1815JU – Aureus Brutus – L. Plaetorius Cestianus

1815JU – Aureus Brutus – L. Plaetorius Cestianus Avers : BRVT IMP L. PLAET. CEST (Brutus imperator. Lucius Plaetorius Cestanius) Tête nue de Brutus à droite. Revers : EID MAR (Eidibus Martis) Bonnet de la liberté entre deux poignards. Roma Numismatics 8.06g INDICE DE RARETE : 10+ 1 10+ ATELIER : Nord de la Grèce Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Or Gentes : Plaetoria et Junia Référence : Non référencé par les ouvrages de référence Le symbolisme et le contexte historique de l’aureus (EID MAR) en font l’un des objets les plus fascinants de l’Antiquité. Comme le soulignent souvent les analyses spécialisées, cette pièce n’est pas seulement une monnaie, mais un manifeste politique violent et assumé. Voici une analyse détaillée de sa portée : 1. Un Symbolisme de la « Libération » Le revers de la pièce est un chef-d’œuvre de communication politique : Le Pileus (bonnet de la liberté) : Placé au centre, ce bonnet de feutre était traditionnellement porté par les esclaves affranchis lors de leur libération. Le message est sans équivoque : sous Jules César, le peuple romain était devenu « esclave », et sa mort a rendu à Rome sa liberté. Les deux Poignards : Ils encadrent le bonnet. Contrairement à la plupart des monnaies romaines qui utilisent des symboles abstraits (faisceaux, divinités), Brutus affiche ici les armes du crime. Ils représentent les deux principaux conspirateurs, Brutus et Cassius, transformant un assassinat de sang-froid en un acte de vertu patriotique. L’inscription EID MAR : L’abréviation de Eidibus Martiis (les Ides de Mars) ancre la pièce dans un événement temporel précis. C’est l’un des rares exemples dans l’Antiquité où une pièce célèbre une date spécifique, transformant le jour du meurtre en une fête de la liberté. 2. Le Paradoxe du Portrait (L’Avers) C’est ici que réside la plus grande ironie historique de cette monnaie : L’effigie de Brutus : Les républicains reprochaient à César de se comporter en roi, notamment parce qu’il avait été le premier à faire figurer son propre portrait de son vivant sur les monnaies romaines (une pratique jugée tyrannique). La contradiction : En faisant graver son propre portrait sur l’avers, Brutus utilise les mêmes codes que l’homme qu’il a tué. Pour ses partisans, c’était une nécessité pour être reconnu comme chef de guerre (Imperator) par ses légions, mais pour ses ennemis, c’était la preuve de son hypocrisie et de ses propres ambitions de pouvoir. 3. Le Contexte de Guerre Civile (42 av. J.-C.) La pièce a été frappée deux ans après la mort de César, alors que Brutus et Cassius étaient en campagne en Grèce et en Asie Mineure pour affronter Marc Antoine et Octave. Un outil de paye et de propagande : La pièce servait avant tout à payer les soldats. En recevant leur solde avec ce motif, les légionnaires étaient constamment rappelés à la « juste cause » pour laquelle ils se battaient. La Damnatio Memoriae : Après la défaite de Brutus à la bataille de Philippi, la quasi-totalité de ces pièces ont été refondues par les vainqueurs pour effacer le souvenir de cet affront. Cela explique pourquoi, sur les centaines de milliers probablement frappées, il n’en reste aujourd’hui qu’une centaine d’exemplaires authentiques. En résumé, cet aureus est l’ultime témoignage de la fin de la République romaine : un objet où l’idéal de liberté s’exprime à travers l’image d’un meurtre, tout en adoptant les codes visuels du pouvoir personnel qu’il prétendait combattre. Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon L. Plaetorius Cestianus. Ce personnage qui fut lieutenant de Q. Caepio Brutus durant la guerre civile qui suivit la mort de César, est inconnu dans l ‘histoire ses médailles dont les types se rapportent à Brutus, ont été frappées en Orient, avant la bataille de Philippes. Le buste de femme sur le n. II, paraît être celui de la Fortune que Brutus avait particulièrement besoin d’invoquer, tout autant, au moins, que la Liberté. Les ides de Mars inscrites sur le n. 13 avec le bonnet de la Liberté et deux poignards rappellent cyniquement le meurtre de Jules César.
1638JU – Aureus Brutus – Lentulus Spinther

1638JU – Aureus Brutus – Lentulus Spinther Avers : BRVTVS Instruments pontificaux: hache, simpulum et couteau. Revers : LENTVLVS / SPINT (Lentulus Spinther) Capis et lituus. Bibliothèque nationale de France 7.86g INDICE DE RARETE : 10+ 1 10+ ATELIER : Smyrme? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Or Gentes : Cornelia et Junia Références : RRC 500/6 – B.40 (Junia) – Syd.1309 Cet aureus est un témoignage numismatique crucial de la fin de la République romaine. Son symbolisme et son contexte s’inscrivent dans une lutte de légitimité entre les « Libérateurs » (les meurtriers de César) et les héritiers de ce dernier. 1. Symbolisme : Une revendication de la « Pietas » Contrairement à Jules César qui, le premier, avait osé placer son propre portrait sur les monnaies, Brutus et Lentulus Spinther choisissent ici de mettre en avant des instruments religieux. L’Avers (Hache, Culullus, Couteau) : Ces objets sont liés au sacrifice rituel et au collège des Pontifes. En les affichant, Brutus ne se présente pas comme un rebelle, mais comme un garant de la Pax Deorum (la paix avec les dieux). Il affirme que son action (le tyrannicide) était un acte de purification religieuse et non un simple crime politique. Le Revers (Capis et Lituus) : La cruche et le bâton d’augure sont les attributs du collège des Augures, dont Lentulus Spinther faisait partie. Les augures étaient chargés d’interpréter la volonté de Jupiter avant toute action publique ou militaire. Le message global : L’association de ces symboles signifie que la cause républicaine est bénie par les dieux et respectueuse des traditions ancestrales (Mos Maiorum). C’est une réponse directe à l’accusation d’impiété portée par Marc Antoine et Octave contre les assassins de César. 2. Contexte Historique : Le financement d’une cause perdue L’émission de cette pièce se situe dans un moment de tension extrême (43-42 av. J.-C.) : Le ralliement de l’Orient : Après l’assassinat de César, Brutus et Cassius se sont enfuis vers l’Est. Ils ont pris le contrôle des provinces orientales (Asie, Syrie) pour lever des troupes et des fonds. Cette monnaie a été frappée à Smyrne (actuelle Izmir) alors que les deux chefs se réunissaient pour préparer leur campagne. Une monnaie de nécessité : L’usage de l’or (Aureus) est rare à cette époque. Il servait principalement à payer les soldes des légions et à s’assurer la loyauté des officiers supérieurs avant l’affrontement final. La quantité d’or frappée montre l’immense richesse extorquée aux cités grecques et asiatiques pour financer la guerre civile. L’autorité de Lentulus Spinther : Le nom de P. Cornelius Lentulus Spinther sur la pièce montre l’importance des alliances aristocratiques. En tant que légat, il apporte le prestige d’une grande famille romaine à la cause de Brutus, renforçant l’image d’un Sénat en exil luttant contre des « tyrans » en devenir. 3. Conclusion historique Quelques mois après la frappe de ces pièces, les forces de Brutus et Cassius furent défaites à la bataille de Philippes (octobre 42 av. J.