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Vesta

Vesta Déesse vierge du foyer sacré · Ignis Vestae · Feu éternel de Rome · Iconographie numismatique NatureDéesse vierge du foyer Équivalent grecHestia FiliationFille de Saturne & Ops AttributsFeu sacré · Voile · Âne FêteVestalia · 9 juin Vesta est la déesse romaine du foyer — foyer de chaque maison et foyer commun de la cité. Elle correspond à la grecque Hestia. Fille de Saturne et d’Ops, aînée de Jupiter, Neptune, Pluton, Junon et Cérès, elle est une déesse vierge : le mythe grec, repris à Rome, rapporte qu’elle repoussa Apollon et Neptune et fit vœu de virginité perpétuelle. À la différence de presque toutes les divinités romaines, Vesta n’avait pas de statue de culte dans son sanctuaire du Forum : le feu entretenu par les Vestales était sa présence même. Les monnaies républicaines la figurent pourtant sous les traits d’une tête féminine voilée — et, sur un denier célèbre, par son sanctuaire circulaire. Denier Cassia · Q. Cassius Longinus · RRC 428/1 · 55 av. J.-C. · → Fiche 1402CA « Ne te représente Vesta que comme une flamme vivante : jamais tu ne vois un corps naître de la flamme. » Nec tu aliud Vestam quam vivam intellege flammam, / nataque de flamma corpora nulla vides. — Ovide, Fastes, VI, 291–292 (trad. LesDioscures) ✦ Représentation remarquable R1La déesse sans statue — Iconographie singulière de VestaReligion romaine archaïque & républicaine Vesta constitue un cas à part dans le panthéon romain : son sanctuaire du Forum ne contenait aucune image de la déesse — Ovide le dit expressément (Fastes, VI, 295–298). Les représentations anthropomorphes, rares et tardives, montrent une matrone sévère, voilée, tenant une patère, une torche ou un sceptre, assise ou debout. Le type grec le plus connu est la Hestia Giustiniani, copie romaine d’un bronze de la première moitié du Ve siècle av. J.-C. Sur les monnaies républicaines, Vesta apparaît sous la forme d’une tête voilée, souvent accompagnée d’un vase de culte (culullus), et, sur le denier de Q. Cassius Longinus, par son sanctuaire rond. Ce plan circulaire n’était pas propre à Vesta — Rome connaissait d’autres temples ronds, comme celui d’Hercule Victor au Forum Boarium — mais c’était le plus ancien et le plus vénérable, et la tradition le rattachait aux huttes primitives du Latium ou à la forme de la Terre. Hestia Giustiniani · Copie romaine d’un original vers 470 av. J.-C. · Rome, collection Torlonia Temple de Vesta au Forum · Élévation restituée ✦ Nature & culte 01Vesta — Déesse du foyer domestique & publicReligion romaine archaïque Vesta protège à la fois le foyer domestique de chaque famille et le foyer public de l’État. Le feu entretenu par les Vestales au Forum est le foyer commun de tous les Romains : la cité y est pensée comme une grande maison. Cette dualité fait de Vesta la divinité la plus intime et la plus officielle à la fois. 🔥Feu sacréEntretenu sans interruption par les Vestales. Son extinction était un prodige funeste, expié par une purification et le châtiment de la Vestale responsable. 🏛️Sanctuaire rondÉdifice circulaire du Forum attribué à Numa. Ce n’était pas un templum inauguré mais une aedes. Plusieurs fois incendié et rebâti ; les vestiges actuels datent de la reconstruction sévérienne. 🤍VoileSur les monnaies et les reliefs, Vesta est toujours voilée — insigne de la matrone et de la chasteté, que partagent ses prêtresses. 🌾Mola salsaFarine d’épeautre salée préparée par les Vestales, répandue sur les victimes des sacrifices publics — d’où le verbe immolare. 🐴L’âneSelon Ovide, l’âne de Silène brailla au moment où Priape s’approchait de la déesse endormie, et la sauva de l’outrage. Il était fêté aux Vestalia. 🛡️PalladiumStatuette de Pallas que la tradition disait rapportée de Troie, gardée dans le sanctuaire parmi les pignora imperii, gages du pouvoir de Rome. La place de Vesta dans la prière romaine fait débat dès l’Antiquité. Pour Cicéron, toute prière et tout sacrifice se terminent par elle, parce qu’elle est la gardienne de ce qu’il y a de plus intime (De natura deorum, II, 67) — Janus étant invoqué le premier. Ovide affirme au contraire qu’on la nomme en tête des prières (Fastes, VI, 303–304). Dans les deux cas, Vesta encadre la parole religieuse : elle en est le seuil ou l’aboutissement, jamais un dieu parmi d’autres. ✦ Le sanctuaire de Vesta & les Vestales 🔥 L’aedes Vestae — Cœur sacré du Forum romain Vestiges du temple de Vesta · Forum romain · partiellement remontés en 1930 La tradition attribue le sanctuaire à Numa Pompilius, qui bâtit à côté la Regia et institua les Vestales. Le bâtiment n’était pas un templum au sens augural, mais une aedes (Aulu-Gelle, Nuits attiques, XIV, 7, 7). Une partie réservée, le penus Vestae, abritait les objets sacrés — le Palladium et les Pénates, que la légende disait apportés de Troie par Énée. Aucun homme ne pouvait y pénétrer, pas même le grand pontife. Le feu était solennellement renouvelé chaque 1er mars, début de l’ancienne année romaine (Ovide, Fastes, III, 143–144 ; Macrobe, Saturnales, I, 12, 6). L’édifice brûla plusieurs fois : en 241 av. J.-C., le pontife L. Caecilius Metellus sauva le Palladium des flammes et y perdit la vue ; il brûla encore en 14 av. J.-C., en 64 apr. J.-C. et en 191. Les vestiges visibles appartiennent à la reconstruction voulue par Julia Domna. 02Les Vestalia — Fête annuelle de Vesta9 juin · Calendrier sacré romain 🏛 Fête majeure du calendrier religieux romain Le jour des Vestalia est le 9 juin, mais toute la période du 7 au 15 juin lui est liée : le penus est ouvert, et les matrones peuvent venir pieds nus apporter leurs offrandes (Ovide, Fastes, VI, 395–397) — seul moment de l’année où le lieu s’ouvre aux femmes de la cité. Les meuniers et boulangers chôment ; les ânes, couronnés de pains, sont fêtés (Fastes, VI, 311). Le 15 juin, le sanctuaire est purifié et les balayures portées au Tibre. 🏛 Repères du calendrier sacré 1er marsIgnis Vestae renovaturRenouvellement solennel du feu

