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Apollon

Apollon Dieu des arts, de la prophétie et de la guérison · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité olympienne OrigineGrecque · Romaine AttributsLyre · Arc · Laurier · Trépied PériodeIIIe – Ier s. av. J.-C. MonnaiesRRC 340/1 · 410 · 494/23 · 503/1 · 506/2 Apollon (en grec Ἀπόλλων, en latin Apollo) est l’une des divinités majeures du panthéon gréco-romain. Fils de Zeus — le Jupiter des Romains — et de la Titanide Léto, frère jumeau d’Artémis (Diane), il incarne la lumière, l’ordre et la beauté. Dieu des arts et des Muses, de la prophétie et de la guérison, il est l’une des présences les plus récurrentes de l’iconographie monétaire romaine. À Rome, Apollon est d’abord un dieu guérisseur, invoqué contre les épidémies. Son rôle s’élargit au fil de la République, jusqu’à ce qu’Auguste en fasse sa divinité tutélaire, après Actium. Sur les monnaies républicaines, sa tête laurée orne l’avers de nombreux deniers, tandis que la lyre et le trépied apparaissent sur plusieurs revers. Apollon du Belvédère · Copie romaine (v. 130–140 apr. J.-C.) d’un bronze grec de 330–320 av. J.-C., attribué à Léocharès (?) · Musées du Vatican, inv. 1015 · Photo Marie-Lan Nguyen, domaine public « C’est moi que servent la terre de Delphes, Claros, Ténédos et le palais royal de Patara. » — Ovide, Métamorphoses, I, 515–516 (Apollon à Daphné) ✦ Représentations artistiques 00Apollon dans l’art antique et moderneDe l’Antiquité à l’époque moderne Apollon est l’une des divinités les plus représentées de l’art occidental. Son image canonique — jeune homme imberbe à la chevelure bouclée, souvent couronné de laurier — traverse toute l’Antiquité, du kouros archaïque grec aux portraits monétaires républicains romains. En Italie centrale, l’une des plus anciennes images monumentales du dieu est l’Apollon de Véies, statue de terre cuite peinte qui ornait le toit du sanctuaire étrusque de Portonaccio vers 510–500 av. J.-C. — l’Apollon étrusque, Apulu, y est saisi en pleine marche, dans le style ionien. Apollon de Véies · Terre cuite, v. 510–500 av. J.-C. · Museo nazionale etrusco di Villa Giulia, Rome · CC BY-SA 4.0 L’Apollon du Belvédère (copie romaine d’un bronze grec du IVe siècle av. J.-C.) est devenu la référence iconographique par excellence : le dieu y est représenté debout, le bras gauche tendu, comme au moment où il vient de décocher une flèche. Ce modèle a exercé une influence considérable sur les artistes de la Renaissance et de l’âge classique. Dans la numismatique républicaine, Apollon apparaît surtout en tête laurée à l’avers, le revers étant laissé au programme propre de chaque monnayeur — cavalier des jeux apollinaires, Muses, trophée ou divinité associée. ✦ Attributs iconographiques 01Les emblèmes d’ApollonMonnaies · Sculptures · Mosaïques Les attributs d’Apollon condensent ses multiples fonctions divines. Sur les monnaies républicaines, ils servent souvent de marqueurs discrets, placés derrière la tête du dieu ou repris au revers. 🎵Lyre / CithareSymbole du dieu des arts et chef des Muses. Une petite lyre figure derrière la tête d’Apollon sur le denier de P. Clodius (RRC 494/23). 🏹Arc & FlèchesArmes de l’archer divin, capables d’envoyer la peste ou d’en délivrer. Apollon partage cet attribut avec sa sœur Artémis-Diane. 🌿Couronne de laurierEn souvenir de la nymphe Daphné, transformée en laurier. La tête laurée est la forme la plus courante du dieu sur les deniers. 🔱Trépied delphiqueSiège de la Pythie à Delphes, l’oracle le plus célèbre du monde antique, placé sous la protection d’Apollon. 🐦CorbeauOiseau messager d’Apollon, que le dieu noircit pour avoir dénoncé l’infidélité de Coronis (Ovide, Métamorphoses, II). 🐍Serpent PythonMonstre vaincu par Apollon à Delphes, victoire qui fonde sa maîtrise du sanctuaire prophétique et l’institution des jeux pythiques. Dans la numismatique républicaine, la tête laurée d’Apollon est l’une des représentations les plus fréquentes à l’avers des deniers du IIe et du Ier siècle av. J.-C. Le choix du dieu n’est jamais neutre : il peut rappeler une fondation religieuse liée à la famille du monnayeur, un jeu sur son nom, ou une victoire. ✦ Représentations numismatiques ⚡ Apollon et les jeux apollinaires — le denier de L. Calpurnius Piso Frugi Denier Calpurnia · RRC 340/1BnF · 3,91 g Frappé à Rome en 90 av. J.-C., en pleine guerre Sociale, le denier de Lucius Calpurnius Piso Frugi associe la tête laurée d’Apollon à un cavalier au galop tenant une palme, un fouet ou une torche — allusion aux courses des Ludi Apollinares. La gens Calpurnia revendiquait un lien avec ces jeux : selon la tradition rapportée par Babelon, le préteur C. Calpurnius Piso en assura la célébration en 211 av. J.-C., au lendemain de leur institution. Émis en quantités considérables et doté d’innombrables marques de contrôle, ce denier est aussi l’un des plus fréquents dans les trésors découverts en France. 02Denier · Quintus Caepio Brutus43–42 av. J.-C. 🏛 Tête laurée d’Apollon à droite Gens Junia · RRC 503/1 🏛 Légendes & description AversAnépigrapheTête laurée d’Apollon à droite. ReversQ CAEPIO – BRVTVS – IMPTrophée portant deux boucliers ; de part et d’autre, un captif et une captive. Ce denier n’appartient pas au monnayage de 54 av. J.-C., où Brutus mettait en avant Libertas et ses ancêtres tyrannicides (RRC 433), mais aux émissions militaires frappées en Orient après l’assassinat de César, avant la bataille de Philippes. Brutus y porte le titre d’imperator (IMP) et le nom de Quintus Caepio Brutus, hérité de son adoption. La tête d’Apollon à l’avers, associée au trophée et aux captifs du revers, place les victoires des Libérateurs sous la caution du dieu. Le même avers se retrouve sur le denier de son légat Pedanius Costa (RRC 506/2). ✦ Mythes fondateurs et culte à Rome 03Apollon à Rome — du dieu guérisseur à la divinité d’AugusteVe – Ier siècle av. J.-C. Le premier temple romain d’Apollon, celui d’Apollo Medicus, est voué en 433 et dédié en 431 av. J.-C. à la suite d’une épidémie (Tite-Live, IV, 25 et 29). Il s’élève dans les Prata Flaminia, hors du pomerium : Apollon reste longtemps un dieu d’origine étrangère. Les Ludi Apollinares, institués en 212 av. J.-C. pendant la

