Vesta

Vesta · Déesse du foyer sacré · Iconographie numismatique · LesDioscures Vesta Déesse vierge du foyer sacré · Ignis Vestae · Feu éternel de Rome · Iconographie numismatique Nature Déesse olympienne vierge Équivalent grec Hestia Filiation Fille de Saturne & Ops Attributs Feu sacré · Voile · Âne Fête Vestalia · 7–15 juin Vesta est la déesse romaine du foyer, de la maison et de la famille — équivalent de la déesse grecque Hestia. Fille de Saturne et d’Ops, sœur aînée de Jupiter, Neptune, Pluton, Junon et Cérès, elle est une divinité vierge ayant juré de rester chaste après avoir repoussé les avances d’Apollon et de Neptune. Son culte, central dans la religion romaine, symbolise la stabilité et la cohésion de la communauté. Contrairement à la quasi-totalité des divinités romaines, Vesta est rarement représentée sous forme humaine : le feu sacré lui-même incarnait sa présence divine. C’est cette abstraction iconographique qui rend son culte singulier — et qui explique pourquoi, sur les monnaies républicaines, c’est le temple de Vesta ou les objets du culte qui font référence à la déesse plutôt qu’un portrait. Denier Cassia · Quintus Cassius Longinus · Temple de Vesta au revers · 55 av. J.-C. « Vesta est invoquée en dernier dans toute prière, car c’est en elle que réside le foyer de l’univers. » — Ovide, Fastes, VI, 303–304 ✦ Représentation remarquable R1 La Déesse sans visage — Iconographie singulière de Vesta Religion romaine archaïque & républicaine Vesta constitue un cas exceptionnel dans le panthéon gréco-romain : elle est représentée voilée, sans statue de culte dans son temple. Le feu sacré incarnait sa présence. Les rares représentations anthropomorphes montrent une matrone sévère, voilée, tenant une torche ou une patère, assise ou debout dans une posture de dignité calme. Sur les monnaies républicaines, c’est le temple rond de Vesta au Forum romain — avec ses colonnes, son toit conique évoquant les huttes primitives ou la voûte céleste — qui sert de référence iconographique. Cette architecture unique, à plan circulaire (la seule à Rome), traduit le caractère cosmique du culte : le feu de Vesta est l’axe du monde, le centre de gravité de la cité éternelle. ✦ Nature & culte 01 Vesta — Déesse du feu domestique & public Religion romaine archaïque Vesta protège simultanément le foyer domestique de chaque famille romaine et le foyer public de l’État. Chaque foyer romain lui rendait hommage via le feu domestique, reflet du feu public entretenu par les Vestales au Forum. Cette dualité fait d’elle la divinité la plus intime et la plus officielle à la fois. 🔥 Feu sacré Entretenu en permanence dans le temple du Forum, symbole de la pérennité de Rome. Son extinction était un présage funeste d’une gravité extrême. 🏛️ Temple rond Le seul temple rond de Rome, à plan circulaire, évoquant les huttes primitives et la voûte céleste. Construit par Numa Pompilius, restauré par Auguste. 🤍 Voile sacré Vesta est toujours représentée voilée — signe de pudeur, de chasteté et de la présence divine voilée derrière le feu plus que dans une statue. 🫙 Mola salsa Farine salée préparée rituellement par les Vestales lors des fêtes de mai, utilisée dans tous les sacrifices publics comme offrande primordiale. 🐴 L’Âne Animal protecteur de Vesta, selon Ovide : un âne braya au moment critique et révéla la tentative de Priape sur la déesse endormie, la sauvant de l’outrage. 🛡️ Palladium Statue sacrée de Pallas Athéna apportée de Troie par Énée, conservée dans le temple de Vesta parmi les pignora imperii garants de la survie de Rome. Vesta était invoquée à la fin de chaque prière — position unique dans le panthéon romain. Elle est la dernière à être nommée parce qu’elle est la plus fondamentale : sans le foyer, sans le feu, aucun sacrifice, aucune communauté, aucune cité ne sont possibles. Vesta clôt la prière parce qu’elle en est le fondement invisible. ✦ Le Temple de Vesta & les Vestales 🔥 Le temple de Vesta — Cœur sacré du Forum romain Construit par Numa Pompilius, de forme ronde (évoquant les huttes primitives ou l’Univers), le temple abritait le feu sacré et les pignora imperii — le palladium troyen, les Pénates d’Énée — garants mystiques de la survie de Rome. Seules les Vestales et le Grand Pontife y avaient accès, sauf pendant les Vestalia où les matrones pouvaient entrer pieds nus. Le feu était solennellement rallumé chaque 1er mars (nouvel an romain) par frottement rituel de bois, et veillé sans interruption par les six prêtresses consacrées. 02 Les Vestalia — Fête annuelle de Vesta 7–15 juin · Calendrier sacré romain 🏛 Fête majeure du calendrier religieux romain Du 7 au 15 juin, les Vestalia constituent l’une des fêtes les plus importantes du calendrier romain. Le temple est purifié, des offrandes sont faites, et des ânes ornés de couronnes de pain défilent en hommage à l’animal qui avait sauvé Vesta de Priape. Les matrones romaines pouvaient entrer dans le temple pieds nus — seul moment de l’année où ce lieu interdit s’ouvrait au monde profane. 🏛 Dates du calendrier sacré 1er mars Ignis Vestae renovatur Renouvellement solennel du feu sacré par frottement rituel de bois — nouvel an religieux romain. 7–15 juin Vestalia Grande fête annuelle : purification du temple, défilé des ânes couronnés, entrée exceptionnelle des matrones pieds nus. 394 apr. J.-C. Extinction du feu sacré L’édit de Théodose Ier interdit les cultes païens — le feu éternel de Vesta s’éteint après plus de mille ans, symbolisant la fin de la Rome païenne. ✦ Origines & mythes 03 Vesta — Une déesse sans mythe, mais avec un destin Mythologie romaine · Origines indo-européennes Vesta a peu de récits mythologiques comparée aux autres grandes divinités — ce qui renforce son caractère abstrait et fondamental. Son origine est probablement indo-européenne, son culte étant arrivé en Italie via Énée depuis Troie, transféré de Lavinium à Albe-la-Longue, puis à Rome par Numa Pompilius. L’histoire la plus célèbre, rapportée par Ovide dans les Fastes, est comique et protectrice à la fois
Clementia

Clementia · Iconographie numismatique · LesDioscures Clementia La vertu qui humanise le pouvoir · Iconographie numismatique · République romaine Nature Vertu divinisée · Allégorie Origine Romaine Attributs Branche d’olivier · Sceptre · Patère Période Ier s. av. J.-C. · Césarienne Monnaies RRC 448/1a · RRC 480/21 Dans le panthéon des vertus romaines, si la Virtus forge le guerrier et la Pietas définit le citoyen, c’est la Clementia qui définit le grand homme d’État. Plus qu’une simple pitié, la Clémence est une disposition d’esprit réfléchie — un équilibre subtil entre la rigueur de la loi et l’humanité du chef. Abstraction morale élevée au rang de divinité par les Romains, elle s’inscrit dans la longue tradition des vertus personnifiées qui peuplent l’iconographie républicaine tardive. Contrairement à la Misericordia, perçue comme une émotion irrationnelle, la Clementia est une décision consciente et réfléchie : la capacité d’un supérieur à modérer la punition qu’il a le droit légitime d’infliger. Dans l’iconographie antique, elle est représentée tenant une branche d’olivier et un sceptre — symboles de la paix restaurée par l’autorité maîtresse d’elle-même. Gerard de Lairesse — La Clémence de Lucius Papirius Cursor, 1688 · Binnenhof, La Haye · Domaine public · Wikimedia Commons « La clémence est la tempérance de l’esprit dans le pouvoir de se venger. » — Sénèque, De Clementia, II, 3 ✦ La Clementia sur les monnaies républicaines ⚡ CLEMENTIA CAESARIS — seul type monétaire républicain à nommer explicitement la vertu Le denier frappé par P. Sepullius Macer en 44 av. J.