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Diana Planciana · Dévotion privée & rayonnement public · Iconographie numismatique · LesDioscures

Diana Planciana

Dévotion privée & rayonnement public · Iconographie numismatique · République romaine

Nature Diane · Épithète dynastique
Famille Gens Plancia · Atina
Attributs Pétase · Arc · Carquois
Sanctuaire Quirinal · Collis Latiaris
Sur les monnaies 55 av. J.-C. · RRC 432/1

Dans le panthéon romain, les divinités revêtent souvent des épithètes liées à leurs fonctions ou à leurs lieux de culte. Il arrive cependant qu’une déesse soit si étroitement liée à une lignée humaine qu’elle en porte le nom. C’est le cas de Diana Planciana — une forme spécifique de la déesse Diane dont le culte était entretenu, voire fondé, par la famille des Plancii, originaire d’Atina dans le Latium.

Cette appropriation religieuse n’était pas rare à Rome : les grandes familles de la République cherchaient à ancrer leur influence dans le paysage sacré de la Ville en finançant temples et sanctuaires. En honorant Diane sous cette épithète, la gens Plancia s’assurait non seulement la faveur divine, mais gravait son empreinte dans la topographie religieuse de Rome — sur la colline du Quirinal, où des inscriptions attestent l’existence d’un véritable temple avec son propre gardien (aedituus).

La preuve la plus éclatante de ce culte nous vient de la numismatique : en 55 av. J.-C., l’édile curule Gnaeus Plancius fait frapper un denier d’argent dont l’avers représente le buste de Diana Planciana — une affiche électorale en argent qui circula de main en main à travers tout le monde romain, mêlant piété dynastique, revendication politique et curriculum vitæ militaire en un programme iconographique d’une rare densité.

Je vous en prie par les dieux immortels : est-ce que vous pensez que Plancius aurait pu être élu si le peuple ne l’avait pas voulu ?

— Cicéron, Pro Plancio, 54 av. J.-C.
✦ L’énigme d’un nom
01 Pourquoi « Planciana » · Le patronage religieux à Rome République tardive · IIe–Ier s. av. J.-C.

L’épithète Planciana accolée à Diane n’est pas un ornement rhétorique : elle désigne une divinité réelle, dotée d’un sanctuaire propre et d’un culte entretenu. Des inscriptions épigraphiques découvertes sur la colline du Quirinal — plus précisément sur le collis Latiaris — mentionnent explicitement la Diana Planciana et un aedituus (gardien de temple) qui lui était spécifiquement attaché. Ce détail administratif confirme qu’il ne s’agissait pas d’une simple chapelle privée, mais d’une institution religieuse reconnue, intégrée à la géographie sacrée de Rome.

Ce type de « propriété » religieuse était une pratique courante chez les grandes familles républicaines. En finançant la construction ou l’entretien d’un sanctuaire, une gens s’assurait un monument durable dans l’espace urbain, une relation privilégiée avec une divinité protectrice, et une légitimité civique que l’argent seul ne pouvait acheter. Pour les Plancii, chevaliers d’Atina cherchant à s’imposer à Rome, Diana Planciana était à la fois une affirmation de piété et un outil de prestige social.

02 Diana Planciana & Diane · Une même déesse, deux visages Mythologie et épithètes divines

Diana Planciana reste fondamentalement Diane — la déesse romaine de la chasse, de la lune et des forêts, équivalent latin d’Artémis. Vierge chasseresse, gardienne des passages et des carrefours, protectrice des femmes en couches, elle régnait également sur les cités latines depuis son sanctuaire de Nemi dans les Monts Albains. Son culte à Rome était ancien et profondément ancré, notamment sur l’Aventin où Servius Tullius lui avait consacré un temple au VIe siècle av. J.-C.

Ce qui distingue Diana Planciana, c’est sa dimension macédonienne. Sur le denier de Gnaeus Plancius, la déesse porte un pétase — le chapeau à larges bords associé à Mercure, mais aussi à la causia macédonienne. Babelon y voit une référence directe au long service de Plancius en Macédoine : en coiffant Diane du chapeau macédonien, le monétaire crée une divinité hybride qui fusionne la chasse latine et l’expérience militaire grecque, construisant ainsi une figure divine sur mesure pour sa propagande personnelle.

✦ Gnaeus Plancius · L’homme derrière la monnaie
03 Cursus Honorum · D’Atina au Quirinal ~100–46 av. J.-C.

Gnaeus Plancius appartient à l’ordre équestre — les chevaliers — et est originaire d’Atina, une ville du Latium. Son père était un publicain influent, président d’une société de collecteurs d’impôts, dont Cicéron avait défendu les intérêts financiers. Cette origine provinciale et commerciale explique que Plancius ait eu besoin de soigner particulièrement sa légitimité politique à Rome, où les familles patriciennes regardaient parfois de haut les notables de province.

Sa carrière militaire le mena successivement en Afrique (sous le propréteur A. Torquatus), en Crète en 68 av. J.-C. (sous Q. Metellus Creticus), puis en Macédoine (62–58 av. J.-C.) d’abord comme tribun militaire, puis comme questeur. C’est en Macédoine, en 58 av. J.-C., qu’il accueillit et protégea Cicéron alors contraint à l’exil par Clodius Pulcher — geste que l’orateur n’oubliera jamais et dont il s’acquittera brillamment lors du procès de Plancius en 54 av. J.-C.

