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Terpsichore · Iconographie numismatique · LesDioscures

Terpsichore

Muse de la Danse · Iconographie numismatique · République romaine

Nature Divinité grecque
Origine Grecque · adoptée par Rome
Attributs Lyre · Couronne de lierre
Période 66 av. J.-C. (RRC 410)
Monnaies 1 type référencé

Dans la mythologie grecque, Terpsichore (en grec ancien Τερψιχόρα / Terpsichóra, de τέρπεω / térpeô, « apprécier » et χoρός / khorós, « la danse ») est la Muse de la Danse. Fille de Zeus et de la Titanide Mnémosyne, elle est l’une des neuf Muses qui résidaient sur l’Olympe, où elles distrayaient les dieux par leurs chants, leurs danses et leur musique. Elle est souvent représentée comme une jeune fille vive et enjouée, couronnée de guirlandes, marquant de sa lyre la cadence des chœurs.

Dans l’iconographie, Terpsichore est fréquemment figurée avec une lyre, symbolisant l’harmonie profonde entre la musique et la danse. Elle peut aussi apparaître couronnée de lierre, en référence aux célébrations dionysiaques où la danse tenait un rôle central. Dans certains récits, elle est mentionnée comme la mère des Sirènes, qu’elle aurait eues avec le dieu fleuve Achéloos — bien que cette généalogie varie selon les sources. Son nom a donné naissance à l’adjectif « terpsichoréen », désignant tout ce qui se rapporte à l’art de la danse.

Terpsichore, muse de la danse, sculpture antique, Villa Adriana, Prado
Terpsichore · Villa Adriana · Musée du Prado, Madrid (E-41) · Domaine public

« Les abîmes que le regard sublime oublie, passant audacieusement d’un point à un autre — ton bond, Terpsichore, ne suffirait point à les franchir. »

— Paul Claudel
✦ Représentations remarquables
R1 Terpsichore — Sculpture romaine, villa de Cassius près de Tivoli IIe siècle ap. J.-C.
Terpsichore, marbre romain, Musée de l'Ermitage
Terpsichore · Marbre romain · Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg · Domaine public

Cette sculpture en marbre blanc est l’une des représentations les plus célèbres de Terpsichore dans l’Antiquité romaine. La Muse y est figurée debout, tenant sa lyre — attribut emblématique — dont les accords guidaient la cadence des chœurs de danse. La tête, bien qu’antique, n’appartient pas au corps d’origine, ce qui est fréquent pour les sculptures de cette période reconstituées à la Renaissance.

Découverte à la villa de Cassius près de Tivoli en 1774, cette œuvre reflète l’intérêt des grandes familles romaines pour la culture grecque et les Muses, dont l’imagerie ornait villas et thermes comme symbole de raffinement intellectuel et artistique.

R2 Mosaïque des Muses — Villa romaine de Vichten IIe – IIIe siècle ap. J.-C.
Mosaïque des neuf Muses, villa romaine de Vichten, Luxembourg
Mosaïque des Muses · Villa romaine de Vichten (Luxembourg) · IIe–IIIe s. ap. J.-C. · Musée national d’Histoire et d’Art, Luxembourg · Domaine public

Cette exceptionnelle mosaïque polychrome découverte à la villa romaine de Vichten (Luxembourg) représente les neuf Muses, dont Terpsichore, identifiable à sa lyre et à son attitude de danseuse. Chaque Muse y est figurée dans un médaillon distinct, avec ses attributs propres, dans une composition à la fois savante et décorative.

Contrairement à la sculpture individuelle, la mosaïque replace Terpsichore dans son collège, soulignant l’appartenance de la danse à un programme culturel global. Ce type de décor pavimentaire était typique des demeures aristocratiques romaines souhaitant afficher leur culture hellénisante — un idéal que la série monétaire de Pomponius Musa allait précisément illustrer sur le métal.

