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Séléné ou Luna

Séléné · Luna Déesse de la Lune · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité lunaire Équivalent grecSéléné AttributsCroissant · Bige · Torche · Voile FamilleSœur de Sol & d’Aurore MonnaiesBigati · RRC 303/1 · 474/5 · 480/26 Dans la religion romaine, Luna est la personnification divine de la Lune. On la figure en jeune femme portant un croissant au front ou au-dessus de la tête, traversant le ciel nocturne sur un char à deux chevaux — une biga —, parfois tiré par des bœufs. Fille des Titans Hypérion et Théia selon Hésiode, elle est la sœur de Sol, le Soleil, et d’Aurore, l’aube : à eux trois, ils règlent la succession du jour et de la nuit. Son équivalent grec, Séléné, lui a transmis l’essentiel de ses traits : le croissant, le char nocturne et l’amour pour le berger Endymion, endormi à jamais sur le mont Latmos — un mythe que l’art funéraire romain reprendra abondamment. Sur les monnaies, Luna occupe une place de premier plan : elle conduit sa bige au revers d’une longue série de deniers du IIe siècle av. J.-C., les bigati, avant de reparaître aux côtés de Sol sous Aquillius et Valerius Acisculus. « Reine des astres au double croissant, Luna, écoute les jeunes filles. » siderum regina bicornis, audi, Luna, puellas — Horace, Chant séculaire, 35–36 · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1 Sarcophage de Séléné et Endymion — Metropolitan Museum of Art Début du IIIe siècle apr. J.-C. Séléné et Endymion · Sarcophage en marbre · Époque sévérienne · Metropolitan Museum of Art, New York (47.100.4a, b) · Domaine public · Wikimedia Commons Ce sarcophage en forme de cuve illustre le mythe le plus célèbre de la déesse. Au centre de la face principale, Séléné descend de son char pour rejoindre Endymion, couché à droite : le berger a reçu une jeunesse éternelle, mais aussi un sommeil sans fin. Une figure féminine se tient au-dessus de lui, tenant des pavots, plantes du sommeil. Aux extrémités, le cycle cosmique encadre la scène : Hélios se lève sur son char à gauche, Séléné s’enfonce dans la nuit à droite. L’inscription du couvercle indique que la cuve fut dédiée à une femme nommée Arria, morte à cinquante ans et dix mois, par sa fille Aninia Hilara. Le choix du thème n’a rien de fortuit : un sommeil éternel visité chaque nuit par une déesse offrait une image apaisée de la mort. Le relief, profondément fouillé et animé de corps en raccourci, compte parmi les sommets de la sculpture sévérienne. R2 Tête d’un cheval de Séléné — fronton est du Parthénon 438 – 432 av. J.-C. Tête d’un cheval du char de Séléné · Marbre · Fronton est du Parthénon · British Museum, Londres · Wikimedia Commons Le fronton est du Parthénon représentait la naissance d’Athéna, sortie tout armée de la tête de Zeus. Aux deux angles, deux attelages bornaient la scène : à gauche, le char d’Hélios surgissait de l’Océan ; à droite, celui de Séléné y plongeait. Le temps mythique de la naissance divine était ainsi inscrit entre le lever du soleil et le coucher de la lune. Cette tête de cheval, au bord même de l’angle, est l’une des sculptures les plus admirées de l’Antiquité. Le sculpteur a rendu l’épuisement de la bête au terme de sa course nocturne : naseaux dilatés, bouche ouverte, yeux saillants, veines gonflées. Le corps de la déesse et d’autres chevaux de son attelage sont conservés au musée de l’Acropole, à Athènes. R3 Girodet — Le Sommeil d’Endymion (Effet de lune) 1791 · Musée du Louvre Anne-Louis Girodet-Trioson · Endymion. Effet de lune, dit Le Sommeil d’Endymion · 1791 · Huile sur toile, 198 × 261 cm · Musée du Louvre (INV 4935) · Domaine public · Wikimedia Commons Peinte à Rome en 1791 par Anne-Louis Girodet, élève de David, comme envoi réglementaire à l’Académie, cette toile triomphe au Salon de 1793. Le peintre y fait une audace remarquable : la déesse n’apparaît pas sous forme humaine. Elle n’est qu’un rayon de lune, qu’un Zéphyr aux ailes de papillon laisse filtrer entre les feuillages pour venir baigner le corps du berger endormi. Ce clair de lune sculptant un corps immobile annonce déjà le romantisme. Dix-huit siècles après les sarcophages, le mythe d’Endymion reste l’image privilégiée de Luna : une lumière qui veille sur le sommeil. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Luna · Séléné Monnaies · Sculptures · Peintures L’iconographie de Luna se fixe tôt et varie peu. Qu’il s’agisse d’un denier républicain ou d’un relief de sarcophage impérial, quelques attributs suffisent à l’identifier. 🌙Croissant de lunePorté au front, posé derrière les épaules ou flottant au-dessus de la tête — son attribut le plus sûr. 🐎BigeChar à deux chevaux, quand Sol mène un quadrige. Sur les deniers, l’attelage galope presque toujours vers la droite. 🐂BœufsVariante de l’attelage, fréquente sur les sarcophages : le char lunaire y est parfois tiré par une paire de bœufs. 🔥TorcheBrandie pour éclairer la nuit ; on parle alors de Luna Lucifera, « porteuse de lumière ». ⭐ÉtoilesSur le denier d’Aquillius, trois étoiles au-dessus de l’attelage et une en dessous la situent dans le ciel nocturne. 🧣Voile gonfléManteau arqué au-dessus de la tête par le vent de la course (velificatio), motif partagé avec les autres divinités célestes. Sur les monnaies républicaines, ces attributs se réduisent à l’essentiel : le croissant, la bige lancée au galop et, plus rarement, les étoiles. Le croissant est le seul signe qui distingue Luna de Diane, elle aussi figurée en bige sur certains deniers ; les deux déesses sont encore souvent confondues dans les catalogues. ✦ Représentation numismatique républicaine 🌙 Les bigati — Luna au revers du denier Pendant plusieurs décennies après sa création, le denier porte au revers les Dioscures à cheval. Au IIe siècle av. J.-C., ce type cède progressivement la place à des divinités en char : les deniers à la bige, que les Romains appelaient bigati. Luna en bige, reconnaissable au croissant au-dessus de sa