Libertas

Libertas Déesse de la liberté · Iconographie numismatique · République romaine NatureVertu divinisée · Allégorie OrigineRomaine AttributsPileus · Vindicta · Sceptre PériodeIIe – Ier s. av. J.-C. MonnaiesRRC 266/1 · 433/1 · 501/1 Libertas est une divinité abstraite, typique des personnifications romaines comme Concordia (l’harmonie) ou Victoria (la victoire). Son nom, dérivé du latin līber (« libre »), recouvre une conception de la liberté à la fois individuelle — n’être pas esclave — et collective — l’autonomie politique du peuple romain, qui ne se soumet à aucun roi. Contrairement aux grandes divinités comme Jupiter ou Mars, Libertas n’a pas de mythologie narrative, mais elle incarne un idéal central de la République, née selon la tradition en 509 av. J.-C. de l’expulsion du dernier roi, Tarquin le Superbe. Son équivalent grec, Éleuthéria, reste surtout une notion politique. Libertas, en revanche, possède à Rome un culte et des sanctuaires dès la seconde moitié du IIIe siècle av. J.-C., et s’ancre dans une pratique juridique concrète, l’affranchissement des esclaves (manumissio). Sur les monnaies, elle devient au Ier siècle av. J.-C. un mot d’ordre politique : la gens Junia, qui se réclame du fondateur de la République, en fait le thème central du monnayage de Marcus Junius Brutus. « Qu’est-ce donc que la liberté ? Le pouvoir de vivre comme on le veut. » — Cicéron, Paradoxa Stoicorum, V, 34 ✦ Représentations remarquables R1 Eugène Delacroix — La Liberté guidant le peuple 1830 · Musée du Louvre, Paris Eugène Delacroix — La Liberté guidant le peuple, 1830 · Huile sur toile, 260 × 325 cm · Musée du Louvre, Paris (RF 129) · Après restauration 2024 · Domaine public Peint en 1830 en écho aux Trois Glorieuses (27–29 juillet), ce tableau de Delacroix est la réinterprétation romantique la plus célèbre de Libertas dans l’art occidental. La figure centrale — debout sur la barricade, le bonnet phrygien sur la tête, le drapeau tricolore levé — est à la fois une allégorie et une femme du peuple, une déesse et une insurgée. Son bonnet est l’héritier revendiqué du pileus romain : dès le XVIIIe siècle, le bonnet phrygien et le bonnet de l’affranchi sont confondus en un seul emblème de la liberté, de la Révolution américaine à la Révolution française, jusqu’à la Marianne républicaine. Delacroix ne peint pas Libertas elle-même, mais ce qu’elle est devenue : la liberté collective d’un peuple en armes, incarnée dans une figure féminine qui enjambe les corps de ses morts. R2 Gemma Augustea — la liberté devenue don du prince Vers 9–12 apr. J.-C. · Kunsthistorisches Museum, Vienne Gemma Augustea · Camée en onyx bicouche, env. 19 × 23 cm · Vers 9–12 apr. J.-C. · Kunsthistorisches Museum, Vienne · Domaine public La Gemma Augustea est l’un des plus grands camées conservés de l’Antiquité romaine. On l’attribue souvent à l’atelier de Dioskouridès, graveur attitré d’Auguste, sans certitude. Le registre supérieur montre Auguste trônant à la manière de Jupiter aux côtés de la déesse Rome, couronné par une figure féminine généralement identifiée à l’Oikouménè (la terre habitée) ; le registre inférieur montre des soldats dressant un trophée au-dessus de captifs. Libertas n’y figure pas — et c’est précisément ce qui rend l’œuvre éclairante. Là où Brutus avait fait de Libertas une arme contre le pouvoir personnel, Octavien la réabsorbe dans son propre programme : en 28 av. J.-C., ses cistophores d’Éphèse le proclament LIBERTATIS P(opuli) R(omani) VINDEX, « champion de la liberté du peuple romain » (RIC I² 476), et les Res Gestae s’ouvrent sur la république « rendue à la liberté » qu’il dit avoir arrachée à une faction. La liberté n’est plus conquise contre le prince : elle devient don du prince, et le camée de Vienne en montre l’aboutissement. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Libertas Monnaies · Sculpture · Iconologie moderne L’iconographie de Libertas se fixe sur les monnaies républicaines dès la fin du IIe siècle av. J.-C. : debout dans un char, elle tient le pileus et la baguette d’affranchissement (RRC 266/1, 126 av. J.-C.). Ses attributs traverseront les siècles jusqu’aux allégories des révolutions modernes. 🎩 Pileus Bonnet de feutre remis à l’esclave lors de son affranchissement. Libertas le tient à la main ; sur les monnaies, il apparaît aussi seul, derrière sa tête (RRC 391/3, 392/1) ou entre deux poignards (RRC 508/3). 🪄 Vindicta Baguette de la cérémonie d’affranchissement (manumissio vindicta) : l’esclave en était touché devant le magistrat pour être déclaré libre. ⚖️ Sceptre Signe d’autorité. Libertas debout tenant le pileus et le sceptre devient un type courant du monnayage impérial. 🔗 Joug brisé Attribut moderne, codifié par l’Iconologia de Cesare Ripa (1593) : la Liberté tient un bonnet, un joug rompu à ses pieds. La Statue de la Liberté en reprend l’idée avec ses chaînes brisées. Sur les deniers républicains, Libertas est le plus souvent représentée en tête ou en buste à droite, parfois diadémée, accompagnée de la légende LIBERTAS, LIBERTATIS ou, sous la forme archaïsante, LEIBERTAS. Les émissions de Brutus (RRC 433/1 et 501/1) en offrent les exemples les plus politiquement chargés. ✦ Représentations numismatiques républicaines ⚡ Le denier EID MAR — le pileus de Libertas entre deux poignards RRC 508/3 · 43–42 av. J.-C. Frappé en 43–42 av. J.-C. dans l’atelier itinérant qui suivait l’armée de Brutus en Orient, sous la responsabilité de son lieutenant L. Plaetorius Cestianus, le denier EID MAR est l’un des documents politiques les plus explicites de l’Antiquité romaine. Le droit ne porte pas Libertas, mais le portrait de Brutus lui-même (légende BRVT IMP · L PLAET CEST) ; le revers montre un pileus entre deux poignards, au-dessus de la date de l’assassinat de César : EID MAR, les Ides de Mars. Libertas y est donc présente par son attribut : le bonnet de l’affranchi, encadré des armes du meurtre, proclame que la mort du dictateur a rendu au peuple romain sa liberté. Dion Cassius (XLVII, 25) décrit déjà cette monnaie comme la signature de Brutus. Le message prolonge directement celui du denier de 54 av.

