maintenir l’idéal de la République romaine face à la montée du pouvoir personnel. 2. Le Symbolisme du Droit : La Liberté (Libertas) Le choix de la figure de Libertas est hautement politique : Légitimation du tyrannicide : En plaçant la Liberté sur leurs monnaies, Brutus et ses alliés cherchent à justifier le meurtre de César. Ils ne se voient pas comme des assassins, mais comme des Liberatores. Continuité familiale : Pour Brutus, ce symbole est aussi personnel. Ses ancêtres (notamment Lucius Junius Brutus) étaient réputés avoir chassé les derniers rois de Rome. L’inscription LEIBERTAS (avec une orthographe archaïsante) renforce ce lien avec les traditions anciennes de la République. 3. Le Symbolisme du Revers : Le Gouvernail et l’Ancre Contrairement à beaucoup de monnaies romaines qui illustrent des victoires terrestres, le revers du RRC 506/3 est purement maritime : La maîtrise des mers : Brutus et Cassius possédaient une supériorité navale écrasante en Méditerranée orientale. Le gouvernail et l’ancre croisés symbolisent le contrôle des routes de ravitaillement et la capacité de l’armée républicaine à se déplacer librement entre la Grèce et l’Asie. Stabilité et Sécurité : L’ancre représente la stabilité de l’État (la Res Publica) que les républicains prétendent protéger, tandis que le gouvernail évoque la direction sage et traditionnelle de la cité, par opposition au « naufrage » que représenterait une dictature. Synthèse Cette monnaie est une pièce maîtresse pour comprendre la communication de crise de Brutus. Elle ne se contente pas d’avoir une valeur marchande ; elle est un manifeste portatif rappelant à chaque soldat et citoyen que le combat de Brutus est celui de la liberté contre l’oppression. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon Q. Caepio Brutus Ce personnage célèbre était fils de M. Junius Brutus et de Servilia, soeur de Q. Servilius Caepio. Né dans l’automne de l’an 666 (8e av. J.-C.), il fut adopté par son oncle Q. Servilius Caepio, et c’est en raison de cette adoption qu’on voit figurer sur les monnaies de Brutus des souvenirs de la gens Servilia. Sur ses espèces, qu ‘il fit frapper, soit comme proconsul soit comme imperator, il prend simplement le nom de Brutus ou celui de Q. Caepio Brutus. En 705 (49 av. J.-C.), lorsqu’éclata la guerre civile entre César et Pompée, Brutus, bien que démocrate, se déclara pour le parti aristocratique; l’année suivante, il se distingua à Dyrrachium contre les troupes de César; après Pharsale il ne dut son salut qu’à la clémence du vainqueur. Réfugié à Larissa, il résolut de quitter le parti pompéien et il écrivit à César pour solliciter son pardon. Non seulement il l’obtint, mais dès l’an 708, il fut nommé gouverneur de la Gaule Cisalpine. Rentré à Rome l’année suivante, il répudia sa femme Claudia pour épouser Porcia, soeur de Caton. En 710 (44 av. J.-C.). Brutus était préteur urbain et César lui avait promis le gouvernement de la Macédoine ; il ne s’en joignit pas moins à C. Cassius pour conspirer contre la vie du dictateur qui tomba sous le poignard des assassins le 15 mars 710 (44 av. J.-C.). Le Sénat pardonna aux meurtriers, mais l’ attitude de Marc Antoine fit comprendre à Brutus que le futur triumvir se disposait à venger le dictateur. Brutus partit pour Athènes avec l ‘intention de prendre possession du gouvernement de la Macédoine dont il s ’empara grâce au secours en argent que lui fournit le questeur M. Appuleius. Maisle Sénat avait, dans l’intervalle, assigné la Macédoine à Marc Antoine qui y envoya son frère, C. Antonius, en qualité de préteur, mais avec les pouvoirs proconsulaires ; ce dernier tomba entre les mains de Brutus qui le fit mettre à mort. D’autre part, Octave, en août 711 (43 av. J.-C.), obtint du Sénat la condamnation des meurtriers de César. La guerre était devenue nécessaire : Brutus prit le titre d’ imperalor et fit, à Sardes, sa jonction avec Cassius. On se battit d’abord sur mer, et finalement, dans l’automne de 712 (42 av. J.-C.), à Philippes, où Brutus et Cassius furent vaincus. Brutus désespéré se perça de son poignard. Les emblèmes qui figurent sur les monnaies de Brutus rappellent que le tyrannicide se prétendait le restaurateur de la liberté du peuple romain. Tantôt son nom n’est suivi d’aucun titre ; tantôt il prend, comme C. Cassius, le titre de proconsul ; celles-ci ont été frappées en Macédoine par le proquesteur L. Sestius. Tantôt enfin, Brutus prend le titre d’imecrator ; ces dernières sont frappées par ses lieutenants en Orient, avant la bataille de Philippes : P. Cornélius Lentulus Spinther, C. Flavius Hemicillus, Pedanius Costa, L. Plaetorius Cestianus, M. Servilius, et C. Servilius Casca. Lieux de découverte (5 exemplaires)

1649CA – Denier Cassius – Marcus Servilius

1649CA – Denier Cassius – Marcus Servilius Avers : C CASSEI IMP (Caius Cassius, Imperator) Tête laurée à droite de Libertas. Revers : M SERVILIVS LEG (Marcus Servilius Legatus) Crabe tenant un aplustre entre ses pinces; en dessous, un diadème et une rose. British Museum 3.85g INDICE DE RARETE : 10+ 1 10+ ATELIER : Sardes? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Cassia et Servilia Références : RRC 505/3 – B.19 (Cassia) – Syd.1313 Ce denier est l’un des témoignages numismatiques les plus fascinants de la fin de la République romaine. Frappé entre 43 et 42 av. J.-C., il ne s’agit pas seulement d’une monnaie d’échange, mais d’un puissant outil de propagande militaire et politique utilisé par Caius Cassius Longinus, l’un des chefs des « Libérateurs » (les assassins de Jules César). 1. Contexte Historique : La Campagne d’Orient Après l’assassinat de César en 44 av. J.-C., Brutus et Cassius s’enfuient en Orient pour lever une armée capable d’affronter les héritiers de César (Octave et Marc Antoine). La soumission de Rhodes : En 42 av. J.