-C.). La plupart de ces monnaies furent fondues par les vainqueurs (Octave et Marc Antoine) pour effacer la mémoire de leurs ennemis, ce qui explique l’extrême rareté de cet aureus aujourd’hui. Le monétaire (ou magistrat responsable de l’émission) pour cette monnaie est Publius Cornelius Lentulus Spinther. Il est important de ne pas le confondre avec son père homonyme (consul en 57 av. J.-C.). Voici les détails clés sur ce personnage et son rôle au sein du mouvement des « Libérateurs » : Identité et Origine Famille : Membre de la prestigieuse gens Cornelia, il est le fils de P. Cornelius Lentulus Spinther. Son surnom « Spinther » lui vient de la ressemblance de son père avec un acteur de théâtre populaire de l’époque. Statut : Il occupait le rang de propréteur (magistrat avec pouvoir de commandement) au moment de la frappe. Rôle auprès de Cassius Lentulus Spinther était l’un des lieutenants les plus fidèles de Cassius. Après l’assassinat de César, il rejoint les républicains en Orient : Commandement militaire : Il a participé activement aux campagnes en Asie Mineure, notamment lors du siège de Rhodes aux côtés de Cassius et en Lycie avec Brutus. Responsabilité monétaire : En tant que propréteur, il avait l’autorité de frapper monnaie pour payer les légions. Le denier RRC 500/1 porte sa signature (LENTVLVS SPINT) au revers, agissant comme garant de la valeur de la pièce au nom des généraux républicains. Qualifications religieuses Le choix des symboles sur la monnaie n’est pas un hasard. Lentulus Spinther était membre du collège des augures. C’est pour cette raison qu’il fait figurer le lituus (bâton augural) et la cruche au revers. Ces emblèmes servaient à affirmer que les chefs républicains possédaient la légitimité religieuse et le droit de consulter les dieux, contrairement aux triumvirs (Antoine et Octave) qu’ils présentaient comme des usurpateurs. Son destin Après la défaite de Cassius et Brutus à la bataille de Philippes en 42 av. J.-C., les traces historiques de Lentulus Spinther deviennent floues. Bien que certaines sources suggèrent qu’il ait pu s’échapper, il disparaît de la scène politique romaine après le désastre, marquant la fin de sa lignée parmi les grands acteurs de la République finissante. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon P. Cornelius Lentulus Spinther. Propréteur en 711 et 712 (43 et 42 av. J.-C.). Ce personnage était fils de P. Cornelius Lentulus Spinther, consul en 697 (57 av. J.-C.) dont nous avons donné plus haut des monnaies. Il suivit la fortune de Pompée à l’exemple de son père; retiré à Alexandrie, il finit par obtenir son pardon de César et revint en Italie. Après le meurtre de César, il se lia avec M. Brutus et il fut envoyé en Asie comme proquesteur, tandis que C. Trebonius s’y rendait en qualité de proconsul. Un peu plus tard, il fut élevé à la dignité de propréteur, et quand Brutus et Cassius commencèrent la guerre, il les rejoignit et frappa monnaie sous leur autorité, en plaçant sur ses espèces l’effigie de la Liberté pour laquelle ils combattaient. Spinther se battit à Rhodes avec Cassius, et en Lycie avec Brutus. Il paraît avoir échappé au désastre de Philippes,
1652JU – Aureus Brutus – Pedanius Costa

1652JU – Aureus Brutus – Pedanius Costa Avers : L·BRVTVS·PRIM·COS. (Lucius Brutus primus consul) Tête de L. Junius Brutus l’ancien à droite. Revers : M·BRVTVS·IMP COSTA·LEG. (Marcus Brutus imperator. Costa legatus) Tête de Brutus à droite. British Museum 8.07g INDICE DE RARETE : 10+ 1 10+ ATELIER : Asie Mineure ou Macédoine Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Or Gentes : Pedania et Junia Références : RRC 506/1 – B.43 (Junia) – Syd.1295 Cette monnaie est bien plus qu’une simple pièce de monnaie ; c’est un outil de propagande sophistiqué conçu pour légitimer un acte radical : le régicide. Voici une analyse détaillée de son symbolisme et du contexte de sa création. 1. Le Symbolisme : La République face à l’individu Cette monnaie joue sur un parallélisme frappant entre le passé et le présent pour justifier l’assassinat de Jules César. L’ancêtre L. Junius Brutus (Avers) : En faisant figurer le portrait de Lucius Junius Brutus, le fondateur légendaire de la République qui chassa le dernier roi de Rome (Tarquin le Superbe) en 509 av. J.-C., Brutus rappelle que la lutte contre la tyrannie est inscrite dans son ADN. La mention PRIM COS (Premier Consul) insiste sur l’origine des institutions républicaines. Le portrait de Marcus Junius Brutus (Revers) : C’est un paradoxe historique. Bien que Brutus se batte contre le pouvoir personnel de César, il utilise ici le même privilège que César avait instauré : placer son propre portrait sur une monnaie de son vivant. Cela montre qu’en période de guerre civile, l’image du chef de guerre (Imperator) devient indispensable pour s’assurer la fidélité des troupes. La Couronne Civique (Corona Civica) : Présente sur les deux faces, cette couronne de feuilles de chêne était normalement décernée à un soldat ayant sauvé la vie d’un concitoyen. En entourant les deux Brutus de cette couronne, le message est que l’assassinat de César n’était pas un meurtre, mais un acte de salut public ayant sauvé l’ensemble des citoyens romains de la servitude. 2. Le Contexte Historique : L’agonie de la République La pièce est frappée dans un moment de tension extrême, entre l’été 43 et l’automne 42 av. J.-C. L’exil en Orient : Après le meurtre de César aux Ides de Mars, Brutus et Cassius ont dû fuir l’Italie face à la colère populaire et à la montée en puissance d’Octave et Marc Antoine. Ils se réfugient en Orient (Grèce, Asie Mineure) pour lever une armée massive. Le financement de la guerre : Comme je le précise souvent le site, les monnaies d’or républicaines sont extrêmement rares car l’or n’était frappé qu’en cas de nécessité absolue. Brutus a besoin de payer ses légions pour s’assurer qu’elles ne désertent pas vers le camp des triumvirs (Antoine, Octave et Lépide). Cette pièce sert donc de solde militaire. La mention de Pedanius Costa : La légende COSTA LEG désigne le légat de Brutus. Cela souligne l’organisation administrative et militaire des « Libérateurs » qui tentent de maintenir une apparence de légalité républicaine face à ce qu’ils considèrent comme l’usurpation du Second Triumvirat. 3. Conclusion sur le message politique Le choix iconographique de Brutus sur cette monnaie est une tentative de transformer un acte de trahison (selon ses ennemis) en un acte de piété envers la patrie et ses ancêtres. Peu de temps après l’émission de cette monnaie, Brutus sera défait à la bataille de Philippes (octobre 42 av. J.-C.) et se donnera la mort, marquant la fin effective de la République romaine. Le magistrat monétaire associé à cette monnaie est Pedanius Costa, un personnage qui, bien que discret dans les textes historiques, occupe une place stratégique dans l’entourage de Brutus durant la guerre civile. Voici les informations clés sur ce monétaire et son rôle : 1. Identité et Statut : Le Légat de Brutus Pedanius Costa n’est pas un simple magistrat monétaire urbain (triumvir monetalis), mais un légat (legatus). Signification du titre : Le titre COSTA LEG sur la monnaie indique qu’il était un officier de rang supérieur, un lieutenant agissant sous l’autorité directe de Brutus (le commandant en chef). Autorité monétaire : En tant que légat, il avait reçu le pouvoir de superviser la frappe de monnaie pour l’armée. Dans le contexte de l’époque, cela signifie qu’il gérait l’atelier itinérant qui suivait les troupes de Brutus et Cassius à travers l’Asie Mineure et la Macédoine. 