Clementia

Clementia La vertu qui humanise le pouvoir · Iconographie numismatique · République romaine NatureVertu divinisée · Allégorie OrigineRomaine AttributsPatère · Sceptre (types impériaux) PériodeIer s. av. J.-C. · Césarienne MonnaiesRRC 448/1a · RRC 480/21 Dans le panthéon des vertus romaines, si la Virtus forge le guerrier et la Pietas définit le citoyen, c’est la Clementia qui caractérise l’homme d’État. Plus qu’une simple pitié, la Clémence est une disposition d’esprit réfléchie — un équilibre entre la rigueur de la loi et l’humanité du chef. Abstraction morale élevée au rang de divinité, elle s’inscrit dans la longue tradition des vertus personnifiées qui peuplent l’iconographie de la fin de la République. Sénèque la distingue soigneusement de la misericordia, la pitié, qu’il range parmi les faiblesses de l’âme : la Clementia est une décision consciente, la capacité d’un supérieur à modérer la punition qu’il a le droit d’infliger. Sur les monnaies de l’Empire, où elle devient une figure courante, elle se présente debout, tenant le plus souvent une patère et un sceptre. Gerard de Lairesse — La Clémence de Papirius Cursor, 1688 · Salle Lairesse, Binnenhof, La Haye · Le dictateur renonce à faire exécuter son maître de cavalerie Fabius Rullianus (Tite-Live, VIII, 30-35) · Domaine public · Wikimedia Commons « La clémence est la modération de l’âme quand elle a le pouvoir de se venger. » Clementia est temperantia animi in potestate ulciscendi — Sénèque, De Clementia, II, 3, 1 ✦ La Clementia sur les monnaies républicaines ⚡ CLEMENTIAE CAESARIS — le seul type républicain à nommer la Clémence Le denier frappé par P. Sepullius Macer en 44 av. J.-C. (RRC 480/21) est le seul type de la République à inscrire le nom de la vertu : au droit, la légende CLEMENTIAE CAESARIS — « à la Clémence de César » — entoure un temple tétrastyle. Il s’agit du sanctuaire que le Sénat avait décrété au début de 44 en l’honneur de la Clémence de César (Appien, Guerres civiles, II, 106 ; Dion Cassius, XLIV, 6, 4). Le type marque un glissement : la Clementia, jusque-là vertu collective du peuple romain envers ses ennemis vaincus, devient la qualité personnelle d’un chef — un vocabulaire que reprendra le principat d’Auguste. 01 Denier Hostilia · Lucius Hostilius Saserna 48 av. J.-C. 🏛 Tête féminine couronnée de chêne · Pietas ou Clementia ? RRC 448/1a48 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Droit Anépigraphe Tête féminine à droite, ceinte d’une couronne de chêne et d’un diadème. L’identification reste débattue : les catalogues hésitent entre Pietas et Clementia. Revers L·HOSTILIVS — SASERNA Victoire marchant à droite, tenant un trophée gaulois sur l’épaule gauche et un caducée ailé de la main droite — allusion aux campagnes de César en Gaule. La variante RRC 448/1b porte la légende abrégée SASERN. Le denier de Lucius Hostilius Saserna (RRC 448/1a) est frappé en 48 av. J.-C., en pleine guerre civile entre César et Pompée. La couronne de chêne portée par la tête féminine évoque la corona civica, décernée à qui avait sauvé la vie d’un concitoyen : plusieurs numismates y ont vu une allégorie de la Clementia césarienne, au moment où César se distinguait en épargnant les Pompéiens plutôt qu’en les proscrivant. Cette identification n’est pas certaine — d’autres y lisent la Pietas —, et aucune légende ne vient trancher. Elle reste cohérente avec le programme de l’émission, entièrement tourné vers César : Victoire porteuse du trophée gaulois sur ce type, tête de Gaulois et char de guerre sur RRC 448/2, tête de la Gaule et Diane d’Éphèse sur RRC 448/3. 02 Denier Sepullia · P. Sepullius Macer · CLEMENTIAE CAESARIS 44 av. J.-C. 🏛 Temple de la Clémence de César · desultor RRC 480/2144 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Droit CLEMENTIAE CAESARIS Temple tétrastyle, un globe dans le fronton. Quelques coins portent la graphie CAESAREIS. Revers P·SEPVLLIVS — MACER Desultor — cavalier sautant d’un cheval à l’autre — galopant à droite, coiffé d’un bonnet conique, tenant les rênes et un fouet, un second cheval à ses côtés ; derrière, une couronne et une palme. Contrairement à la plupart des deniers de Sepullius Macer, ce type ne porte pas de portrait de César : le temple occupe seul le droit. Avec RRC 480/22 (tête voilée de Marc Antoine en deuil, même revers au desultor), il est généralement considéré comme frappé après les Ides de Mars, au printemps 44 av. J.-C. — la Clémence de César y devient un hommage posthume. Selon Dion Cassius, le sanctuaire devait abriter une statue de César se tenant la main avec la Clémence. Aucun vestige n’en a été retrouvé, et il n’est pas établi qu’il ait jamais été construit. Le desultor du revers renvoie aux jeux, peut-être ceux célébrés en l’honneur de César en 44. ✦ Attributs iconographiques 03 Les emblèmes de la Clementia Monnaies · Textes La personnification de la Clementia est plus tardive et moins fixée que celle des grandes divinités. Sous la République, elle n’apparaît que par allusion ou par son nom ; c’est sous l’Empire qu’elle reçoit une figure stable. 🏛️ Temple tétrastyle Sur le denier de Sepullius Macer, le sanctuaire décrété en 44 av. J.-C. tient lieu d’image de la vertu. 🤝 Mains jointes D’après Dion Cassius, la statue de culte prévue montrait César et la Clémence se tenant la main. 🌳 Couronne de chêne La corona civica du denier d’Hostilius Saserna, si l’on y reconnaît la Clementia — identification discutée. 🛡️ Bouclier des vertus Le clupeus virtutis offert à Auguste en 27 av. J.-C. associe la Clémence à la Virtus, la Iustitia et la Pietas. ⚱️ Patère et sceptre Attributs habituels de la Clementia debout sur les monnaies impériales : le geste religieux et l’autorité légitime. ✦ De César à Sénèque 04 La Clementia Caesaris — une arme politique 49 – 44 av. J.-C. C’est avec Jules César que la Clementia devient un programme politique. Dès 49 av. J.-C., après la reddition de Corfinium, il relâche les Pompéiens capturés et écrit à ses partisans vouloir inaugurer une « nouvelle