-C. est unique dans toute la numismatique républicaine : il porte au revers la légende explicite CLEMENTIA CAESARIS, accompagnée d’un temple tétrastyle — le temple votif que César avait promis d’élever à sa propre Clémence après sa victoire dans la guerre civile. C’est la seule monnaie républicaine à inscrire le nom d’une vertu abstraite en lien direct avec un chef politique vivant. Ce type témoigne de la transformation politique en cours : la Clementia cesse d’être une vertu collective du peuple romain pour devenir la qualité personnelle du princeps — préfigurant exactement le vocabulaire impérial qui s’imposera sous Auguste et ses successeurs. 01 Denier Hostilia · Lucius Hostilius Saserna 48 av. J.-C. 🏛 Tête féminine diadémée · Pietas ou Clementia ? RRC 448/1a48 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers Tête féminine diadémée à droite, couronne de chêne Tête féminine portant un diadème et une couronne de chêne. L’identification reste débattue : Pietas, Clementia ou personnification de la Gaule vaincue selon les numismates. Revers L · HOSTILIVS · SASERN Victoire avançant à droite, tenant un caducée ailé et un trophée. Référence directe aux conquêtes gauloises de César. Le denier de Lucius Hostilius Saserna (RRC 448/1a) est frappé en 48 av. J.-C., en pleine guerre civile entre César et Pompée. La tête féminine à l’avers, couronnée de chêne — la corona civica, récompense suprême accordée à qui a sauvé la vie d’un citoyen romain — a été interprétée par plusieurs numismates comme une allégorie de la Clementia césarienne : César venait de surprendre le monde romain en pardonnant ses ennemis pompéiens plutôt qu’en les proscrivant. Cette identification n’est pas certaine — d’autres y voient la Pietas ou une personnification de la Gaule —, mais elle s’inscrit dans un contexte politique où la Clementia Caesaris était sur toutes les lèvres. Le choix du monnayeur de représenter une vertu féminine couronnée de chêne, combinée à la Victoire, constitue en tout cas un programme iconographique cohérent avec la propagande césarienne de l’époque. 02 Denier Sepullia · P. Sepullius Macer · CLEMENTIA CAESARIS 44 av. J.-C. 🏛 Temple tétrastyle de la Clementia · portrait de César RRC 480/2144 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers CAESAR · DICT · PERPETVO Portrait lauré de Jules César à droite. La légende DICT PERPETVO — Dictateur à perpétuité — est l’une des premières à figurer sur une monnaie romaine le titre d’un chef vivant. Revers CLEMENTIA CAESARIS Temple tétrastyle sur un podium — le temple voué par César à sa propre Clémence. Un cavalier galope à droite au-dessus. Légende : P SEPVLLIVS MACER. Frappé quelques semaines avant les Ides de Mars 44 av. J.-C., ce denier est un document exceptionnel : il matérialise la Clementia Caesaris au moment même où César en fait le socle de sa légitimité politique. Le temple représenté au revers était en cours de construction — César n’en verra jamais l’achèvement. L’association d’un portrait de chef vivant (DICT PERPETVO) avec le nom d’une vertu personnelle (CLEMENTIA CAESARIS) est une révolution iconographique : pour la première fois sur une monnaie romaine, une qualité morale devient l’emblème d’un homme, et non plus d’une divinité ou d’une institution. Ce glissement préfigure directement le culte impérial et la déification des vertus des empereurs. ✦ Attributs iconographiques 03 Les emblèmes de la Clementia Monnaies · Reliefs · Littérature La personnification de la Clementia est plus tardive et moins fixée que celle des grandes divinités olympiennes. Ses attributs évoluent selon les contextes, mais plusieurs éléments récurrents permettent de l’identifier dans l’iconographie républicaine et impériale. 🌿 Branche d’olivier Symbole universel de paix et de réconciliation. La Clementia tend l’olivier au vaincu, signifiant qu’elle préfère la paix à la vengeance. 👑 Corona civica Couronne de chêne, récompense de qui a sauvé la vie d’un citoyen. Attribut fréquent sur les monnaies où une tête féminine est interprétée comme Clementia. ⚖️ Sceptre Insigne de l’autorité légitime qui choisit librement de ne pas punir. Il distingue la Clementia de la faiblesse : c’est le fort qui pardonne. 🏛️ Temple tétrastyle Sur le denier de Sepullius Macer, le temple voué par César à sa propre Clémence matérialise la divinisation de la vertu politique. 🕊️ Colombe ou palme Symboles de douceur et de paix, parfois associés à la Clementia dans les représentations tardives et dans la poésie latine. ✦ L’héritage de César et de Sénèque 04 La Clementia Caesaris — une arme politique 49 – 44 av. J.-C. C’est avec Jules César que la Clementia devient une arme politique de premier ordre. Après sa victoire dans la
Aurore

Aurore · Iconographie numismatique · LesDioscures Aurore Déesse de l’aube · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité cosmique Origine Indo-européenne · Romaine Attributs Char ailé · Torche · Diadème Période IIe – Ier s. av. J.-C. Monnaies 1 type républicain référencé Aurore, dans la mythologie romaine, est la déesse de l’aube, personnifiant le lever du jour. Équivalente à la déesse grecque Éos, elle est fille des Titans Hypérion et Théia, et sœur de Sol (le Soleil) et de Luna (la Lune). Chaque matin, Aurore se lève pour annoncer l’arrivée de son frère Sol, traversant le ciel sur un char, souvent décrit comme tiré par des chevaux ailés. Son nom latin, Aurōra, dérive du proto-italique ausōs et de l’indo-européen hₐéusōs, signifiant « l’aube » en tant qu’entité divine. Elle est une figure importante parmi les divinités indo-européennes, avec des équivalents comme Ushas dans la mythologie védique ou Aušrinė dans la tradition lituanienne. Guercino — Aurore, fresque, XVIIe siècle · Domaine public · Wikimedia Commons « Aussitôt que la brillante Aurore aux doigts de rose, née au matin, parut… » — Homère, L’Odyssée, chant II ✦ Représentations artistiques 00 Éos enlevant Céphale · Vase attique à figures rouges Ve siècle av. J.-C. Antikensammlung KielB 787 Dans la céramique grecque du Ve siècle av. J.-C., Éos est une figure récurrente des scènes d’enlèvement (ἁρπαγή). Sur ce loutrophoros à figures rouges conservé à l’Antikensammlung de Kiel, la déesse est représentée ailée, les bras tendus vers Céphale, qu’elle saisit avec une ferveur amoureuse. La composition dynamique, la taille imposante des ailes déployées et l’élan du corps traduisent parfaitement la force irrésistible du désir divin. Ce type iconographique — Éos en vol ravissant un mortel — est l’un des plus répandus dans la peinture de vases attique. Il illustre une conception archaïque de l’amour divin : non pas une séduction, mais une capture, un rapt cosmique où la frontière entre désir et violence reste délibérément floue. 00 Guido Reni — Aurora 1613–1614 · Casino dell’Aurora, Rome Guido Reni — Aurora, fresque, 1613–1614 · Casino dell’Aurora, Palazzo Pallavicini-Rospigliosi, Rome · Domaine public · Wikimedia Commons Commandée par le cardinal Scipione Borghese, cette fresque de plafond est considérée comme le chef-d’œuvre absolu de Guido Reni (1575–1642). Longue de sept mètres, elle représente Aurore en robe safranée — en conformité avec l’épithète homérique — conduisant le char d’Apollon à travers le ciel, entourée des Heures (Horai) qui dansent en farandole. Un putti ailé portant une torche illuminée précède le cortège. La composition, inscrite dans un cadre peint (quadro riportato), s’inspire de la sobriété classique des Carrache tout en y insufflant une légèreté et une grâce proprement reniennes. Lord Byron en disait qu’elle valait à elle seule le voyage à Rome ; Burckhardt la décrivit comme la peinture la plus parfaite des deux siècles précédents. Son rayonnement sur les arts décoratifs fut immense : gravée, copiée, interprétée sur des milliers de supports jusqu’au XIXe siècle. 