1645JU – Denier Brutus – Quintus Junius Brutus

1645JU – Denier Brutus – Quintus Junius Brutus Avers : Anépigraphe Tête laurée d’Apollon à droite. Revers : Q CAEPIO – BRVTVS – IMP (Quintus Cæpio Brutus Imperator, Quintus Caepio Brutus empereur) Trophée tenant deux boucliers. Prisonniers mâle et femelle de chaque coté. British Museum 3.86g INDICE DE RARETE : 10+ 1 10+ ATELIER : Grèce? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Servilia et Junia Références : RRC 503/1 – B.35 (Junia) – Syd.1293 Ce denier est une monnaie d’une importance historique capitale, frappée dans un contexte de guerre civile totale. Son symbolisme dépasse la simple propagande militaire pour s’inscrire dans la légitimation du pouvoir de Brutus en tant qu’ Imperator. Voici une analyse détaillée du symbolisme et du contexte historique de cette émission. 1. Le Contexte Historique : L’Errance et la Guerre (43-42 av. J.-C.) Après l’assassinat de Jules César aux Ides de Mars (44 av. J.-C.), Brutus et Cassius fuient Rome face à la montée en puissance de Marc Antoine et d’Octave. L’atelier itinérant : Cette monnaie n’a pas été frappée à Rome, mais par un atelier militaire mobile suivant Brutus dans l’Est (probablement en Lycie ou en Macédoine). Le financement de la cause : La production massive de ces deniers servait principalement à payer les légions républicaines avant l’affrontement final à la bataille de Philippes. Le titre d’Imperator : L’inscription BRVTVS IMP signale que Brutus a été acclamé Imperator par ses troupes, suite à ses victoires contre les tribus de Thrace (les Besses) et les cités lyciennes récalcitrantes. 2. Symbolisme de l’Avers : Apollo et la Libération La figure d’Apollon : Le choix de la tête laurée d’Apollon n’est pas anodin. Dans le monde grec et romain, Apollon est souvent associé à la prophétie, mais aussi à la protection des cités et à l’ordre contre le chaos. Référence locale : Le style artistique du portrait rappelle les monnayages lyciens de l’époque, ancrant la monnaie dans le territoire conquis par Brutus pour asseoir sa base de pouvoir. 3. Symbolisme du Revers : Le Trophée et les Captifs Le revers est un message de force brute destiné à démontrer la capacité de Brutus à protéger la République par les armes. Le Trophée (Tropaeum) : Composé d’une cuirasse, de deux lances et de deux boucliers (un ovale et un en « huit »), il symbolise une victoire militaire majeure. Le bouclier en forme de huit est typiquement associé à l’équipement des Thraces ou des peuples d’Asie Mineure. Les Captifs : Un homme et une femme sont assis au pied du trophée, la tête reposant sur leurs mains dans une pose classique de deuil (tristitia). Ce motif représente la soumission des provinces orientales. Le Paradoxe de Brutus : Alors que Brutus prétend restaurer la Libertas (Liberté), il utilise l’imagerie impérialiste traditionnelle (la soumission par la force) pour affirmer son autorité sur le monde romain. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon Q. Caepio Brutus Ce personnage célèbre était fils de M. Junius Brutus et de Servilia, soeur de Q. Servilius Caepio. Né dans l’automne de l’an 666 (8e av. J.-C.), il fut adopté par son oncle Q. Servilius Caepio, et c’est en raison de cette adoption qu’on voit figurer sur les monnaies de Brutus des souvenirs de la gens Servilia. Sur ses espèces, qu ‘il fit frapper, soit comme proconsul soit comme imperator, il prend simplement le nom de Brutus ou celui de Q. Caepio Brutus. En 705 (49 av. J.-C.), lorsqu’éclata la guerre civile entre César et Pompée, Brutus, bien que démocrate, se déclara pour le parti aristocratique; l’année suivante, il se distingua à Dyrrachium contre les troupes de César; après Pharsale il ne dut son salut qu’à la clémence du vainqueur. Réfugié à Larissa, il résolut de quitter le parti pompéien et il écrivit à César pour solliciter son pardon. Non seulement il l’obtint, mais dès l’an 708, il fut nommé gouverneur de la Gaule Cisalpine. Rentré à Rome l’année suivante, il répudia sa femme Claudia pour épouser Porcia, soeur de Caton. En 710 (44 av. J.-C.). Brutus était préteur urbain et César lui avait promis le gouvernement de la Macédoine ; il ne s’en joignit pas moins à C. Cassius pour conspirer contre la vie du dictateur qui tomba sous le poignard des assassins le 15 mars 710 (44 av. J.-C.). Le Sénat pardonna aux meurtriers, mais l’ attitude de Marc Antoine fit comprendre à Brutus que le futur triumvir se disposait à venger le dictateur. Brutus partit pour Athènes avec l ‘intention de prendre possession du gouvernement de la Macédoine dont il s ’empara grâce au secours en argent que lui fournit le questeur M. Appuleius. Maisle Sénat avait, dans l’intervalle, assigné la Macédoine à Marc Antoine qui y envoya son frère, C. Antonius, en qualité de préteur, mais avec les pouvoirs proconsulaires ; ce dernier tomba entre les mains de Brutus qui le fit mettre à mort. D’autre part, Octave, en août 711 (43 av. J.-C.), obtint du Sénat la condamnation des meurtriers de César. La guerre était devenue nécessaire : Brutus prit le titre d’ imperalor et fit, à Sardes, sa jonction avec Cassius. On se battit d’abord sur mer, et finalement, dans l’automne de 712 (42 av. J.-C.), à Philippes, où Brutus et Cassius furent vaincus. Brutus désespéré se perça de son poignard. Les emblèmes qui figurent sur les monnaies de Brutus rappellent que le tyrannicide se prétendait le restaurateur de la liberté du peuple romain. Tantôt son nom n’est suivi d’aucun titre ; tantôt il prend, comme C. Cassius, le titre de proconsul ; celles-ci ont été frappées en Macédoine par le proquesteur L. Sestius. Tantôt enfin, Brutus prend le titre d’imecrator ; ces dernières sont frappées par ses lieutenants en Orient, avant la bataille de Philippes : P. Cornélius Lentulus Spinther, C. Flavius Hemicillus, Pedanius Costa, L. Plaetorius Cestianus, M. Servilius, et C. Servilius Casca. Lieu de découverte (1 exemplaire)
1644JU – Quinaire Brutus – Lucius Sestius

