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Diane Nemorensis

La Dame Noire du Lac de Nemi · Divinité latine archaïque · Iconographie numismatique · République romaine

NatureDivinité · Diana Trivia
OrigineLatine archaïque
AttributsBosquet sacré · Torches · Arc
CulteLac de Nemi · Aricie · Ligue latine
MonnaiesRRC 486/1 · P. Accoleius Lariscolus

Au cœur des monts Albains, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Rome, s'étend le lac de Nemi, que l'on surnomme le « Miroir de Diane » (Speculum Dianae). Sur sa rive nord, dans le bois sacré d'Aricie, était honorée Diane Nemorensis, la « Diane du bois » (nemus). Bien avant d'être assimilée à l'Artémis grecque, cette divinité latine régnait sur la forêt, la lumière nocturne et la naissance.

Son sanctuaire n'était pas un simple lieu de dévotion : la dédicace du bois sacré, recopiée par Caton, fait de Nemi un sanctuaire commun des cités latines. Son culte comportait aussi une règle unique dans le monde romain — celle du Rex Nemorensis, prêtre qui ne succédait à son prédécesseur qu'en le tuant — rendue célèbre par Sir James Frazer dans Le Rameau d'or.

J.M.W. Turner — Lake Nemi, vers 1827–1828
J.M.W. Turner — Lake Nemi, vers 1827–1828 · Huile sur toile, étude inachevée · Tate, Londres (N03027) · Wikimedia Commons

Regna tenent fortes manibus pedibusque fugaces, et perit exemplo postmodo quisque suo.

« Là règnent ceux qui ont la main forte et le pied rapide, et chacun périt ensuite selon l'exemple qu'il a lui-même donné. »

— Ovide, Fastes, III, 271-272
✦ Le Sanctuaire de Nemi
01 Le Nemus Dianae — un sanctuaire des Latins VIe s. av. J.-C. – époque impériale

Caton, cité par le grammairien Priscien, a conservé la dédicace du bois sacré : Lucum Dianium in nemore Aricino fut consacré par Egerius Baebius de Tusculum, « dictateur latin », au nom de plusieurs peuples — Tusculum, Aricie, Lanuvium, Laurentum, Cora, Tibur, Pometia et Ardée. Ce texte, que l'on date généralement de la fin du VIe siècle av. J.-C., fait du bois de Nemi un sanctuaire fédéral des cités latines, antérieur à l'hégémonie de Rome. La légende attribuait la fondation du culte à Oreste, qui aurait apporté en Italie la statue de la Diane taurique (Servius, Ad Aen., VI, 136).

Le sanctuaire fut monumentalisé vers 300 av. J.-C. ; Vitruve range son temple parmi les édifices de type toscan (IV, 8, 4). Les ex-votos, dont aucun n'est antérieur au IVe siècle, montrent une déesse chasseresse, mais aussi protectrice des femmes, de la fécondité et des accouchements. Sa fête, les Nemoralia, tombait aux ides d'août (13 août) : Ovide décrit les femmes venues de Rome, couronnées, portant des torches allumées jusqu'au bois sacré (Fastes, III, 269-270).

Le lieu attira aussi les grands de Rome. César y fit bâtir une villa, qu'il fit raser avant même de l'habiter parce qu'elle ne le satisfaisait pas (Suétone, César, 46). Caligula fit construire sur le lac deux immenses navires, retrouvés lors de l'assèchement partiel du lac (1928-1932) puis détruits par un incendie en 1944 ; leur fonction exacte — palais flottants ou usage cultuel — reste discutée.

Le lac de Nemi — Monts Albains, Latium
Le lac de Nemi (Lago di Nemi) · Monts Albains, Latium · Lac de cratère surnommé Speculum Dianae · Wikimedia Commons
✦ Le Rex Nemorensis
02 Le Roi du Bois — un sacerdoce de sang Rituel latin archaïque

L'aspect le plus singulier du culte est la règle de succession de son prêtre, le Rex Nemorensis. Strabon (V, 3, 12), Ovide (Fastes, III, 271-272) et Servius (Ad Aen., VI, 136) en donnent l'essentiel : la charge revenait à un esclave fugitif qui avait tué le prêtre en titre.