00 Pierre-Narcisse Guérin — L’Aurore et Céphale 1810 · Musée du Louvre, Paris Louvre, Paris1810 Exposée au Salon de 1810, cette grande toile de Pierre-Narcisse Guérin (1774–1833) représente l’un des épisodes les plus poignants de la mythologie d’Aurore : son amour pour le chasseur athénien Céphale, déjà marié à Procris. La composition néoclassique, aux lignes épurées et aux couleurs froides et lumineuses à la fois, oppose la ferveur de la déesse à la résistance pudique du mortel. Guérin choisit le moment suspendu de la séduction plutôt que l’enlèvement violent : Aurore se penche avec tendresse vers Céphale allongé, tandis que les Amours jouent autour d’eux. Cette interprétation galante et mélancolique est caractéristique du style néoclassique tardif, à la frontière du romantisme naissant. 00 Jean-Honoré Fragonard — Aurora Triumphing over Night v. 1755–1756 · Museum of Fine Arts, Boston MFA Bostonv. 1755–1756 Jean-Honoré Fragonard (1732–1806) aborde le thème dans un style rococo radicalement différent de la solennité baroque de Reni. Dans cette huile sur toile conservée au Museum of Fine Arts de Boston, Nyx (la Nuit) s’est assoupie sous son voile sombre, tandis qu’Aurore aux doigts de rose la contemple d’en haut. La composition tourbillonnante de nuages, de draperies et de cheveux bouclés traduit la légèreté insouciante du style Régence, loin de toute gravité allégorique. Fragonard y illustre davantage un triomphe poétique de la lumière sur l’obscurité qu’un épisode mythologique précis — Aurore y est une figure de grâce et de mouvement, plutôt qu’une déesse au sens propre. Cette approche décorative et sensuelle préfigure les grandes compositions de plafond qu’il réalisera pour les hôtels particuliers parisiens. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes d’Aurore Monnaies · Sculptures · Fresques Aurore se distingue par un ensemble d’attributs stables, hérités de la tradition grecque d’Éos et adaptés au contexte romain. Ces symboles permettent son identification immédiate sur les supports numismatiques comme dans les arts figuratifs. 🐎 Char ailé Tiré par des chevaux ailés, Lampus et Phaéton, il traverse le ciel d’orient en occident pour précéder le Soleil. 🔆 Torche ou flambeau Symbole de la lumière naissante qu’elle apporte au monde, tenu à la main dans les représentations en buste ou en pied. 🌹 Doigts de rose Épithète homérique (ῥοδοδάκτυλος) évoquant les teintes rosées de l’horizon à l’aube, reprise dans la poésie latine. 👑 Diadème ou couronne Ornement de tête signalant son rang divin, souvent rayonnant pour évoquer la lumière de l’aube. 🪶 Ailes Attribut hérité d’Éos ; les ailes d’Aurore sont parfois représentées déployées dans les figurations en vol ou dans l’art glyptique. Sur le denier de Lucius Plautius Plancus (RRC 453/1c, vers 47 av. J.-C.), Aurore est représentée de face, les cheveux épars, conduisant les quatre chevaux solaires. Cette pose frontale, rare dans la numismatique républicaine, confère à la déesse un caractère presque hiératique, à mi-chemin entre la divinité céleste et l’allégorie du temps qui s’écoule. ✦ Représentation numismatique républicaine ⚡ Seule représentation républicaine d’Aurore conduisant les chevaux du Soleil RRC 453/1cPlautia Le denier frappé par Lucius Plautius Plancus vers 47 av. J.-C. constitue l’unique exemple de la numismatique républicaine romaine où Aurore est représentée de
Fides

Fides · Iconographie numismatique · LesDioscures Fides Divinité romaine de la bonne foi & de la loyauté · Iconographie numismatique · République romaine Nature Allégorie · Divinité romaine Origine Romaine · Numa Pompilius Attributs Main tendue · Épis · Coupe Culte Capitole · 1er octobre Monnaie RRC 454/1 Fides — dont le nom latin signifie « foi », « confiance » ou « fidélité » — est l’une des divinités allégoriques les plus fondamentales de la religion et de la culture romaines. Elle incarne l’idée de bonne foi dans les engagements, qu’ils soient moraux, juridiques, religieux ou politiques : la parole donnée, le serment tenu, le traité respecté. Dans une civilisation où les relations humaines reposaient sur la confiance mutuelle autant que sur la loi écrite, Fides occupait une place de premier rang. Son culte, attribué par la tradition au roi Numa Pompilius (deuxième roi légendaire de Rome), est l’un des plus anciens de la cité. Son temple, le Templum Fides, se dressait sur le Capitole même, à proximité immédiate du temple de Jupiter — signe de la dignité exceptionnelle accordée à cette vertu. Les Romains distinguaient la Fides Publica (bonne foi dans les affaires d’État, les traités internationaux) de la Fides personnelle (loyauté dans les relations privées, l’amitié, le mariage). « Numa fit, le premier, bâtir un temple à la déesse de la Bonne Foi. » — Ernest Babelon, Description des Monnaies de la République Romaine ✦ Représentations remarquables R1 Giotto di Bondone — Fides (Foi), Chapelle des Scrovegni 1304–1306 · Fresque médiévale · Padoue Giotto di Bondone · Fides (Foi), Les Sept Vertus · 1304–1306 · Fresque · Chapelle des Scrovegni, Padoue · Domaine public Giotto di Bondone représente Fides dans le cycle des Sept Vertus et Sept Vices peint entre 1304 et 1306 à la Chapelle des Scrovegni de Padoue — l’une des œuvres majeures de la peinture occidentale. La figure de Fides est représentée en grisaille simulant une sculpture, tenant une croix et un parchemin ou rouleau, le pied posé sur un globe. Sa posture frontale et solennelle, toge blanche et voile, reprend fidèlement les attributs antiques de la déesse romaine tout en les inscrivant dans la théologie chrétienne médiévale où fides désigne la foi religieuse. Le passage de la Fides romaine — vertu civique et juridique — à la Foi chrétienne — vertu théologale — illustre la continuité sémantique entre l’Antiquité et le Moyen Âge. Giotto hérite du même mot latin et de la même figure drapée, mais déplace son sens du domaine des traités et des serments vers celui de la relation à Dieu : une transmission culturelle que le dénier de 47 av. J.-C. d’Aulus Licinius Nerva aurait pu difficilement anticiper. R2 Fides — Chapelle des Scrovegni, détail en couleur 1304–1306 · Vue polychrome · Padoue Giotto di Bondone · Fides · Chapelle des Scrovegni, Padoue · 1304–1306 · Photographie couleur, 2016 · Domaine public Cette photographie couleur haute résolution révèle ce que la reproduction en grisaille ne peut montrer : les ocres chauds, les blancs crémeux et les fonds bleu lapis caractéristiques de la palette de Giotto, ainsi que la subtilité du modelé du visage. On distingue mieux ici la croix tenue de la main droite — attribut de la Foi chrétienne — et le phylactère ou rouleau de la main gauche, qui peut évoquer à la fois le volumen des contrats romains et les Écritures saintes. La comparaison entre les deux vues de cette même fresque illustre comment un même monument peut livrer des informations différentes selon le mode de reproduction. La grisaille du XIXe siècle soulignait la parenté avec la sculpture antique ; la photographie moderne révèle la vivacité d’une peinture que sept siècles n’ont pas éteinte. C’est cette permanence de Fides — à travers le temps, les supports et les religions — qui en fait une figure iconographique à part entière. ✦ Culte, rituels & attributs 01 Les attributs de Fides & ses rituels capitolins République · Ve – Ier s. av. J.-C. Fides était représentée comme une femme majestueuse drapée de blanc, couleur de pureté et d’intégrité. Ses attributs iconographiques sur les monnaies et les reliefs romains sont précis et codifiés. 🤝 Main droite tendue Geste de l’accord et du serment. La main droite (dextera) était le siège symbolique de la bonne foi dans la culture romaine. 🌾 Épis de blé Symbole de la prospérité qui découle de la confiance mutuelle. Une société fondée sur la fides est une société qui prospère. 