Concordia (la Concorde)

Concordia La Concorde · Iconographie numismatique · République & Empire romains NatureAbstraction divinisée Équivalent grecHomonoia AttributsPatère · Corne d’abondance · Caducée TempleForum romain · 367 av. J.-C. (trad.) MonnaiesRRC 415 à 529 · Empire À Rome, Concordia est la personnification divinisée de l’accord entre citoyens : entre patriciens et plébéiens, entre factions politiques, puis entre les membres de la famille impériale et entre l’empereur et ses armées. Son équivalent grec est Homonoia, l’« unité d’esprit ». Elle n’a pas de mythologie propre : c’est une vertu civique à laquelle on élève des temples et que l’on invoque au sortir des crises. Sur les monnaies, elle apparaît d’abord sous la forme d’une tête voilée et diadémée (République), puis d’une figure assise ou debout tenant patère, corne d’abondance ou caducée (Empire). Son image monétaire est rarement neutre : placer Concordia sur une monnaie, c’est affirmer que la cité est unie — souvent au moment précis où elle ne l’est plus. ✦ Illustration remarquable · Statue · Antonio Canova · 1810–1814 Canova · 1810–1814Galleria Nazionale · Parme Antonio Canova, Maria Luigia d’Asburgo in veste di Concordia, marbre. Galleria Nazionale, Palazzo della Pilotta, Parme. À l’automne 1810, Canova est appelé à Paris pour faire le portrait de la nouvelle épouse de Napoléon, Marie-Louise d’Autriche. Il la représente en Concordia trônant, vêtue à l’antique, coiffée du diadème et tenant sceptre et patère — la personnification de la paix scellée entre la France et l’Autriche par ce mariage. L’œuvre unit la noblesse classique de la figure à un visage traité en vrai portrait. La statue est achevée en janvier 1814, au moment où l’Empire s’effondre : elle ne part jamais pour Paris. Marie-Louise, devenue duchesse de Parme, la récupère en 1817 et l’installe à Colorno ; elle entre dans la galerie de la Pilotta en 1848. L’histoire même de cette statue dit la fragilité de la concorde qu’elle célèbre. Image : Wikimedia Commons Nam concordia parvae res crescunt, discordia maximae dilabuntur. « Par la concorde les petits États grandissent, par la discorde les plus grands se désagrègent. » — Salluste, Guerre de Jugurtha, X, 6 ✦ Origines & Culte 01 Du vœu de Camille au temple d’Opimius 367 – 121 av. J.-C. La tradition attribue le premier temple de Concordia à un vœu de Camille en 367 av. J.-C., lors de la crise qui aboutit aux lois liciniennes-sextiennes et à l’ouverture du consulat aux plébéiens (Ovide, Fastes, I, 641-644 ; Plutarque, Camille, 42). Ce vœu n’est connu que par ces sources tardives, et son historicité est discutée. D’autres sanctuaires sont mieux attestés : une petite chapelle de bronze (aedicula) dédiée par l’édile Cn. Flavius en 304 (Tite-Live, IX, 46, 6), puis un temple sur l’Arx voué en 218 et dédié en 216 (Tite-Live, XXII, 33, 7 ; XXIII, 21, 7). Le grand temple du Forum, au pied du Capitole, est reconstruit par le consul L. Opimius en 121, après le massacre de Caius Gracchus et de ses partisans : une « concorde » imposée par la force, que la plèbe ressentit comme une provocation (Plutarque, C. Gracchus, 17). Le Sénat s’y réunit dans les heures graves — notamment le 5 décembre 63, lors du débat sur le sort des complices de Catilina (Salluste, Catilina, 46, 5). 02 Concordia Augusta · Tibère et Livie 7 av. – 10 apr. J.-C. Sous Auguste, le culte change d’échelle. En 7 av. J.-C., Tibère annonce la reconstruction du temple du Forum à ses frais et à son nom et à celui de son frère Drusus (Dion Cassius, LV, 8, 2) ; le nouvel édifice, dédié à la Concordia Augusta, est inauguré un 16 janvier, en 10 apr. J.-C. (Dion Cassius, LVI, 25, 1 ; Ovide, Fastes, I, 637-650). La même année 7 av. J.-C., Livie dédie à Concordia un sanctuaire dans le portique qui porte son nom, sur l’Esquilin (Ovide, Fastes, VI, 637-648). La déesse y devient la garante de l’harmonie conjugale et de l’unité de la domus Augusta. Concordia peut ainsi incarner tour à tour l’accord entre les ordres, l’harmonie du couple et la stabilité dynastique : sous l’Empire, son nom sur une monnaie est un signal politique autant qu’une invocation religieuse. ✦ Iconographie & Attributs 🍶 Patère Coupe à libations tenue dans la main droite — geste d’offrande et de piété civique, surtout sous l’Empire. 🌿 Corne d’abondance Simple ou double : la prospérité qui naît de la paix intérieure. 🪄 Caducée Bâton de Mercure, emblème des négociations et de la paix conclue. 