1644JU – Quinaire Brutus – Lucius Sestius Avers : L SESTI / PRO Q (Lucius Sestius Proquaestor) Chaise de Questeur, un modius entre les pieds. Revers : Q. CAEPIO BRVTVS PRO COS (Quintus Caepio Brutus, Proconsul) Trépied entre le simpulum et l’apex. British Museum 1.72g INDICE DE RARETE : 9 1 10+ ATELIER : Thrace ou Macédoine? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Sestia et Junia Références : RRC 502/4 – B.39 (Junia) – Syd.1292 Le symbolisme et le contexte historique de ce quinaire sont essentiels pour comprendre la propagande de la fin de la République romaine. Comme souligné par des experts numismates, cette monnaie n’est pas qu’un simple moyen de paiement pour les troupes, mais un véritable manifeste politique. 1. Contexte Historique : La Guerre des Libérateurs (43-42 av. J.-C.) Ce quinaire est frappé par un atelier monétaire mobile qui suit Brutus en Orient (Grèce et Asie Mineure). Après l’assassinat de Jules César, Brutus et Cassius ont fui Rome et tentent de lever une armée pour affronter Octave et Marc Antoine. L’autorité : La monnaie est émise sous la responsabilité de Lucius Sestius, proquesteur de Brutus. Sestius était un fidèle parmi les fidèles, illustrant la cohésion du camp républicain. Légitimité : En se désignant comme PRO COS (Proconsul), Brutus affirme qu’il détient un commandement légal octroyé par le Sénat, par opposition aux triumvirs qu’il considère comme des usurpateurs. 2. Symbolisme de l’Avers : L’Administration et le Peuple L’avers présente des symboles civils et administratifs : La Sella Curulis (chaise curule) : C’est le symbole par excellence du pouvoir magistral romain. Elle rappelle que Brutus agit au nom de la loi et des institutions républicaines. Le Modius (boisseau à grain) : Ce symbole est lié à l’annone (le ravitaillement en blé). Il suggère que Brutus veille au bien-être du peuple et de ses soldats, un message crucial pour s’assurer de la loyauté des populations civiles en période de guerre civile. 3. Symbolisme du Revers : La Piété et la Tradition Le revers est purement religieux et traditionnel : Le Trépied : Attribut d’Apollon, il symbolise la prophétie mais aussi l’un des collèges sacerdotaux. Le Simpulum (louche rituelle) et l’Apex (bonnet de flamine) : Ces objets font partie de l’attirail des pontifes romains. Le message : En affichant ces instruments, Brutus souligne son appartenance au collège des Pontifes. C’est une manière de dire que les dieux sont de son côté. Dans le monde romain, la Pietas (le respect des dieux et des ancêtres) est la base de la légitimité politique. Contrairement à César qui se divinisait, Brutus se présente comme le protecteur des rites ancestraux de la République. En résumé Ce quinaire est une pièce de communication de crise. Il cherche à rassurer les troupes et les citoyens sur deux points : Légalité : Brutus est un magistrat légitime (Sella, Proconsul). Moralité : Brutus est un homme pieux respectant les traditions (Trépied, Apex, Simpulum). C’est une réponse directe à la propagande d’Octave, montrant que les « Libérateurs » ne sont pas des assassins en fuite, mais les derniers remparts de l’ordre républicain. Cette monnaie mentionne un personnage clé de l’état-major de Brutus : Lucius Sestius Quirinalis (orthographié L. SESTI sur la monnaie). Voici les informations essentielles sur ce magistrat monétaire et son rôle historique : 1. Son rôle auprès de Brutus Sur cette monnaie, Lucius Sestius porte le titre de PRO Q (Pro Quaestore). Fonction : En tant que pro-questeur, il était le responsable financier et logistique de Brutus durant sa campagne en Orient (43-42 av. J.-C.). Responsabilité monétaire : C’est lui qui supervisait l’atelier monétaire itinérant suivant l’armée. Il avait la lourde tâche de transformer le métal précieux (souvent issu de réquisitions en Asie Mineure) en pièces de monnaie pour payer les légions. 2. Un survivant politique Contrairement à son chef Brutus qui se suicida après la défaite de Philippes en 42 av. J.-C., Lucius Sestius a survécu aux guerres civiles : Amnistie : Il bénéficia de l’amnistie accordée par les membres du second triumvirat. Loyauté mémorielle : Il est resté célèbre pour sa fidélité à la mémoire de Brutus, conservant des statues du « Libérateur » chez lui, même après l’avènement d’Auguste. 3. Consul aux côtés d’Auguste Fait remarquable, son passé républicain ne l’empêcha pas d’atteindre le sommet de l’État sous l’Empire : Consul Suffect (23 av. J.-C.) : Auguste le choisit comme collègue au consulat lorsqu’il démissionna lui-même de cette fonction. Symbole de réconciliation : La nomination de Sestius (un ancien partisan de l’assassin de César) par Auguste était un geste politique fort. Cela prouvait que le nouveau régime (le Principat) pouvait intégrer les anciens républicains ralliés, renforçant l’image d’une « République restaurée ». 4. Liens culturels et archéologiques Horace : Le poète Horace lui a dédié l’une de ses célèbres odes (Ode I, 4, Solvitur acris hiems), ce qui témoigne de son appartenance à la haute société intellectuelle romaine. Production de briques et d’amphores : Des recherches archéologiques ont identifié des estampilles de briques et d’amphores au nom de L. SESTI. Il possédait d’importantes briqueteries et des domaines produisant du vin près de Cosa en Étrurie, faisant de lui l’un des hommes les plus riches de son temps. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon La famille Sestia, d’origine patricienne, remonte à une haute antiquité. Un de ses membres, P. Sestius Capitolinus Vaticanus, fut consul dès l’an 302 (452 av. J.-C.), avec T. Menenius Agrippa. On l’appelle quelquefois Sextius, et bien que, plus tard, on ait distingué les familles Sestia et Sexlia, elles paraissent sortir de la même souche et avoir porté primitivement le même nom. P. Sestius ou Sextius fut questeur en 691 (63 av. J.-C.) et aida Cicéron à démasquer la conspiration de Catilina. Tribun du peuple en 697 (57 av. J.-C.), préteur en 701 (53 av. J.-C.), il suivit la fortune du parti pompéien jusque dans le courant de l’année 706 (48 av. J.-C.), époque où il se rallia à César. Son fils, L. Sestius, le seul des Sestii qui ait inscrit son nom sur les médailles. servit en Macédoine dans l’armée de M.
