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Sylla · Iconographie numismatique · LesDioscures

Sylla

Lucius Cornelius Sulla Felix · Dictateur de Rome · 138 – 78 av. J.-C. · Iconographie numismatique

Nature Personnage historique
Gens Cornelia · Patricienne
Fonctions Général · Consul · Dictateur
Surnom Felix · L’Heureux
Monnaies RRC 480/1 · Aemilia

Lucius Cornelius Sulla Felix (vers 138 – 78 av. J.-C.) est l’un des personnages les plus fascinants et les plus controversés de la fin de la République romaine. Né dans une famille patricienne tombée dans l’obscurité, il gravit les échelons du pouvoir par la seule force de ses victoires militaires et d’une ambition froide, avant de devenir le premier général romain à marcher sur Rome avec son armée et à s’en emparer les armes à la main — ouvrant ainsi une brèche que César et bien d’autres exploiteront après lui.

Sur la monnaie, Sylla n’est pas représenté de son vivant : la tradition républicaine n’autorisait pas encore le portrait des vivants. C’est à travers les émissions de ses héritiers politiques et de leurs descendants que son image entre dans la numismatique romaine. Le denier de Lucius Æmilius Buca (RRC 480/1, 44 av. J.-C.), frappé un demi-siècle après sa mort, lui rend hommage via la scène du Songe de Sylla — vision prophétique qui, selon Plutarque, aurait annoncé sa victoire sur les Marianistes. Ce denier est à la fois un acte de dévotion familiale et un instrument de propagande politique dans l’ombre des Ides de Mars.

Portrait dit de Sylla, copie augustéenne, Glyptothèque de Munich
Pseudo-« Sylla » · Copie d’époque augustéenne · Glyptothèque de Munich · Marbre · Domaine public

« Il vit en songe Séléné descendre de l’Olympe et lui remettre le foudre de Jupiter, lui disant de frapper ses ennemis. »

— Plutarque, Vie de Sylla, 9
✦ Représentations remarquables
R1 Portrait dit de Sylla — Glyptothèque de Munich Époque augustéenne · Copie en marbre

La Glyptothèque de Munich conserve un portrait en marbre longtemps identifié comme représentant Sylla — identification aujourd’hui remise en question par les spécialistes, qui y voient peut-être un autre personnage de l’époque républicaine tardive. Qu’elle soit authentique ou non, cette sculpture illustre parfaitement le type iconographique de l’aristocrate romain de la fin de la République : traits creusés, regard intense, traits énergiques qui traduisent une volonté de puissance et une expérience des champs de bataille.

L’absence de portrait monétaire contemporain de Sylla est significative : contrairement à César, qui brisera le tabou républicain du portrait des vivants en 44 av. J.-C., Sylla ne fit pas frapper son effigie sur les deniers. Son image est celle d’un homme qui respectait formellement les institutions tout en les tordant à son profit — une ambiguïté qui traverse toute son œuvre politique.

R2 Le Songe de Sylla — Denier Aemilia RRC 480/1 44 av. J.-C. · Lucius Æmilius Buca

La représentation numismatique la plus célèbre liée à Sylla est la scène du revers du denier RRC 480/1 : on y voit le dictateur couché contre un rocher, recevant la visite de Séléné (la Lune) qui descend d’une montagne, tandis que la déesse Victoire, ailes déployées, assiste à la scène. Cette composition illustre le songe prophétique décrit par Plutarque, dans lequel Séléné remet à Sylla le foudre de Jupiter pour foudroyer ses adversaires — vision qui aurait précédé de quelques heures sa victoire décisive à la Porte Colline en 82 av. J.-C.

En choisissant ce motif en 44 av. J.-C., le monétaire Lucius Æmilius Buca — fils d’un proche de Sylla — affirme l’héritage familial sullénien tout en créant un parallèle subtil avec César, nouvel homme providentiel protégé des dieux. Ce denier est ainsi le seul à représenter Sylla dans toute la numismatique républicaine.

✦ Éléments iconographiques liés à Sylla
01 Les symboles de la propagande sullénienne Numismatique · Littérature · Sculpture

Sylla a construit autour de lui une mythologie politique fondée sur la protection divine et la chance extraordinaire — d’où son surnom Felix (l’Heureux). Cette propagande se déploie à travers des symboles qui traversent l’iconographie républicaine tardive et les récits de Plutarque et d’Appien.

Foudre de Jupiter Remis par Séléné dans le rêve prophétique — symbole de la puissance divine accordée à Sylla pour écraser ses ennemis.
🌙 Séléné / Luna Déesse de la Lune, messagère divine dans le songe. Sa descente de l’Olympe confère à Sylla une légitimité surnaturelle.
🏆 Victoria Témoin ailé du songe au revers du denier Aemilia — confirme que la victoire à venir est d’origine divine.
🌟 Felix Son surnom officiel : « l’Heureux ». Sylla revendiquait une chance exceptionnelle comme preuve de la faveur des dieux.
🦁 Vénus (avers) À l’avers du denier Aemilia, Vénus rappelle à la fois l’ancêtre mythique de la gens Julia et la déesse dont Sylla se disait le protégé.
📜 Imperator iterum Titre utilisé sur certaines émissions liées à Sylla — « commandant en chef pour la deuxième fois » — affirmant sa supériorité militaire.

