Polymnie
Muse de la poésie sacrée & de l’éloquence · Fille de Zeus & Mnémosyne · Geste oratoire · Denier Pomponia · Série des neuf Muses
Polymnie — Polyhymnia en grec, « celle aux nombreux hymnes » — est la Muse de la poésie sacrée, des hymnes religieux, de l’éloquence et de la pantomime. Fille de Zeus et de la Titanide Mnémosyne (la Mémoire), elle incarne l’union de la mémoire et de l’inspiration — conditions premières de toute poésie qui aspire à l’éternité. Son nom, issu du grec poly (multiple) et hymnos (hymne, louange), dit à lui seul sa vocation : la multiplication des louanges, la gloire immortelle que ses inspirés confèrent à ceux dont ils chantent les exploits. Diodore de Sicile la célèbre ainsi : « Polymnie, parce que par ses nombreuses louanges elle apporte la distinction aux écrivains dont les œuvres leur ont valu une gloire immortelle. »
Contrairement à ses sœurs plus expressives (Euterpe et sa flûte, Terpsichore et sa danse), Polymnie est la Muse du silence fertile et de la réflexion : elle est souvent représentée pensive, un doigt posé sur la bouche ou le menton, appuyée sur un pilier, dans une attitude de recueillement intense. Sur les monnaies républicaines romaines, elle fait partie de la série exceptionnelle des neuf Muses de Quintus Pomponius Musa (RRC 410, ~66 av. J.-C.) — jeu de mots programmatique sur le cognomen du monétaire, programme culturel philhellène sans équivalent dans toute la numéralement républicaine.
« Polymnie, parce que par ses nombreuses louanges (polle hymnesis) elle apporte la distinction aux écrivains dont les œuvres leur ont valu une gloire immortelle. »
— Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 7 — étymologie et fonction de la Muse Polymnie
Cette statue en marbre est la représentation la plus célèbre de Polymnie dans l’art antique. La Muse y est représentée dans sa pose caractéristique : pensive, recueillie, les yeux baissés ou portés au loin, le menton appuyé sur la main, voilée d’un himation qui enveloppe la silhouette dans un drapé lourd et méditatif. Cette attitude introspective la distingue radicalement de ses sœurs musicales ou danseuses : Polymnie n’agit pas, elle contemple. C’est dans ce silence actif que naît l’hymne.
Cette copie romaine du IIe siècle ap. J.-C. s’inspire d’un prototype grec hellénistique probablement créé au IIIe ou IIe siècle av. J.-C. La provenance de l’original est souvent liée à Tivoli (Villa Adriana) ou à d’autres grandes demeures de la noblesse romaine philhellène — exactement le milieu culturel qui inspira le monétaire Quintus Pomponius Musa lorsqu’il fit frapper sa série des neuf Muses vers 66 av. J.-C. Le visage de la Polymnie du Vatican est celui-là même que les graveurs de la Moneta romaine s’efforcèrent d’inscrire dans l’argent.
Cette peinture de Charles Meynier (1768–1832), néoclassique français, montre Polymnie debout à la tribune de l’orateur, devant le buste du rhéteur athénien Démosthène. Un sceptre est à ses côtés, un diadème ceint son front — les attributs de la royauté divine de l’éloquence. Cette composition appartient à un cycle de cinq œuvres commandées par le négociant toulousain François Boyer-Fonfréde pour décorer sa demeure : Polymnie y représente l’un des arts libéraux, dans une vision néoclassique directement nourrie de la tradition antique.
La présence de Démosthène n’est pas anodine : c’est l’orateur grec par excellence, modèle de l’éloquence politique que Polymnie inspire. Dans la tradition romaine, cette dimension oratoire était particulièrement valorisée — les forums, les tribunaux et les écoles de rhétorique formaient le cœur de la vie publique romaine. C’est cette vision de Polymnie, muse de la rhétorique, que le monétaire Quintus Pomponius Musa traduit sur le denier RRC 410/7 : la Muse debout, tenant un volumen, dans le geste de l’orateur.