1643JU – Quinaire Brutus – Lucius Sestius

1643JU – Quinaire Brutus – Lucius Sestius Avers : L SESTI / PRO Q (Lucius Sestius Proquaestor, L. Sestius pro questeur) Buste voilé et drapé de Libertas (la Liberté) à droite. Revers : Q. CAEPIO BRVTVS PRO COS (Quintus Caepio Brutus, Proconsul) Victoire avançant à droite avec branche de palmier et couronne. British Museum 1.8g INDICE DE RARETE : 10 1 10+ ATELIER : Thrace ou Macédoine? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Sestia et Junia Références : RRC 502/3 – B.38 (Junia) – Syd.1291 Ce quinaire est bien plus qu’une simple pièce de monnaie ; c’est un outil de propagande politique frappé dans un moment de basculement historique. 1. Le Contexte Historique : La « Cause des Libérateurs » Cette pièce a été frappée entre 43 et 42 av. J.-C., une période de guerre civile intense après l’assassinat de Jules César. L’autorité : Elle est émise par Lucius Sestius (Proquaestor) pour Marcus Junius Brutus (Proconsul). Le lieu : L’atelier était mobile, accompagnant l’armée républicaine en Thrace ou en Macédoine. L’enjeu : Brutus et Cassius préparaient leur ultime affrontement contre les héritiers de César (Marc Antoine et Octave) qui culminera à la bataille de Philippes. 2. Le Symbolisme de l’Avers : La tête de Libertas La figure de Libertas (la Liberté) est le pilier idéologique du camp de Brutus. Le voile et le drapé : Ils confèrent à la divinité une dignité religieuse et solennelle. Le message : En plaçant Libertas sur ses monnaies, Brutus justifie le meurtre de César non pas comme un crime, mais comme un acte sacré de libération. Il se présente comme le restaurateur de la « Libertas » républicaine face à la « Dominatio » (la tyrannie) du dictateur. Héritage familial : Brutus aimait rappeler qu’il descendait de Lucius Junius Brutus, celui qui avait chassé les rois de Rome en 509 av. J.-C. 3. Le Symbolisme du Revers : La Victoire (Victoria) La Victoire marchant avec une couronne et une palme est un symbole prophétique. La Couronne et la Palme : Ce sont les attributs classiques du triomphe. En les affichant, Brutus proclame sa certitude de vaincre les triumvirs. Lien avec la flotte : Certains chercheurs, cités par LesDioscures.com, suggèrent que ces types (Victoire sur un quinaire) pourraient spécifiquement commémorer des succès navals des Républicains ou exalter la fidélité des marins à la cause de la République. 4. L’importance de Lucius Sestius Le nom de L. SESTIUS apparaît sur l’avers. Fils de Publius Sestius (défendu par Cicéron), il était un ami proche de Brutus. Le saviez-vous ? Son attachement à Brutus était tel qu’il conserva ses portraits même après sa défaite. Malgré cela, sa valeur était telle qu’Auguste lui pardonna et le nomma consul en 23 av. J.-C., signe de la réconciliation progressive des élites romaines. Cette monnaie mentionne un personnage clé de l’état-major de Brutus : Lucius Sestius Quirinalis (orthographié L. SESTI sur la monnaie). Voici les informations essentielles sur ce magistrat monétaire et son rôle historique : 1. Son rôle auprès de Brutus Sur cette monnaie, Lucius Sestius porte le titre de PRO Q (Pro Quaestore). Fonction : En tant que pro-questeur, il était le responsable financier et logistique de Brutus durant sa campagne en Orient (43-42 av. J.-C.). Responsabilité monétaire : C’est lui qui supervisait l’atelier monétaire itinérant suivant l’armée. Il avait la lourde tâche de transformer le métal précieux (souvent issu de réquisitions en Asie Mineure) en pièces de monnaie pour payer les légions. 2. Un survivant politique Contrairement à son chef Brutus qui se suicida après la défaite de Philippes en 42 av. J.-C., Lucius Sestius a survécu aux guerres civiles : Amnistie : Il bénéficia de l’amnistie accordée par les membres du second triumvirat. Loyauté mémorielle : Il est resté célèbre pour sa fidélité à la mémoire de Brutus, conservant des statues du « Libérateur » chez lui, même après l’avènement d’Auguste. 3. Consul aux côtés d’Auguste Fait remarquable, son passé républicain ne l’empêcha pas d’atteindre le sommet de l’État sous l’Empire : Consul Suffect (23 av. J.-C.) : Auguste le choisit comme collègue au consulat lorsqu’il démissionna lui-même de cette fonction. Symbole de réconciliation : La nomination de Sestius (un ancien partisan de l’assassin de César) par Auguste était un geste politique fort. Cela prouvait que le nouveau régime (le Principat) pouvait intégrer les anciens républicains ralliés, renforçant l’image d’une « République restaurée ». 4. Liens culturels et archéologiques Horace : Le poète Horace lui a dédié l’une de ses célèbres odes (Ode I, 4, Solvitur acris hiems), ce qui témoigne de son appartenance à la haute société intellectuelle romaine. Production de briques et d’amphores : Des recherches archéologiques ont identifié des estampilles de briques et d’amphores au nom de L. SESTI. Il possédait d’importantes briqueteries et des domaines produisant du vin près de Cosa en Étrurie, faisant de lui l’un des hommes les plus riches de son temps. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon La famille Sestia, d’origine patricienne, remonte à une haute antiquité. Un de ses membres, P. Sestius Capitolinus Vaticanus, fut consul dès l’an 302 (452 av. J.-C.), avec T. Menenius Agrippa. On l’appelle quelquefois Sextius, et bien que, plus tard, on ait distingué les familles Sestia et Sexlia, elles paraissent sortir de la même souche et avoir porté primitivement le même nom. P. Sestius ou Sextius fut questeur en 691 (63 av. J.-C.) et aida Cicéron à démasquer la conspiration de Catilina. Tribun du peuple en 697 (57 av. J.-C.), préteur en 701 (53 av. J.-C.), il suivit la fortune du parti pompéien jusque dans le courant de l’année 706 (48 av. J.-C.), époque où il se rallia à César. Son fils, L. Sestius, le seul des Sestii qui ait inscrit son nom sur les médailles. servit en Macédoine dans l’armée de M. Brutus; c ‘est dans cette campagne qu’il frappa les monnaies qui le désignent sous le nom de proquaestor: son collègue fut C. Norbanus Flaccus. C’était après le meurtre de Jules César en 710 (44 av. J.-C.) et avant la bataille de Philippes en septembre 712 (42 av. J.-C.). Après la mort de M. Brutus,