Africa

Africa Dea Africa · Personnification provinciale · Iconographie numismatique romaine NaturePersonnification Aussi nomméeDea Africa · Ifri ProvinceAfrique romaine AttributsÉléphant · Corne d’abondance MonnaieDenier Scipion–Eppius Dans la culture romaine, Africa était à la fois une personnification du continent africain — plus précisément de la province romaine d’Afrique, couvrant des parties de l’actuelle Tunisie, du nord-est de l’Algérie et de l’ouest de la Libye — et, dans certaines interprétations, une divinité aux racines dans les traditions berbères. Couramment désignée sous le nom de Dea Africa, elle symbolisait la région nord-africaine romanisée. Ses origines sont souvent associées à la déesse berbère Ifri ou Ifru, figure liée à la guerre, à la fertilité et à la protection dans la mythologie nord-africaine préromaine — avant que Rome n’en fasse une icône de sa puissance provinciale. Africa coiffée de la dépouille d’éléphant · Maison d’Africa, musée d’El Djem (Tunisie) · seconde moitié du IIe s. ap. J.-C. · Wikimedia Commons « En Afrique, personne n’entreprend quoi que ce soit sans invoquer Africa. » In Africa nemo destinat aliquid nisi praefatus Africam — Pline l’Ancien, Historia Naturalis, XXVIII, 24 ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Dea Africa Monnaies · Mosaïques · Sculptures Dans les représentations artistiques, Dea Africa est identifiable à un ensemble d’attributs récurrents, chacun chargé d’une signification symbolique précise, reflétant à la fois la faune, la fertilité et la puissance de la terre africaine. 🐘 Coiffe en éléphant Attribut principal, symbole de la faune africaine et de la puissance militaire — les éléphants de guerre carthaginois hantaient encore la mémoire romaine. 🌾 Corne d’abondance Symbole de la prospérité agricole de la province, grenier à blé de Rome dont les exportations nourrissaient l’Empire. 🦂 Scorpion Évocation de la faune dangereuse et exotique du continent — attribut qui souligne l’altérité et la puissance redoutable de la terre africaine. 🦁 Lion Emblème de la fierté et de la souveraineté. Le lion africain, animal royal, renforce l’image d’une province à la fois fertile et redoutable. 🌿 Gerbes de blé Reflet direct de la richesse céréalière de la province. L’Afrique romaine produisait une large part du blé consommé à Rome et dans les légions. On retrouve ces représentations sur des pièces de monnaie romaines, des mosaïques (comme celle du musée d’El Djem en Tunisie) et des sculptures — Africa y apparaît le plus souvent en tant que personnification provinciale plutôt que divinité largement adorée dans le panthéon romain. ✦ Numismatique — Le denier Scipion–Eppius 🪙 Représentation numismatique de Dea Africa Denier ScipionEppius Le denier Scipion–Eppius (RRC 461/1) constitue l’un des exemples les plus frappants de la représentation d’Africa sur le monnayage républicain romain. On y reconnaît la personnification coiffée de la peau d’éléphant, attribut distinctif qui l’identifie immédiatement. Il n’en est toutefois pas la première attestation : la tête d’Africa coiffée de l’éléphant apparaît déjà sur l’aureus de Pompée (RRC 402/1), et le denier de Scipion s’inscrit explicitement dans cet héritage pompéien. Cette monnaie s’inscrit dans la tradition romaine de personnifier les provinces conquises sur le numéraire — une manière de proclamer visuellement la domination de Rome sur ces territoires et d’ancrer cette victoire dans la mémoire collective par la circulation de la pièce. → Fiche complète du denier Scipion–Eppius ✦ Origines & étymologie 02 D’Ifri à Dea Africa — héritage berbère Origines préromaines L’antécédent berbère d’Africa, Ifri, pourrait être lié au nom du continent lui-même. Plusieurs hypothèses étymologiques coexistent : le mot berbère ifri signifiant « grotte » — en lien avec des tribus vivant dans des cavernes —, ou le latinisé Afer (pluriel Afri), désignant les peuples locaux de la région de Carthage. Cette figure berbère préromaine était liée à la guerre, à la fertilité et à la protection. Lorsque Rome s’empara de la région après la destruction de Carthage en 146 av. J.-C., elle intégra progressivement cette figure locale dans son propre système de représentations provinciales, la transformant en Dea Africa — une personnification au service de l’idéologie impériale. 03 Divinité ou personnification ? Débat historiographique Certains chercheurs estiment qu’Africa était davantage une figure iconographique qu’une divinité dotée d’un culte formel. J.A. Maritz souligne ainsi que ni Pline ni aucun auteur après lui ne la qualifie de Dea, alors que des divinités majeures comme Junon ou Minerve portent ce titre dans les textes et les inscriptions. Dans cette lecture, elle relève de la longue tradition romaine des personnifications provinciales — comme Hispania, Britannia ou Gallia — utilisées dans les arts officiels, sur les monnaies et dans la propagande impériale. Les travaux de Marcel Le Glay nuancent fortement cette position. À Timgad (Thamugadi), le grand sanctuaire d’époque sévérienne de l’Aqua Septimiana Felix réunissait trois divinités d’origines différentes, et l’un de ses temples a été identifié comme celui de la Dea Africa, aux côtés d’Esculape et de Sérapis. Les études plus récentes, notamment celles de Christine Hamdoune, examinent son intégration au culte impérial. Le terme Dea Africa reste donc d’usage avant tout moderne, mais l’existence d’un culte rendu à Africa dans la province est bien documentée par l’archéologie. La remarque de Pline l’Ancien — selon laquelle aucun acte important en Afrique ne se faisait sans l’invoquer — va dans le même sens : une importance culturelle réelle, à la frontière du rituel et de l’iconographie. ✦ Autres représentations d’Africa 04 Sur les monnaies — de Pompée aux Sévères 71 av. J.-C. – IIIe s. ap. J.-C. La coiffe en dépouille d’éléphant a un précédent hellénistique : Ptolémée Ier l’avait déjà placée sur la tête d’Alexandre divinisé, sur ses monnaies frappées en Égypte. Rome la transfère ensuite à la personnification du continent. Aureus de Pompée · RRC 402/1b · Or · 8,94 g · British Museum, Londres · Voir la fiche 🪙 Aureus de Pompée · RRC 402/1 MAGNVS, tête d’Africa à l’éléphant entre cruche et lituus, dans une couronne de laurier ; au revers, Pompée en quadrige triomphal. Première Africa du monnayage romain, en écho à son triomphe africain (fiche · CRRO). 🪙 Aureus Cestius & Norbanus · RRC 491/1 Buste d’Africa coiffée de l’éléphant ; au

Junon Sospita

Junon Sospita La Salvatrice · Déesse guerrière de Lanuvium · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité latine · Aspect de Junon TitulatureSospita Mater Regina AttributsPeau de chèvre · Lance · Bouclier · Serpent OrigineLanuvium · Latium Monnaies105 – 42 av. J.-C. Junon Sospita — « celle qui sauve » — est l’une des facettes les plus originales et les plus anciennes de Junon dans le monde latin. Vénérée en premier lieu à Lanuvium, ville du Latium au sud-est de Rome, sous le titre complet de Sospita Mater Regina, elle se distingue radicalement de l’Héra grecque comme de la Junon capitoline : c’est une déesse guerrière, coiffée d’une peau de chèvre cornue, portant lance et bouclier, et associée à un rituel aussi fascinant qu’inquiétant — le serpent sacré de Lanuvium. Son culte, antérieur à l’influence grecque, réunit trois aspects que son titre résume : protectrice armée de la cité, mère garante de la fécondité, reine souveraine. Après la dissolution de la Ligue latine en 338 av. J.-C., Rome accorda la citoyenneté aux Lanuviens mais exigea que le temple et le bois sacré de Junon Sospita soient désormais communs aux deux peuples (Tite-Live, VIII, 14) — signe de l’importance politique et religieuse de cette déesse pour toute l’Italie centrale. « De temps immémorial, la ville de Lanuvium est sous la garde d’un antique dragon, et l’on prend soin de ne pas manquer l’instant de la cérémonie annuelle. » — Properce, Élégies, IV, 8, 3–4 — cité par Babelon ✦ Représentations remarquables R1Junon Sospita — Statue colossale, Musées du VaticanIIe siècle ap. J.-C. · Art romain impérial Junon Sospita · Statue colossale en marbre · IIe siècle ap. J.-C. · Musées du Vatican, Museo Pio-Clementino, Sala Rotonda (inv. 241) · Wikimedia Commons Cette statue colossale du IIe siècle ap. J.-C., provenant de la collection Mattei et entrée dans les collections pontificales en 1782, illustre l’iconographie caractéristique de Junon Sospita : la déesse s’avance en guerrière armée, la peau de chèvre rabattue sur la tête et le buste par-dessus ses vêtements de matrone, le bouclier au bras et chaussée des souliers à pointe recourbée (calcei repandi). On a proposé d’y reconnaître la statue de culte du temple de Junon Sospita du Forum Holitorium, à Rome. Une prudence s’impose toutefois : une partie du visage, les bras avec leurs attributs, les jambes et le serpent sont des restaurations exécutées par Giovanni Pierantoni à la fin du XVIIIe siècle. Pour les attributs, ce sont donc les monnaies républicaines et la description de Cicéron (De natura deorum, I, 82 : peau de chèvre, lance, petit bouclier, souliers recourbés) qui restent les témoins les plus sûrs. R2Antéfixe de Junon Sospita — Altes Museum, BerlinVers 500–480 av. J.-C. · Terre cuite architecturale Antéfixe de Junon Sospita · Terre cuite peinte · Latium, vers 500–480 av. J.-C. · Altes Museum, Berlin · Wikimedia Commons Cette antéfixe — élément de décor en terre cuite placé en bordure de toiture — représente la déesse dans son iconographie archaïque : un casque recouvert de la dépouille d’une chèvre aux cornes annelées et aux oreilles pointues encadre le visage, dont la polychromie (lèvres rouges, yeux et chevelure noirs) est remarquablement conservée. Le type est connu dans le Latium, notamment à Satricum ; l’exemplaire de Berlin fut l’un des premiers objets antiques à entrer dans les collections des rois de Prusse. La comparaison avec la statue du Vatican, postérieure de plus de six siècles, révèle la remarquable stabilité iconographique de Junon Sospita : la même dépouille de chèvre cornue, la même allure martiale. Cette continuité témoigne de la profondeur des racines de son culte dans le Latium — un culte qui traversa l’hellénisation, la République et l’Empire sans perdre son image propre. ✦ Attributs, culte & rituels 01La triple fonction de Junon SospitaGuerrière · Mère · Reine 🐐Peau de chèvreSon attribut le plus distinctif — une dépouille de chèvre cornue portée comme un casque, qui la différencie de toutes les autres Junon. Présente sur les deniers comme sur les sculptures. 🛡️Lance & bouclierAttributs guerriers de la protectrice de l’État. Tous les consuls étaient tenus de lui offrir un sacrifice (Cicéron, Pro Murena, 90). 🐍Le serpent sacréCentral dans son culte à Lanuvium : chaque année, des jeunes filles lui portaient des offrandes de gâteaux ; l’issue du rite engageait la fécondité de l’année. 👞Souliers recourbésLes calceoli repandi, chaussures à pointe relevée d’origine archaïque, complètent la panoplie décrite par Cicéron (De natura deorum, I, 82). Le rituel du serpent de Lanuvium était l’une des cérémonies religieuses les plus commentées du monde romain. Chaque année, des jeunes filles descendaient dans la caverne du serpent sacré — les yeux bandés, précise Élien — en portant des gâteaux. Si elles étaient chastes, le serpent acceptait l’offrande, elles regagnaient les bras de leurs parents et les paysans s’écriaient que l’année serait fertile. Properce en donne une description saisissante, que Babelon reprend dans sa notice sur le denier Roscia. Le titre complet de la déesse, Iuno Sospita Mater Regina, apparaît en abrégé — I·S·M·R — derrière sa tête sur le denier de L. Thorius Balbus (RRC 316/1, 105 av. J.-C.), la plus ancienne de ses représentations monétaires à Rome. 02Lanuvium & Rome — Un culte partagé338 av. J.-C. → 41 av. J.-C. Le sanctuaire de Junon Sospita à Lanuvium était l’un des plus riches et des plus fréquentés du Latium. Après la dissolution de la Ligue latine en 338 av. J.-C., Rome n’osa pas le supprimer : elle en fit un sanctuaire commun aux Lanuviens et au peuple romain. Les prodiges qui y survenaient étaient rapportés au Sénat pour être expiés — Cicéron cite ainsi les boucliers rongés par des rats à Lanuvium (De divinatione, I, 99) —, ce qui en faisait un instrument de contrôle religieux et politique. À Rome même, un temple lui fut voué en 197 av. J.-C. par le consul C. Cornelius Cethegus, pendant sa campagne contre les Insubres, et dédié en 194 dans le Forum Holitorium (Tite-Live, XXXII, 30 et XXXIV, 53). Ovide place sa fête