2. Origine familiale : La gens Pedania La famille de Costa, la gens Pedania, est peu documentée dans l’histoire romaine. Une famille ancienne mais modeste : Bien que la famille soit d’origine ancienne, elle n’était pas particulièrement illustre à Rome. Le seul autre membre notable cité par les historiens (notamment Tite-Live) est un centurion, Titus Pedanius, qui s’était illustré par son courage durant la seconde guerre Punique (212 av. J.-C.). Un partisan dévoué : Le choix de Pedanius Costa par Brutus pour cette tâche cruciale (le financement de la guerre) montre qu’il était un partisan de confiance de la cause républicaine. 3. Son rôle dans les émissions monétaires Pedanius Costa est responsable de deux types principaux dans le système de Michael Crawford : L’aureus (RRC 506/1) : La pièce en or très rare dont nous parlons, montrant les portraits des deux Brutus. Le denier (RRC 506/2) : Une émission en argent plus courante. L’avers représente la tête laurée d’Apollon (symbole de la liberté et de la protection divine) et le revers montre un trophée militaire, symbolisant les victoires de Brutus sur les tribus de Thrace avant la bataille finale de Philippes. 4. Le contexte de sa disparition On perd la trace de Pedanius Costa après la défaite des républicains à la bataille de Philippes en 42 av. J.-C. Étant donné qu’il faisait partie de l’état-major rapproché de Brutus, il est probable qu’il ait péri lors des combats ou qu’il se soit suicidé, comme beaucoup d’autres officiers républicains refusant de se soumettre à Octave et Antoine. Note numismatique : La présence de son nom aux côtés de celui de Brutus sur un aureus souligne l’importance des « officiers payeurs » dans les armées privées de la fin de la République. Sans Costa pour
1655JU – Aureus Brutus – Publius Servilius Casca

1655JU – Aureus Brutus – Publius Servilius Casca Avers : BRVTVS / IMP (Brutus/ Imperator) Tête barbue de Brutus à droite, le tout compris dans une couronne de laurier. Revers : CASCA LONGVS (Casca Longus) Trophée avec épée courbée et deux lances à gauche et bouclier en huit à droite; à la base, de chaque côté, proue et à droite, épée à manche carré. Bibliothèque nationale de France 8.07g INDICE DE RARETE : 10+ 1 10+ ATELIER : Nord de la Grèce ou Asie mineure Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Or Gentes : Plaetoria et Junia Références : RRC 507/1a – B.45 (Junia) Cet aureus est une pièce d’une importance capitale car elle cristallise le moment où la cause républicaine tente de légitimer son action par l’image, tout en adoptant paradoxalement les codes du pouvoir personnel qu’elle prétendait combattre. 1. Le Contexte Historique : L’agonie de la République Nous sommes en 42 av. J.-C., deux ans après l’assassinat de Jules César. Brutus et Cassius, les « Libérateurs », se sont installés en Orient pour lever des fonds et des troupes. Ils se préparent à affronter les forces d’Antoine et d’Octave lors de la bataille décisive de Philippes (Macédoine). Cette monnaie a une fonction précise : payer les légions. Dans une période de guerre civile, le soldat ne se bat plus pour l’État (le Sénat), mais pour son général. L’or, métal prestigieux, sert à cimenter cette fidélité. 2. Le Symbolisme de l’Avers : Le paradoxe de Brutus Le Portrait : C’est l’aspect le plus frappant. Brutus, qui justifiait le meurtre de César par la haine de la tyrannie et du culte de la personnalité, finit par faire figurer son propre portrait sur ses monnaies. La Couronne de Laurier : Elle entoure son effigie, le désignant comme un général victorieux (Imperator). Cela montre que pour sauver la République, Brutus est contraint d’utiliser les mêmes outils de communication que César : l’incarnation du pouvoir. La filiation spirituelle : En affichant son visage, il rappelle aussi son ascendance (les Bruti qui ont chassé les rois de Rome), transformant son portrait en un symbole de « liberté » tyrannicide. 3. Le Symbolisme du Revers : Le trophée naval et terrestre Le revers, signé par le monétaire Casca Longus, est un condensé de propagande militaire : Le Trophée (Tropaeum) : Il est composé d’armures et d’armes prises à l’ennemi. C’est la preuve visuelle de la « virtus » (la valeur guerrière) des commandants. Les Proues de Navires (Rostra) : Situées à la base du trophée, elles sont fondamentales. Elles font référence aux victoires navales récentes. En 42 av. J.-C., la flotte de Brutus et Cassius dominait la Méditerranée orientale. Cassius avait notamment brisé la puissance navale de Rhodes, et Brutus avait soumis les cités de Lycie (comme Xanthe). Le message politique : Ce revers dit aux soldats et au monde romain : « Nous sommes les maîtres des mers et des terres, les dieux et la victoire sont de notre côté contre les usurpateurs à Rome. » 4. L’association avec Casca Longus Le nom de Casca Longus sur la pièce n’est pas anodin. Il est celui qui a frappé César le premier. Sa présence aux côtés du nom de Brutus scelle l’unité des conjurés. C’est une signature de sang qui rappelle que cet argent provient de ceux qui ont osé « libérer » Rome. En résumé, cet aureus est un témoignage tragique : il montre un Brutus « républicain » obligé de se comporter en monarque (portrait, or, titres militaires) pour tenter de sauver un système politique déjà condamné par l’histoire. Le magistrat monétaire associé à cette monnaie est une figure historique majeure de la fin de la République : Publius Servilius Casca Longus. 1. Le premier agresseur de César Casca Longus est resté célèbre dans l’histoire pour son rôle lors des Ides de Mars (15 mars 44 av. J.-C.). Selon les récits de Plutarque et de Suétone, c’est lui qui a porté le premier coup de poignard à Jules César. Alors que les conjurés entouraient le dictateur, Casca se tenait derrière lui. Il l’aurait frappé à l’épaule ou à la gorge en criant à son frère (en grec) : « Frère, à l’aide ! ». Ce geste a déclenché l’assaut général des autres conspirateurs. 2. Identité et Famille Branche familiale : Il appartenait à la gens Servilia, une famille aristocratique ancienne. Bien que membre de la noblesse, il était initialement un proche de César avant de rejoindre le camp de Brutus et Cassius. Le rôle de son frère : Il ne faut pas le confondre avec son frère, Gaius Servilius Casca, qui était également l’un des conspirateurs. Les deux frères ont fui Rome ensemble après que la foule se soit retournée contre les assassins lors des funérailles de César. 3. Son rôle en tant que « Monétaire » (Legatus) Sur cet aureus, son nom apparaît sous la forme CASCA LONGVS. En 42 av. J.-C., il ne s’agit pas d’un magistrat monétaire ordinaire (comme ceux qui officiaient à Rome), mais d’un lieutenant (légat) de Brutus. Sa fonction de monétaire était de superviser la frappe de l’atelier mobile qui suivait l’armée des Libérateurs en Orient (en Asie Mineure puis en Grèce). En inscrivant son nom sur la pièce, il affirmait sa légitimité et son rang élevé au sein de la coalition républicaine. 4. Sa fin tragique Comme la plupart des conspirateurs, Casca ne survit pas longtemps après l’émission de cette monnaie. Il participe à la bataille de Philippes en octobre 42 av. J.-C. Après la défaite finale des forces républicaines contre Antoine et Octave, il se serait donné la mort, tout comme Brutus et Cassius, pour échapper à la capture et à l’exécution. Variante : Revers différent avec un trophée avec épée courbée et deux lances à gauche et bouclier en huit à droite; à la base, de chaque côté, proue et, à droite, épée à manche carré. Un petit L au-dessous des lances. Référence : RRC 507/1b British Museum 7.99g Lien : The Aureus of Casca Longus (RRC 507/1) de Wilhelm Hollstein Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République
