Apollon

Apollon · Iconographie numismatique · LesDioscures Apollon Dieu solaire, de la musique et des arts · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité olympienne Origine Grecque · Romaine Attributs Lyre · Arc · Laurier Période IVe – Ier s. av. J.-C. Monnaies Nombreux types référencés Apollon (en grec Ἀπόλλων, en latin Apollo) est l’une des divinités majeures du panthéon gréco-romain. Fils de Zeus et de la Titanide Léto, frère jumeau d’Artémis, il incarne la lumière, la raison, l’ordre et la beauté. Sa figure polymorphe — dieu du soleil, des arts, de la médecine et de la prophétie — en fait l’une des présences les plus riches et les plus récurrentes de l’iconographie numismatique républicaine romaine. À Rome, Apollon fut adopté très tôt comme protecteur de la cité. Son culte, d’abord lié à la guérison lors des épidémies, s’étend progressivement à la sphère politique : Jules César et surtout Auguste feront d’Apollon leur divinité tutélaire. Dès l’époque républicaine, son image — tête laurée, lyre, trépied, corbeau — orne l’avers ou le revers de nombreux deniers, témoignant du prestige religieux et propagandiste associé à ce dieu. Apollon du Belvédère · Copie romaine d’un original grec attribué à Léocharès, vers 330–325 av. J.-C. · Musées du Vatican · CC BY-SA 4.0 (Livioandronico2013) « Phœbus, à qui appartient Claros, Tenedos et Patara, et dont le siège principal est Délos… » — Ovide, Métamorphoses, I, 516 ✦ Représentations artistiques 00 Apollon dans l’art antique et moderne De l’Antiquité au XVIIe siècle Apollon est l’une des divinités les plus représentées de l’art occidental. Son image canonique — jeune homme imberbe à la chevelure bouclée surmontée d’une couronne de laurier — traverse toute l’Antiquité, du kouros archaïque grec aux portraits monétaires républicains romains. Parmi les œuvres majeures, l’Apollon du Belvédère (copie romaine d’un bronze grec du IVe siècle) reste la référence iconographique absolue : le dieu y est représenté debout, le bras droit tendu après le lancer d’une flèche, l’expression sereine et souveraine. Ce modèle exercera une influence considérable sur les artistes de la Renaissance et du Baroque, de Raphaël à Nicolas Poussin. Dans la numismatique républicaine, Apollon apparaît généralement en buste lauré à l’avers, parfois accompagné au revers d’un trépied, d’un corbeau ou d’une lyre — ses attributs prophétiques et musicaux les plus reconnaissables. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes d’Apollon Monnaies · Sculptures · Mosaïques Les attributs d’Apollon condensent ses multiples fonctions divines. Sur les monnaies républicaines, leur sélection est rarement arbitraire : elle reflète l’intention politique ou religieuse du magistrat monnayeur. 🎵 Lyre / Cithare Symbole de son rôle de dieu des arts et de la musique, inspirateur des Muses. La lyre figure sur plusieurs revers républicains. 🏹 Arc & Flèches Armes de l’archer divin, capables d’envoyer la peste ou la guérison. Apollon et sa sœur Artémis partagent cet attribut. 🌿 Couronne de laurier En souvenir de la nymphe Daphné, transformée en laurier. Le laurier d’Apollon devient symbole de victoire et de gloire à Rome. 🔱 Trépied delphique Siège de la Pythie à Delphes, l’oracle le plus célèbre du monde antique, placé sous la protection d’Apollon. 🐦 Corbeau Animal prophétique d’Apollon. Sa présence au revers de certains deniers signale la dimension oraculaire du dieu. 🐍 Serpent Python Monstre vaincu par Apollon à Delphes, dont la victoire fonda sa maîtrise du sanctuaire prophétique. Lié aussi à la médecine via Asclépios. Dans la numismatique républicaine, la tête laurée d’Apollon est l’une des représentations les plus fréquentes à l’avers des deniers du IIe et du Ier siècle avant notre ère. Les magistrats monnayeurs jouent sur ces attributs pour rappeler des victoires militaires, des liens familiaux avec le dieu ou des événements religieux marquants. ✦ Représentations numismatiques ⚡ Apollon, divinité tutélaire de la propagande républicaine Denier BrutusQ. Junius Brutus Dès le IIe siècle av. J.-C., Apollon est choisi par les magistrats monnayeurs comme figure d’autorité et de légitimité. Sa tête laurée, jeune et idéalisée, incarne l’auctoritas divine que les grandes gentes romaines cherchent à s’associer. Le denier de Quintus Junius Brutus illustre parfaitement cette démarche : la tête d’Apollon à l’avers confère prestige et sacralité à l’émission monétaire, tandis que le revers développe un programme iconographique propre à la famille du monnayeur. 02 Denier · Quintus Junius Brutus Vers 54 av. J.-C. 🏛 Tête laurée d’Apollon à droite Gens JuniaRRC 433 🏛 Légendes & description Avers Tête d’Apollon laurée à droite Portrait idéalisé du dieu, chevelure bouclée retenue par une couronne de laurier — type classique de la numismatique républicaine tardive. Revers BRUTUS Inscription du magistrat monnayeur encadrant une scène ou un symbole lié à la gens Junia. Ce denier de la gens Junia illustre l’usage d’Apollon comme caution divine sur les émissions républicaines tardives. La tête du dieu à l’avers n’est pas un simple ornement : elle convoque l’autorité d’un patron céleste reconnu pour son lien avec la prophétie, la victoire et la purification. Quintus Junius Brutus, triumvir monétaire vers 54 av. J.-C., choisit Apollon pour signaler la piété et les ambitions de sa famille dans une période de tensions politiques croissantes précédant la guerre civile. ✦ Mythes fondateurs et culte à Rome 03 Apollon à Rome — du culte grec à la divinité nationale Ve – Ier siècle av. J.-C. Le culte d’Apollon est introduit à Rome dès le Ve siècle av. J.-C., principalement à travers les contacts avec les cités grecques de Grande-Grèce. Un premier temple lui est dédié dans le Prata Flaminia, hors du pomœrium, car Apollon reste longtemps une divinité étrangère dont la présence dans l’espace sacré de la ville est soigneusement encadrée. Sa fonction première à Rome est curative : on l’invoque lors des épidémies (pestilences) qui frappent la cité. Les Ludi Apollinares, institués en 212 av. J.-C. sur recommandation des Livres sibyllins, consacrent définitivement sa place dans le calendrier religieux romain. Les trois grands mythes associés à Apollon — le combat contre Python fondant l’oracle de Delphes, l’amour pour Daphné à l’origine du laurier sacré, et la malédiction de Cassandre illustrant les dangers du refus divin — alimentent l’imaginaire des
Libertas

Libertas · Iconographie numismatique · LesDioscures Libertas Déesse de la liberté · Iconographie numismatique · République romaine Nature Vertu divinisée · Allégorie Origine Romaine Attributs Pileus · Vindicta · Sceptre Période IIe – Ier s. av. J.-C. Monnaies RRC 433/1 · RRC 508/3 Libertas est une divinité abstraite, typique des personnifications romaines comme Concordia (l’harmonie) ou Victoria (la victoire). Son nom, dérivé du latin līber (« libre »), reflète une conception romaine de la liberté à la fois individuelle — l’absence d’esclavage — et collective — l’autonomie politique du peuple romain. Contrairement aux grandes divinités comme Jupiter ou Mars, Libertas n’a pas de mythologie narrative complexe, mais elle incarne un idéal central de la République, fondée en 509 av. J.-C. après l’expulsion des rois étrusques. Son équivalent grec, Éleutheria, est moins personnifié dans la mythologie hellénique, où la liberté est souvent un concept philosophique plutôt qu’une divinité à part entière. Libertas, en revanche, est profondément ancrée dans les institutions et les pratiques romaines, notamment l’affranchissement des esclaves (manumissio). Elle est vénérée par les Junii, la famille de Marcus Junius Brutus, et son culte est attesté dès le IIIe siècle av. J.