Thalie

Thalie Muse de la Comédie · Iconographie numismatique · République romaine NatureMuse, fille de Zeus OrigineGrecque · adoptée par Rome AttributsMasque comique · Pedum · Lierre Période66 av. J.-C. (RRC 410/9) Monnaies1 type · 3 variantes Dans la mythologie grecque, Thalie (en grec ancien Θάλεια / Tháleia, de θάλλειν / thállein, « fleurir, s’épanouir ») est la Muse de la Comédie et de la poésie pastorale. Fille de Zeus et de la Titanide Mnémosyne, elle figure dès la Théogonie d’Hésiode parmi les neuf Muses. Son nom — « la Florissante » — évoque la gaieté et l’abondance qu’elle incarne : Thalie est la Muse du rire, de la satire et des fins heureuses. Les compétences précises des Muses ne se fixent qu’à l’époque hellénistique et romaine. Thalie y reçoit le théâtre comique, mais garde de ses origines champêtres le pedum, la houlette recourbée du berger. On la représente en jeune femme couronnée de lierre — plante de Dionysos, dieu du théâtre —, chaussée des brodequins bas des acteurs comiques et tenant le masque comique. Selon Apollodore, elle aurait eu d’Apollon les Corybantes, danseurs armés du culte de Cybèle. Thalie, Muse de la Comédie · Jean-Marc Nattier · 1739 · Huile sur toile · Legion of Honor, San Francisco · Domaine public Chez Nattier, Thalie couronnée de lierre soulève un rideau de scène sur une comédie en cours ; le modèle pourrait être l’actrice Silvia Balletti, vedette de la Comédie-Italienne et interprète de Marivaux. Dix-sept siècles après le denier de Pomponius Musa, les attributs n’ont pas changé : le lierre et le masque suffisent à nommer la Muse. Melpomene tragico proclamat maesta boatu. / Comica lascivo gaudet sermone Thalia. « Melpomène, sombre, clame dans le fracas tragique ; Thalie la comique se plaît aux propos badins. » — Ausone (attribué), Idylles, XX (Nomina Musarum), v. 2–3 · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1 La Thalie de la salle des Muses — Musées du Vatican Époque hadrienne · 117–138 ap. J.-C. Thalie · Statue de la villa dite de Cassius à Tivoli · Époque hadrienne (117–138 ap. J.-C.) · Marbre · Musées du Vatican, Museo Pio-Clementino Découverte au XVIIIe siècle avec un ensemble de Muses dans la villa dite « de Cassius » à Tivoli, cette statue est aujourd’hui l’une des pièces maîtresses de la salle des Muses du Museo Pio-Clementino. Thalie y est couronnée de lierre et tient le masque comique : les attributs qui la désignent sur le denier républicain se retrouvent ici sur une copie romaine d’époque impériale. Ces cycles sculptés, multipliés dans les villas de l’aristocratie, prolongent un modèle qui était déjà visible à Rome au temps de Pomponius Musa : le groupe des Muses rapporté d’Ambracie par M. Fulvius Nobilior et exposé dans le temple d’Hercules Musarum. R2 Thalie sur le Sarcophage des Muses — Musée du Louvre Première moitié du IIe siècle ap. J.-C. Détail · Sarcophage des Muses · Louvre Ma 475 · Domaine public Trouvé le long de la via Ostiensis, passé par la collection Albani puis par les Musées du Capitole avant d’entrer au Louvre, le grand sarcophage des Muses (Ma 475) aligne les neuf sœurs avec leurs attributs. Thalie s’y distingue par le masque comique qu’elle présente à hauteur de visage et par le pedum — les deux mêmes éléments que le denier RRC 410/9a, deux siècles plus tôt. Les sarcophages à Muses étaient prisés des familles lettrées de l’époque impériale : placer le défunt sous la protection des divinités des arts affirmait sa culture et l’espérance d’une survie par les lettres. Thalie y représente la part légère d’une vie cultivée, l’otium lettré de l’élite romaine, en contrepoint de la gravité de Melpomène. R3 Clio, Euterpe et Thalie — Eustache Le Sueur Vers 1652–1655 Clio, Euterpe et Thalie · Eustache Le Sueur · vers 1652–1655 · Huile sur bois · Musée du Louvre (INV 8057) · Domaine public Peint pour la chambre des Muses de l’hôtel Lambert, à Paris, ce panneau réunit trois des neuf Muses dans un concert champêtre. Thalie y est reconnaissable à son masque comique, attribut immédiatement lisible pour l’amateur du XVIIe siècle. Le Sueur délaisse le pedum antique au profit du seul masque : dans la France classique, Thalie est désormais entièrement associée au théâtre comique, et son lien avec la poésie pastorale s’efface. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Thalie Monnaies · Sculptures · Peintures Les attributs de Thalie reflètent ses deux domaines — la comédie théâtrale et la poésie pastorale. Dans les cycles des neuf Muses, où toutes les sœurs portent la même tunique, ce sont eux seuls qui permettent de les distinguer au premier coup d’œil. 🎭Masque comiqueAttribut le plus constant : la bouche largement ouverte du masque de comédie, pendant du masque tragique de Melpomène. 🌿Couronne de lierrePlante de Dionysos, dans les fêtes duquel — les Dionysies et les Lénéennes d’Athènes — se jouaient les comédies. 🐑PedumHoulette recourbée du berger, souvenir de la poésie bucolique. Elle figure sur la variante RRC 410/9a du denier de Pomponius Musa. 👞BrodequinsLe soccus, chaussure basse de l’acteur comique, opposé au cothurne tragique. Le symbole de l’avers du denier y fait sans doute allusion. Sur le denier RRC 410/9, le graveur retient les deux attributs essentiels : Thalie debout tient le masque comique et, sur une variante, le pedum — de quoi l’identifier sans hésitation sur un flan de 18 mm. ✦ Représentation numismatique ⚡ Seule représentation républicaine — RRC 410/9 · Série des Muses de Pomponius Musa Thalie n’apparaît qu’une fois dans le monnayage de la République romaine : sur le denier RRC 410/9, frappé à Rome en 66 av. J.-C. par le monétaire Quintus Pomponius Musa. Ce type appartient à une série de dix deniers : un Hercule citharède (Hercules Musarum, RRC 410/1) et neuf revers consacrés chacun à une Muse (RRC 410/2 à 410/10), tous avec la tête d’Apollon à l’avers. Le cognomen Musa du monétaire est le prétexte de ce programme sans équivalent : aucun autre magistrat monétaire de la République n’a consacré