1641JU – Aureus Brutus – Lucius Sestius Quirinalis

1641JU – Aureus Brutus – Lucius Sestius Quirinalis Avers : L SESTI / PRO Q (Lucius Sestius Pro Quaestori, Lucius Sestius pro questeur) Buste voilé et drapé de Libertas (la Liberté) à droite. Revers : Q CAEPIO BRVTVS PR. COS (Quintus Caepio Brutus proconsul) Trépied delphien entre une hache à sacrifice et un simpulum. Bibliothèque nationale de France 7.95g INDICE DE RARETE : 10+ 1 10+ ATELIER : Sud-ouest Asie mineure? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Or Gentes : Sestia, Servilia et Junia Références : RRC 502/1 – B.36 (Junia) L’analyse du symbolisme et du contexte historique de cette monnaie (frappé en 43-42 av. J.-C.) révèle une stratégie de communication politique très précise de la part de Brutus, visant à transformer son image de « meurtrier » en celle de « sauveur » de l’État. 1. Le Contexte Historique : Une République en exil Cette monnaie est frappée alors que Brutus et Cassius, les « Libérateurs », se trouvent en Orient (Asie Mineure et Grèce). Ils ont pris le contrôle des provinces orientales pour lever les fonds et les légions nécessaires à l’affrontement final contre Octave et Marc Antoine. Une monnaie de guerre : L’émission d’aurei (en or) est exceptionnelle sous la République. Elle répond à une nécessité immédiate : payer les soldes des officiers et s’assurer la loyauté des troupes avant la bataille décisive de Philippes. Légitimité institutionnelle : Bien qu’il soit en exil, Brutus utilise son titre de PRO COS (Proconsul) et mentionne son questeur L. Sestius. Cela vise à démontrer que son commandement est légal et émane de l’autorité du Sénat, contrairement au Triumvirat qu’il considère comme une usurpation. 2. Symbolisme de l’Avers : La Libertas voilée L’avers présente la tête de Libertas (la Liberté), mais avec une particularité notable : elle est voilée. La piété et le deuil : Le voile suggère une dimension religieuse et solennelle. Cela peut interpréter la Liberté comme une divinité que l’on doit honorer avec gravité, ou symboliser le deuil de la République blessée par la dictature de César. Le message politique : Brutus réaffirme que le seul motif de son action est le rétablissement de la liberté républicaine. 3. Symbolisme du Revers : Le Trépied et les attributs religieux Le revers est dominé par un trépied delphien, flanqué d’une hache sacrificielle (securis) et d’un vase à libation (simpulum). Le patronage d’Apollon : Le trépied est le symbole par excellence d’Apollon. Ce dieu était le protecteur personnel de Brutus (le mot d’ordre à la bataille de Philippes était d’ailleurs « Apollon »). Brutus se place sous une protection divine solaire et civilisatrice contre ce qu’il présente comme la tyrannie. L’autorité religieuse : La hache et le vase sont les insignes du collège des Pontifes, dont Brutus faisait partie. En affichant ces instruments, il signifie que ses actes sont conformes au droit sacré et à la volonté des dieux. Il ne s’agit pas d’une rébellion, mais d’une mission de purification de l’État. Synthèse Cette monnaie est un chef-d’œuvre de propagande. Il cherche à équilibrer la force militaire (le titre de Proconsul) avec la vertu morale (Libertas) et la caution divine (Apollon/Pontificat). Cette monnaie mentionne un personnage clé de l’état-major de Brutus : Lucius Sestius Quirinalis (orthographié L. SESTI sur la monnaie). Voici les informations essentielles sur ce magistrat monétaire et son rôle historique : 1. Son rôle auprès de Brutus Sur cette monnaie, Lucius Sestius porte le titre de PRO Q (Pro Quaestore). Fonction : En tant que pro-questeur, il était le responsable financier et logistique de Brutus durant sa campagne en Orient (43-42 av. J.-C.). Responsabilité monétaire : C’est lui qui supervisait l’atelier monétaire itinérant suivant l’armée. Il avait la lourde tâche de transformer le métal précieux (souvent issu de réquisitions en Asie Mineure) en pièces de monnaie pour payer les légions. 2. Un survivant politique Contrairement à son chef Brutus qui se suicida après la défaite de Philippes en 42 av. J.-C., Lucius Sestius a survécu aux guerres civiles : Amnistie : Il bénéficia de l’amnistie accordée par les membres du second triumvirat. Loyauté mémorielle : Il est resté célèbre pour sa fidélité à la mémoire de Brutus, conservant des statues du « Libérateur » chez lui, même après l’avènement d’Auguste. 3. Consul aux côtés d’Auguste Fait remarquable, son passé républicain ne l’empêcha pas d’atteindre le sommet de l’État sous l’Empire : Consul Suffect (23 av. J.-C.) : Auguste le choisit comme collègue au consulat lorsqu’il démissionna lui-même de cette fonction. Symbole de réconciliation : La nomination de Sestius (un ancien partisan de l’assassin de César) par Auguste était un geste politique fort. Cela prouvait que le nouveau régime (le Principat) pouvait intégrer les anciens républicains ralliés, renforçant l’image d’une « République restaurée ». 4. Liens culturels et archéologiques Horace : Le poète Horace lui a dédié l’une de ses célèbres odes (Ode I, 4, Solvitur acris hiems), ce qui témoigne de son appartenance à la haute société intellectuelle romaine. Production de briques et d’amphores : Des recherches archéologiques ont identifié des estampilles de briques et d’amphores au nom de L. SESTI. Il possédait d’importantes briqueteries et des domaines produisant du vin près de Cosa en Étrurie, faisant de lui l’un des hommes les plus riches de son temps. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon La famille Sestia, d’origine patricienne, remonte à une haute antiquité. Un de ses membres, P. Sestius Capitolinus Vaticanus, fut consul dès l’an 302 (452 av. J.-C.), avec T. Menenius Agrippa. On l’appelle quelquefois Sextius, et bien que, plus tard, on ait distingué les familles Sestia et Sexlia, elles paraissent sortir de la même souche et avoir porté primitivement le même nom. P. Sestius ou Sextius fut questeur en 691 (63 av. J.-C.) et aida Cicéron à démasquer la conspiration de Catilina. Tribun du peuple en 697 (57 av. J.-C.), préteur en 701 (53 av. J.-C.), il suivit la fortune du parti pompéien jusque dans le courant de l’année 706 (48 av. J.-C.), époque où il se rallia à César. Son fils, L. Sestius, le seul des