Pax

Pax Personnification divine de la Paix · Eiréné romaine · Ara Pacis · Templum Pacis · Iconographie numismatique NaturePersonnification divinisée MythologieSans mythe propre · reprend Eiréné AttributsRameau d’olivier · Caducée · Corne d’abondance Équivalent grecEiréné, l’une des Heures MonumentsAra Pacis Augustae (9 av.) · Templum Pacis (75 ap.) Pax est la personnification divinisée de la Paix. Contrairement aux grands dieux du panthéon, elle n’a ni mythe ni généalogie romaine propre : sa figure et ses attributs viennent de l’Eiréné grecque, fille de Zeus et de Thémis. Discrète sous la République, elle devient sous Auguste l’une des idées-forces du nouveau régime : le Sénat vote en 13 av. J.-C. l’Ara Pacis Augustae, l’autel de la Paix auguste, et le Princeps se présente comme celui qui a refermé un siècle de guerres civiles. Ce paradoxe est au cœur de la notion : la paix comme fruit de la victoire. Le mot pax se rattache à pacisci, « conclure un pacte » : pour un Romain, la paix est l’issue d’une guerre gagnée, l’ordre imposé au vaincu. Auguste dédie l’Ara Pacis au retour de ses campagnes d’Hispanie et de Gaule ; Vespasien élève le Templum Pacis en 75 ap. J.-C. et y dépose le butin du Temple de Jérusalem détruit en 70. De la fin de la République à l’Empire, les monnaies sont le support privilégié de cette paix proclamée — et c’est sur un quinaire de 44 av. J.-C. que la déesse apparaît pour la première fois sous son nom. Frondibus Actiacis comptos redimita capillos, / Pax, ades et toto mitis in orbe mane. « Viens, Paix, la chevelure parée et ceinte du feuillage d’Actium, et demeure, bienveillante, sur le monde entier. » — Ovide, Fastes, I, 711–712 · à propos de l’Ara Pacis, consacrée le 30 janvier · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1 Eiréné portant Ploutos — d’après Képhisodotos Original en bronze vers 375–370 av. J.-C. · Copie romaine en marbre · Glyptothèque de Munich, inv. 219 Eiréné portant Ploutos · d’après Képhisodotos l’Ancien · copie romaine · Glyptothèque de Munich (inv. 219) · Wikimedia Commons C’est l’image de la paix la plus célèbre de l’art antique. L’original en bronze, œuvre de Képhisodotos l’Ancien — père ou proche parent de Praxitèle —, se dressait sur l’agora d’Athènes, où un culte d’Eiréné fut institué vers 375–374 av. J.-C., à l’époque des paix conclues avec Sparte. Pausanias le décrit encore au IIe siècle ap. J.-C. La meilleure copie romaine, autrefois à la villa Albani, est aujourd’hui à Munich : Eiréné se tient debout et porte sur son bras gauche le petit Ploutos, la Richesse, qui lève les yeux vers elle ; sa main droite, perdue, tenait un sceptre. L’allégorie est limpide : la Prospérité grandit sous la protection de la Paix comme un enfant dans les bras de sa mère. Cette association de la paix et de l’abondance passe directement dans l’iconographie romaine de Pax, dont la corne d’abondance reprend le rôle de l’enfant Ploutos. Ovide le dit en une formule : Pax Cererem nutrit, pacis alumna Ceres — « la Paix nourrit Cérès, Cérès est la nourrissonne de la Paix » (Fastes, I, 704). R2 Ara Pacis Augustae — le panneau dit « de Tellus » Votée le 4 juillet 13 av. J.-C. · consacrée le 30 janvier 9 av. J.-C. · Marbre de Luna · Musée de l’Ara Pacis, Rome Ara Pacis Augustae · panneau dit « de Tellus » (Pax ? Italia ? Vénus ?) · 13–9 av. J.-C. · photo Manfred Heyde · Wikimedia Commons L’Ara Pacis Augustae est le manifeste de la paix augustéenne. Auguste en donne lui-même l’origine : à son retour d’Hispanie et de Gaule, le Sénat décréta de consacrer sur le Champ de Mars un autel de la Paix Auguste, où magistrats, prêtres et Vestales offriraient chaque année un sacrifice (Res Gestae, 12). Les longues frises des faces nord et sud montrent la procession des prêtres, des magistrats et de la famille impériale — Auguste, Agrippa, Livie, les enfants — se rendant au sacrifice ; les petits côtés portent quatre panneaux mythologiques et allégoriques. Le plus célèbre est ce panneau de la face est : une femme assise, deux enfants sur les genoux, entourée d’épis, de fleurs, d’un bœuf et d’une brebis, entre deux figures féminines chevauchant un cygne et un monstre marin. On l’appelle traditionnellement Tellus, la Terre nourricière, mais l’identification reste discutée : Italia, Vénus — ou Pax elle-même, ce qui ferait de ce relief l’image cultuelle de la déesse à laquelle l’autel est dédié. Quelle que soit la réponse, le sens est clair : la paix est figurée non comme une simple absence de guerre, mais comme une fécondité retrouvée de la terre, des bêtes et des familles, sous la tutelle du Princeps. En face, un panneau très mutilé montrait Roma assise sur un monceau d’armes : la victoire qui rend cette paix possible. ✦ Nature, attributs & culte 01 Pax — Attributs et culte Fin de la République & Empire 🌿Rameau d’olivierAttribut le plus constant de Pax sur les monnaies, tenu de la main droite tendue — le geste de la paix offerte. ☤CaducéeBâton du héraut et de Mercure, emblème des négociations et des trêves ; il fait de Pax la garante de l’accord conclu et du commerce rouvert. 🌾Corne d’abondance · épisLa paix nourrit la prospérité, comme Eiréné porte Ploutos. Tibulle invoque une Pax tenant l’épi et les fruits. 🍃Laurier d’ActiumChez Ovide, Pax est couronnée du feuillage d’Actium : la paix augustéenne naît d’une victoire. 🔥Torche et armesType impérial du Ier siècle ap. J.-C. : Pax met le feu à un amas d’armes, signe d’une guerre définitivement close. 🏛️Fêtes · 4 juillet & 30 janvierAnniversaires de la décision du Sénat (13 av.) et de la consécration de l’Ara Pacis (9 av.), marqués par un sacrifice annuel. Pax appartient à la famille des divinités-concepts romaines — Concordia, Libertas, Salus, Fides, Victoria — qui personnifient non une aventure mythologique mais un état souhaitable de la cité. À la différence de

Vénus

Vénus Déesse de l’Amour · Venus · Mère d’Énée · Aphrodite romaine · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité · Olympienne Équivalent grecAphrodite AttributsPomme · Miroir · Ceste · Colombe · Cupidon CultesGenetrix · Victrix · Erycina · Verticordia MonnaiesRRC 258/1 · 424/1 · 430/1 · 458/1 · 480/3 Vénus est la grande déesse romaine de l’amour, de la beauté, de la séduction et de la fécondité. Assimilée dès le IIIe siècle av. J.-C. à l’Aphrodite grecque — l’introduction du culte de Vénus Érycine en 217–215 av. J.-C. en marque l’étape décisive —, elle hérite de sa mythologie et de ses attributs tout en conservant une identité proprement romaine, plus politique et nationale que son homologue hellénique. À l’origine, Vénus était une divinité italique liée à la végétation et aux jardins — Varron l’invoque encore comme protectrice des jardins (De re rustica, I, 1, 6) — et Strabon signale, entre Lavinium et Ardée, un sanctuaire d’Aphrodite commun aux Latins (Géographie, V, 3, 5). Son rôle dans la numismatique républicaine dépasse de très loin celui de la plupart des divinités du panthéon romain. Dès 129 av. J.-C., elle apparaît sur les deniers comme emblème de la gens Iulia — qui se revendique descendante d’Énée, son fils mortel. Cette filiation mythologique fait de Vénus un instrument de propagande politique exploité par Sylla, Pompée, César et enfin Auguste, qui en fait la mère de la dynastie et du peuple romain tout entier. « Mère des Énéades, plaisir des hommes et des dieux, Vénus nourricière, toi qui, sous les signes glissants du ciel, peuples la mer porteuse de navires et les terres fertiles en moissons… » Aeneadum genetrix, hominum diuomque uoluptas, alma Venus, caeli subter labentia signa quae mare nauigerum, quae terras frugiferentis concelebras… — Lucrèce, De rerum natura, I, 1–4 · trad. LesDioscures ✦ Naissance et mythologie R1Deux naissances, une déesse — la double origine de VénusHésiode · Homère · Cicéron Aphrodite de Cnide · copie romaine d’après Praxitèle · Palazzo Altemps La mythologie grecque attribue à Aphrodite — et par assimilation à Vénus — deux origines distinctes. Dans la Théogonie d’Hésiode (v. 188–206), elle naît de l’écume marine (aphros) formée autour des parties d’Ouranos que Cronos, après l’avoir mutilé, a jetées dans la mer ; les flots la portent vers Cythère puis vers Chypre. Dans la tradition homérique en revanche, Aphrodite est fille de Zeus et de Dioné (Iliade, V, 370–371), ce qui en fait une Olympienne de plein droit. Cicéron, dans le De natura deorum (III, 59), distingue même quatre Vénus : la fille du Ciel et du Jour, honorée en Élide ; la Vénus née de l’écume ; la fille de Jupiter et de Dioné, épouse de Vulcain ; enfin la Vénus syro-chypriote, nommée Astarté. Cette multiplicité reflète les identifications et syncrétismes accumulés au fil des siècles. Sur les monnaies de la République, c’est la Vénus mère d’Énée par le mortel Anchise qui prévaut. Son union adultère avec Mars est l’un des grands récits de la mythologie antique : Héphaïstos/Vulcain, son époux, prend les amants dans un filet invisible sous les rires des dieux (Odyssée, VIII, 266–366). De leur liaison naissent Phobos, Déimos et Harmonie (Hésiode, Théogonie, 933–937), et, selon certaines traditions, Éros/Cupidon. Le couple Mars–Vénus devient à Rome un thème iconographique majeur, des fresques de Pompéi au temple de Mars Ultor. R2Vénus, mère d’Énée — le mythe fondateur de RomeHymne homérique · Énéide de Virgile Le rôle le plus décisif de Vénus dans la culture romaine est celui de mère d’Énée. L’Hymne homérique à Aphrodite raconte comment la déesse s’unit au prince troyen Anchise sur les pentes de l’Ida ; dans l’Iliade (V, 311–317), elle arrache déjà son fils à la mort. Chez Virgile, elle apparaît à Énée dans Troie en flammes et le pousse à fuir avec son père et son fils (Énéide, II, 589–620), avant de veiller sur sa route jusqu’en Italie. La lignée Vénus – Énée – Iule/Ascagne – gens Iulia fait de la déesse l’ancêtre mythique des fondateurs de Rome. Ce mythe explique l’extraordinaire exploitation politique de Vénus à la fin de la République. La gens Iulia, famille patricienne à laquelle appartient Jules César, affirme descendre d’Iule, fils d’Énée. Revendiquer Vénus comme ancêtre, c’est se placer sous la protection de la divinité dont procède le peuple romain lui-même — une légitimité sans équivalent dans la vie politique de l’époque. ✦ Attributs iconographiques 01Les emblèmes de Vénus dans la numismatique républicaineMonnaies · Sculptures · Peintures Sur les deniers républicains, Vénus est représentée selon deux conventions principales : la tête ou le buste diadémé (souvent aussi lauré) à l’avers, et la figure en pied ou en bige au revers. Ses attributs varient selon l’aspect sous lequel elle est invoquée, mais un noyau stable d’emblèmes la rend immédiatement reconnaissable. 🍎Pomme de PârisIssue du Jugement de Pâris : en recevant la pomme d’or destinée « à la plus belle », Vénus déclenche la guerre de Troie — d’où naîtra, par Énée, la légende romaine. Symbole de beauté absolue. 🪞MiroirLe miroir (speculum) est l’attribut de la beauté contemplée, fréquent dans la peinture et la sculpture ; il est en revanche absent des types monétaires républicains. 🕊️ColombeOiseau consacré à Vénus, symbole d’amour. Les colombes tirent son char chez les poètes et peuplaient ses sanctuaires, notamment celui du mont Éryx en Sicile. 🏹Cupidon / ÉrosSon fils ailé. Sur les deniers, il couronne Vénus en bige (RRC 258/1), tire son char (RRC 320/1), tient une palme près de sa tête (Sylla, RRC 359/2) ou se pose sur son épaule (RRC 463/1). 🛡️Bouclier et VictoireAttributs de la Venus Victrix. Sur les deniers de César (RRC 480/3), la déesse tient une Victoire et un sceptre, le coude appuyé sur un bouclier posé sur un globe. 🌹Rose et myrtePlantes de Vénus. La rose est son emblème végétal ; le myrte (myrtus) lui était consacré et couronnait ses fidèles lors de ses fêtes. Sur les deniers républicains, la tête de Vénus est généralement diadémée, avec parfois des boucles d’oreilles et un collier. La coiffure varie :