Cérès

Cérès Déesse des moissons et de la fertilité · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité agraire OrigineItalique · assimilée à Déméter AttributsÉpis · Torche · Serpent MonnaiesIIe – Ier s. av. J.-C. FêteCerealia · 12–19 avril Cérès (Ceres en latin) est la grande déesse romaine des céréales, des moissons et de la fertilité de la terre, très tôt assimilée à la Déméter grecque. Fille de Saturne et d’Ops, elle occupe une place centrale dans une société agraire où la prospérité de la cité dépendait directement de l’abondance des récoltes. Son nom a donné le mot céréale, trace durable de son emprise sur le quotidien romain. Dans la numismatique républicaine, Cérès est une figure à la fois nourricière et politique. Sa tête couronnée d’épis orne plusieurs deniers, et son lien avec la plèbe — son temple au pied de l’Aventin était le siège des édiles plébéiens — explique sa présence sur des émissions frappées par ces magistrats. Elle est aussi une figure de deuil, marquée par l’enlèvement de Proserpine, mythe qui rend compte du cycle des saisons. Femme inconnue représentée en Cérès · Marbre romain, vers 235–250 apr. J.-C. · Musée du Louvre (Ma 1075) · Wikimedia Commons « Cérès, la première, fendit la glèbe du soc recourbé ; la première, elle donna aux terres les moissons et une nourriture adoucie ; la première, elle donna des lois. » — Ovide, Métamorphoses, V, 341–343 ✦ Représentations artistiques 00 Cérès dans l’art antique et moderne De l’Antiquité au XVIIe siècle Cérès est représentée dans l’art romain sous les traits d’une femme mûre et majestueuse, drapée, souvent voilée, tenant des épis, une torche ou une corne d’abondance. Elle incarne la maturité maternelle, la perte et la résilience plutôt que l’idéal juvénile d’autres divinités. La Cérès de Mérida (Ier siècle apr. J.-C., Musée national d’art romain de Mérida), découverte dans le théâtre de la ville, en est l’un des exemples les plus connus : assise et drapée, elle dégage une gravité solennelle. Le type statuaire est aussi employé pour représenter des femmes de la famille impériale ou de simples particulières sous les traits de la déesse, comme la statue du Louvre reproduite plus haut. À l’époque baroque, Rubens et Jordaens exploitent largement son iconographie d’abondance. Sur les deniers républicains, elle apparaît de profil, la tête couronnée d’épis, parfois avec boucles d’oreilles et collier ; au revers, elle peut figurer en pied, assise, ou parcourant le monde sur un char tiré par des serpents, une torche dans chaque main. Peter Paul Rubens & Frans Snyders — Cérès et Pan, vers 1615 · Huile sur toile · Museo del Prado, Madrid · Domaine public ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Cérès Monnaies · Sculptures · Mosaïques Les attributs de Cérès reflètent ses domaines — la terre cultivée, l’abondance des moissons et le deuil maternel qui préside au cycle des saisons. Sur les monnaies républicaines, ils permettent d’identifier la déesse sans ambiguïté. 🌾Épis de bléAttribut identificateur de Cérès. Les épis ornent sa couronne ou sa main et symbolisent la maîtrise des moissons et la nourriture des hommes. 🌿Couronne d’épisTressée d’épis, parfois mêlée de pavots, elle distingue immédiatement Cérès des autres têtes féminines des deniers républicains. 🔥TorcheAllumée aux feux de l’Etna pour chercher Proserpine dans la nuit, la torche symbolise la quête maternelle et la veille de la déesse. 🐍SerpentAnimal chthonien lié à la terre et à la régénération ; deux serpents tirent le char de Cérès dans sa quête de Proserpine. 🏺Corne d’abondanceLa cornucopia débordant de fruits et de grains illustre la générosité de Cérès et sa fonction de garante de la prospérité. 🐂Joug et labourLa charrue et l’attelage de bœufs rappellent Cérès comme celle qui enseigna aux hommes à travailler la terre. Cérès apparaît sur de nombreux deniers de la fin de la République, en tête couronnée d’épis à l’avers ou en pied au revers. Types présents sur LesDioscures : RRC 321/1L. Cassius Caecianus, 102 av. J.-C. — tête de Cérès / joug de bœufs. → 1153CA RRC 342/3C. Vibius Pansa, 90 av. J.-C. — tête d’Apollon / Cérès marchant, une torche dans chaque main ; devant elle, un porc. → 1221VI RRC 351/1M. Fannius et L. Critonius, édiles de la plèbe, 86 av. J.-C. — buste de Cérès, AED·PL / les deux édiles assis sur un banc, P·A (publico argento). → 1264CR RRC 378/1C. Marius Capito, 81 av. J.-C. — tête de Cérès / laboureur menant un attelage de bœufs. → 1309MA RRC 385/3M. Volteius, 78 av. J.-C. — tête de Liber / Cérès sur un char tiré par deux serpents, une torche dans chaque main. → 1320VO RRC 414/1L. Furius Brocchus, 63 av. J.-C. — tête de Cérès entre un épi et un grain d’orge / chaise curule entre deux faisceaux. → 1374FU RRC 427/1C. Memmius, 56 av. J.-C. — tête de Cérès / trophée et captif (voir ci-dessous). → 1400ME RRC 449/2C. Vibius Pansa Caetronianus, 48 av. J.-C. — tête de Liber / Cérès marchant, une torche dans chaque main ; devant elle, une charrue. → 1435VI RRC 467/1Jules César, 46 av. J.-C. — tête de Cérès, COS·TERT / DICT·ITER, instruments augural et pontifical. → 1491JU ✦ Représentations numismatiques ⚡ Cérès — déesse de la plèbe et de ses édiles 1264CR · RRC 351/1 · AED·PL Le temple de Cérès, Liber et Libera, voué en 496 et dédié en 493 av. J.-C. au pied de l’Aventin, près du Cirque Maxime, était bien plus qu’un lieu de culte : c’était un centre civique de la plèbe romaine. Les édiles plébéiens y avaient leur siège et y conservaient les sénatus-consultes, et c’est à eux qu’incombait l’organisation des jeux de Cérès. Figurer Cérès sur une monnaie, c’est donc souvent évoquer cette tradition plébéienne et édilicienne. Le denier des édiles M. Fannius et L. Critonius (RRC 351/1) en est l’illustration la plus directe, tout comme celui de C. Memmius, qui commémore un ancêtre édile organisateur des premiers Cerialia. 02 Denier · Caius Memmius · Gens Memmia · RRC 427/1 56 av. J.-C. 🌾 Tête de