-C., Cassius doit sécuriser ses arrières et financer ses légions. Il s’attaque à l’île de Rhodes, qui refusait de lui fournir de l’aide. Après une victoire navale décisive au large de Myndus (près de l’île de Cos), il capture Rhodes et la pille systématiquement. Le butin de guerre : Ce denier a été frappé par un atelier monétaire mobile suivant les armées républicaines. L’argent utilisé provenait probablement en grande partie du trésor saisi à Rhodes. 2. Analyse du Symbolisme du Revers Le revers est une composition complexe d’emblèmes géographiques et politiques : Le Crabe : Il s’agit de l’emblème de l’île de Cos. Sa présence fait référence à la bataille navale de Myndus, située à proximité de Cos, où la flotte rhodienne fut défaite. L’Aplustre (tenu par le crabe) : C’est un ornement sculpté qui se trouvait à la poupe des navires antiques. Il symbolise ici la victoire navale et la maîtrise des mers par Cassius. La Rose : Symbole héraldique indissociable de Rhodes (le nom de l’île dérive du grec rhodon, la rose). Elle marque la chute de la cité face aux forces de Cassius. Le Diadème dénoué : C’est l’élément le plus politique. Un diadème noué était le symbole de la royauté hellénistique. Représenté dénoué ou brisé, il symbolise la défaite de la tyrannie et la restauration de la liberté républicaine, justifiant ainsi le meurtre de César, accusé de vouloir devenir roi. 3. L’Avers : Le Message Politique L’avers présente la tête de Libertas (la Liberté) avec la légende C·CASSEI·IMP. Libertas : Elle incarne l’idéal pour lequel les conjurés prétendaient se battre. C’est l’opposé direct de l’image de Jules César, qui fut le premier vivant à apposer son propre portrait sur les monnaies romaines, un acte perçu comme un signe de despotisme. Le titre d’IMP (Imperator) : Ce titre n’est pas utilisé ici au sens moderne d’empereur, mais comme une distinction militaire accordée par les soldats à leur général après une grande victoire. Le magistrat monétaire mentionné sur cette monnaie est Marcus Servilius, un personnage clé de l’état-major des « Libérateurs » (Brutus et Cassius). Contrairement aux magistrats monétaires habituels de Rome (triumviri monetales), son rôle est ici celui d’un officier de haut rang doté de pouvoirs financiers en période de guerre. Voici les informations essentielles sur ce personnage : 1. Son Identité et son Titre Nom complet : Marcus Servilius. Il appartient à la gens Servilia, l’une des familles les plus anciennes et les plus illustres de Rome. Titre : LEG (Legatus). Il ne frappe pas monnaie en tant que magistrat civil, mais en tant que Légat. Cela signifie qu’il était un adjoint direct de Cassius (et parfois de Brutus), agissant avec l’autorité déléguée de son général. Famille : Il descend probablement de Marcus Servilius Pulex Geminus (consul en 202 av. J.-C.), un héros de la deuxième guerre punique célèbre pour ses 23 cicatrices de duels victorieux. Cette lignée explique l’importance de Marcus Servilius au sein du camp républicain : il représente la vieille aristocratie romaine opposée à la dictature. 2. Son Rôle sous Cassius et Brutus Pendant les guerres civiles de 43-42 av. J.-C., Servilius occupe une position de confiance absolue : Commandement militaire : Il a activement participé aux campagnes en Orient. Selon les sources historiques, il a été personnellement impliqué dans les opérations militaires en Lycie (au sud de l’actuelle Turquie) pour soumettre les cités locales et lever des fonds. Responsabilité financière : Sa signature sur l’aureus indique qu’il était responsable de la transformation du butin de guerre (or et argent pillés à Rhodes et en Lycie) en numéraire pour payer les soldats avant la bataille de Philippes. En résumé : Marcus Servilius n’est pas un simple fabricant de monnaie, mais un aristocrate soldat qui met son nom et son prestige au service de la « Liberté » contre les héritiers de César. Son nom sur ces pièces est une garantie de la valeur du métal et de la légitimité de la cause. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon C. Cassius Longinus. Imperaior en 712 (42 av. J.-C.) Il s agit du meurtrier de César ; son histoire est bien connue et nous n’en résumerons ici que les traits généraux. On le mentionne pour la première fois en 701 (53 av. J.-C.) : il remplissait alors les fonctions de questeur dans l armée de Crassus, lors de sa funeste expédition contre les Parthes. En 7o5 (49 av. J.-C.) il fut tribun du peuple et se déclara pour Pompée; après Pharsale, il se réconcilia avec César qui en fit un de ses lieutenants, et, en l’an. 710 (44 av. J.-C.), nommé prætor peregrinus, il devait partir l’année suivante pour la Syrie. Ce fut alors qu’il forma avec M. Brutus et d’autres conjurés le projet d’attenter à la vie du dictateur.Après le meurtre de César, Cassius partit pour la Syrie où il eut à lutter contre les Parthes et contre les partisans de César.Après une victoire sur Caecilius Bassus et les Rhodiens en 712, il fut proclamé imperator

1648CA – Denier Cassius – Marcus Servilius

1648CA – Denier Cassius – Marcus Servilius Avers : C CASSI IMP (Caius Cassius, Imperator) Tête laurée à droite de Libertas. Revers : M SERVILIVS LEG (Marcus Servilius Legatus) Aplustre. British Museum 3.89g INDICE DE RARETE : 10+ 1 10+ ATELIER : Sardes? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Cassia et Servilia Références : RRC 505/2 – B.20 (Cassia) – Syd.1312 Cette monnaie est bien plus qu’une simple monnaie : c’est un manifeste politique et militaire frappé par les « Libérateurs » (les assassins de Jules César) peu avant leur défaite finale. Voici une analyse détaillée de son symbolisme et du contexte historique qui a mené à sa création. Le Contexte Historique : La Marche vers Philippes (43-42 av. J.-C.) Après le meurtre de César en 44 av. J.-C., ses assassins, menés par Caius Cassius Longinus et Marcus Junius Brutus, s’enfuient en Orient pour lever une armée. L’Urgence Militaire : En 43 av. J.