🤝 Mains jointes Dextrarum iunctio : la poignée de main du serment, souvent unie au caducée (RRC 494/41, 529/4). 👑 Voile & diadème Sur les deniers républicains, Concordia est une tête voilée et diadémée, comme une matrone romaine. 🪑 Posture assise Sur les monnaies impériales, souvent trônant : la stabilité et la permanence de l’accord. ⚡ Concordia & Discordia L’opposée de Concordia est Discordia — l’Éris grecque — qui, selon la fable, lança la pomme d’or à l’origine du jugement de Pâris et de la guerre de Troie (Hygin, Fables, 92). À Rome, invoquer Concordia revenait à conjurer le spectre des sécessions de la plèbe et des guerres civiles. Les dates des deniers républicains à son effigie le montrent : 62, 55, 52, 42 et 39 av. J.-C. — autant de moments où l’unité de la cité était menacée ou à peine rétablie. ✦ Concordia sur les monnaies romaines 03 Époque républicaine · Une tête voilée 62 – 39 av. J.-C. 🏛️ Iconographie Concordia n’apparaît sur le denier qu’à la fin de la République, toujours sous la forme d’une tête voilée et diadémée au droit, accompagnée de son nom. Le revers, lui, change avec chaque monétaire : — 62 av. J.-C. : L. Aemilius Lepidus Paullus l’associe au triomphe de son ancêtre Paul-Émile (RRC 415/1) puis, avec Scribonius Libo, au puteal du Forum (RRC 417/1) ; — 55 av. J.-C. : P. Fonteius Capito la place face à la Villa Publica restaurée par T. Didius (RRC 429/2) ; — 52 av. J.-C. : L.
Hercule

Hercule Héraclès · Héros divinisé · Fils de Zeus & d’Alcmène · Iconographie numismatique · République romaine NatureHéros divinisé · Demi-dieu FiliationZeus · Alcmène AttributsMassue · Peau de lion · Arc Culte romainAra Maxima · Forum Boarium MonnaiesQuadrans · RRC 494/37–38 Hercule — Héraclès dans la tradition grecque — est le héros le plus célèbre de l’Antiquité, fils de Zeus et d’Alcmène, une mortelle thébaine. Son nom grec, que l’on rend traditionnellement par « gloire d’Héra », souligne ironiquement la tension entre sa grandeur et les persécutions incessantes de l’épouse de Zeus. Dès le berceau, Héra envoya deux serpents pour le tuer ; l’enfant les étrangla, annonçant sa destinée héroïque. À Rome, Hercule devint bien davantage qu’un héros importé : son culte à l’Ara Maxima du Forum Boarium comptait parmi les plus anciens de la ville, et les grands généraux de la fin de la République l’invoquèrent pour leur prestige — Marc Antoine prétendait en descendre. Sur les monnaies, il est partout : sa tête coiffée de la peau de lion orne pendant plus d’un siècle le quadrans de bronze, et les monétaires du Ier siècle av. J.-C. lui consacrent plusieurs deniers. « Salve, vera Iovis proles, decus addite divis » « Salut, vrai fils de Jupiter, gloire ajoutée aux dieux. » — Virgile, Énéide, VIII, 301 · Hymne des Saliens à Hercule ✦ Représentations remarquables R1 Hercule du Forum Boarium — Bronze doré, Musées du Capitole IIe siècle av. J.-C. · Rome Hercule · Bronze doré, H. 2,41 m · IIe siècle av. J.-C. · Forum Boarium, Rome · Musées du Capitole, inv. MC 1265 Cette statue colossale en bronze doré fut découverte sous le pontificat de Sixte IV (1471-1484) au Forum Boarium — le marché aux bœufs antique, cœur du culte d’Hercule à Rome —, lors de la démolition des restes d’un temple du héros. Datée du IIe siècle av. J.-C., elle s’inspire du canon de Lysippe (IVe s. av. J.-C.) : corps athlétique, tête volontairement petite. Le héros, nu, tient la massue de la main droite et les pommes des Hespérides de la gauche. C’est au Forum Boarium que se trouvait l’Ara Maxima, le Grand Autel fondé selon la légende par Hercule lui-même après sa victoire sur le monstre Cacus. La statue était probablement l’image de culte d’un des temples d’Hercule du quartier, où le héros était honoré comme protecteur du commerce et des marchands. R2 L’Hercule Farnèse — de Glycon à Goltzius IIIe s. ap. J.