Neptune

Neptune Dieu des mers, des eaux & des chevaux · Neptunus · Équivalent de Poséidon · Iconographie numismatique Équivalent grecPoséidon FiliationFils de Saturne · frère de Jupiter & Pluton AttributsTrident · Dauphin · Hippocampe FêteNeptunalia · 23 juillet Monnaie principaleRRC 511/2 · Sextus Pompée Neptune — Neptunus — compte parmi les douze grands dieux du panthéon romain (les Dii Consentes). Fils de Saturne, frère de Jupiter (le ciel) et de Pluton (les enfers), il règne sur les mers, les eaux et les tremblements de terre. Varron rattachait déjà son nom à l’idée de ce qui « voile » et humecte la terre ; les linguistes modernes y voient le plus souvent la racine indo-européenne *nebh- (« humide, nuage »), celle du latin nebula. Avant son assimilation au Poséidon grec, Neptune était vraisemblablement une divinité italique des eaux douces — sources, rivières, eau nécessaire aux cultures —, lien originel que ses Neptunalia du 23 juillet, en plein cœur de l’été sec, rappellent encore. Ce que Neptune a de singulier dans le monnayage romain, c’est son usage politique à la fin de la République. Plusieurs monétaires l’avaient déjà placé sur leurs deniers, mais lorsque Sextus Pompée, maître de la Sicile et de la mer entre 42 et 36 av. J.-C., affama Rome par le blocus des convois de grain, il alla plus loin : il se fit appeler fils de Neptune et frappa un denier à la tête du dieu ceinte du bandeau royal (RRC 511/2). C’est l’une des expressions les plus nettes de la propagande numismatique des guerres civiles. « Il dit, et plus prompt que sa parole, il apaise les flots gonflés, met en fuite les nuées amoncelées et ramène le soleil. » Sic ait, et dicto citius tumida aequora placat / collectasque fugat nubes solemque reducit. — Virgile, Énéide, I, 142–143 · trad. LesDioscures · Neptune apaise la tempête déchaînée par Junon contre la flotte d’Énée ✦ Représentations remarquables R1 Les noces de Neptune et d’Amphitrite — « Autel de Domitius Ahenobarbus » Fin IIe – début Ier s. av. J.-C. · Rome, Champ de Mars · Glyptothèque de Munich (Gl. 239) Neptune et Amphitrite sur leur char, entourés du thiase marin · Marbre · Glyptothèque de Munich · Wikimedia Commons Ce long relief, trouvé à Rome près du cirque Flaminius et partagé aujourd’hui entre Munich (le cortège marin) et le Louvre (la scène de recensement et de sacrifice), est l’une des rares grandes sculptures de la Rome républicaine. Au centre de la face munichoise, Neptune et Amphitrite trônent sur un char tiré par des Tritons, au milieu d’un cortège de Néréides chevauchant hippocampes et monstres marins. Le monument est contemporain du monnayage républicain : c’est le même imaginaire marin — dieu barbu, trident, cortège d’hippocampes — que l’on retrouve sur le bige d’hippocampes du denier de Q. Creperius Rocus (RRC 399/1). Le relief illustre la manière dont l’aristocratie romaine s’appropriait le dieu des mers, sans doute en souvenir d’une victoire navale du commanditaire. R2 Poséidon de Milos — Musée archéologique national d’Athènes Vers 125–100 av. J.-C. · Marbre de Paros · NAMA 235 Poséidon de Milos · Marbre de Paros · Vers 125–100 av. J.-C. · NAMA 235, Athènes · Wikimedia Commons Découverte en 1877 sur l’île de Milos, dans les Cyclades, cette statue plus grande que nature présente le dieu debout, le manteau roulé autour des hanches, le bras droit levé : la main tenait le trident, aujourd’hui perdu. Un dauphin sert d’appui à la jambe. Le canon est celui de la fin de l’époque hellénistique — musculature puissante, port de tête souverain. Ce type du dieu barbu debout, appuyé sur son trident, est celui que reprend le monnayage romain : il apparaît notamment au revers du denier de Sextus Pompée RRC 511/3, où Neptune, debout, le pied sur une proue, tient un aplustre entre les deux frères de Catane. R3 Mosaïque de Neptune et Amphitrite — Herculanum Ier s. ap. J.-C. (avant 79) · Maison de Neptune et Amphitrite · Herculanum Neptune et Amphitrite · Mosaïque murale de pâte de verre · Herculanum · Wikimedia Commons Conservée en place sous les cendres du Vésuve, cette mosaïque murale de tesselles de pâte de verre orne le triclinium d’été d’une maison d’Herculanum. Neptune, nu et barbu, tient son trident aux côtés de son épouse Amphitrite. Le choix des bleus et des verts, la présence de l’eau dans un décor de salle à manger : tout dit le goût romain pour l’imagerie marine dans l’architecture privée, des villas de Campanie aux maisons des provinces côtières. ✦ Nature, attributs & culte 01 Neptune — Du dieu italique des eaux au maître des mers Religion romaine archaïque · Neptunalia · 23 juillet 🔱 Le trident Sceptre de sa souveraineté marine. Frappé contre le sol ou les flots, il déchaîne séismes et tempêtes : c’est l’« Ébranleur de la terre » (Ennosigaios) des Grecs. 🐬 Dauphin & hippocampe Animaux de son cortège. Le dauphin accompagne souvent ses statues ; les hippocampes, mi-chevaux mi-poissons, tirent son char sur les flots. 🐴 Le cheval Virgile invoque le dieu qui fit jaillir de la terre, d’un coup de trident, le premier cheval. Sous le nom de Neptunus Equester, il présidait aux courses des Consualia. 🌊 Salacia / Amphitrite Salacia, déesse de l’eau salée, est sa parèdre romaine ; Amphitrite, son épouse grecque. Leur fils Triton, mi-homme mi-poisson, calme les flots en soufflant dans sa conque. 🌿 Neptunalia (23 juillet) Fête du cœur de l’été. On y dressait des huttes de feuillage, les umbrae, pour s’abriter du soleil pendant les réjouissances. Neptune présente un double visage dans la religion romaine : dieu des eaux et de leur abondance dans la tradition italique, il devient sous l’influence grecque le maître des océans. Cette dualité explique que les Neptunalia tombent non pas à l’ouverture de la navigation mais en pleine canicule, au moment où sources et puits risquent de tarir. On invoquait Neptune pour l’eau — toute l’eau, douce comme salée — bien avant de lui confier