-C., le Second Triumvirat (Octave, Marc Antoine et Lépide) est formé à Rome. La guerre civile est inévitable. Cassius et Brutus ont besoin d’énormes quantités d’or pour payer leurs légions avant l’affrontement décisif. L’Atelier Itinérant : Cet aureus n’a pas été frappé à Rome, mais par un atelier militaire mobile qui suivait Cassius. On situe généralement sa frappe à Sardes (Turquie actuelle) à l’été 42 av. J.-C., peu avant que Cassius ne rejoigne Brutus pour marcher vers la Macédoine. La Campagne de Rhodes : Juste avant la frappe, Cassius avait assiégé et pillé la ville de Rhodes, qui refusait de soutenir les Républicains. La richesse extraite de ce sac a probablement fourni le métal précieux nécessaire à l’émission de cet or. Analyse Symbolique : Le Message des « Libérateurs » Le choix des motifs est une réponse directe à la « tyrannie » de César, utilisant des symboles chers à la République. 1. L’Avers : Libertas et l’Idéologie Républicaine La tête de Libertas (la Liberté) est le symbole central du camp républicain. Légitimité : En plaçant Libertas sur ses pièces, Cassius se présente non pas comme un rebelle, mais comme le sauveur de la constitution romaine contre le despotisme. Le Titre IMP (Imperator) : La légende C·CASSI·IMP rappelle que Cassius a été acclamé Imperator par ses troupes après ses victoires en Orient, lui conférant une autorité militaire incontestée. 2. Le Revers : L’Aplustre et la Victoire de Rhodes Le revers, signé par le légat Marcus Servilius, est riche en allusions militaires et géographiques. L’Aplustre : Cet ornement de poupe de navire symbolise la suprématie navale. Il fait directement référence à la défaite de la flotte rhodienne par Cassius. Les Fleurs (Roses) : Les branches fleuries aux extrémités de l’aplustre sont interprétées comme des roses, symbole emblématique de l’île de Rhodes. C’est une manière subtile mais claire de marquer son triomphe sur cette puissance maritime. Le Diadème délié (sur des variantes proches comme le RRC 505/3) : Sur certaines émissions de Servilius, on voit un crabe (symbole de l’île de Cos) tenant un aplustre au-dessus d’un diadème délié. Le diadème étant le symbole de la royauté, cela signifie que Cassius a « délié » (brisé) les velléités royales, qu’il s’agisse de celles des souverains orientaux ou de celles de César lui-même. Une Monnaie de « Fin de Règne » Cette monnaie est l’une des dernières expressions de la République romaine avant qu’elle ne s’effondre à la bataille de Philippes en octobre 42 av. J.-C. Après leur défaite, Cassius et Brutus se suicidèrent, marquant la fin de l’espoir d’un retour à l’ancien régime sénatorial. Le magistrat monétaire mentionné sur cette monnaie est Marcus Servilius, un personnage clé de l’état-major des « Libérateurs » (Brutus et Cassius). Contrairement aux magistrats monétaires habituels de Rome (triumviri monetales), son rôle est ici celui d’un officier de haut rang doté de pouvoirs financiers en période de guerre. Voici les informations essentielles sur ce personnage : 1. Son Identité et son Titre Nom complet : Marcus Servilius. Il appartient à la gens Servilia, l’une des familles les plus anciennes et les plus illustres de Rome. Titre : LEG (Legatus). Il ne frappe pas monnaie en tant que magistrat civil, mais en tant que Légat. Cela signifie qu’il était un adjoint direct de Cassius (et parfois de Brutus), agissant avec l’autorité déléguée de son général. Famille : Il descend probablement de Marcus Servilius Pulex Geminus (consul en 202 av. J.-C.), un héros de la deuxième guerre punique célèbre pour ses 23 cicatrices de duels victorieux. Cette lignée explique l’importance de Marcus Servilius au sein du camp républicain : il représente la vieille aristocratie romaine opposée à la dictature. 2. Son Rôle sous Cassius et Brutus Pendant les guerres civiles de 43-42 av. J.-C., Servilius occupe une position de confiance absolue : Commandement militaire : Il a activement participé aux campagnes en Orient. Selon les sources historiques, il a été personnellement impliqué dans les opérations militaires en Lycie (au sud de l’actuelle Turquie) pour soumettre les cités locales et lever des fonds. Responsabilité financière : Sa signature sur l’aureus indique qu’il était responsable de la transformation du butin de guerre (or et argent pillés à Rhodes et en Lycie) en numéraire pour payer les soldats avant la bataille de Philippes. En résumé : Marcus Servilius n’est pas un simple fabricant de monnaie, mais un aristocrate soldat qui met son nom et son prestige au service de la « Liberté » contre les héritiers de César. Son nom sur ces pièces est une garantie de la valeur du métal et de la légitimité de la cause. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon C. Cassius Longinus. Imperaior en 712 (42 av. J.-C.) Il s agit du meurtrier de César ; son histoire est bien connue et nous n’en résumerons ici que les traits généraux. On le mentionne pour la première fois en 701 (53 av. J.-C.) : il remplissait alors les fonctions de questeur dans l armée de Crassus, lors de sa funeste expédition contre les Parthes. En 7o5 (49 av. J.-C.) il fut tribun du peuple et se déclara pour Pompée; après Pharsale, il se réconcilia avec César qui en fit un de ses lieutenants, et, en l’an. 710 (44 av. J.-C.), nommé prætor peregrinus, il devait partir l’année suivante pour la Syrie. Ce fut alors

1646JU – Denier Brutus – C. Flavius Hemicillus