La particularité de Polymnie dans le chœur des neuf Muses est son universalité discrète : là où Clio gouverne l’histoire, Euterpe la flûte, Terpsichore la danse, Polymnie embrasse tout ce qui engage la mémoire et l’expression — du poème liturgique au discours politique, du geste du pantomime à la méditation intérieure. Cette amplitude en fit la Muse préférée de la culture hellénisante romaine du Ier siècle, particulièrement sensible à la rhétorique comme fondement de la vie civique. Quintus Pomponius Musa, en lui consacrant l’un de ses dix deniers, témoigne de cette fascination.
La série des deniers de Quintus Pomponius Musa est la plus ambitieuse jamais fr appée par un monétaire unique dans toute la République romaine : dix deniers différents (Hercule Musagète + les neuf Muses), tous à l’avers une tête d’Apollon lauré avec un sceptre. Elle prend sa source dans un double jeu : le cognomen Musa du monétaire est identique au nom des déesses, ce qui lui offre un prétexte iconographique inusité. Mais l’entreprise dépasse le jeu de mots : c’est un manifeste culturel philhellène, affirmant la place des arts et de la poésie dans la civilisation romaine, à un moment où Rome intègre massivement l’héritage hellénistique.
Chaque Muse est identifiable à ses attributs gravés avec soin : Calliope chante en s’accompagnant de la lyre, Clio tient un volumen déroulé, Erato joue de la lyre, Euterpe tient la double flûte, Melpomène un masque et une massue, Polymnie tient un volumen et fait le geste oratoire, Terpsichore tient la harpe et le plectrum, Thalie un masque et un pedum, Uranie touche de sa baguette un globe céleste. Ces dix deniers étaient peut-être aussi liés au Templum Herculis Musarum — le temple d’Hercule chef du chœur des Muses, construit par Marcus Fulvius Nobilior après sa victoire sur les Acarnaniens en 189 av. J.-C.
Le denier de Quintus Pomponius Musa consacré à Polymnie (~66 av. J.-C.) représente la Muse debout de face, dans l’attitude pensive qui lui est propre, tenant un volumen et effectuant le geste oratoire de la main droite. À l’avers, tête d’Apollon lauré avec une couronne derrière ; au revers, légende Q. POMPONI / MVSA. C’est l’un des dix deniers de la série la plus rare du monnayage républicain — Crawford note moins de dix coins de droit pour chaque variante. Le monétaire construit délibérément un programme iconographique d’une ambition culturelle sans précédent dans la numismatique républicaine romaine.
British Museum · 4,06 g
La rareté extrême de ce denier (Crawford relève moins de dix coins de droit) en fait l’une des monnaies les plus prisées de la numéralement républicaine. Elle témoigne à la fois de l’ambition culturelle de Quintus Pomponius Musa et de la difficulté à produire une série aussi étendue — dix types différents — dans les conditions de l’atelier monétaire romain. Ce denier est peut-être aussi lié au contexte pol itique de 66 av. J.-C. où Pompée s’appretait à recevoir le commandement contre Mithridate : l’affichage d’une culture hellénisée, de Muses et d’Apollon, pouvait signaler l’appartenance du monétaire à un certain courant politique et intellectuel de la noblesse romaine.
Références : RRC 410/7 · B. (Pomponia) · Syd. 812 · Atelier : Rome · Matière : Argent · Gens Pomponia · Très rare
La série des Muses — Quintus Pomponius Musa, ~66 av. J.-C.
- Hésiode, Théogonie, v. 75–80 — la première liste des neuf Muses ; Polymnie est nommée parmi les filles de Zeus et Mnémosyne.
- Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 7 — étymologie et mission de chaque Muse ; Polymnie « apporte la distinction aux écrivains dont les œuvres leur ont valu une gloire immortelle ».
- Apollodore, Bibliothèque, I, 13 — liste des neuf Muses, filles de Zeus et Mnémosyne, avec Polymnie (Polymnia).
- Cicéron, De Natura Deorum, III, 54 — mention des Muses dans le contexte de la religion romaine et de leur adoption dans le culte public.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge, 1974 — RRC 410/1–10 ; la série complète des Muses de Q. Pomponius Musa, notices sur la rareté extrême de chaque type.
- Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — (Pomponia) ; analyse des dix deniers de la série et de leurs attributs iconographiques.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, vol. I — notice sur RRC 410 et la valeur marchande de ces deniers très rares.
- Schachter, A., Cult of Boiotia, vol. II — sur l’Hélicon et le culte des Muses dans le monde grec et son appropriation romaine.
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