-C. « La liberté est la faculté de vivre selon ses propres lois. » — Cicéron, De Re Publica, I, 47 ✦ Représentations remarquables R2 Eugène Delacroix — La Liberté guidant le peuple 1830 · Musée du Louvre, Paris Eugène Delacroix — La Liberté guidant le peuple, 1830 · Huile sur toile, 260 × 325 cm · Musée du Louvre, Paris (RF 129) · Après restauration 2024 · Domaine public · LesDioscures Peint en 1830 en réponse aux Trois Glorieuses (les journées révolutionnaires des 27–29 juillet), ce tableau de Delacroix est la réinterprétation romantique la plus célèbre de Libertas dans l’art occidental. La figure centrale — debout sur les barricades, demi-nue, le bonnet phrygien sur la tête, le drapeau tricolore levé — est à la fois une allégorie et une femme du peuple, une déesse et une insurgée. Le bonnet phrygien qu’elle porte est l’héritier direct du pileus romain de Libertas. Transmis à travers les siècles, réinterprété à chaque révolution, il a traversé la Révolution américaine, la Révolution française, et reste aujourd’hui sur la tête de Marianne. Delacroix a peint non pas Libertas elle-même, mais ce qu’elle était devenue : la liberté collective d’un peuple en armes, incarnée dans une figure féminine qui enjambe les corps de ses martyrs. Le lien avec la déesse romaine est explicite et revendiqué. R3 Gemma Augustea — Libertas et l’apothéose augustéenne Vers 9–12 apr. J.-C. · Kunsthistorisches Museum, Vienne Gemma Augustea · Camée en onyx bicouche, 19 × 23 cm · Vers 9–12 apr. J.-C. · Kunsthistorisches Museum, Vienne · Domaine public · LesDioscures La Gemma Augustea est l’un des plus grands camées de l’Antiquité romaine : taillée dans un onyx bicouche (couche brune sur fond crème), elle mesure 19 × 23 cm et fut probablement réalisée par le graveur Dioskourides, artiste attitré d’Auguste. Le registre supérieur représente Auguste trônant en Jupiter aux côtés de Rome divinisée, couronné par Oikouménè (la terre habitée) — scène qui illustre la mutation profonde du rapport entre le pouvoir impérial et les anciennes vertus républicaines, dont Libertas. La présence de figures allégoriques féminines couronnant le prince souligne le glissement opéré par Auguste : là où Brutus avait instrumentalisé Libertas contre la tyrannie, Auguste la réabsorbe dans un programme de légitimation dynastique. Le pileus républicain disparaît ; la liberté devient don du prince plutôt qu’arme contre lui. La Gemma Augustea est ainsi le pendant iconographique parfait des deniers de Brutus : l’un proclame la liberté contre le pouvoir personnel, l’autre la soumet à sa gloire. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Libertas Monnaies · Sculptures · Cérémonies L’iconographie de Libertas est remarquablement stable sur les monnaies républicaines : ses attributs principaux sont identifiables dès le IIe siècle av. J.-C. et traverseront les siècles jusqu’aux révolutions modernes. 🎩 Pileus Bonnet souple remis à l’esclave lors de son affranchissement. Tenu à la main — jamais porté — dans les représentations de Libertas. Symbole universel de l’émancipation. 🪄 Vindicta Baguette utilisée dans la cérémonie d’affranchissement (manumissio vindicta) : le magistrat touchait l’esclave avec elle pour signifier sa libération. ⚖️ Sceptre Signe d’autorité souveraine. Libertas tient parfois un sceptre pour signifier que la liberté est une puissance à part entière, égale à l’autorité royale. 🐈 Chat Attribut rare mais significatif : le chat ne se soumet pas facilement, contrairement au chien. Symbole d’indépendance naturelle irréductible. 🔗 Joug brisé Métaphore de la fin de l’oppression. Parfois représenté à ses pieds, le joug brisé signale que Libertas vient de mettre fin à une servitude. Sur les monnaies républicaines, Libertas est généralement représentée en buste diadémé à droite, la légende LIBERTAS inscrite derrière la nuque. Les deniers de Brutus (RRC 433/1 et 508/3) en offrent les exemples les plus politiquement chargés de toute la numismatique républicaine. ✦ Représentations numismatiques républicaines ⚡ Le denier EID MAR de Brutus — la monnaie la plus politique de la République RRC 508/3Brutus Le denier frappé par Quintus Caepio Brutus en 44–42 av. J.-C. est l’un des documents politiques les plus explicites de toute l’Antiquité romaine. L’avers porte le buste de Libertas avec la légende LIBERTAS ; le revers du type EID MAR (Ides de Mars) présente un pileus flanqué de deux poignards — les armes qui tuèrent César — et la date de l’assassinat. Ce type unique proclame que le meurtre de César était un acte de libération : Brutus se pose en héritier des Libérateurs de 509 av. J.-C. qui avaient chassé Tarquin le Superbe. Libertas n’est plus seulement une divinité — elle devient le manifeste politique d’une faction républicaine qui revendique l’assassinat comme vertu civique. 02 Denier Junia · Quintus Caepio Brutus · LIBERTAS 54 av. J.-C. 🏛 Buste diadémé de Libertas à droite · LIBERTAS RRC 433/154 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers LIBERTAS Buste diadémé de Libertas regardant à droite. La légende LIBERTAS est inscrite derrière la nuque — programme iconographique clairement revendicatif.
Africa

Africa · Dea Africa · Iconographie numismatique · LesDioscures Africa Dea Africa · Personnification provinciale · Iconographie numismatique romaine NaturePersonnification Aussi nomméeDea Africa · Ifri ProvinceAfrique romaine AttributsÉléphant · Corne d’abondance MonnaieDenier Scipion–Eppius Dans la culture romaine, Africa était à la fois une personnification du continent africain — plus précisément de la province romaine d’Afrique, couvrant des parties de l’actuelle Tunisie, du nord-est de l’Algérie et de l’ouest de la Libye — et, dans certaines interprétations, une divinité aux racines dans les traditions berbères. Appelée Dea Africa en latin, elle symbolisait la région nord-africaine romanisée. Ses origines sont souvent associées à la déesse berbère Ifri ou Ifru, figure liée à la guerre, à la fertilité et à la protection dans la mythologie nord-africaine préromaine — avant que Rome n’en fasse une icône de sa puissance provinciale. Mosaïque représentant Africa · Musée d’El Djem, Tunisie « En Afrique, personne n’entreprend quoi que ce soit sans invoquer Africa. » — Pline l’Ancien, Historia Naturalis ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Dea Africa Monnaies · Mosaïques · Sculptures Dans les représentations artistiques, Dea Africa est identifiable à un ensemble d’attributs récurrents, chacun chargé d’une signification symbolique précise, reflétant à la fois la faune, la fertilité et la puissance de la terre africaine. 🐘 Coiffe en éléphant Attribut principal, symbole de la faune africaine et de la puissance militaire — les éléphants de guerre carthaginois hantaient encore la mémoire romaine. 🌾 Corne d’abondance Symbole de la prospérité agricole de la province, grenier à blé de Rome dont les exportations nourrissaient l’Empire. 🦂 Scorpion Évocation de la faune dangereuse et exotique du continent — attribut qui souligne l’altérité et la puissance redoutable de la terre africaine. 🦁 Lion Emblème de la fierté et de la souveraineté. Le lion africain, animal royal, renforce l’image d’une province à la fois fertile et redoutable. 