1646JU – Denier Brutus – C. Flavius Hemicillus Avers : C FLAV HEMIC LEG PRO PR (Caius Flavius Hemic. Legatus Pro Praetore, Caius Flavius Hemic. Légat Proprêteur) Buste d’Apollon drapé à droite; devant, une lyre. Revers : BRVT IMP Q CAEP (Quintus Cæpio Brutus Imperator, Quintus Caepio Brutus empereur) Victoire debout à gauche, couronnant un trophée de la main droite et tenant une palme de la main gauche. British Museum 3.9g INDICE DE RARETE : 10+ 1 10+ ATELIER : Grèce? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Flavia, Servilia et Junia Références : RRC 504/1 – B.1 (Flavia) – Syd.1294 Ce denier est une monnaie d’une importance capitale pour comprendre la propagande des « Libérateurs » (les assassins de César) durant la guerre civile. 1. Contexte Historique : L’armée en marche (43-42 av. J.-C.) Après le meurtre de Jules César aux Ides de Mars en 44 av. J.-C., Brutus et Cassius quittent l’Italie pour l’Orient afin de lever une armée et des fonds. Ce denier est frappé par un atelier militaire itinérant, probablement en Thrace ou en Asie Mineure. Le besoin de légitimité : Brutus doit payer ses légions pour s’assurer de leur fidélité avant l’affrontement final contre Octave et Marc Antoine à Philippes. L’autorité : Le titre IMP (Imperator) sur le revers indique que Brutus a été acclamé par ses troupes, lui conférant une autorité militaire suprême indispensable pour contester le pouvoir du Second Triumvirat. 2. Symbolisme de l’Avers : Apollon et la Lyre Le choix d’Apollon n’est pas anodin. C’est une divinité aux multiples facettes que Brutus utilise pour porter son message : La Cause des Libérateurs : On raconte que le jour de la bataille de Philippes, le mot d’ordre donné par Brutus à ses soldats était « Apollon ». Le dieu représente ici l’ordre, la civilisation et la liberté face à ce que les républicains considéraient comme la « tyrannie » de César. La Culture et la Vertu : La lyre renforce l’image de Brutus comme un homme de culture et de philosophie, un « tyrannicide » agissant par devoir moral plutôt que par ambition personnelle. 3. Symbolisme du Revers : La Victoire et le Trophée Le revers est un message de propagande militaire pure : La Victoire (Victoria) : Elle est représentée en train de couronner un trophée. Cela suggère que Brutus a déjà remporté des succès militaires (probablement contre les tribus thraces ou lors du siège de cités lyciennes comme Xanthe). L’Anticipation du Triomphe : En montrant la Victoire, Brutus affirme à ses soldats et à ses partisans que leur cause est juste et qu’elle est destinée à triompher. C’est une promesse de victoire finale sur les héritiers de César. Le Trophée : Il symbolise la dépouille de l’ennemi vaincu. Dans ce contexte de guerre civile, il sert à galvaniser les troupes en rappelant les exploits passés de leur général. 4. L’Identité de Brutus : Q. Caepio Brutus Le nom inscrit au revers, Q. CAEP(IO) BRVT(VS), rappelle que Brutus avait été adopté par son oncle maternel, Quintus Servilius Caepio. Bien qu’il soit passé à la postérité sous le nom de Marcus Junius Brutus, il utilisait officiellement ce nom d’adoption sur ses monnaies pour honorer les traditions familiales et souligner son rang au sein de l’aristocratie romaine. En résumé, ce denier est une pièce de communication politique : il utilise la figure protectrice d’Apollon pour justifier la cause républicaine et l’imagerie de la Victoire pour affirmer la puissance militaire de Brutus face à l’imminence du choc de Philippes. L’étude de cette monnaie met en lumière un personnage clé, bien que relativement discret dans les textes classiques : Caius Flavius Hemicillus. Voici les informations essentielles sur ce magistrat monétaire et son rôle auprès de Brutus. 1. Identité et Statut Nom complet : Caius Flavius Hemicillus. Titre : Il porte sur la monnaie le titre de Legatus Pro Praetore (LEG PRO PR), ce qui signifie qu’il agissait en tant que lieutenant avec des pouvoirs prétoriens. Il ne s’agit donc pas d’un simple magistrat civil de Rome, mais d’un officier de haut rang nommé directement par Brutus pour administrer une partie de ses forces ou de ses territoires en Orient. Origine : Son cognomen « Hemicillus » est extrêmement rare. Certains linguistes suggèrent qu’il pourrait signifier « petit âne » ou « demi-âne » (du grec hemi, demi, et du latin illus), une forme de surnom assez courante dans l’aristocratie romaine (comme Asina ou Vitulus). 2. Relation avec Brutus Caius Flavius était l’un des partisans les plus fidèles du camp républicain : Chef de camp : Dans ses écrits, Plutarque mentionne un certain « Flavius » qui servait Brutus comme praefectus fabrum (chef du génie ou des ingénieurs). Il est très probable qu’il s’agisse de la même personne. Un ami proche : Cicéron, dans sa correspondance avec Atticus, fait référence à un « Flavius Noster » (« notre ami Flavius »), ce qui souligne son intégration dans le cercle intime des chefs républicains. Rôle financier : En tant que légat, il a supervisé la frappe de ce denier pour financer les préparatifs militaires en Thrace et en Lycie. Sa présence sur la monnaie aux côtés du nom de Brutus témoigne de la confiance absolue que ce dernier lui accordait. 3. Sa fin tragique L’histoire de Flavius Hemicillus se termine dans la violence des guerres civiles : La bataille de Philippes (42 av. J.-C.) : Il accompagne Brutus jusqu’à l’affrontement final contre Octave et Marc Antoine. Capture et exécution : Selon certaines sources historiques (notamment Appien), il aurait survécu à la bataille de Philippes mais aurait été capturé plus tard, après la chute de Pérouse en 40 av. J.-C., où il aurait été exécuté sur ordre d’Octave. En résumé Caius Flavius Hemicillus représente cette élite de l’ordre équestre ou sénatorial qui a tout misé sur la cause de la République. Sa signature sur ce denier transforme cet objet en une véritable « monnaie de guerre », signée par l’homme qui gérait la logistique et les finances de l’armée de la Liberté. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon C. Flavius

1645JU – Denier Brutus – Quintus Junius Brutus