Selon Servius, le prétendant devait d'abord arracher un rameau à un arbre sacré du bois, que nul autre n'avait le droit de toucher ; il pouvait alors défier le prêtre en combat singulier. Vainqueur, il régnait à son tour — jusqu'à ce qu'un autre fugitif vienne le tuer. Strabon décrit ce prêtre toujours armé, guettant l'attaque.

La coutume subsistait sous l'Empire : Suétone rapporte que Caligula, trouvant que le roi de Nemi détenait sa charge depuis trop longtemps, lui suscita un adversaire plus vigoureux (Caligula, 35). Frazer fit de ce rite le point de départ du Rameau d'or (1890), où il voyait l'image d'un roi sacré mis à mort pour que se renouvelle sa force ; cette théorie générale, très influente, est aujourd'hui largement abandonnée par les historiens des religions.

✦ Attributs iconographiques
03 Diana Trivia — la déesse à trois formes Monnaies · Textes

Les poètes nomment volontiers Diane Trivia, « déesse des carrefours » (Virgile, Catulle), et Horace s'adresse à la gardienne des monts et des bois comme à la diva triformis, la « déesse aux trois formes » (Odes, III, 22). Le revers du denier de P. Accoleius Lariscolus donne une image concrète de cette triplicité : trois figures de face, reliées par une traverse sur laquelle se dressent des arbres.

🌙 Lune Diane est aussi la lumière de la nuit, assimilée à Séléné / Luna. Ses fidèles venaient la nuit, torches à la main.
🏹 Chasseresse Maîtresse des bêtes et des bois. Les ex-votos de Nemi la montrent en chasseresse, mais aussi en protectrice des naissances.
🔥 Hécate Déesse des carrefours, de la nuit et des enfers, porteuse de torches. Elle forme avec Diane et Séléné la triade reconnue au revers du denier.
🌿 Le rameau Le rameau que le prétendant devait arracher (Servius). Frazer le rapprocha du rameau d'or qu'Énée cueille pour descendre aux Enfers (Énéide, VI).
🌲 Les arbres Cinq arbres, généralement décrits comme des cyprès, se dressent sur la traverse du revers : l'évocation du bois sacré.
🌸 Pavot · Lys Sur le denier, la figure de gauche tient un pavot, celle de droite un lys ; la figure centrale pose les mains sur ses compagnes.

L'idée d'une déesse aux trois aspects n'est pas propre au Latium : le monde grec connaissait déjà une Hécate triforme et des rapprochements entre Artémis, Séléné et Hécate. L'originalité de Nemi est d'avoir donné à cette triplicité la forme d'une statue de culte, dont le denier de 43 av. J.-C. montre qu'elle se dressait encore dans le bois sacré à la fin de la République.

✦ Représentation numismatique
⚡ Une représentation unique — Denier Accoleia · RRC 486/1
Denier Accoleia — P. Accoleius Lariscolus — RRC 486/1 RRC 486/1 · 43 av. J.-C.
Denier Accoleia

Le denier de P. Accoleius Lariscolus, frappé à Rome en 43 av. J.-C., est la seule émission républicaine à représenter la triple statue cultuelle de Diane Nemorensis. C'est à partir de ce type que l'historien Andreas Alföldi a reconstitué, en 1960, l'image de culte du sanctuaire.

Le monnayage fut important : Crawford estime à 84 le nombre de coins de droit et à 93 celui des coins de revers, pour deux variétés — avec ou sans mèche de cheveux tombant sur le cou de la déesse.

Fiche complète : 1557AC — Denier Accoleia.

04 Denier Accoleia · RRC 486/1 · Publius Accoleius Lariscolus 43 av. J.-C.
🌙 Buste de Diane Nemorensis au droit · Triple statue cultuelle au revers
🏛 Légendes & description
Droit P · ACCOLEIVS · LARISCOLVS Buste drapé de Diane Nemorensis à droite, parfois avec une mèche de cheveux tombant sur le cou. Grènetis.
Revers Anépigraphe Triple statue cultuelle de Diane Nemorensis (Diane, Hécate et Séléné) de face ; les figures soutiennent une poutre sur laquelle se dressent cinq arbres (cyprès). La figure de gauche tient un pavot, celle de droite un lys. Grènetis.