-C. · Gravure de 1592 Hercule Farnèse · Marbre signé Glycon d’Athènes · H. 3,17 m · MANN Naples, inv. 6001 · Photo Marie-Lan Nguyen, CC BY 2.5 Hendrick Goltzius · L’Hercule Farnèse, vu de dos · Gravure, 1592, publiée en 1617 · Teylers Museum, Haarlem · Domaine public L’Hercule Farnèse, découvert en 1546 dans les thermes de Caracalla et signé par le sculpteur Glycon d’Athènes, est une version monumentale d’époque impériale d’un original attribué à Lysippe. Le héros, au repos, s’appuie sur sa massue couverte de la peau du lion de Némée et cache dans son dos, de la main droite, les pommes des Hespérides — le visage incliné, las, comme au terme des travaux. Il est aujourd’hui conservé au Musée archéologique national de Naples. Le graveur hollandais Hendrick Goltzius (1558-1617) le dessina sur place lors de son séjour romain de 1591, puis en tira en 1592 une gravure publiée seulement en 1617. Fait rare, il choisit de montrer la statue de dos, sous le regard de deux visiteurs admiratifs : la musculature exacerbée du héros, rendue par le jeu des tailles gonflées et effilées propre à Goltzius, en devient le véritable sujet. La gravure contribua largement à la diffusion européenne de l’image d’Hercule au repos. ✦ Les Douze Travaux & attributs iconographiques 01 Attributs & travaux emblématiques Mythologie grecque & iconographie romaine Les douze travaux imposés par le roi Eurysthée sont le socle de la légende d’Héraclès et la source de la plupart de ses attributs iconographiques, que l’on retrouve sur les monnaies, les sculptures et les fresques de l’Antiquité. 🦁 Peau du lion de Némée Sa cuirasse après le premier travail. Sur les monnaies républicaines, Hercule la porte en coiffe (quadrans) ou sur le bras (RRC 494/38). 🪵 La Massue Arme primitive, symbole de la force brute. Elle accompagne fréquemment Hercule sur les monnaies, souvent posée à ses pieds ou derrière sa tête. 🏹 L’Arc et les flèches Trempées dans le sang de l’Hydre, ses flèches sont mortelles — c’est ce même poison, transmis par le sang de Nessus, qui causera sa propre mort. 🍎 Pommes des Hespérides Fruits d’or du jardin divin, symbole de l’immortalité conquise — dans la main de l’Hercule du Forum Boarium, dans le dos de l’Hercule Farnèse. RRC 380/1 · Denier serratus Poblicia · British Museum Parmi les travaux représentés sur les deniers républicains, le plus célèbre est la lutte contre le lion de Némée. Vers 80 av. J.-C., le monétaire C. Poblicius frappe un denier dentelé (serratus) qui montre à l’avers le buste de Roma coiffée d’un casque à tête de griffon et, au revers, Hercule étouffant le fauve à bras-le-corps, la massue à ses pieds, l’arc et le carquois dans le champ (RRC 380/1 · fiche 1313PO). 02 Hercule à Rome — Culte, politique & propagande République · IIe – Ier s. av. J.-C. À Rome, Hercules fut très tôt adopté comme figure tutélaire. Son culte principal s’organisait autour de l’Ara Maxima du Forum Boarium, dont l’origine légendaire remontait à son passage en Italie avec les bœufs de Géryon (dixième travail), lorsqu’il tua le géant Cacus. Cette tradition en faisait à la fois un héros civilisateur et un protecteur du commerce : on lui consacrait volontiers la dîme des profits. À la fin de la République, Hercule devint un instrument de légitimation. Selon Plutarque, Marc Antoine revendiquait une ascendance directe par Anton, un fils d’Héraclès, et cultivait jusque dans son allure physique cette parenté héroïque. Le temple rond d’Hercule Victor au Forum Boarium (fin du IIe s. av. J.-C.) et
Sol

Sol Dieu du Soleil · Sol Indiges · Sol Invictus · Iconographie numismatique romaine NatureDivinité solaire OrigineRomaine · assimilé à Hélios AttributsCouronne radiée · Quadrige · Fouet MonnayageVers 217 – 38 av. J.-C. Fiches15 types sur le site Sol compte parmi les plus anciennes divinités de Rome. Le calendrier religieux connaît un Sol Indiges honoré sur le Quirinal, et la tradition antique attribue l’introduction de son culte à l’époque des rois. Ce Sol romain n’est pas une simple copie du dieu grec : il possède ses lieux de culte propres, au Quirinal et au Circus Maximus, où les courses de chars étaient placées sous sa protection. Au contact du monde hellénistique, son image s’aligne sur celle d’Hélios : jeune dieu imberbe à la couronne de rayons, conduisant un quadrige à travers le ciel. C’est sous cette forme qu’il apparaît sur une quinzaine de types monétaires républicains, souvent en couple avec Luna. Au IIIe siècle apr. J.-C., l’empereur Aurélien fait de Sol Invictus, le Soleil Invaincu, l’un des grands cultes officiels de l’Empire. « Ce dieu, le premier, voit toutes choses. » videt hic deus omnia primus — Ovide, Métamorphoses, IV, 172 · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1Hélios au quadrige — métope du temple d’Athéna à IlionVers 300–280 av. J.-C. Métope d’Hélios · Marbre · Temple d’Athéna, Ilion (Troie) · Fouilles Schliemann 1872 · Antikensammlung, Berlin · Wikimedia Commons Cette métope, découverte par Schliemann à Troie, ouvrait la frise nord du temple d’Athéna à Ilion. Le dieu surgit de la mer à la tête de ses quatre chevaux, la tête cernée d’un disque rayonnant. Elle fixe, au début de l’époque hellénistique, l’image que Rome adoptera pour son propre dieu solaire : un jeune conducteur de char, vu de trois quarts, entraîné par un attelage cabré. C’est très exactement le schéma du quadrige de Sol jaillissant des flots que le monétaire A. Manlius place au revers de ses deniers vers 118–107 av. J.