Jupiter

Jupiter Roi des dieux · Iuppiter Optimus Maximus · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité suprême romaine AttributsFoudre · Aigle · Sceptre TempleJupiter O.M. · Capitole Équivalent grecZeus MonnaiesRRC 34/1 · 101/1 · 364/1 Jupiter (Iuppiter, génitif Iovis) est la divinité suprême du panthéon romain, roi des dieux et des hommes, maître du ciel, de la foudre et garant de la parole donnée. Son nom remonte à l’indo-européen *Dyēus ph₂tḗr, « Ciel-Père », la même racine que le grec Zeus patēr. Si les poètes lui prêtent la mythologie de Zeus, Jupiter garde une identité profondément romaine : dieu de l’État avant d’être dieu de la nature, garant des serments et des traités, protecteur de Rome depuis le temple de Jupiter Optimus Maximus sur le Capitole, qu’il partage avec Junon et Minerve. Sur les monnaies de la République, Jupiter apparaît dès le IIIe siècle av. J.-C. : debout dans un quadrige conduit par la Victoire au revers des didrachmes « quadrigats », tête laurée à l’avers des victoriats, puis sur de nombreux deniers jusqu’aux guerres civiles. Placer son effigie sur une émission, c’est se placer sous sa protection et affirmer que la cause défendue est légitime. « His ego nec metas rerum nec tempora pono : imperium sine fine dedi. »« À ceux-là je n’assigne de bornes ni dans l’espace ni dans le temps : je leur ai donné un empire sans fin. » — Jupiter parlant des Romains · Virgile, Énéide, I, 278–279 ✦ Représentations remarquables R1 Jupiter Tonans — Statue romaine, Musée du Prado Fin du Ier siècle ap. J.-C. · Museo del Prado, Madrid Jupiter Tonans · Marbre, fin du Ier s. ap. J.-C. · Museo del Prado, Madrid · Photo Dodo, Wikimedia Commons, domaine public Cette statue du Prado est souvent rapprochée de l’image de culte de Jupiter Tonans — « Jupiter qui tonne ». Le temple avait été voué par Auguste en 26 av. J.-C., après que la foudre eut frôlé sa litière pendant la campagne contre les Cantabres et tué l’esclave qui le précédait ; il fut dédié en 22 av. J.-C. sur le Capitole, et non sur le Palatin (Suétone, Auguste, 29). La statue d’origine était une œuvre du sculpteur grec Léocharès (Pline, Histoire naturelle, XXXIV, 79) ; l’exemplaire du Prado pourrait être la réplique commandée par Domitien. Prudence pour la lecture : les bras sont une restauration baroque. Le dieu tenait à l’origine le foudre de la main droite et s’appuyait de la gauche sur un long sceptre — exactement l’image que montrent les deniers d’Auguste au revers IOV TON, où Jupiter se tient dans son temple hexastyle. 2331AU · Denier d’Auguste · RIC I 64 · IOV TON La majesté du type — chevelure bouclée, barbe ample, couronne de laurier — est celle que les graveurs républicains condensaient sur des flans de quelques grammes, bien avant la statuaire impériale. R2 Jupiter de Smyrne — Statue colossale, Musée du Louvre Vers 250 ap. J.-C. · Louvre, Paris, inv. Ma 13 Jupiter de Smyrne · Marbre, h. 2,34 m · vers 250 ap. J.-C. · Louvre, inv. Ma 13 · Wikimedia Commons Le Jupiter de Smyrne est une statue en pied haute de 2,34 m, mise au jour en 1680 à Smyrne (aujourd’hui Izmir) et offerte à Louis XIV. Elle orna les jardins de Versailles avant d’entrer au Louvre à la Révolution. À l’origine simple divinité masculine, elle fut restaurée en Zeus vers 1686 par le sculpteur Pierre Granier, qui lui ajouta le bras brandissant le foudre. Malgré cette restauration, la tête conserve l’idéal jupitérien antique : chevelure abondante encadrant un front puissant, barbe majestueuse, autorité sereine. C’est ce même profil barbu et lauré que reprennent les monnaies républicaines, du victoriat du IIIe siècle au denier de Q. Antonius Balbus. ✦ Attributs & culte romain 01 Jupiter Optimus Maximus — Le dieu de l’État romain Religion d’État · République & Empire ⚡La FoudreSigne de son pouvoir sur le ciel. Pour les augures romains, l’éclair venu de gauche était favorable — l’inverse des Grecs (Cicéron, De la divination, II, 82). 🦅L’AigleSon oiseau, messager entre ciel et terre. Marius en fit l’enseigne unique des légions (aquila). 🌳Le ChêneArbre de Jupiter. La corona civica en feuilles de chêne récompensait celui qui avait sauvé un citoyen au combat — l’une des plus hautes distinctions militaires. 🏛️Jupiter O.M.Optimus Maximus — le Meilleur et le Plus Grand. Son temple capitolin, dédié selon la tradition en 509 av. J.-C., était le centre religieux de l’État. Le temple de Jupiter Optimus Maximus sur le Capitole était le cœur de la religion d’État. Le général triomphant y montait en procession pour rendre grâce au dieu ; les consuls y offraient un sacrifice à leur entrée en charge. Plus ancien encore, le petit sanctuaire de Jupiter Feretrius, attribué à Romulus, recevait les spolia opima — les dépouilles d’un chef ennemi tué en combat singulier (Tite-Live, I, 10). 02 Jupiter & la politique romaine — Du serment à la propagande République · IIIe – Ier s. av. J.-C. Jupiter est indissociable de la légitimité politique de Rome. Il est le garant des serments — le sacramentum militaire, les traités conclus par les fétiaux sous l’invocation de Jupiter, la parole publique des magistrats — et son violateur s’expose à la colère divine. Sur la monnaie, la tête laurée de Jupiter vaut déclaration de légitimité : l’autorité émettrice se place sous la garde du père des dieux. C’est le message du denier de Q. Antonius Balbus, préteur du parti de Marius en 83–82 av. J.-C., qui associe Jupiter à la mention S·C (Senatus Consulto) : en pleine guerre civile contre Sylla, l’émission se réclame à la fois du dieu suprême et du Sénat. ✦ Représentation numismatique ⚡ Jupiter sur la monnaie républicaine — Du quadrigat au denier serratus 100AN · Didrachme · RRC 34/1 425VA · Victoriat · RRC 101/1 Le quadrigat (didrachme du IIIe siècle av. J.-C.) montre au droit la tête janiforme des Dioscures et au revers Jupiter dans un quadrige conduit par la