Aurore

Aurore Déesse de l’aube · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité cosmique Équivalent grecÉos AttributsAiles · Chevaux du Soleil · Doigts de rose Période47 av. J.-C. Monnaies1 type républicain · RRC 453/1 Aurore (Aurōra) est, dans la mythologie romaine, la déesse de l’aube, personnification du lever du jour. Équivalente de la grecque Éos, elle est fille des Titans Hypérion et Théia, et sœur de Sol (le Soleil) et de Luna (la Lune). Chaque matin, elle ouvre les portes du ciel et précède la course de son frère. Son nom appartient à une famille de mots indo-européens bien attestée : le latin Aurōra, le grec Ēṓs et le sanskrit Uṣás remontent à une même forme reconstruite *h₂éwsōs, « l’aube ». La déesse védique Ushas et la lituanienne Aušrinė sont ainsi ses lointaines parentes. Le Guerchin — Aurore sur son char, 1621 · Casino Ludovisi, Rome · Domaine public · Wikimedia Commons « Quand, née de grand matin, parut Aurore aux doigts de rose… » — Homère, Odyssée, II, 1 ✦ Représentations artistiques 01Éos enlevant Céphale · Loutrophore apulienv. 330 av. J.-C. · Antikensammlung, Kiel Kiel B 787 · Photo M. Cyron Éos poursuivant ou ravissant un jeune mortel — Céphale ou Tithon — est l’un des sujets favoris des peintres de vases grecs, dès la céramique attique à figures rouges du Ve siècle av. J.-C. La scène reproduite ici provient d’un grand loutrophore apulien attribué au Peintre des Enfers, vers 330 av. J.-C. : la déesse, ailée, s’élance vers le chasseur pour l’emporter. Le loutrophore, vase associé au bain nuptial et déposé sur la tombe des jeunes gens morts avant le mariage, se prête particulièrement à ce thème : l’enlèvement par une divinité y devient une image consolante de la mort prématurée. 02Guido Reni — L’Aurore1614 · Casino dell’Aurora, Rome Guido Reni — L’Aurore, fresque, 1614 · Casino dell’Aurora, Palazzo Pallavicini-Rospigliosi, Rome · Domaine public · Wikimedia Commons Peinte pour le cardinal Scipione Borghese au plafond du pavillon de son palais du Quirinal, cette fresque d’environ 2,8 × 7 m est considérée comme le chef-d’œuvre de Guido Reni (1575–1642). Aurore, en robe safranée, vole en tête du cortège en répandant des fleurs ; derrière elle, Apollon conduit le quadrige solaire, entouré de la ronde des Heures, tandis qu’un putto portant une torche — Phosphoros, l’étoile du matin — survole les chevaux. Inscrite dans un cadre peint (quadro riportato), la composition s’inspire des frises en relief des sarcophages antiques : un cortège processionnel lu de gauche à droite, à la manière d’un triomphe. Gravée et copiée à l’infini, elle a durablement fixé l’image moderne de la déesse. 03Pierre-Narcisse Guérin — L’Aurore et Céphale1810 · Musée du Louvre, Paris Louvre · RF 513 Exposée aux Salons de 1810 et 1814, cette grande toile verticale de Pierre-Narcisse Guérin (1774–1833) illustre l’amour d’Aurore pour le chasseur athénien Céphale, époux de Procris, dont Ovide fait le récit au livre VII des Métamorphoses. Guérin choisit l’instant du réveil plutôt que celui de l’enlèvement : Céphale dort, nu, sur un nuage ; debout derrière lui, Aurore lève les bras pour écarter le voile de la nuit et répand des fleurs sur l’aimé, tandis qu’un petit Amour s’emploie à tirer le jeune homme de son sommeil. Le dessin épuré et la lumière froide sont caractéristiques du néoclassicisme tardif. L’œuvre, passée par la collection Sommariva, est entrée au Louvre par legs en 1888. 04Jean-Honoré Fragonard — Aurore triomphant de la Nuitv. 1755–1756 · Museum of Fine Arts, Boston MFA Boston · 2013.62 Œuvre de jeunesse de Jean-Honoré Fragonard (1732–1806), cette toile aborde le thème dans un registre rococo très éloigné de la solennité de Reni. Aurore y prend au pied de la lettre l’épithète homérique de « doigts de rose » : du haut du ciel, elle répand des pétales sur la Nuit endormie sous son voile sombre. Le format horizontal et la vue en contre-plongée indiquent que la toile servait à l’origine de dessus-de-porte, sans doute dans un hôtel particulier parisien ; son bord chantourné, encore visible, épousait les boiseries avant que le tableau ne soit mis au rectangle au XIXe siècle. ✦ Attributs iconographiques 05Les emblèmes d’AuroreMonnaies · Vases · Fresques Aurore se reconnaît à un petit nombre d’attributs, hérités pour l’essentiel de l’Éos grecque et repris par les poètes latins. 🐎Char et chevauxL’Odyssée (XXIII, 246) nomme ses deux coursiers, Lampos et Phaéthon. À Rome, elle peut aussi mener les chevaux du Soleil. 🪶AilesAttribut d’Éos dans la céramique grecque, conservé sur le denier de Plautius Plancus — ce qui la rapproche visuellement de Victoire. 🌹Doigts de roseÉpithète homérique (ῥοδοδάκτυλος) évoquant les teintes de l’horizon à l’aube. 🟧Voile safranHomère la dit « au voile de safran » (κροκόπεπλος) ; les poètes latins lui prêtent un char ou un manteau couleur de safran. 🔆TorcheLumière naissante qu’elle apporte au monde ; l’attribut est souvent confié, à l’époque moderne, à Phosphoros qui l’accompagne. Sur le denier de Lucius Plautius Plancus (RRC 453/1, 47 av. J.-C.), Aurore est figurée ailée, en vol vers la droite, la tête retournée, menant les quatre chevaux cabrés du Soleil — une composition dynamique, très différente des types statiques habituels du monnayage républicain. ✦ Représentation numismatique républicaine ⚡ Le seul type républicain d’Aurore RRC 453/1 · Plautia Le denier frappé par Lucius Plautius Plancus en 47 av. J.-C. est le seul type de la République sur lequel les catalogues reconnaissent Aurore. Le revers montre la déesse ailée, en vol, conduisant les quatre chevaux du Soleil ; sur certains exemplaires, elle tient aussi une palme. L’identification n’est d’ailleurs pas unanime : plusieurs catalogues décrivent la figure comme une Victoire. Pline l’Ancien (Histoire naturelle, XXXV, 108) mentionne en effet une peinture de Nicomaque de Thèbes montrant une Victoire enlevant un quadrige dans les airs, placée au Capitole par « Plancus imperator » — généralement identifié à L. Munatius Plancus, frère du monétaire. Le revers pourrait reproduire ce tableau. 06Denier Plautia · Lucius Plautius Plancus47 av. J.-C. · Rome 🏛 Aurore en vol · quadrige des chevaux du Soleil 🏛

Fides

Fides Divinité romaine de la bonne foi & de la loyauté · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité · Vertu personnifiée OrigineRomaine · Culte attribué à Numa AttributsMain droite · Épis · Patère CulteCapitole · 1er octobre MonnaiesRRC 454/1 · 454/2 Fides — dont le nom latin signifie « foi », « confiance » ou « fidélité » — est l’une des divinités les plus anciennes et les plus fondamentales de la religion romaine. Elle incarne la bonne foi dans les engagements, qu’ils soient moraux, juridiques, religieux ou politiques : la parole donnée, le serment tenu, le traité respecté. Dans une civilisation où les relations humaines reposaient sur la confiance mutuelle autant que sur la loi écrite, Fides occupait une place de premier rang. La tradition attribue l’institution de son culte au roi Numa Pompilius, deuxième roi légendaire de Rome. Son temple (aedes Fidei) se dressait sur le Capitole, tout près de celui de Jupiter : il fut consacré au IIIe siècle av. J.-C. par A. Atilius Calatinus, puis restauré par M. Aemilius Scaurus à la fin du IIe siècle. Sous le nom de Fides Publica, elle garantissait la parole de l’État romain lui-même, à côté de la fides qui liait les particuliers entre eux. « …la tête de la déesse de la Bonne Foi, à qui Numa fit, le premier, bâtir un temple. » — Ernest Babelon, Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Licinia ✦ Représentations remarquables R1 Giotto di Bondone — Fides, Chapelle des Scrovegni v. 1305–1306 · Fresque en grisaille · Padoue Giotto · Fides · Fresque, 120 × 55 cm · Reproduction · Domaine public La même figure in situ, avec son cadre de faux marbre · Photographie 2016 · Wikimedia Commons Giotto di Bondone peint Fides dans la série des sept Vertus qui occupe le registre inférieur de la Chapelle des Scrovegni à Padoue, face aux sept Vices du mur opposé — Fides y répond à Infidelitas. Comme toutes les figures de ce cycle, elle est peinte en grisaille, c’est-à-dire en camaïeu de gris imitant une statue de pierre placée dans une niche, au milieu d’un encadrement de faux marbres colorés. Elle tient une croix et un rouleau écrit. Le passage de la Fides romaine — vertu civique et juridique — à la Foi chrétienne — vertu théologale — illustre la continuité du vocabulaire entre l’Antiquité et le Moyen Âge. Giotto hérite du même mot latin et d’une figure féminine drapée, mais en déplace le sens du domaine des traités et des serments vers celui de la relation à Dieu. La photographie de 2016, prise dans la chapelle, permet de restituer la figure dans son contexte : un trompe-l’œil sculptural sobre, qui contraste avec la polychromie des scènes narratives des registres supérieurs. ✦ Culte, rituels & attributs 01 Les attributs de Fides & ses rituels capitolins Royauté · République · Empire Les poètes se représentaient Fides voilée d’un linge blanc — Horace l’évoque « rare, voilée d’un drap blanc » (Odes, I, 35). Sur les monnaies, elle apparaît d’abord sous la forme d’une simple tête laurée (deniers de 47 av. J.-C.), puis, à l’époque impériale, en pied avec des attributs codifiés. 🤝Main droite · dexteraSiège symbolique de la bonne foi : selon Tite-Live, Fides avait « sa demeure consacrée jusque dans les mains droites ». Les mains jointes (dextrarum iunctio) en deviennent l’emblème. 🌾Épis & corbeille de fruitsSur les monnaies impériales, la confiance publique est associée à la prospérité qu’elle rend possible. 🏺Patère · Corne d’abondanceAttributs de Fides Publica sur les monnaies impériales, déjà signalés par Babelon. 🏳️Voile blancCouleur de la pureté de l’engagement, rappelée par le linge qui enveloppait la main droite des officiants. Le rituel le plus frappant du culte de Fides est décrit par Tite-Live (I, 21) : les flamines se rendaient à son sanctuaire dans un char à deux chevaux couvert d’une voûte, et sacrifiaient la main droite enveloppée jusqu’aux doigts, pour signifier que la foi doit être protégée et qu’elle a son siège dans la main droite. Sa fête était célébrée aux calendes d’octobre (1er octobre). 02 Fides Publica & fides privée — Une vertu à double face République et Empire Les Romains distinguaient deux dimensions de Fides. La Fides Publica (Fides publica populi Romani) régissait les affaires de l’État : elle était tenue pour la gardienne des traités et des actes publics, que l’on conservait dans son temple, où le Sénat se réunit aussi à plusieurs reprises. Invoquer Fides Publica, c’était engager non seulement sa propre parole mais celle de Rome entière. La fides privée gouvernait les relations individuelles : l’amitié (amicitia), le lien entre patron et client, les obligations familiales, les contrats. Le droit romain en fit une notion technique — la bona fides, critère de jugement de nombreux contrats. Cicéron, dans le De Officiis (I, 23), en fait le fondement même de la justice : fundamentum autem est iustitiae fides — « le fondement de la justice, c’est la bonne foi », c’est-à-dire la constance et la vérité des paroles données et des conventions. ✦ Représentation numismatique ⚡ Fides sur les deniers de 47 av. J.-C. Ces deniers sont frappés à Rome en 47 av. J.-C., au lendemain de Pharsale, alors que César domine la République. Choisir Fides pour l’avers dans un tel contexte de guerre civile, où la loyauté était une question de survie politique, paraît lourd de sens. Il faut cependant rester prudent : Babelon reconnaissait déjà ignorer « les motifs » qui avaient poussé le monétaire à représenter la déesse, et le sens exact de ses types reste discuté. 03 Deniers Licinia · A. Licinius Nerva · Fides / Cavalier 47 av. J.-C. · Rome 🤝 Tête de Fides laurée à droite RRC 454/1 · Denier · British Museum 🏛 RRC 454/1 · Légendes & description Avers NERVA / FIDES Tête de Fides laurée à droite. Revers A · LICINI / III – VIR Cavalier galopant à droite, tirant par les cheveux un guerrier nu armé d’un bouclier et