-C. (RRC 309/1), où le char est en outre présenté de face. R2Statue de Sol — Musée archéologique de MilanÉpoque impériale Sol · Milan, Civico Museo Archeologico · Wikimedia Commons La sculpture impériale donne à Sol le corps d’un jeune dieu à la chevelure longue, souvent nu ou vêtu d’une chlamyde, le bras droit levé dans un geste de salut ou de bénédiction — le geste du soleil levant. La couronne radiée, qui était sur les monnaies républicaines le seul signe distinctif du dieu, devient ici l’élément qui le distingue d’Apollon, avec lequel il est parfois confondu. Ce type statuaire s’impose à partir du IIe siècle apr. J.-C., lorsque la figure de Sol se retrouve dans tout l’Empire, des sanctuaires militaires aux maisons privées. R3Sol dans le relief de Mithra tauroctoneIIe–IIIe s. apr. J.-C. Mithra tauroctone · dédicace SOLI INVICTO DEO (CIL VI 721) · Musées du Vatican · Wikimedia Commons Sur les reliefs du culte de Mithra, le buste radié de Sol occupe l’angle supérieur gauche, face à Luna à droite : le meurtre du taureau se déroule sous le regard des deux astres. Mithra et Sol restent deux dieux distincts dans les mystères, mais Mithra lui-même reçoit le titre de Sol Invictus, comme le montre la dédicace gravée sur ce relief du Vatican. Le couple Sol–Luna encadrant une scène centrale est un héritage direct de l’imagerie républicaine : le denier de Man. Aquillius (RRC 303/1) et celui de L. Valerius Acisculus (RRC 474/5) associaient déjà la tête de Sol à Luna en bige. R4Le Christ-Sol du mausolée des JuliiFin IIIe s. apr. J.-C. Mosaïque de voûte · Mausolée M (des Julii) · Nécropole vaticane · Domaine public Dans la nécropole située sous la basilique Saint-Pierre, la voûte du mausolée dit « des Julii » montre un conducteur de char à la tête nimbée de rayons, sur fond doré de rinceaux de vigne. Les autres mosaïques de la tombe, de sujet chrétien (Jonas, le Bon Pasteur, les pêcheurs), conduisent la plupart des chercheurs à y reconnaître le Christ figuré sous les traits de Sol. L’image illustre la manière dont le vocabulaire visuel de Sol — rayons, char, ascension — a été repris par l’art chrétien naissant, à une époque où Sol Invictus était encore un culte officiel de l’Empire. ✦ Attributs iconographiques 01Les emblèmes de SolMonnaies · Reliefs · Mosaïques L’iconographie de Sol, empruntée pour l’essentiel à celle d’Hélios, est d’une grande stabilité. Sur les monnaies de la République, elle se réduit presque toujours à deux formules : la tête radiée et le quadrige. ☀️Couronne radiéeAttribut constant du dieu : les rayons dressés autour de la tête permettent d’identifier Sol au premier regard, au droit comme au revers des monnaies. 🐎QuadrigeChar à quatre chevaux qui traverse le ciel. Ovide leur donne des noms de lumière et de feu : Pyroïs, Éoüs, Æthon et Phlégon (Mét. II, 153-154). 🔥FouetLe conducteur du char tient les rênes et le fouet. À l’époque impériale, Sol tient aussi un globe, signe de son pouvoir sur le monde. 👁️Témoin de toutSol voit tout ce qui se passe sur terre : Énée le prend à témoin de son serment (Virgile, Én. XII, 176). 🌙Luna et les étoilesSol est souvent associé au croissant de Luna et aux étoiles : RRC 39/4, 303/1, 390/1, 474/5, 494/20-21. 🌊Lever sur la merLe char de Sol surgit des flots à l’aube : motif de la métope d’Ilion et du denier de A. Manlius (RRC 309/1). Deux formules sortent de l’ordinaire dans le monnayage républicain : le quadrige de face de A. Manlius, et le buste de Sol de face, qui apparaît sur l’once anonyme RRC 39/4 et, près de deux siècles plus tard, sur le denier de L. Mussidius Longus (RRC 494/43). ✦ Représentations numismatiques ☀️ Sol dans le monnayage républicain Sol apparaît très tôt sur les monnaies romaines : l’once anonyme RRC 39/4, frappée pendant la deuxième guerre punique, montre déjà le buste de Sol de face avec le croissant de lune et les étoiles. Il revient ensuite à intervalles réguliers — M. Aburius Geminus (132 av. J.-C.),
Jupiter Ammon

