Diane
Diana · Déesse de la chasse, de la lune et de la nature · Iconographie numismatique · République romaine
Diane (Diana en latin) est l’une des grandes divinités du panthéon romain, déesse de la chasse, de la nature sauvage, de la lune et de l’enfantement. Son nom dérive de la racine indo-européenne d(e)y(e)w — « ciel lumineux » — la même que celle de deus, dies et Jupiter (Dius Pater), faisant d’elle une puissance céleste primordiale. Assimilée à l’Artémis grecque dès le VIe siècle av. J.-C., Diane conserve cependant des traits spécifiquement latins qui la distinguent nettement de son équivalente hellénique.
Fille de Jupiter et de Latone, sœur jumelle d’Apollon, Diane est une Diana Triformis — déesse à triple nature : Diana sur terre, Luna au ciel, Hécate dans le monde souterrain. Cette trinité lui confère un domaine d’influence exceptionnel, du cycle des naissances aux rites des carrefours nocturnes. Sur les monnaies républicaines, son image — buste avec croissant lunaire, arc au poing, biche ou chien à ses côtés — est l’une des plus immédiatement reconnaissables.
« Diane aux trois visages, toi qui gardes les forêts et les carrefours, tu entends les vœux des femmes en couches… »
— Horace, Carmen Saeculare, 15 av. J.-C.
L’iconographie de Diane est l’une des plus riches et des plus constantes de l’art occidental. Depuis les premières représentations de l’Artémis archaïque grecque jusqu’aux grandes toiles baroques, la déesse chasseresse impose ses attributs avec une clarté immédiate : la robe courte retroussée pour la course, l’arc tendu, le carquois sur l’épaule, la biche ou le chien à ses côtés, le croissant de lune ceint dans ses cheveux.
Cette toile de Domenichino, chef-d’œuvre de la peinture baroque romaine du début du XVIIe siècle, dépeint Diane et ses nymphes dans un paysage champêtre après la chasse. La composition, d’une légèreté et d’une luminosité remarquables pour l’époque, illustre à la fois la grâce athlétique de la déesse et la sérénité de son domaine forestier. L’œuvre influença durablement la représentation de Diane à la Renaissance tardive et au Baroque.
Ce tableau emblématique de l’école de Fontainebleau est longtemps resté attribué à Jean Goujon avant d’être donné à un peintre anonyme du cercle royal. Il représente Diane sous les traits de Diane de Poitiers, favorite d’Henri II, qui adopta la déesse comme emblème personnel — arc, carquois et croissant de lune. Cette confusion délibérée entre la maîtresse royale et la déesse illustre parfaitement le rôle symbolique de Diane dans la culture courtisane de la Renaissance française, où virginité, grâce et pouvoir féminin se fondent en une seule figure.
Les attributs de Diane condensent l’ensemble de ses domaines de souveraineté — la chasse, la lune, la nuit, la féminité et les carrefours mystiques. Sur les deniers républicains, leur sélection précise traduit l’intention du monnayeur : Diane chasseresse, Diane lunaire ou Diane Triformis.
Sur les deniers républicains, la tête de Diane se reconnaît à son croissant lunaire et à ses cheveux relevés en chignon (krobylos). Elle est souvent représentée de profil à l’avers, le revers lui associant un animal de chasse — biche, chien — ou une scène symbolisant la nature sauvage et la forêt sacrée.
Sur les deniers républicains, Diane apparaît le plus souvent dans sa forme la plus immédiate et la plus reconnaissable : la chasseresse. Debout ou en bige, arc au poing ou torche levée, escortée de cerfs ou de chiens, elle incarne la puissance maîtrisée de la nature sauvage. Cette iconographie, héritée de l’Artémis grecque mais nourrie de traditions latines propres, traverse toute la période républicaine avec une remarquable constance.
Le bige de cerfs est l’une des compositions les plus spectaculaires que lui consacrent les monnayeurs républicains. Les cerfs (cervi) sont à la fois les animaux sacrés de la déesse et les emblèmes de la vitesse et de la grâce sauvage. Certains monétaires, comme Lucius Axsius Naso, jouent même d’un jeu de mots entre le nom familial Axia/Axis et le cerf axis, transformant la numismatique en un terrain de subtilités littéraires.
RRC 400/1 · Gens Axia
Ce denier de Lucius Axsius Naso, frappé vers 69 av. J.-C., offre l’une des représentations les plus dynamiques de Diane au revers des deniers républicains. La déesse y conduit un bige de cerfs bondissants — les axis — dans un galop fougueux, torche levée, incarnant à la fois la chasseresse et la déesse lunaire dans un même élan.