Enée

Énée Aeneas · Héros troyen, ancêtre de Rome · Iconographie numismatique · République romaine NatureHéros mythologique OrigineTroyenne · Fils de Vénus et d’Anchise VertuPietas GensJulia · Ancêtre par Iule MonnaiesRRC 458/1 · RRC 494/3 Énée (Aeneas en latin) est le héros troyen par excellence de la mythologie romaine — fils du mortel Anchise et de la déesse Vénus, issu de la branche cadette de la maison royale de Troie, survivant de la chute de la ville et fondateur mythique de la lignée dont descendra Rome. Son périple, chanté par Virgile dans l’Énéide (composée entre 29 et 19 av. J.-C.), en fait l’archétype du héros romain : non pas l’homme de la gloire individuelle comme Achille, mais l’homme du devoir collectif, qui place la pietas — loyauté envers les dieux, sa famille et son peuple — au-dessus de ses désirs personnels. Dans la numismatique de la fin de la République, Énée est une figure de légitimation dynastique. La gens Julia — la famille de Jules César et d’Auguste — revendique une ascendance directe par la lignée Vénus → Énée → Ascagne / Iule → Albe la Longue → gens Julia. Faire frapper Énée sur une monnaie, c’est inscrire la famille émettrice dans une filiation qui remonte à Vénus elle-même. Énée portant Anchise · Œnochoé attique à figures noires (Peintre du Louvre F 118) · Vers 520–510 av. J.-C. · Musée du Louvre · Domaine public Arma virumque cano, Troiae qui primus ab oris / Italiam, fato profugus, Laviniaque venit / litora… « Je chante les armes et le héros qui, le premier, chassé par le destin des rivages de Troie, vint en Italie, aux bords de Lavinium… » — Virgile, Énéide, I, 1–3 (trad. libre) ✦ Représentations artistiques 00Énée dans l’art — de la céramique grecque au baroque romainVIe siècle av. J.-C. – XVIIe siècle La scène d’Énée portant son père Anchise sur les épaules, souvent accompagné du jeune Ascagne, est l’une des images les plus durablement gravées dans l’imaginaire occidental. Présente dès la céramique attique du VIe siècle av. J.-C. — comme l’œnochoé du Louvre ou la coupe de Nicosthénès —, elle traverse toute l’Antiquité et connaît une seconde vie à la Renaissance et à l’époque baroque, où elle devient le symbole par excellence de la pietas filiale. Énée portant Anchise · Coupe attique à figures noires, Nicosthénès potier · Vers 530–520 av. J.-C. · Musée du Louvre (F 122) Federico Barocci — La fuite d’Énée de Troie, 1598 · Huile sur toile · Galleria Borghese, Rome · Domaine public La toile de Federico Barocci, datée 1598, est la seule grande scène d’histoire profane d’un peintre presque exclusivement voué aux sujets religieux. C’est la seconde version d’une composition peinte une dizaine d’années plus tôt pour l’empereur Rodolphe II, aujourd’hui perdue ; le cardinal Giuliano della Rovere l’offrit au cardinal Scipione Borghese, dans les collections duquel elle entra avant 1613. Énée y porte Anchise et guide Ascagne, suivi de Créuse, tandis que Troie brûle derrière eux. C’est ce tableau qui aurait incité Scipione Borghese à commander au jeune Bernini un groupe de marbre sur le même sujet. Gian Lorenzo Bernini — Énée, Anchise et Ascagne, 1618–1619 · Marbre, H. 220 cm · Galleria Borghese, Rome · Wikimedia Commons Œuvre de jeunesse — Bernini a tout juste vingt ans —, ce groupe est le premier grand marbre exécuté pour Scipione Borghese ; une quittance de paiement de 1619 a mis fin au long débat qui l’attribuait à son père Pietro, dont l’influence reste sensible. Anchise tient les Pénates, Ascagne le feu sacré du foyer. Les trois figures incarnent les trois âges de l’homme : la chair ferme d’Énée, la peau relâchée du vieillard, la rondeur enfantine d’Ascagne. La composition ascendante, de l’enfant à la tête du vieillard, traduit la transmission entre générations. ✦ Le voyage d’Énée — étapes fondatrices 01De Troie en flammes au Latium — l’odyssée d’ÉnéeAprès la chute de Troie · époque mythique Après la chute de Troie, Énée fuit la cité en flammes en portant son père Anchise sur les épaules — acte emblématique de la pietas filiale — et en tenant son fils Ascagne (ou Iule) par la main ; Anchise emporte les Pénates, divinités protectrices de Troie. Son errance à travers la Méditerranée est sans cesse contrariée par la haine de Junon, qui déchaîne tempêtes et obstacles sur son chemin. L’escale à Carthage constitue le cœur émotionnel du récit : Vénus fait naître l’amour de la reine Didon pour Énée. Mais Jupiter envoie Mercure rappeler le héros à son destin. Énée part ; Didon se donne la mort en maudissant sa descendance — malédiction qui préfigure, dans le poème, l’hostilité entre Rome et Carthage. La descente aux Enfers (catabase), au livre VI, est le moment de révélation : guidé par la Sibylle de Cumes, Énée retrouve l’ombre d’Anchise aux Champs Élysées. Son père lui montre le cortège des âmes à naître — Romulus, César, Auguste —, confirmant qu’Énée n’est pas un errant solitaire mais l’instrument d’un destin voulu par les dieux. 02La pietas d’Énée — un idéal romainValeurs de la République et de l’Empire Virgile confère à Énée l’épithète récurrente de pius — pieux — qui résume l’ensemble de ses qualités : loyauté envers les dieux, les ancêtres et la communauté. Contrairement aux héros grecs animés par la quête de la gloire personnelle (kleos), Énée accepte les épreuves et renonce à ses désirs pour accomplir un but qui le dépasse. Cette pietas se lit concrètement dans l’iconographie : Énée portant Anchise est l’image la plus frappante de la dévotion filiale dans l’Antiquité. On la trouve sur des céramiques grecques dès le VIe siècle, puis sur des monnaies, des lampes à huile, des reliefs et des statuettes d’époque romaine. Le monnayage républicain connaît un motif parent : le denier de M. Herennius (RRC 308/1, 108–107 av. J.-C.) associe la tête de Pietas à l’un des frères de Catane portant son père — un autre exemplum de piété filiale. Son image sur les monnaies de la gens Julia