Jupiter Ammon La Puissance des Sables et de l’Olympe · Syncrétisme gréco-égyptien · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité syncrétique gréco-égyptienne ComposantesJupiter-Zeus · Ammon (Amon) AttributCornes de bélier OracleOasis de Siwa · désert Libyque MonnaiesRRC 509/1–2 · RRC 546/1–4 L’histoire des religions est faite de rencontres, de chocs et de fusions. Parmi les figures hybrides qui ont marqué l’Antiquité, peu sont aussi fascinantes que Jupiter Ammon. Alliance du maître de l’Olympe et du dieu souverain de Thèbes d’Égypte, cette divinité illustre l’un des exemples les plus aboutis du syncrétisme religieux en Méditerranée. Sa représentation — un dieu mûr et barbu à la majesté de Zeus, dont les cornes de bélier d’Ammon s’enroulent autour des oreilles — est immédiatement reconnaissable. Son oracle de l’oasis de Siwa, au cœur du désert libyque, fut l’un des plus célèbres de l’Antiquité. Alexandre le Grand fit le long détour pour le consulter durant l’hiver 332–331 av. J.-C. — et le prêtre le salua comme fils du dieu. Trois siècles plus tard, deux gouverneurs romains d’Afrique, Q. Cornuficius en Africa Vetus (42 av. J.-C.) et L. Pinarius Scarpus en Cyrénaïque (31 av. J.-C.), placèrent la tête cornue du dieu à l’avers de leurs monnaies. « Callisthène dit que […] le prêtre déclara expressément au roi qu’il était le fils de Zeus. » — Strabon, Géographie, XVII, 1, 43, d’après Callisthène ✦ Représentations remarquables R1 Zeus Ammon — Têtes en marbre, Munich Copies romaines d’après des originaux grecs · Munich Zeus Ammon · Marbre · Munich · Wikimedia Commons Tête de Zeus Ammon · Copie romaine d’un original du Ve s. av. J.-C. · Munich · CC BY-SA Ces têtes en marbre illustrent la genèse iconographique de Zeus Ammon : les Grecs de Cyrénaïque (actuelle Libye) et du delta du Nil combinèrent les traits du Zeus olympien — barbe majestueuse, chevelure bouclée, front puissant — avec les cornes de bélier d’Amon, le grand dieu de Thèbes d’Égypte, souvent figuré sous l’aspect d’un bélier. Ce n’est ni un Zeus pur ni un Amon pur, mais une synthèse née du contact prolongé entre les deux cultures. Les cornes naissent au-dessus des tempes et s’enroulent en spirale autour des oreilles, sans rien retirer à la majesté du dieu. C’est ce même type — visage de Zeus, cornes de bélier — que reprennent les graveurs monétaires : on le retrouve dès l’époque archaïque sur les monnaies de Cyrène, puis sur les deniers romains frappés en Afrique par Cornuficius et Scarpus. ✦ L’oracle de Siwa & Alexandre le Grand 01 Siwa, 332–331 av. J.-C. — Quand un oracle change l’histoire Hiver 332–331 av. J.-C. · Oasis de Siwa 🐏Cornes de bélierAttribut distinctif d’Amon, dieu bélier de Thèbes. Sur les monnaies, elles distinguent immédiatement Jupiter Ammon de tous les autres types jupitériens. 🏜️L’oracle de SiwaSanctuaire oraculaire de l’oasis, dans le désert libyque. Hérodote rapporte déjà que Crésus y envoya consulter le dieu (I, 46). 👑Fils d’AmmonSalutation reçue par Alexandre à Siwa. Après sa mort, ses portraits à cornes de bélier se répandent, notamment sur les tétradrachmes de Lysimaque. 🐚Les ammonitesPline mentionne une pierre appelée « corne d’Ammon » (XXXVII, 167) : c’est de là que les fossiles en spirale tirent leur nom moderne. Après la conquête de l’Égypte, Alexandre le Grand effectue durant l’hiver 332–331 av. J.-C. un long détour à travers le désert libyque pour rejoindre l’oracle d’Ammon à Siwa. Le contenu exact de ses questions est resté secret — les sources antiques divergent sur ce qu’il demanda —, mais toutes s’accordent sur la salutation du prêtre, qui l’appela fils du dieu (Strabon, XVII, 1, 43 ; Plutarque, Alexandre, 27 ; Quinte-Curce, IV, 7 ; Diodore, XVII, 51). Alexandre s’appuya sur cet épisode pour fonder sa légitimité en Égypte et au-delà. Après sa mort, ses successeurs le représentent avec les cornes de bélier du dieu — l’exemple le plus célèbre étant les tétradrachmes de Lysimaque. L’association entre les cornes d’Ammon et la souveraineté ne disparaîtra plus du répertoire monétaire méditerranéen. 02 Amon, Zeus, Jupiter — La genèse d’une divinité universelle VIe s. av. J.-C. → époque impériale Tout commence dans l’oasis de Siwa. Dès l’époque archaïque, les Grecs de Cyrène, colonie fondée vers 630 av. J.