✦ Attributs iconographiques
01 Les emblèmes de Terpsichore Monnaies · Sculptures · Mosaïques

Les attributs de Terpsichore traduisent l’indissociable union de la musique et de la danse dans la pensée antique. Loin d’être de simples accessoires, ils constituent un langage visuel immédiatement lisible pour tout spectateur cultivé, qu’il s’agisse d’un amateur de sculptures, d’un usager des thermes ornés de mosaïques ou d’un citoyen tenant entre ses doigts un denier frappé par Pomponius Musa.

🎵 Lyre Instrument à cordes symbolisant l’harmonie entre musique et danse. Attribut le plus constant de Terpsichore dans toute l’iconographie antique.
🌿 Couronne de lierre Référence aux célébrations dionysiaques où la danse jouait un rôle rituel central. Le lierre est aussi l’emblème d’Apollon, protecteur des Muses.
💃 Posture dansante Terpsichore est souvent représentée en mouvement ou en position de battre la mesure, incarnant l’élégance et la fluidité du corps en danse.
🪕 Plectre Petit outil servant à pincer les cordes de la lyre. Associé au plectre, Terpsichore dirige le rythme des chœurs et des danses collectives.
🌊 Sirènes (filiation) Selon Apollonios de Rhodes, Terpsichore est la mère des Sirènes avec Achéloos — créatures dont le chant ensorceleur hérite de la puissance musicale de leur mère.

Sur les monnaies républicaines, les contraintes du petit flan en argent imposent une iconographie épurée : Terpsichore y est identifiable principalement par la lyre, attribut distinctif reproduit avec soin par les graveurs de l’atelier de Rome vers 66 av. J.-C.

✦ Représentation numismatique
⚡ Seule représentation républicaine — RRC 410/7 · Série des neuf Muses

Terpsichore n’apparaît qu’une unique fois dans la numismatique de la République romaine : sur le denier RRC 410/7, frappé vers 66 av. J.-C. par le monétaire Quintus Pomponius Musa. Ce denier fait partie d’une série de neuf émissions — une par Muse — constituant l’un des programmes iconographiques les plus ambitieux et les plus originaux de toute la numismatique républicaine.

Le cognomen Musa du monétaire n’est pas anodin : il exprime une revendication culturelle explicite, liée à l’hellénisme et au cercle d’Apollon. La série entière (RRC 410/1 à 410/9) est un hapax dans l’histoire du monnayage romain — aucun autre magistrat monétaire ne choisira jamais de représenter les neuf Muses en série complète.

02 Denier Pomponia · Quintus Pomponius Musa · Terpsichore au revers 66 av. J.-C.
🎵 Terpsichore debout, tenant une lyre — Muse de la Danse
Denier Pomponia RRC 410/7, Terpsichore, 66 av. J.-C.
RRC 410/7 · Denier Pomponia · Quintus Pomponius Musa · 66 av. J.-C. · Argent · ~3,90 g · American Numismatic Society
🏛 Légendes & description
Avers — (sans légende) Tête d’Hercule à droite, coiffée de la dépouille du lion de Némée. L’association d’Hercule avec les Muses renvoie à l’Hercules Musarum, honoré au portique d’Octavie à Rome — protecteur des arts et de la poésie.
Revers Q · POMPONI · MVSA Terpsichore debout à gauche, tenant une lyre de la main gauche et un plectre de la droite. La Muse est représentée dans une posture classique, les draperies tombant avec élégance. Le nom du monétaire est inscrit en exergue ou en légende circulaire.

Le choix iconographique de Quintus Pomponius Musa est à la fois une déclaration culturelle et une revendication familiale. En frappant neuf deniers, un pour chaque Muse, il s’inscrit dans la tradition des monétaires républicains qui exploitaient le cognomen comme programme visuel. Musa — le nom même de sa gens — lui offrait l’occasion unique de célébrer l’ensemble du collège musical de l’Olympe.

Terpsichore, Muse de la Danse, occupe dans cette série la place que lui assignait la tradition grecque depuis Hésiode. Sa présence sur le métal romain témoigne de la profonde hellénisation de l’aristocratie républicaine à l’époque de Cicéron, éprise de poésie, de musique et de philosophie grecques.