1645JU – Denier Brutus – Quintus Junius Brutus Avers : Anépigraphe Tête laurée d’Apollon à droite. Revers : Q CAEPIO – BRVTVS – IMP (Quintus Cæpio Brutus Imperator, Quintus Caepio Brutus empereur) Trophée tenant deux boucliers. Prisonniers mâle et femelle de chaque coté. British Museum 3.86g INDICE DE RARETE : 10+ 1 10+ ATELIER : Grèce? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Servilia et Junia Références : RRC 503/1 – B.35 (Junia) – Syd.1293 Ce denier est une monnaie d’une importance historique capitale, frappée dans un contexte de guerre civile totale. Son symbolisme dépasse la simple propagande militaire pour s’inscrire dans la légitimation du pouvoir de Brutus en tant qu’ Imperator. Voici une analyse détaillée du symbolisme et du contexte historique de cette émission. 1. Le Contexte Historique : L’Errance et la Guerre (43-42 av. J.-C.) Après l’assassinat de Jules César aux Ides de Mars (44 av. J.-C.), Brutus et Cassius fuient Rome face à la montée en puissance de Marc Antoine et d’Octave. L’atelier itinérant : Cette monnaie n’a pas été frappée à Rome, mais par un atelier militaire mobile suivant Brutus dans l’Est (probablement en Lycie ou en Macédoine). Le financement de la cause : La production massive de ces deniers servait principalement à payer les légions républicaines avant l’affrontement final à la bataille de Philippes. Le titre d’Imperator : L’inscription BRVTVS IMP signale que Brutus a été acclamé Imperator par ses troupes, suite à ses victoires contre les tribus de Thrace (les Besses) et les cités lyciennes récalcitrantes. 2. Symbolisme de l’Avers : Apollo et la Libération La figure d’Apollon : Le choix de la tête laurée d’Apollon n’est pas anodin. Dans le monde grec et romain, Apollon est souvent associé à la prophétie, mais aussi à la protection des cités et à l’ordre contre le chaos. Référence locale : Le style artistique du portrait rappelle les monnayages lyciens de l’époque, ancrant la monnaie dans le territoire conquis par Brutus pour asseoir sa base de pouvoir. 3. Symbolisme du Revers : Le Trophée et les Captifs Le revers est un message de force brute destiné à démontrer la capacité de Brutus à protéger la République par les armes. Le Trophée (Tropaeum) : Composé d’une cuirasse, de deux lances et de deux boucliers (un ovale et un en « huit »), il symbolise une victoire militaire majeure. Le bouclier en forme de huit est typiquement associé à l’équipement des Thraces ou des peuples d’Asie Mineure. Les Captifs : Un homme et une femme sont assis au pied du trophée, la tête reposant sur leurs mains dans une pose classique de deuil (tristitia). Ce motif représente la soumission des provinces orientales. Le Paradoxe de Brutus : Alors que Brutus prétend restaurer la Libertas (Liberté), il utilise l’imagerie impérialiste traditionnelle (la soumission par la force) pour affirmer son autorité sur le monde romain. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon Q. Caepio Brutus Ce personnage célèbre était fils de M. Junius Brutus et de Servilia, soeur de Q. Servilius Caepio. Né dans l’automne de l’an 666 (8e av. J.-C.), il fut adopté par son oncle Q. Servilius Caepio, et c’est en raison de cette adoption qu’on voit figurer sur les monnaies de Brutus des souvenirs de la gens Servilia. Sur ses espèces, qu ‘il fit frapper, soit comme proconsul soit comme imperator, il prend simplement le nom de Brutus ou celui de Q. Caepio Brutus. En 705 (49 av. J.-C.), lorsqu’éclata la guerre civile entre César et Pompée, Brutus, bien que démocrate, se déclara pour le parti aristocratique; l’année suivante, il se distingua à Dyrrachium contre les troupes de César; après Pharsale il ne dut son salut qu’à la clémence du vainqueur. Réfugié à Larissa, il résolut de quitter le parti pompéien et il écrivit à César pour solliciter son pardon. Non seulement il l’obtint, mais dès l’an 708, il fut nommé gouverneur de la Gaule Cisalpine. Rentré à Rome l’année suivante, il répudia sa femme Claudia pour épouser Porcia, soeur de Caton. En 710 (44 av. J.-C.). Brutus était préteur urbain et César lui avait promis le gouvernement de la Macédoine ; il ne s’en joignit pas moins à C. Cassius pour conspirer contre la vie du dictateur qui tomba sous le poignard des assassins le 15 mars 710 (44 av. J.-C.). Le Sénat pardonna aux meurtriers, mais l’ attitude de Marc Antoine fit comprendre à Brutus que le futur triumvir se disposait à venger le dictateur. Brutus partit pour Athènes avec l ‘intention de prendre possession du gouvernement de la Macédoine dont il s ’empara grâce au secours en argent que lui fournit le questeur M. Appuleius. Maisle Sénat avait, dans l’intervalle, assigné la Macédoine à Marc Antoine qui y envoya son frère, C. Antonius, en qualité de préteur, mais avec les pouvoirs proconsulaires ; ce dernier tomba entre les mains de Brutus qui le fit mettre à mort. D’autre part, Octave, en août 711 (43 av. J.-C.), obtint du Sénat la condamnation des meurtriers de César. La guerre était devenue nécessaire : Brutus prit le titre d’ imperalor et fit, à Sardes, sa jonction avec Cassius. On se battit d’abord sur mer, et finalement, dans l’automne de 712 (42 av. J.-C.), à Philippes, où Brutus et Cassius furent vaincus. Brutus désespéré se perça de son poignard. Les emblèmes qui figurent sur les monnaies de Brutus rappellent que le tyrannicide se prétendait le restaurateur de la liberté du peuple romain. Tantôt son nom n’est suivi d’aucun titre ; tantôt il prend, comme C. Cassius, le titre de proconsul ; celles-ci ont été frappées en Macédoine par le proquesteur L. Sestius. Tantôt enfin, Brutus prend le titre d’imecrator ; ces dernières sont frappées par ses lieutenants en Orient, avant la bataille de Philippes : P. Cornélius Lentulus Spinther, C. Flavius Hemicillus, Pedanius Costa, L. Plaetorius Cestianus, M. Servilius, et C. Servilius Casca. Lieu de découverte (1 exemplaire)

1644JU – Quinaire Brutus – Lucius Sestius

