Carisia
Gens plébéienne · IIe moitié du Ier s. av. J.-C. · Iconographie numismatique · République romaine & Auguste
La gens Carisia était une famille plébéienne romaine apparaissant dans l'histoire à la toute fin de la République. Ses deux seuls membres véritablement connus sont Titus Carisius, triumvir monetalis en 46 av. J.-C. sous Jules César, et Publius Carisius, légat d'Auguste en Hispanie vers 25–23 av. J.-C.
Les Carisii n'avaient pas de cognomen propre, et leur famille n'apparaît dans les sources antiques que dans ces deux contextes numismatiques et militaires. Publius Carisius, le membre le plus célèbre de la gens, vainquit les Astures en Hispanie et s'empara de leur chef-lieu Lancia vers 25 av. J.-C. ; mais en raison de sa cruauté et de son insolence, les Astures reprirent les armes en 22 av. J.-C. Les deux personnages ont souvent été confondus par les historiens anciens et modernes — Titus étant probablement le père de Publius.
« Les Carisii n'avaient pas de cognomen, et leur famille n'apparaît dans l'histoire que vers la fin de la République. Les deux seuls membres connus ont frappé monnaie : T. Carisius et P. Carisius, personnages qui ont souvent été confondus par les historiens. »
— Ernest Babelon, Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, notice Carisia
L'année 46 av. J.-C. est charnière pour Rome. Après la victoire de Thapsus contre les partisans de Pompée en Afrique, Jules César rentre à Rome pour célébrer un quadruple triomphe (Gaule, Égypte, Pont et Afrique) — événement sans précédent dans l'histoire de la République. La même année, César réforme le calendrier (l'« année de la confusion » de 445 jours) et est nommé dictateur pour dix ans.
C'est dans ce contexte exceptionnel que Titus Carisius, triumvir monetalis, émet une série remarquable de cinq deniers, un quinaire et deux sesterces dont l'iconographie est entièrement dédiée à la gloire de César. Contrairement à la tradition républicaine qui voulait que le monétaire glorifie sa propre gens, Carisius utilise la monnaie comme un vecteur de propagande césarienne — célébrant la Victoire, la puissance universelle de Rome et les origines divines de la gens Julia.
Ce magistrat fit émettre cinq deniers (1475CA, 1476CA, 1477CA, 1478CA, 1479CA), un quinaire (1480CA) et deux sesterces (1481CA, 1482CA). La légende apposée est « T. CARISI » ou « T. CARISIVS », parfois accompagnée de III VIR (triumvir). Titus Carisius partageait son collège monétaire avec Manius Cordus Rufus et Caius Considius Paetus. L'iconographie de cette série est d'une richesse exceptionnelle — Sibylle Hérophile, Junon Moneta avec les outils de frappe, déesse Roma, Victoria en bige ou en quadrige, Pan, panthère dionysiaque, Diane chasseresse — autant de motifs qui témoignent d'une propagande délibérément tournée vers la légitimation du pouvoir de César. Cliquez sur les monnaies pour le détail.
Ce magistrat fit émettre sous l'autorité d'Auguste une série de trente et une monnaies : treize deniers, deux quinaires, quinze as et un dupondius (RIC I 1 à 24). La légende est « P CARISIVS » — Publius Carisius, légat d'Auguste pro-préteur. Ces émissions sont de nature provinciale, frappées en Hispanie dans le contexte de la guerre cantabrique, après la victoire sur les Astures. Publius Carisius est l'une des figures les plus importantes de la conquête de l'Hispanie septentrionale sous Auguste — il fonda la ville d'Emerita Augusta (actuelle Mérida) pour accueillir les vétérans de sa campagne. Bien qu'il remporte des succès militaires décisifs, sa dureté envers les vaincus provoque un soulèvement en 22 av. J.-C. Sa série monétaire constitue un témoignage unique de l'administration provinciale augustéenne.
Les Carisii se distinguent de la plupart des gentes républicaines par leur apparition tardive et leur absence de cognomen. Famille sans généalogie illustre à revendiquer, sans ancêtre mythique à graver sur leurs deniers, ils illustrent une mutation du monnayage républicain : la propagande se tourne vers le pouvoir en place plutôt que vers la gloire familiale.
L'iconographie de Titus Carisius est particulièrement sophistiquée : la Sibylle Hérophile (née à Gergis, en Troade) et le Sphinx de son revers évoquent les origines troyennes de la gens Julia ; Junon Moneta avec les outils de frappe rappelle la sacralité de l'atelier monétaire du Capitole ; la Victoria omniprésente célèbre les triomphes de César ; la corne d'abondance sur globe affirme la domination universelle de Rome.
Titus Carisius — 46 av. J.-C. · Série césarienne
Publius Carisius — 25–23 av. J.-C. · Série augustéenne d'Hispanie
- Florus, Epitome de T. Livio Bellorum Omnium Annorum DCC libri duo, iv. 12. § 55 — récit de la guerre asturienne et du rôle de Publius Carisius.
- Paulus Orosius, Historiarum Adversum Paganos Libri VII, vi. 21 — mention des campagnes de P. Carisius en Hispanie.
- Cassius Dion, Histoire romaine, liii. 25, liv. 5 — récit de la conquête asturienne et du soulèvement de 22 av. J.-C.
- Suétone, Vie d'Auguste — contexte des guerres hispaniques et fondation d'Emerita Augusta.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine — notice Carisia (source principale pour T. Carisius).
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 464 (série complète de T. Carisius).
- Burnett, A., Amandry, M., Ripollès, P.P., Roman Provincial Coinage, vol. I — série de P. Carisius pour l'Hispanie augustéenne.
- Mattingly, H. & Sydenham, E.A., Roman Imperial Coinage, vol. I (Auguste) — RIC I 1–24, P. Carisius.
- Smith, W., Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology — notices T. Carisius et P. Carisius.
- CRRO — RRC 464/1 · T. Carisius · Sibylle / Sphinx
- CRRO — RRC 464/2 · T. Carisius · Moneta / Outils
- OCRE — RIC I · P. Carisius · Série augustéenne d'Hispanie
- British Museum — 1475CA · Denier Sibylle/Sphinx · 4,02 g
- British Museum — 1476CA · Denier Moneta/Outils · 3,89 g
- BnF Gallica — 1479CA · Denier Victoria SC · 3,71 g
- LesDioscures.com — Iconographie numismatique romaine
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