Fortuna

Fortuna Déesse du hasard et de la destinée · Iconographie numismatique · République romaine et Auguste NatureDivinité du hasard et du destin OrigineLatium · Italique AttributsGouvernail · Corne d’abondance · Roue Monnaies69 – 18 av. J.-C. Fiches9 monnaies liées Fortuna, déesse romaine du hasard, de la chance et de la destinée, est l’une des figures les plus populaires et les plus complexes du panthéon romain. Les Anciens rattachaient son nom à fors, « le hasard », mot lui-même rapproché de ferre, « porter » : Fortuna est celle qui « apporte » à chacun son lot. Assimilée à la Tyché grecque, elle s’en distingue par des racines italiques anciennes — ses grands sanctuaires de Préneste et d’Antium sont latins — et par la richesse de ses épithètes : Fortuna Primigenia, Fortuna Publica, Fortuna Muliebris, Fortuna Redux… Son rôle oscille entre une puissance bienveillante qui dispense la prospérité et une force capricieuse, capable de renverser les plus puissants. Cette ambivalence explique la place qu’elle occupe sur les monnaies de la fin de la République : elle apparaît au moment où les carrières des magistrats et le sort de l’État semblent livrés aux retournements des guerres civiles. Fortuna au gouvernail et à la corne d’abondance — statue romaine · Braccio Nuovo, Musées du Vatican · Wikimedia Commons « Non seulement la Fortune est elle-même aveugle, mais le plus souvent elle rend aveugles ceux qu’elle a pris dans ses bras. » — Cicéron, Laelius de amicitia, XV, 54 ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Fortuna Monnaies · Sculptures · Manuscrits L’iconographie de Fortuna se fixe à l’époque hellénistique et romaine autour de deux attributs principaux, le gouvernail et la corne d’abondance ; d’autres — la roue, le bandeau sur les yeux — relèvent surtout de la tradition littéraire puis médiévale. ⚓GouvernailFortuna tient la barre du destin et dirige le cours des affaires humaines. Attribut le plus constant de la Fortuna debout sur les monnaies. 🌾Corne d’abondanceLa cornucopia symbolise les biens qu’elle peut accorder. On la retrouve même sur le buste composite de Vacuna des deniers de M. Plaetorius Cestianus. 🌍Globe et proueSous l’Empire, le gouvernail repose souvent sur un globe ou une proue de navire : l’empire de Fortuna s’étend sur la terre et sur la mer. ☸️Roue (Rota Fortunae)Image du retournement des destins, présente chez les auteurs latins et fixée par Boèce ; elle devient l’attribut dominant au Moyen Âge. 👁️CécitéLa Fortune « aveugle » est un lieu commun des moralistes (Cicéron) ; le bandeau sur les yeux est une invention de l’iconographie médiévale et moderne. 🏛️TrôneFortuna est parfois assise, en souveraine du monde, notamment sur les monnaies impériales et dans les enluminures de la roue. Sur les monnaies républicaines, Fortuna apparaît d’abord en buste (RRC 405/2, RRC 440/1, RRC 513/1), puis, à partir de 44 av. J.-C., debout, tenant le gouvernail et la corne d’abondance (RRC 480/25, RRC 525/1) ou une Victoire et la corne (RRC 494/32). ✦ Représentation numismatique ⚡ Fortuna — une déesse de la fin de la République Fortuna est absente du monnayage romain pendant plus d’un siècle et demi. Elle n’y entre qu’en 69 av. J.-C., avec les deniers de M. Plaetorius Cestianus qui évoquent l’oracle de Préneste, puis s’impose pendant les guerres civiles : Fortune du peuple romain (Fortuna Populi Romani) chez les Pompéiens en 49, Fortuna debout sur les monnaies des triumvirs en 44–40, enfin Fortuna Redux, la Fortune du Retour, sous Auguste en 19 av. J.-C. Le choix de la déesse traduit une vision du monde où le destin du général, du magistrat et de l’État dépend d’une faveur que nul ne maîtrise — et que chaque camp revendique pour lui-même. 02 Denier Plaetoria · M. Plaetorius Cestianus · RRC 405/2 69 av. J.-C. 🏛 Buste féminin (Fortuna ?) · enfant à la tablette SORS 1350PL · RRC 405/2 🏛 Légendes & description · RRC 405/2 AversAnépigrapheBuste féminin drapé à droite, identifié avec prudence comme Fortuna ; derrière, marque de contrôle. ReversM · PLAETORI · CEST · S · CBuste d’enfant de face, la tête légèrement tournée à droite, tenant une tablette inscrite SORS. Senatus consulto : frappe autorisée par décret du Sénat. Ce denier est la plus ancienne évocation de Fortuna sur la monnaie romaine. La tablette inscrite SORS renvoie aux sortes, les tablettes oraculaires tirées au sort dans le sanctuaire de Fortuna Primigenia à Préneste (voir section 06). L’enfant a été identifié comme Sors personnifiée ou comme Jupiter Puer, le Jupiter enfant que Fortuna allaitait à Préneste selon Cicéron ; l’identification du buste d’avers reste elle-même hypothétique. Crawford date l’émission de 69 av. J.-C. ; W. Hollstein (1993) la place en 57 av. J.-C. M. Plaetorius Cestianus fut édile curule en 67 : ses deniers à la Vacuna (RRC 409/1), dont le buste composite porte une corne d’abondance, prolongent ce goût pour les divinités de la prospérité et du sort. 03 Denier Sicinia · Q. Sicinius · RRC 440/1 49 av. J.-C. 🏛 Fortuna Populi Romani · la Fortune du peuple romain 1420SI · RRC 440/1 🏛 Légendes & description · RRC 440/1 AversFORT · P · RTête diadémée de Fortuna Populi Romani à droite. ReversQ · SICINIVS · III · VIRCaducée ailé et palme liée d’une bandelette en sautoir ; au-dessus, couronne. Première légende monétaire à nommer explicitement la déesse : FORT(una) P(opuli) R(omani). Frappé en 49 av. J.-C. par Q. Sicinius, partisan de Pompée, ce denier associe la Fortune de l’État aux emblèmes de la paix (caducée) et de la victoire (palme) — un programme favorable au camp pompéien au moment où éclate la guerre contre César. La même Fortuna Populi Romani reparaît en 41 av. J.-C. sur l’aureus de M. Arrius Secundus (RRC 513/1), avec les initiales F · P · R au-dessus du buste. 04 Fortuna debout · Monnaies des triumvirs 44 – 40 av. J.-C. Après la mort de César, Fortuna quitte le buste pour la figure en pied, avec les attributs qui resteront les siens sous l’Empire. En 44 av. J.-C., P. Sepullius Macer