1642JU – Denier Brutus – Lucius Sestius Quirinalis

1642JU – Denier Brutus – Lucius Sestius Quirinalis Avers : L SESTI / PRO Q (Lucius Sestius Pro Quaestori, Lucius Sestius pro questeur) Buste voilé et drapé de Libertas (la Liberté) à droite. Revers : Q CAEPIO BRVTVS PR. COS (Quintus Caepio Brutus proconsul) Trépied delphien entre une hache à sacrifice et un simpulum. British Museum 3.85g INDICE DE RARETE : 9 1 10+ ATELIER : Sud-ouest Asie mineure? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Sestia, Servilia et Junia Références : RRC 502/2 – B.37 (Junia) – Syd.1290 L’analyse du symbolisme et du contexte historique de cette monnaie (frappé en 43-42 av. J.-C.) révèle une stratégie de communication politique très précise de la part de Brutus, visant à transformer son image de « meurtrier » en celle de « sauveur » de l’État. 1. Le Contexte Historique : Une République en exil Cette monnaie est frappée alors que Brutus et Cassius, les « Libérateurs », se trouvent en Orient (Asie Mineure et Grèce). Ils ont pris le contrôle des provinces orientales pour lever les fonds et les légions nécessaires à l’affrontement final contre Octave et Marc Antoine. Une monnaie de guerre : L’émission d’aurei (en or) est exceptionnelle sous la République. Elle répond à une nécessité immédiate : payer les soldes des officiers et s’assurer la loyauté des troupes avant la bataille décisive de Philippes. Légitimité institutionnelle : Bien qu’il soit en exil, Brutus utilise son titre de PRO COS (Proconsul) et mentionne son questeur L. Sestius. Cela vise à démontrer que son commandement est légal et émane de l’autorité du Sénat, contrairement au Triumvirat qu’il considère comme une usurpation. 2. Symbolisme de l’Avers : La Libertas voilée L’avers présente la tête de Libertas (la Liberté), mais avec une particularité notable : elle est voilée. La piété et le deuil : Le voile suggère une dimension religieuse et solennelle. Cela peut interpréter la Liberté comme une divinité que l’on doit honorer avec gravité, ou symboliser le deuil de la République blessée par la dictature de César. Le message politique : Brutus réaffirme que le seul motif de son action est le rétablissement de la liberté républicaine. 3. Symbolisme du Revers : Le Trépied et les attributs religieux Le revers est dominé par un trépied delphien, flanqué d’une hache sacrificielle (securis) et d’un vase à libation (simpulum). Le patronage d’Apollon : Le trépied est le symbole par excellence d’Apollon. Ce dieu était le protecteur personnel de Brutus (le mot d’ordre à la bataille de Philippes était d’ailleurs « Apollon »). Brutus se place sous une protection divine solaire et civilisatrice contre ce qu’il présente comme la tyrannie. L’autorité religieuse : La hache et le vase sont les insignes du collège des Pontifes, dont Brutus faisait partie. En affichant ces instruments, il signifie que ses actes sont conformes au droit sacré et à la volonté des dieux. Il ne s’agit pas d’une rébellion, mais d’une mission de purification de l’État. Synthèse Cette monnaie est un chef-d’œuvre de propagande. Il cherche à équilibrer la force militaire (le titre de Proconsul) avec la vertu morale (Libertas) et la caution divine (Apollon/Pontificat). Cette monnaie mentionne un personnage clé de l’état-major de Brutus : Lucius Sestius Quirinalis (orthographié L. SESTI sur la monnaie). Voici les informations essentielles sur ce magistrat monétaire et son rôle historique : 1. Son rôle auprès de Brutus Sur cette monnaie, Lucius Sestius porte le titre de PRO Q (Pro Quaestore). Fonction : En tant que pro-questeur, il était le responsable financier et logistique de Brutus durant sa campagne en Orient (43-42 av. J.-C.). Responsabilité monétaire : C’est lui qui supervisait l’atelier monétaire itinérant suivant l’armée. Il avait la lourde tâche de transformer le métal précieux (souvent issu de réquisitions en Asie Mineure) en pièces de monnaie pour payer les légions. 2. Un survivant politique Contrairement à son chef Brutus qui se suicida après la défaite de Philippes en 42 av. J.-C., Lucius Sestius a survécu aux guerres civiles : Amnistie : Il bénéficia de l’amnistie accordée par les membres du second triumvirat. Loyauté mémorielle : Il est resté célèbre pour sa fidélité à la mémoire de Brutus, conservant des statues du « Libérateur » chez lui, même après l’avènement d’Auguste. 3. Consul aux côtés d’Auguste Fait remarquable, son passé républicain ne l’empêcha pas d’atteindre le sommet de l’État sous l’Empire : Consul Suffect (23 av. J.-C.) : Auguste le choisit comme collègue au consulat lorsqu’il démissionna lui-même de cette fonction. Symbole de réconciliation : La nomination de Sestius (un ancien partisan de l’assassin de César) par Auguste était un geste politique fort. Cela prouvait que le nouveau régime (le Principat) pouvait intégrer les anciens républicains ralliés, renforçant l’image d’une « République restaurée ». 4. Liens culturels et archéologiques Horace : Le poète Horace lui a dédié l’une de ses célèbres odes (Ode I, 4, Solvitur acris hiems), ce qui témoigne de son appartenance à la haute société intellectuelle romaine. Production de briques et d’amphores : Des recherches archéologiques ont identifié des estampilles de briques et d’amphores au nom de L. SESTI. Il possédait d’importantes briqueteries et des domaines produisant du vin près de Cosa en Étrurie, faisant de lui l’un des hommes les plus riches de son temps. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon La famille Sestia, d’origine patricienne, remonte à une haute antiquité. Un de ses membres, P. Sestius Capitolinus Vaticanus, fut consul dès l’an 302 (452 av. J.-C.), avec T. Menenius Agrippa. On l’appelle quelquefois Sextius, et bien que, plus tard, on ait distingué les familles Sestia et Sexlia, elles paraissent sortir de la même souche et avoir porté primitivement le même nom. P. Sestius ou Sextius fut questeur en 691 (63 av. J.-C.) et aida Cicéron à démasquer la conspiration de Catilina. Tribun du peuple en 697 (57 av. J.-C.), préteur en 701 (53 av. J.-C.), il suivit la fortune du parti pompéien jusque dans le courant de l’année 706 (48 av. J.-C.), époque où il se rallia à César. Son fils, L. Sestius, le seul des Sestii qui ait inscrit son nom sur les médailles. servit en Macédoine dans l’armée de M. Brutus; c ‘est dans cette campagne qu’il frappa les monnaies qui le désignent sous