Polymnie

Polymnie Muse des hymnes sacrés · Fille de Zeus & Mnémosyne · La Muse méditative · Denier de Q. Pomponius Musa · RRC 410/10 NatureMuse · divinité de l’inspiration ParentsZeus & Mnémosyne DomaineHymnes sacrés · Éloquence · Pantomime AttributsManteau enveloppant · Couronne · Attitude méditative MonnaieRRC 410/10 · Denier Pomponia · ~66 av. J.-C. Polymnie — Polymnia ou Polyhymnia en grec, « celle aux nombreux hymnes » — est la Muse des hymnes sacrés, puis, selon les traditions plus tardives, de l’éloquence et de la pantomime. Fille de Zeus et de la Titanide Mnémosyne (la Mémoire), elle figure déjà dans la liste canonique des neuf Muses que donne Hésiode. Son nom, formé sur poly (nombreux) et hymnos (hymne, louange), dit sa vocation : multiplier les louanges et conférer, par elles, une gloire durable à ceux que les poètes célèbrent. Diodore de Sicile en tire l’étymologie que l’on cite encore. Contrairement à ses sœurs reconnaissables à un instrument ou à un objet — la double flûte d’Euterpe, la lyre de Terpsichore, le globe d’Uranie —, Polymnie se reconnaît à une attitude : drapée dans son manteau, souvent couronnée, les bras enveloppés ou accoudée, dans une pose de recueillement. Sur la monnaie républicaine, elle appartient à la série des neuf Muses frappée vers 66 av. J.-C. par Quintus Pomponius Musa (RRC 410), jeu de mots sur le cognomen du monétaire et programme culturel d’inspiration hellénique sans équivalent dans le monnayage de la République. « Polymnie, parce que par l’abondance de ses louanges (pollè hymnèsis) elle apporte la distinction aux écrivains dont les œuvres leur ont valu une gloire immortelle. » — Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 7, 4 · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1 Polymnie enveloppée — Museo Pio-Clementino, Vatican Marbre · Œuvre romaine du IIe s. ap. J.-C. · Sala delle Muse, inv. 287 Polymnie · Marbre, IIe s. ap. J.-C. · Museo Pio-Clementino (inv. 287), Vatican · Photo Marie-Lan Nguyen · Domaine public La statue de la Sala delle Muse est l’image la plus connue de la Muse. Elle appartient au groupe découvert en 1774 dans la villa dite de Cassius, près de Tivoli, où un ensemble de Muses ornait une demeure de l’aristocratie romaine. Polymnie y est debout, entièrement enveloppée dans son manteau, les bras pris dans le drapé, la tête ceinte d’une couronne de fleurs : aucun instrument, aucun objet, seulement une attitude de recueillement. C’est par cette absence d’attribut matériel que les sculpteurs la distinguaient de ses sœurs. Ce schéma — la Muse drapée, immobile, tournée vers l’intérieur — est exactement celui que reprend le revers du denier de Q. Pomponius Musa. Un autre type, celui de la Muse accoudée, est connu par une copie augustéenne trouvée à Grottaferrata et conservée à Berlin (Antikensammlung, Sk 221), restaurée au XIXe siècle par Christian Daniel Rauch. R2 Polymnie — Ny Carlsberg Glyptotek, Copenhague Marbre · Statue romaine, IIe s. ap. J.-C. · Provenance : Monte Calvo Polymnie · Marbre, IIe s. ap. J.-C. · Ny Carlsberg Glyptotek, Copenhague · Photo ChrisO · CC BY-SA Les ensembles de Muses étaient un décor recherché des villas romaines : les statues, souvent copies ou adaptations de groupes hellénistiques, y matérialisaient la culture lettrée du propriétaire — l’otium consacré aux lettres. La Polymnie de Copenhague appartient à cette production et témoigne de la diffusion du type méditatif bien au-delà de Rome même. R3 Le sarcophage des Muses — Musée du Louvre Marbre · Première moitié du IIe s. ap. J.-C. · Via Ostiense · MR 880 (Ma 475) Sarcophage des Muses · Marbre, 1re moitié du IIe s. ap. J.-C. · Musée du Louvre (MR 880) · Photo Marie-Lan Nguyen · Domaine public Découvert le long de la Via Ostiense, passé par la collection Albani puis les Musées du Capitole, saisi par Bonaparte et conservé au Louvre à la suite d’un échange en 1815, ce sarcophage aligne les neuf Muses avec leurs attributs. La frise permet de voir d’un seul regard ce qui distingue Polymnie : là où ses sœurs tiennent une lyre, un masque, un rouleau ou un globe, elle se tient drapée, sans objet. Le thème des Muses sur les sarcophages exprimait l’idéal d’une vie consacrée à la culture, promesse de survie par la mémoire — Mnémosyne, mère des Muses. R4 Charles Meynier — Polymnie, Muse de l’éloquence 1800 · Huile sur toile, 275 × 177 cm · Cleveland Museum of Art (2003.6.1) Charles Meynier · Polymnie, Muse de l’éloquence · 1800 · Cleveland Museum of Art (2003.6.1) · CC0 Le néoclassique Charles Meynier (1768–1832), Grand Prix de Rome en 1789, peint Polymnie debout devant le buste de l’orateur athénien Démosthène : couronne d’or et voile blanc, un sceptre doré appuyé contre un siège à têtes de lion. La toile appartient à un cycle de cinq tableaux — Apollon avec Uranie, Calliope, Clio, Érato et Polymnie — commandé par le négociant François Boyer-Fonfrède pour sa demeure toulousaine. Acquis en 1819 par le général Nicolas-Antoine de Castella, qui les plaça dans son château de Wallenried en Suisse, les cinq tableaux sont entrés au musée de Cleveland en 2003. La présence de Démosthène fait de Polymnie la patronne de l’éloquence politique : c’est la lecture moderne de la Muse, héritée des traditions tardives. Le denier républicain, lui, en donne l’image la plus ancienne, celle de la Muse silencieuse et recueillie. ✦ Polymnie — La Muse sans attribut 01 Attributs & fonctions — De l’hymne sacré à l’éloquence Hésiode · Diodore de Sicile · Traditions tardives 🎵 Hymnes sacrés Sa fonction première, inscrite dans son nom : les chants de louange adressés aux dieux et aux héros, et la gloire durable qu’ils confèrent. 🧥 Manteau enveloppant Sa marque iconographique : drapée de la tête aux pieds, les bras pris dans l’himation. C’est ainsi qu’elle apparaît au Vatican, sur les sarcophages et sur le denier RRC 410/10. 🤔 Attitude méditative Variante accoudée : coude posé sur un rocher ou un pilier, menton dans la main. Le recueillement qui précède le chant. 🗣️