-C. sur la côte libyenne, identifient Amon — le « Caché », grand dieu de Thèbes — à leur propre Zeus : même majesté souveraine, même autorité sur les destins humains. Hérodote note que les Thébains d’Égypte représentent Zeus avec une tête de bélier (II, 42). Le dieu devient Zeus Ammon et son culte gagne la Grèce : Pindare lui consacre un hymne, et des sanctuaires lui sont élevés jusqu’en Béotie et en Laconie. Rome adopte à son tour cette équivalence : Jupiter — le Zeus romain — hérite de l’aspect oraculaire et mystérieux d’Ammon. Sous l’Empire, des têtes d’Ammon ornent même les portiques du forum d’Auguste à Rome. Mais c’est en Afrique que le dieu reste le plus présent : il incarne la terre libyenne elle-même, ce qui explique son choix par les gouverneurs romains qui y frappèrent monnaie. ✦ Représentation numismatique ⭐ Deux gouverneurs d’Afrique, deux guerres civiles — 42 et 31 av. J.-C. Jupiter Ammon n’apparaît dans le monnayage républicain que sur deux séries, toutes deux frappées en Afrique et toutes deux d’une grande rareté. Q. Cornuficius, gouverneur de l’Africa Vetus, l’associe en 42 av. J.-C. à un revers où il se fait couronner par Junon Sospita (RRC 509/1–2) ; il emploie aussi pour ses autres avers Africa coiffée de la dépouille d’éléphant et Cérès (RRC 509/3–5). Onze ans plus tard, L. Pinarius Scarpus, gouverneur de Cyrénaïque, place le dieu à l’avers de ses deniers, d’abord au nom d’Antoine puis, après Actium, au nom d’Octavien (RRC 546/1–4). 03 Q. Cornuficius · Aureus et denier · Jupiter Ammon / Cornuficius couronné 42 av. J.-C. · Atelier africain (Utique ?) 🐏 Tête barbue et cornue de Jupiter Ammon à gauche 1660CO · Aureus · RRC 509/1 1661CO · Denier · RRC 509/2 🏛 Légendes & description Avers Anépigraphe Tête barbue de Jupiter Ammon à gauche,
Victoria (La Victoire)

Victoria La Victoire · Déesse ailée · Iconographie numismatique · République romaine & Auguste NatureDivinité · Personnification Équivalent grecNiké AttributsAiles · Couronne · Palme DomaineVictoire militaire · Triomphe Parenté (Niké)Fille de Pallas & Styx Buste ailé de Victoria · Denier de L. Mussidius Longus · 42 av. J.-C. · RRC 494/40 Victoria, déesse romaine de la victoire, est l’équivalent de la grecque Niké. Plus qu’une divinité à mythes, elle est une personnification : la victoire elle-même, rendue visible, honorée pour ce qu’elle accorde plutôt que pour ce qu’elle raconte. Dans une cité dont l’identité s’est construite sur la guerre et le triomphe, sa place était centrale. La généalogie grecque fait de Niké la fille du Titan Pallas et de Styx, sœur de Zélos (l’ardeur), Kratos (la force) et Bia (la violence) ; les mythographes latins la reprennent pour Victoria. Les Romains la rapprochaient en outre de vieilles divinités italiques : la sabine Vacuna et Vica Pota, déesse archaïque du « vaincre et posséder ». Sur les monnaies, Victoria se reconnaît à ses ailes et à ses attributs triomphaux : la couronne qu’elle tend ou dépose, la palme, le trophée qu’elle orne. Elle conduit le char des dieux sur le quadrigatus, couronne le trophée du victoriatus auquel elle donne son nom, mène la bige de dizaines de deniers républicains, puis devient sous Auguste l’emblème du pouvoir nouveau. « Il dédia le temple de la Victoire, qu’il avait fait construire, lorsqu’il était édile curule, avec l’argent des amendes. » Aedem Victoriae, quam aedilis curulis ex multaticia pecunia faciendam curaverat, dedicavit. — Tite-Live, Histoire romaine, X, 33, 9 · L. Postumius Megellus, consul en 294 av. J.-C. · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1Les prototypes grecs — Niké de Paionios et Victoire de Samothracevers 421 · vers 190 av. J.-C. Niké de Paionios · Olympie, musée archéologique · vers 421 av. J.-C. · Wikimedia Commons · CC BY-SA 2.0 Victoire de Samothrace · Paris, Louvre, Ma 2369 · vers 190 av. J.-C. ? · Photo : Marie-Lan Nguyen · domaine public L’image romaine de Victoria est tout entière héritée de la Niké grecque. La Niké de Paionios, dédiée à Olympie par les Messéniens et les Naupactiens après une victoire sur Sparte, la montre en plein vol, descendant de l’Olympe au sommet d’un haut pilier triangulaire. La Victoire de Samothrace, en marbre de Paros, se pose sur une proue de navire : la victoire navale, que l’on retrouvera sur les monnaies romaines où Victoria se tient sur une proue. Ces deux créations fixent le vocabulaire que les graveurs de Rome reprendront pendant des siècles : grandes ailes déployées, draperie plaquée par le vent, élan du corps vers l’avant. R2La Victoire ailée de BresciaIer s. apr. J.