Liber

Liber Pater Dieu de la vigne · Liberté · Triade plébéienne · Liberalia · Dionysos/Bacchus · Iconographie numismatique ÉtymologieLiber — le Libre DomaineVigne · Vin · Fécondité · Liberté Triade plébéienneCérès · Liber · Libera FêteLiberalia — 17 mars Monnaie principaleRRC 449/2 · C. Vibius Pansa Liber Pater — le « Père Libre » — est l’une des plus anciennes divinités du fonds italique. Dieu de la vigne et du vin, de la fécondité et de la liberté, il était vénéré sur l’Aventin en triade avec Cérès et Libera, dans un sanctuaire qui devint le centre religieux et institutionnel de la plèbe romaine. Son nom même le définit : liber, le libre, celui qui n’est soumis à personne. Dès l’origine, la triade de l’Aventin transpose le modèle grec Déméter–Dionysos–Corè ; l’assimilation de Liber à Dionysos/Bacchus s’accentue ensuite aux IIIe et IIe siècles av. J.-C. et lui apporte toute la mythologie grecque — Ménades, Satyres, thyrse, panthère — sans effacer son rôle proprement romain. Sur les deniers républicains, Liber apparaît surtout comme une tête juvénile couronnée de lierre, souvent associée à Cérès ou à Libera : un choix qui relève tantôt d’une tradition familiale (chez les Vibii, dont Liber était selon Crawford le dieu tutélaire), tantôt d’une référence au sanctuaire plébéien de l’Aventin (chez les Cassii). « Sive quod es Liber, vestis quoque libera per te sumitur et vitae liberioris iter. »« Ou bien parce que tu es Liber, c’est sous tes auspices que l’on prend la toge libre et que s’ouvre le chemin d’une vie plus libre. » — Ovide, Fastes, III, 777–778 — sur la remise de la toga virilis aux Liberalia (17 mars) ✦ Représentation remarquable R1 Dionysos/Liber avec Ménade, Satyre et Silène — Fresque de Pompéi Ier siècle ap. J.-C. · Museo Archeologico Nazionale di Napoli (inv. 9274) Dionysos/Liber avec Ménade, Satyre et Silène · Fresque de Pompéi · Ier s. ap. J.-C. · MAN Naples inv. 9274 · Wikimedia Commons Cette fresque pompéienne réunit le dieu et son cortège : une Ménade, un jeune Satyre et le vieux Silène musicien, son précepteur ; une panthère lape le vin versé par le dieu. C’est l’image du thiase dionysiaque, la troupe festive qui accompagne le dieu du vin. À l’époque où cette peinture décorait une maison de Pompéi, le Liber romain et le Dionysos grec étaient depuis longtemps confondus dans l’imagerie. Les monnaies républicaines, elles, retiennent surtout la tête du dieu et ses attributs (lierre, thyrse, panthère), et non les scènes de cortège. ✦ Liber Pater — Origines & triade plébéienne 01 La triade plébéienne Cérès · Liber · Libera Vœu de 496, dédicace du temple de l’Aventin en 493 av. J.-C. 🍇Vigne & vinLiber protège les vignobles et préside au vin nouveau ; Virgile l’invoque avec Cérès dès l’ouverture des Géorgiques. 🌿Thyrse & lierreBâton orné de lierre ou de pampres, surmonté d’une pomme de pin ; la couronne de lierre est son attribut constant sur les deniers. 🔓LibertéLiber = libre. Les Anciens eux-mêmes rapprochaient son nom de la liberté civique, comme le fait Ovide à propos des Liberalia. 🎭Toga virilisAux Liberalia (17 mars), les jeunes Romains revêtaient la toge d’adulte : Liber préside à l’entrée dans la vie civique. Selon Denys d’Halicarnasse, le temple de Cérès, Liber et Libera fut voué en 496 av. J.-C. par le dictateur A. Postumius lors de la guerre contre les Latins, puis dédié en 493 par le consul Sp. Cassius, au pied de l’Aventin, près du Cirque Maxime. Il devint le sanctuaire de la plèbe : ses édiles y avaient leur siège et, d’après Tite-Live, à partir de 449 av. J.-C., les sénatus-consultes y étaient déposés auprès d’eux, ce qui en garantissait la conservation face aux magistrats patriciens. Les historiens modernes opposent volontiers cette triade de l’Aventin à la triade capitoline (Jupiter, Junon, Minerve). 1323CA · RRC 386/1 · L. Cassius Longinus · 78 av. J.-C.Liber / Libera 1320VO · RRC 385/3 · M. Volteius · 78 av. J.-C.Liber / Cérès en bige de serpents Le denier de L. Cassius Longinus (RRC 386/1, 78 av. J.-C.) réunit à lui seul deux membres de la triade : Liber couronné de lierre, thyrse sur l’épaule, et Libera couronnée de pampres. Le type est généralement rapporté au temple dédié par Sp. Cassius, dont la gens Cassia revendiquait le souvenir. La même année, M. Volteius associe Liber à Cérès dans un bige de serpents (RRC 385/3) ; Mommsen rapprochait ce denier des Ludi Ceriales. 02 De Liber à Bacchus — L’assimilation au Dionysos grec Ve–Ier siècle av. J.-C. L’identification de Liber à Dionysos est ancienne : la triade de l’Aventin reproduit dès sa fondation le groupe grec Déméter–Dionysos–Corè, et l’influence des cités grecques d’Italie méridionale ne fait que la renforcer. Liber absorbe peu à peu les mythes de Dionysos — Ariane, le thiase des Ménades et des Satyres, les mystères initiatiques — tout en restant, à Rome, le dieu de la triade plébéienne et des Liberalia. Le Senatus Consultum de Bacchanalibus de 186 av. J.-C. marque le moment où Rome entend contrôler les associations bacchiques : leurs réunions sont soumises à l’autorisation du Sénat, sous peine de sanction capitale. Le culte public de Liber, lui, n’est pas touché ; ce sont les groupements privés d’initiés de Bacchus qui sont visés. Sur les deniers, Liber reste le plus souvent une tête juvénile imberbe couronnée de lierre (Titia, Volteia, Cassia, Vibia). Les attributs dionysiaques n’en sont pas absents pour autant : thyrse sur l’épaule chez L. Cassius, panthère, autel, thyrse et masque au revers du denier de C. Vibius Varus (RRC 494/36, 42 av. J.-C.). 1614VI · RRC 494/36 · C. Vibius Varus · 42 av. J.-C.Bacchus/Liber / Panthère, autel, masque et thyrse 1213TI · RRC 341/2 · Q. Titius · 90 av. J.-C.Liber / Pégase ✦ Représentation numismatique 🍇 Liber sur les deniers républicains — de la Guerre Sociale au triumvirat En 48 av. J.-C., au lendemain de la victoire de César sur Pompée, C. Vibius Pansa Caetronianus frappe le denier RRC 449/2 : Liber