Méduse

Méduse Gorgone · Mythologie grecque · Iconographie numismatique romaine NatureGorgone mortelle ParentsPhorcys & Céto SœursSthéno · Euryale Héros liéPersée SourcesHésiode · Ovide Méduse est l’une des figures les plus puissantes et les plus ambivalentes de la mythologie grecque. Seule mortelle parmi les trois Gorgones — ses sœurs Sthéno et Euryale sont immortelles —, elle est fille des divinités marines archaïques Phorcys et Céto, ce qui la rattache aux puissances primitives antérieures à l’ordre olympien. Son mythe a connu deux grandes traditions : chez Hésiode, elle appartient d’emblée à la race des Gorgones ; chez Ovide, elle est une jeune femme d’une rare beauté, outragée par Neptune (Poséidon) dans le temple de Minerve (Athéna), puis punie par la déesse, qui change sa chevelure en serpents. Cette seconde version, chargée d’injustice et de pathos, est celle qui a le plus durablement marqué l’art et la littérature occidentaux. Dans la numismatique romaine, la tête de Méduse — le gorgoneion — apparaît comme type principal sur quelques deniers républicains, puis comme ornement de l’égide de Minerve ou de la cuirasse impériale. Elle y garde sa valeur apotropaïque : sa terreur même protège celui qui la porte. « Elle fut d’une éclatante beauté, et l’espoir jaloux de nombreux prétendants ; et dans toute sa personne, rien n’attirait plus les regards que sa chevelure. » — Ovide, Métamorphoses, IV, 794–797 ✦ Origines & transformation 01 La Gorgone archaïque — la version d’Hésiode Hésiode · VIIIe–VIIe s. av. J.-C. Dans la Théogonie (v. 270–283), Hésiode range les Gorgones parmi la descendance de Phorcys et de Céto. Elles habitent au-delà du fleuve Océan, aux confins du monde, du côté de la nuit, là où vivent aussi les Hespérides. Méduse y est seule mortelle ; le poète rapporte que Poséidon s’unit à elle « dans une molle prairie, parmi les fleurs du printemps », et que de son cou tranché par Persée naissent Chrysaor et Pégase. Hésiode ne décrit ni ses traits ni son regard : le pouvoir pétrifiant n’est explicitement attesté que plus tard, notamment chez Pindare (Pythiques X et XII). C’est l’art archaïque, avec ses masques grimaçants aux crocs saillants et à la langue tirée, qui fixe l’image d’une Gorgone monstrueuse. Elle incarne alors la terreur primordiale — le deinos grec — que l’on ne peut affronter que de biais, par le reflet ou la ruse. 02 La beauté punie — la version d’Ovide Ovide · Métamorphoses · début du Ier s. ap. J.-C. Tête de Méduse · Frise du temple d’Apollon à Didymes (Turquie) · Marbre · Époque impériale romaine (IIe s. ap. J.-C.) C’est Ovide, au livre IV des Métamorphoses (v. 794–803), qui donne la version la plus dramatique : Persée y raconte que Méduse était une jeune femme d’une beauté incomparable, célèbre entre toutes pour l’éclat de sa chevelure, et que le maître des mers l’outragea dans le temple de Minerve. La déesse, offensée par la profanation de son sanctuaire, détourne son visage derrière son égide et retourne sa colère non contre le dieu coupable — intouchable —, mais contre la victime : pour que le crime ne reste pas impuni, elle change les cheveux de Méduse en serpents. Le regard pétrifiant de la Gorgone, à l’œuvre dans tout le récit de Persée, devient ainsi la marque d’un châtiment. Cette version soulève des questions morales qui n’ont cessé de troubler les lecteurs. Elle fait de Méduse une figure doublement victime : de la violence d’un dieu, puis de la punition d’une déesse. Les lectures modernes, notamment féministes, y ont vu le paradigme de la femme condamnée pour le crime d’un autre. ✦ Le mythe de Persée 03 Le défi impossible — la mission de Persée Apollodore · Ovide · tradition classique Le roi de Sériphos Polydectès, épris de Danaé et désireux d’écarter son fils Persée, obtient de celui-ci la promesse de rapporter la tête de la Gorgone. La mission est conçue pour être mortelle. Persée bénéficie pourtant du soutien des dieux, dont le détail varie selon les sources. Dans la version la plus complète, celle d’Apollodore (Bibliothèque, II, 4, 2), Hermès et Athéna le guident ; il contraint les Grées, qui n’ont à elles trois qu’un œil et une dent, à lui révéler le chemin des Nymphes ; celles-ci lui confient des sandales ailées, la besace appelée kibisis et le casque d’Hadès qui rend invisible ; Hermès lui donne une serpe d’acier, la harpè. Le bouclier de bronze dans lequel il observe le reflet de Méduse pour ne pas croiser son regard apparaît chez Apollodore comme chez Ovide. 04 La décapitation et la naissance de Pégase Hésiode · Apollodore · Ovide Parvenu auprès des Gorgones endormies, Persée s’approche de Méduse en ne regardant que son reflet dans le bouclier, la main guidée par Athéna, et la décapite. Il glisse la tête dans la kibisis et s’enfuit, invisible grâce au casque d’Hadès, tandis que Sthéno et Euryale, réveillées, le poursuivent en vain. Du cou tranché jaillissent les deux enfants qu’elle avait conçus de Poséidon : Pégase, le cheval ailé, plus tard associé à la source Hippocrène et aux Muses, et Chrysaor, « à l’épée d’or », père du géant Géryon. Cette naissance paradoxale — la vie surgissant de la mort — est l’un des motifs les plus frappants du mythe. La tête conserve son pouvoir après la mort. Chez Ovide, Persée pétrifie le Titan Atlas, puis, aux noces d’Andromède — qu’il a délivrée du monstre marin à coups d’épée —, Phinée et ses partisans ; de retour à Sériphos, il change Polydectès en pierre. Il offre enfin la tête à Athéna, qui la fixe sur son égide. ✦ Représentations remarquables R1 La Méduse Rondanini Copie romaine · original grec discuté Méduse Rondanini · Marbre · Copie romaine · Glyptothèque de Munich (inv. 252) La Méduse Rondanini, du nom du palais romain où elle se trouvait, est conservée à la Glyptothèque de Munich. C’est une copie romaine ; la datation de son modèle grec est discutée — certains la rattachent au gorgoneion du bouclier de