Le choix de ce type est loin d’être anodin : M. Crawford identifie dans ce monétaire un banquier attesté par une tessère. La présence de Diane dans un bige de cerfs serait un jeu de mots avec les cerfs qui tirent le bige (cervi axes), transformant la scène en emblème familial autant qu’en dévotion à la déesse. Cette double lecture illustre la richesse sémantique des émissions républicaines tardives.
La particularité la plus remarquable de Diane dans la théologie romaine est sa triple nature (Diana Triformis) : sur Terre, elle est Diana la chasseresse ; dans le ciel, elle est Luna la déesse lunaire ; dans le monde souterrain, elle est Hécate, déesse des carrefours, des fantômes et de la magie nocturne. Cette trinité, appelée Trivia (« triple voie »), la distingue fondamentalement de l’Artémis grecque, qui n’a pas cette dimension infernale.
Les carrefours (trivia) — lieux où trois chemins se croisent — lui sont consacrés en tant que portes symboliques entre les mondes. On y déposait des offrandes nocturnes lors de la Nemoralia (13 août) : torches, gâteaux, représentations d’animaux. La fête coïncidait avec le dies servorum, le « jour des esclaves », car Diane est traditionnellement la protectrice des personnes sans droits — esclaves, pauvres, femmes — qui peuvent trouver asile dans ses temples.
Cette dimension à la fois céleste et chthonienne explique la richesse de son iconographie sur les monnaies républicaines : elle peut y apparaître comme déesse lumineuse (croissant lunaire) ou comme chasseresse sauvage (arc, chiens, biche), deux visages d’une même puissance divine fondamentalement ambivalente.
Les mythes associés à Diane révèlent une déesse à la chasteté farouche, qui punit avec une sévérité absolue toute atteinte à sa pudeur ou à celle de ses nymphes. Actéon, chasseur qui la surprend nue au bain, est transformé en cerf et dévoré par ses propres chiens — châtiment d’une violence exemplaire pour quiconque oserait contempler la déesse sans y avoir été convié.
Le mythe de Niobé illustre une autre facette de cette intransigeance divine : pour s’être vantée d’avoir plus d’enfants que Latone (mère de Diane et d’Apollon), Niobé voit ses quatorze enfants abattus — les fils par Apollon, les filles par Diane. La justice divine frappe sans pitié l’orgueil humain qui ose se mesurer aux dieux.
Le récit d’Endymion offre une version plus mélancolique : éprise du berger, Diane le plonge dans un sommeil éternel sur le mont Latmos pour conserver sa beauté intacte et lui rendre visite chaque nuit — amour impossible d’une déesse vierge qui refuse de renoncer à sa chasteté mais ne peut se résoudre à abandonner celui qu’elle aime.
L’assimilation de Diane à l’Artémis grecque, officialisée lors du lectisterne de 399 av. J.-C., a enrichi son iconographie et ses mythes. Cependant, Diane conserve des traits spécifiquement latins qui la distinguent nettement : son lien avec la souveraineté politique (garante de la succession des rois à Aricie), sa protection des esclaves et des pauvres (droit d’asile dans ses temples), et sa nature de Triformis qui n’a pas d’équivalent direct dans la théologie grecque.
Là où Artémis est avant tout une déesse de la nature sauvage et de la virginité, Diane romaine est aussi une divinité civique et politique, garante de l’ordre des confédérations latines avant même la fondation de Rome. Cette dimension politique explique pourquoi son temple de l’Aventin — érigé par Servius Tullius au VIe siècle av. J.-C. — joue un rôle institutionnel analogue, pour les Latins, à celui du temple de Diane à Aricie.
Diane sur les deniers républicains
Divinités liées
- Ovide, Métamorphoses, III, 138–252 — Le mythe d’Actéon transformé en cerf.
- Ovide, Fastes, III, 263–270 — La Nemoralia et le culte de Diane à Aricie.
- Horace, Carmen Saeculare — Invocation à Diane et Apollon lors des Jeux séculaires de 17 av. J.-C.
- Virgile, Énéide, VII — Diane et le sanctuaire de Nemi dans le contexte des origines latines de Rome.
- Strabon, Géographie, V, 3, 12 — Description du sanctuaire d’Aricie et du rite du rex nemorensis.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974.
- Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres.
- Frazer, J.G., Le Rameau d’Or, vol. I — analyse classique du rituel du rex nemorensis et du culte de Diane à Aricie.
- Green, C.M.C., Roman Religion and the Cult of Diana at Aricia, Cambridge University Press, 2007.
- CRRO — Coinage of the Roman Republic Online
- Gallica — Bibliothèque nationale de France
- Wikimedia Commons — Iconographie de Diane
- LesDioscures.com — Iconographie numismatique romaine
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