Bonus Eventus

Bonus Eventus Le Bon Succès · Personnification divine · Iconographie numismatique · République & Empire romains NaturePersonnification divine OrigineRomaine · culte agraire AttributsPatère · Épis · Pavots PériodeIer s. av. – IIIe s. ap. J.-C. MonnaiesScribonia · Galba · Vespasien · Antonin · Sévère Bonus Eventus — littéralement « la bonne issue », le Bon Succès — est l’une des personnifications divines de la religion romaine. Varron, au début de son traité d’agronomie (De re rustica, I, 1, 4-6), le compte parmi les douze divinités qui président à l’agriculture, invoquées par couples : Jupiter et Tellus, Sol et Luna, Cérès et Liber, Robigus et Flora, Minerve et Vénus, enfin Lympha et Bonus Eventus. Dans ce contexte, il incarne l’heureuse issue des travaux des champs. Sous l’Empire, son domaine s’élargit à la réussite en général, et il rejoint les nombreuses abstractions divines que les empereurs font figurer sur leurs monnaies. Des émissions pour Galba, Vespasien, Titus, Antonin le Pieux et Septime Sévère en témoignent. Sous la République, il n’apparaît nommément que sur un seul type : le denier de L. Scribonius Libo (RRC 416/1). « … Boni Eventus simulacrum, dextra pateram, sinistra spicam ac papavera tenens. »« … une statue du Bon Succès, tenant de la main droite une patère, de la gauche un épi et des pavots. » — Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXIV, 77 · à propos d’un bronze d’Euphranor ✦ Origines et culte 01De la divinité agricole à l’allégorie impérialeIer s. av. – IVe s. ap. J.-C. Chez Varron, Bonus Eventus forme couple avec Lympha, divinité de l’eau : sans eau, explique l’agronome, toute culture est vouée à l’échec, et le « bon succès » est précisément ce que le cultivateur attend de ses peines. Son nom ne désigne pas encore une abstraction générale, mais la réussite concrète d’une récolte. L’épithète Bonus, « le Bon », se retrouve dans d’autres puissances divines romaines : Bona Fortuna, Bona Mens, Bona Spes ou la mystérieuse Bona Dea. À la fin de la République puis sous l’Empire, ces abstractions deviennent des instruments du discours public : le magistrat monétaire, puis le prince, les convoquent pour annoncer prospérité et entreprises couronnées de succès. Le culte s’étend aux provinces : à Sirmium (Pannonie) des notables lui consacrent un sanctuaire, et à Caerleon, en Bretagne, un couple lui adresse une dédicace conjointe avec Fortuna. À Rome, Bonus Eventus possédait un temple de date inconnue sur le Champ de Mars. Il n’est connu que par Ammien Marcellin (XXIX, 6, 19), à propos d’un portique neuf, la porticus Boni Eventus, élevé à côté en 374 ap. J.-C. par le préfet de la Ville Claudius. Cinq chapiteaux corinthiens de très grandes dimensions, mis au jour au XIXe siècle dans le secteur des jardins d’Agrippa, pourraient en provenir. Plan du Champ de Mars central · Rome antique · Le portique et le temple de Bonus Eventus se trouvaient dans le secteur des jardins et des thermes d’Agrippa · Wikimedia Commons ✦ Attributs iconographiques 02Les emblèmes de Bonus EventusMonnaies · Gemmes · Sculptures Sur les monnaies impériales et les gemmes, Bonus Eventus présente une iconographie remarquablement stable : un jeune homme nu debout, une jambe fléchie, la tête tournée vers la patère qu’il tient de la main tendue. Parfois une chlamyde lui couvre le dos, ou un himation passé sur l’épaule encadre son torse. Les épis et les pavots sont ses attributs habituels. 🏺PatèreCoupe de libation tenue dans la main tendue : le geste d’offrande rituelle qui appelle et remercie la faveur des dieux. 🌾Épis de bléRappel de la fonction agraire originelle du dieu, celui que Varron range parmi les protecteurs des cultures. 🌺PavotsAssociés à Déméter/Cérès. Joints aux épis, ils évoquent l’univers des cultes éleusiniens. 🏛️Nudité héroïqueConvention de la statuaire grecque, reprise par Rome : elle signale la nature divine et idéale de la figure. La réunion épis + pavots est caractéristique : c’est la combinaison propre à Déméter (Cérès). Elle a conduit les modernes à rapprocher l’original grec de la statue d’Euphranor d’une divinité éleusinienne, le plus souvent Triptolème — alors qu’aucune image conservée de Triptolème ne montre cette association. Bonus Eventus est aussi l’un des motifs favoris des intailles : dans le dépôt d’un joaillier découvert à Snettisham (Norfolk), il figure sur un quart des 127 pierres gravées, devant Cérès et Fortuna — signe de la fonction protectrice qu’on lui prêtait au quotidien. Intaille romaine · Bonus Eventus à la chlamyde, tenant épis et patère · BnF, Monnaies, médailles et antiques, inv. 58.1738 Intaille romaine à Bonus Eventus · découverte en Angleterre · Portable Antiquities Scheme · Wikimedia Commons ✦ Les statues grecques rebaptisées 03Euphranor, Praxitèle et l’invention d’une iconographieIVe s. av. J.-C. – Ier s. ap. J.-C. Pline l’Ancien mentionne deux statues de « Bonus Eventus » visibles à Rome, qui étaient en réalité des œuvres grecques rebaptisées : on ignore quel dieu elles représentaient à l’origine, et même si c’était le même. La première est un bronze d’Euphranor, sculpteur et peintre athénien du IVe siècle av. J.