🏺 Patera · Coupe Utilisée pour les libations rituelles. Fides est invoquée lors de serments solennels accompagnés d’offrandes aux dieux. 🏛️ Toge blanche Les prêtres se rendaient au Templum Fides la main droite voilée de blanc — symbolisant la pureté de l’engagement. Le rituel le plus frappant du culte de Fides voyait les prêtres se rendre au temple en char couvert, la main droite enveloppée d’un linge blanc — geste unique dans la religion romaine, signifiant que la foi donnée doit être protégée de toute souillure. Sa fête annuelle, célébrée le 1er octobre, renouvelait symboliquement le pacte de confiance entre les citoyens et les institutions. 02 Fides Publica & Fides personnelle — Une vertu à double face République et Empire Les Romains distinguaient soigneusement deux dimensions de Fides. La Fides Publica régissait les affaires d’État : les traités avec les peuples étrangers étaient placés sous sa protection et parfois déposés physiquement dans son temple. Invoquer Fides Publica, c’était engager non seulement sa propre parole mais celle de Rome entière — un acte d’une gravité considérable dans la diplomatie républicaine. La Fides personnelle gouvernait quant à elle les relations individuelles : l’amitié (amicitia), le mariage, les obligations familiales, les contrats commerciaux. Le terme latin a traversé les siècles pour donner « fidélité », « confiance » et « foi » dans les langues romanes — témoignage durable de la centralité de cette vertu dans la civilisation qui a façonné l’Occident. Dans la philosophie stoïcienne, la fides est une vertu cardinale liée au devoir (officium) et à
Enée

Énée · Iconographie numismatique · LesDioscures Énée Aeneas · Héros troyen, ancêtre de Rome · Iconographie numismatique · République romaine Nature Héros mythologique Origine Troyenne · Fils de Vénus Vertu Pietas · Devoir · Sacrifice Gens Julia · Ancêtre divin Œuvre Énéide · Virgile · 19 av. J.-C. Énée (Aeneas en latin) est le héros troyen par excellence de la mythologie romaine — fils du mortel Anchise et de la déesse Vénus, cousin d’Hector, survivant de la chute de Troie et fondateur mythique de la lignée dont descendra Rome. Son périple, chanté par Virgile dans l’Énéide (29–19 av. J.-C.), en fait l’archétype du héros romain : non pas l’homme de la gloire individuelle comme Achille, mais l’homme du devoir collectif, qui met la pietas — loyauté envers les dieux, sa famille et son peuple — au-dessus de ses désirs personnels. Dans la numismatique républicaine, Énée est une figure de légitimation dynastique capitale. La gens Julia — la famille de Jules César et d’Auguste — revendique son ascendance directe par la lignée Énée → Ascagne / Iule → Alba Longa → Romulus → Rome. Faire frapper Énée sur une monnaie, c’est inscrire la famille émettrice dans une filiation divine remontant à Vénus elle-même, fondatrice céleste de Rome. Énée portant Anchise · Œnochoé attique à figures noires · Vers 520–510 av. J.-C. · Musée du Louvre (F118) · Domaine public « Je chante les combats et le héros qui, le premier, venant des rivages de Troie, atteignit l’Italie, fugitif commandé par le destin… » — Virgile, Énéide, I, 1–3 (trad. J. Perret) ✦ Représentations artistiques 00 Énée dans l’art — de la céramique grecque au baroque romain VIe siècle av. J.-C. – XVIIe siècle La scène d’Énée portant son père Anchise sur les épaules tout en tenant son fils Ascagne par la main est l’une des images les plus durablement gravées dans l’imaginaire occidental. Présente dès les céramiques attiques du VIe siècle av. J.-C. — comme l’œnochoé à figures noires du Louvre —, elle traverse toute l’Antiquité et connaît une renaissance spectaculaire à la Renaissance et au Baroque, où elle devient le symbole absolu de la pietas filiale. Federico Barocci — La fuite d’Énée de Troie, 1598 · Huile sur toile · Galleria Borghese, Rome · Domaine public Cette toile de Federico Barocci, signée et datée 1598, est l’une des rares œuvres profanes dans la carrière du peintre d’Urbino, entièrement consacrée aux sujets sacrés. Commandée par Giuliano Della Rovere avant de rejoindre la collection du cardinal Scipione Borghese, elle représente avec une intensité dramatique et une palette chatoyante la fuite d’Énée : le héros porte son père Anchise sur l’épaule gauche, tient le jeune Ascagne par la main, tandis que Troie brûle dans la nuit derrière eux. La lumière orangée de l’incendie contraste avec le bleu nocturne du ciel dans une composition qui influencera directement Bernini vingt ans plus tard. Gian Lorenzo Bernini (avec Pietro Bernini) — Énée, Anchise et Ascagne, 1618–1619 · Marbre blanc, H. 220 cm · Galleria Borghese, Rome · CC BY 3.0 Chef-d’œuvre de jeunesse — Bernini n’a que vingt ans —, ce groupe sculpté en marbre blanc est la première commande du cardinal Scipione Borghese au futur maître du baroque romain, qui possédait déjà la toile de Barocci sur le même sujet. Les trois figures incarnent les trois âges de l’homme : la chair ferme et musclée d’Énée, la peau relâchée du vieillard Anchise, la douceur enfantine d’Ascagne. La composition ascendante — de l’enfant à la tête du vieillard en passant par le corps du héros — crée un élan vertical saisissant, symbole de la transmission entre générations et de la fondation d’un ordre nouveau. ✦ Le voyage d’Énée — étapes fondatrices 01 De Troie en flammes au Latium — l’odyssée d’Énée Après la chute de Troie · XIIe s. av. J.-C. (mythologique) Après la chute de Troie, Énée fuit la cité en flammes en portant son père Anchise sur les épaules — acte emblématique de la pietas filiale — et en tenant son fils Ascagne (ou Iule) par la main, emportant avec lui les Pénates, divinités protectrices troyennes. Son errance à travers la Méditerranée est sans cesse contrariée par la haine de Junon, qui déchaîne tempêtes et obstacles sur son chemin. L’escale à Carthage constitue le cœur émotionnel du récit : Vénus et Cupidon orchestrent l’amour entre Énée et la reine Didon. Mais Jupiter rappelle Énée à son devoir. Il abandonne Didon, qui se suicide en le maudissant lui et ses descendants — préfigurant l’hostilité séculaire entre Rome et Carthage qui culminera dans les guerres puniques. La descente aux Enfers (catabase) au livre VI est le moment de révélation : guidé par la Sibylle de Cumes, Énée retrouve l’ombre d’Anchise aux Champs Élysées. Son père lui dévoile le destin glorieux de Rome, le cortège des âmes à naître — Romulus, César, Auguste —, confirmant qu’Énée n’est pas un errant solitaire mais l’instrument conscient d’une providence divine. 02 La pietas d’Énée — un idéal romain Valeurs de la République et de l’Empire Virgile confère à Énée l’épithète permanente de pius — pieux — qui résume l’ensemble de ses qualités : loyauté envers les dieux, les ancêtres et la communauté. Contrairement aux héros grecs animés par la soif de gloire personnelle (kleos), Énée accepte les épreuves et renonce à ses désirs pour accomplir un but qui le dépasse. Cette pietas se manifeste de manière concrète dans l’iconographie : Énée portant Anchise sur les épaules est l’image la plus frappante de la dévotion filiale dans toute l’Antiquité romaine. Elle apparaît sur des céramiques grecques dès le VIe siècle, sur des monnaies républicaines, sur des lampes à huile, des reliefs, des mosaïques — partout où Rome veut signaler les vertus fondatrices de sa civilisation. Son image sur les monnaies de la gens Julia n’est donc jamais neutre : elle invoque à la fois l’origine divine de la famille (Vénus → Énée → Iule → gens Julia) et les valeurs cardinales que la République puis l’Empire entendent incarner — pietas,
Méduse

