Caducée
Attribut d’Hermès · Bâton de Mercure · Symbole de paix & de commerce · Numismatique romaine
Le caducée est l’un des symboles les plus reconnaissables au monde, souvent associé à la médecine et aux professions de santé. Cependant, son histoire et sa signification sont bien plus complexes et remontent à l’Antiquité, bien avant son adoption — parfois par erreur — par le monde médical. C’est avant tout l’attribut d’Hermès (Mercure chez les Romains) : un bâton d’olivier à trois branches, dont l’une sert de poignée tandis que les deux autres se rejoignent à l’extrémité, orné de deux serpents entrelacés et surmonté d’une paire d’ailes.
Symbole de prospérité et de paix, le caducée apparaît dès les toutes premières émissions monétaires de Rome, sur l’aes signatum anonyme vers 280 av. J.-C., et traverse toute la République jusqu’aux guerres civiles du Ier siècle, où il devient l’emblème de la réconciliation entre triumvirs.
« Sur les médailles de la fin de la République, au milieu des guerres civiles, le caducée — symbole de la paix — est souvent représenté tenu par deux mains jointes. »
— Ernest Babelon, Description des Monnaies de la République Romaine
Dans la mythologie grecque, le caducée est l’attribut du dieu Hermès — Mercure chez les Romains —, messager des dieux, dieu du commerce, des voyageurs, des voleurs, de l’éloquence et de la diplomatie. Il est représenté comme un bâton orné de deux serpents entrelacés, souvent surmonté d’une paire d’ailes.
Deux récits fondateurs expliquent son origine :
- Échange avec Apollon : Hermès aurait reçu ce bâton d’Apollon en échange de la lyre qu’il avait inventée — accord symbolisant la diplomatie et le commerce équitable.
- Les deux serpents réconciliés : Hermès aurait séparé deux serpents qui se battaient en jetant son bâton entre eux, et ils se seraient enroulés autour. Les ailes symbolisent sa rapidité en tant que messager divin.
La stèle gallo-romaine du Musée Carnavalet (découverte à l’Hôtel-Dieu de Paris en 1867) illustre parfaitement la persistance du culte de Mercure dans les provinces romaines : le dieu y est représenté tenant son grand caducée de la main droite et une bourse de la gauche — les deux attributs iconographiques essentiels du dieu messager. Elle témoigne de la diffusion de ce culte bien au-delà des frontières de l’Italie.
La confusion entre les deux symboles est apparue relativement récemment, principalement aux XIXe et XXe siècles, notamment aux États-Unis. Le caducée d’Hermès, avec ses connotations commerciales, a été adopté par inadvertance par certaines organisations médicales, dont le service de santé de l’armée américaine. En France et dans de nombreux pays européens, le caducée des pharmaciens associe le bâton d’Hermès à la coupe d’Hygie, illustrant cette persistance malgré la distinction avec le bâton d’Asclépios.
Outre son association avec Hermès, le caducée porte de nombreuses significations symboliques superposées qui expliquent sa présence récurrente sur les monnaies romaines, en particulier dans les périodes de tension politique :
La présence du caducée sur les monnaies romaines s’étend sur plus de deux siècles et demi, depuis les premières pièces de bronze coulé jusqu’aux émissions de la fin de la République. Voici un panorama des représentations les plus remarquables :
RRC 11/1 · ~280 av. J.-C.
Aes Signatum Anonyme
Caducée enrubanné au revers / Trident à l’avers — première occurrence du caducée dans la numismatique romaine.
→ Voir la fiche
RRC 362/1 · 82 av. J.-C.
Denier Serratus Mamilia
Buste de Mercure au pétase ailé avec caducée derrière. Revers : Ulysse reconnu par son chien Argos — lien dynastique avec Mercure.
→ Voir la fiche
RRC 480/27 · 44 av. J.-C.
Sesterce Sepullia
Avers : Mercure au pétase tenant le caducée sur l’épaule. Revers : caducée ailé seul — l’une des compositions les plus épurées du motif.