-C. (XXXIV, 77). Pline la cite dans la liste des œuvres de l’artiste, entre la Minerve « Catulienne » dédiée au pied du Capitole et la Latone du temple de la Concorde. La figure tenait une patère, un épi et des pavots : on y voit souvent le modèle de l’iconographie des monnaies et des gemmes. La seconde est un marbre de Praxitèle, placé au Capitole avec une statue de Bona Fortuna (XXXVI, 23). L’archéologue Adolf Furtwängler a proposé d’y reconnaître à l’origine un Agathos Daimon, le « bon génie » grec, accompagné d’une Agathè Tychè dont la Bona Fortuna serait la traduction latine. Bolognino Zaltieri · gravure pour les Imagini degli Dei de Vincenzo Cartari (Venise, 1571) · la Renaissance relit Bonus Eventus d’après les textes antiques · Wikimedia Commons ✦ Représentations numismatiques républicaines ⚡ Principale émission républicaine — Denier Scribonia Le denier de Lucius Scribonius Libo, frappé en 62 av. J.-C. (RRC 416/1), est le seul type républicain qui nomme Bonus Eventus : la légende BON
Mercure

Mercure Dieu du Commerce & des Voyageurs · Mythologie romaine · Iconographie numismatique NatureDieu olympien DomaineCommerce · Voyages · Messages FamilleJupiter & Maïa Équivalent grecHermès SourcesOvide · Virgile · Horace · Tite-Live Mercure (Mercurius en latin) est l’une des figures les plus actives du panthéon romain, assimilé très tôt au grec Hermès mais réinterprété à la lumière des valeurs romaines. Son nom est rapproché dès l’Antiquité du latin merx — la marchandise — et de mercator, le marchand : sa vocation première est de protéger les échanges, les routes et la prospérité économique de l’Vrbs. Fils de Jupiter, roi des dieux, et de Maïa, l’aînée des Pléiades, Mercure naît doué d’une intelligence vive et d’une agilité sans égale. Messager entre les sphères céleste, terrestre et infernale, il incarne la mobilité sous toutes ses formes — celle des corps sur les routes, celle des mots dans la négociation, celle des âmes vers l’au-delà. Dans la numismatique républicaine romaine, Mercure est surtout le dieu du sextans : sa tête coiffée du pétase ailé orne pendant plus d’un siècle cette petite dénomination de bronze. Sur l’argent, il reste rare, mais lui doit l’une des plus belles compositions de la fin de la République, le denier serratus de C. Mamilius Limetanus. « Mercure, éloquent petit-fils d’Atlas, toi qui, habile, as façonné par la parole les mœurs farouches des premiers hommes… » — Horace, Odes, I, 10, 1-3 · publiées en 23 av. J.-C. ✦ Origine & identité 01 Naissance de Mercure — fils de Jupiter et de Maïa Mythologie · Tradition héritée d’Hermès Mercure naît de l’union secrète de Jupiter et de Maïa, fille d’Atlas, dans une grotte du mont Cyllène, en Arcadie, à l’abri des regards de Junon. De cette naissance clandestine, le dieu tire une nature double : la majesté héritée de Jupiter, et la discrétion, la ruse et l’habileté manuelle qui feront sa réputation. Dès sa naissance, le jeune dieu se révèle d’une précocité prodigieuse. Selon l’Hymne homérique à Hermès, né à l’aube, il invente la lyre à midi et, le soir même, s’échappe de la grotte maternelle pour voler le bétail sacré d’Apollon. Cet épisode fondateur fait de lui un dieu de l’ingéniosité, du mouvement et des frontières que les dieux eux-mêmes peinent à surveiller. À Rome, le nom de Mercurius ancre sa personnalité dans la réalité économique de la cité. Moins inquiétant que son homologue grec, le Mercure romain est avant tout un protecteur pragmatique : celui des marchés, des transactions et des gains. 02 Hermès & Mercure — similitudes et divergences Interpretatio romana · Ve–IIe s. av. J.-C. Le processus d’interpretatio romana — par lequel Rome rapproche les divinités étrangères des siennes — conduit à identifier Mercure à l’Hermès grec avec une grande précision. Les deux dieux partagent la même généalogie (fils de Zeus/Jupiter et de Maïa), les mêmes attributs (caducée, sandales ailées, pétase) et la même fonction de messager divin. Le glissement est pourtant réel. Hermès est un dieu aux multiples facettes, parfois inquiétant, associé aux carrefours nocturnes, aux voleurs et aux passages entre les mondes. Mercure, lui, se définit d’abord par son utilité sociale : il est le patron des marchands, des artisans, des orateurs et des voyageurs — toutes activités qui supposent une circulation fluide des hommes, des biens et des mots. ✦ Attributs iconographiques 03 Les emblèmes de Mercure Sculpture · Monnaies · Fresques Mercure est l’une des divinités romaines les plus aisément reconnaissables grâce à un ensemble d’attributs stables, transmis par la tradition hellénique et pleinement adoptés par l’iconographie romaine. Il apparaît sous les traits d’un jeune homme imberbe et athlétique, souvent en mouvement. 🪄CaducéeBâton entouré de deux serpents entrelacés, souvent ailé. Insigne du héraut, symbole de paix et de négociation, attribut central de Mercure. 👟TalariaSandales ailées qui lui confèrent une vitesse prodigieuse et symbolisent sa fonction de messager traversant les espaces sans entrave. 🎩Pétase ailéChapeau de voyageur à larges bords, orné d’ailes. C’est l’attribut qui l’identifie sur les monnaies, notamment sur le sextans de bronze. 👛Bourse (marsupium)Attribut proprement romain, la bourse symbolise le gain, le commerce prospère et la protection que Mercure accorde aux marchands. 