1659JU – Denier Brutus – L. Plaetorius Cestianus

1659JU – Denier Brutus – L. Plaetorius Cestianus Avers : BRVT IMP L. PLAET. CEST (Brutus imperator. Lucius Plaetorius Cestanius) Tête nue de Brutus à droite. Revers : EID MAR (Eidibus Martis) Bonnet de la liberté entre deux poignards. British Museum 3.69g INDICE DE RARETE : 10 1 10+ ATELIER : Nord de la Grèce? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Plaetoria et Junia Référence : RRC 508/3 – B.51 (Junia) – Syd.1301 Le symbolisme et le contexte historique du denier (EID MAR) en font l’un des objets les plus fascinants de l’Antiquité. Comme le soulignent souvent les analyses spécialisées, cette pièce n’est pas seulement une monnaie, mais un manifeste politique violent et assumé. Voici une analyse détaillée de sa portée : 1. Un Symbolisme de la « Libération » Le revers de la pièce est un chef-d’œuvre de communication politique : Le Pileus (bonnet de la liberté) : Placé au centre, ce bonnet de feutre était traditionnellement porté par les esclaves affranchis lors de leur libération. Le message est sans équivoque : sous Jules César, le peuple romain était devenu « esclave », et sa mort a rendu à Rome sa liberté. Les deux Poignards : Ils encadrent le bonnet. Contrairement à la plupart des monnaies romaines qui utilisent des symboles abstraits (faisceaux, divinités), Brutus affiche ici les armes du crime. Ils représentent les deux principaux conspirateurs, Brutus et Cassius, transformant un assassinat de sang-froid en un acte de vertu patriotique. L’inscription EID MAR : L’abréviation de Eidibus Martiis (les Ides de Mars) ancre la pièce dans un événement temporel précis. C’est l’un des rares exemples dans l’Antiquité où une pièce célèbre une date spécifique, transformant le jour du meurtre en une fête de la liberté. 2. Le Paradoxe du Portrait (L’Avers) C’est ici que réside la plus grande ironie historique de ce denier : L’effigie de Brutus : Les républicains reprochaient à César de se comporter en roi, notamment parce qu’il avait été le premier à faire figurer son propre portrait de son vivant sur les monnaies romaines (une pratique jugée tyrannique). La contradiction : En faisant graver son propre portrait sur l’avers, Brutus utilise les mêmes codes que l’homme qu’il a tué. Pour ses partisans, c’était une nécessité pour être reconnu comme chef de guerre (Imperator) par ses légions, mais pour ses ennemis, c’était la preuve de son hypocrisie et de ses propres ambitions de pouvoir. 3. Le Contexte de Guerre Civile (42 av. J.-C.) La pièce a été frappée deux ans après la mort de César, alors que Brutus et Cassius étaient en campagne en Grèce et en Asie Mineure pour affronter Marc Antoine et Octave. Un outil de paye et de propagande : La pièce servait avant tout à payer les soldats. En recevant leur solde avec ce motif, les légionnaires étaient constamment rappelés à la « juste cause » pour laquelle ils se battaient. La Damnatio Memoriae : Après la défaite de Brutus à la bataille de Philippi, la quasi-totalité de ces pièces ont été refondues par les vainqueurs pour effacer le souvenir de cet affront. Cela explique pourquoi, sur les centaines de milliers probablement frappées, il n’en reste aujourd’hui qu’une centaine d’exemplaires authentiques. En résumé, ce denier est l’ultime témoignage de la fin de la République romaine : un objet où l’idéal de liberté s’exprime à travers l’image d’un meurtre, tout en adoptant les codes visuels du pouvoir personnel qu’il prétendait combattre. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon L. Plaetorius Cestianus. Ce personnage qui fut lieutenant de Q. Caepio Brutus durant la guerre civile qui suivit la mort de César, est inconnu dans l ‘histoire ses médailles dont les types se rapportent à Brutus, ont été frappées en Orient, avant la bataille de Philippes. Le buste de femme sur le n. II, paraît être celui de la Fortune que Brutus avait particulièrement besoin d’invoquer, tout autant, au moins, que la Liberté. Les ides de Mars inscrites sur le n. 13 avec le bonnet de la Liberté et deux poignards rappellent cyniquement le meurtre de Jules César. Lieux de découverte (2 exemplaires)
1679JU – Denier Brutus – Lucius Servius Rufus

1679JU – Denier Brutus – Lucius Servius Rufus Avers : L. SERVIVS – RVFVS (Lucius Servius Rufus) Tête nue de Brutus à droite. Revers : Anépigraphe Les Dioscures, Castor et Pollux nu debout de face surmontés chacun d’une étoile, tenant de la main droite le parazonium de la main droite et une lance transversale de la main gauche. British Museum 4.08g INDICE DE RARETE : 10 1 10+ ATELIER : Rome Datation : 41 avant J.C. Matière : Argent Gens : Sulpicia Références : RRC 515/2 – B.10 (Sulpicia) – Syd.1082 Cette pièce est particulièrement fascinante car elle incarne la transition brutale entre l’idéalisme républicain et la réalité militaire des guerres civiles romaines. 1. Contexte Historique : L’Ombre des « Libérateurs » L’année 41 av. J.-C. est une période de chaos politique. Jules César a été assassiné trois ans plus tôt, et les forces républicaines de Brutus et Cassius ont été défaites à Philippi en 42 av. J.-C. Une Rome sous tension : Bien qu’Octavien et Marc Antoine contrôlent Rome, les sympathies républicaines restent vives au sein de l’élite. Lucius Servius Rufus, magistrat monétaire (vraisemblablement l’un des quattuorviri), opère dans ce climat de suspicion. Le financement de la survie : Ce type de monnayage servait souvent à financer les besoins militaires ou à affirmer une loyauté politique dans un Empire encore fracturé. 2. Symbolisme de l’Avers : Le « Portrait Voilé » de Brutus Le portrait sur l’avers est l’un des plus débattus de la numismatique républicaine. L’Identification : Officiellement, il pourrait s’agir d’un ancêtre de la gens Sulpicia ou de la gens Servia. Cependant, de nombreux experts (comme Woytek ou Sydenham) y voient un portrait de Marcus Junius Brutus. La Barbe (Barbatulus) : Le personnage est barbu, ce qui, à cette époque, est un signe de deuil ou de crise. Les traits émaciés rappellent étrangement les émissions de Brutus produites en Orient (type EID MAR). Propagande Silencieuse : En utilisant une tête qui « ressemble » à Brutus sans le nommer, Servius Rufus rend hommage au chef des Républicains tout en conservant une protection juridique face aux triumvirs. C’est une forme de résistance iconographique. 3. Symbolisme du Revers : Les Dioscures et le Salut de l’État Le choix des Dioscures (Castor et Pollux) est central, surtout pour votre site thématique. Les Gardiens de la Liberté : Contrairement aux types anciens où ils galopent, ils sont ici représentés debout et de face, tenant des lances et portant des épées. Cette posture statique mais armée symbolise la vigilance et la protection de la Res Publica. Lien avec Tusculum : Une interprétation lie ce revers à un exploit ancestral des Sulpicii à Tusculum, où les Dioscures seraient intervenus pour sauver la ville. Cela permet au monétaire de justifier le motif par une gloire familiale tout en invoquant des divinités « sauveuses » dans un contexte de guerre civile. Les Étoiles : Les deux étoiles au-dessus de leurs têtes (les pilei) rappellent leur nature divine et leur capacité à guider Rome à travers la tempête politique. Lucius Servius Rufus est une figure représentative de la noblesse romaine de la fin de la République, cherchant à maintenir le prestige de sa lignée dans une période de transition violente. 