Bacchus

Bacchus Dieu du vin et des bacchanales · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité du vin OrigineGrecque · Italique AttributsThyrse · Canthare · Lierre · Panthère Période90 – 42 av. J.-C. MonnaiesRRC 341/2 · 386/1 · 449/2 · 494/36 Bacchus est le dieu romain du vin, de l’ivresse et des débordements — notamment ceux des bacchanales, ses fêtes orgiaques. Il correspond à Dionysos dans la mythologie grecque, divinité beaucoup plus ancienne. Les Romains l’ont adopté, comme nombre d’autres divinités étrangères, en l’assimilant au vieux dieu italique Liber Pater. Le terme « Bacchus » n’est à l’origine qu’une épithète du dieu grec, translittérée du grec Βάκχος (Bákkhos) en alphabet latin. C’est également le dieu de la vigne, de la fête et du théâtre — on le considère comme le père de la tragédie. Parmi ses compagnons favoris figurent Priape, Silène et le cortège des Ménades. Il peut s’incarner en taureau, en bouc ou en serpent. Ses attributs principaux — le thyrse, le canthare, le lierre et la grappe — sont repris à l’identique de son homologue grec Dionysos. Le Caravage — Bacchus, v. 1596–1598 · Huile sur toile · Galerie des Offices, Florence · Domaine public · Wikimedia Commons « Liber, et Vénus si elle vient joyeuse, et les Grâces lentes à dénouer leur étreinte, et les lampes vives te prolongeront jusqu’à ce que Phébus, revenu, mette en fuite les étoiles. » — Horace, Odes, III, 21, 21–24 (à une amphore) ✦ Représentations artistiques R1Le Caravage — Bacchusv. 1596–1598 · Galerie des Offices, Florence Le Bacchus des Offices est l’une des œuvres les plus énigmatiques du Caravage (1571–1610). Redécouverte au début du XXe siècle dans les réserves du musée, cette toile représente un jeune homme couronné de pampres, drapé à l’antique, offrant au spectateur une coupe de vin d’un geste cordial — l’invitant littéralement à partager le festin. Sur la table, une corbeille de fruits en partie gâtés rappelle l’évanescence des plaisirs. La composition oscille entre scène naturaliste et allégorie : on y perçoit une réflexion sur le passage du temps et la fragilité des plaisirs sensuels. Le modèle tient la coupe de la main gauche, détail qui a conduit certains historiens à suggérer que le Caravage s’est peint à l’aide d’un miroir. L’examen scientifique de la toile a par ailleurs révélé, dans la carafe de vin du premier plan, le reflet minuscule d’un peintre à son ouvrage — signature discrète du maître lombard. R2Titien — Bacchus et Ariane1520–1523 · National Gallery, Londres National Gallery · Londres Commandée par Alphonse Ier d’Este pour son camerino d’alabastro à Ferrare, cette toile de Titien (v. 1488–1576) est l’une des plus grandes célébrations de Bacchus dans l’art de la Renaissance. Le dieu bondit de son char tiré par deux guépards pour rejoindre Ariane abandonnée sur l’île de Naxos — un instant de rencontre suspendu entre effroi et ravissement. Au-dessus de la tête d’Ariane brille la couronne d’étoiles, présent du dieu à son épouse. La gamme chromatique, d’une richesse exceptionnelle, témoigne du génie vénitien pour la couleur : le bleu lapis-lazuli du ciel, les rouges et ors des draperies, la carnation lumineuse d’Ariane. Le cortège bachique derrière Bacchus — Silène ivre sur son âne, les Ménades en transe, les satyres — déploie toute la violence joyeuse du thiase dionysiaque. R3Vélasquez — Le Triomphe de Bacchus (Los Borrachos)1628–1629 · Museo del Prado, Madrid Prado, Madrid · 1628–1629 Diego Vélasquez (1599–1660) offre une relecture radicalement terrestre du mythe : Bacchus trône au centre, couronné de feuillage, la peau plus pâle et plus lumineuse que ses compagnons — seul signe de sa divinité —, entouré non pas de nymphes ou de satyres, mais de buveurs espagnols au visage rougi, vêtus des habits ordinaires de leur temps. Ce traitement démythifié et populaire est caractéristique de Vélasquez : le dieu s’invite dans la vie quotidienne et couronne de lierre un de ses dévots agenouillé, avec une ironie bienveillante. Le tableau n’est pas une scène de genre, mais une œuvre mythologique qui descend de l’Olympe pour s’asseoir parmi les hommes. ✦ Attributs iconographiques 01Les emblèmes de BacchusMonnaies · Sculptures · Peintures L’iconographie de Bacchus est héritée quasi intégralement de Dionysos grec. Les attributs qui le caractérisent sont stables depuis l’époque archaïque, et plusieurs d’entre eux se retrouvent sur les deniers républicains. 🌿ThyrseBâton de férule enroulé de lierre et de vigne, surmonté d’une pomme de pin. Il apparaît sur l’épaule de Liber (RRC 386/1) et appuyé contre un autel (RRC 494/36). 🍇Grappe de raisinSymbole premier du maître de la vigne ; sur les monnaies, pampres et grappes se mêlent souvent à la couronne du dieu. 🏺CanthareGrande coupe à deux anses, vase à boire typiquement dionysiaque, tenu par le dieu sur les vases peints, les reliefs et les fresques. 🐆PanthèreAnimal favori de Bacchus, qui la chevauche parfois. Au revers du denier de C. Vibius Varus (RRC 494/36), elle bondit vers un autel. 🌱LierrePlante sacrée de Bacchus avec la vigne ; la tête de Liber en est couronnée sur les deniers de Cassius et de Vibius Varus. 🎭Masque théâtralBacchus est le père du théâtre. Le masque repose sur l’autel au revers du denier RRC 494/36 et orne nombre d’objets romains. Sur les monnaies républicaines, Bacchus apparaît toujours sous les traits de Liber : une tête juvénile et imberbe, couronnée de lierre ou de vigne. Le denier de Lucius Cassius Longinus (RRC 386/1) en offre l’une des figurations les plus nettes : tête de Liber à l’avers, le thyrse sur l’épaule, et au revers la tête de sa parèdre Libera. ✦ Représentations numismatiques républicaines ⚡ Bacchus / Liber Pater — une assimilation typiquement romaine RRC 449/2 · Vibia La particularité romaine est d’avoir fondu Bacchus avec Liber Pater, vieux dieu italique de la fertilité et de la vigne, honoré dès 493 av. J.-C. avec Cérès et Libera dans le temple de l’Aventin. Ce fonds proprement romain donne à Bacchus une profondeur que n’avait pas Dionysos : il est à la fois le dieu du vin venu de Grèce et la divinité terrienne de la