🐓Coq & bélierAnimaux qui l’accompagnent fréquemment, notamment sur les reliefs et statuettes gallo-romains : le coq, annonciateur du jour, et le bélier ou le bouc, rappel du dieu protecteur des troupeaux. Relief de Mercure · Rome · Wikimedia Commons Sur les monnaies, Mercure apparaît en tête ou en buste de profil, coiffé du pétase ailé, parfois le caducée sur l’épaule : ces éléments suffisent à l’identifier, même sur les plus petites dénominations de bronze. ✦ Rôles & fonctions 04 Messager des dieux — entre Olympe, Terre et Enfers Tradition grecque et romaine La fonction première de Mercure est celle de messager divin. C’est lui que Jupiter délègue pour porter ses ordres aux mortels, aux héros et aux autres divinités. Il franchit sans effort les frontières qui séparent le ciel, la terre des hommes et le monde souterrain. Cette fonction de médiateur lui confère aussi le rôle de psychopompe — guide des âmes des défunts vers l’au-delà. Loin de contredire son caractère vif et commercial, cette mission souligne sa nature de passeur universel. Dans l’Énéide de Virgile, c’est Mercure que Jupiter envoie rappeler Énée à son destin lorsque le héros s’attarde à Carthage auprès de Didon (IV, 238-278). Le dieu chausse ses talaires, prend sa baguette, traverse les nuées et délivre le message divin avec une autorité irrésistible. 05 Protecteur des marchands — dieu du commerce Rome républicaine · Ve–Ier s. av. J.-C. À Rome, Mercure est avant tout le dieu des marchands. Son temple, dédié en 495 av. J.-C., se dresse près du Circus Maximus, au pied de l’Aventin, à proximité des zones d’échange de la ville. Selon Tite-Live (II, 27), la dédicace fut confiée par le peuple au centurion M. Laetorius, chargé en même temps de veiller à l’approvisionnement et d’instituer un collège des marchands (mercatorum collegium) — dans un contexte de vives tensions entre patriciens et plébéiens. Cette fondation fait de Mercure le patron
Quirinus

Quirinus Dieu de la triade archaïque · Romulus divinisé · Flamen Quirinalis · Iconographie numismatique NatureDivinité romaine archaïque TriadeJupiter · Mars · Quirinus AttributsLance (curis) · Couronne de laurier FêteQuirinalia · 17 février AssimilationRomulus divinisé Quirinus est l’une des divinités les plus anciennes et les plus énigmatiques du panthéon romain. Troisième membre de la triade archaïque — aux côtés de Jupiter et de Mars, dont les trois flamines maiores gardent la trace —, il incarne une fonction que les Romains eux-mêmes avaient en partie oubliée à l’époque républicaine, au point de l’identifier à Romulus divinisé, le fondateur de la cité. Son nom se prêtait déjà dans l’Antiquité à plusieurs étymologies, qu’Ovide énumère : le mot sabin curis, « lance », qui en ferait un dieu-guerrier ; les Quirites, le peuple romain, qui auraient donné leur nom à leur roi ; ou Cures, la ville sabine de Titus Tatius, que Romulus aurait unie à Rome. Les modernes y ajoutent un rapprochement avec *co-uirium, l’assemblée des hommes, d’où viendrait aussi curia. Chaque étymologie dessine un Quirinus différent — guerrier, sabin, civique — et aucune ne s’impose définitivement. Dans la numismatique républicaine, Quirinus est presque absent des représentations figurées, rareté exceptionnelle pour une divinité de premier rang. Son visage n’est nommé que sur le denier de C. Memmius (RRC 427/2, 56 av. J.-C.), où la légende QVIRINVS l’identifie ; son nom apparaît aussi, abrégé, sur le bouclier du denier de N. Fabius Pictor (RRC 268/1, 126 av. J.-C.), dont la famille avait donné au dieu un flamine et célébrait sur le Quirinal un sacrifice gentilice (Tite-Live, V, 46, 2). Ce quasi-silence iconographique témoigne de l’archaïsme du culte. « Le jour suivant est libre ; le troisième est dédié à Quirinus — il porte ce nom, il fut Romulus auparavant —, soit que les anciens Sabins aient appelé la lance curis, soit que les Quirites aient donné leur nom à leur roi, soit parce qu’il avait uni Cures aux Romains. » Proxima lux vacua est, at tertia dicta Quirino, / qui tenet hoc nomen (Romulus ante fuit)… — Ovide, Fastes, II, 475-480 · trad. LesDioscures ✦ Représentations numismatiques R1 Denier 1401ME — Quirinus et Cérès · C. Memmius · RRC 427/2 56 av. J.-C. 🏛 Tête laurée et barbue de Quirinus · Cérès assise au revers RRC 427/2 · Babelon Memmia 9 · Sydenham 921 · Argent · Rome, 56 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers QVIRINVS · C·MEMMI·C·F Tête laurée de Quirinus à droite, barbue, la barbe en boucles ordonnées ; derrière, QVIRINVS ; devant, C·MEMMI·C·F (Caius Memmius Caii filius), nom du monétaire. Revers MEMMIVS·AED·CERIALIA·PREIMVS·FECIT Cérès assise à droite, tenant une torche de la main gauche et des épis de la main droite ; devant elle, un serpent. La légende rappelle qu’un Memmius, édile, fut le premier à donner les jeux des Cerialia. Ce denier est la seule représentation figurée de Quirinus identifiée par son nom dans toute la série républicaine. Il est frappé en 56 av. J.-C. par C. Memmius C. f., futur tribun de la plèbe en 54. Le dieu n’y a rien du jeune fondateur guerrier : barbu, lauré, d’âge mûr, il présente l’image d’un Romulus passé dans l’éternité de la divinisation. Cette sobriété souligne la dimension civique et protectrice du dieu plutôt que sa dimension martiale. R2 Denier 1400ME — Cérès et trophée · C. Memmius · RRC 427/1 56 av. J.-C. RRC 427/1 · Babelon Memmia 10 · Sydenham 920 · Argent · Rome, 56 av. J.-C. Ce denier est le pendant direct du RRC 427/2 : même monétaire, même année. La tête de Cérès couronnée d’épis occupe l’avers, avec C·MEMMI·C·F ; au revers, un trophée au pied duquel est agenouillé un captif nu, les mains liées dans le dos, entre les légendes C·MEMMIVS et IMPERATOR. Ce revers rappelle l’acclamation comme imperator de C. Memmius L. f., préteur en 58 et gouverneur de Bithynie-Pont en 57 — le protecteur de Catulle et le dédicataire de Lucrèce —, père du monétaire selon les uns, oncle selon les autres. La victoire qui lui valut ce titre reste inconnue. Ensemble, les deux deniers forment un diptyque de propagande familiale : l’ancêtre divin, l’édile bienfaiteur, le général victorieux. R3 Denier 1039FA — Le bouclier QVIRIN · N. Fabius Pictor · RRC 268/1 126 av. J.