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Corona Civica

Couronne civique de chêne · Distinction militaire romaine · OB CIVIS SERVATOS

NatureDécoration militaire
MatièreFeuilles de chêne
SymbolismeArbre de Jupiter
Légende associéeOB CIVIS SERVATOS
Récipiendaire célèbreAuguste · 27 av. J.-C.

La corona civica (couronne civique) était l'une des plus hautes décorations militaires de la Rome antique. Il s'agissait d'une couronne de feuilles de chêne remise au citoyen romain qui avait sauvé la vie d'un autre citoyen au combat.

Dans la hiérarchie des couronnes, Pline l'Ancien ne place au-dessus d'elle que la corona graminea (ou obsidionalis), la couronne d'herbe décernée au libérateur d'une armée assiégée. Parmi ses porteurs figure le jeune César, décoré au siège de Mytilène vers 80 av. J.-C. ; son récipiendaire le plus célèbre reste Auguste, à qui le Sénat la décerna en janvier 27 av. J.-C. — distinction individuelle étendue, pour l'occasion, à l'échelle de l'État tout entier.

« Les montants de ma maison furent publiquement revêtus de lauriers, et une couronne civique fut fixée au-dessus de ma porte. »

Laureis postes aedium mearum vestiti publice coronaque civica super ianuam meam fixa est.

— Auguste, Res Gestae Divi Augusti, 34, 2 (trad. LesDioscures)
✦ Critères d'attribution — Conditions strictes
01 Trois conditions et un témoignage Pline, Aulu-Gelle, Polybe

Selon Pline l'Ancien (HN XVI, 12), la couronne n'était due qu'à celui qui avait sauvé un citoyen, tué l'ennemi et tenu la position le jour même. Aulu-Gelle et Polybe y ajoutent un trait essentiel : c'est le citoyen sauvé lui-même qui remettait la couronne à son sauveur.

🛡️ Sauver un citoyen Le sauvé devait être un citoyen romain. Pline précise que sauver un allié, fût-il un roi, ne donnait aucun droit à la couronne.
⚔️ Tuer l'ennemi Le soldat devait avoir abattu l'adversaire qui menaçait la vie du citoyen.
📍 Tenir la position Il devait conserver, le jour même, le terrain sur lequel l'acte avait eu lieu.
🗣️ Le témoignage du sauvé La couronne était remise par le citoyen sauvé, en témoignage de la vie reçue (Aulu-Gelle, V, 6, 13). S'il s'y refusait, les tribuns militaires l'y contraignaient (Polybe, VI, 39, 7).
⚡ Une distinction militaire, mais avant tout civique

Contrairement aux autres couronnes militaires romaines (corona muralis, vallaris, navalis), qui récompensaient un exploit offensif, la corona civica honorait un acte de solidarité entre citoyens. Polybe rapporte que le sauvé devait ensuite honorer toute sa vie son sauveur comme un père : le civis passait avant le miles.

✦ Symbolisme et privilèges exceptionnels
02 Le chêne de Jupiter — Exemptions et honneurs Religion & droit romain

Le chêne était l'arbre consacré à Jupiter, le dieu suprême de Rome. Tresser ses feuilles pour honorer celui qui avait préservé une vie de citoyen était donc un geste à la fois religieux et civique.

Pline l'Ancien (HN XVI, 13–14) énumère les privilèges attachés à la couronne :

👑 Port à vie Une fois reçue, la couronne pouvait être portée à perpétuité, notamment lors des jeux publics.
🎖️ Le Sénat se lève À son entrée aux jeux, l'usage voulait que tous se lèvent, le Sénat compris.
🏛️ Place près des sénateurs Le titulaire avait le droit de s'asseoir aux spectacles à côté des sénateurs.
📜 Exemption des charges Il était dispensé de toutes les charges publiques (munera), ainsi que son père et son grand-père paternel.
✦ Auguste — Le récipiendaire le plus célèbre
03 OB CIVIS SERVATOS — Sauveur du peuple romain Janvier 27 av. J.-C. · Sénat romain
Aureus d'Auguste RIC 29a — OB CIVIS SERVATOS dans une couronne de chêne — 19–18 av. J.-C. Aureus d'Auguste · RIC I² 29a · 7,83 g · BM

En janvier 27 av. J.-C., lors du règlement qui fonde le Principat, le Sénat décerne à Octavien le nom d'Augustus et une série d'honneurs que celui-ci énumère dans ses Res Gestae (34) : des lauriers aux montants de sa porte, une couronne civique fixée au-dessus, et un bouclier d'or — le Clipeus Virtutis — placé dans la Curie Julia.