🌿 Gerbes de blé Reflet direct de la richesse céréalière de la province. L’Afrique romaine produisait une large part du blé consommé à Rome et dans les légions. On retrouve ces représentations sur des pièces de monnaie romaines, des mosaïques (comme celle du musée d’El Djem en Tunisie) et des sculptures — Africa y apparaît le plus souvent en tant que personnification provinciale plutôt que divinité largement adorée dans le panthéon romain. ✦ Numismatique — Le denier Scipion–Eppius 🪙 Représentation numismatique de Dea Africa Denier ScipionEppius Le denier Scipion–Eppius constitue l’un des exemples les plus frappants de la représentation d’Africa sur le monnayage républicain romain. On y reconnaît la personnification coiffée de la peau d’éléphant, attribut distinctif qui l’identifie immédiatement. Cette monnaie s’inscrit dans la tradition romaine de personnifier les provinces conquises sur le numéraire — une manière de proclamer visuellement la domination de Rome sur ces territoires et d’ancrer cette victoire dans la mémoire collective par la circulation de la pièce. → Fiche complète du denier Scipion–Eppius ✦ Origines & étymologie 02 D’Ifri à Dea Africa — héritage berbère Origines préromaines L’antécédent berbère d’Africa, Ifri, pourrait être lié au nom du continent lui-même. Plusieurs hypothèses étymologiques coexistent : le mot berbère ifri signifiant « grotte » — en lien avec des tribus vivant dans des cavernes —, ou le latinisé Afer (pluriel Afri), désignant les peuples locaux de la région de Carthage. Cette figure berbère préromaine était liée à la guerre, à la fertilité et à la protection. Lorsque Rome s’empara de la région après la destruction de Carthage en 146 av. J.-C., elle intégra progressivement cette figure locale dans son propre système de représentations provinciales, la transformant en Dea Africa — une personnification au service de l’idéologie impériale. 03 Divinité ou personnification ? Débat historiographique Certains chercheurs estiment qu’Africa était davantage une figure iconographique qu’une divinité dotée d’un culte formel. Aucune inscription ne la désigne explicitement comme Dea à la manière dont des divinités majeures comme Junon ou Minerve étaient honorées. Elle relève plutôt de la longue tradition romaine des personnifications provinciales — comme Hispania, Britannia ou Gallia — utilisées dans les arts officiels, sur les monnaies et dans la propagande impériale. Cependant, la remarque de Pline l’Ancien — selon laquelle aucun acte important en Afrique ne se faisait sans l’invoquer — suggère une importance culturelle réelle dans la région, à la frontière du rituel et de l’iconographie. ✦ Fiches numismatiques où Africa apparaît Africa à l’avers — tête coiffée de la peau d’éléphant RRC 461/1 Denier Scipion · Eppius Africa coiffée de la peau d’éléphant à l’avers, avec épi de blé et araire — manifeste politique des derniers défenseurs de la République en exil. → Voir la fiche RRC 460/4 Denier Scipion et Crassus Génie de l’Afrique (Genius Terrae Africae) — figure féminine léontocéphale, débat iconographique entre Tanit et la personnification provinciale. → Voir la fiche RRC 460/3 Denier Scipion et Crassus Génie de l’Afrique à l’avers — monnaie de camp frappée en Afrique du Nord pour payer les légions avant la bataille de Thapsus (46 av. J.-C.). → Voir la fiche RRC 460/1 Aureus Scipion et Crassus Même série en or — frappée par les Optimates réfugiés en Afrique après Pharsale. Génie de l’Afrique, manifeste de légitimité républicaine face à César. → Voir la fiche RRC 459/1 Denier Scipion · Q. Cæcilius Metellus Pius Scipio Scipion réfugié en Afrique après Pharsale — série liée à la province, avec la symbolique de « un Scipion ne peut être vaincu en Afrique ». → Voir la fiche Africa comme contexte historique RRC 478/1 As Sextus Pompée · Eppius Eppius, légat du trésor militaire en Afrique, responsable d’une émission représentant Hercule et l’Afrique aux côtés de Metellus Scipion (47–46 av. J.-C.). → Voir la fiche RRC 457/1 Denier César · Aulus Allienus Frappé en Sicile par César avant son invasion de l’Afrique du Nord — contexte direct de la guerre civile contre Scipion et Caton d’Utique. → Voir la fiche RRC 448/2 Denier Hostilia · L. Hostilius Saserna Le monétaire est lieutenant de César lors de la guerre d’Afrique (46 av. J.-C.) — la pièce commémore la victoire de la campagne
Junon Sospita

Junon Sospita · Iconographie numismatique · LesDioscures Junon Sospita La Salvatrice · Déesse guerrière de Lanuvium · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité romaine · Aspect de Junon Surnom Sospita — « La Salvatrice » Attributs Peau de chèvre · Lance · Serpent Origine Lanuvium · Latium Monnaie RRC 412/1 Junon Sospita — « celle qui sauve » — est l’une des facettes les plus originales et les plus anciennes de Junon dans le monde latin. Vénérée en premier lieu à Lanuvium, ville du Latium au sud-est de Rome, elle se distingue radicalement de l’Héra grecque ou de la Junon olympienne : c’est une déesse guerrière, coiffée d’une peau de chèvre cornue, portant lance et bouclier, et associée à un rituel aussi fascinant qu’inquiétant — le serpent sacré de Lanuvium. Son culte, antérieur à l’influence grecque, incarne la vision latine d’une déesse protectrice à la triple fonction : guerrière défenderesse de la cité, mère garante de la fécondité des femmes, reine souveraine de l’ordre divin. Après la soumission de la Ligue latine en 338 av. J.-C., Rome exigea un condominium sur son sanctuaire de Lanuvium — signe de l’importance politique et religieuse de cette déesse pour toute l’Italie centrale. « De temps immémorial, la ville de Lanuvium est sous la garde d’un antique dragon, et l’on prend soin de ne pas manquer l’instant de la cérémonie annuelle. » — Properce, Élégies, IV, 8 — cité par Babelon ✦ Représentations remarquables R1 Junon Sospita — Statue en marbre, Musée Pouchkine IIe siècle ap. J.-C. · Art romain impérial Junon Sospita · Statue en marbre · IIe siècle ap. J.-C. · Musée Pouchkine, Moscou · Domaine public Cette statue en marbre du IIe siècle ap. J.-C. illustre avec une clarté exemplaire l’iconographie caractéristique de Junon Sospita : la déesse est représentée en guerrière armée, coiffée de la peau de chèvre cornue (aegis caprina) qui la distingue immédiatement de toutes les autres représentations de Junon. Elle tient lance et bouclier, et un serpent est souvent associé à la composition, rappelant le rituel de Lanuvium. Cette iconographie martiale est radicalement différente de la Junon olympienne drapée et diadémée. Elle reflète la nature ancienne et latine de la déesse — antérieure à l’hellénisation et enracinée dans les cultes agraires et guerriers du Latium archaïque. La peau de chèvre est son attribut le plus distinctif et le plus constant, présent aussi bien sur cette sculpture que sur les deniers républicains qui lui sont consacrés. R2 Antefix de Junon Sospita — Altes Museum, Berlin Vers 490 av. J.-C. · Céramique architecturale archaïque Antefix de Junon Sospita · Vers 490 av. J.-C. · Céramique architecturale · Altes Museum, Berlin · Domaine public Cet antefix — élément de décor architectural en terre cuite placé en bordure de toiture — représente Junon Sospita dans son iconographie archaïque la plus pure, cinq siècles avant la statue de marbre précédente. Le visage frontal, les cornes de la peau de chèvre encadrant le visage, et l’expression à la fois solennelle et inquiétante sont caractéristiques de l’art italique archaïque du Ve siècle av. J.-C. La comparaison entre ces deux œuvres séparées par sept siècles révèle la remarquable stabilité iconographique de Junon Sospita : les mêmes cornes, la même peau de chèvre, la même frontalité imposante. Cette continuité témoigne de la profondeur des racines de son culte dans la civilisation latine — un culte si ancien et si solidement enraciné qu’il traversa sans se déformer l’hellénisation, la République et l’Empire. ✦ Attributs, culte & rituels 01 La triple fonction de Junon Sospita Guerrière · Mère · Reine 🐐 Peau de chèvre Son attribut le plus distinctif — coiffe cornue qui la différencie de toutes les autres représentations de Junon. Présente sur les deniers comme sur les sculptures. 🗡️ Lance & bouclier Attributs guerriers soulignant sa fonction de protectrice de l’État. Les consuls romains lui offraient des sacrifices avant d’entrer en fonctions. 🐍 Le serpent sacré Central dans son culte à Lanuvium : une jeune vierge devait lui offrir des gâteaux annuellement. Son comportement présageait la fertilité ou la stérilité de l’année. 