-C. Victoire ailée · bronze, h. 1,95 m · Brescia · Photo : Giovanni Dall’Orto · Wikimedia Commons Découverte en 1826 dans une cachette ménagée au Capitolium de l’antique Brixia, avec d’autres bronzes, cette statue est l’une des rares grandes Victoires romaines en bronze conservées. Elle est un assemblage d’époque romaine : une figure d’Aphrodite d’inspiration hellénistique, qui se mirait à l’origine dans le bouclier d’Arès, a reçu une paire d’ailes pour devenir une Victoire inscrivant le nom du vainqueur sur un bouclier (aujourd’hui perdu). C’est exactement le schéma du clipeus que l’on retrouve dans l’art triomphal impérial et, en réduction, sur les revers monétaires où Victoria grave une inscription sur un bouclier. R3Fliegende Victoria — Neues Palais de SanssouciXVIIIe siècle Fliegende Victoria · Halbrondell, Neues Palais · Sanssouci, Potsdam · Photo : Steffen Heilfort · CC BY-SA 3.0 Cette Victoire volante du demi-rondeau du Neues Palais, la résidence élevée par Frédéric II après la guerre de Sept Ans, illustre la pérennité de l’iconographie de la déesse bien au-delà de l’Antiquité. La sculpture reprend les codes établis par l’art grec et romain : ailes déployées, longue draperie dont les plis traduisent l’envol. Sa présence sur une résidence royale dit assez le prestige de Victoria, devenue dans l’Europe moderne la figure obligée de la gloire militaire et dynastique. R4Le quadrige de la porte de Brandebourg — Berlin1793 Quadrige de la porte de Brandebourg · Johann Gottfried Schadow · Berlin · Photo : א (Aleph) · Wikimedia Commons Le quadrige de Johann Gottfried Schadow transpose en bronze monumental un type que tout numismate connaît : la déesse debout conduisant un char à quatre chevaux, exactement comme sur les deniers républicains « à la Victoire en quadrige ». Emporté à Paris par Napoléon en 1806, rapporté à Berlin en 1814, il reçut alors de Schinkel un nouvel emblème au sommet de la hampe, l’aigle et la croix de fer. L’histoire même du monument prolonge la logique antique : la Victoire est un trophée que l’on prend au vaincu et que l’on reprend au vainqueur. ✦ Victoria sur les monnaies romaines M1La Victoire en char — bige, trige, quadrigeIIIe – Ier s. av. J.-C. 807PI · Denier Pinaria · RRC 200/1 · Victoire en bige Victoria entre très tôt dans le monnayage romain. Sur le quadrigatus d’argent, c’est elle qui mène le char de Jupiter ; le victoriatus, créé pendant la deuxième guerre punique, lui doit jusqu’à son nom : elle y couronne un trophée. Avec le denier, le type de la Victoire en bige s’impose au milieu du IIe siècle av. J.-C. au revers de la tête de Roma, au point que les auteurs anciens nomment ces pièces bigati. Les monétaires le déclinent sans fin : bige au galop, quadrige, et même trige, attelage à trois chevaux exceptionnel, sur le denier d’Appius Claudius Pulcher (RRC 299/1). 1113CL · Denier Claudia · RRC 299/1a · Victoire en trige Ces revers ne commémorent le plus souvent aucune victoire précise : Victoria y est la garante générique du succès des armes romaines, une image rassurante et immédiatement lisible sur la monnaie qui payait les légions. M2Victoria au service des imperatores82 – 42 av. J.-C. 1824MA · Denier Manlia · RRC 367/1 · Sylla couronné par la Victoire Au Ier siècle av. J.-C., la déesse
Roma

Roma · Dea Roma Allégorie de la Cité éternelle · Déesse casquée · Iconographie numismatique républicaine NaturePersonnification divinisée de Rome Première effigie monétaireIIIe s. av. J.-C. · didrachme RRC 22/1 Attribut principalCasque phrygien · attique · ailé · corinthien Sur les deniersdès 211 av. J.-C. (RRC 44/5) Premier temple attestéSmyrne · 195 av. J.-C. La France a Marianne, les États-Unis l’Oncle Sam — mais bien avant eux, Rome avait Roma. Figure féminine casquée, allégorie et déesse à la fois, Roma est l’une des images les plus durables de la numismatique antique : présente dès les didrachmes et les aes grave du IIIe siècle avant notre ère, elle occupe l’avers de la grande majorité des deniers républicains jusqu’à la fin du IIe siècle, puis reparaît régulièrement sur les monnaies impériales. Sa nature exacte a longtemps embarrassé les chercheurs. Roma n’est pas une déesse au sens traditionnel — elle n’a ni mythe narratif, ni généalogie divine, ni aventures héroïques. Elle est une personnification : la Cité elle-même, sa puissance, son destin, sa continuité. Son culte est d’abord une création du monde grec : le premier temple attesté lui est élevé à Smyrne en 195 av. J.