Méduse · Iconographie numismatique · LesDioscures Méduse Gorgone · Mythologie grecque · Iconographie numismatique romaine Nature Gorgone mortelle Famille Phorcys & Céto Sœurs Sthéno · Euryale Héros lié Persée Sources Hésiode · Ovide Méduse est l’une des figures les plus puissantes et les plus ambivalentes de la mythologie grecque. Seule Gorgone mortelle parmi ses sœurs Sthéno et Euryale, elle est fille des divinités primordiales marines Phorcys et Céto, ce qui la rattache aux forces archaïques et incontrôlables de la création. Son mythe oscille entre deux traditions radicalement différentes : chez Hésiode, elle est Gorgone monstrueuse dès sa naissance ; chez Ovide, elle est une jeune femme d’une rare beauté, transformée en monstre par Athéna après avoir été violée par Poséidon dans son propre temple. Cette seconde version, chargée d’injustice et de pathos, est celle qui traversera le plus durablement l’art et la littérature occidentaux. Dans la numismatique républicaine et impériale romaine, la tête de Méduse — la Gorgoneion — figure sur boucliers, cuirasses et monnaies comme symbole apotropaïque par excellence : sa terreur même protège celui qui la porte. « Elle était la plus belle des trois sœurs, et l’espoir de nombreux prétendants jaloux. Dans toute sa personne, rien n’était plus admirable que ses cheveux. » — Ovide, Métamorphoses, IV, 794–803 ✦ Origines & transformation 01 La Gorgone née monstre — version archaïque Hésiode · VIIIe–VIIe s. av. J.-C. Dans la Théogonie d’Hésiode, Méduse est décrite sans ambiguïté comme une créature monstrueuse dès sa naissance. Fille de Phorcys et Céto, elle vit au-delà de l’Océan, dans un pays de ténèbres et de mort, là où résident également les Hespérides et les Grées. Cette localisation aux confins du monde connu en fait une figure du chaos originel, antérieure à l’ordre olympien. Dans cette tradition, le danger de Méduse est absolu et inné : son regard pétrifie quiconque ose le croiser. Elle incarne la terreur primordiale — le deinos grec — que les mortels ne peuvent affronter directement, mais seulement de biais, à travers un reflet ou une ruse. 02 La beauté punie — version ovidienne Ovide · Métamorphoses · Ier s. av. J.-C. Méduse de Didymes · Relief hellénistique · IVe–IIIe s. av. J.-C. · Marbre · Temple d’Apollon, Didymes (Turquie) · Domaine public C’est Ovide, dans les Métamorphoses (IV, 794–803), qui offre la version la plus dramatiquement riche de la transformation. Méduse était initialement une mortelle d’une beauté incomparable, célèbre entre toutes pour l’éclat de ses cheveux. Son destin bascule lorsque Poséidon la viole dans le temple d’Athéna. La déesse, outragée par la profanation de son sanctuaire, retourne sa colère non contre le dieu coupable — intouchable — mais contre la victime. Elle transforme Méduse : ses cheveux magnifiques deviennent des serpents sifflants, son visage se déforme, et son regard acquiert le pouvoir de changer en pierre tout être vivant qui s’y attarde. Cette version soulève des questions morales qui n’ont cessé de troubler les lecteurs depuis l’Antiquité. Elle fait de Méduse une figure doublement victime : victime de la violence divine, puis victime du châtiment divin. Les lectures modernes, notamment féministes, y ont vu le paradigme de la femme injustement condamnée pour le crime d’un autre. ✦ Le mythe de Persée 03 Le défi impossible — la mission de Persée Mythe grec · tradition classique Le roi Polydectès, désireux d’écarter Persée pour s’emparer de sa mère Danaé, lui impose une tâche en apparence suicidaire : rapporter la tête de Méduse. La mission est conçue pour être mortelle — nul n’a jamais affronté la Gorgone et survécu. Mais Persée bénéficie du soutien de plusieurs divinités, dont la liste varie selon les versions : Athéna lui remet un bouclier d’airain poli comme un miroir, afin qu’il puisse voir Méduse sans la regarder directement. Hermès lui offre une épée de diamant tranchant et des sandales ailées permettant le vol. Hadès lui prête le casque d’invisibilité. Les Nymphes — ou les Grées, selon les versions — lui confient un sac magique, le kíbisis, pour transporter la tête sans risque. 04 La décapitation et la naissance de Pégase Phrygie · tradition archaïque Guidé par Athéna jusqu’à la caverne des Gorgones, Persée trouve les trois sœurs endormies. En se fiant au seul reflet du bouclier, il approche de Méduse et l’décapite d’un seul coup, sans jamais croiser son regard. Il saisit la tête, la glisse dans le sac et s’enfuit, invisible grâce au casque d’Hadès, pendant que les deux sœurs immortelles, réveillées par les cris, cherchent vainement à le rattraper. Du corps de Méduse décapité jaillissent aussitôt deux êtres nés de son union avec Poséidon : Pégase, le cheval ailé blanc, symbole universel de l’inspiration poétique et de l’élévation de l’esprit, et Chrysaor, le géant à l’épée d’or. Cette naissance paradoxale — la vie surgissant du trépas — est l’un des motifs les plus frappants du mythe, associant Méduse aux forces à la fois destructrices et créatrices du cosmos. La tête de Méduse, conservant son pouvoir après la mort, servira d’arme à Persée dans plusieurs épisodes ultérieurs : il pétrifie le Titan Atlas, puis le monstre marin Cétos envoyé contre Andromède, qu’il épousera en récompense. ✦ Représentations remarquables R1 La Méduse Rondanini Époque hellénistique · copie romaine La Méduse Rondanini, conservée à la Glyptothèque de Munich, marque un tournant décisif dans l’histoire de la représentation de la Gorgone. Là où l’art archaïque la dépeignait avec un faciès grimaçant, des crocs saillants et une langue tirée — le Gorgoneion repoussoir —, cette œuvre hellénistique lui confère une beauté sereine et mélancolique, une expression figée entre la douleur et la résignation. Les serpents persistent dans la chevelure, mais ils semblent presque apaisés. Le visage, légèrement incliné, n’inspire plus l’effroi mais une troublante compassion. Cette Méduse-là est celle qu’Ovide n’avait pas encore décrite, mais qu’il semblait déjà pressentir : la victime belle et maudite, dont la terreur n’est plus que le masque d’une souffrance indicible. R2 Méduse — Le Caravage Baroque · vers 1597 Méduse · Gaspare Murtola Commandé par le cardinal Francesco Maria Del Monte comme
Cupidon

Cupidon · Dieu de l’Amour · Iconographie numismatique · LesDioscures Cupidon Éros · Dieu de l’Amour · Iconographie numismatique · République romaine Nature Dieu · Fils de Vénus Équivalent grec Éros Attributs Arc · Flèches · Ailes · Bandeau Filiation Vénus & Mars Sur les monnaies Ier s. av. J.-C. · Gens Julia Cupidon — du latin cupido, « désir » — est la divinité romaine de l’amour, directement inspirée d’Éros dans la mythologie grecque. Fils de Vénus et de Mars, il incarne l’union paradoxale de l’amour et de la guerre : une force à la fois tendre et irrésistible, douce et destructrice. Cette filiation en fait un personnage d’une complexité souvent sous-estimée, loin du simple chérubin de la Saint-Valentin. Dans l’art romain, il est représenté sous deux formes selon les périodes et les contextes : chérubin joufflu et ailé, tenant arc et flèches, ou jeune homme séduisant d’une beauté troublante. Ses deux types de flèches résument sa double nature — les flèches dorées qui enflamment l’amour, les flèches de plomb qui suscitent l’indifférence ou l’aversion. Sur les monnaies républicaines, Cupidon apparaît principalement en compagnie de sa mère Vénus, au service de la propagande dynastique des grandes gentes romaines qui revendiquaient une ascendance divine — au premier rang desquelles la gens Julia, qui en faisait l’emblème de son lien à Énée et, par lui, aux dieux de Rome. Omnia vincit Amor, et nos cedamus Amori. « L’Amour triomphe de tout, soumettons-nous à l’Amour. » — Virgile, Bucoliques, X, 69 ✦ Origines & Identité 01 D’Éros à Cupidon · La romanisation du désir VIIIe s. av. J.-C. → Ier s. av. J.