1. Origines et Famille Il appartient à la Gens Sulpicia, l’une des familles patriciennes les plus anciennes et les plus illustres de Rome. Plus précisément, il est issu de la branche des Sulpicii Rufi. Le Père : Il est le fils de Servius Sulpicius Rufus, l’un des plus grands juristes de l’histoire romaine, consul en 51 av. J.-C. et ami intime de Cicéron. Ce père était admiré pour son intégrité et sa science juridique, et sa mort en 43 av. J.-C. (pendant une mission diplomatique pour le Sénat) fut considérée comme une perte majeure pour la République. La Mère : Sa mère était Postumia, une femme de caractère mentionnée dans la correspondance de Cicéron. Lien avec la Poésie : Selon certains chercheurs, Lucius serait le père de la poétesse Sulpicia, la seule femme poète de la Rome antique dont l’œuvre nous soit parvenue. 2. Carrière Politique et Mandat Monétaire Lucius Servius Rufus a exercé la fonction de Quatuorvir Monétaire (Quatuorvir monetalis). Le Collège des Quatre : À cette époque, Jules César avait porté le nombre de magistrats monétaires de trois à quatre. Rufus siégeait aux côtés de M. Arrius Secundus, C. Clodius Pulcher et C. Numonius Vaala. Engagement Politique : Bien que son père ait été un républicain modéré, Lucius semble avoir navigué avec prudence. Il a d’abord pris parti pour César pendant la guerre civile. Cependant, l’iconographie de ses monnaies (notamment le portrait de Brutus sur ses deniers, selon certains experts comme Woytek) suggère une sympathie ou une allégeance envers la cause républicaine du Sénat après l’assassinat du dictateur. 3. Son Rôle dans l’Histoire Monétaire Le mandat de Rufus est marqué par une tentative du Sénat de reprendre la main sur la frappe de l’or. L’Or du Sénat : L’émission de l’aureus RRC 515/1 est exceptionnelle car elle représente l’un des derniers efforts du Sénat pour émettre de la monnaie d’or en son nom propre, avant que ce privilège ne devienne exclusivement impérial. Propagande Familiale : À travers ses types monétaires (les Dioscures et la citadelle de Tusculum), il ne se contente pas de servir l’État ; il érige un monument numismatique à la gloire de sa gens et de ses racines tusculanes. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon L. Servius Sulpicius Rufus. 710-711 (44-43 av. J.-C.). Le père de ce monétaire était Ser. Sulpicius Lemonia Rufus, contemporain et ami de Cicéron, jurisconsulte célèbre par sa science et son intégrité. Son fils Lucius, qu’il avait eu de Postumia, est mentionné fréquemment par Cicéron; il se joignit à son père pour accuser Murena, en 691 (63 av. J.-C.); pendant la guerre civile entre César et Pompée, il prit parti pour le vainqueur des Gaules. Les monnaies qu’il fit frapper datent de 710-711, après le meurtre de César. Il fut quatuorvir monétaire avec M. Arrius Secundus, C. Clodius C. f. Pulcher, et C. Numonius Vaala. Ces magistrats ont frappé des aurei au nom du Sénat qui s’empressa, après
1654JU – Quinaire Brutus – Marcus Junius Brutus

1654JU – Quinaire Brutus – Marcus Junius Brutus Avers : LEIBERTAS Tête de Libertas (la Liberté) à droite. Revers : Anépigraphe Gouvernail posé sur une ancre. British Museum 1.72g INDICE DE RARETE : 9 1 10+ ATELIER : Thrace ou Macédoine Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gens : Junia Références : RRC 506/3 – B.33 (Junia) – Syd.1288 Le symbolisme et le contexte historique de ce quinaire sont indissociables de la période de guerre civile qui suit l’assassinat de Jules César. Cette monnaie est un puissant outil de propagande au service de la cause républicaine. 1. Le Contexte Historique : La résistance des « Libérateurs » Cette pièce est frappée vers 43-42 av. J.-C., au moment où Brutus et Cassius ont quitté l’Italie pour l’Orient (Grèce et Asie Mineure). L’armée de la République : Contrairement aux monnaies frappées à Rome par le Sénat, celle-ci est issue d’un atelier militaire itinérant. Elle servait principalement à payer les légions et les mercenaires levés par Brutus pour affronter les héritiers de César (Marc Antoine et Octave). La préparation de Philippes : Ce quinaire circule juste avant la bataille décisive de Philippes (octobre 42 av. J.-C.). Il représente l’ultime effort financier et idéologique pour maintenir l’idéal de la République romaine face à la montée du pouvoir personnel. 2. Le Symbolisme du Droit : La Liberté (Libertas) Le choix de la figure de Libertas est hautement politique : Légitimation du tyrannicide : En plaçant la Liberté sur leurs monnaies, Brutus et ses alliés cherchent à justifier le meurtre de César. Ils ne se voient pas comme des assassins, mais comme des Liberatores. Continuité familiale : Pour Brutus, ce symbole est aussi personnel. Ses ancêtres (notamment Lucius Junius Brutus) étaient réputés avoir chassé les derniers rois de Rome. L’inscription LEIBERTAS (avec une orthographe archaïsante) renforce ce lien avec les traditions anciennes de la République. 3. Le Symbolisme du Revers : Le Gouvernail et l’Ancre Contrairement à beaucoup de monnaies romaines qui illustrent des victoires terrestres, le revers du RRC 506/3 est purement maritime : La maîtrise des mers : Brutus et Cassius possédaient une supériorité navale écrasante en Méditerranée orientale. Le gouvernail et l’ancre croisés symbolisent le contrôle des routes de ravitaillement et la capacité de l’armée républicaine à se déplacer librement entre la Grèce et l’Asie. Stabilité et Sécurité : L’ancre représente la stabilité de l’État (la Res Publica) que les républicains prétendent protéger, tandis que le gouvernail évoque la direction sage et traditionnelle de la cité, par opposition au « naufrage » que représenterait une dictature. Synthèse Cette monnaie est une pièce maîtresse pour comprendre la communication de crise de Brutus. Elle ne se contente pas d’avoir une valeur marchande ; elle est un manifeste portatif rappelant à chaque soldat et citoyen que le combat de Brutus est celui de la liberté contre l’oppression. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon Q. Caepio Brutus Ce personnage célèbre était fils de M. Junius Brutus et de Servilia, soeur de Q. Servilius Caepio. Né dans l’automne de l’an 666 (8e av. J.-C.), il fut adopté par son oncle Q. Servilius Caepio, et c’est en raison de cette adoption qu’on voit figurer sur les monnaies de Brutus des souvenirs de la gens Servilia. Sur ses espèces, qu ‘il fit frapper, soit comme proconsul soit comme imperator, il prend simplement le nom de Brutus ou celui de Q. Caepio Brutus. En 705 (49 av. J.-C.), lorsqu’éclata la guerre civile entre César et Pompée, Brutus, bien que démocrate, se déclara pour le parti aristocratique; l’année suivante, il se distingua à Dyrrachium contre les troupes de César; après Pharsale il ne dut son salut qu’à la clémence du vainqueur. Réfugié à Larissa, il résolut de quitter le parti pompéien et il écrivit à César pour solliciter son pardon. Non seulement il l’obtint, mais dès l’an 708, il fut nommé gouverneur de la Gaule Cisalpine. Rentré à Rome l’année suivante, il répudia sa femme Claudia pour épouser Porcia, soeur de Caton. En 710 (44 av. J.