Dolabella
Hachette sacrificielle · Rite du victimarius · Outils pontificaux · Gens Cornelia
La dolabella était une petite hache ou hachette romaine dont la forme était spécifiquement adaptée aux rites sacrificiels. Contrairement à une hache de travail (la securis), la dolabella était un instrument de cérémonie : son rôle principal était de mettre à mort l’animal sacrifié lors des rituels publics et privés.
Elle figure parmi les outils pontificaux représentés sur les monnaies de la République romaine, aux côtés du simpulum, du culter et du lituus — autant d’attributs qui signalent la pietas de la famille du magistrat monétaire et son attachement aux traditions religieuses romaines.
« La dolabella symbolisait l’autorité et la légitimité du rituel. Elle était souvent représentée sur les autels et les monuments funéraires, aux côtés d’autres instruments sacrificiels, pour souligner la piété du défunt ou de la personne ayant ordonné le sacrifice. »
— Christopher Mérat, Dolabella, LesDioscures.com
La dolabella était l’un des instruments les plus importants dans le cadre des sacrifices publics et privés. Le sacrifice romain était une cérémonie complexe et hautement ritualisée — la mise à mort n’était pas un acte de violence brute, mais une étape sacrée dont chaque geste devait être accompli avec précision pour garantir la validité du rite.
Il est important de distinguer la dolabella (hachette de sacrifice, outil cérémoniel) de la dolabra. La dolabra était un outil polyvalent de l’armée romaine, combinant une hache et une pioche, utilisé principalement par les légionnaires pour la construction de fortifications et de tranchées. Bien que les deux noms soient similaires, leurs fonctions et leurs usages étaient radicalement différents — l’une appartient à la sphère du sacré, l’autre à celle de la guerre.
La dolabella s’inscrit dans un ensemble plus large d’outils pontificaux et sacrificiels que les magistrats monétaires représentaient volontiers sur leurs deniers pour signaler leur appartenance à des collèges sacerdotaux ou leurs fonctions religieuses :
Le denier Sulpicia de Publius Sulpicius Galba (RRC 406/1, édile curule en 69 av. J.-C.) représente au revers l’association caractéristique : couteau, simpulum, hache à sacrifices — les trois instruments que maniait le victimarius lors du sacrifice. La présence de la Vesta voilée à l’avers renforce le registre sacerdotal de l’ensemble.
Le nom Dolabella était également un cognomen (surnom de famille) porté par plusieurs membres d’une branche de la gens Cornelia à Rome. L’un des plus célèbres fut Publius Cornelius Dolabella, consul suffect en 44 av. J.-C. et gendre de Cicéron — celui-ci lui consacra plusieurs lettres dans sa correspondance, oscillant entre espoir politique et désillusion.
Il existe également l’Arc de Dolabella et Silanus à Rome, construit par les consuls de l’an 10 ap. J.-C. qui n’a pas de lien direct avec la hachette sacrificielle, mais avec les personnes qui l’ont fait ériger. Cet arc est aujourd’hui encore visible sur le Caelius — à ne pas confondre avec les représentations de l’outil rituel sur les monnaies.
Ce cognomen illustre la pratique romaine de tirer les surnoms familiaux des métiers, des apparences physiques ou des fonctions ancestrales : Dolabella (diminutif de dolabra) suggère peut-être un ancêtre particulièrement habile au maniement de la hache — militaire ou sacrificielle.
Monnaies et articles en lien avec les instruments sacrificiels
- Cicéron, Epistulae ad Familiares — Correspondance avec et à propos de Publius Cornelius Dolabella, gendre de Cicéron et consul suffect en 44 av. J.-C.
- Tite-Live, Ab Urbe Condita, I, 7 — Description des rites sacrificiels archaïques, avec mention des instruments utilisés pour la mise à mort de l’animal.
- Varron, De Lingua Latina, V — Étymologie des termes sacrificiels romains, dont dolabella, simpulum et culter.
- Festus, De Verborum Significatu — Définitions des instruments pontificaux, distinction entre dolabella et dolabra.
- Scheid, J., La Religion des Romains, Armand Colin, Paris — Analyse des rites sacrificiels et du rôle des différents officiants (pontifes, victimarii).
- Beard, M., North, J. & Price, S., Religions of Rome, 2 vol., Cambridge University Press, 1998 — Les instruments sacrificiels dans leur contexte rituel et iconographique.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 406/1 (Sulpicia) et autres deniers aux instruments pontificaux.
- Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — Gens Sulpicia, instruments sacrificiels sur les deniers républicains.
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