-C. Chez Hésiode (Théogonie), Éros est une puissance cosmique primordiale, née du Chaos avant même les dieux olympiens — force motrice de toute génération et de tout ordre dans l’univers. Cette dimension philosophique et abstraite disparaît progressivement dans la tradition hellénistique et romaine, où Éros-Cupidon devient un personnage espiègle et anthropomorphe, fils de Vénus, doté d’une psychologie presque enfantine. La romanisation du mythe accentue encore ce glissement : Cupidon est plus concret, plus lié à la vie quotidienne et aux enjeux politiques. Son nom latin — Cupido — est une personnification directe du désir, sans la profondeur cosmogonique grecque. En revanche, il gagne en polyvalence : il peut être utilisé par les magistrats monétaires pour exprimer des affiliations dynastiques, des revendications de légitimité divine ou de simples jeux iconographiques. 02 Antéros · Le frère oublié Mythologie grecque & romaine Cupidon a un frère dans certaines versions du mythe : Antéros, dieu de l’amour réciproque — ou selon d’autres interprétations, de la vengeance contre ceux qui ne rendent pas l’amour qu’on leur porte. Là où Cupidon déclenche la passion, Antéros en garantit la réciprocité et l’équilibre. Les deux frères sont souvent représentés en opposition ou en jeu, symbolisant les deux faces de toute relation amoureuse. Antéros apparaît rarement sur les monnaies romaines, mais sa figure est bien attestée dans la sculpture et la glyptique hellénistiques, notamment dans des scènes de lutte légère avec Cupidon — une psychomachie amoureuse qui illustre la tension entre passion et raison, entre désir unilatéral et amour partagé. ✦ Grands mythes 03 Cupidon & Psyché · L’âme cherchant l’amour divin Apulée, L’Âne d’or · IIe s. apr. J.-C. Sarcophage Mattei~220 apr. J.-C. · Rome Le mythe de Cupidon et Psyché est la narration mythologique la plus développée autour de Cupidon. Vénus, jalouse de la beauté mortelle de Psyché, ordonne à son fils de la rendre amoureuse d’un monstre. Mais Cupidon, en la voyant, tombe lui-même éperdument amoureux et l’emmène dans un palais enchanté — où il la visite chaque nuit sous le couvert de l’obscurité, lui interdisant de voir son visage. Poussée par la curiosité — et par ses sœurs jalouses — Psyché lève sa lampe sur le visage endormi de son amant. La goutte d’huile brûlante réveille Cupidon qui s’enfuit, blessé. S’ensuit une série d’épreuves terribles imposées par Vénus, que Psyché accomplit l’une après l’autre. Finalement, Jupiter accorde l’immortalité à Psyché, et les amants sont réunis pour l’éternité. Ce mythe, transmis par Apulée dans L’Âne d’or (IIe s. apr. J.-C.), est une allégorie puissante : Psyché signifie « âme » en grec — c’est l’âme humaine qui, après avoir défié la tentation du doute et traversé la souffrance, parvient à l’union avec l’amour divin. Le sarcophage Mattei (vers 220 apr. J.-C., Musée de la Civilisation romaine) en donne une illustration sculptée d’une extraordinaire vitalité narrative. 04 Apollon & Daphné · La vengeance de l’archer Ovide, Métamorphoses, I Apollon, fier de ses exploits d’archer, se moque un jour de Cupidon et de son petit arc. La vengeance est foudroyante : Cupidon frappe Apollon d’une flèche dorée qui l’enflamme d’amour pour la nymphe Daphné, et touche Daphné d’une flèche de plomb qui la rend indifférente à tout amour. Apollon poursuit Daphné éperdument ; celle-ci implore son père, le dieu-fleuve Pénée, qui la transforme en laurier au moment précis où Apollon la saisit. Ce mythe illustre avec éclat le pouvoir absolu de Cupidon sur les dieux eux-mêmes — même le plus rationnel, le plus lumineux des Olympiens ne résiste pas à ses flèches. Il montre aussi la cruauté froide qui se cache derrière le visage d’enfant : Cupidon n’est pas l’amour bienveillant, il est l’amour comme puissance incontrôlable. 05 Didon & Énée · Cupidon au service des dieux Virgile, Énéide, I Dans l’Énéide, Cupidon joue un rôle d’une importance politique considérable. Vénus, soucieuse de protéger son fils Énée à Carthage, envoie Cupidon déguisé en Ascagne (fils d’Énée) pour qu’il enflamme le cœur de Didon d’une passion irrésistible. La reine de Carthage, frappée par les flèches invisibles du dieu, tombe amoureuse d’Énée au cours du banquet. Cette intervention divine scelle la tragédie à venir : Énée, rappelé par les dieux à sa mission fondatrice, abandonne Didon qui se donne la mort. L’amour que Cupidon a allumé devient la cause directe de la haine éternelle entre Carthage et Rome. Dans ce récit virgilien — écrit à la gloire d’Auguste et
Honos et Virtus

Honos et Virtus · Iconographie numismatique · LesDioscures Honos & Virtus Honneur & Vertu · Divinités allégoriques romaines · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinités allégoriques · Numina Honos Couronne de laurier · Rameau Virtus Casque · Lance · Bouclier Temple Porta Capena · Capitole Monnaie RRC 403/1 La formule latine honos et virtus — « honneur et vertu » — résume l’un des idéaux fondateurs de l’éthique romaine. Ces deux notions, loin d’être de simples abstractions, étaient personnifiées comme des divinités à part entière (numina), honorées dans des temples et invoquées lors des campagnes militaires et des cérémonies d’État. Leur relation est indissociable : la virtus — le courage, l’excellence morale, la vaillance — est la condition qui mène à l’honos — l’honneur, la réputation, la gloire acquise par des actions exemplaires. Honos, représenté comme un jeune homme couronné de laurier tenant un rameau d’olivier et parfois une corne d’abondance, incarne le prestige mérité. Virtus, figure guerrière casquée portant lance et bouclier, personnifie la force morale et physique qui rend possible cet honneur. Ensemble, ils forment le diptyque de l’idéal aristocratique et militaire romain : seul mérite l’honneur celui qui a prouvé sa vertu. « Virtus, toutes les capacités et vertus qu’un homme peut posséder, mène à Honos — l’honneur et la réputation qu’un tel homme mérite. » — CoinsWeekly, A Temple for Honos ✦ Représentations remarquables R1 Virtus — Relief de la Bibliothèque de Celsus, Éphèse Vers 150 ap. J.-C. · Kunsthistorisches Museum, Vienne Virtus · Relief de la Bibliothèque de Celsus, Éphèse · Vers 150 ap. J.-C. · Kunsthistorisches Museum, Vienne · Domaine public Ce relief de marbre ornait la façade de la célèbre Bibliothèque de Celsus à Éphèse, l’une des plus grandes bibliothèques de l’Antiquité, construite vers 117–120 ap. J.-C. La façade était décorée de quatre niches abritant des allégories : Sophia (la Sagesse), Arete (l’Excellence/Vertu), Ennoia (la Pensée) et Episteme (le Savoir). Cette figure — identifiée à Virtus dans sa version latine — représente une femme drapée de façon à laisser une épaule nue, posture habituelle des personnifications de la vaillance. Ce relief illustre la permanence iconographique de Virtus dans tout l’Empire romain : de Rome à l’Asie Mineure, les mêmes attributs et la même posture identifient la divinité. La bibliothèque, monument du savoir et de l’arete intellectuelle, associait ainsi la vertu militaire romaine à l’excellence de l’esprit — fidèle à l’idée que l’honos peut couronner autant les armes que les lettres. R2 Honos & Virtus — Illustration numismatique, 1889 XIXe siècle · Dictionary of Roman Coins Honos & Virtus sur aureus romain · Dictionary of Roman Coins, S.W. Stevenson, 1889 · Domaine public Cette gravure tirée du Dictionary of Roman Coins de Seth William Stevenson (1889), ouvrage de référence de la numismatique victorienne, montre les deux divinités telles qu’elles apparaissent sur un aureus romain. On reconnaît Honos à sa couronne de laurier et à son maintien juvénile et élégant, Virtus à son casque militaire et à sa posture guerrière — l’un tourné vers la dignité civique, l’autre vers la vaillance armée. Cette illustration, produite dix-neuf siècles après les premières frappes républicaines montrant le couple, témoigne de la continuité exceptionnelle de cette iconographie. Le type « têtes conjuguées d’Honos et Virtus » — inauguré sur le denier serratus RRC 403/1 en 70 av. J.