🌺 Grenade & paon Symboles de son aspect fécondateur. La grenade évoque l’amour conjugal, le paon sa majesté royale en tant que Mater Regina. Le rituel du serpent de Lanuvium était l’une des cérémonies religieuses les plus spectaculaires et les plus commentées du monde romain. Chaque année, une jeune vierge descendait dans la caverne du serpent sacré avec une offrande de gâteaux. Si le serpent les acceptait avidement, c’était signe de pureté de la jeune fille et de bonne récolte à venir. Dans le cas contraire, la fertilité de toute la région était présagée négative. Properce en donne une description saisissante, reprise intégralement par Babelon dans sa notice sur le denier Roscia. 02 Lanuvium & Rome — Un culte partagé sous contrainte 338 av. J.-C. · Soumission de la Ligue latine Le sanctuaire de Junon Sospita à Lanuvium était l’un des plus riches et des plus fréquentés du Latium. Après la soumission de la Ligue latine en 338 av. J.-C., Rome n’osa pas supprimer ce culte : elle exigea un condominium — une cogestion partagée du sanctuaire entre Lanuvium et Rome. Les prodiges survenant dans le temple étaient rapportés au Sénat pour être expiés, ce qui en faisait un instrument de contrôle religieux et politique. À Rome, plusieurs temples lui furent dédiés : l’un près du Palatin (fête le 1er février), l’autre dans le Forum Holitorium, voué en 197 av. J.-C. par le consul C. Cornelius Cethegus. Ce dernier temple connut une période troublée vers 90 av. J.-C. — des scandales et des prodiges néfastes nécessitèrent sa restauration ordonnée par le consul L. Iulius Caesar. L’importance politique du culte était telle qu’Octavien y emprunta des fonds en 31 av. J.-C. pour financer sa campagne contre Marc Antoine. ✦ Représentation numismatique ⭐ 241 combinaisons de marques de contrôle — Le denier le plus varié de la République Le denier serratus RRC 412/1 est remarquable par le nombre exceptionnel de ses variantes : Babelon
Cérès

Cérès · Iconographie numismatique · LesDioscures Cérès Déesse de l’agriculture et de la fertilité · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité olympienne Origine Romaine · = Déméter grecque Attributs Épis · Faucille · Corne d’abondance Période IVe – Ier s. av. J.-C. Fête Cerealia · 19 avril Cérès (Ceres en latin) est la grande déesse romaine de l’agriculture, des céréales et de la fertilité, équivalente de la Déméter grecque. Fille de Saturne et d’Ops, elle est l’une des divinités les plus vénérées dans une société profondément agraire comme Rome, où la prospérité de la cité dépendait directement de l’abondance des récoltes. Son nom même est à l’origine du mot céréale, trace vivante de son emprise sur le quotidien romain. Dans la numismatique républicaine, Cérès apparaît comme une figure à la fois nourricière et politique. Sa tête voilée et couronnée d’épis de blé orne plusieurs émissions monétaires, convoquant à la fois la fertilité des champs et la légitimité plébéienne — son temple sur l’Aventin étant un bastion du peuple romain face aux patriciens. Elle est aussi une figure tragique, marquée par l’enlèvement de Proserpine, mythe fondateur des cycles saisonniers. Cérès de Mérida · Sculpture romaine, Ier siècle apr. J.-C. · Musée national d’art romain, Mérida (Espagne) · Domaine public « Cérès la première apprit aux mortels à ouvrir la terre avec le soc courbe, la première donna les fruits et la douce nourriture… » — Ovide, Métamorphoses, V, 341 ✦ Représentations artistiques 00 Cérès dans l’art antique et moderne De l’Antiquité au XVIIe siècle Cérès est représentée de manière récurrente dans l’art romain sous les traits d’une femme majestueuse et mûre, tenant une gerbe de blé ou une corne d’abondance, parfois accompagnée d’un serpent ou d’une torche — symboles de sa quête nocturne de Proserpine. Contrairement à l’idéal juvénile d’Apollon, Cérès incarne la maturité, la perte et la résilience maternelle. La Cérès de Mérida (Ier siècle apr. J.-C., Musée national d’art romain d’Espagne) est l’une des plus belles sculptures conservées : assise, voilée, elle dégage une sérénité grave mêlée de douleur contenue. À la Renaissance et au Baroque, Cérès inspire de nombreux peintres — Rubens, Bruegel l’Ancien, Nicolas Poussin — qui exploitent son iconographie d’abondance et de deuil maternel. Dans la numismatique républicaine, elle est généralement représentée de profil, tête laurée ou voilée, couronnée d’épis de blé. Ses traits sont fermes et solennels, à l’opposé des portraits idéalisés des dieux olympiens masculins. Peter Paul Rubens — Cérès et deux nymphes avec une corne d’abondance, vers 1615 · Huile sur bois · Dulwich Picture Gallery, Londres · Domaine public Peter Paul Rubens & Frans Snyders — Cérès et Pan, vers 1615–1620 · Huile sur toile · Museo del Prado, Madrid · Domaine public ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Cérès Monnaies · Sculptures · Mosaïques Les attributs de Cérès reflètent ses domaines de souveraineté — la terre cultivée, l’abondance des moissons, et le deuil maternel qui préside aux cycles saisonniers. Sur les monnaies républicaines, chaque emblème est porteur d’un message symbolique précis. 🌾 Épis de blé Attribut central et identificateur absolu de Cérès. Les épis ornent sa couronne ou sa main, symbolisant la maîtrise des moissons et la nourriture des hommes. 🌿 Couronne végétale Composée d’épis, de coquelicots ou de feuilles, la couronne de Cérès la distingue immédiatement sur les deniers républicains comme déesse des cultures. ⚗️ Faucille Outil de la moisson, la faucille (falx) renvoie à Cérès comme déesse enseignant aux hommes l’art d’agriculturer et de récolter les céréales. 🏺 Corne d’abondance La cornucopia débordant de fruits et de grains illustre la générosité de Cérès et sa fonction de garante de la prospérité romaine. 🔦 Torche Allumée sur l’Etna pour chercher Proserpine dans la nuit, la torche de Cérès symbolise la quête maternelle et la veille perpétuelle de la déesse. 🐍 Serpent Animal chthonien associé à la terre et à la régénération, le serpent accompagne parfois Cérès comme gardien des profondeurs d’où la vie renaît chaque printemps. Sur les deniers républicains, la tête de Cérès couronnée d’épis est l’un des types les plus répandus à l’avers. Elle est souvent associée au revers à des symboles agricoles — charrue, gerbe — ou à des scènes mythologiques liées à l’enlèvement de Proserpine, notamment sur les émissions des familles liées aux traditions plébéiennes. ✦ Représentations numismatiques ⚡ Cérès — déesse plébéienne et symbole de légitimité politique Denier MemmiaC. Memmius Le temple de Cérès sur l’Aventin, consacré en 493 av. J.-C., était bien plus qu’un lieu de culte : c’était le centre civique et politique de la plèbe romaine. Les archives de la plèbe y étaient conservées, et les tribuns du peuple y exerçaient une partie de leurs fonctions. Choisir Cérès sur une émission monétaire, c’est donc revendiquer une légitimité populaire et plébéienne. Les magistrats monnayeurs de familles plébéiennes l’utilisent comme emblème de leur ancrage dans le peuple de Rome, face à la noblesse patricienne qui se réclame de Jupiter ou de Mars. 02 Denier · Caius Memmius · Gens Memmia Vers 56 av. J.-C. 🌾 Tête de Cérès couronnée d’épis à droite Gens MemmiaRRC 427 🏛 Légendes & description Avers Tête de Cérès couronnée d’épis à droite Portrait solennel de la déesse, voilée et couronnée d’épis de blé — type iconographique majeur de la numismatique républicaine tardive. Revers C·MEMMI·C·F — QUIRIN Légende du magistrat Caius Memmius, fils de Caius, associée à la figure de Quirinus ou à une scène liée aux traditions de la gens Memmia. Ce denier de la gens Memmia illustre le lien étroit entre Cérès et les émissions de familles plébéiennes cherchant à afficher leur enracinement populaire. Caius Memmius, triumvir monétaire vers 56 av. J.-C., choisit la tête de Cérès pour rappeler les valeurs agraires et plébéiennes de sa lignée. La couronne d’épis — attribut distinctif de la déesse — est traitée avec un soin particulier sur ce type : elle identifie immédiatement Cérès au premier regard, sans ambiguïté possible avec d’autres divinités féminines de la numismatique républicaine. ✦ Le mythe de Proserpine 03 L’enlèvement de Proserpine —
