Pax
Personnification divine de la Paix · Eiréné romaine · Ara Pacis · Templum Pacis · Iconographie numismatique
Pax est la personnification divinisée de la Paix. Contrairement aux grands dieux du panthéon, elle n'a ni mythe ni généalogie romaine propre : sa figure et ses attributs viennent de l'Eiréné grecque, fille de Zeus et de Thémis. Discrète sous la République, elle devient sous Auguste l'une des idées-forces du nouveau régime : le Sénat vote en 13 av. J.-C. l'Ara Pacis Augustae, l'autel de la Paix auguste, et le Princeps se présente comme celui qui a refermé un siècle de guerres civiles.
Ce paradoxe est au cœur de la notion : la paix comme fruit de la victoire. Le mot pax se rattache à pacisci, « conclure un pacte » : pour un Romain, la paix est l'issue d'une guerre gagnée, l'ordre imposé au vaincu. Auguste dédie l'Ara Pacis au retour de ses campagnes d'Hispanie et de Gaule ; Vespasien élève le Templum Pacis en 75 ap. J.-C. et y dépose le butin du Temple de Jérusalem détruit en 70. De la fin de la République à l'Empire, les monnaies sont le support privilégié de cette paix proclamée — et c'est sur un quinaire de 44 av. J.-C. que la déesse apparaît pour la première fois sous son nom.
Frondibus Actiacis comptos redimita capillos, / Pax, ades et toto mitis in orbe mane.
« Viens, Paix, la chevelure parée et ceinte du feuillage d'Actium, et demeure, bienveillante, sur le monde entier. »
— Ovide, Fastes, I, 711–712 · à propos de l'Ara Pacis, consacrée le 30 janvier · trad. LesDioscures

C'est l'image de la paix la plus célèbre de l'art antique. L'original en bronze, œuvre de Képhisodotos l'Ancien — père ou proche parent de Praxitèle —, se dressait sur l'agora d'Athènes, où un culte d'Eiréné fut institué vers 375–374 av. J.-C., à l'époque des paix conclues avec Sparte. Pausanias le décrit encore au IIe siècle ap. J.-C. La meilleure copie romaine, autrefois à la villa Albani, est aujourd'hui à Munich : Eiréné se tient debout et porte sur son bras gauche le petit Ploutos, la Richesse, qui lève les yeux vers elle ; sa main droite, perdue, tenait un sceptre.
L'allégorie est limpide : la Prospérité grandit sous la protection de la Paix comme un enfant dans les bras de sa mère. Cette association de la paix et de l'abondance passe directement dans l'iconographie romaine de Pax, dont la corne d'abondance reprend le rôle de l'enfant Ploutos. Ovide le dit en une formule : Pax Cererem nutrit, pacis alumna Ceres — « la Paix nourrit Cérès, Cérès est la nourrissonne de la Paix » (Fastes, I, 704).