Références : RRC 486/1 · Babelon, Accoleia 1 · Sydenham 1148. Atelier de Rome. Argent.

L'identification des figures a varié. Les numismates du XIXe siècle, Borghesi et Babelon, reconnaissaient au droit Acca Larentia, par un jeu sur le nom d'Accoleius, et au revers les nymphes Querquetulanae, gardiennes d'une chênaie sacrée (Festus). Depuis l'étude d'Alföldi (1960), reprise par Crawford, on y voit la triple Diane Nemorensis — Diane, Hécate et Séléné — et, au droit, la déesse elle-même. Le nom d'Acca Larentia figure encore dans certaines descriptions de catalogues.

On a parfois proposé de lire dans les arbres du revers une allusion au cognomen du monétaire, Lariscolus, rapproché de larix (le mélèze). Ce jeu de mots, séduisant, reste une hypothèse : les catalogues décrivent ces arbres comme des cyprès.

✦ Le monétaire et son contexte
05 P. Accoleius Lariscolus — Aricie, Octave et 43 av. J.-C. 43 av. J.-C. · Guerre civile · Second triumvirat

On ne connaît guère Publius Accoleius Lariscolus que par ses monnaies : il est le seul membre de la gens Accoleia à avoir signé un monnayage. Alföldi a rattaché ce choix iconographique à une famille originaire d'Aricie, la cité dont dépendait le sanctuaire de Nemi.

L'année 43 av. J.-C. est celle de la guerre de Modène, du premier consulat d'Octave (août) et de la formation du second triumvirat, suivie des proscriptions. Frapper monnaie dans ce climat n'avait rien d'anodin.

Un rapprochement a été proposé par les modernes : la famille maternelle d'Octave était elle aussi liée à Aricie — Cicéron raille d'ailleurs l'origine aricine de sa mère Atia (Philippiques, III, 15-16) —, et Atia mourut pendant le premier consulat de son fils (Suétone, Auguste, 61). Honorer la grande déesse d'Aricie cette année-là pouvait donc constituer un geste envers Octave. Rien ne permet toutefois de dater l'émission par rapport à la mort d'Atia, et l'hypothèse reste à ce titre fragile.

✦ Fiches numismatiques liées

Diane Nemorensis — émission républicaine

Voir aussi sur LesDioscures

📚Notes & Références
  • Caton, Origines, fr. 58 Peter (transmis par Priscien) — dédicace du bois sacré par Egerius Baebius de Tusculum, dictateur latin.
  • Strabon, Géographie, V, 3, 12 — le sanctuaire d'Aricie et son prêtre, esclave fugitif meurtrier de son prédécesseur.
  • Ovide, Fastes, III, 263-272 — le bois d'Aricie, les torches des femmes, la royauté des fugitifs.
  • Servius, Commentaire à l'Énéide, VI, 136 — Oreste fondateur, l'arbre sacré et le rameau du prétendant.
  • Suétone, Caligula, 35 — Caligula suscite un rival au Rex Nemorensis ; César, 46 — la villa de Nemi ; Auguste, 61 — mort d'Atia.
  • Cicéron, Philippiques, III, 15-16 — l'origine aricine de la mère d'Octave.
  • Horace, Odes, III, 22 — Diane diva triformis.
  • Vitruve, De l'architecture, IV, 8, 4 — le temple de Nemi.
  • Festus, De verborum significatu — les Querquetulanae, nymphes d'une chênaie.
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 486/1.
  • Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885-1886 — Accoleia 1.
  • Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic, Londres, 1952 — n° 1148.
  • Alföldi, A., « Diana Nemorensis », American Journal of Archaeology, 64, 1960, p. 137-144.
  • D'Angelo, G. et Martín Esquivel, A., « P. Accoleius Lariscolus (RRC 486/1) », Annali dell'Istituto Italiano di Numismatica, 58, 2012, p. 139-160.
  • Green, C.M.C., Roman Religion and the Cult of Diana at Aricia, Cambridge University Press, 2007.
  • Frazer, J.G., Le Rameau d'or, 1890 (trad. fr., Robert Laffont, coll. Bouquins).
Article rédigé par Christopher Mérat
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