1644JU – Quinaire Brutus – Lucius Sestius Avers : L SESTI / PRO Q (Lucius Sestius Proquaestor) Chaise de Questeur, un modius entre les pieds. Revers : Q. CAEPIO BRVTVS PRO COS (Quintus Caepio Brutus, Proconsul) Trépied entre le simpulum et l’apex. British Museum 1.72g INDICE DE RARETE : 9 1 10+ ATELIER : Thrace ou Macédoine? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Sestia et Junia Références : RRC 502/4 – B.39 (Junia) – Syd.1292 Le symbolisme et le contexte historique de ce quinaire sont essentiels pour comprendre la propagande de la fin de la République romaine. Comme souligné par des experts numismates, cette monnaie n’est pas qu’un simple moyen de paiement pour les troupes, mais un véritable manifeste politique. 1. Contexte Historique : La Guerre des Libérateurs (43-42 av. J.-C.) Ce quinaire est frappé par un atelier monétaire mobile qui suit Brutus en Orient (Grèce et Asie Mineure). Après l’assassinat de Jules César, Brutus et Cassius ont fui Rome et tentent de lever une armée pour affronter Octave et Marc Antoine. L’autorité : La monnaie est émise sous la responsabilité de Lucius Sestius, proquesteur de Brutus. Sestius était un fidèle parmi les fidèles, illustrant la cohésion du camp républicain. Légitimité : En se désignant comme PRO COS (Proconsul), Brutus affirme qu’il détient un commandement légal octroyé par le Sénat, par opposition aux triumvirs qu’il considère comme des usurpateurs. 2. Symbolisme de l’Avers : L’Administration et le Peuple L’avers présente des symboles civils et administratifs : La Sella Curulis (chaise curule) : C’est le symbole par excellence du pouvoir magistral romain. Elle rappelle que Brutus agit au nom de la loi et des institutions républicaines. Le Modius (boisseau à grain) : Ce symbole est lié à l’annone (le ravitaillement en blé). Il suggère que Brutus veille au bien-être du peuple et de ses soldats, un message crucial pour s’assurer de la loyauté des populations civiles en période de guerre civile. 3. Symbolisme du Revers : La Piété et la Tradition Le revers est purement religieux et traditionnel : Le Trépied : Attribut d’Apollon, il symbolise la prophétie mais aussi l’un des collèges sacerdotaux. Le Simpulum (louche rituelle) et l’Apex (bonnet de flamine) : Ces objets font partie de l’attirail des pontifes romains. Le message : En affichant ces instruments, Brutus souligne son appartenance au collège des Pontifes. C’est une manière de dire que les dieux sont de son côté. Dans le monde romain, la Pietas (le respect des dieux et des ancêtres) est la base de la légitimité politique. Contrairement à César qui se divinisait, Brutus se présente comme le protecteur des rites ancestraux de la République. En résumé Ce quinaire est une pièce de communication de crise. Il cherche à rassurer les troupes et les citoyens sur deux points : Légalité : Brutus est un magistrat légitime (Sella, Proconsul). Moralité : Brutus est un homme pieux respectant les traditions (Trépied, Apex, Simpulum). C’est une réponse directe à la propagande d’Octave, montrant que les « Libérateurs » ne sont pas des assassins en fuite, mais les derniers remparts de l’ordre républicain. Cette monnaie mentionne un personnage clé de l’état-major de Brutus : Lucius Sestius Quirinalis (orthographié L. SESTI sur la monnaie). Voici les informations essentielles sur ce magistrat monétaire et son rôle historique : 1. Son rôle auprès de Brutus Sur cette monnaie, Lucius Sestius porte le titre de PRO Q (Pro Quaestore). Fonction : En tant que pro-questeur, il était le responsable financier et logistique de Brutus durant sa campagne en Orient (43-42 av. J.-C.). Responsabilité monétaire : C’est lui qui supervisait l’atelier monétaire itinérant suivant l’armée. Il avait la lourde tâche de transformer le métal précieux (souvent issu de réquisitions en Asie Mineure) en pièces de monnaie pour payer les légions. 2. Un survivant politique Contrairement à son chef Brutus qui se suicida après la défaite de Philippes en 42 av. J.-C., Lucius Sestius a survécu aux guerres civiles : Amnistie : Il bénéficia de l’amnistie accordée par les membres du second triumvirat. Loyauté mémorielle : Il est resté célèbre pour sa fidélité à la mémoire de Brutus, conservant des statues du « Libérateur » chez lui, même après l’avènement d’Auguste. 3. Consul aux côtés d’Auguste Fait remarquable, son passé républicain ne l’empêcha pas d’atteindre le sommet de l’État sous l’Empire : Consul Suffect (23 av. J.-C.) : Auguste le choisit comme collègue au consulat lorsqu’il démissionna lui-même de cette fonction. Symbole de réconciliation : La nomination de Sestius (un ancien partisan de l’assassin de César) par Auguste était un geste politique fort. Cela prouvait que le nouveau régime (le Principat) pouvait intégrer les anciens républicains ralliés, renforçant l’image d’une « République restaurée ». 4. Liens culturels et archéologiques Horace : Le poète Horace lui a dédié l’une de ses célèbres odes (Ode I, 4, Solvitur acris hiems), ce qui témoigne de son appartenance à la haute société intellectuelle romaine. Production de briques et d’amphores : Des recherches archéologiques ont identifié des estampilles de briques et d’amphores au nom de L. SESTI. Il possédait d’importantes briqueteries et des domaines produisant du vin près de Cosa en Étrurie, faisant de lui l’un des hommes les plus riches de son temps. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon La famille Sestia, d’origine patricienne, remonte à une haute antiquité. Un de ses membres, P. Sestius Capitolinus Vaticanus, fut consul dès l’an 302 (452 av. J.-C.), avec T. Menenius Agrippa. On l’appelle quelquefois Sextius, et bien que, plus tard, on ait distingué les familles Sestia et Sexlia, elles paraissent sortir de la même souche et avoir porté primitivement le même nom. P. Sestius ou Sextius fut questeur en 691 (63 av. J.-C.) et aida Cicéron à démasquer la conspiration de Catilina. Tribun du peuple en 697 (57 av. J.-C.), préteur en 701 (53 av. J.-C.), il suivit la fortune du parti pompéien jusque dans le courant de l’année 706 (48 av. J.-C.), époque où il se rallia à César. Son fils, L. Sestius, le seul des Sestii qui ait inscrit son nom sur les médailles. servit en Macédoine dans l’armée de M.