→ Voir la fiche
RRC 529/3 · 39 av. J.-C.
Denier Octave & Marc Antoine
Caducée ailé sous la légende CAESAR IMP — symbole de la paix fragile après le traité de Misène. L’une des utilisations politiques les plus chargées du motif.
→ Voir la fiche
British Museum · 3,93 g
L’émission RRC 529/3 est frappée en Gaule en 39 av. J.-C., alors que les triumvirs viennent de signer le traité de Misène avec Sextus Pompée pour lever le blocus de Rome. Le portrait de Marc Antoine à l’avers affirme son statut d’Imperator ; le caducée ailé au revers — associé au nom de César (Octave) — est un message politique fort :
- Attribut de Mercure : il représente le commerce, la prospérité retrouvée et la diplomatie.
- La Pax Romana : après des années de proscriptions et de famines, le caducée annonce la fin des hostilités et le retour de l’abondance.
- Lien entre les chefs : associer le nom de César au caducée sur la même pièce que le portrait d’Antoine illustre visuellement leur collaboration pour le bien de la République.
Selon Babelon, ces monnaies — frappées lorsqu’Antoine et Octave ne prennent pas encore la qualification de triumvirs mais seulement le titre d’imperator — doivent être datées de la période où Marc Antoine, retiré en Gaule, se réconcilia avec Octave grâce à l’intervention de Lépide.
BnF · 1680 g · ~280 av. J.-C.
Le caducée enrubanné figure sur l’une des toutes premières émissions monétaires de Rome : l’aes signatum anonyme RRC 11/1, coulé entre 280 et 250 av. J.-C. Dans ce format imposant — 1 680 grammes de bronze —, le caducée est représenté au revers face au trident du dieu Neptune à l’avers.
L’interprétation de cette association reste sujette à débat : elle pourrait symboliser à la fois la puissance maritime (trident de Neptune) et la vocation commerciale et diplomatique (caducée de Mercure) d’une Rome en pleine expansion vers la Méditerranée. Sa présence sur cette pièce archaïque souligne à quel point le caducée était déjà, dès l’origine, un symbole fondateur de l’idéologie économique romaine.
Bien que le bâton d’Asclépios soit le symbole correct et historiquement précis de la médecine, le caducée d’Hermès continue d’être largement utilisé — en particulier dans le monde anglophone — pour représenter les professions médicales et de santé. On le retrouve sur les ambulances, les insignes d’organisations médicales et de nombreuses représentations graphiques.
En France, le caducée des pharmaciens est une adaptation qui associe le bâton d’Hermès à la coupe d’Hygie, déesse de la santé, autour de laquelle s’enroule un serpent. Cette hybridation illustre la persistance de l’influence d’Hermès-Mercure dans certains secteurs liés à la santé, malgré la distinction avec le bâton d’Asclépios.
En somme, le caducée est un symbole riche d’histoire et de significations multiples. Sa popularité et sa large diffusion témoignent de la fascination humaine pour les emblèmes porteurs de sens, même lorsque leur interprétation évolue — ou se brouille — au fil du temps.
Monnaies portant le caducée — du plus ancien au plus récent
- Homère, Hymnes Homériques, IV (À Hermès) — Récit de l’échange entre Hermès et Apollon : la lyre contre le bâton.
- Ovide, Métamorphoses, II, 676–707 — Hermès sépare deux serpents avec son bâton et ils s’enroulent autour, formant le caducée.
- Virgile, Énéide, IV, 242 — Description du caducée d’Hermès dans sa mission de messager.
- Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — Commentaire sur le caducée tenu par deux mains jointes à la fin de la République.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 11/1, 362/1, 480/27, 529/3.
- Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — Gens Mamilia, Sepullia, Antonia, Julia.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres.
Article LesDioscures · lesdioscures.com · Caducée · Hermès · Mercure · Iconographie numismatique romaine