Lituus
Bâton Augural · Pouvoir Sacerdotal · Auspices · Romulus · Numismatique romaine
Le lituus n’est pas un simple objet : c’est un puissant emblème du pouvoir et de la relation complexe qu’entretenaient les Romains avec le divin. Indissociable de la fonction d’augure, ce bâton courbe jouait un rôle essentiel dans la prise de décision politique et militaire de la République puis de l’Empire.
Sa présence sur les monnaies romaines n’est jamais anodine : représenter le lituus sur un denier, c’est affirmer que la famille du magistrat était liée au Collège des Augures — l’une des quatre grandes prêtrises romaines — et revendiquer une légitimité sacrée héritée de la fondation même de Rome par Romulus.
« Le lituus est bien plus qu’un simple crochet : c’est la matérialisation du lien entre les Romains et leurs divinités — le pouvoir de la classe sacerdotale, l’acte fondateur de la Cité et l’autorité suprême de l’Empereur réunis en un seul objet. »
— Christopher Mérat, Lituus, LesDioscures.com
Le lituus est un bâton augural caractérisé par sa forme singulière : long et droit, il se termine par une volute ou une crosse courbe et tronquée, sans former de cercle complet. Traditionnellement fabriqué en bois de noyer, il était dans les représentations souvent orné ou de couleur bronze.
L’usage le plus emblématique du lituus était la délimitation du templum — l’espace sacré d’observation. Le rituel se déroulait en trois étapes précises :
- Le Rituel : L’augure, orienté vers le sud, traçait mentalement (ou dans le ciel) une zone sacrée rectangulaire appelée templum à l’aide de son lituus. Cette zone délimitait l’espace valide d’observation et de consultation divine.
- L’Observation : Les signes observés à l’intérieur de ce templum — principalement le vol des oiseaux, leur chant, l’appétit des poulets sacrés, ou les phénomènes célestes — étaient considérés comme l’expression de la volonté des dieux.
- L’Interprétation : L’augure déterminait si les dieux étaient propices (auspicia bona) ou contraires (auspicia mala), ce qui décidait de la poursuite ou de l’abandon de l’entreprise envisagée.
L’augure, portant le lituus, avait pour mission d’interroger les dieux avant toute action publique majeure : élections de magistrats, promulgation de lois, déclarations de guerre, ou campagnes militaires. En théorie, un augure pouvait interrompre n’importe quelle assemblée en déclarant avoir observé un mauvais présage — pouvoir considérable qui faisait de cette prêtrise un outil politique autant que religieux.
L’importance du lituus est ancrée dans les mythes fondateurs de Rome. La tradition rapporte que Romulus, le fondateur et premier roi de Rome, était lui-même un augure accompli.
Cette légende du lituus miraculeux illustre parfaitement le statut particulier de cet instrument : il n’était pas simplement un outil, mais le lien matérialisé entre Rome et ses dieux, conservé comme une relique fondatrice à travers les siècles.
Le revers de ce denier réunit deux instruments sacerdotaux majeurs — le capis et le lituus — dans une couronne d’olivier. Cette association est un programme iconographique dense : le lituus signale l’appartenance de Metellus au collège des augures, le capis évoque les rites de libation, et la couronne d’olivier symbolise la victoire et la paix.
Le titre d’Imperator au revers et la Pietas à l’avers (accompagnée d’une cigogne, allusion directe au surnom familial « Pius ») font de ce denier l’un des exemples les plus complets de la façon dont les magistrats romains utilisaient l’iconographie monétaire pour construire leur identité politique et religieuse.
Avec la fin de la République, le rôle du Collège des Augures fut progressivement intégré à la personne de l’Empereur. Le lituus devint alors un symbole de la dignité pontificale et impériale — associé à la tête de l’Empereur qui détenait le titre de Pontifex Maximus.
On le retrouve fréquemment :
- Tite-Live, Ab Urbe Condita, I, 6–7 — Récit de la fondation de Rome et du rôle du lituus de Romulus dans la prise d’auspices.
- Cicéron, De Divinatione, I & II — Analyse du droit augural, des auspices et du rôle des augures dans la vie politique romaine.
- Cicéron, De Legibus, II — Description des collèges sacerdotaux et de leurs attributions, dont le Collège des Augures.
- Plutarque, Vie de Romulus, XI — Récit de la prise d’auspices par Romulus et Rémus avant la fondation de Rome.
- Linderski, J., The Augural Law, in Aufstieg und Niedergang der römischen Welt, II.16.3, 1986 — Étude de référence sur le droit augural romain.
- Scheid, J., La Religion des Romains, Armand Colin, Paris — Analyse des collèges sacerdotaux et de leurs instruments.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 374/2 (Caecilia).
- Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — Gens Caecilia, lituus sur les deniers républicains.
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