-C. RRC 268/1b · N. Fabius Pictor · 126 av. J.-C. Au revers, un personnage casqué et cuirassé, assis à gauche, tient de la main droite l’apex — le bonnet à pointe des flamines — et de la gauche une lance ; à ses côtés, un bouclier porte l’inscription QVI/RIN en deux lignes. La lecture traditionnelle y reconnaît Q. Fabius Pictor, flamine de Quirinus empêché en 189 d’exercer sa préture en Sardaigne (voir section 03). Une autre lecture a été défendue par W. Hollstein (2011) : le personnage serait le dieu Quirinus lui-même, en armes, accompagné des insignes de son prêtre. Si on l’accepte, le denier de 126 serait la plus ancienne image monétaire du dieu, antérieure de soixante-dix ans à celle de Memmius. La question reste ouverte, et plusieurs musées ont adopté une formule prudente (« Q. Fabius Pictor ou Quirinus »). ⚡ Une iconographie quasi absente de la numismatique romaine Membre de la triade la plus ancienne de Rome, pourvu d’un flamen majeur et d’un temple sur l’une des collines, Quirinus n’apparaît sous une forme nommée que sur un seul type républicain, le denier RRC 427/2 — si l’on écarte l’hypothèse d’un Quirinus en armes sur le RRC 268/1. Ce silence contraste avec l’omniprésence de Minerve, de Diane ou de Mercure, et reflète l’archaïsme d’un culte dont le sens était déjà obscur aux Romains de la fin de la République. Le type de Memmius connut pourtant une seconde vie : il fait partie des deniers républicains restitués sous Trajan, qui fit refrapper une sélection de types anciens. ✦ Nature et attributs de Quirinus 01 Les fonctions du dieu · Débat antique et moderne Religion archaïque La nature de Quirinus a fait l’objet d’interprétations contradictoires
Cybèle

Cybèle Kybèle · Grande Mère des Dieux · Iconographie numismatique · République romaine NatureDéesse · Magna Mater OriginePhrygie · Anatolie AttributsLion · Couronne tourelée · Tympanon ParèdreAttis Sur les monnaiesIIe–Ier s. av. J.-C. Cybèle — ou Kybèle — est la grande déesse phrygienne de la fertilité, de la nature sauvage et des montagnes. Originaire d’Anatolie, elle était vénérée comme la Magna Mater, la « Grande Mère » des dieux et des hommes, puissance primordiale antérieure à l’Olympe. Associée aux grottes, aux lions et aux remparts des cités, elle incarne à la fois la fécondité de la terre et la force protectrice qui entoure les villes. Son culte pénètre dans le monde grec dès le VIe siècle av. J.-C., puis atteint Rome en 204 av. J.-C., pendant la deuxième guerre punique, à la suite d’un oracle des livres sibyllins promettant que la venue de la « Mère de l’Ida » permettrait de chasser l’ennemi d’Italie. La pierre noire de Pessinonte, image aniconique de la déesse, fut solennellement transportée jusqu’à Rome — épisode fondateur de son culte officiel. Elle reçut un temple sur le Palatin et devint une divinité de l’État romain, honorée jusqu’à la fin de l’Antiquité. Sur les monnaies républicaines, Cybèle apparaît sous la forme de son buste tourelé — la couronne en forme de remparts signifiant sa tutelle sur les cités — ou trônant dans un char tiré par des lions. On la trouve sur le denier de C. Fabius Hadrianus (RRC 322/1), sur les deniers d’édiles curules de P. Furius Crassipes (RRC 356/1) et de M. Plaetorius Cestianus (RRC 409/2), et sur le denier de M. Volteius (RRC 385/4). Chante-moi, Muse harmonieuse, fille du grand Zeus, la Mère de tous les dieux et de tous les hommes : elle aime le fracas des crotales et des tambourins, le frémissement des flûtes, le cri des loups et des lions au regard fauve, les montagnes qui résonnent et les retraites boisées. — Hymne homérique XIV, À la Mère des dieux, v. 1–5 ✦ Mythologie & Origines 01 Cybèle & Attis · Le mythe de la mort et du retour Ovide, Fastes, IV · Pausanias, VII, 17 · Arnobe, V Le mythe central de Cybèle est celui de son amour pour Attis, un beau jeune homme phrygien qu’elle choisit comme prêtre et compagnon, lui imposant un vœu de chasteté. Dans la version d’Ovide, Attis rompt ce vœu en s’éprenant de la nymphe Sagaritis ; frappé de folie par la déesse, il se mutile lui-même. D’autres traditions, rapportées par Pausanias et Arnobe, le font mourir de sa blessure au pied d’un pin : la déesse, saisie de remords, obtient alors de Zeus que son corps ne se corrompe pas — selon Arnobe, ses cheveux continuent de croître et son petit doigt de remuer, image d’une vie suspendue entre mort et renaissance. La mort et le retour d’Attis — célébrés en mars à l’époque impériale — ont été lus dès l’Antiquité comme une allégorie du cycle végétal : la végétation qui meurt en hiver et renaît au printemps. Les prêtres de Cybèle, les Galli, s’émasculaient en mémoire d’Attis, au cours de cérémonies extatiques rythmées par les tympanons et les cymbales. 02 L’arrivée à Rome · 204 av. J.-C. · La pierre noire de Pessinonte Tite-Live, Ab Urbe Condita, XXIX En 205 av. J.-C., les livres sibyllins consultés sur ordre du Sénat annoncèrent que l’ennemi établi en Italie serait chassé si la Mère de l’Ida était amenée de Phrygie à Rome. Une ambassade se rendit auprès du roi Attale de Pergame, qui la conduisit à Pessinonte, d’où fut rapportée la pierre noire sacrée incarnant la présence de la déesse. Au printemps 204 av. J.-C., elle fut accueillie à Ostie par P. Cornelius Scipio Nasica, désigné par le Sénat comme le meilleur des citoyens, puis remise aux matrones romaines — parmi lesquelles la tradition distingue Claudia Quinta — qui la portèrent jusqu’à Rome. Placée d’abord dans le temple de la Victoire sur le Palatin, la déesse — honorée sous le nom de Mater Deum Magna Idaea — reçut en 191 av. J.