Minerve

Minerve Déesse de la Sagesse & de l’Artisanat · Mythologie romaine · Iconographie numismatique NatureDéesse de la triade capitoline DomaineSagesse · Métiers · Guerre FamilleFille de Jupiter (née de sa tête) ÉquivalentsAthéna · Menrva (étrusque) SourcesOvide · Virgile · Varron Minerve (Minerva en latin) est l’une des grandes divinités du panthéon romain, à la fois déesse de la sagesse, des métiers et de la guerre conduite avec intelligence. Les Anciens rapprochaient son nom de mens, l’esprit ; les linguistes le rattachent à l’étrusque Menrva, nom qui repose lui-même sur une racine indo-européenne liée à la pensée. Identifiée à l’Athéna grecque, dont elle reprend les mythes et les attributs, Minerve hérite aussi de Menrva, déesse honorée en Étrurie dès l’époque archaïque. Cette double filiation, grecque et italique, explique la place singulière qu’elle occupe à Rome : membre de la triade capitoline au sommet du culte officiel, elle est en même temps la patronne familière des artisans, des écoliers et de leurs maîtres. Dans la numismatique républicaine, Minerve est la divinité du triens de bronze, dont elle occupe l’avers pendant toute la période républicaine. Sur l’argent, elle apparaît plus ponctuellement : en quadrige au revers des deniers de C. Vibius Pansa et de C. Licinius Macer, en buste casqué sur ceux de L. Rubrius Dossenus et de C. Considius Paetus, debout tenant la Victoire sur celui de C. Vibius Varus. On la distinguera de Roma, la personnification casquée de la ville qui orne l’avers des premiers deniers et avec laquelle elle est souvent confondue. Mille dea est operum : certe dea carminis illa est ;si mereor, studiis adsit amica meis. « Elle est la déesse de mille ouvrages ; elle est assurément la déesse du chant : si j’en suis digne, qu’elle soit favorable à mes travaux. » — Ovide, Fastes, III, 833–834 · Ier s. ap. J.-C. ✦ Origine & identité 01Naissance de Minerve — jaillie de la tête de JupiterMythologie gréco-romaine · Hésiode, Théogonie La naissance de Minerve est l’une des plus singulières de la mythologie. Selon la tradition héritée d’Hésiode, Jupiter avait avalé son épouse Métis, la Prudence, après avoir appris qu’elle enfanterait un fils appelé à le détrôner. Saisi plus tard d’une violente douleur à la tête, le roi des dieux se fit fendre le crâne d’un coup de hache — par Vulcain dans la tradition latine, par Héphaïstos ou Prométhée chez les Grecs — et la déesse en jaillit tout armée, poussant un cri de guerre. Ce mythe dit l’essentiel de son caractère : née du seul père, directement de l’intellect du dieu suprême, elle est la pensée faite divinité. Sa naissance en armes ne célèbre pas la violence : elle signifie que chez elle la réflexion et la force vont ensemble, la guerre qu’elle protège étant toujours une guerre conduite avec méthode. À Rome, cette filiation directe lui vaut sa place dans la triade capitoline, aux côtés de Jupiter et de Junon, au sommet de la religion officielle. 02Menrva, Athéna, Minerve — convergences et singularitésInfluences étrusques et grecques · VIe–IIe s. av. J.-C. Minerve · Statue romaine d’époque impériale · Musée archéologique national de Naples · Domaine public L’identification de Minerve à l’Athéna grecque est complète : même naissance, mêmes attributs guerriers (casque, lance, bouclier, égide frappée du gorgoneion), même rôle de protectrice des cités et des héros, même patronage des travaux de la main — l’Athéna Erganè des Grecs veillait déjà sur les tisserandes et les artisans. Ce qui distingue la Minerve romaine tient moins à ses fonctions qu’à la place qu’elle occupe dans la cité. Elle est à la fois une déesse d’État, logée au Capitole, et une déesse de quartier : son temple de l’Aventin accueillait, selon Festus, le collège des scribes et des acteurs, constitué après l’hommage rendu au poète Livius Andronicus à la fin du IIIe siècle av. J.-C. L’apport étrusque est réel : Menrva est attestée en Étrurie dès le VIe siècle av. J.-C., notamment par les dédicaces du sanctuaire de Portonaccio à Véies et par de nombreux miroirs gravés. C’est par cette voie, autant que par la Grèce, que la déesse est entrée dans la religion romaine. ✦ Attributs iconographiques 03Les emblèmes de MinerveSculpture · Monnaies · Peinture Minerve est l’une des divinités romaines les plus aisément reconnaissables : une femme debout ou en buste, casquée, à l’attitude sereine, dotée d’un ensemble d’attributs stables hérités de la tradition grecque. ⛑️Casque à cimierAttribut le plus constant. Corinthien ou attique, surmonté d’une crête, il suffit à l’identifier sur les monnaies, où elle apparaît le plus souvent en simple buste. 🛡️Égide & gorgoneionPeau de chèvre portée en pèlerine ou en cuirasse, frangée de serpents et frappée de la tête de Méduse. Elle protège la déesse et terrifie ses ennemis. 🦉ChouetteOiseau d’Athéna repris par Minerve. Elle voit dans l’obscurité : image d’une intelligence qui perce ce que l’œil ordinaire ne discerne pas. 🌿OlivierArbre de la déesse, né de sa lance dans le mythe de la fondation d’Athènes. Il dit la paix, la nourriture et la prospérité que la sagesse apporte aux hommes. 🪡Fuseau & métierAttributs de la patronne du filage et du tissage, et plus largement de tous les métiers où l’intelligence guide la main. Sur les monnaies républicaines, Minerve est représentée de profil, coiffée du casque à cimier, souvent avec l’égide sur la poitrine. Sur les revers, elle conduit un quadrige ou se tient debout, la lance à la main. Ces éléments permettent une identification immédiate sur des flans de 18 à 20 mm. ✦ Rôles & fonctions 04La guerre réfléchie — stratégie contre fureurTradition romaine · Minerve et Mars Dans le panthéon romain, Minerve et Mars incarnent deux visages de la guerre. Mars est le dieu de l’élan guerrier, de la fureur et de la bravoure ; Minerve représente la guerre réfléchie : la tactique, la discipline et le calcul qui précèdent et accompagnent le combat. Cette dimension explique qu’elle reçoive sa part des dépouilles et des dédicaces de victoire. Pline l’Ancien rapporte ainsi que Pompée, au retour de ses

Vénus Cloacina

Vénus Cloacina La Purificatrice · Sanctuaire du Forum · Cloaca Maxima · Denier Mussidia · 42 av. J.-C. NatureDivinité · Épiclèse de Vénus Nomcluere · purifier SanctuaireForum · Basilique Æmilia AttributMyrte MonnaiesRRC 494/42 · 494/43 Cloacina est l’une des divinités les plus singulières du panthéon romain : la puissance tutélaire de la Cloaca Maxima, le grand collecteur qui draine le fond marécageux du Forum vers le Tibre. Son nom se rattache à cloaca, l’égout, et au vieux verbe latin cluere, « purifier » : Cloacina est d’abord la Purificatrice. Divinité locale, attachée au Forum depuis les origines légendaires de Rome, elle finit par être assimilée à Vénus et honorée sous le nom de Venus Cloacina. Son petit sanctuaire circulaire, le Cloacinae sacrum, se dressait sur le Forum devant la Basilique Æmilia, à l’endroit où la Cloaca Maxima traversait la place. Il n’est connu en image que par une seule émission monétaire : les deniers frappés en 42 av. J.-C. par Lucius Mussidius Longus, l’un des quattuorvirs monétaires de la première année du second triumvirat (RRC 494/42 et 494/43). Ces deniers sont l’un des rares documents qui permettent de restituer un monument du Forum républicain. « La tradition rapporte que les Romains et les Sabins, qui avaient voulu combattre à cause de l’enlèvement des jeunes filles, déposèrent leurs armes et se purifièrent avec des branches de myrte à l’endroit où se dressent aujourd’hui les statues de Vénus Cloacina — car cluere, en ancien latin, signifie purifier. » — Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XV, 119 · trad. LesDioscures ✦ Origines et légende R1Une déesse née de la Cloaca MaximaÉpoque royale · Tarquin · Titus Tatius Débouché de la Cloaca Maxima dans le Tibre · Rome · Wikimedia Commons La Cloaca Maxima est attribuée par la tradition aux rois étrusques de Rome : Tarquin l’Ancien entreprend de drainer les bas-fonds du Forum, Tarquin le Superbe fait achever le grand égout (Tite-Live, I, 38, 6 et I, 56, 2). D’abord canal à ciel ouvert, elle est progressivement voûtée et devient l’un des ouvrages les plus admirés de la Ville. C’est à ce collecteur — à l’eau qui assainit et emporte les souillures — qu’est attachée la divinité Cloacina. Lactance rapporte que le roi sabin Titus Tatius, collègue de Romulus, consacra une statue trouvée dans la Cloaca Maxima et lui donna le nom de la déesse de l’égout (Institutions divines, I, 20, 11). L’auteur chrétien en fait un objet de raillerie ; pour les Romains, en revanche, le culte remontait ainsi aux toutes premières années de la Ville et aux rois sabins. Voir la page Titus Tatius. R2Le myrte et la réconciliation des Romains et des SabinsPline l’Ancien, XV, 119 Le texte le plus important sur Cloacina se trouve chez Pline l’Ancien, dans son livre consacré aux arbres fruitiers, à propos du myrte. Après l’enlèvement des Sabines, Romains et Sabins, prêts à en venir aux mains, auraient déposé les armes et se seraient purifiés avec des rameaux de myrte à l’endroit précis où se dressaient, de son temps, les statues de Vénus Cloacina. Pline explique le nom par le verbe archaïque cluere, « purifier ». Le passage éclaire à la fois l’assimilation à Vénus — le myrte est l’arbre consacré à la déesse de l’amour — et le sens profond du culte : Cloacina n’est pas une simple « déesse de l’égout », mais la puissance qui lave la souillure, y compris celle du sang versé entre citoyens. Le lieu de son sanctuaire est celui où deux peuples ennemis renoncent à la guerre et fondent une communauté. ✦ Le Cloacinae sacrum ⚡ Un sanctuaire au cœur du Forum — trois témoignages antiques Plaute, au début du IIe siècle av. J.-C., cite déjà le « sanctuaire de Cloacina » comme un repère familier du Forum, dans la tirade où le chef de troupe du Curculio décrit les habitués de chaque coin de la place (acte IV, sc. 1, v. 471) : c’est la plus ancienne mention connue du culte. Tite-Live place auprès du sanctuaire de Cloacina, près des boutiques du Forum, le drame de Verginia en 449 av. J.-C. : pour soustraire sa fille au décemvir Appius Claudius, Verginius la tue d’un couteau de boucher saisi sur un étal (III, 48, 5). L’épisode provoque la chute des décemvirs. Pline l’Ancien (XV, 119) atteste enfin que les signa — les statues — de Vénus Cloacina étaient toujours visibles au Ier siècle ap. J.-C. 01Les vestiges devant la Basilique ÆmiliaFouilles de 1899–1901 Vestiges du sanctuaire de Vénus Cloacina · Forum romain · Wikimedia Commons Le sanctuaire se trouvait sur la Via Sacra, devant les Tabernae Novae puis devant la façade de la Basilique Æmilia, construite en 179 av. J.-C. et plusieurs fois reconstruite : l’édifice civil respecta l’emplacement du vieux lieu de culte. Les fouilles du Forum de 1899–1901, conduites sous la direction de Giacomo Boni, ont mis au jour une fondation circulaire en travertin et un fragment de bordure de marbre, d’environ 2,40 m de diamètre, que l’on identifie au Cloacinae sacrum. Cette forme ronde correspond exactement à ce que montrent les deniers de Mussidius Longus : une plateforme circulaire entourée d’une balustrade, et non un temple. Le lieu est aujourd’hui signalé sur le site du Forum, au bord de la Via Sacra, juste au-dessus du tracé de la Cloaca Maxima. ✦ Représentations numismatiques 02Denier Mussidia · Concordia / Cloacina · RRC 494/4242 av. J.-C. · L. Mussidius Longus 🏛 Sanctuaire de Vénus Cloacina RRC 494/42 · 1620MU · Concordia / Cloacina 🏛 Légendes & description AversCONCORDIATête voilée et diadémée de Concordia à droite. Variantes selon le symbole sous le menton : sans symbole (494/42a), étoile (494/42b), croissant (494/42c). ReversL · MVSSIDIVS · LONGVS · CLOACINSanctuaire de Vénus Cloacina : plateforme circulaire à balustrade, inscrite CLOACIN, portant deux statues de la déesse ; des marches à gauche. Légende circulaire du monétaire. Le choix de Concordia au droit n’est sans doute pas fortuit. En 42 av. J.-C., au lendemain des proscriptions, les triumvirs proclament leur entente ;