La formule OB CIVIS SERVATOS (« pour avoir sauvé les citoyens ») transpose la distinction individuelle à l'échelle de l'État : Auguste n'a pas sauvé un citoyen en combat singulier, mais le peuple romain en mettant fin à plus d'un siècle de guerres civiles. Cette extension du sens originel est l'un des coups de génie de la propagande augustéenne ; la couronne de chêne deviendra ensuite l'attribut ordinaire du portrait impérial.

🏛 Aureus d'Auguste RIC I² 29a — Description
Avers AVGVSTVS Tête nue d'Auguste à droite.
Revers OB / CIVIS / SERVATOS Légende en trois lignes dans une couronne de chêne · Atelier d'Hispanie (Caesaraugusta ?) · 19–18 av. J.-C. · British Museum · 7,83 g · Indice de rareté 10+ (moins de cinq exemplaires observés).
Buste d'Auguste portant la couronne civique, dit Auguste Bevilacqua, Glyptothèque de Munich
Buste d'Auguste coiffé de la couronne civique, dit « Auguste Bevilacqua ».Marbre · époque augustéenne · Glyptothèque de Munich
Gemma Augustea, camée en sardonyx, Kunsthistorisches Museum de Vienne
Gemma Augustea : derrière Auguste trônant, l'Oikoumène élève au-dessus de sa tête la couronne de chêne.Sardonyx · vers 9–12 apr. J.-C. · Kunsthistorisches Museum, Vienne
✦ La corona civica dans la numismatique romaine
04 De Sextus Pompée à Auguste — Panorama numismatique 42 – 15 av. J.-C.

La corona civica apparaît sur plusieurs émissions remarquables, et pas seulement sur les monnaies d'Auguste :

Sur l'aureus de Sextus Pompée, la couronne de chêne entoure le portrait du fils de Pompée le Grand ; on la rapproche généralement de sa victoire sur Salvidienus Rufus et de la protection qu'il offrit aux proscrits de 43 av. J.-C. Le revers associe les têtes affrontées de Pompée le Grand et de Cnéus le Jeune, entre un lituus et un trépied.

Sous Auguste, la légende OB CIVIS SERVATOS figure aussi sur les deniers de Colonia Patricia (RIC I² 75–79, catalogue de l'atelier) et sur les sesterces frappés à Rome par les triumvirs monétaires des années 17–15 av. J.-C. (P. Licinius Stolo, C. Asinius Gallus, C. Gallius Lupercus, C. Cassius Celer, C. Plotius Rufus…) : la couronne de chêne, entre deux branches de laurier, y occupe tout le droit, avec OB au-dessus, CIVIS au centre et SERVATOS au-dessous.

✦ Fiches numismatiques liées

Monnaies portant la corona civica

Pages connexes

📚Notes & Références
  • Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XVI, 7–14 — origine de la couronne de chêne, conditions d'attribution (XVI, 12) et privilèges du titulaire (XVI, 13–14) ; XXII, 6–13 pour la corona graminea, seule placée au-dessus d'elle.
  • Aulu-Gelle, Nuits attiques, V, 6, 11–15 — définition de la couronne civique, remise par le citoyen sauvé.
  • Polybe, Histoires, VI, 39, 6–7 — le sauvé couronne son sauveur, sous la contrainte des tribuns s'il le faut, et l'honore ensuite comme un père.
  • Tite-Live, Histoire romaine, VI, 20, 7 et X, 46, 3 — soldats décorés de couronnes civiques.
  • Suétone, César, 2 — la couronne civique de César au siège de Mytilène.
  • Auguste, Res Gestae Divi Augusti, 34, 2 — la couronne civique fixée au-dessus de sa porte en 27 av. J.-C.
  • Ovide, Fastes, I, 614 et Tristes, III, 1, 35–36 — la couronne de chêne de la maison d'Auguste.
  • Maxfield, V. A., The Military Decorations of the Roman Army, Londres, Batsford, 1981.
  • Bergmann, B., Der Kranz des Kaisers. Genese und Bedeutung einer römischen Insignie, Berlin, De Gruyter, 2010.
  • Zanker, P., Augustus und die Macht der Bilder, Munich, C. H. Beck, 1987 ; trad. angl. The Power of Images in the Age of Augustus, Ann Arbor, 1988.
  • Sutherland, C. H. V., The Roman Imperial Coinage, vol. I², Londres, Spink, 1984 — RIC I² 29a, 29b, 30a, 75–79.
  • Crawford, M. H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 511/1.
Article rédigé par Christopher Mérat
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