Scylla

Scylla Monstre marin du détroit de Messine · Iconographie antique · Denier de Sextus Pompée NatureMonstre marin Première mentionHomère · Odyssée XII AttributsSix têtes · Protomés de chiens · Queue marine FiliationCrataïs (Homère) · Phorcys & Hécate (Apollonios) MonnaieRRC 511/4 · Sextus Pompée Scylla (grec Skylla, homérique Skyllè) est le monstre marin qui, depuis l’Odyssée, garde l’un des côtés d’un détroit étroit, face au gouffre de Charybde. Les Anciens ont localisé ce passage dans le détroit de Messine : Scylla sur le promontoire calabrais de Scyllaeum (l’actuelle Scilla), Charybde du côté sicilien. Monstre dévoreur chez Homère, elle devient chez les poètes plus tardifs une nymphe métamorphosée, victime de la jalousie de Circé ou d’Amphitrite. Dans le monnayage romain républicain, Scylla n’apparaît que sur un seul type : le denier de Sextus Pompée (RRC 511/4), fils de Pompée le Grand. Maître de la Sicile et de la flotte dans les années 42–36 av. J.-C., Sextus y associe le phare de Messine et le monstre de la rive opposée : le détroit tout entier devient l’emblème de sa puissance navale face aux triumvirs. « Là demeure Scylla aux aboiements terribles ; sa voix n’est pas plus forte que celle d’une jeune chienne, mais c’est un monstre funeste. Elle a douze pieds, tous difformes, et six cous démesurés ; sur chacun, une tête effroyable, avec trois rangées de dents serrées et drues, pleines de la noire mort. » — Homère, Odyssée, XII, 85–92 · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1 Plaque « mélienne » en terre cuite — British Museum 460–450 av. J.-C. Scylla · Plaque en terre cuite, Mélos · 460–450 av. J.-C. · Trouvée à Égine · British Museum, GR 1867.5-8.673 · Wikimedia Commons Les reliefs dits « méliens », petites plaques de terre cuite moulées et peintes, comptent parmi les plus anciennes images de Scylla. Le monstre y présente déjà le schéma qui restera canonique pendant près de mille ans : un buste de femme prolongé par un corps marin, et des protomés de chiens qui jaillissent de la taille. Cette image ne suit pas la lettre d’Homère, qui décrit douze pieds et six cous : elle traduit plutôt l’étymologie populaire qui rapprochait déjà Skylla de skylax, « le jeune chien » — le poète lui-même compare sa voix à celle d’une jeune chienne. R2 Cratère en cloche béotien à figures rouges — Musée du Louvre 450–425 av. J.-C. Scylla · Cratère en cloche béotien à figures rouges · 450–425 av. J.-C. · Musée du Louvre, CA 1341 · Wikimedia Commons Ce cratère en cloche, de fabrication béotienne (il est parfois décrit à tort comme attique), offre l’une des images les plus nettes de Scylla dans la céramique classique. Le monstre, le bras levé, porte à la ceinture des protomés de chiens et se termine par une queue serpentiforme qui ondule dans la mer. Le contraste entre le haut du corps, féminin, et le bas, bestial, résume toute l’ambivalence de la figure — ambivalence que les poètes hellénistiques et romains expliqueront plus tard par le récit d’une métamorphose. R3 Mosaïque de galets — Maison de Dionysos, Paphos Fin IVe – début IIIe s. av. J.-C. Scylla · Mosaïque de galets noirs et blancs · Époque hellénistique · Maison de Dionysos, parc archéologique de Paphos (Chypre) · Photo C. Raddato · Wikimedia Commons Conservée sous le sol de la Maison de Dionysos, cette mosaïque de galets en noir et blanc appartient à un état antérieur de l’édifice romain. Scylla y est figurée de face, les chiens à la ceinture, la queue enroulée : la composition circulaire, adaptée à un pavement, montre combien le motif était devenu familier dans le décor domestique dès l’époque hellénistique. R4 Le groupe de Scylla de Sperlonga — Grotte de Tibère Avant 26 apr. J.-C. Groupe de Scylla · Marbre · Grotte de la villa de Tibère · Museo Archeologico Nazionale di Sperlonga · Photo C. Raddato · Wikimedia Commons Découvert en 1957 dans la grotte-triclinium de la villa impériale de Sperlonga, entre Rome et Naples, ce groupe colossal (environ 3 m de haut) montrait le navire d’Ulysse assailli par Scylla : marins arrachés au pont, pilote à la poupe, chiens et tentacules du monstre. Une inscription gravée sur le navire nomme trois sculpteurs rhodiens, Athanodoros, Agesandros et Polydoros — les mêmes noms que Pline l’Ancien attribue aux auteurs du Laocoon. La grotte s’effondra en 26 apr. J.-C., manquant de tuer Tibère (Tacite, Annales, IV, 59 ; Suétone, Tibère, 39) : c’est le terme le plus tardif possible pour l’ensemble, dont la date exacte reste discutée. Brisé en milliers de fragments, le groupe n’est connu que par des reconstitutions partielles. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Scylla Céramiques · Reliefs · Mosaïques · Monnaies Deux traditions coexistent : celle du texte homérique (douze pieds, six cous, six têtes) et celle des artistes, qui dès le Ve siècle fixent un type plus lisible — buste féminin, chiens à la ceinture, queue marine. C’est ce second type que reprennent les vases, les reliefs, les mosaïques et les monnaies. 🐕Protomés de chiensTêtes et pattes de chiens jaillissant de la taille — trait distinctif de l’iconographie dès le Ve s. av. J.-C. 🦷Six têtesChez Homère : six cous démesurés, chaque tête armée de trois rangées de dents ; une tête par marin saisi (Od. XII, 89–92). 🐟Queue marineQueue de poisson ou de serpent marin, parfois double, qui ancre le monstre dans les eaux du détroit. 👩Buste fémininLe haut du corps reste humain — trace, pour les poètes tardifs, de la nymphe qu’elle aurait été. ⚓GouvernailSur le denier de Sextus Pompée, Scylla brandit à deux mains un gouvernail comme une massue. 🌊Le détroitSon rocher fait face au gouffre de Charybde, « à portée de flèche » selon Homère (Od. XII, 102). Sur une monnaie, la place manque pour le navire et les marins : le graveur ne retient que le buste, les chiens et la queue, et donne au monstre un geste — le gouvernail levé — qui le transforme