Neptune

Neptune · Dieu des mers et des chevaux · Iconographie numismatique · LesDioscures Neptune Dieu des mers, des eaux & des chevaux · Neptunus · Équivalent de Poséidon · Iconographie numismatique Équivalent grec Poséidon Filiation Frère de Jupiter & Pluton Attributs Trident · Dauphin · Hippocampe Fête Neptunalia · 23 juillet Monnaie principale RRC 511/2 · Sextus Pompée Neptune — Neptunus — est l’un des douze grands dieux olympiens de la religion romaine, frère de Jupiter (le ciel) et de Pluton (les enfers), souverain des mers, des eaux souterraines et des tremblements de terre. Son nom pourrait dériver de racines indo-européennes (*nept-*, *neb-*) signifiant l’humide ou la brume. Avant d’être assimilé au Poséidon grec, Neptune était vraisemblablement une divinité italique plus ancienne, tutélaire des sources, des rivières et de la fertilité agricole — son lien originel avec l’eau douce que ses Neptunalia (23 juillet), fête du cœur de l’été sec, rappellent encore. Ce que Neptune a de particulier dans le panthéon romain, c’est son usage politique exceptionnel à la fin de la République : lorsque Sextus Pompée contrôla la Méditerranée entre 42 et 36 av. J.-C., bloquant les approvisionnements de Rome, il se proclama fils de Neptune et fit frapper des monnaies portant le portrait diadémé du dieu — revendication dynastique d’une légitimité divine sur les mers. Ce denier (RRC 511/2) est l’une des plus belles expressions de la propagande numismatique romaine. « Neptune calma les flots tumultueux, dissipa les nuages assemblés, rappela le soleil. Dès lors les Tritons et les Néréides poussèrent les vaisseaux vers les rivages. » — Virgile, Énéide, I, 142–147 — Neptune apaisant la tempête déchaînée par Junon pour nuire à Énée ✦ Représentations remarquables R1 Mosaïque des Saisons — Neptune, Palerme Époque romaine · Musée archéologique régional de Palerme Mosaïque des Saisons (détail Neptune) · Époque romaine · Musée archéologique de Palerme · CC BY-SA Cette mosaïque romaine de Palerme illustre Neptune dans sa représentation la plus classique : une figure majestueuse, barbe abondante, teint hâlé ou verdâtre selon les variantes, entouré des éléments aquatiques de son domaine. Le travail de tesserae — les petits cubes de pierre, de verre et de céramique colorée — permet une modulation des bleus, des verts et des ocres qui évoque directement l’univers marin où règne le dieu. Les mosaïques romaines sont l’un des supports privilégiés pour les représentations de Neptune, notamment dans les thermes, les villas maritimes et les maisons particulières des provinces côtières. Le dieu y apparaît souvent dans son char tiré par des hippocampes — créatures hybrides mi-chevaux, mi-poissons — ou entouré de Tritons et de Néréides. L’imagerie aquatique de Neptune, populaire dans tout l’Empire, reflète à la fois son culte réel et le goût romain pour les décors maritimes dans l’architecture privée. R2 Poséidon de Milos — Musée Archéologique National d’Athènes 125–100 av. J.-C. · Marbre de Paros · Musée Archéologique National d’Athènes (NAMA 235) Poséidon de Milos · Marbre de Paros · 125–100 av. J.-C. · NAMA 235, Athènes · CC BY-SA Cette statue colossale de Poséidon (Neptune), découverte sur l’île de Milos dans les Cyclades et datée des années 125–100 av. J.-C., est l’une des représentations les plus impressionnantes du dieu dans les collections grecques. Taillée dans le marbre blanc de Paros, elle déploie un canon typiquement hellénistique : musculature puissante, draperie dynamique, port de tête souverain. Le trident — attribut distinctif de Neptune/Poséidon — n’a pas été conservé mais sa position originelle est lisible dans la gestuelle du bras. La statue illustre parfaitement la continuité iconographique entre le Poséidon grec et le Neptune romain : les Romains adoptèrent intégralement le type statuaire grec pour représenter leur dieu marin. C’est ce même type — le dieu barbu au trident, nu ou semi-drapé — que Sextus Pompée fit graver sur son denier RRC 511/2, se réclamant de la filiation divine du dieu des océans pour légitimer sa thalassocratie méditerranéenne. ✦ Nature, attributs & culte 01 Neptune — Du dieu italique des sources au maître des mers Religion romaine archaïque · Neptunalia · 23 juillet 🔱 Le trident Sceptre de sa souveraineté marine. Il déclenche tremblements de terre et tempêtes en le frappant contre le sol ou les flots — *Terrae Motus*, le Secoueur de Terre. 🐬 Dauphin & hippocampe Animaux de son cortège. Le dauphin symbolise la mer bienveillante ; l’hippocampe (mi-cheval, mi-poisson) tire son char à travers les flots. 🐴 Le cheval Neptune créa le cheval dans une compétition divine. Patron des courses de chars (*Consualia*). Son lien avec les chevaux précède son rôle marin et remonte à la religion italique archaïque. 🌊 Salacia / Amphitrite Épouse de Neptune, déesse des eaux salées. Leur fils Triton, mi-homme mi-poisson, agit comme héraut paternel et calme les flots en soufflant dans une conque de mer. 🌿 Neptunalia (23 juillet) Fête estivale au cœur de la saison sèche. Les Romains construisaient des abris de feuillage (*umbrae*) près des cours d’eau, festoyaient et sacrifiaient pour assurer l’abondance en eau. L’une des caractéristiques les plus remarquables de Neptune est son double visage dans la religion romaine : dieu des eaux douces et de la fertilité dans la tradition italique ancienne, il devient sous l’influence grecque le maître des océans. Cette dualité explique que ses Neptunalia tombent non pas en période de navigation mais en plein été, moment où les sources et les puits risquent l’assèchement. On invoquait Neptune pour l’eau — toute l’eau, douce comme salée — avant de lui confier la maîtrise des flots maritimes. 02 Mythes — La colère et la faveur du dieu des mers Mythologie romaine & grecque · Virgile · Ovide Dans l’Énéide de Virgile, Neptune joue un rôle décisif : il apaise la tempête que Junon avait déchaînée contre la flotte d’Énée au livre I. L’image du dieu regardant des eaux tumultueuses depuis son char, frappant la mer de son trident pour la calmer, est l’une des plus célèbres de toute la poésie latine. Virgile utilise même une métaphore politique saisissante — Neptune est comparé à un homme de bien qui
Scylla

Scylla · Iconographie numismatique · LesDioscures Scylla Monstre marin de la mythologie grecque · Iconographie numismatique · République romaine Nature Monstre marin Origine Grecque · Romaine Attributs Six têtes · Têtes de chiens · Tentacules Filiation Phorcys & Céto · ou Nymphe transformée Monnaies Denier de Sextus Pompée Scylla (ou Scylle) est l’un des monstres marins les plus fascinants de la mythologie gréco-romaine, incarnant à la fois la terreur des profondeurs et une tragédie personnelle d’une rare intensité. Résidant dans une grotte élevée d’un détroit étroit — souvent identifié au détroit de Messine entre l’Italie et la Sicile — elle symbolise les périls imprévisibles qui guettent les navigateurs. Sa représentation sur le denier de Sextus Pompée, fils du grand Pompée, témoigne du rôle que ce symbole mythologique a joué dans la propagande politique romaine. Maître de la Sicile et de la mer au Ier siècle avant notre ère, Sextus Pompée se réclamait de Neptune et convoquait les monstres des détroits pour asseoir sa domination maritime. « Elle aboyait d’une voix terrible : on eût dit les cris d’une jeune chienne — elle avait douze pattes difformes et six cous démesurés, et sur chacun une tête affreuse avec trois rangées de dents. » — Homère, Odyssée, Chant XII ✦ Représentations remarquables R1 Cratère en cloche attique à figures rouges — Musée du Louvre 450–425 av. J.