1643JU – Quinaire Brutus – Lucius Sestius

1643JU – Quinaire Brutus – Lucius Sestius Avers : L SESTI / PRO Q (Lucius Sestius Proquaestor, L. Sestius pro questeur) Buste voilé et drapé de Libertas (la Liberté) à droite. Revers : Q. CAEPIO BRVTVS PRO COS (Quintus Caepio Brutus, Proconsul) Victoire avançant à droite avec branche de palmier et couronne. British Museum 1.8g INDICE DE RARETE : 10 1 10+ ATELIER : Thrace ou Macédoine? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Sestia et Junia Références : RRC 502/3 – B.38 (Junia) – Syd.1291 Ce quinaire est bien plus qu’une simple pièce de monnaie ; c’est un outil de propagande politique frappé dans un moment de basculement historique. 1. Le Contexte Historique : La « Cause des Libérateurs » Cette pièce a été frappée entre 43 et 42 av. J.-C., une période de guerre civile intense après l’assassinat de Jules César. L’autorité : Elle est émise par Lucius Sestius (Proquaestor) pour Marcus Junius Brutus (Proconsul). Le lieu : L’atelier était mobile, accompagnant l’armée républicaine en Thrace ou en Macédoine. L’enjeu : Brutus et Cassius préparaient leur ultime affrontement contre les héritiers de César (Marc Antoine et Octave) qui culminera à la bataille de Philippes. 2. Le Symbolisme de l’Avers : La tête de Libertas La figure de Libertas (la Liberté) est le pilier idéologique du camp de Brutus. Le voile et le drapé : Ils confèrent à la divinité une dignité religieuse et solennelle. Le message : En plaçant Libertas sur ses monnaies, Brutus justifie le meurtre de César non pas comme un crime, mais comme un acte sacré de libération. Il se présente comme le restaurateur de la « Libertas » républicaine face à la « Dominatio » (la tyrannie) du dictateur. Héritage familial : Brutus aimait rappeler qu’il descendait de Lucius Junius Brutus, celui qui avait chassé les rois de Rome en 509 av. J.-C. 3. Le Symbolisme du Revers : La Victoire (Victoria) La Victoire marchant avec une couronne et une palme est un symbole prophétique. La Couronne et la Palme : Ce sont les attributs classiques du triomphe. En les affichant, Brutus proclame sa certitude de vaincre les triumvirs. Lien avec la flotte : Certains chercheurs, cités par LesDioscures.com, suggèrent que ces types (Victoire sur un quinaire) pourraient spécifiquement commémorer des succès navals des Républicains ou exalter la fidélité des marins à la cause de la République. 4. L’importance de Lucius Sestius Le nom de L. SESTIUS apparaît sur l’avers. Fils de Publius Sestius (défendu par Cicéron), il était un ami proche de Brutus. Le saviez-vous ? Son attachement à Brutus était tel qu’il conserva ses portraits même après sa défaite. Malgré cela, sa valeur était telle qu’Auguste lui pardonna et le nomma consul en 23 av. J.-C., signe de la réconciliation progressive des élites romaines. Cette monnaie mentionne un personnage clé de l’état-major de Brutus : Lucius Sestius Quirinalis (orthographié L. SESTI sur la monnaie). Voici les informations essentielles sur ce magistrat monétaire et son rôle historique : 1. Son rôle auprès de Brutus Sur cette monnaie, Lucius Sestius porte le titre de PRO Q (Pro Quaestore). Fonction : En tant que pro-questeur, il était le responsable financier et logistique de Brutus durant sa campagne en Orient (43-42 av. J.-C.). Responsabilité monétaire : C’est lui qui supervisait l’atelier monétaire itinérant suivant l’armée. Il avait la lourde tâche de transformer le métal précieux (souvent issu de réquisitions en Asie Mineure) en pièces de monnaie pour payer les légions. 2. Un survivant politique Contrairement à son chef Brutus qui se suicida après la défaite de Philippes en 42 av. J.-C., Lucius Sestius a survécu aux guerres civiles : Amnistie : Il bénéficia de l’amnistie accordée par les membres du second triumvirat. Loyauté mémorielle : Il est resté célèbre pour sa fidélité à la mémoire de Brutus, conservant des statues du « Libérateur » chez lui, même après l’avènement d’Auguste. 3. Consul aux côtés d’Auguste Fait remarquable, son passé républicain ne l’empêcha pas d’atteindre le sommet de l’État sous l’Empire : Consul Suffect (23 av. J.-C.) : Auguste le choisit comme collègue au consulat lorsqu’il démissionna lui-même de cette fonction. Symbole de réconciliation : La nomination de Sestius (un ancien partisan de l’assassin de César) par Auguste était un geste politique fort. Cela prouvait que le nouveau régime (le Principat) pouvait intégrer les anciens républicains ralliés, renforçant l’image d’une « République restaurée ». 4. Liens culturels et archéologiques Horace : Le poète Horace lui a dédié l’une de ses célèbres odes (Ode I, 4, Solvitur acris hiems), ce qui témoigne de son appartenance à la haute société intellectuelle romaine. Production de briques et d’amphores : Des recherches archéologiques ont identifié des estampilles de briques et d’amphores au nom de L. SESTI. Il possédait d’importantes briqueteries et des domaines produisant du vin près de Cosa en Étrurie, faisant de lui l’un des hommes les plus riches de son temps. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon La famille Sestia, d’origine patricienne, remonte à une haute antiquité. Un de ses membres, P. Sestius Capitolinus Vaticanus, fut consul dès l’an 302 (452 av. J.-C.), avec T. Menenius Agrippa. On l’appelle quelquefois Sextius, et bien que, plus tard, on ait distingué les familles Sestia et Sexlia, elles paraissent sortir de la même souche et avoir porté primitivement le même nom. P. Sestius ou Sextius fut questeur en 691 (63 av. J.-C.) et aida Cicéron à démasquer la conspiration de Catilina. Tribun du peuple en 697 (57 av. J.-C.), préteur en 701 (53 av. J.-C.), il suivit la fortune du parti pompéien jusque dans le courant de l’année 706 (48 av. J.-C.), époque où il se rallia à César. Son fils, L. Sestius, le seul des Sestii qui ait inscrit son nom sur les médailles. servit en Macédoine dans l’armée de M. Brutus; c ‘est dans cette campagne qu’il frappa les monnaies qui le désignent sous le nom de proquaestor: son collègue fut C. Norbanus Flaccus. C’était après le meurtre de Jules César en 710 (44 av. J.-C.) et avant la bataille de Philippes en septembre 712 (42 av. J.-C.). Après la mort de M. Brutus,

1642JU – Denier Brutus – Lucius Sestius Quirinalis