✦ La série des neuf Muses de Pomponius Musa
03 RRC 410/1 – 410/9 · Un programme iconographique sans précédent 66 av. J.-C.

La série complète émise par Quintus Pomponius MusaCalliope, Clio, Erato, Euterpe, Melpomène, Polymnie, Terpsichore, Thalie, Uranie — constitue neuf deniers formant un programme iconographique sans équivalent dans la numismatique de la République romaine. Jamais auparavant, et jamais après, un monétaire n’avait choisi de représenter l’ensemble des Muses en série cohérente.

L’avers commun à tous les deniers de la série représente Hercule Musagète (Hercules Musarum), protecteur des arts, coiffé de la léonté. Ce choix n’est pas fortuit : le portique d’Octavie à Rome abritait un sanctuaire de l’Hercules Musarum, fondé au IIe siècle av. J.-C. par Marcus Fulvius Nobilior après sa conquête de la Grèce. En associant Hercule aux neuf Muses, Pomponius Musa rappelait ce monument civique tout en revendiquant, via son cognomen, une ascendance symbolique avec le monde des arts.

Cette série s’inscrit dans un contexte de forte hellénisation de l’élite romaine : les bibliothèques, les collections de sculptures grecques, les cercles poétiques — auxquels participaient Cicéron, Varron, Catulle — attestent d’une Rome éprise de culture grecque, que les Muses incarnaient par excellence. Terpsichore y représentait non seulement la danse, mais l’idéal de la choreia antique — l’union indissoluble du chant, de la musique et du mouvement.

04 Terpsichore dans la culture antique et son héritage Antiquité · Renaissance · Époque moderne

Dans la culture antique, Terpsichore était invoquée par les artistes et les poètes pour insuffler inspiration et perfection à leurs œuvres chorégraphiques. À partir du Ve siècle av. J.-C., elle est consacrée Muse de la poésie lyrique, des chœurs dramatiques et de la danse — une triple compétence qui en faisait l’une des Muses les plus convoquées dans les contextes festifs et rituels grecs.

Son influence perdure dans la langue moderne : le mot « terpsichoréen » désigne tout ce qui est relatif à la danse ou d’une grâce dansante. Elle a inspiré des œuvres majeures de la danse européenne : Terpsichore de Marie Sallé (1734), Les Passetemps de Terpsichore de Jean Dauberval (1783), Terpsichore de Marius Petipa (1861), ou encore La Nuit de Terpsichore de Michel Fokine (1908). Au XIXe siècle, le romantisme raviva l’intérêt pour les Muses et Terpsichore devint un symbole de l’élan créatif dans la danse classique.

Un astéroïde porte son nom — 81 Terpsichore — découvert en 1864, témoignant de la permanence de cette figure mythologique dans l’imaginaire scientifique et culturel occidental.

✦ Fiches numismatiques liées

Les neuf Muses de la série Pomponia (RRC 410)

Contexte mythologique

📚Notes & Références
  • Hésiode, Théogonie, v. 77–79 — première liste canonique des neuf Muses et de leurs attributs respectifs.
  • Apollonios de Rhodes, Argonautiques, IV — mentionne Terpsichore comme mère des Sirènes avec Achéloos.
  • Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV — description des Muses et de leurs domaines de compétence.
  • Pausanias, Description de la Grèce, IX — évoque le mont Hélicon et les sanctuaires des Muses.
  • Claudel, Paul — citation évoquant Terpsichore et l’art du bond dansant.
  • Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 410/1 à 410/9, la série complète des Muses de Pomponius Musa.
  • Babelon, E., Description des Monnaies de la République Romaine — notice Pomponia.
  • Zehnacker, H., Moneta, Rome, 1973 — analyse iconographique des séries mythologiques républicaines.
  • Meadows, A. & Williams, J., « Moneta and the Monuments », Journal of Roman Studies, 2001 — sur le programme culturel de la série des Muses.
  • Sear, D.R., Roman Coins and their Values, Spink, Londres.
Article rédigé par Christopher Mérat
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