-C. Scylla · Céramique attique à figures rouges · CA 1341 · 450–425 av. J.-C. · Musée du Louvre, Paris · Domaine public Ce cratère en cloche attique offre l’une des plus belles représentations de Scylla dans la céramique grecque classique. Le monstre y est figuré selon l’iconographie canonique : buste de femme aux bras levés, entouré de protomés de chiens jaillissant de sa taille, et une queue de poisson ou de serpent en partie inférieure. Les chiens grognants à sa ceinture sont l’un des traits les plus distinctifs du personnage, présent dès les représentations les plus anciennes. La vigueur du style à figures rouges permet de rendre avec précision l’ambivalence fondamentale du mythe : Scylla conserve une beauté féminine dans la partie supérieure de son corps, rappelant la nymphe qu’elle fut, tandis que sa moitié inférieure révèle l’horreur de sa transformation. Cette œuvre est conservée sous la cote CA 1341 au musée du Louvre. R2 Scylla et Charybdis — Représentation sur denier de Sextus Pompée 42–38 av. J.-C. Denier Sextus Pompée · Sextus Pompeius Magnus · Argent · 42–38 av. J.-C. · RRC 511 Ce denier frappé sous l’autorité de Sextus Pompée constitue la représentation numismatique la plus célèbre de Scylla dans la monnaie républicaine romaine. Le revers figure le monstre en position dynamique, brandissant un aviron ou un gouvernail, symbole du pouvoir maritime que Sextus entendait revendiquer face à Octave. Par rapport à la sobriété de la céramique grecque classique, cette monnaie romaine inscrit Scylla dans un contexte proprement politique : la créature n’est plus seulement un danger mythologique, elle devient l’emblème d’une domination sur les détroits et sur la mer. Cette réinterprétation illustre la capacité de Rome à s’approprier les monstres du monde grec pour les mettre au service de sa propagande. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Scylla Céramiques · Mosaïques · Monnaies L’iconographie de Scylla est remarquablement stable de la Grèce archaïque à Rome impériale. Ses attributs forment un vocabulaire visuel immédiatement reconnaissable, que l’on retrouve aussi bien sur les céramiques attiques que sur les mosaïques pompéiennes ou les deniers républicains. 🐕 Têtes de chiens Jaillissant de sa taille, elles aboient et mordent les marins. Trait le plus distinctif, présent dans toutes les traditions. 🐍 Six têtes serpentines Aux cous longs et sinueux, chacune armée de trois rangées de dents. Permettent de saisir six marins simultanément. 🐟 Corps ichtyomorphe Queue de poisson ou de serpent en partie inférieure, soulignant sa nature marine et son appartenance aux profondeurs. 👩 Buste féminin La partie supérieure reste celle d’une belle femme, rappel poignant de la nymphe qu’elle était avant sa transformation. ⚓ Gouvernail / aviron Sur les monnaies de Sextus Pompée, Scylla brandit un gouvernail, symbole de la maîtrise des mers revendiquée par le dynaste. 🌊 Détroit de Messine Localisation traditionnelle de son repaire, en face de Charybdis, entre l’Italie et la Sicile. Dans la numismatique républicaine, ces attributs sont simplifiés pour s’adapter à la contrainte du flan monétaire : on reconnaît Scylla principalement à son buste féminin, aux chiens à sa ceinture et à sa posture combative. La monnaie de Sextus Pompée est l’exemple le plus abouti de cette synthèse iconographique. ✦ Représentation numismatique ⚓ Seule grande représentation républicaine de Scylla Le denier de Sextus Pompée (RRC 511) constitue la référence numismatique principale pour Scylla dans le monnayage romain républicain. En choisissant ce monstre des détroits comme emblème de revers, Sextus affirmait sa domination sur la mer et sur les routes maritimes stratégiques entre l’Italie et la Sicile — territoire qu’il contrôlait face aux triumvirs. Cette instrumentalisation politique d’un mythe grec est caractéristique de la propagande tardo-républicaine, qui n’hésitait pas à puiser dans le répertoire des monstres et des dieux marins pour légitimer une puissance militaire. 02 Denier de Sextus Pompée · Scylla au revers 42–38 av. J.-C. 🌊 Scylla brandissant un gouvernail — posture combative RRC 511 · Denier · Argent · Atelier Sicile · 42–38 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers MAG · PIVS · IMP · ITER Portrait de Neptune (ou de Sextus Pompée lui-même assimilé au dieu marin), avec trident. La légende proclame Sextus Pompée Magnus Pius, imperator pour la deuxième fois. Revers PRÆF · CLAS · ET · ORAE · MARIT · EX · S · C Scylla en posture agressive, avec buste féminin, chiens à la ceinture et queue de cétacé, brandissant un gouvernail. La légende le désigne comme préfet de la flotte et des côtes maritimes, par décret du Sénat. Ce denier est un témoignage exceptionnel de la propagande maritime tardo-républicaine. En associant son titre officiel de préfet de la flotte à l’image de Scylla — maîtresse redoutée du détroit de Messine —,
Flora

Flora · Iconographie numismatique · LesDioscures Flora Déesse des fleurs & du printemps · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité romaine Origine Italique / Sabine Attributs Bouquet · Couronne de fleurs Équivalent grec Chloris (nymphe) Fête Floralia (27 avr.–3 mai) Flore (Flora en latin) est une divinité romaine ancienne associée aux fleurs, au printemps et à la fertilité. Considérée comme une déesse agraire, son rôle principal était de protéger la floraison des céréales, des arbres fruitiers et des plantes sauvages, conditions essentielles à l’abondance des récoltes et à la production de miel. Elle est souvent rapprochée de Venus pour son rôle dans la vitalité végétale, et associée à des divinités comme Cérès (agriculture) ou Pomone (fruits). Son équivalent grec est la nymphe Chloris. Selon le poète Ovide, Chloris, séduite et emportée par Zéphyr (le vent d’ouest), devint Flore et reçut en don le pouvoir de régner sur les fleurs et le printemps. Une divinité d’origine italique, introduite à Rome selon la tradition par le roi sabin Titus Tatius, et dont le culte était répandu chez les Sabins et les Samnites bien avant son intégration dans le panthéon officiel romain. « J’étais Chloris, que l’on nomme maintenant Flora : une lettre latine a altéré mon nom grec. » — Ovide, Fastes, V, 195 ✦ Représentations remarquables R2 Flora cueillant des fleurs — Fresque de Stabies Ier siècle av. J.-C. Flora cueillant des fleurs · Fresque de Stabies · Ier siècle av. J.-C. · Musée archéologique national de Naples · Domaine public Cette fresque découverte à Stabies (Castellammare di Stabia), conservée au Musée archéologique national de Naples, est l’une des rares représentations antiques directes de Flore. La déesse y est figurée de profil, légèrement penchée, en train de cueillir délicatement des fleurs — geste fondateur de son identité divine. Sa robe légère, son attitude gracieuse et les fleurs qui l’entourent composent une image de douceur printanière parfaitement accordée à ses attributions. Par rapport à l’interprétation botticellienne, la fresque antique privilégie la simplicité et l’intimité du geste sur la mise en scène allégorique. Elle nous donne à voir Flore dans l’exercice même de sa fonction divine, sans rhétorique mythologique supplémentaire. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Flora Monnaies · Fresques · Sculptures Sur les monnaies républicaines comme dans la peinture et la sculpture antiques, Flore est identifiée par un ensemble d’attributs constants qui renvoient à son domaine — le règne végétal, le renouveau et la fécondité. 🌸 Couronne de fleurs Diadème végétal ornant la tête de la déesse, signe de son empire sur la floraison. 💐 Bouquet Flore tient souvent un bouquet ou des fleurs éparses, geste de don et de fécondité. 