1640JU – Denier Brutus – Quintus Caepio Brutus

1640JU – Denier Brutus – Quintus Caepio Brutus Avers : LEIBERTAS (Libertas, La Liberté) Tête de Libertas (la Liberté) à droite. Revers : Q CAEPIO BRVTVS PR. COS (Quintus Caepio Brutus proconsul) Trépied delphien entre une hache à sacrifice et un simpulum. British Museum 3.92g INDICE DE RARETE : 8 1 10+ ATELIER : Lycie? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Servilia et Junia Références : RRC 501/1 – B.34 (Junia) – Syd.1287 Ce denier est une monnaie chargée de symboles politiques et culturels, frappée dans un contexte de guerre civile totale. Voici une analyse détaillée de son symbolisme et du cadre historique de son émission. 1. Contexte Historique : La lutte pour la République (43-42 av. J.-C.) Après l’assassinat de Jules César aux Ides de Mars en 44 av. J.-C., Brutus et Cassius s’enfuient vers l’Orient. Ils y lèvent des armées et des fonds pour affronter les héritiers de César (Octave et Marc Antoine). Un atelier militaire itinérant : Cette monnaie n’est pas frappée à Rome, mais par un atelier monétaire suivant Brutus dans ses déplacements, probablement en Asie Mineure ou dans le nord de la Grèce (Macédoine). Le besoin de légitimité : Brutus doit payer ses légions, mais il veut aussi convaincre le monde romain que sa cause est juste. La monnaie devient alors son principal outil de propagande. 2. Analyse du Symbolisme L’Avers : Libertas (La Liberté) La tête de la déesse Libertas (avec la légende LEIBERTAS) est le symbole central de la cause des conjurés. Le message politique : Pour Brutus, l’assassinat de César n’était pas un crime, mais un acte de libération. En plaçant la Liberté sur ses pièces, il se présente comme le « Vindex Libertatis » (le vengeur de la liberté) contre la tyrannie. L’orthographe archaïque : L’utilisation de « LEIBERTAS » au lieu de « LIBERTAS » renvoie aux anciennes traditions de la République, soulignant le conservatisme idéologique de Brutus. Le Revers : La Lyre et l’Apollonisme Le revers montre une lyre entre un plectre et une branche de laurier. Ces attributs sont directement liés au dieu Apollon. Le cri de ralliement : Lors de la bataille de Philippes (42 av. J.-C.), le mot d’ordre donné par Brutus à ses troupes était « Apollon ». Le dieu était perçu comme le protecteur des arts, de la civilisation et de l’ordre face à ce que les Républicains considéraient comme la « barbarie » et l’arbitraire du Triumvirat. La Campagne Lycienne : Certains numismates suggèrent que la lyre fait référence à la Confédération Lycienne (en Turquie actuelle), que Brutus a soumise. Apollon était une divinité majeure dans cette région. La Légende : CAEPIO BRVTVS PRO COS Q. Caepio Brutus : Brutus avait été adopté par son oncle maternel, Quintus Servilius Caepio. Bien qu’il soit resté célèbre sous le nom de Marcus Junius Brutus, il utilise ici son nom officiel d’adoption. PRO COS (Proconsul) : Cette mention est cruciale. Elle affirme que Brutus exerce un commandement légal accordé par le Sénat, contrairement à ses adversaires qu’il considère comme des usurpateurs. 3. Synthèse idéologique Contrairement au célèbre denier EID MAR qui célèbre l’acte violent (les poignards), ce denier est plus subtil. Il cherche à ancrer l’action de Brutus dans la piété religieuse (Apollon), la légitimité institutionnelle (Proconsul) et les valeurs ancestrales de Rome (Libertas). Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon Q. Caepio Brutus Ce personnage célèbre était fils de M. Junius Brutus et de Servilia, soeur de Q. Servilius Caepio. Né dans l’automne de l’an 666 (8e av. J.-C.), il fut adopté par son oncle Q. Servilius Caepio, et c’est en raison de cette adoption qu’on voit figurer sur les monnaies de Brutus des souvenirs de la gens Servilia. Sur ses espèces, qu ‘il fit frapper, soit comme proconsul soit comme imperator, il prend simplement le nom de Brutus ou celui de Q. Caepio Brutus. En 705 (49 av. J.-C.), lorsqu’éclata la guerre civile entre César et Pompée, Brutus, bien que démocrate, se déclara pour le parti aristocratique; l’année suivante, il se distingua à Dyrrachium contre les troupes de César; après Pharsale il ne dut son salut qu’à la clémence du vainqueur. Réfugié à Larissa, il résolut de quitter le parti pompéien et il écrivit à César pour solliciter son pardon. Non seulement il l’obtint, mais dès l’an 708, il fut nommé gouverneur de la Gaule Cisalpine. Rentré à Rome l’année suivante, il répudia sa femme Claudia pour épouser Porcia, soeur de Caton. En 710 (44 av. J.-C.). Brutus était préteur urbain et César lui avait promis le gouvernement de la Macédoine ; il ne s’en joignit pas moins à C. Cassius pour conspirer contre la vie du dictateur qui tomba sous le poignard des assassins le 15 mars 710 (44 av. J.-C.). Le Sénat pardonna aux meurtriers, mais l’ attitude de Marc Antoine fit comprendre à Brutus que le futur triumvir se disposait à venger le dictateur. Brutus partit pour Athènes avec l ‘intention de prendre possession du gouvernement de la Macédoine dont il s ’empara grâce au secours en argent que lui fournit le questeur M. Appuleius. Maisle Sénat avait, dans l’intervalle, assigné la Macédoine à Marc Antoine qui y envoya son frère, C. Antonius, en qualité de préteur, mais avec les pouvoirs proconsulaires ; ce dernier tomba entre les mains de Brutus qui le fit mettre à mort. D’autre part, Octave, en août 711 (43 av. J.