-C.). Brutus était préteur urbain et César lui avait promis le gouvernement de la Macédoine ; il ne s’en joignit pas moins à C. Cassius pour conspirer contre la vie du dictateur qui tomba sous le poignard des assassins le 15 mars 710 (44 av. J.-C.). Le Sénat pardonna aux meurtriers, mais l’ attitude de Marc Antoine fit comprendre à Brutus que le futur triumvir se disposait à venger le dictateur. Brutus partit pour Athènes avec l ‘intention de prendre possession du gouvernement de la Macédoine dont il s ’empara grâce au secours en argent que lui fournit le questeur M. Appuleius. Maisle Sénat avait, dans l’intervalle, assigné la Macédoine à Marc Antoine qui y envoya son frère, C. Antonius, en qualité de préteur, mais avec les pouvoirs proconsulaires ; ce dernier tomba entre les mains de Brutus qui le fit mettre à mort. D’autre part, Octave, en août 711 (43 av. J.-C.), obtint du Sénat la condamnation des meurtriers de César. La guerre était devenue nécessaire : Brutus prit le titre d’ imperalor et fit, à Sardes, sa jonction avec Cassius. On se battit d’abord sur mer, et finalement, dans l’automne de 712 (42 av. J.-C.), à Philippes, où Brutus et Cassius furent vaincus. Brutus désespéré se perça de son poignard. Les emblèmes qui figurent sur les monnaies de Brutus rappellent que le tyrannicide se prétendait le restaurateur de la liberté du peuple romain. Tantôt son nom n’est suivi d’aucun titre ; tantôt il prend, comme C. Cassius, le titre de proconsul ; celles-ci ont été frappées en Macédoine par le proquesteur L. Sestius. Tantôt enfin, Brutus prend le titre d’imecrator ; ces dernières sont frappées par ses lieutenants en Orient, avant la bataille de Philippes : P. Cornélius Lentulus Spinther, C. Flavius Hemicillus, Pedanius Costa, L. Plaetorius Cestianus, M. Servilius, et C. Servilius Casca. Lieux de découverte (5 exemplaires)
1653JU – Denier Brutus – Pedanius Costa

1653JU – Denier Brutus – Pedanius Costa Avers : COSTA LEG (Costa Legatus, Costa Légat) Tête laurée d’Apollon à droite. Revers : BRVTVS / IMP (Brutus/ Imperator) Trophée militaire composé d’une cuirasse, de deux lances et d’un bouclier en forme de huit. British Museum 3.82g INDICE DE RARETE : 8 1 10+ ATELIER : Asie Mineure ou Macédoine Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Pedania et Junia Références : RRC 506/2 – B.42 (Junia) – Syd.1296 Ce denier ne se contente pas d’être un instrument financier pour payer les troupes de Brutus ; il est un puissant outil de communication politique et militaire. Chaque élément iconographique est soigneusement choisi pour légitimer la cause des « Républicains » face aux héritiers de César. 1. Le Symbolisme de l’Avers : Apollon et la Liberté La tête laurée d’Apollon est au cœur du message idéologique de Brutus. La Protection Divine : Apollon était perçu comme le dieu de la lumière, de la prophétie et de l’ordre. En le plaçant sur ses monnaies, Brutus invoque une autorité morale supérieure pour justifier le tyrannicide. Le Lien avec la Liberté : Dans le contexte des guerres civiles, Apollon est souvent associé à la figure de la Libertas. Pour Brutus, le combat contre Octave et Marc Antoine n’est pas une quête de pouvoir personnel, mais une mission sacrée pour restaurer la République. Pedanius Costa : La mention COSTA LEG (Pedanius Costa, Legatus) rappelle que la monnaie est émise sous l’autorité d’un lieutenant de confiance, soulignant l’organisation structurée de l’armée de Brutus. 2. Le Symbolisme du Revers : Le Trophée et l’Imperator Le revers est purement militaire et triomphal. Le Trophée (Tropaeum) : Il est composé d’une cuirasse, de lances et d’un bouclier spécifique (parfois décrit en « forme de huit »). Ce trophée symbolise une victoire déjà acquise sur le champ de bataille. Il servait à galvaniser les troupes en leur rappelant que leur chef était un vainqueur. Le Titre d’Imperator : L’inscription BRVTVS IMP est cruciale. Le titre d’Imperator n’était pas un titre politique à cette époque, mais un salut militaire donné par les soldats à leur général après une grande victoire. Cela prouve que Brutus jouissait d’une immense popularité auprès de ses légions peu avant l’affrontement final à Philippes. 3. Contexte Historique : L’Argent de la Guerre Frappé entre 43 et 42 av. J.-C., ce denier provient d’un atelier militaire mobile. Financement : Brutus et Cassius devaient lever des fonds massifs pour entretenir plus de 17 légions. Ils ont largement pillé les cités d’Asie Mineure (comme Rhodes ou Xanthos) pour transformer les trésors locaux en ces deniers d’argent. Propaganda : Contrairement aux monnaies de César qui affichaient son propre portrait (un acte jugé tyrannique par ses opposants), Brutus choisit ici des divinités ou des symboles abstraits, voulant ainsi se présenter comme le simple serviteur de l’État. Le magistrat monétaire associé à cette monnaie est Pedanius Costa, un personnage qui, bien que discret dans les textes historiques, occupe une place stratégique dans l’entourage de Brutus durant la guerre civile. Voici les informations clés sur ce monétaire et son rôle : 1. Identité et Statut : Le Légat de Brutus Pedanius Costa n’est pas un simple magistrat monétaire urbain (triumvir monetalis), mais un légat (legatus). Signification du titre : Le titre COSTA LEG sur la monnaie indique qu’il était un officier de rang supérieur, un lieutenant agissant sous l’autorité directe de Brutus (le commandant en chef). Autorité monétaire : En tant que légat, il avait reçu le pouvoir de superviser la frappe de monnaie pour l’armée. Dans le contexte de l’époque, cela signifie qu’il gérait l’atelier itinérant qui suivait les troupes de Brutus et Cassius à travers l’Asie Mineure et la Macédoine. 2. Origine familiale : La gens Pedania La famille de Costa, la gens Pedania, est peu documentée dans l’histoire romaine. Une famille ancienne mais modeste : Bien que la famille soit d’origine ancienne, elle n’était pas particulièrement illustre à Rome. Le seul autre membre notable cité par les historiens (notamment Tite-Live) est un centurion, Titus Pedanius, qui s’était illustré par son courage durant la seconde guerre Punique (212 av. J.-C.). Un partisan dévoué : Le choix de Pedanius Costa par Brutus pour cette tâche cruciale (le financement de la guerre) montre qu’il était un partisan de confiance de la cause républicaine. 3. Son rôle dans les émissions monétaires Pedanius Costa est responsable de deux types principaux dans le système de Michael Crawford : L’aureus (RRC 506/1) : La pièce en or très rare dont nous parlons, montrant les portraits des deux Brutus. Le denier (RRC 506/2) : Une émission en argent plus courante. L’avers représente la tête laurée d’Apollon (symbole de la liberté et de la protection divine) et le revers montre un trophée militaire, symbolisant les victoires de Brutus sur les tribus de Thrace avant la bataille finale de Philippes. 4. Le contexte de sa disparition On perd la trace de Pedanius Costa après la défaite des républicains à la bataille de Philippes en 42 av. J.-C. Étant donné qu’il faisait partie de l’état-major rapproché de Brutus, il est probable qu’il ait péri lors des combats ou qu’il se soit suicidé, comme beaucoup d’autres officiers républicains refusant de se soumettre à Octave et Antoine. Note numismatique : La présence de son nom aux côtés de celui de Brutus sur un aureus souligne l’importance des « officiers payeurs » dans les armées privées de la fin de la République. Sans Costa pour transformer le butin de guerre en pièces sonnantes et trébuchantes, Brutus n’aurait jamais pu maintenir ses 17 légions. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon Bien que la famille Pedania ne soit pas très illustre, elle remonte cependant à une origine fort ancienne. Tite Live cite un centurion du nom de T. Pedanius qui s’illustra par son courage, durant la seconde guerre Punique, en 542 (212 av. J.-C.), mais ce personnage est le seul que l’on connaisse pendant la période républicaine, avec Pedanius Costa qui fut lieutenant de Q. Caepio Brutus, en Asie, lors de la guerre civile. C’est en qualité de
