Diane
Diana · Déesse de la chasse, de la lune et des naissances · Iconographie numismatique romaine
Diane (Diana) est une divinité latine très ancienne, déesse de la chasse et des bois, protectrice des femmes en couches et, de plus en plus, puissance lunaire. Son nom est le plus souvent rattaché à la racine indo-européenne qui désigne la lumière du ciel diurne — celle de dies, « le jour », et de Iuppiter —, ce qui ferait d'elle, à l'origine, la « Lumineuse ».
Honorée dans tout le Latium, notamment dans le bois sacré d'Aricie au bord du lac de Nemi, elle reçoit à Rome un temple sur l'Aventin. Au contact du monde grec, elle est progressivement assimilée à l'Artémis grecque : fille de Jupiter et de Latone, sœur jumelle d'Apollon, vierge chasseresse armée de l'arc.
Sur les monnaies romaines, Diane est l'une des figures divines les plus constantes : conductrice d'un bige sur les premiers deniers, buste à l'arc et au carquois au Ier siècle av. J.-C., déesse debout accompagnée de son chien sous Auguste.
Gardienne des montagnes et des bois, Vierge, toi qui, trois fois invoquée, entends les jeunes femmes en mal d'enfant et les arraches à la mort, déesse aux trois formes…
— Horace, Odes, III, 22, v. 1-4 · montium custos nemorumque, Virgo…Le culte le plus ancien et le plus prestigieux de Diane se trouvait hors de Rome, à Aricie, dans un bois sacré (nemus) au bord du lac de Nemi. Ce sanctuaire fédéral des cités latines, son étrange prêtre-roi et la Diane qu'on y vénérait font l'objet d'un article à part : Diane Nemorensis.
À Rome, la tradition attribuait au roi Servius Tullius la fondation du temple de Diane sur l'Aventin, élevé en commun par Rome et les Latins sur le modèle du sanctuaire d'Artémis à Éphèse (Tite-Live, I, 45). Le jour anniversaire de sa dédicace, aux Ides d'août, était aussi un jour de fête pour les esclaves (servorum dies), que l'on mettait en rapport avec la naissance servile prêtée au roi fondateur.
Tite-Live rapporte au même endroit l'histoire d'une génisse prodigieuse qu'un Sabin voulait sacrifier à la déesse pour assurer l'empire à son peuple, et que les Romains sacrifièrent à sa place. Ses cornes furent longtemps montrées dans le vestibule du temple — un récit que reprendront les monétaires de la gens Postumia.

Le rapprochement avec l'Artémis grecque est ancien : le temple de l'Aventin imitait déjà, selon la tradition, celui d'Éphèse. Il s'affirme officiellement en 399 av. J.-C., lors du premier lectisterne célébré à Rome, où Diane partage un lit de banquet avec Hercule, à côté d'Apollon et Latone, Mercure et Neptune (Tite-Live, V, 13).
Diane reçoit alors la généalogie et les mythes d'Artémis. Elle hérite aussi de ses liens avec Hécate et avec la Lune — liens déjà présents dans le monde grec. Les poètes d'époque augustéenne la célèbrent comme Trivia, déesse des carrefours, et triformis, « aux trois formes » : chasseresse sur terre, Lune au ciel, Hécate aux enfers. Elle reste pourtant, dans le culte romain, une déesse de la nature sauvage, des femmes et des naissances, sous le nom de Diana Lucina.
Au début du IIe siècle av. J.-C., le revers des deniers, jusque-là réservé aux Dioscures, se diversifie : apparaît une déesse conduisant un bige, souvent surmontée d'un croissant. Selon les exemplaires et les catalogues, on la nomme Diane ou Luna — les deux figures se recouvrant largement. C'est le cas du denier de Cn. Baebius Tampilus (RRC 133/3, vers 194-190 av. J.-C.) ou de celui de Iuventius Thalna (RRC 161/1, 179-170 av. J.-C.), où Crawford et le British Museum lisent Luna là où Babelon et Sear voient Diane.
L'identification devient certaine avec le denier anonyme RRC 222/1 (143 av. J.-C.) : la déesse, le carquois sur l'épaule, conduit un bige de cerfs et brandit une torche ; un croissant est placé sous l'attelage. Arc, cerf et torche réunissent sur un même revers la chasseresse et la porteuse de lumière.
Avers & revers · Denier AxiaRRC 400/1 · 71 av. J.-C.
Le denier de L. Axsius Naso offre la plus vivante des scènes de chasse de Diane. À l'avers, une tête casquée de Mars, le casque orné d'une plume de chaque côté. Au revers, Diane conduit un bige de cerfs lancé au galop ; elle tient les rênes et une lance, deux chiens courent derrière l'attelage et un troisième sous les cerfs.