Cupidon

Cupidon Éros · Dieu de l’Amour · Iconographie numismatique · République romaine NatureDieu · Fils de Vénus Équivalent grecÉros AttributsArc · Flèches · Ailes · Torche FiliationVénus & Mars Sur les monnaies129 – 42 av. J.-C. · Julia, Memmia, Cornelia, Egnatia, Cordia… Cupidon — du latin cupido, « désir » — est la divinité romaine de l’amour, directement héritée d’Éros dans la mythologie grecque. Fils de Vénus et, selon la tradition la plus courante, de Mars, il incarne l’union paradoxale de l’amour et de la guerre : une force à la fois tendre et irrésistible, douce et destructrice. Cette filiation en fait un personnage d’une complexité souvent sous-estimée, loin du simple chérubin de la Saint-Valentin. Dans l’art romain, il est représenté sous deux formes selon les périodes et les contextes : enfant ailé et joufflu, tenant arc et flèches, ou adolescent d’une beauté troublante. Ses deux types de flèches résument sa double nature — les flèches d’or qui enflamment l’amour, les flèches de plomb qui le font fuir. Sur les monnaies républicaines, Cupidon apparaît le plus souvent en compagnie de sa mère Vénus, au service de la propagande des grandes gentes qui revendiquaient une ascendance divine — au premier rang desquelles la gens Julia, descendante d’Énée et, par lui, de Vénus — puis de Sylla et de César, qui font de la déesse et de son fils les garants de leur fortune. Omnia vincit Amor, et nos cedamus Amori. « L’Amour triomphe de tout ; cédons, nous aussi, à l’Amour. » — Virgile, Bucoliques, X, 69 ✦ Origines & Identité 01D’Éros à Cupidon · La romanisation du désirHésiode → Ier s. av. J.-C. Chez Hésiode (Théogonie, v. 120–122), Éros est une puissance cosmique primordiale, apparue aux origines du monde aux côtés de Gaïa et du Tartare — force motrice de toute génération. Cette dimension cosmogonique s’efface dans la tradition hellénistique, où Éros devient un personnage espiègle et anthropomorphe, fils d’Aphrodite, doté d’une psychologie presque enfantine. La romanisation du mythe accentue ce glissement : Cupido (ou Amor) est une personnification directe du désir, sans la profondeur cosmogonique grecque. En revanche, il gagne en polyvalence : les magistrats monétaires l’emploient pour exprimer des affiliations familiales, des revendications de faveur divine ou de simples jeux iconographiques. 02Antéros · Le frère oubliéMythologie grecque & romaine Cupidon a un frère dans certaines versions du mythe : Antéros, dieu de l’amour réciproque — ou, selon d’autres interprétations, vengeur de l’amour dédaigné. Là où Cupidon déclenche la passion, Antéros en garantit la réciprocité. Les deux frères étaient parfois figurés en rivaux : Pausanias (VI, 23, 5) décrit, dans le gymnase d’Élis, un relief montrant Éros et Antéros se disputant une palme — une lutte amoureuse qui illustre la tension entre désir unilatéral et amour partagé. ✦ Grands mythes 03Cupidon & Psyché · L’âme cherchant l’amour divinApulée, Métamorphoses · IIe s. apr. J.-C. Le mythe de Cupidon et Psyché est le récit le plus développé autour de Cupidon. Vénus, jalouse de la beauté de la mortelle Psyché, ordonne à son fils de la rendre amoureuse du plus vil des êtres. Mais Cupidon, en la voyant, tombe lui-même amoureux et la fait conduire dans un palais enchanté — où il la rejoint chaque nuit dans l’obscurité, lui interdisant de voir son visage. Poussée par la curiosité — et par ses sœurs jalouses — Psyché approche sa lampe du visage endormi de son amant. Une goutte d’huile brûlante réveille Cupidon, qui s’enfuit, blessé. S’ensuit une série d’épreuves imposées par Vénus, jusqu’à la descente aux Enfers. Finalement, Jupiter accorde l’immortalité à Psyché, et les amants sont réunis pour l’éternité. Antonio Canova · Psyché ranimée par le baiser de l’Amour · marbre, 1787–1793 · Musée du Louvre (MR 1777) · Wikimedia Commons Ce conte, transmis par Apulée dans ses Métamorphoses (L’Âne d’or, IV–VI), est une allégorie puissante : Psyché signifie « âme » en grec — c’est l’âme humaine qui, après avoir cédé au doute et traversé la souffrance, parvient à l’union avec l’amour divin. Canova en a tiré l’un des chefs-d’œuvre de la sculpture néoclassique : Cupidon y ranime Psyché tombée dans le sommeil mortel que renfermait la boîte rapportée des Enfers. 04Apollon & Daphné · La vengeance de l’archerOvide, Métamorphoses, I Apollon, fier d’avoir abattu le serpent Python, se moque de Cupidon et de son petit arc. La vengeance est foudroyante : Cupidon frappe Apollon d’une flèche d’or qui l’enflamme d’amour pour la nymphe Daphné, et touche Daphné d’une flèche de plomb qui lui fait fuir tout amour. Apollon poursuit Daphné ; celle-ci implore son père, le dieu-fleuve Pénée, qui la change en laurier au moment précis où Apollon la saisit. Ce mythe illustre le pouvoir de Cupidon sur les dieux eux-mêmes — même le plus lumineux des Olympiens ne résiste pas à ses flèches. Il montre aussi la cruauté qui se cache derrière le visage d’enfant : Cupidon n’est pas l’amour bienveillant, il est l’amour comme puissance incontrôlable. 05Didon & Énée · Cupidon au service des dieuxVirgile, Énéide, I Dans l’Énéide, Cupidon joue un rôle politique considérable. Vénus, soucieuse de protéger son fils Énée à Carthage, envoie Cupidon sous les traits d’Ascagne (fils d’Énée) pour qu’il enflamme le cœur de Didon. Au cours du banquet, la reine, tenant l’enfant sur ses genoux, est saisie d’une passion irrésistible pour Énée. Cette intervention scelle la tragédie : Énée, rappelé par les dieux à sa mission, abandonne Didon qui se donne la mort en maudissant sa descendance — origine poétique de la haine entre Carthage et Rome. Dans ce récit composé sous Auguste, à la gloire de la gens Julia issue d’Énée, Cupidon est l’instrument même de la destinée de Rome. ✦ Attributs & Iconographie 🏹Arc & FlèchesFlèches d’or (amour) et de plomb (aversion) — la dualité fondamentale de la passion (Ovide). 🪶AilesSymbole de la rapidité et de l’inconstance de l’amour — qui vient et fuit sans prévenir. 🔥TorcheLe feu de la passion, qui éclaire ou brûle ; renversée, elle devient un emblème funéraire. 👁️Yeux bandés« L’amour est aveugle » —

Honos et Virtus

Honos & Virtus Honneur & Vertu · Divinités allégoriques romaines · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinités allégoriques · Numina HonosCouronne de laurier · Rameau · Corne d’abondance VirtusCasque · Lance · Parazonium TemplesPorta Capena · Temple de Marius MonnaiesRRC 401/1 · RRC 403/1 La formule latine honos et virtus — « honneur et vertu » — résume l’un des idéaux fondateurs de l’éthique romaine. Ces deux notions, loin d’être de simples abstractions, étaient personnifiées comme des divinités à part entière (numina), honorées dans des temples et invoquées dans la vie civique et militaire. Leur relation est indissociable : la virtus — le courage, l’excellence morale, la vaillance — est la condition qui mène à l’honos — l’honneur, la réputation, la charge publique acquise par des actions exemplaires. Honos, représenté comme un jeune homme couronné de laurier tenant un rameau et parfois une corne d’abondance, incarne le prestige mérité. Virtus, figure guerrière casquée, souvent vêtue en Amazone et armée de la lance et du parazonium, personnifie la force morale et physique qui rend possible cet honneur. Ensemble, ils forment le diptyque de l’idéal aristocratique et militaire romain : seul mérite l’honneur celui qui a prouvé sa vertu. « Honos alit artes, omnesque incenduntur ad studia gloria. »L’honneur nourrit les arts, et c’est la gloire qui enflamme chacun pour l’effort. — Cicéron, Tusculanes, I, 4 ✦ Représentations remarquables R1 Arétè / Virtus — Statue de la Bibliothèque de Celsus, Éphèse IIe s. ap. J.-C. · Ephesos Museum, Vienne Personnification de la Vertu · Façade de la Bibliothèque de Celsus, Éphèse · IIe s. ap. J.-C. · Kunsthistorisches Museum (Ephesos Museum), Vienne · Photo Wikimedia Commons Cette statue ornait la façade de la Bibliothèque de Celsus à Éphèse, élevée au début du IIe siècle ap. J.-C. par le fils du proconsul Ti. Julius Celsus Polemaeanus pour abriter son tombeau. Quatre niches y accueillaient des allégories des vertus du défunt : Sophia (la Sagesse), Arétè (l’Excellence), Ennoia (la Pensée) et Epistèmè (le Savoir) ; les originaux sont conservés à Vienne, des copies ayant été replacées in situ. L’Arétè grecque est l’équivalent de la Virtus latine — mais dans un registre différent : à Éphèse, il s’agit de l’excellence morale et intellectuelle d’un grand lettré, quand la Virtus romaine reste avant tout une vertu guerrière. Le rapprochement illustre la plasticité de la notion dans le monde gréco-romain, l’honos pouvant couronner autant les lettres que les armes. R2 Honos & Virtus — Illustration numismatique, 1889 XIXe siècle · Dictionary of Roman Coins Honos & Virtus · Gravure du Dictionary of Roman Coins, S.W. Stevenson, 1889 · Domaine public Cette gravure est tirée du Dictionary of Roman Coins de Seth William Stevenson, publié à titre posthume en 1889 (complété par C. Roach Smith et F.W. Madden), ouvrage de référence de la numismatique victorienne. On reconnaît Honos à sa couronne de laurier et à son maintien juvénile, Virtus à son casque et à sa posture guerrière — l’un tourné vers la dignité civique, l’autre vers la vaillance armée. L’association des deux divinités sur la monnaie est inaugurée par les têtes conjuguées du denier serratus RRC 403/1 en 70 av. J.-C. ; la formule HONOS ET VIRTVS reparaît ensuite sur le monnayage impérial, faisant de ce couple l’une des personnifications les plus durables de l’iconographie monétaire romaine. ✦ Les deux divinités & leurs attributs 01 Honos & Virtus — Portraits et symbolique République · IIIe – Ier s. av. J.-C. Honos et Virtus formaient un couple inséparable dans la religion et l’idéologie romaines. Leur interdépendance conceptuelle — la vertu produit l’honneur, l’honneur récompense la vertu — se reflète dans leur représentation conjointe, tant dans l’architecture sacrée que sur les monnaies. Le rite marquait aussi leur proximité : selon Plutarque, on sacrifiait à Honos la tête découverte, contrairement à l’usage romain. 🌿Couronne de laurierAttribut d’Honos. Symbole de la victoire et de la gloire méritée, la couronne de laurier désigne celui que Rome reconnaît digne d’honneur. ⚔️Casque de VirtusAttribut distinctif de Virtus. Il signale la dimension militaire de la vertu romaine — le courage au combat comme condition de l’excellence. 🗡️Lance & parazoniumArmes de Virtus debout : la haste et l’épée courte au fourreau, insigne du commandement, que l’on retrouve sur le Grand Sceau de Virginie. 🫒RameauParfois tenu par Honos. Symbole de paix — l’honneur véritable n’est pas seulement militaire, il inclut la sagesse de la paix. 🏺Corne d’abondanceAttribut d’Honos dans certaines représentations. La prospérité est la récompense naturelle d’une société fondée sur l’honneur et la vertu. 02 Les Temples d’Honos et Virtus — Histoire et politique IIIe – Ier s. av. J.-C. · Rome Le premier sanctuaire, dédié au seul Honos près de la Porta Capena, fut consacré en 234 av. J.-C. par Q. Fabius Maximus Verrucosus pendant la guerre contre les Ligures. Marcus Claudius Marcellus, après avoir remporté les spolia opima à Clastidium en 222 av. J.-C. — le plus haut honneur militaire romain, consistant à tuer de sa main le chef ennemi —, fit vœu d’un temple à Honos et Virtus et voulut pour cela restaurer l’édifice de Fabius. Le collège des pontifes s’y opposa : une même cella ne pouvait abriter deux divinités, car en cas de prodige on n’aurait su à laquelle sacrifier. Marcellus fit donc ajouter une cella pour Virtus, créant un temple double que son fils dédia en 205 av. J.-C. L’édifice fut restauré sous Vespasien. Un second temple fut élevé par Caius Marius avec le butin de ses victoires sur les Teutons (102) et les Cimbres (101 av. J.-C.) ; son emplacement exact reste discuté. Vitruve en nomme l’architecte, Caius Mucius. Ce nom n’est sans doute pas étranger au denier RRC 403/1 : son second monétaire, Mucius Cordus, appartenait à la même gens Mucia, et l’on a souvent rapproché son choix d’Honos et Virtus du temple bâti par ce Mucius. ✦ Représentation numismatique ⭐ Un denier pour célébrer la réconciliation — après la Guerre Sociale, 70 av. J.-C. Ce denier serratus est l’un des documents numismatiques les plus éloquents sur la