-C. (Tacite, Annales, IV, 56), alors qu’à Rome même elle ne reçoit de grand sanctuaire que sous Hadrien. Sur les monnaies, elle se reconnaît à son casque — phrygien sur les premières émissions, ailé sur les deniers, corinthien sur certaines représentations plus élaborées — et souvent à la légende ROMA. Son effigie est le type d’avers le plus répété de toute la numismatique républicaine. Tu regere imperio populos, Romane, memento — hae tibi erunt artes — pacique imponere morem, parcere subiectis et debellare superbos. « Toi, Romain, souviens-toi de gouverner les peuples sous ton empire — ce seront là tes arts — et d’imposer à la paix sa règle : épargner les vaincus et abattre les superbes. » — Virgile, Énéide, VI, 851–853 · Anchise à Énée · trad. LesDioscures ✦ Représentations numismatiques majeures R1 Denier 800AN — Roma casquée & les Dioscures · Type standard 157–156 av. J.-C. ⛑ Tête casquée de Roma · Dioscures au revers · Type le plus diffusé RRC 198/1 · Denier anonyme · Argent · 157–156 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers X Tête de Roma à droite, coiffée du casque ailé ; derrière la nuque, la marque de valeur X (le denier vaut alors dix as). Revers ROMA Les Dioscures — Castor et Pollux — galopant à droite, coiffés du pileus surmonté d’une étoile, tenant chacun une lance, le manteau flottant ; à l’exergue, ROMA. Ce denier illustre le type fondateur de la monnaie d’argent romaine. Dès la création du denier vers 211 av. J.-C., l’avers à tête de Roma s’associe au revers des Dioscures au galop ; ce couple domine les premières décennies du denier, avant que d’autres revers (biges de Luna ou de la Victoire, puis types propres aux monétaires) ne le remplacent progressivement — tandis que Roma, elle, reste à l’avers de la plupart des émissions jusqu’à la fin du IIe siècle. R2 Denier 1084AN — Roma assise · Louve et Jumeaux · RRC 287/1 115–114 av. J.-C. RRC 287/1 · Denier anonyme · 115–114 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers ROMA (dessous) · X (derrière) Tête de Roma à droite, coiffée d’un casque corinthien ailé, une mèche tombant sur l’épaule ; derrière, la marque de valeur X. Revers Anépigraphe Roma, coiffée du casque corinthien, assise à droite sur une pile de boucliers, tenant une lance de la main gauche ; à ses pieds, un casque. Devant elle, la Louve à droite allaitant les Jumeaux Romulus et Remus ; de part et d’autre, un oiseau en vol. Ce denier anonyme est l’un des plus spectaculaires de la série républicaine. Son iconographie tranche avec le type standard : Roma n’est plus seulement un buste d’avers, elle devient personnage à part entière au revers, assise sur les armes des vaincus, face aux symboles fondateurs de la cité — la Louve et les Jumeaux. Les deux oiseaux sont souvent rapprochés des présages de l’augure de Romulus ; l’identification reste discutée. Louve capitoline · bronze · Rome, Musées du Capitole (MC 1181)Datation de la louve débattue ; jumeaux ajoutés à la fin du XVe s. · Photo Marie-Lan Nguyen · Wikimedia Commons L’émission ne porte aucun nom de monétaire, ce qui est devenu rare à cette date : fondation de la Ville et puissance présente sont réunies sur un même flan, sans signature individuelle. Le groupe de la Louve et des Jumeaux, que les Romains voyaient au Lupercal et au Comitium, devient ainsi l’un des emblèmes les plus constants de Rome — jusqu’au célèbre bronze du Capitole, dont la datation fait aujourd’hui débat. R3 Denier 1178CA — Roma assise couronnée par la Victoire · RRC 335/2 vers 96 av. J.-C. RRC 335/2 · A. Postumius Albinus, L. Caecilius Metellus, C. Poblicius Malleolus · vers 96 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers Légendes des monétaires (L·METEL · A·ALB·S·F) Tête laurée d’Apollon à droite. Revers C·MALL · ROMA (exergue) Roma assise à gauche sur une pile de boucliers, tenant une épée de la main gauche et une lance de la main droite ; derrière elle, la Victoire debout la couronne. Émis collégialement par les trois monétaires de l’année, ce denier offre l’une des versions les plus abouties du schéma de Roma assise sur les armes. On le rapproche souvent des monnaies de la Ligue étolienne, où l’Étolie personnifiée siège sur des boucliers gaulois en souvenir de la défaite des Galates devant Delphes (279 av. J.-C.). Sur la version romaine, la Victoire qui couronne Roma fait de la déesse la bénéficiaire directe du triomphe : les armes des vaincus deviennent son trône. ✦ Attributs et iconographie de Roma 01 Les attributs de la Déesse-Cité Symbolisme · Puissance · Identité romaine L’iconographie de Roma reste d’une grande cohérence sur plusieurs siècles : femme majestueuse, presque toujours casquée, elle combine des attributs militaires (casque, lance, bouclier) et, surtout à l’époque impériale, des