-C.), obtint du Sénat la condamnation des meurtriers de César. La guerre était devenue nécessaire : Brutus prit le titre d’ imperalor et fit, à Sardes, sa jonction avec Cassius. On se battit d’abord sur mer, et finalement, dans l’automne de 712 (42 av. J.-C.), à Philippes, où Brutus et Cassius furent vaincus. Brutus désespéré se perça de son poignard. Les emblèmes qui figurent sur les monnaies de Brutus rappellent que le tyrannicide se prétendait le restaurateur de la liberté du peuple romain. Tantôt son nom n’est suivi d’aucun titre ; tantôt il prend, comme C. Cassius, le titre de proconsul ; celles-ci ont été frappées
1639JU – Denier Brutus – Lentulus Spinther

1639JU – Denier Brutus – Lentulus Spinther Avers : BRVTVS Instruments pontificaux: hache, simpulum et couteau. Revers : LENTVLVS / SPINT (Lentulus Spinther) Capis et lituus. British Museum 3.63g INDICE DE RARETE : 10 1 10+ ATELIER : Smyrme? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Cornelia et Junia Références : RRC 500/7 – B.41 (Junia) – Syd.1310 Ce denier est un témoignage numismatique crucial de la fin de la République romaine. Son symbolisme et son contexte s’inscrivent dans une lutte de légitimité entre les « Libérateurs » (les meurtriers de César) et les héritiers de ce dernier. 1. Symbolisme : Une revendication de la « Pietas » Contrairement à Jules César qui, le premier, avait osé placer son propre portrait sur les monnaies, Brutus et Lentulus Spinther choisissent ici de mettre en avant des instruments religieux. L’Avers (Hache, Culullus, Couteau) : Ces objets sont liés au sacrifice rituel et au collège des Pontifes. En les affichant, Brutus ne se présente pas comme un rebelle, mais comme un garant de la Pax Deorum (la paix avec les dieux). Il affirme que son action (le tyrannicide) était un acte de purification religieuse et non un simple crime politique. Le Revers (Capis et Lituus) : La cruche et le bâton d’augure sont les attributs du collège des Augures, dont Lentulus Spinther faisait partie. Les augures étaient chargés d’interpréter la volonté de Jupiter avant toute action publique ou militaire. Le message global : L’association de ces symboles signifie que la cause républicaine est bénie par les dieux et respectueuse des traditions ancestrales (Mos Maiorum). C’est une réponse directe à l’accusation d’impiété portée par Marc Antoine et Octave contre les assassins de César. 2. Contexte Historique : Le financement d’une cause perdue L’émission de cette pièce se situe dans un moment de tension extrême (43-42 av. J.-C.) : Le ralliement de l’Orient : Après l’assassinat de César, Brutus et Cassius se sont enfuis vers l’Est. Ils ont pris le contrôle des provinces orientales (Asie, Syrie) pour lever des troupes et des fonds. Cette monnaie a été frappée à Smyrne (actuelle Izmir) alors que les deux chefs se réunissaient pour préparer leur campagne. Une monnaie de nécessité : L’usage de l’or (Aureus) est rare à cette époque. Il servait principalement à payer les soldes des légions et à s’assurer la loyauté des officiers supérieurs avant l’affrontement final. La quantité d’or frappée montre l’immense richesse extorquée aux cités grecques et asiatiques pour financer la guerre civile. L’autorité de Lentulus Spinther : Le nom de P. Cornelius Lentulus Spinther sur la pièce montre l’importance des alliances aristocratiques. En tant que légat, il apporte le prestige d’une grande famille romaine à la cause de Brutus, renforçant l’image d’un Sénat en exil luttant contre des « tyrans » en devenir. Le monétaire (ou magistrat responsable de l’émission) pour cette monnaie est Publius Cornelius Lentulus Spinther. Il est important de ne pas le confondre avec son père homonyme (consul en 57 av. J.-C.). Voici les détails clés sur ce personnage et son rôle au sein du mouvement des « Libérateurs » : Identité et Origine Famille : Membre de la prestigieuse gens Cornelia, il est le fils de P. Cornelius Lentulus Spinther. Son surnom « Spinther » lui vient de la ressemblance de son père avec un acteur de théâtre populaire de l’époque. Statut : Il occupait le rang de propréteur (magistrat avec pouvoir de commandement) au moment de la frappe. Rôle auprès de Cassius Lentulus Spinther était l’un des lieutenants les plus fidèles de Cassius. Après l’assassinat de César, il rejoint les républicains en Orient : Commandement militaire : Il a participé activement aux campagnes en Asie Mineure, notamment lors du siège de Rhodes aux côtés de Cassius et en Lycie avec Brutus. Responsabilité monétaire : En tant que propréteur, il avait l’autorité de frapper monnaie pour payer les légions. Le denier RRC 500/1 porte sa signature (LENTVLVS SPINT) au revers, agissant comme garant de la valeur de la pièce au nom des généraux républicains. Qualifications religieuses Le choix des symboles sur la monnaie n’est pas un hasard. Lentulus Spinther était membre du collège des augures. C’est pour cette raison qu’il fait figurer le lituus (bâton augural) et la cruche au revers. Ces emblèmes servaient à affirmer que les chefs républicains possédaient la légitimité religieuse et le droit de consulter les dieux, contrairement aux triumvirs (Antoine et Octave) qu’ils présentaient comme des usurpateurs. Son destin Après la défaite de Cassius et Brutus à la bataille de Philippes en 42 av. J.-C., les traces historiques de Lentulus Spinther deviennent floues. Bien que certaines sources suggèrent qu’il ait pu s’échapper, il disparaît de la scène politique romaine après le désastre, marquant la fin de sa lignée parmi les grands acteurs de la République finissante. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon P. Cornelius Lentulus Spinther. Propréteur en 711 et 712 (43 et 42 av. J.-C.). Ce personnage était fils de P. Cornelius Lentulus Spinther, consul en 697 (57 av. J.-C.) dont nous avons donné plus haut des monnaies. Il suivit la fortune de Pompée à l’exemple de son père; retiré à Alexandrie, il finit par obtenir son pardon de César et revint en Italie. Après le meurtre de César, il se lia avec M. Brutus et il fut envoyé en Asie comme proquesteur, tandis que C. Trebonius s’y rendait en qualité de proconsul. Un peu plus tard, il fut élevé à la dignité de propréteur, et quand Brutus et Cassius commencèrent la guerre, il les rejoignit et frappa monnaie sous leur autorité, en plaçant sur ses espèces l’effigie de la Liberté pour laquelle ils combattaient. Spinther se battit à Rhodes avec Cassius, et en Lycie avec Brutus. Il paraît avoir échappé au désastre de Philippes, en 712 (42 av. J.-C.), mais l’histoire cesse de le mentionner à partir de cette époque. Les monnaies de P. Lentulus Spinther ont été frappées en Orient en 711 et 712 (43 et 42 av. J.-C.). Lieux de découverte (4 exemplaires)
1411JU – Denier Brutus – Caius Servilius Ahala

1411JU – Denier Brutus – Caius Servilius Ahala Avers : BRVTVS Tête nue et barbue de Brutus l’ancien à droite. Revers : AHALA Tête nue et barbue d’Ahala à droite. Bibliothèque nationale de France 3.98g INDICE DE RARETE : 5 1 10+ ATELIER : Rome Datation : 54 avant J.C. Matière : Argent Gens : Junia et Servilia Références : RRC 433/2 – B.30 (Junia) – Syd.907 Le message véhiculé par ce denier est l’un des plus puissants et des plus explicites de toute la numismatique romaine. En frappant cette monnaie en 54 av. J.-C., Marcus Junius Brutus ne se contente pas d’honorer ses ancêtres ; il délivre un véritable manifeste politique. Voici les trois axes principaux de son message : 1. La légitimité par le sang (L’héritage) Brutus rappelle à l’élite romaine et au peuple qu’il est l’héritier des deux plus grands « libérateurs » de l’histoire de Rome : Côté paternel : Lucius Junius Brutus, qui a chassé le roi Tarquin le Superbe et fondé la République. Côté maternel : Caius Servilius Ahala, qui a tué le tyran potentiel Spurius Maelius. Le message : « La protection de la liberté coule dans mes veines. » 2. Un avertissement contre l’autocratie En 54 av. J.-C., le Premier Triumvirat (César, Pompée et Crassus) domine la vie politique, menaçant l’équilibre républicain. En affichant ces visages, Brutus envoie un avertissement clair aux dirigeants de l’époque : Rome est une République née de l’expulsion des rois, et elle restera ainsi. C’est une déclaration de résistance face à l’ambition personnelle. 3. La défense de la Libertas Contrairement à d’autres monnaies qui célébraient des victoires militaires, celle-ci célèbre un idéal civil. Le message est que le meurtre d’un tyran n’est pas un crime, mais un acte de piété envers la patrie. C’est une justification idéologique du « tyrannicide » qui prendra tout son sens dix ans plus tard, lors de l’assassinat de Jules César. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon Q. Caepio Brutus. Ce personnage célèbre était fils de M. Junius Brutus et de Servilia, soeur de Q. Servilius Caepio. Né dans l’automne de l’an 666 (88 av. J.-C.), il fut adopté par son oncle Q. Servilius Caepio, et c’est en raison de cette adoption qu’on voit figurer sur les monnaies de Brutus des souvenirs de la gens Servilia. Sur ses espèces, qu ‘il fit frapper, soit comme proconsul soit comme imperator, il prend simplement le nom de Brutus ou celui de Q. Caepio Brutus.En 705 (49 av. J.-C.), lorsqu’éclata la guerre civile entre César et Pompée, Brutus, bien que démocrate, se déclara pour le parti aristocratique; l’année suivante, il se distingua à Dyrrachium contre les troupes de César ; après Pharsale il ne dut son salut qu’à la clémence du vainqueur. Réfugié à Larissa, il résolut de quitter le parti pompéien et il écrivit à César pour solliciter son pardon. Non seulement il l’obtint, mais dès l’an 708, il fut nommé gouverneur de la Gaule Cisalpine. Rentré à Rome l’année suivante, il répudia sa femme Claudia pour épouser Porcia, soeur de Caton. En 710 (44 av. J.-C). Brutus était préteur urbain et César lui avait promis le gouvernement de la Macédoine ; il ne s’en joignit pas moins à C. Cassius pour conspirer contre la vie du dictateur qui tomba sous le poignard des assassins le 15 mars 710 (44 av. J.-C.).Le Sénat pardonna aux meurtriers, mais l’ attitude de Marc Antoine fit comprendre à Brutus que le futur triumvir se disposait à venger le dictateur. Brutus partit pour Athènes avec l ‘intention de prendre possession du gouvernement de la Macédoine dont il s ’empara grâce au secours en argent que lui fournit le questeur M. Appuleius. Mais le Sénat avait, dans l’intervalle, assigné la Macédoine à Marc Antoine qui y envoya son frère, C. Antonius, en qualité de préteur, mais avec les pouvoirs proconsulaires ; ce dernier tomba entre les mains de Brutus qui le fit mettre à mort. D’autre part, Octave, en août 711 (43 av. J.-C.), obtint du Sénat la condamnation des meurtriers de César. La guerre était devenue nécessaire : Brutus prit le titre d’ imperator et fit, à Sardes, sa jonction avec Cassius. On se battit d’abord sur mer, et finalement, dans l’automne de 712 (42 av. J.-C.), à Philippes, où Brutus et Cassius furent vaincus. Brutus désespéré se perça de son poignard.Les emblèmes qui figurent sur les monnaies de Brutus rappellent que le tyrannicide se prétendait le restaurateur de la liberté du peuple romain. Tantôt son nom n’est suivi d’aucun titre ; tantôt il prend, comme C. Cassius, le titre de proconsul ; celles-ci ont été frappées en Macédoine par le proquesteur L. Sestius. Tantôt enfin, Brutus prend le titre d’imperator ; ces dernières sont frappées par ses lieutenants en Orient, avant la bataille de Philippes : P. Cornélius Lentulus Spinther, C. Flavius Hemicillus, Pedanius Costa, L. Plaetorius Cestianus, M. Servilius, et C. Servilius Casca. Lieux de découverte (143 exemplaires)