-C. — fut repris à l’époque impériale sur des émissions jusqu’à Trajan et au-delà, faisant de ce couple l’une des personnifications les plus durables du monnayage romain. ✦ Les deux divinités & leurs attributs 01 Honos & Virtus — Portraits et symbolique République · IIIe – Ier s. av. J.-C. Honos et Virtus formaient un couple inséparable dans la religion et l’idéologie romaines. Leur interdépendance conceptuelle — la vertu produit l’honneur, l’honneur récompense la vertu — se reflète dans leur représentation systématiquement conjointe, tant dans l’architecture sacrée que sur les monnaies. 🌿 Couronne de laurier Attribut d’Honos. Symbole de la victoire et de la gloire méritée, la couronne de laurier désigne celui que Rome reconnaît digne d’honneur. ⚔️ Casque de Virtus Attribut distinctif de Virtus. Il signale la dimension militaire et guerrière de la vertu romaine — le courage au combat comme condition de l’excellence. 🫒 Rameau d’olivier Parfois tenu par Honos. Symbole de paix et de réconciliation — l’honneur véritable n’est pas seulement militaire, il inclut la sagesse de la paix. 🏺 Corne d’abondance Attribut d’Honos dans certaines représentations. La prospérité est la récompense naturelle d’une société fondée sur l’honneur et la vertu. 02 Les Temples d’Honos et Virtus — Histoire et politique IIIe – Ier s. av. J.-C. · Rome Le premier temple dédié à Honos fut érigé vers 234 av. J.-C. par Q. Fabius Maximus Verrucosus après sa victoire sur les Ligures. En 222 av. J.-C., Marcus Claudius Marcellus fit vœu d’un temple double après avoir accompli les spolia opima — le plus grand honneur militaire romain, consistant à tuer de sa propre main le chef ennemi. Marcellus voulut dédier l’ancien temple aux deux divinités pour économiser, mais le Collège des pontifes refusa : une même cella ne pouvait héberger deux divinités différentes car il eût été impossible de savoir à laquelle s’adresser. Il fit donc construire une cella attenante pour Virtus, créant ainsi un temple double à la Porta Capena, consacré par son fils en 205 av. J.-C. Un second temple fut élevé par Caius Marius lors de son cinquième consulat (101 av. J.-C.), financé par le butin pris aux Cimbres et aux Teutons. Son architecte était Caius Mucius — ce qui explique, selon Babelon, pourquoi le monétaire M. Cordus (peut-être un descendant de cette famille) choisit Honos et Virtus pour illustrer sa part du denier RRC 403/1. ✦ Représentation numismatique ⭐ Un denier pour célébrer la réconciliation — Guerre Sociale, 70 av. J.-C. Ce denier serratus est l’un des documents numismatiques les plus éloquents sur la réconciliation entre Rome et l’Italie après la Guerre Sociale (91–87 av. J.-C.). À l’avers, les têtes conjuguées d’Honos et Virtus symbolisent les valeurs qui ont permis cette paix ;
Europe

Europe · Iconographie numismatique · LesDioscures Europe Princesse phénicienne · L’enlèvement par Zeus · Iconographie numismatique · République romaine Nature Mortelle héroïsée · Princesse Origine Phénicie · Tyr Filiation Fille d’Agénor · Mère de Minos Attributs Taureau blanc · Voile · Crète Monnaie RRC 377/1 Europe, fille d’Agénor roi de Tyr et de Téléphassa, est l’une des figures les plus célèbres de la mythologie grecque. Son mythe — l’enlèvement par Zeus métamorphosé en taureau blanc — traverse toute l’Antiquité, des fragments d’Hésiode aux Métamorphoses d’Ovide, et donne son nom au continent occidental. Princesse phénicienne d’une grande beauté, elle incarne le pont entre l’Orient et l’Occident, entre la civilisation sémitique et le monde grec. Son passage de la côte de Tyr aux rivages crétois n’est pas seulement un enlèvement divin : c’est un acte fondateur. Des fils qu’elle donne à Zeus — Minos, Rhadamanthe et Sarpédon — naissent des dynasties et des lignées qui structurent la géographie mythologique du bassin méditerranéen. Europe et le taureau · Fresque de Pompéi (IX 5, 18-21) · Musée archéologique national de Naples · Domaine public « Elle s’avance, curieuse, vers le taureau qui ne fuit pas ; elle cueille des fleurs pour les offrir à sa bouche blanche comme neige. » — Ovide, Métamorphoses, II, 858–875 ✦ Le mythe de l’enlèvement 01 L’enlèvement — De Tyr à la Crète Mythe fondateur · Hésiode · Ovide Selon le récit le plus répandu, Zeus, épris de la beauté d’Europe, se métamorphose en un magnifique taureau blanc au pelage immaculé et aux cornes en croissant de lune, pour l’approcher sans l’effrayer. Europe et ses compagnes cueillent des fleurs au bord de la mer près de Sidon. Attirée par la douceur et la beauté de l’animal, elle s’approche, le caresse, lui offre des fleurs, puis — prise par une audace irraisonnée — monte sur son dos. Zeus saisit l’occasion : d’un bond, il s’élance vers la mer et traverse les flots en direction de la Crète. Europe, agrippée aux cornes du taureau, laisse flotter son voile dans le vent — geste que les artistes et les graveurs de monnaies reproduiront fidèlement pendant des siècles. Sur l’île, Zeus révèle sa véritable nature. De leur union naissent trois fils : Minos, futur roi de Crète et juge des Enfers ; Rhadamanthe, également juge des morts, réputé pour sa justice inflexible ; et Sarpédon, qui selon certaines versions fonde une dynastie en Lycie. Zeus offre à Europe des présents divins : Laelaps, le chien infaillible qui rattrape toujours sa proie ; un javelot qui ne manque jamais sa cible ; et Talos, l’automate de bronze chargé de surveiller les côtes de la Crète. Europe épouse ensuite Astérion, roi de l’île, qui adopte ses fils et lui assure un statut royal. ✦ Représentations remarquables R1 Cratère à figures rouges d’Assteas — Europe sur le taureau Vers 350–340 av. J.-C. Assteas (peintre pestano) · Europe sur le taureau et monstres marins · Vers 350–340 av. J.-C. · Céramique à figures rouges · Musée archéologique national de Paestum · CC BY-SA 3.0 Ce cratère à figures rouges, attribué au peintre Assteas, l’un des maîtres de la céramique pestane de Grande Grèce, constitue l’une des représentations antiques les plus spectaculaires du mythe. Europe y est figurée assise de face sur le taureau bondissant, les bras largement ouverts, son voile déployé formant un arc au-dessus de sa tête — une composition dynamique qui capte l’instant de l’enlèvement en pleine mer, entouré de monstres marins aux corps serpentins. La vivacité du trait rouge sur fond noir, caractéristique de l’école pestane, et la richesse narrative de la scène — avec ses créatures marines qui escortent le taureau divin — font de ce vase un témoignage de premier ordre sur la réception du mythe d’Europe dans le monde grec d’Italie du Sud au IVe siècle avant notre ère. Ce cratère a eu une histoire mouvementée : saisi illicitement, il fut restitué à l’Italie par le J. Paul Getty Museum en 2005 après une procédure judiciaire. ✦ Symbolisme & attributs iconographiques 02 Les emblèmes d’Europe dans l’art et la numismatique Antiquité · Monnaies · Fresques L’iconographie d’Europe est remarquablement stable à travers les siècles : la scène de l’enlèvement — la jeune femme sur le taureau bondissant, voile déployé — constitue l’image canonique qui se décline des monnaies de Gortyne en Crète jusqu’aux fresques de Pompéi. 🐂 Le Taureau blanc Zeus métamorphosé. Symbole de puissance divine et de fertilité ; son pelage immaculé évoque la pureté céleste. 