L'Ara Pacis Augustae est le manifeste de la paix augustéenne. Auguste en donne lui-même l'origine : à son retour d'Hispanie et de Gaule, le Sénat décréta de consacrer sur le Champ de Mars un autel de la Paix Auguste, où magistrats, prêtres et Vestales offriraient chaque année un sacrifice (Res Gestae, 12). Les longues frises des faces nord et sud montrent la procession des prêtres, des magistrats et de la famille impériale — Auguste, Agrippa, Livie, les enfants — se rendant au sacrifice ; les petits côtés portent quatre panneaux mythologiques et allégoriques.
Le plus célèbre est ce panneau de la face est : une femme assise, deux enfants sur les genoux, entourée d'épis, de fleurs, d'un bœuf et d'une brebis, entre deux figures féminines chevauchant un cygne et un monstre marin. On l'appelle traditionnellement Tellus, la Terre nourricière, mais l'identification reste discutée : Italia, Vénus — ou Pax elle-même, ce qui ferait de ce relief l'image cultuelle de la déesse à laquelle l'autel est dédié. Quelle que soit la réponse, le sens est clair : la paix est figurée non comme une simple absence de guerre, mais comme une fécondité retrouvée de la terre, des bêtes et des familles, sous la tutelle du Princeps. En face, un panneau très mutilé montrait Roma assise sur un monceau d'armes : la victoire qui rend cette paix possible.
Pax appartient à la famille des divinités-concepts romaines — Concordia, Libertas, Salus, Fides, Victoria — qui personnifient non une aventure mythologique mais un état souhaitable de la cité. À la différence de Concordia, honorée par des temples dès la République, Pax ne reçoit pas de culte public notable avant l'époque augustéenne : son premier grand sanctuaire est l'Ara Pacis, son premier temple celui de Vespasien. C'est précisément cette relative nouveauté qui en fait un instrument politique commode : en se posant en restaurateur de la paix, Auguste légitime l'ensemble de son pouvoir.
Le geste rituel qui lui est le plus étroitement associé est la fermeture des portes du temple de Janus, réservée aux périodes où la paix régnait « sur terre et sur mer ». Auguste rappelle que, fermées deux fois seulement depuis la fondation de Rome, elles le furent trois fois sous son principat (Res Gestae, 13 ; Suétone, Auguste, 22).
Chez Hésiode, Eiréné est l'une des trois Heures, filles de Zeus et de Thémis, sœur d'Eunomia (le Bon Ordre) et de Diké (la Justice) (Théogonie, 901–902) : la paix y est un équilibre inscrit dans l'ordre du monde, solidaire de la loi et de la justice. Son culte civique athénien, établi vers 375–374 av. J.-C., célèbre une paix négociée entre cités grecques, entretenue par un sacrifice annuel.
Pax, à Rome, porte une autre charge. Le terme dérive de pacisci : la paix est le pacte qui conclut une guerre, le plus souvent par la soumission de l'adversaire. Virgile en donne la formule programmatique lorsqu'Anchise assigne au Romain la mission d'« imposer à la paix ses règles » (pacique imponere morem, Énéide, VI, 852). Ses fêtes ne célèbrent pas une saison mais des dates politiques, et Ovide la couronne du laurier d'Actium, la victoire d'Octavien sur Antoine. Les deux déesses se rejoignent cependant dans l'image : Rome emprunte à Eiréné son allure de matrone drapée, sa corne d'abondance et son lien avec la fertilité des champs, que Tibulle chante dans une élégie où Pax conduit les bœufs sous le joug et tient l'épi (I, 10, 45–50 et 67–68).
Sous la République, la paix n'est d'abord évoquée sur les monnaies que par des symboles : en 49 av. J.-C., au début de la guerre civile, le monétaire Q. Sicinius associe caducée et palme sous une couronne de laurier (RRC 440/1). La déesse elle-même n'apparaît qu'en 44 av. J.-C., sur un quinaire de L. Aemilius Buca portant la tête de Pax et la légende PAXS, au revers des mains jointes (RRC 480/24) — l'affirmation, quelques semaines avant les Ides de mars, que les victoires de César ont rendu la paix à la République.
Octavien s'empare du thème dès avant Actium : un denier de la série CAESAR DIVI F (vers 32–29 av. J.-C.) montre Pax debout tenant le rameau d'olivier et la corne d'abondance. En 28 av. J.-C., les cistophores d'Éphèse unissent la légende LIBERTATIS P·R·VINDEX (« défenseur de la liberté du peuple romain ») et une Pax au caducée — paix et liberté restaurées vont de pair. L'Ara Pacis, votée en 13 et consacrée en 9 av. J.-C., donne à cette idéologie sa forme monumentale.
Les successeurs d'Auguste reprennent la formule. Sous Claude, la légende PACI AVGVSTAE accompagne une figure ailée tenant un caducée au-dessus d'un serpent, empruntée à Némésis. Néron fait frapper l'annonce de la fermeture du temple de Janus — PACE P·R· TERRA MARIQ·PARTA IANVM CLVSIT. Après les guerres civiles de 68–69, Vespasien multiplie les revers PAX AVGVSTI et fait bâtir le Templum Pacis, dédié en 75 ap. J.-C., où il dépose les objets sacrés pris à Jérusalem (Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, VII, 158–162). Une destruction est ainsi célébrée comme une œuvre de paix : la Pax romaine est d'abord celle du vainqueur.
Pax est le plus souvent figurée debout, drapée, tenant le rameau d'olivier de la main droite et le caducée ou la corne d'abondance de la main gauche ; plus rarement en buste, comme sur le quinaire de Buca. Sous l'Empire, les légendes PAX, PAX AVGVSTI ou PAX AVG la rattachent explicitement à l'empereur. Son premier portrait nommé date de 44 av. J.-C. : aucune monnaie républicaine antérieure ne représente la déesse elle-même.



- Hésiode, Théogonie, 901–902 — Eiréné, Eunomia et Diké, filles de Zeus et de Thémis.
- Pausanias, Description de la Grèce, I, 8, 2 et IX, 16, 2 — la statue d'Eiréné portant Ploutos par Képhisodotos à Athènes.
- Auguste, Res Gestae, 12 — décision du Sénat de consacrer l'Ara Pacis Augustae et sacrifice annuel ; 13 — fermeture du temple de Janus à trois reprises.
- Ovide, Fastes, I, 704 — Pax Cererem nutrit, pacis alumna Ceres ; I, 709–722 — fête de l'Ara Pacis le 30 janvier, Pax couronnée du laurier d'Actium.
- Tibulle, Élégies, I, 10, 45–50 et 67–68 — Pax nourricière des campagnes, tenant l'épi.
- Virgile, Énéide, VI, 851–853 — pacique imponere morem : la mission impériale de Rome.
- Suétone, Vie d'Auguste, 22 — fermeture du temple de Janus, deux fois seulement avant Auguste.
- Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, VII, 158–162 — construction du Temple de la Paix par Vespasien et dépôt du butin de Jérusalem.
- Dion Cassius, Histoire romaine, LXVI, 15, 1 — dédicace du Temple de la Paix en 75 ap. J.-C.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 440/1 (Q. Sicinius) et RRC 480/24 (L. Aemilius Buca, PAXS).
- Sutherland, C.H.V., The Roman Imperial Coinage, I², Londres, Spink, 1984 — n° 252 (denier d'Octavien) et 476 (cistophore d'Éphèse).
- Weinstock, S., « Pax and the “Ara Pacis” », Journal of Roman Studies, 50, 1960, p. 44–58.
- Simon, E., Eirene und Pax. Friedensgöttinnen in der Antike, Stuttgart, 1988 ; « Pax », LIMC, VII, 1994.
- de Grummond, N.T., « Pax Augusta and the Horae on the Ara Pacis Augustae », American Journal of Archaeology, 94, 1990, p. 663–677.
- Zanker, P., The Power of Images in the Age of Augustus, University of Michigan Press, 1988 — Pax dans l'imagerie augustéenne et l'Ara Pacis.
- Galinsky, K., Augustan Culture, Princeton University Press, 1996 — l'idéologie de la Pax Augusta.
- Beard, M., SPQR: A History of Ancient Rome, Profile Books, 2015.
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