L’ensemble de ces symboles construit un portrait de Sylla comme élu des dieux — homme dont les victoires ne s’expliquent pas seulement par le génie militaire, mais par une protection divine singulière. Cette rhétorique sera reprise et amplifiée par César, puis par Auguste.

✦ Représentation numismatique
⚡ Seule représentation de Sylla dans le monnayage républicain — RRC 480/1

Le denier RRC 480/1 de Lucius Æmilius Buca (44 av. J.-C.) est la seule monnaie républicaine à représenter explicitement Sylla — à travers la scène de son songe prophétique. Frappé en janvier-février 44, ce denier précède les émissions au portrait de César (DICT PERPETVO) de quelques semaines seulement. Il marque la charnière entre deux systèmes iconographiques : l’héritage gloriose de la République aristocratique et la propagande dynastique du futur Empire.

L’indice de rareté de ce denier sur LesDioscures est 6/10+, pour 71 exemplaires répertoriés au CRRO. Il est frappé en argent à Rome, pesant en moyenne 3,61 g.

02 Denier Aemilia — Vénus & Le Songe de Sylla 44 av. J.-C.
🏛 Sylla couché recevant Séléné · Victoire derrière
Denier Aemilia RRC 480/1, Lucius Æmilius Buca — avers Vénus, revers Songe de Sylla RRC 480/1 · BnF · 3,61 g
🏛 Légendes & description
Avers L · BVCA Tête diadémée de Vénus à droite. — Lucius Buca.
Revers Anépigraphe Le Songe de Sylla : Sylla couché à gauche recevant la visite de Séléné qui descend d’une montagne ; derrière, la Victoire aux ailes déployées.

Le revers de ce denier illustre une légende célèbre rapportée par Plutarque (Vie de Sylla, 9) : la veille d’affronter les Marianistes à la Porte Colline en 88 av. J.-C., Sylla fit le rêve, à Nola, que Séléné descendait de l’Olympe pour lui remettre le foudre de Jupiter afin de réduire ses adversaires en cendres. Il triompha effectivement de ses ennemis — et ce songe devint l’un des éléments fondateurs de sa légende personnelle, celle d’un homme singulièrement protégé par les dieux, Felix.

En choisissant ce motif en 44 av. J.-C., Lucius Æmilius Buca — fils de Marcus Aemilius Scaurus, lui-même monétaire et proche de Sylla — accomplit un double geste : il honore l’héritage de sa famille et, en plaçant Vénus à l’avers (ancêtre mythique de la gens Julia), il crée un pont symbolique entre la gloire sullénienne et l’autorité de César. Ce denier précède de quelques semaines les fameuses émissions au portrait de César DICT PERPETVO — les mêmes qui précipiteront les Ides de Mars.

✦ Vie & carrière de Lucius Cornelius Sulla
03 Ascension militaire — De la guerre de Jugurtha à la guerre sociale 111 – 88 av. J.-C.

Né vers 138 av. J.-C. dans une famille patricienne de la gens Cornelia, tombée dans une relative obscurité, Sylla commence sa carrière militaire comme questeur sous Gaius Marius lors de la guerre de Jugurtha (111-105 av. J.-C.). Il s’y distingue par un coup d’éclat diplomatique : il obtient personnellement la reddition de Jugurtha, capturé grâce à la trahison du roi Bocchus de Maurétanie. Cette gloire empiète sur celle de Marius — et sème les germes d’une rivalité qui ensanglantera Rome pendant deux décennies.

Sylla s’illustre ensuite lors des guerres contre les Cimbres et les Teutons, puis comme gouverneur de Cilicie et comme lieutenant lors de la guerre sociale (91-88 av. J.-C.), où il commande avec succès contre les alliés italiens révoltés. Ces succès lui valent le consulat pour l’année 88, ainsi que le commandement de la guerre contre Mithridate VI du Pont, roi qui venait d’envahir l’Asie Mineure romaine.

04 La marche sur Rome & la guerre contre Mithridate 88 – 83 av. J.-C.

Lorsque le tribun Sulpicius Rufus, allié de Marius, fait voter le transfert du commandement contre Mithridate au profit de son patron, Sylla prend une décision sans précédent : il marche sur Rome avec ses légions. C’est la première fois dans l’histoire romaine qu’un général retourne son armée contre la Ville. Marius s’enfuit, Sylla reprend le pouvoir, puis part mener la guerre en Orient.

La campagne contre Mithridate VI (87-85 av. J.-C.) est brillante : Sylla s’empare d’Athènes, écrase les armées pontiques à Chéronée et à Orchomène, et impose au roi la paix de Dardanos (85 av. J.-C.) — perdant l’Asie mais sauvant l’essentiel. Pendant ce temps, à Rome, Marius et Cinna prennent le pouvoir et massacrent les partisans de Sylla. Lucius Cornelius n’en tient pas compte : il revient en Italie en 83 av. J.-C. avec ses légions aguerries.