Flora

Flora Déesse des fleurs & du printemps · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité romaine OrigineItalique / Sabine AttributsCouronne de fleurs · Fleurs Équivalent grecChloris (nymphe) FêteFloralia (28 avr.–3 mai) Flore (Flora en latin) est une divinité romaine ancienne associée aux fleurs, au printemps et à la fertilité. Déesse agraire, elle veille à la floraison des céréales, de la vigne, de l’olivier et des arbres fruitiers, dont dépend l’abondance des récoltes ; Ovide lui fait même revendiquer le miel comme l’un de ses dons. Son domaine la rapproche de Vénus pour la vitalité végétale, de Cérès pour l’agriculture et de Pomone pour les fruits. Les Romains l’identifiaient à la nymphe grecque Chloris. Selon Ovide, Chloris, enlevée puis épousée par Zéphyr, le vent d’ouest, devint Flore et reçut de lui l’empire des fleurs. Divinité d’origine italique, elle aurait été introduite à Rome par le roi sabin Titus Tatius selon Varron, et son culte est attesté chez d’autres peuples de langue osque avant comme après son intégration au panthéon romain. « J’étais Chloris, moi que l’on nomme Flore : une lettre latine a altéré mon nom grec. » — Ovide, Fastes, V, 195-196 ✦ Représentations remarquables R1 « Flora » cueillant des fleurs — Fresque de Stabies Ier siècle apr. J.-C. « Flora » ou « Primavera » · Fresque de la villa d’Ariane, Stabies · Ier siècle apr. J.-C. · Naples, Musée archéologique national, inv. 8834 Cette petite fresque sur fond vert, découverte dans la villa d’Ariane à Stabies (Castellammare di Stabia) et conservée au Musée archéologique national de Naples, est la plus célèbre image antique traditionnellement identifiée à Flore. La jeune femme, vue de dos, s’éloigne d’un pas léger en cueillant une fleur sur un arbuste : le geste, plus que tout attribut, dit son domaine. L’identification reste conventionnelle — on y a vu aussi une allégorie du Printemps, voire Proserpine cueillant des fleurs — mais elle illustre la manière dont l’art romain associait la figure féminine, la floraison et la saison nouvelle, bien avant les grandes allégories de la Renaissance. R2 Chloris et Flora — Botticelli, Primavera Vers 1480 Sandro Botticelli · Primavera · vers 1480 · Florence, Galerie des Offices · Domaine public Sur la droite du tableau, Zéphyr, bleuté, saisit la nymphe Chloris, de la bouche de laquelle s’échappent des fleurs ; juste à côté, la même figure transformée en Flora, vêtue d’une robe fleurie, répand des roses. Botticelli met en image, en deux temps, le récit des Fastes (V, 195-214) : la métamorphose de la nymphe grecque en déesse romaine des fleurs. Là où la fresque de Stabies saisit un geste simple, Botticelli construit une allégorie savante, nourrie de la lecture humaniste d’Ovide : c’est surtout par cette image que Flore est restée familière au public moderne. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Flora Monnaies · Fresques · Textes Sur les monnaies républicaines comme dans les textes, Flore est identifiée par un petit nombre d’attributs qui renvoient à son domaine : le règne végétal, le renouveau et la fécondité. 🌸Couronne de fleursSur les deniers républicains, la tête de la déesse est couronnée de fleurs : c’est son signe distinctif. 🌼Fleur au champSur le denier de C. Clodius Vestalis, une fleur (souvent décrite comme un lis) est placée derrière sa tête. 🌿GuirlandesPendant les Floralia, les convives se couronnaient de fleurs et portaient des vêtements de couleur (Ovide, Fastes, V). 🌾Céréales & vigneRappel de sa fonction agraire : Flore protège la floraison des blés, de la vigne et de l’olivier (Ovide, Fastes, V, 261-272). 🐝MielDans les Fastes, Flore compte le miel parmi ses dons : les abeilles dépendent de la floraison qu’elle gouverne. Sur les deniers républicains, Flore apparaît sous les traits d’une jeune femme de profil à droite, couronnée de fleurs. Les attributs du champ — lituus ou fleur — varient selon le monétaire et renvoient autant à sa famille qu’à la déesse elle-même. ✦ Représentations numismatiques 🌸 Flora sur le monnayage républicain La tête de Flore n’apparaît que tardivement et rarement sur les monnaies de la République : sur le denier de C. Servilius C. f. (RRC 423/1, vers 57 av. J.-C.), puis sur les émissions de C. Clodius Vestalis (RRC 512/1-2, 41 av. J.-C.), aureus et denier. Dans les deux cas, le choix de la déesse relève d’une thématique familiale propre au monétaire. Le premier type, avec sa légende FLORAL PRIMVS, est un véritable commentaire monétaire sur l’histoire des Floralia ; le second associe Flore à une Vestale, en écho au surnom du monétaire. 02 Denier Servilia · C. Servilius C. f. · RRC 423/1 Vers 57 av. J.-C. 🌸 Tête de Flora à droite, couronnée de fleurs RRC 423/1Gens Servilia 🏛 Légendes & description Avers FLORAL · PRIMVS Tête de Flora à droite, couronnée de fleurs ; derrière, un lituus ; devant, la légende (AL et MV en ligature). Revers C · SERVEIL · C · F Deux soldats face à face, se présentant mutuellement leur épée ; légende à l’exergue et à droite. La légende FLORAL(ia) PRIMVS désigne celui qui fut « le premier » pour les Floralia. Deux lectures s’opposent : pour Crawford, le monétaire lui-même aurait été le premier titulaire d’une charge liée à la fête ; pour W. Hollstein, le type est entièrement familial et renvoie à l’ancêtre C. Servilius qui, édile en 173 av. J.-C., fit rétablir les Floralia et les rendit annuelles. Dans cette seconde lecture, le lituus de l’avers évoquerait l’augurat exercé dans la famille, et le duel du revers M. Servilius Pulex Geminus, consul en 202 av. J.-C., célèbre pour ses victoires en combat singulier. Le denier ferait ainsi de Flore un emblème de la mémoire de la gens Servilia. 03 Denier Clodia · C. Clodius Vestalis · RRC 512/2 41 av. J.-C. 🌸 Tête de Flora à droite, couronnée de fleurs RRC 512/2Gens Claudia 🏛 Légendes & description Avers C · CLODIVS · C · F Tête de Flora à droite, couronnée de fleurs ; derrière, une fleur (lis). Revers VESTALIS Vestale voilée

Les Dioscures

Les Dioscures Castor & Pollux · Διόσκουροι · Fils de Zeus · Protecteurs des cavaliers & des marins · Iconographie numismatique OrigineLaconie · Rome via le Latium FiliationLéda · Zeus (Pollux) · Tyndare (Castor) AttributsChevaux · Étoiles · Pilos · Lances ConstellationGémeaux Temple romainForum · dédié en 484 av. J.-C. Les Dioscures — Castor et Pollux — comptent parmi les figures les plus présentes de la numismatique républicaine romaine. Au revers des premiers deniers anonymes, frappés après 211 av. J.-C., ils apparaissent en deux cavaliers galopant à droite, coiffés du pilos surmonté d’une étoile, lance en arrêt : c’est le type fondateur du denier, repris pendant près d’un siècle, puis décliné par les monétaires en bustes accolés, en tête janiforme, en cavaliers divergents ou en jeunes hommes debout près de leurs chevaux. Fils de Léda, ils ont deux pères dans la version canonique fixée par Pindare : Pollux est fils de Zeus et immortel, Castor fils du roi Tyndare et mortel. Quand Castor tombe sous la lance d’Idas, Pollux obtient de Zeus de partager son immortalité avec lui. Les deux frères passent dès lors ensemble un jour sous la terre, un jour parmi les dieux — et brillent côte à côte dans la constellation des Gémeaux. « Apud Regillum bello Latinorum, cum A. Postumius dictator cum Octavio Mamilio Tusculano proelio dimicaret, in nostra acie Castor et Pollux ex equis pugnare visi sunt. » « Au lac Régille, pendant la guerre contre les Latins, alors que le dictateur A. Postumius livrait bataille à Octavius Mamilius de Tusculum, on vit Castor et Pollux combattre à cheval dans nos rangs. » — Cicéron, De natura deorum, II, 6 · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1Le retour des Dioscures — amphore d’ExékiasVers 540–530 av. J.-C. · Musée grégorien étrusque, Vatican Exékias · Amphore attique à figures noires, face B · Vulci · Vatican, Musée grégorien étrusque (inv. 16757) · Photo G. Todd, Wikimedia Commons La face principale de cette célèbre amphore montre Achille et Ajax jouant aux dés ; l’autre face représente le retour des Dioscures au foyer. Castor ramène son cheval, Pollux joue avec un chien, devant leurs parents Léda et Tyndare : les quatre noms sont inscrits à côté des figures. C’est l’une des plus anciennes images grecques des jumeaux, et déjà le cheval y signale Castor, le « dompteur de chevaux » de l’Iliade. R2Groupe de San Ildefonso — Castor & PolluxŒuvre romaine, fin Ier s. av. – Ier s. ap. J.-C. · Musée du Prado, Madrid Groupe de San Ildefonso · Marbre · Musée du Prado, Madrid · Wikimedia Commons Ce groupe en marbre, nommé d’après le palais de La Granja de San Ildefonso où il fut conservé jusqu’en 1839, montre deux jeunes hommes nus couronnés de laurier, appuyés l’un contre l’autre, près d’une petite statue féminine qui tient un objet sphérique. Ce n’est pas la copie d’une statue grecque connue : c’est une composition éclectique néo-attique de l’époque augustéenne, qui associe un corps de tradition polyclétéenne à un corps plus souple de tradition praxitélienne. On l’a parfois rattachée à l’atelier de Pasitélès. La tête de la figure de gauche est un portrait d’Antinoüs ajouté lors de la restauration d’Ippolito Buzzi vers 1623 : d’où les identifications successives (Oreste et Pylade selon Winckelmann, Hypnos et Thanatos, Antinoüs et le génie d’Hadrien). L’interprétation aujourd’hui retenue est celle des Dioscures sacrifiant à Perséphone : la figure de droite tient deux torches, l’une abaissée sur l’autel, l’autre levée derrière son dos — image du partage entre la mort et la vie — et la sphère est lue comme l’œuf dont naquirent les jumeaux. R3Temple des Dioscures — les trois colonnes du ForumVoué v. 499–496 · dédié en 484 av. J.-C. · rebâti par Tibère, dédié en 6 ap. J.-C. Temple de Castor et Pollux · Forum Romain · Photo Jebulon, CC0 Paul Bril · Vue du Forum avec les colonnes du temple des Dioscures · Huile sur cuivre · Wikimedia Commons Le dictateur Aulus Postumius voua le temple avant la bataille du lac Régille ; l’un de ses fils, élu duumvir pour l’occasion, le dédia le 15 juillet 484 av. J.-C. (Tite-Live, II, 42). Le sanctuaire fut entièrement reconstruit en 117 av. J.-C. par L. Caecilius Metellus Dalmaticus, restauré par Verrès, puis, après l’incendie de 14 av. J.-C., rebâti par Tibère et dédié en 6 ap. J.-C. au nom de Tibère et de son frère Drusus. Les trois colonnes corinthiennes et le fragment d’entablement visibles aujourd’hui appartiennent à ce temple tibérien ; le podium remonte à Metellus. Sous la République, le Sénat y siégea à plusieurs reprises (Cicéron, Verrines, II, 1, 129) et l’avant du podium servit de tribune. À l’époque impériale, le temple abrita le bureau des poids et mesures. Chaque 15 juillet, la transvectio equitum faisait défiler les chevaliers en souvenir de Régille. Les trois colonnes, seules debout dès le XVe siècle, sont devenues un motif obligé des peintres de ruines, comme ici chez Paul Bril. R4Le Lacus Iuturnae — où les Dioscures abreuvèrent leurs chevauxForum Romain · au pied du temple Statue d’un des Dioscures du Lacus Iuturnae · Forum Romain · Wikimedia Commons Autel du Lacus Iuturnae, face aux Dioscures · Remonté dans le temple du divin Romulus · Photo Lalupa, Wikimedia Commons Selon la légende rapportée par Denys d’Halicarnasse (VI, 13), deux cavaliers d’une taille et d’une beauté surhumaines apparurent le soir même de la bataille sur le Forum, firent boire leurs chevaux à la source de Juturne, annoncèrent la victoire, puis disparurent. Le bassin de la source, le Lacus Iuturnae, se trouve à quelques mètres du temple : on y a retrouvé des statues de marbre des Dioscures et leurs chevaux, ainsi qu’un autel orné de leur image. RRC 335/10a · Postumia · 1189PO La scène passe sur la monnaie en 96 av. J.-C. : le denier d’A. Postumius Albinus (RRC 335/10), descendant du vainqueur de Régille, montre au revers les deux jumeaux debout près de leurs chevaux qui s’abreuvent à la fontaine — rare exemple