1410JU – Denier Brutus – Quintus Caepio Brutus

1410JU – Denier Brutus – Quintus Caepio Brutus Avers: LIBERTAS Tête de Libertas (la Liberté) à droite avec collier et boucle d’oreille; le front orné d’un bijou. Revers : BRVTVS Le consul Lucius Junius Brutus l’Ancien marchant à gauche entre deux licteurs, précédé de l’accensus; la hache du dernier licteur est pointée vers le bas. British Museum 4.11g INDICE DE RARETE : 5 1 10+ ATELIER : Rome Datation : 54 avant J.C. Matière : Argent Gens : Junia et Servilia Références : RRC 433/1 – B.31 et 32 (Junia) – Syd.906 Le message politique et idéologique porté par ce denier est l’un des plus explicites et des plus puissants de l’histoire numismatique romaine. En 54 av. J.-C., Marcus Junius Brutus ne se contente pas de frapper monnaie ; il publie un véritable manifeste républicain. 1. La revendication d’un héritage tyrannicide Le message principal est celui de la généalogie politique. En faisant figurer son ancêtre, Lucius Junius Brutus (le premier consul de Rome en 509 av. J.-C.), Brutus rappelle au peuple que le sang qui coule dans ses veines est celui de l’homme qui a expulsé le dernier roi de Rome, Tarquin le Superbe. Le message caché : « Ma famille a fondé la République en détruisant la monarchie ; je suis le gardien naturel de cette tradition. » 2. L’exaltation de la Libertas Le choix de la personnification de Libertas (la Liberté) sur l’avers n’est pas anodin. À cette époque, le climat politique à Rome est étouffant : le Premier Triumvirat (César, Pompée, Crassus) monopolise le pouvoir. Le message caché : La liberté n’est pas un concept abstrait, c’est l’essence même de Rome que les puissants actuels menacent. Brutus se positionne comme le champion de cette liberté face aux ambitions personnelles. 3. La légitimité par les institutions (Imperium) Le revers montre le consul entouré de ses licteurs et de son accensus. Cette mise en scène insiste sur l’ordre légal et républicain. Le message caché : Le pouvoir légitime est celui qui est encadré par la loi et les magistratures élues, symbolisées par les faisceaux des licteurs. C’est une critique directe contre ceux qui tentent d’exercer un pouvoir hors des structures traditionnelles (pouvoirs extraordinaires, armées privées). Une ironie historique tragique Le message de cette monnaie est presque prophétique. Dix ans plus tard, en 44 av. J.-C., Brutus passera de la propagande à l’acte en assassinant Jules César. On retrouve sur ce denier de 54 av. J.-C. toute la structure mentale qui le poussera au meurtre : Le culte des ancêtres. L’horreur de la royauté. Le devoir sacré de protéger la Libertas. Variante avec la légende LIBRETAS au revers. Bibliothèque nationale de France Bibliothèque nationale de France Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon Q. Caepio Brutus. Ce personnage célèbre était fils de M. Junius Brutus et de Servilia, soeur de Q. Servilius Caepio. Né dans l’automne de l’an 666 (88 av. J.-C.), il fut adopté par son oncle Q. Servilius Caepio, et c’est en raison de cette adoption qu’on voit figurer sur les monnaies de Brutus des souvenirs de la gens Servilia. Sur ses espèces, qu ‘il fit frapper, soit comme proconsul soit comme imperator, il prend simplement le nom de Brutus ou celui de Q. Caepio Brutus.En 705 (49 av. J.-C.), lorsqu’éclata la guerre civile entre César et Pompée, Brutus, bien que démocrate, se déclara pour le parti aristocratique; l’année suivante, il se distingua à Dyrrachium contre les troupes de César ; après Pharsale il ne dut son salut qu’à la clémence du vainqueur. Réfugié à Larissa, il résolut de quitter le parti pompéien et il écrivit à César pour solliciter son pardon. Non seulement il l’obtint, mais dès l’an 708, il fut nommé gouverneur de la Gaule Cisalpine. Rentré à Rome l’année suivante, il répudia sa femme Claudia pour épouser Porcia, soeur de Caton. En 710 (44 av. J.-C). Brutus était préteur urbain et César lui avait promis le gouvernement de la Macédoine ; il ne s’en joignit pas moins à C. Cassius pour conspirer contre la vie du dictateur qui tomba sous le poignard des assassins le 15 mars 710 (44 av. J.-C.).Le Sénat pardonna aux meurtriers, mais l’ attitude de Marc Antoine fit comprendre à Brutus que le futur triumvir se disposait à venger le dictateur. Brutus partit pour Athènes avec l ‘intention de prendre possession du gouvernement de la Macédoine dont il s ’empara grâce au secours en argent que lui fournit le questeur M. Appuleius. Mais le Sénat avait, dans l’intervalle, assigné la Macédoine à Marc Antoine qui y envoya son frère, C. Antonius, en qualité de préteur, mais avec les pouvoirs proconsulaires ; ce dernier tomba entre les mains de Brutus qui le fit mettre à mort. D’autre part, Octave, en août 711 (43 av. J.-C.), obtint du Sénat la condamnation des meurtriers de César. La guerre était devenue nécessaire : Brutus prit le titre d’ imperator et fit, à Sardes, sa jonction avec Cassius. On se battit d’abord sur mer, et finalement, dans l’automne de 712 (42 av. J.-C.), à Philippes, où Brutus et Cassius furent vaincus. Brutus désespéré se perça de son poignard.Les emblèmes qui figurent sur les monnaies de Brutus rappellent que le tyrannicide se prétendait le restaurateur de la liberté du peuple romain. Tantôt son nom n’est suivi d’aucun titre ; tantôt il prend, comme C. Cassius, le titre de proconsul ; celles-ci ont été frappées en Macédoine par le proquesteur L. Sestius. Tantôt enfin, Brutus prend le titre d’imperator ; ces dernières sont frappées par ses lieutenants en Orient, avant la bataille de Philippes : P. Cornélius Lentulus Spinther, C. Flavius Hemicillus, Pedanius Costa, L. Plaetorius Cestianus, M. Servilius, et C. Servilius Casca. Lieux de découverte (175 exemplaires)