05 La dictature — Réformes, proscriptions & abdication 82 – 79 av. J.-C.

Victorieux de la deuxième guerre civile en 82 av. J.-C., Sylla se fait nommer dictateur legibus scribundis et rei publicae constituendae — « pour l’écriture des lois et la réorganisation de la République » — avec une durée indéterminée, sans précédent dans les institutions romaines. Il met aussitôt en œuvre une série de réformes constitutionnelles ambitieuses : augmentation du Sénat (intégration de 300 chevaliers), restriction drastique des pouvoirs des tribuns de la plèbe, formalisation du cursus honorum, création de tribunaux permanents (quaestiones perpetuae).

Mais sa dictature est aussi celle de la terreur : les proscriptions — listes publiques d’ennemis de l’État pouvant être tués impunément, leurs biens confisqués — font des milliers de victimes parmi l’aristocratie marianiste et les riches équestres. Ces méthodes, justifiées par Sylla comme nécessité politique, laisseront une empreinte indélébile sur la mémoire romaine.

En 79 av. J.-C., dans une décision qui stupéfie ses contemporains, Sylla abdique volontairement sa dictature et se retire dans sa villa de Pouzzoles pour rédiger ses mémoires. Il meurt l’année suivante, en 78. Ses réformes s’effondreront rapidement sous les assauts de Pompée et d’autres, mais le précédent de la marche armée sur Rome restera, fatal, dans la mémoire politique romaine.

06 Lucius Æmilius Buca — Le monétaire de l’année fatidique 44 av. J.-C.

Lucius Æmilius Buca appartient à la prestigieuse gens Aemilia. Fils de Marcus Aemilius Scaurus, monétaire vers 58 av. J.-C. et proche de Sylla, il hérite d’une double légitimité : la tradition aristocratique sullénienne et le soutien de César. En 44 av. J.-C., il est nommé quattuorvir monétaire — une fonction élargie à quatre magistrats (au lieu de trois traditionnellement) par décision de César pour répondre aux besoins massifs en numéraire de ses projets militaires.

Buca est le seul des quatre magistrats monétaires de 44 à avoir frappé des monnaies avec une iconographie personnelle (le Songe de Sylla, RRC 480/1) avant de se plier entièrement à la propagande césarienne. Ses émissions permettent de suivre l’évolution des titres de César : CAESAR IMP M, puis CAESAR DICT PERPETVO — cette dernière légende ayant contribué à précipiter le complot des Ides de Mars. Après l’assassinat de César le 15 mars 44, la trace de Buca disparaît des archives.

07 Héritage — Le précédent fatal Ier s. av. J.-C. – Empire romain

La dictature de Sylla a marqué un tournant irréversible dans l’histoire de la République romaine. Bien qu’il ait cherché formellement à restaurer le pouvoir du Sénat et les structures traditionnelles, ses actions — l’utilisation de la force militaire dans la politique intérieure, la nature sans durée de sa dictature, les proscriptions systématiques — ont créé un précédent que ses successeurs n’hésiteront pas à invoquer et à dépasser.

César, Pompée, Antoine et Auguste liront tous dans l’exemple de Sylla les possibilités du pouvoir personnel à Rome. Ses réformes institutionnelles s’avèreront en grande partie insoutenables, mais ses méthodes — l’armée comme instrument de politique intérieure — deviendront la norme de l’ère des guerres civiles. Il reste dans l’historiographie une figure profondément ambivalente : restaurateur sincère des institutions pour certains, tyran impitoyable pour d’autres, précurseur involontaire de l’Empire pour tous.

✦ Fiches numismatiques liées

Gens Aemilia — Émissions de Lucius Æmilius Buca (44 av. J.-C.)

Contexte historique — Guerres civiles & dictature

📚Notes & Références
  • Plutarque, Vies parallèles, Vie de Sylla — Source principale sur le songe prophétique (ch. 9), la carrière de Sylla, sa dictature et son abdication.
  • Appien, Guerres civiles, I — Récit détaillé des guerres civiles entre Marius et Sylla, des proscriptions et de la dictature.
  • Tite-Live, Ab Urbe Condita (périochés) — Résumés des événements de la période sullénienne.
  • Cicéron, Pro Roscio Amerino ; De Officiis — Allusions aux proscriptions et à la violence du régime sullénien.
  • Velleius Paterculus, Histoire romaine, II — Jugements sur Sylla, dictateur et réformateur.
  • Suétone, Vie des douze Césars, César — Contexte de l’émission des monnaies de 44 av. J.-C. et des Ides de Mars.
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 480/1 (L. Æmilius Buca, Vénus / Songe de Sylla) ; RRC 480/4, 480/8 (César DICT PERPETVO).
  • Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine — Aemilia 12 ; biographie de L. Æmilius Buca et analyse du Songe de Sylla.
  • Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic — n° 1064 (L. Æmilius Buca, RRC 480/1).
  • Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres.
  • Keaveney, A., Sulla : The Last Republican, Routledge, 2005 — Biographie moderne de référence sur Sylla.
Article rédigé par Christopher Mérat
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