-C. son propre temple sur la même colline, au cœur du lieu où la tradition plaçait la fondation de Romulus. Des jeux en son honneur, les Megalesia, furent célébrés chaque année en avril. 03 Cybèle & Énée · La déesse protectrice des Troyens Virgile, Énéide, IX–X Dans l’Énéide, Cybèle joue un rôle discret mais capital. Les pins du mont Ida — sa montagne sacrée — furent abattus pour construire la flotte d’Énée. La déesse demanda à Jupiter de protéger ces navires ; ne pouvant leur accorder l’immortalité, il lui promit qu’une fois leur tâche accomplie ils deviendraient des divinités marines. Lorsque Turnus tenta d’incendier la flotte troyenne, les vaisseaux rompirent leurs amarres et se changèrent en nymphes. Ce prodige exprime la protection de Cybèle sur la mission fondatrice d’Énée — et, à travers lui, sur Rome elle-même. Cette tradition liait Cybèle à l’origine troyenne de Rome et éclaire l’accueil fait à son culte : la Grande Mère de l’Ida phrygien était, en quelque sorte, déjà romaine par son lien à Troie et à la geste d’Énée. ✦ Attributs & Iconographie 🦁LionAnimal de Cybèle, qui trône entre des lions ou sur un char tiré par eux — signe de sa maîtrise sur la nature sauvage. 🏰Couronne toureléeCouronne en forme de remparts de cité — Cybèle protège les villes comme une muraille divine. Attribut distinctif sur les monnaies. 🥁TympanonTambourin des rites extatiques donnés en son honneur. Sa musique rythme les processions des Galli. 🗝️CléSelon Isidore de Séville, la clé signifie que la terre se ferme en hiver et s’ouvre au printemps. 🌾Épis & pavotsSymboles de fertilité et d’abondance — la statue de la Getty Villa tient un bouquet d’épis et de pavots. 🏔️MontagnesDéesse des hauteurs et des grottes, Cybèle est la Mère de l’Ida et du Dindyme — lieux de ses mystères. ✦ Cybèle sur les monnaies romaines 04 Denier Fabia · Buste de Cybèle au droit RRC 322/1b · 102 av. J.-C. · C.
Saturne

Saturne Dieu des semailles & de l’Âge d’or · Gardien de l’Aerarium · Iconographie numismatique NatureDivinité OrigineLatine · assimilé à Cronos AttributsHarpè · Voile · Laurier PériodeIIIe – Ier s. av. J.-C. MonnaiesSemis de bronze · Deniers Saturne (Saturnus) est l’une des plus anciennes divinités de Rome. Dieu latin des semailles — les Anciens rapprochaient son nom de satus, « l’ensemencement » (Varron, De lingua latina, V, 64) —, il fut assimilé au Titan grec Cronos et devint dans la tradition romaine le roi d’un Âge d’or révolu. Son temple, au pied du Capitole, abritait l’Aerarium Saturni, le trésor public de la République. Dans le mythe grec, Cronos, fils d’Ouranos et de Gaïa, mutila son père avec une faucille forgée par sa mère, puis dévora ses enfants pour échapper à la prophétie qui lui annonçait sa chute — jusqu’à ce que son épouse Rhéa (l’Ops des Romains) sauve le dernier-né, Zeus. Les poètes latins prolongent le récit : chassé du ciel par Jupiter, Saturne trouva refuge en Italie, où il fut accueilli par Janus (Ovide, Fastes, I, 233–240). Il y enseigna l’agriculture et donna des lois aux hommes ; le Latium aurait tiré son nom de ce dieu « caché » (latere) sur ses rivages (Virgile, Énéide, VIII, 322–323). En numismatique, Saturne est d’abord le dieu du semis : sa tête laurée orne le droit de cette dénomination de bronze pendant plus de deux siècles. Il n’apparaît en revanche que sur une poignée de deniers, frappés à partir de la fin du IIe siècle av. J.-C., où il renvoie presque toujours au trésor public dont il était le gardien. « Le premier, Saturne vint des hauteurs de l’Olympe, fuyant les armes de Jupiter, roi exilé dépouillé de son royaume. Il rassembla cette race indocile, dispersée sur les hautes montagnes, et lui donna des lois. » primus ab aetherio uenit Saturnus Olympo / arma Iouis fugiens et regnis exsul ademptis. / is genus indocile ac dispersum montibus altis / composuit legesque dedit — Virgile, Énéide, VIII, 319–322 · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1Saturne voilé à la harpè — Fresque de PompéiAvant 79 apr. J.-C. Saturne voilé tenant la harpè · Maison des Dioscures, Pompéi · Musée archéologique national de Naples · Photo Carole Raddato, CC BY-SA 4.0 Cette fresque provenant de la Maison des Dioscures à Pompéi montre l’image la plus classique du dieu : un vieillard barbu, la tête couverte d’un pan de son manteau — capite velato, à la manière d’un sacrifiant romain —, tenant la harpè, la faucille recourbée qui est son attribut constant. Le voile n’est pas un détail : à Rome, on sacrifiait à Saturne la tête découverte selon le « rite grec », tandis que le dieu lui-même était représenté voilé. Sur les monnaies républicaines, l’image se simplifie : seule subsiste la tête laurée accompagnée de la harpè, assez lisible pour être reconnue sur un petit flan de bronze ou d’argent. R2Le temple de Saturne au Forum romainDédié en 497 av. J.-C. · état tardo-antique Temple de Saturne, siège de l’Aerarium · Forum romain · Wikimedia Commons L’inscription de restauration sur la frise · Wikimedia Commons Les huit colonnes encore debout au pied du Capitole appartiennent au dernier état du temple de Saturne. La frise porte l’inscription SENATVS POPVLVSQVE ROMANVS INCENDIO CONSVMPTVM RESTITVIT : « le Sénat et le peuple romain l’ont restauré après un incendie ». Le sanctuaire d’origine fut dédié selon la tradition en 497 av. J.