1642JU – Denier Brutus – Lucius Sestius Quirinalis Avers : L SESTI / PRO Q (Lucius Sestius Pro Quaestori, Lucius Sestius pro questeur) Buste voilé et drapé de Libertas (la Liberté) à droite. Revers : Q CAEPIO BRVTVS PR. COS (Quintus Caepio Brutus proconsul) Trépied delphien entre une hache à sacrifice et un simpulum. British Museum 3.85g INDICE DE RARETE : 9 1 10+ ATELIER : Sud-ouest Asie mineure? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Sestia, Servilia et Junia Références : RRC 502/2 – B.37 (Junia) – Syd.1290 L’analyse du symbolisme et du contexte historique de cette monnaie (frappé en 43-42 av. J.-C.) révèle une stratégie de communication politique très précise de la part de Brutus, visant à transformer son image de « meurtrier » en celle de « sauveur » de l’État. 1. Le Contexte Historique : Une République en exil Cette monnaie est frappée alors que Brutus et Cassius, les « Libérateurs », se trouvent en Orient (Asie Mineure et Grèce). Ils ont pris le contrôle des provinces orientales pour lever les fonds et les légions nécessaires à l’affrontement final contre Octave et Marc Antoine. Une monnaie de guerre : L’émission d’aurei (en or) est exceptionnelle sous la République. Elle répond à une nécessité immédiate : payer les soldes des officiers et s’assurer la loyauté des troupes avant la bataille décisive de Philippes. Légitimité institutionnelle : Bien qu’il soit en exil, Brutus utilise son titre de PRO COS (Proconsul) et mentionne son questeur L. Sestius. Cela vise à démontrer que son commandement est légal et émane de l’autorité du Sénat, contrairement au Triumvirat qu’il considère comme une usurpation. 2. Symbolisme de l’Avers : La Libertas voilée L’avers présente la tête de Libertas (la Liberté), mais avec une particularité notable : elle est voilée. La piété et le deuil : Le voile suggère une dimension religieuse et solennelle. Cela peut interpréter la Liberté comme une divinité que l’on doit honorer avec gravité, ou symboliser le deuil de la République blessée par la dictature de César. Le message politique : Brutus réaffirme que le seul motif de son action est le rétablissement de la liberté républicaine. 3. Symbolisme du Revers : Le Trépied et les attributs religieux Le revers est dominé par un trépied delphien, flanqué d’une hache sacrificielle (securis) et d’un vase à libation (simpulum). Le patronage d’Apollon : Le trépied est le symbole par excellence d’Apollon. Ce dieu était le protecteur personnel de Brutus (le mot d’ordre à la bataille de Philippes était d’ailleurs « Apollon »). Brutus se place sous une protection divine solaire et civilisatrice contre ce qu’il présente comme la tyrannie. L’autorité religieuse : La hache et le vase sont les insignes du collège des Pontifes, dont Brutus faisait partie. En affichant ces instruments, il signifie que ses actes sont conformes au droit sacré et à la volonté des dieux. Il ne s’agit pas d’une rébellion, mais d’une mission de purification de l’État. Synthèse Cette monnaie est un chef-d’œuvre de propagande. Il cherche à équilibrer la force militaire (le titre de Proconsul) avec la vertu morale (Libertas) et la caution divine (Apollon/Pontificat). Cette monnaie mentionne un personnage clé de l’état-major de Brutus : Lucius Sestius Quirinalis (orthographié L. SESTI sur la monnaie). Voici les informations essentielles sur ce magistrat monétaire et son rôle historique : 1. Son rôle auprès de Brutus Sur cette monnaie, Lucius Sestius porte le titre de PRO Q (Pro Quaestore). Fonction : En tant que pro-questeur, il était le responsable financier et logistique de Brutus durant sa campagne en Orient (43-42 av. J.-C.). Responsabilité monétaire : C’est lui qui supervisait l’atelier monétaire itinérant suivant l’armée. Il avait la lourde tâche de transformer le métal précieux (souvent issu de réquisitions en Asie Mineure) en pièces de monnaie pour payer les légions. 2. Un survivant politique Contrairement à son chef Brutus qui se suicida après la défaite de Philippes en 42 av. J.-C., Lucius Sestius a survécu aux guerres civiles : Amnistie : Il bénéficia de l’amnistie accordée par les membres du second triumvirat. Loyauté mémorielle : Il est resté célèbre pour sa fidélité à la mémoire de Brutus, conservant des statues du « Libérateur » chez lui, même après l’avènement d’Auguste. 3. Consul aux côtés d’Auguste Fait remarquable, son passé républicain ne l’empêcha pas d’atteindre le sommet de l’État sous l’Empire : Consul Suffect (23 av. J.-C.) : Auguste le choisit comme collègue au consulat lorsqu’il démissionna lui-même de cette fonction. Symbole de réconciliation : La nomination de Sestius (un ancien partisan de l’assassin de César) par Auguste était un geste politique fort. Cela prouvait que le nouveau régime (le Principat) pouvait intégrer les anciens républicains ralliés, renforçant l’image d’une « République restaurée ». 4. Liens culturels et archéologiques Horace : Le poète Horace lui a dédié l’une de ses célèbres odes (Ode I, 4, Solvitur acris hiems), ce qui témoigne de son appartenance à la haute société intellectuelle romaine. Production de briques et d’amphores : Des recherches archéologiques ont identifié des estampilles de briques et d’amphores au nom de L. SESTI. Il possédait d’importantes briqueteries et des domaines produisant du vin près de Cosa en Étrurie, faisant de lui l’un des hommes les plus riches de son temps. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon La famille Sestia, d’origine patricienne, remonte à une haute antiquité. Un de ses membres, P. Sestius Capitolinus Vaticanus, fut consul dès l’an 302 (452 av. J.-C.), avec T. Menenius Agrippa. On l’appelle quelquefois Sextius, et bien que, plus tard, on ait distingué les familles Sestia et Sexlia, elles paraissent sortir de la même souche et avoir porté primitivement le même nom. P. Sestius ou Sextius fut questeur en 691 (63 av. J.-C.) et aida Cicéron à démasquer la conspiration de Catilina. Tribun du peuple en 697 (57 av. J.-C.), préteur en 701 (53 av. J.-C.), il suivit la fortune du parti pompéien jusque dans le courant de l’année 706 (48 av. J.-C.), époque où il se rallia à César. Son fils, L. Sestius, le seul des Sestii qui ait inscrit son nom sur les médailles. servit en Macédoine dans l’armée de M. Brutus; c ‘est dans cette campagne qu’il frappa les monnaies qui le désignent sous