🌿 Guirlande végétale Portée par les fidèles lors des Floralia, elle symbolise le lien entre la déesse et la nature en fête. 🌾 Épis de céréales Rappel de sa fonction agraire : protéger la floraison des blés et assurer l’abondance des récoltes. 🌹 Rose Selon la légende, Flore créa la rose en transformant une nymphe mourante avec l’aide d’Apollon et Bacchus. 🐝 Abeilles / Miel Flore protège la floraison dont dépendent les abeilles, faisant d’elle une déesse bienveillante pour les apiculteurs. Sur les deniers républicains, Flore apparaît généralement sous les traits d’une jeune femme de profil, couronnée de fleurs ou portant une guirlande. La finesse de l’exécution sur ces petites monnaies témoigne de l’importance que les magistrats monétaires accordaient à sa représentation. ✦ Représentations numismatiques 🌸 Le denier Servilia — Seul denier républicain représentant Flora RRC 239/1Gens Servilia Le denier de Caius Servilius (RRC 239/1), frappé vers 136 av. J.-C., est le représentant le plus notable de Flore dans la numismatique républicaine romaine. La déesse y figure à l’avers, couronnée de fleurs, dans un portrait d’une grande élégance. Ce choix iconographique par la gens Servilia n’est pas anodin : il témoigne du prestige du culte de Flore à Rome et de son ancrage dans la vie religieuse et agricole de la cité. La présence de Flore sur une monnaie officielle souligne l’importance de son culte pour la prospérité de Rome — la floraison des céréales étant une condition sine qua non de la sécurité alimentaire de la République. 02 Denier Servilia · Caius Servilius · RRC 239/1 Vers 136 av. J.-C. 🌸 Buste de Flora de face à droite, couronnée de fleurs Gens Serviliac. 136 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers FLORA Buste de Flora à droite, couronnée de fleurs ; derrière, contremarque possible. Revers C · SERVEILI · M · F Les Dioscures à cheval galopant à droite, tenant chacun une lance ; étoile au-dessus des têtes. Ce denier associe au revers le motif très populaire des Dioscures (Castor et Pollux) au galop — type hérité de l’iconographie républicaine la plus classique — à l’avers original de Flore. Ce contraste iconographique entre la déesse végétale et les héros guerriers illustre la richesse symbolique de la monnaie républicaine. Le choix de Flore par le magistrat Caius Servilius pourrait également avoir une dimension politique ou familiale : une référence à des terres agricoles, à des victoires lors des Floralia, ou simplement à la piété de la gens Servilia envers cette divinité ancienne. ✦ Culte & Floralia 03 Les Floralia — Fêtes du renouveau printanier Annuelles à partir de 114 av. J.-C. Les Floralia (ou Ludi Florales) étaient des fêtes populaires célébrées du 27 avril au 3 mai en l’honneur de Flore. Ces festivités, marquées par des jeux, des danses, des spectacles scéniques et une certaine licence joyeuse — parfois qualifiée d’érotique par les auteurs anciens —, symbolisaient le renouveau et la fertilité. Les participants portaient des guirlandes de fleurs colorées, et des animaux comme des chèvres ou des lièvres étaient relâchés dans l’arène. Les premières Floralia furent instituées en 238 av. J.-C., mais c’est le Sénat qui les rendit annuelles en 114 av. J.-C., après des années de disette attribuées à la colère de Flore. Cette décision officielle témoigne de l’importance accordée à la déesse dans la vie religieuse et économique de Rome : la floraison des céréales
Les Dioscures

Les Dioscures · Castor et Pollux · Iconographie numismatique · LesDioscures Les Dioscures Castor & Pollux · Διόσκουροι · Jumeaux de Zeus · Protecteurs des marins & des guerriers · Iconographie numismatique Origine Grèce · Rome (via Magna Graecia) Filiation Zeus & Léda · Tyndare & Léda Attributs Chevaux blancs · Étoiles · Pilos Constellation Gémeaux Temple romain Forum Romain · 484 av. J.-C. Les Dioscures — Castor et Pollux — sont parmi les figures mythologiques les plus présentes de toute la numismatique républicaine romaine. Depuis les premiers deniers anonymes frappés après 211 av. J.-C. jusqu’aux émissions des grandes familles de la fin de la République, leur image au revers — deux cavaliers cuirassés galopant à droite, coiffés du pilos étoilé, lances à la main — est le revers fondateur du denier romain. C’est avec cette iconographie que Rome a défini son premier langage numismatique. Nés de Léda à la suite de deux unions simultanées — l’une avec Zeus métamorphosé en cygne, l’autre avec le roi Tyndare — Castor est mortel et dompteur de chevaux, Pollux immortel et pugiliste redoutable. Cette dualité mortel/divin, frère/jumeau, est au cœur de leur mythe : quand Castor est tué, Pollux refuse l’immortalité sans lui et demande à Zeus de partager son sort. Ils alternent désormais entre l’Olympe et les Enfers, un jour chacun — et brillent ensemble dans la constellation des Gémeaux. « Ô dieux puissants des mers, que votre étoile bienveillante guide le navire ; vous qui avez délivré Hélène, vous qui avez sauvé Argos — soyez pour nous le signe favorable. » — D’après Horace, Odes, I, 3 — prière aux Dioscures protecteurs des marins ✦ Représentations remarquables R1 Groupe de San Ildefonso — Castor & Pollux (ou Oreste & Pylade) Époque romaine (copie d’un original hellénistique) · Musée du Prado, Madrid Groupe de San Ildefonso · Castor et Pollux (?) · Époque romaine · Musée du Prado, Madrid · Domaine public Ce groupe sculpté, dit « Groupe de San Ildefonso » du nom du palais espagnol qui l’abrita avant son entrée au Prado, représente deux jeunes hommes debout, intimement liés dans une posture de complicité fraternelle. L’identification traditionnelle les rattache à Castor et Pollux ; d’autres auteurs y voient Oreste et Pylade, archétype de l’amitié héroïque. Cette ambiguité est elle-même révélatrice : les Dioscures incarnent si parfaitement l’idéal de la fraternité indissoluble que leur image fusionné avec celle de tout couple héroïque. La sculpture est une copie romaine d’un original hellénistique. Les deux figures sont traitées dans le style néo-attique caractéristique de la sculpture romaine de haute époque : corps idéalisés, drapés élégants, expression sereine. Le contraste entre l’un des personnages encore vivant et l’autre dont la posture suggère la mort ou le sommeil évoque précisément le mythe fondateur : Pollux refusant la mort séparée de son frère mortel Castor. R2 Temple des Dioscures — Les trois colonnes du Forum Romain Vœu de 499 av. J.-C. · Dédié en 484 av. J.-C. · Reconstruit par Tibère en 6 ap. J.-C. Temple de Castor et Pollux · Trois colonnes corinthiennes · Forum Romain, Rome · CC BY-SA Ces trois colonnes corinthiennes sont parmi les vestiges les plus emblématiques du Forum Romain. Elles appartiennent au temple reconstruit par Tibère et dédié en 6 ap. J.-C. — avec l’entablement qu’elles soutiennent, elles sont considérées comme l’un des plus beaux exemples survivants de l’ordre corinthien romain. Le temple original fut voué par le dictateur Aulus Postumius avant la bataille du lac Regillus (vers 499–496 av. J.