Crawford voit dans le monétaire un banquier connu par une tessère. Le choix du type est souvent expliqué par un jeu de mots : axis désigne chez Pline l'Ancien une bête sauvage tachetée de l'Inde, rapprochée du cerf, ce qui ferait écho au nom des Axsii. L'hypothèse reste une hypothèse.
À partir de la fin du IIe siècle, Diane passe au droit : buste drapé, l'arc et le carquois sur l'épaule. Les familles qui la choisissent ont souvent une raison précise.
Les Postumii Albini. Vers 96 av. J.-C., A. Postumius Albinus associe le buste de Diane (RRC 335/9) à trois cavaliers chargeant au-dessus d'un ennemi terrassé, souvenir de la victoire du lac Régille remportée par son ancêtre. Babelon y voyait la Diane de l'Aventin. En 81 av. J.-C., un autre Albinus, sur un denier serratus (RRC 372/1), surmonte le buste de Diane d'un bucrane et place au revers un sacrifice de bœuf devant un autel : un rappel de la génisse sabine de l'Aventin.
C. Allius Bala (RRC 336/1, 92 av. J.-C.) répète la déesse des deux côtés : tête diadémée au droit, Diane au bige de cerfs avec sceptre et torche au revers. C. Postumius (RRC 394/1, 74 av. J.-C.) l'accompagne d'un chien courant au-dessus d'une lance.
Faustus Cornelius Sulla (RRC 426/1, 56 av. J.-C.) place un buste de Diane, surmonté d'un croissant et accompagné d'un lituus, au droit d'un denier qui célèbre la capture de Jugurtha par son père. Velleius Paterculus (II, 25) rapporte que Sylla avait consacré à Diane des terres près du mont Tifata après sa victoire sur Norbanus. En 46 av. J.-C. enfin, les sesterces d'argent de T. Carisius (RRC 464/8) montrent sa tête et, au revers, un chien de chasse courant.
Auguste fait de Diane une déesse de la victoire. Sur un denier frappé à Lugdunum, la légende IMP XII · SICIL accompagne une Diane debout, en tunique courte, appuyée sur sa lance et tenant son arc, son chien à ses pieds. Le type évoque la Sicile, où la flotte d'Agrippa avait vaincu Sextus Pompée à Nauloque en 36 av. J.-C., non loin d'un sanctuaire de Diane.
Les mythes, reçus d'Artémis, montrent une déesse farouche. Le chasseur Actéon, qui l'a surprise au bain, est changé en cerf et déchiré par ses propres chiens (Ovide, Mét. III, 138-252). Niobé, qui s'est vantée d'avoir plus d'enfants que Latone, voit ses fils abattus par Apollon et ses filles par Diane (Mét. VI). La nymphe Callisto, séduite par Jupiter, est chassée du cortège de la déesse pour avoir perdu sa virginité (Mét. II).
Le récit d'Endymion, le berger endormi pour l'éternité, appartient en revanche d'abord à Séléné, la Lune ; les poètes latins le transfèrent parfois à Diane, en vertu de leur assimilation.

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La Renaissance française fait de Diane une figure de cour : la Diane chasseresse de l'école de Fontainebleau est souvent rapprochée de Diane de Poitiers, favorite d'Henri II, qui avait adopté la déesse, son arc et son croissant comme emblèmes.
À Rome, le Dominiquin peint pour le cardinal Scipion Borghèse une Chasse de Diane où les nymphes de la déesse rivalisent au tir à l'arc, dans un paysage lumineux — une scène inspirée du concours d'archers du chant V de l'Énéide.
Diane sur les monnaies de LesDioscures
Voir aussi sur LesDioscures
- Horace, Odes, III, 22 — invocation à Diane triformis (citation d'ouverture, v. 1-4).
- Tite-Live, I, 45 — fondation du temple de l'Aventin par Servius Tullius ; la génisse sabine.
- Tite-Live, V, 13 — le premier lectisterne (399 av. J.-C.).
- Velleius Paterculus, II, 25 — Sylla consacre à Diane des terres près du mont Tifata.
- Ovide, Métamorphoses, II (Callisto), III, 138-252 (Actéon), VI (Niobé).
- Virgile, Énéide, V — le concours de tir à l'arc.
- Crawford, M. H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885-1886.
- Sutherland, C. H. V. & Carson, R. A. G., The Roman Imperial Coinage, vol. I (2e éd.), Londres, 1984.
- Ghey, E., Leins, I. & Crawford, M. H., A catalogue of the Roman Republican Coins in the British Museum, 2010.
- Green, C. M. C., Roman Religion and the Cult of Diana at Aricia, Cambridge University Press, 2007.
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