Europe

Europe Princesse phénicienne · L’enlèvement par Zeus · Iconographie numismatique · République romaine NatureMortelle héroïsée · Princesse OriginePhénicie · Tyr ou Sidon FiliationFille d’Agénor · Mère de Minos AttributsTaureau blanc · Voile · Crète MonnaieRRC 377/1 Europe, fille d’Agénor, roi de Tyr (ou de Sidon selon les versions), et de Téléphassa, sœur de Cadmos, est l’une des figures les plus célèbres de la mythologie grecque. Son mythe — l’enlèvement par Zeus métamorphosé en taureau blanc — traverse toute l’Antiquité, du Catalogue des femmes attribué à Hésiode aux Métamorphoses d’Ovide, et la tradition y rattache le nom du continent occidental. Princesse phénicienne, elle incarne le pont entre l’Orient et l’Occident, entre le monde phénicien et le monde grec. Son passage de la côte phénicienne aux rivages crétois n’est pas seulement un enlèvement divin : c’est un acte fondateur. Des fils qu’elle donne à Zeus — Minos, Rhadamanthe et Sarpédon — naissent des dynasties et des lignées qui structurent la géographie mythologique du bassin méditerranéen. Europe et le taureau · Fresque de Pompéi, maison de Jason (IX 5, 18) · Ier s. apr. J.-C. · Musée archéologique national de Naples, inv. 111475 « La fille d’Agénor admire qu’il soit si beau, qu’il ne menace d’aucun combat ; mais, si doux qu’il soit, elle craint d’abord de le toucher. Bientôt elle s’approche et tend des fleurs à sa bouche éclatante de blancheur. » — Ovide, Métamorphoses, II, 858–861 (traduction libre) ✦ Le mythe de l’enlèvement 01 L’enlèvement — De Phénicie en Crète Mythe fondateur · Homère · Hésiode · Ovide Selon le récit le plus répandu, celui d’Ovide, Zeus, épris de la beauté d’Europe, charge Hermès de pousser les troupeaux royaux vers le rivage, puis se mêle à eux sous la forme d’un magnifique taureau blanc aux cornes petites et luisantes, pour l’approcher sans l’effrayer. Europe et ses compagnes jouent au bord de la mer. Attirée par la douceur de l’animal, la jeune fille s’approche, le caresse, lui tend des fleurs, puis ose s’asseoir sur son dos. Zeus saisit l’occasion : il s’avance dans les flots et gagne le large en direction de la Crète. Europe, agrippée d’une main à une corne, voit son vêtement gonflé par le vent — motif du voile flottant que reprendront peintres et graveurs de monnaies. Sur l’île, à Gortyne selon la tradition locale, Zeus révèle sa véritable nature. De leur union naissent trois fils : Minos, futur roi de Crète et juge des Enfers ; Rhadamanthe, également juge des morts, réputé pour sa justice inflexible ; et Sarpédon, qui selon certaines versions règne ensuite en Lycie. La tradition prête à Zeus des présents pour Europe : Laelaps, le chien qui rattrape toujours sa proie ; un javelot qui ne manque jamais sa cible ; et Talos, le géant de bronze chargé de garder les côtes de la Crète. Europe épouse ensuite Astérion, roi de l’île, qui adopte ses fils. Ses frères, envoyés à sa recherche par Agénor, ne la retrouvent jamais : Cadmos, guidé par l’oracle de Delphes, fonde Thèbes. ✦ Représentations remarquables R1 Cratère à figures rouges d’Assteas — Europe sur le taureau Vers 350–340 av. J.-C. Assteas · Europe sur le taureau et monstres marins · Vers 350–340 av. J.-C. · Cratère en calice à figures rouges · Musée archéologique national de Paestum · CC BY-SA 3.0 Ce cratère, signé par Assteas, maître de la céramique à figures rouges de Paestum en Grande-Grèce, est l’une des représentations antiques les plus spectaculaires du mythe. Europe y est figurée assise sur le taureau qui fend les flots, son voile déployé en arc au-dessus de la tête, au milieu de créatures marines qui escortent l’animal divin. La vivacité du dessin et la richesse narrative de la scène en font un témoignage de premier ordre sur la réception du mythe d’Europe dans le monde grec d’Italie du Sud au IVe siècle avant notre ère. Issu de fouilles clandestines et longtemps conservé au J. Paul Getty Museum, le vase a été restitué à l’Italie en 2005. ✦ Symbolisme & attributs iconographiques 02 Les emblèmes d’Europe dans l’art et la numismatique Antiquité · Monnaies · Fresques L’iconographie d’Europe est remarquablement stable à travers les siècles : la jeune femme assise sur le taureau, voile déployé, constitue l’image canonique qui se décline de la métope archaïque de Sélinonte jusqu’aux fresques de Pompéi. 🐂Le Taureau blancZeus métamorphosé. Symbole de puissance divine et de fécondité ; son pelage immaculé trahit sa nature surnaturelle. 🌬️Le Voile flottantGonflé par le vent au-dessus de la tête d’Europe. Attribut distinctif repris sur le denier RRC 377/1. ⚡Le FoudreFoudre ailé placé derrière Europe au revers du denier de L. Volumnius Strabo — rappel de l’identité divine du taureau. 🌊La Mer traverséeLe voyage de Phénicie en Crète figure le passage entre Orient et Occident. Sur le denier de L. Volumnius Strabo (RRC 377/1), ces éléments convergent en une composition d’une grande efficacité narrative : le taureau chargeant à gauche, Europe assise tenant son voile gonflé au-dessus de sa tête, le foudre ailé derrière elle et une feuille de lierre sous le taureau — le mythe entier condensé sur un flan d’argent de moins de quatre grammes. ✦ Représentation numismatique ⭐ Un revers singulier — Un sujet grec dans le monnayage républicain Le choix du revers « Europe sur le taureau » est inhabituel dans le monnayage romain républicain. Le sujet est en revanche familier du monde grec : Gortyne, en Crète, qui se disait le lieu de l’union d’Europe et de Zeus, associe Europe et le taureau sur ses statères. Aucune source n’éclaire le choix du monétaire ; l’association de Jupiter à l’avers et de l’une de ses amours au revers relève du goût pour les sujets mythologiques grecs qui marque les émissions de cette période. Frappé en 81 av. J.-C., sous la dictature de Sylla, ce denier serratus (à bord dentelé) illustre la liberté iconographique dont disposaient alors les magistrats monétaires pour signer leur émission. 03 Denier serratus · L. Volumnius Strabo · Europe 81 av. J.-C. 🐂