🌬️ Le Voile flottant Déployé au-dessus de la tête d’Europe dans le vent marin. Attribut distinctif reproduit fidèlement sur le denier RRC 377/1. ⚡ Le Foudre Présent derrière Europe sur le revers du denier Volumnia — rappel discret de l’identité divine du taureau. 🌊 La Mer traversée Le voyage de Phénicie en Crète symbolise le passage entre Orient et Occident, lien fondateur des civilisations méditerranéennes. Sur le denier de L. Volumnius Strabo (RRC 377/1), tous ces éléments convergent en une composition d’une grande efficacité narrative : le taureau bondissant à gauche, Europe assise tenant son voile déployé au-dessus de sa tête, le foudre derrière elle et une feuille de vigne sous le taureau — un programme iconographique qui condense le mythe entier sur un flan d’argent de moins de quatre grammes. ✦ Représentation numismatique ⭐ Un revers exceptionnel — Iconographie rare dans le monnayage républicain Le choix du revers « Europe sur le taureau » est inhabituel dans le monnayage romain républicain de cette époque. Ce type iconographique se retrouve principalement sur les monnaies de Gortyne en Crète, ce qui suggère que L. Volumnius Strabo entretenait une connexion — familiale, politique ou commerciale — avec la Crète ou l’Orient hellénistique. L’indice de rareté de cette pièce est de 8, témoignant de sa relative rareté sur le marché numismatique. Frappé en 81 av. J.-C. sous la dictature de Sylla, ce denier serratus (à bord dentelé) illustre la richesse iconographique que les magistrats monétaires républicains pouvaient mobiliser pour signer leur émission. 03 Denier Serratus Volumnia
Anguipède

[TITRE] · Iconographie numismatique · LesDioscures Anguipède Créature mythologique · Jambes de serpent · Iconographie numismatique républicaine Nature Créature mythologique Origine Greco-romaine · Gauloise Attributs Jambes de serpent · Foudre Monnaies RRC 474/4 · 1 type recensé Période frappe 45 av. J.-C. Un anguipède est une créature mythologique dont les membres inférieurs se terminent en forme de serpents. Le terme vient du latin anguis (« serpent ») et pes (« pied »), signifiant littéralement « aux pieds de serpent ». Cette figure hybride traverse les cultures antiques — grecque, romaine, gauloise — et symbolise tantôt le chaos primordial, tantôt la puissance tellurique, tantôt les forces du mal vaincues par l’ordre divin. Dans la numismatique républicaine romaine, l’anguipède fait une apparition remarquable sur le denier Valeria de 45 av. J.-C. — l’une des rares monnaies à représenter explicitement une scène de gigantomachie. Géant anguipède · Statuette romaine en bronze · fin IIe siècle apr. J.-C. · Getty Villa (inv. 92.AB.11) · Domaine public « Le géant Valens, le type de la puissance, de la force et de la valeur, est représenté dans la mythologie comme luttant contre les dieux : il tient la foudre comme Jupiter. » — Ernest Babelon, Description historique des monnaies de la République romaine ✦ La Gigantomachie grecque 01 Les Géants anguipèdes dans l’art grec À partir du IVe siècle av. J.-C. Autel de PergameIIe s. av. J.-C. Dans la tradition gréco-romaine, les anguipèdes sont associés aux Géants de la Gigantomachie — le combat mythique opposant les dieux de l’Olympe aux Géants nés de Gaïa. À partir de ca. 380 av. J.-C., les Géants sont conventionnellement représentés avec des jambes de serpent dans l’art grec. L’exemple le plus célèbre est la Grande Frise de l’Autel de Pergame (IIe s. av. J.-C., aujourd’hui au Pergamonmuseum de Berlin), où Athéna, Zeus et les autres dieux terrassent des Géants anguipèdes dans une composition d’une violence expressionniste saisissante. Typhon, le monstre primordial né de Gaïa et du Tartare, est lui aussi souvent représenté avec des jambes serpentines. Ces représentations symbolisent le triomphe de l’ordre olympien sur le chaos des forces primordiales — une lecture politique autant que cosmologique. ✦ Le Cavalier à l’Anguipède — tradition gallo-romaine 02 Jupiter / Taranis terrassant l’Anguipède Gaule romaine · Ier–IIIe s. apr. J.-C. Cavalier à l’anguipèdeMetz · Musée de la Cour d’Or Dans la Gaule romaine, l’anguipède connaît une fortune iconographique exceptionnelle avec le motif du cavalier à l’anguipède : un dieu équestre — assimilé à Jupiter ou au dieu gaulois Taranis — piétine sous les sabots de son cheval un géant difforme dont les membres inférieurs s’achèvent en serpents. Ces groupes sculpturaux, placés au sommet de colonnes dites colonnes de Jupiter, sont caractéristiques de la Gaule rhénane et du nord-est de la France. On en recense plus de 160 exemplaires entre la Meuse et le Rhin. Les sites majeurs incluent Grand (Vosges), Metz, le Donon et Arlon (Belgique). ⚡ Jupiter / Taranis Dieu céleste et de l’orage — la foudre est son arme contre les forces chthoniennes représentées par l’anguipède. 🐍 Jambes serpentines Symbolisent le lien avec la terre (chthonien) et les forces primordiales du chaos — opposées à l’ordre céleste. 🏛️ Colonnes de Jupiter Monuments cultuels placés près de sources et de thermes — 160+ exemplaires recensés en Gaule rhénane. 🌍 Diffusion géographique De la Gaule jusqu’au Gandhara (nord-ouest Pakistan), en passant par la gigantomachie de Pergame. ✦ Abrasax — l’anguipède des amulettes magiques 03 Abrasax — tête de coq, jambes de serpent Amulettes gréco-romaines · IIe–IVe s. apr. J.-C. AbrasaxGemme magique Dans les cultes gnostiques et magiques de l’Antiquité tardive, Abrasax (ou Abraxas) est l’anguipède par excellence : une entité mystique représentée avec une tête de coq, un corps humain et des jambes serpentiformes, brandissant un bouclier et un fouet. Son nom, dont les lettres grecques totalisent 365 en valeur numérique, le lie au cycle solaire annuel. Ces figures sont fréquentes sur les gemmes magiques — pierres gravées servant d’amulettes — et témoignent d’un syncrétisme entre éléments égyptiens, grecs, juifs et persans. L’inscription IAŌ (forme du tétragramme divin) apparaît fréquemment sous la figure. Abrasax symbolise ainsi une dualité cosmique : à la fois protecteur et force primordiale, pont entre les mondes céleste et chthonien. ✦ Représentation numismatique 🏛️ Monnaie rarissime — Indice de rareté 10 RRC 474/4British Museum · 4,17 g Le denier frappé en 45 av. J.-C. par Lucius Valerius Acisculus est classé avec un indice de rareté de 10 sur 10 — le plus élevé possible. Contrairement aux autres émissions du même monétaire (Europa, Sibylle), le type au géant anguipède a été produit en quantités très limitées, suggérant une émission spéciale ou commémorative. Le géant du revers est identifié par Babelon comme Valens — nom qui partage la même étymologie que Valerius (valere : être fort). C’est une manière pour le monétaire de s’approprier une ascendance divine tout en évoquant la victoire de l’ordre cosmique sur le chaos, en pleine guerre civile romaine. 04 Denier Valeria · Lucius Valerius Acisculus 45 av. J.-C. · Rome ⚡ Jupiter foudroyant le géant Valens · Type parlant ACISCVLVS British Museum · 4,17 g ↗ Fiche 🏛 Légendes & description Avers ACISCVLVS Tête de Jupiter à droite dans une couronne de laurier ; derrière la tête, une petite pioche (acisculus) — type parlant sur le cognomen du monétaire. Jeu de mots visuel typique de la République tardive. Revers L · VALERIVS Géant anguipède de face, prenant de la main droite l’éclair de Jupiter qui a frappé son flanc, la main gauche levée à l’agonie. Scène de Gigantomachie — le géant Valens terrassé par la foudre divine. L’année 45 av. J.-C. est celle de la bataille de Munda, où César écrase les derniers pompéiens. Le géant foudroyé peut représenter les ennemis de la République enfin vaincus — Jupiter (assimilé à César dans la propagande de l’époque) rétablissant la paix universelle. Selon Babelon, le géant Valens est le père d’Esculape dans une tradition mythologique : Coronis allait donner naissance à Esculape quand Apollon, furieux de