1646JU – Denier Brutus – C. Flavius Hemicillus

1646JU – Denier Brutus – C. Flavius Hemicillus Avers : C FLAV HEMIC LEG PRO PR (Caius Flavius Hemic. Legatus Pro Praetore, Caius Flavius Hemic. Légat Proprêteur) Buste d’Apollon drapé à droite; devant, une lyre. Revers : BRVT IMP Q CAEP (Quintus Cæpio Brutus Imperator, Quintus Caepio Brutus empereur) Victoire debout à gauche, couronnant un trophée de la main droite et tenant une palme de la main gauche. British Museum 3.9g INDICE DE RARETE : 10+ 1 10+ ATELIER : Grèce? Datation : 43 – 42 avant J.C. Matière : Argent Gentes : Flavia, Servilia et Junia Références : RRC 504/1 – B.1 (Flavia) – Syd.1294 Ce denier est une monnaie d’une importance capitale pour comprendre la propagande des « Libérateurs » (les assassins de César) durant la guerre civile. 1. Contexte Historique : L’armée en marche (43-42 av. J.-C.) Après le meurtre de Jules César aux Ides de Mars en 44 av. J.-C., Brutus et Cassius quittent l’Italie pour l’Orient afin de lever une armée et des fonds. Ce denier est frappé par un atelier militaire itinérant, probablement en Thrace ou en Asie Mineure. Le besoin de légitimité : Brutus doit payer ses légions pour s’assurer de leur fidélité avant l’affrontement final contre Octave et Marc Antoine à Philippes. L’autorité : Le titre IMP (Imperator) sur le revers indique que Brutus a été acclamé par ses troupes, lui conférant une autorité militaire suprême indispensable pour contester le pouvoir du Second Triumvirat. 2. Symbolisme de l’Avers : Apollon et la Lyre Le choix d’Apollon n’est pas anodin. C’est une divinité aux multiples facettes que Brutus utilise pour porter son message : La Cause des Libérateurs : On raconte que le jour de la bataille de Philippes, le mot d’ordre donné par Brutus à ses soldats était « Apollon ». Le dieu représente ici l’ordre, la civilisation et la liberté face à ce que les républicains considéraient comme la « tyrannie » de César. La Culture et la Vertu : La lyre renforce l’image de Brutus comme un homme de culture et de philosophie, un « tyrannicide » agissant par devoir moral plutôt que par ambition personnelle. 3. Symbolisme du Revers : La Victoire et le Trophée Le revers est un message de propagande militaire pure : La Victoire (Victoria) : Elle est représentée en train de couronner un trophée. Cela suggère que Brutus a déjà remporté des succès militaires (probablement contre les tribus thraces ou lors du siège de cités lyciennes comme Xanthe). L’Anticipation du Triomphe : En montrant la Victoire, Brutus affirme à ses soldats et à ses partisans que leur cause est juste et qu’elle est destinée à triompher. C’est une promesse de victoire finale sur les héritiers de César. Le Trophée : Il symbolise la dépouille de l’ennemi vaincu. Dans ce contexte de guerre civile, il sert à galvaniser les troupes en rappelant les exploits passés de leur général. 4. L’Identité de Brutus : Q. Caepio Brutus Le nom inscrit au revers, Q. CAEP(IO) BRVT(VS), rappelle que Brutus avait été adopté par son oncle maternel, Quintus Servilius Caepio. Bien qu’il soit passé à la postérité sous le nom de Marcus Junius Brutus, il utilisait officiellement ce nom d’adoption sur ses monnaies pour honorer les traditions familiales et souligner son rang au sein de l’aristocratie romaine. En résumé, ce denier est une pièce de communication politique : il utilise la figure protectrice d’Apollon pour justifier la cause républicaine et l’imagerie de la Victoire pour affirmer la puissance militaire de Brutus face à l’imminence du choc de Philippes. L’étude de cette monnaie met en lumière un personnage clé, bien que relativement discret dans les textes classiques : Caius Flavius Hemicillus. Voici les informations essentielles sur ce magistrat monétaire et son rôle auprès de Brutus. 1. Identité et Statut Nom complet : Caius Flavius Hemicillus. Titre : Il porte sur la monnaie le titre de Legatus Pro Praetore (LEG PRO PR), ce qui signifie qu’il agissait en tant que lieutenant avec des pouvoirs prétoriens. Il ne s’agit donc pas d’un simple magistrat civil de Rome, mais d’un officier de haut rang nommé directement par Brutus pour administrer une partie de ses forces ou de ses territoires en Orient. Origine : Son cognomen « Hemicillus » est extrêmement rare. Certains linguistes suggèrent qu’il pourrait signifier « petit âne » ou « demi-âne » (du grec hemi, demi, et du latin illus), une forme de surnom assez courante dans l’aristocratie romaine (comme Asina ou Vitulus). 2. Relation avec Brutus Caius Flavius était l’un des partisans les plus fidèles du camp républicain : Chef de camp : Dans ses écrits, Plutarque mentionne un certain « Flavius » qui servait Brutus comme praefectus fabrum (chef du génie ou des ingénieurs). Il est très probable qu’il s’agisse de la même personne. Un ami proche : Cicéron, dans sa correspondance avec Atticus, fait référence à un « Flavius Noster » (« notre ami Flavius »), ce qui souligne son intégration dans le cercle intime des chefs républicains. Rôle financier : En tant que légat, il a supervisé la frappe de ce denier pour financer les préparatifs militaires en Thrace et en Lycie. Sa présence sur la monnaie aux côtés du nom de Brutus témoigne de la confiance absolue que ce dernier lui accordait. 3. Sa fin tragique L’histoire de Flavius Hemicillus se termine dans la violence des guerres civiles : La bataille de Philippes (42 av. J.-C.) : Il accompagne Brutus jusqu’à l’affrontement final contre Octave et Marc Antoine. Capture et exécution : Selon certaines sources historiques (notamment Appien), il aurait survécu à la bataille de Philippes mais aurait été capturé plus tard, après la chute de Pérouse en 40 av. J.-C., où il aurait été exécuté sur ordre d’Octave. En résumé Caius Flavius Hemicillus représente cette élite de l’ordre équestre ou sénatorial qui a tout misé sur la cause de la République. Sa signature sur ce denier transforme cet objet en une véritable « monnaie de guerre », signée par l’homme qui gérait la logistique et les finances de l’armée de la Liberté. Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie : Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon C. Flavius