Pietas

Pietas Vertu & divinité romaine · Devoir envers les dieux, la famille & la patrie · Pius Aeneas · Iconographie numismatique NatureVertu divinisée DomaineDieux · Famille · Patrie AttributsCigogne · Encensoir · Rameau · Sceptre Figure exemplairePius Aeneas Monnaie principaleRRC 308/1 · Denier Herennia Pietas — la Piété — est l’une des valeurs cardinales du mos maiorum, la coutume des ancêtres qui définit l’idéal du citoyen romain, aux côtés de la Fides (la bonne foi), de la Virtus (la valeur) et de la Gravitas (le sérieux). Elle désigne l’attachement respectueux et actif à ses devoirs dans trois registres inséparables : envers les dieux, envers les parents et les ancêtres, envers la patrie. Cicéron la range dans la justice : elle est la justice envers les dieux, et le dévouement qu’on doit à ceux de son sang et à son pays. Personnifiée, Pietas est une femme voilée ou diadémée, souvent accompagnée de la cigogne — l’oiseau dont on disait qu’il nourrissait ses parents devenus vieux. Sa figure exemplaire est Énée, le pius Aeneas de Virgile : quittant Troie en flammes, il porte sur ses épaules son vieux père Anchise, qui tient les Pénates, et mène par la main son fils Ascagne. Un seul geste réunit les trois piétés — envers le père, envers les dieux de la cité, envers la descendance qui fondera Rome. Sur le denier républicain, la Piété apparaît nommément vers 108–107 av. J.-C. avec le monétaire Marcus Herennius, qui l’associe à un autre exemple de piété filiale, sicilien celui-là : les frères de Catane. « Allons, cher père, prends place sur mes épaules ; je te porterai moi-même, et ce fardeau ne me pèsera pas. » Ergo age, care pater, ceruici imponere nostrae ; / ipse subibo umeris nec me labor iste grauabit. — Virgile, Énéide, II, 707–708 · trad. LesDioscures · Énée à Anchise, au moment de quitter Troie ✦ Représentations remarquables R1 Énée, Anchise et Ascagne — terre cuite de Pompéi Ier s. ap. J.-C. · Musée archéologique national de Naples (inv. 110338) Énée, Anchise & Ascagne · Terre cuite · Pompéi · MANN 110338 · Wikimedia Commons (CC BY-SA) Trouvée à Pompéi, cette petite terre cuite reprend le schéma que l’époque augustéenne avait rendu canonique : Énée en marche, son père Anchise assis sur son épaule, le petit Ascagne tenu par la main. Le groupe statuaire du forum d’Auguste, où Énée faisait pendant à Romulus, en avait fixé l’image ; peintures et objets de la vie domestique la diffusèrent ensuite jusque dans les maisons de Campanie. Pour un Romain, cette image n’était pas une scène de légende parmi d’autres : elle montrait la pietas en action, et rappelait que la gens Iulia, celle de César et d’Auguste, se réclamait d’Énée par Iule-Ascagne. C’est le même geste — un fils emportant son père hors du désastre — que Marcus Herennius avait placé sur son denier un siècle plus tôt. R2 Bernini — Énée, Anchise et Ascagne fuyant Troie 1618–1619 · Marbre · Galerie Borghèse, Rome Gian Lorenzo Bernini · Énée, Anchise & Ascagne · Marbre · Galerie Borghèse · Wikimedia Commons (CC BY-SA) Premier grand groupe sculpté par Gian Lorenzo Bernini pour le cardinal Scipion Borghèse — un paiement est attesté en 1619 —, l’œuvre fut réalisée alors que le sculpteur avait à peine vingt ans, probablement avec le concours de son père Pietro. Les trois générations s’élèvent en spirale : Ascagne porte le feu sacré, Énée soutient son père, Anchise serre contre lui la statuette des Pénates. Le marbre oppose la chair ferme du héros, le corps affaissé du vieillard et les formes tendres de l’enfant. Plus de seize siècles après Virgile, le groupe montre la durée du modèle : la pietas d’Énée reste l’image même du devoir filial, celle que les monétaires républicains avaient déjà mise dans la paume de chaque citoyen. R3 Pierre Lepautre — Énée et Anchise Début du XVIIIe s. · Marbre · Musée du Louvre (M.R. 2028) Pierre Lepautre · Énée & Anchise · Marbre · Louvre M.R. 2028 · Wikimedia Commons (CC0) Le groupe de Pierre Lepautre reprend la composition à trois figures : Énée emporte Anchise qui tient les Pénates et guide Ascagne. Comme chez Bernini, l’épisode n’est pas traité comme un simple sujet héroïque, mais comme un exemple moral — celui que la Rome antique résumait d’un seul mot, pietas. ✦ La Pietas — vertu, divinité & culte 01 Les trois dimensions de la Pietas romaine Cicéron · Virgile · Mos maiorum 🙏Envers les dieuxAccomplir les rites, observer les fêtes, honorer Lares et Pénates. Pour Cicéron, la piété est « la justice envers les dieux » : une Rome impie s’expose à leur colère. 👨‍👩‍👧Envers la familleHonorer et soutenir ses parents, surtout dans leur vieillesse, et perpétuer le culte des ancêtres. C’est cette piété filiale qu’illustrent Énée et les frères de Catane. 🏛️Envers la patrieServir et défendre Rome. Le même mot désigne le dévouement au père et à la cité ; sous l’Empire, il s’étend à la personne du prince. 🐦La cigogneLes Anciens rapportaient que les jeunes cigognes nourrissent leurs parents âgés. Elle accompagne Pietas sur les deniers de Metellus Pius (RRC 374) et de Marc Antoine (RRC 516). ⛩️Temple de PietasVoué en 191 av. J.-C. par M’. Acilius Glabrio aux Thermopyles, dédié en 181 par son fils sur le Forum Holitorium (Tite-Live, XL, 34). La pietas est à la fois une vertu — une disposition morale — et une divinité, une puissance que l’on invoque et à laquelle on élève des sanctuaires. Cette double nature est caractéristique de la religion romaine : dans les lois religieuses qu’il imagine pour sa cité idéale, Cicéron prévoit des sanctuaires pour les qualités « par lesquelles l’homme s’élève au ciel », et nomme ensemble Mens, Virtus, Pietas et Fides (Des lois, II, 19). Afficher la piété n’est donc pas seulement vanter une qualité personnelle : c’est se placer sous la protection d’une déesse. Le culte se prolonge sous l’Empire : en 22 ap. J.-C., lors d’une maladie de Livie,