Anguipède

Anguipède Créature mythologique · Jambes de serpent · Iconographie numismatique républicaine NatureCréature hybride OrigineGréco-romaine · Gallo-romaine AttributsJambes de serpent MonnaiesRRC 474/4 · 1 type Période frappe45 av. J.-C. Un anguipède est une créature dont les membres inférieurs se terminent en serpents. Le terme vient du latin anguis (« serpent ») et pes (« pied ») : littéralement « aux pieds de serpent ». Cette figure hybride traverse l’art grec, romain et gallo-romain, où elle incarne tour à tour les Géants fils de la Terre, les puissances chthoniennes vaincues par le dieu du ciel, ou encore une divinité protectrice des amulettes magiques. Dans le monnayage de la République romaine, l’anguipède n’apparaît que sur un seul type : le denier de L. Valerius Acisculus frappé en 45 av. J.-C. (RRC 474/4), dont le revers montre un Géant aux jambes de serpent tenant le foudre de Jupiter. Statuette d’un Géant anguipède · art romain, vers 180–220 apr. J.-C. · Getty Villa, Malibu (inv. 92.AB.11) · Photo Wikimedia Commons, CC BY-SA « Tous les types des monnaies de L. Valerius Acisculus se rattachent à l’origine mythologique de la famille Valeria et se résument dans les idées de force et de valeur […]. » — Ernest Babelon, Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, t. II, 1886, « Valeria » ✦ La Gigantomachie grecque 01Les Géants anguipèdes dans l’art grecÀ partir du IVe s. av. J.-C. Dans la tradition grecque, les anguipèdes sont avant tout les Géants, fils de Gaïa nés du sang d’Ouranos (Hésiode, Théogonie, 183-186), qui affrontèrent les dieux de l’Olympe lors de la Gigantomachie. L’art archaïque et classique les représente d’abord comme des guerriers en armes ; ce n’est qu’à partir du IVe siècle av. J.-C. que s’impose le type du Géant aux jambes serpentines, que décrit encore Apollodore (Bibliothèque, I, 6, 1) : des jambes couvertes d’écailles de dragon. L’exemple le plus célèbre est la grande frise de l’Autel de Pergame (première moitié du IIe s. av. J.-C., Pergamonmuseum de Berlin). Sur la frise est, Zeus y foudroie Porphyrion, le roi des Géants, qui se dresse sur ses jambes de serpent — un face-à-face entre le dieu au foudre et l’anguipède qui annonce directement l’image du denier d’Acisculus. Typhon, le monstre né de Gaïa et du Tartare (Hésiode, Théogonie, 820-822), est lui aussi figuré avec un corps serpentin. Ces images expriment le triomphe de l’ordre olympien sur les forces primordiales issues de la Terre — une lecture cosmologique que les souverains hellénistiques, puis les Romains, surent charger d’un sens politique. Autel de Pergame, frise est · Zeus contre Porphyrion · marbre, IIe s. av. J.-C. · Pergamonmuseum, Berlin · Photo Claus Ableiter, CC BY-SA 2.5 ✦ Le Cavalier à l’anguipède — Gaule romaine 02Jupiter cavalier terrassant l’anguipèdeGaule romaine · IIe–IIIe s. apr. J.-C. Dans l’est de la Gaule et la vallée du Rhin, l’anguipède connaît une fortune exceptionnelle avec le groupe du cavalier à l’anguipède : Jupiter à cheval, tenant souvent le foudre, foule sous les sabots de sa monture un Géant difforme dont les jambes s’achèvent en queues de serpent ou de poisson. Ce Jupiter équestre est parfois rapproché du dieu gaulois de l’orage Taranis, rapprochement qui reste discuté. Ces groupes couronnaient des colonnes de Jupiter dressées près d’habitats qu’elles devaient protéger, ou à proximité de sources et de rivières. Le plus célèbre ensemble est la colonne de Merten (Moselle), découverte en 1878 et conservée au musée de la Cour d’Or à Metz, avec sa base à quatre divinités (Hercule, Apollon, Junon, Minerve) ; on peut citer aussi les exemplaires de Crézilles, de Portieux (musée d’Épinal) ou de Meaux. Colonne de Merten · groupe sommital du cavalier à l’anguipède · Metz, musée de la Cour d’Or · Wikimedia Commons Cavalier à l’anguipède · Crézilles (Meurthe-et-Moselle) · Wikimedia Commons ⚡Jupiter cavalierDieu du ciel et de l’orage ; le foudre est son arme contre les forces chthoniennes incarnées par l’anguipède. 🐍Jambes serpentinesMarque de l’ascendance terrestre des Géants, fils de Gaïa : le serpent est l’animal qui vit dans la terre. 🏛️Colonnes de JupiterMonuments votifs dressés près des habitats, des sources ou des rivières, surtout dans l’est de la Gaule et en Germanie. 🌍DiffusionDu monde grec (Pergame) à la Gaule romaine, et jusqu’à l’art gréco-bouddhique du Gandhara. ✦ Abrasax — l’anguipède des gemmes magiques 03Abrasax — tête de coq, jambes de serpentGemmes magiques · IIe–IVe s. apr. J.-C. Gemme magique · Abrasax · Wikimedia Commons Dans la magie gréco-romaine et les courants gnostiques de l’époque impériale, Abrasax (ou Abraxas) est l’anguipède par excellence : une figure à tête de coq, au torse cuirassé et aux jambes de serpent, brandissant un fouet et un bouclier. Les lettres grecques de son nom totalisent 365 en valeur numérique, ce qui le relie au cycle de l’année solaire. Cette image est fréquente sur les gemmes magiques, pierres gravées portées comme amulettes, où elle mêle des éléments égyptiens, grecs, juifs et orientaux. Le nom IAŌ, forme grecque du nom divin hébraïque, est souvent inscrit sur le bouclier ; Abrasax est aussi invoqué dans les Papyrus grecs magiques. Ici, l’anguipède n’est plus l’ennemi vaincu des dieux, mais une puissance protectrice : la même forme hybride a changé de sens. ✦ Représentation numismatique 🏛️ Seul type républicain à l’anguipède — Indice de rareté 10 Le denier frappé à Rome en 45 av. J.-C. par Lucius Valerius Acisculus est le seul type de la République à représenter un anguipède. C’est aussi l’un des plus rares de la série : la base CRRO n’en recense que 6 exemplaires (dont deux à la BnF et un au British Museum), contre 59 pour le type Apollon / Europe (RRC 474/1) et 25 pour le type Sol / Luna (474/5) du même monétaire ; il reçoit sur LesDioscures un indice de rareté de 10 (échelle 1 → 10+). Pour Babelon, le Géant du revers est Valens, figure mythique dont le nom partage la racine de Valerius (valere, « être fort ») : une manière pour le monétaire d’inscrire sur la monnaie