04 Le procès · Pro Plancio · Cicéron défenseur 54 av. J.-C. · Cicéron, Pro Plancio

Élu tribun de la plèbe en 56 av. J.-C., puis édile curule en 55/54 av. J.-C. — charge qui lui permit de frapper le denier RRC 432/1 —, Plancius fut aussitôt attaqué par son rival malheureux Marcus Iuventius Laterensis, qui l’accusa de corruption électorale (ambitus). Le procès, intenté en vertu de la loi Licinia, aurait pu ruiner la carrière d’un homme déjà fragilisé par ses origines équestres.

Cicéron prit sa défense dans un discours célèbre — le Pro Plancio — où il joua sur l’émotion et la reconnaissance personnelle, rappelant longuement l’hospitalité dont Plancius avait fait preuve envers lui en exil. Il soulignait également que la popularité de Plancius venait de son enracinement dans les municipalités italiennes plutôt que de la corruption. Plancius fut acquitté. Fidèle à Pompée lors de la guerre civile, il s’exila à Corcyre (Corfou) après Pharsale et mourut en exil, sa cause perdue mais son honneur sauf.

✦ Le denier RRC 432/1 · Une affiche électorale en argent
05 Denier Plancia · Diana Planciana au pétase RRC 432/1 · 55 av. J.-C. · Cnæus Plancius · Édile curule
Denier Plancia RRC 432/1 — Avers : Diana Planciana au pétase Avers · Diana Planciana
RRC 432/1 · 55 av. J.-C.

Le denier de Cnæus Plancius (RRC 432/1, 55 av. J.-C.) est l’un des programmes iconographiques les plus élaborés de la numismatique républicaine. L’avers représente le buste de Diana Planciana à droite — coiffée du pétase macédonien, ornée d’une boucle d’oreille et d’un collier, avec un arc sur l’épaule — accompagné de la légende CN. PLANCIVS AED. CVR. S. C, proclamant que l’émission a été autorisée par décret du Sénat, bouclier précieux contre les accusations de corruption électorale qui pesaient sur le monétaire.

Le revers, anépigraphe, représente un bouquetin crétois devant un arc et un carquois. Ce choix est doublement chargé : il rappelle le service de Plancius en Crète sous Q. Metellus Creticus — et constitue selon Babelon une allusion malicieuse à l’encontre de ce même Metellus, qui se porta comme accusateur lors du procès de Plancius. Chasser son ennemi avec ses propres armes — sur une monnaie qui circulait dans toute la République — était une vengeance d’une élégance toute romaine.

📋 Description · Denier Plancia RRC 432/1
Droit CN · PLANCIVS · AED · CVR · S · C Tête de Diana Planciana à droite, coiffée du pétase macédonien, avec boucle d’oreille, collier et arc sur l’épaule. Légende : Cnæus Plancius Ædilis Curulis Senatus Consulto.
Revers Anépigraphe Bouquetin crétois à droite ; derrière à gauche, arc et carquois. Denier d’argent, 3,66 g. British Museum.
✦ Lecture du message · Trois axes iconographiques

Légitimité politique (légende) : La mention AED · CVR · S · C affirme le rang de Plancius et l’aval du Sénat — réponse directe aux accusations de corruption électorale. La monnaie est un acte politique autant qu’un instrument économique.

Curriculum vitæ militaire (iconographie) : Le pétase macédonien à l’avers rappelle les années de service en Macédoine ; le bouquetin et les armes crétoises au revers évoquent la campagne de 68 av. J.-C. La monnaie est un résumé de carrière circulant de main en main.

Piété dynastique (Diana Planciana) : En choisissant la déesse familiale plutôt qu’une divinité générique, Plancius ancre son émission dans une tradition de patronage religieux et rappelle l’enracinement de sa famille dans les traditions de Rome et du Latium.

✦ Attributs & Iconographie
👒 Pétase Chapeau de voyageur — allusion au service en Macédoine et à la causia macédonienne. Attribut unique de cette Diana.
🏹 Arc & Carquois Attributs classiques de Diane chasseresse — ici à connotation crétoise, allusion aux campagnes de Plancius.
🐐 Bouquetin crétois Animal emblématique de la Crète au revers — double allusion au service militaire et à l’accusateur Metellus Creticus.
🌙 Lune Diane est aussi déesse lunaire — aspect moins présent ici, mais inhérent à son identité profonde.
💎 Parure Boucle d’oreille et collier soulignent la dignité de la déesse — image soignée pour une monnaie à vocation politique.
🏛️ Temple du Quirinal Son sanctuaire sur le collis Latiaris, attesté par des inscriptions, avec son propre aedituus.
✦ Fiches numismatiques liées

Diana Planciana — monnaies républicaines

Voir aussi sur LesDioscures

📚Notes & Références
  • Cicéron, Pro Plancio, 54 av. J.-C. — plaidoirie pour la défense de Gnaeus Plancius, source principale sur sa vie.
  • Cicéron, Epistulae ad Familiares — correspondance mentionnant Plancius lors de son exil macédonien.
  • Pline l’Ancien, Naturalis Historia — références aux cultes de Diane en Italie.
  • Orelli, Inscription n° 2880 — épigraphie mentionnant la Diana Planciana et son sanctuaire du Quirinal.
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 432/1.
  • Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — notice Plancia, B.1.
  • Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic — Syd. 933.
  • Meadows, A. & Williams, J., « Moneta and the Monuments », Journal of Roman Studies, 2001 — propagande dynastique dans la numismatique républicaine.
Article rédigé par Christopher Mérat
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