-C.) : selon la légende, Castor et Pollux apparurent sur le champ de bataille comme deux cavaliers sur chevaux blancs et conduisirent les Romains à la victoire. Le temple occupait une place centrale dans la vie civique et religieuse romaine : le Sénat y tint des séances ; c’est là qu’étaient conservés les étalons officiels des poids et mesures ; les banquiers y établissaient leurs tables de change dans les niches de la base. Chaque année le 15 juillet, une grande parade de cavalerie — la transvectio equitum, jusqu’à 5 000 cavaliers — partait devant le temple en souvenir de Regillus. Auguste y associa ses petits-fils Gaius et Lucius, puis Tibère y ajouta son propre nom avec celui de son frère Drusus. ✦ Mythe & iconographie 01 Castor & Pollux — La dualité mortel / divin Mythologie grecque & romaine 🐴 Castor Mortel, fils de Tyndare. Dompteur de chevaux hors pair, associé à la chasse et à l’équitation. Tué par Idas lors de l’enlèvement des filles de Leucippe. ⭐ Pollux Immortel, fils de Zeus. Pugiliste redoutable. Refuse l’immortalité sans son frère — ils alternent désormais entre Olympe et Enfers, un jour chacun. ⛵ Feu de Saint-Elme Les lueurs électriques qui couronnent les mâts par temps d’orage étaient perçues par les marins antiques comme la présence protectrice des Dioscures. ♊ Gémeaux Zeus les plaça dans le ciel comme constellation. Leur alternance entre immortalité et mort symbolisait, pour les Pythagoriciens, l’harmonie universelle. L’iconographie des Dioscures sur les monnaies républicaines est d’une remarquable cohérence sur plus d’un siècle : deux cavaliers cuirassés, manteau flottant sur l’épaule, coiffés du bonnet conique (pilos) surmonté d’une étoile, galopant à droite, tenant chacun une javeline. Cette image est issue directement de l’iconographie spartiate des ánakes — les « Rois » — et des peintures de vases grecs. La présence systématique des étoiles au-dessus des bonnets rappelle leur nature céleste et leur identification avec la constellation des Gémeaux. 02 Le Lac Regillus & l’introduction du culte à Rome 499–484 av. J.-C. · Rome Le culte des Dioscures fut introduit à Rome après la bataille du lac Regillus (vers 499 ou 496 av. J.-C.), où la jeune République affronta la coalition des cités latines soutenant les Tarquins exilés. Selon la légende, deux jeunes cavaliers inconnus sur chevaux blancs surgirent au moment le plus critique de la bataille et conduisirent les Romains à la victoire — puis furent vus, quelques heures plus tard, sur le Forum, abreuvant leurs chevaux à la source de Juturne. Identifiés aux Dioscures, ils justifièrent
Pietas

Pietas · La piété romaine · Énée · Mos Maiorum · Iconographie numéralement · LesDioscures Pietas Vertu & divinité romaine · Devoir envers les dieux, la famille & la patrie · Pius Aeneas · Mos Maiorum · Iconographie numéralement NatureVertu cardinale & divinité allégorique DomaineDieux · Famille · État · Ancêtres AttributsPatère · Cigogne · Encensoir · Sceptre Figure archétypalePius Aeneas · Virgile, Énéide Monnaie principaleRRC 308/1 · Denier Herennia Pietas — la Piété — est l’une des vertus les plus fondamentales de la civilisation romaine et, avec la Virtus (le courage), la Fides (la loyauté) et la Gravitas (la dignité sérieuse), l’un des piliers du mos maiorum, les coutumes ancestrales qui définissaient l’idéal du Romain. Elle désigne l’engagement moral à respecter ses obligations dans trois registres inséparables : envers les dieux (pietas erga deos), envers la famille et les ancêtres (pietas erga parentes), et envers la patrie (pietas erga patriam). Déesse personnifiée, Pietas est représentée comme une femme voilée tenant une patère ou un encensoir, parfois accompagnée de la cigogne — cet oiseau qui, selon la croyance antique, nourrissait ses parents âgés. La figure archétypale de Pietas est Énée, que Virgile surnomme pius Aeneas à travers toute l’Énéide : non seulement parce qu’il obéit aux ordres des dieux mais parce qu’il porte son vieux père Anchise sur ses épaules lors de la chute de Troie, sauvant simultanément son fils Ascagne et les Pénates sacrés. Ce geste triple — piété filiale, divine et civique en un seul acte — en fait l’incarnation la plus parfaite de la vertu romaine. Sur les monnaies républicaines, la Piété fut représentée dès 108–107 av. J.-C. par le monétaire Marcus Herennius, dont la gens était originaire de Catane. « Il cherche son vieux père Anchise dans la masse et sur ses larges épaules le porte, lui ceignant le cou de ses deux bras. Le petit Iule tient sa main ; sa femme suit d’un pas inégal. » — Virgile, Énéide, II, 707–711 — Énée fuyant Troie en flammes, acte fondateur de la pietas romaine ✦ Représentation remarquable R1 Bernini — Énée, Anchise et Ascagne fuyant Troie 1618–1620 · Marbre · Galerie Borghese, Rome Bernini · Énée, Anchise & Ascagne · Marbre · 1618–1620 · Galerie Borghese, Rome · CC BY-SA Ce groupe sculpté de Gian Lorenzo Bernini, exécuté entre 1618 et 1620 quand le sculpteur avait seulement 20–22 ans, représente le moment de la fuite d’Énée de Troie avec une maîtrise baroque stupéfiante. Les trois générations sont réunies dans une spirale ascendante : Ascagne porte la flamme sacrée des Pénates, Énée au centre soutient son père, Anchise au sommet tient les statues des dieux troyens. Le marbre saisit le mouvement, l’effort musculaire d’Énée, le poids du vieil homme, la légèreté de l’enfant. Ce groupe illustre brillamment la durabilité du mythe de la pietas d’Énée à travers les siècles. Pour les Romains républicains qui frappaient le denier Herennia avec le thème du fils portant son père, la représentation visuelle de la pietas n’était pas un symbole abstrait mais un modèle de comportement concret, un exemple à imiter, que le monétaire gravait dans l’argent pour que chaque soldat, chaque commerçant, chaque citoyen tienne dans sa paume. ✦ La Pietas — Vertu, divinité & obligations du citoyen romain 01 Les trois dimensions de la Pietas romaine Mos Maiorum · Cicéron, De Natura Deorum · Virgile, Énéide 🙏 Pietas envers les dieux Accomplir les sacrifices, respecter les fêtes, honorer les dieux lares et pénates. C’est le socle : une Rome sans piété envers les dieux s’expose à leur colère et à la défaite militaire. 👨👩👧 Pietas envers la famille Honorer les parents et les ancêtres, prendre soin du père vieillissant, transmettre les traditions. La cigogne était le symbole animal de cette piété filiale, réputée nourrir ses parents âgés. 🏛️ Pietas envers la patrie Défendre Rome, respecter la loi, servir l’État. La pietas civique liait le citoyen à la communauté comme la piété filiale le liait à sa famille. Sous l’Empire, pietas envers l’Empereur fusionne avec pietas envers l’État. 🐦 La cigogne Symbole par excellence de la piété filiale — la cigogne était réputée (jus talionis) nourrir ses parents âgés en retour des soins reçus. Sur les monnaies (aureus RRC 516/4), elle accompagne Pietas à ses pieds. ⛩️ Temple de la Pietas Érigé sur le Forum Holitorium (Rome) en 181 av. J.-C. par Manius Acilius Glabrio, en accomplissement d’un vœu fait lors de la bataille de Thermopyles (191 av. J.-C.) contre Antiochos III. La pietas est à la fois une vertu (un état d’âme, une disposition morale) et une divinité (une puissance qui peut être invoquée, honorée, représentée). Cette double nature — vertu incarnée dans une déesse — est caractéristique de la religion romaine : les Romains croyaient que les vertus étaient de véritables forces divines qui agissaient dans le monde. Cicéron le dit clairement dans le De Natura Deorum : ce ne sont pas des abstractions mais des puissances réelles, méritant temples et sacrifices. Cette conception renforce la dimension politique de Pietas : en affichant la piété, le général, le monétaire ou l’empereur ne se vante pas d’une qualité personnelle — il revendique la protection d’une déesse. 02 Les frères caténiens — Amphinomos & Anapias, les « Pieux » de Catane Valère Maxime · Pausanias · Denier Herennia RRC 308/1 Le revers du denier Herennia représente un mythe sicilien peu connu mais d’une puissance symbolique égale à celui d’Énée : lors d’une éruption de l’Etna, les deux frères Amphinomos et Anapias de Catane, plutôt que de fuir à mains vides, chargèrent leurs vieux parents sur leurs épaules et les emportèrent hors du flot de lave. La tradition rapportait que les flammes s’étaient miraculeusement écartées devant eux en récompense de leur piété. Leur lieu de sépulture portait le nom de campus piorum — le champ des Pieux. Ce mythe est l’écho sicilien exact de la fuite d’Énée portant Anchise — même geste, même récompense divine. Le monétaire Marcus Herennius choisit ce type précisément parce que la gens Herennia était originaire de Catane, où