Mars

Mars Dieu de la guerre · Père de Romulus · Mars Pater · Mars Gradivus · Mars Ultor · Iconographie numismatique Équivalent grecArès FiliationFils de Junon (et de Jupiter) AttributsCasque · Lance · Bouclier · Loup · Pic MoisMars · Martius Monnaie principaleRRC 44/4 · Or de 20 as Parmi les dieux du panthéon romain, Mars occupe une place singulière : il n’est pas seulement le dieu de la guerre, il est le père de Rome. De son union avec la vestale Rhéa Silvia naquirent Romulus et Rémus — et c’est de ce sang divin que se réclame tout le peuple romain. Cette généalogie en fait bien plus qu’une divinité guerrière : il est le garant de l’identité romaine, le protecteur de ses armées et l’un des dieux tutélaires de l’État. Sa filiation varie selon les traditions : la mythologie grecque fait d’Arès le fils de Zeus et d’Héra, tandis qu’Ovide rapporte que Junon l’aurait conçu seule, grâce à une fleur offerte par Flora. Contrairement à Arès — souvent dépeint comme brutal et chaotique, peu aimé même des autres dieux — Mars est une figure honorable et complexe dans la religion romaine. Mars Gradivus (celui qui marche au combat), Mars Pater (le père), Mars Ultor (le vengeur) : ses épithètes révèlent un dieu à facettes, invoqué aussi bien pour la protection des champs que pour la victoire des armes. Il a donné son nom au premier mois de l’ancienne année romaine — Martius — qui ouvrait la saison des campagnes militaires et des travaux des champs. « Mars belliqueux, dépose un instant ton bouclier et ta lance, viens à moi, et dégage du casque ta chevelure brillante. » — Ovide, Fastes, III, 1–2 — invocation à Mars en ouverture du mois de mars (trad. LesDioscures) ✦ Représentations remarquables R1 Statue colossale de Mars dit « Pyrrhus » — Musées Capitolins Début du IIe s. ap. J.-C. · Musées Capitolins, Rome (inv. S 58) Mars dit « Pyrrhus » · Marbre · H. 3,60 m · Musées Capitolins (S 58) · Wikimedia Commons, CC BY-SA Cette statue colossale de marbre doit son surnom de « Pyrrhus » à une ancienne identification erronée avec le roi d’Épire, abandonnée au XVIIIe siècle. Découverte au XVIe siècle dans les ruines du Forum de Nerva, elle représente Mars barbu, en armes : haut casque corinthien, cuirasse anatomique ornée de deux griffons affrontés, triple rangée de lambrequins (pteryges) décorés de masques et de protomés animales. Datée par son style de la fin du règne de Trajan ou du début de celui d’Hadrien, elle est aujourd’hui généralement considérée comme une réplique de la statue de culte de Mars Ultor qui se dressait dans le temple du Forum d’Auguste (voir R2). Elle a été largement restaurée : seul le torse est assurément antique. Le type du Mars barbu et cuirassé est donc impérial ; il ne doit pas être confondu avec la tête casquée, le plus souvent juvénile, des monnaies républicaines. R2 Le Forum d’Auguste & le Temple de Mars Ultor Voué en 42 av. J.-C. à Philippes · Dédié en 2 av. J.-C. · Forum d’Auguste, Rome Scène de sacrifice devant le temple de Mars Ultor · Relief d’époque julio-claudienne · Wikimedia Commons Le temple de Mars Ultor — Mars le Vengeur — est le monument le plus éloquent du lien entre Mars et la politique romaine. Selon Suétone, Octavien le voua pendant la guerre de Philippes (42 av. J.-C.) menée pour venger le meurtre de César. Quarante ans plus tard, en 2 av. J.-C., le temple fut dédié au cœur du nouveau Forum d’Auguste. Le fronton, connu par ce relief, plaçait Mars au centre, flanqué de Vénus et de Fortuna, avec Romulus en augure, Roma et les personnifications du Palatin et du Tibre : la double ascendance divine des Julii (Vénus par Énée, Mars par Romulus) y était affichée aux yeux de tous. Le sanctuaire abritait les enseignes perdues par Crassus à Carrhes (53 av. J.-C.) et rendues par les Parthes en 20 av. J.-C. Le Sénat y délibérait des guerres et des triomphes, les magistrats en partaient pour leurs provinces, et les jeunes gens qui revêtaient la toga virilis venaient s’y présenter. ✦ Nature & culte 01 Mars — Guerre, agriculture et fondation de Rome Religion romaine archaïque 🐺 Le Loup Animal consacré à Mars, lié à la louve qui allaita Romulus et Rémus. Il incarne la force guerrière et la protection du territoire. 🪶 Le Pic (picus Martius) Oiseau augural de Mars. Selon la légende, il aida la louve à nourrir les jumeaux — Mars guerrier se fait aussi protecteur de sa descendance. 🌾 Mars agricole Invoqué dans le chant des Frères Arvales et par Caton pour la purification des champs (De agricultura, 141) : Mars protège aussi les récoltes et les troupeaux. 🛡️ Les Saliens Prêtres de Mars qui parcouraient Rome en armes en mars, dansant et chantant le Carmen Saliare ; l’Armilustrium (19 octobre) clôturait la saison guerrière. La distinction essentielle entre Mars et Arès réside dans la dignité sociale et politique du dieu romain. Là où Arès, dans l’Iliade, s’entend dire par Zeus qu’il est le plus odieux des dieux, Mars est au cœur de l’identité romaine — respecté, révéré, central. Son épithète Mars Pater le place dans le registre de la protection familiale et civique, non de la destruction aveugle. Ovide lui consacre l’ouverture du livre III des Fastes : premier mois de l’année ancienne, premier dieu invoqué au seuil des travaux qui commencent. ✦ Mars sur les monnaies républicaines ⚔️ Tête casquée de Mars — Des premiers didrachmes aux aurei des triumvirs La tête casquée de Mars est l’une des images les plus anciennes de la numismatique romaine. Elle figure déjà sur des didrachmes et des litrai d’argent du IIIe siècle av. J.-C. (RRC 25 et 27), puis sur la série d’or de la Seconde Guerre punique — pièces de 60, 40 et 20 as (RRC 44/2–4), Mars barbu au casque corinthien et aigle sur un foudre au