-C. (Tite-Live, II, 21), ce qui en fait l’un des plus anciens temples de la ville. Sous son podium se trouvait l’Aerarium, le trésor de l’État : réserves de métal, archives financières et étendards des légions. C’est cette fonction, bien plus que le mythe, qui explique la présence de Saturne sur plusieurs deniers de questeurs, magistrats chargés justement de la garde du trésor. R3Saturne dévorant un de ses fils — Francisco de Goya1819–1823 Saturne dévorant un de ses fils · Francisco de Goya · 1819–1823 · Peinture murale transposée sur toile · Musée du Prado, Madrid · Domaine public L’une des « peintures noires » que Goya exécuta sur les murs de sa maison, la Quinta del Sordo, traduit la face la plus sombre du mythe : un géant hagard dévorant le corps d’un de ses enfants. La toile bascule du symbole religieux vers l’expression psychologique — la peur, la folie du pouvoir, le temps qui consume ce qu’il engendre. Ce Saturne dévorateur est l’héritier de la confusion tardive entre Cronos et Chronos, le Temps personnifié. Il n’a presque rien en commun avec le vieillard au front lauré des monnaies républicaines, garant de l’abondance et du trésor de l’État. Les deux lectures coexistaient pourtant dès l’Antiquité : Saturne était à la fois le roi bienveillant de l’Âge d’or et le père qui avait dévoré ses enfants. ✦ Attributs iconographiques 01Les emblèmes de SaturneMonnaies · Peintures · Reliefs L’iconographie de Saturne est remarquablement stable. Quelques attributs suffisent à l’identifier, aussi bien dans la grande peinture que sur un flan de quelques grammes. 🌙La harpèFaucille recourbée, outil de la moisson et arme qui servit à mutiler Ouranos. Placée derrière la nuque du dieu sur les monnaies, elle permet de l’identifier immédiatement. 🧣Le voileDans la peinture et la sculpture, Saturne porte un pan de manteau rabattu sur la tête (capite velato), signe de son ancienneté et de sa dignité sacrée. 🌿La couronne de laurierSur les semis et la plupart des deniers, la tête du dieu est laurée et barbue, souvent sévère. 🔗Les liens de laineLa statue de culte du temple avait les pieds liés de bandelettes de laine, dénouées seulement pendant les Saturnales (Macrobe, I, 8, 5). 🏛️L’AerariumLe trésor public, conservé dans son temple au pied du Capitole : un lien direct entre le dieu et la monnaie de l’État. Sur les monnaies, Saturne se reconnaît donc à sa tête barbue et laurée, accompagnée de la harpè. Le type le plus ancien et de loin le plus répandu est celui du semis ; sur les deniers des Memmii
Salus

Salus Déesse de la santé & du salut public · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité romaine OrigineSabine (Varron) AttributsSerpent · Patère · Sceptre TempleQuirinal · 302 av. J.-C. Fête5 août (Nones de Sextilis) Salus — dont le nom latin désigne à la fois la santé, le salut et la sécurité — est l’une des divinités les plus anciennes et les plus polyvalentes du panthéon romain. Elle veille sur la santé des individus comme sur le bien-être de l’État, ce que les Romains appellent la Salus Publica Populi Romani. Le mot lui-même a traversé les siècles : le latin chrétien salus (le salut de l’âme), l’espagnol salud, l’italien salute. Varron la range parmi les divinités dont l’autel aurait été introduit par le roi sabin Titus Tatius. Son grand sanctuaire s’élevait sur le Quirinal, au lieu-dit collis Salutaris : voué en 311 av. J.-C. par le consul Caius Junius Bubulcus Brutus pendant la deuxième guerre samnite, mis en adjudication lorsqu’il était censeur, il fut dédié par lui, devenu dictateur, en 302 av. J.-C. Ses parois furent peintes par Gaius Fabius Pictor — le plus ancien peintre romain connu par son nom, d’où le cognomen Pictor de sa branche de la gens Fabia. Dans la numismatique républicaine, Salus n’apparaît que sur deux émissions : la tête de Salus dans un torque du denier de Decimus Junius Silanus (RRC 337/2, 91 av. J.-C.), et la tête laurée légendée SALVTIS du denier de Manius Acilius Glabrio (RRC 442/1, 49 av. J.-C.), associée au revers à Valetudo, la santé du corps — seule représentation de Valetudo dans tout le monnayage romain. « Ollis salus populi suprema lex esto. » Que le salut du peuple soit pour eux la loi suprême. — Cicéron, De Legibus, III, 3, 8 (à propos des consuls) · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1 Denier 1422AC · Acilia · RRC 442/1 · Manius Acilius Glabrio 49 av. J.-C. 🐍 Tête laurée de Salus · Valetudo debout au serpent RRC 442/1 · Babelon Acilia 8 · Sydenham 922 · Sear RCV 412 · Argent · Rome, 49 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers SALVTIS Tête laurée de Salus à droite, avec collier et pendant d’oreille ; légende derrière la tête, montante (RRC 442/1a) ou descendante (442/1b). Grènetis. Revers MN · ACILIVS — III · VIR · VALETV Valetudo debout à gauche, le bras gauche appuyé sur une colonne, tenant un serpent de la main droite ; MN et TV en ligature. Grènetis. Le génitif SALVTIS (« de Salus ») et l’abréviation VALETV(dinis) au revers nomment explicitement les deux figures : c’est la seule monnaie romaine où Valetudo apparaît. Le couple n’est pas une redondance : Salus incarne le salut au sens large, public et politique ; Valetudo, terme courant du latin pour l’état de santé d’une personne, renvoie au corps. Le type est généralement rapproché d’une tradition rapportée par Pline l’Ancien d’après l’annaliste Cassius Hemina (Histoire naturelle, XXIX, 12) : en 219 av. J.-C., le premier médecin grec établi à Rome, le Péloponnésien Archagathos, reçut le droit de cité et une boutique achetée aux frais de l’État au compitum Acilium, le carrefour des Acilii. Babelon y voyait une allusion de la gens Acilia à ce titre de gloire familial — une lecture plausible mais qui reste une hypothèse moderne. La Valetudo accoudée a parfois été rapprochée d’une statue connue à Rome : Pline (XXXIV, 80) mentionne un Esculape et une Hygie du bronzier Nikératos dans le temple de la Concorde. Aucune source n’établit le lien avec la monnaie ; il faut le tenir pour une simple conjecture. La date compte : 49 av. J.-C. est l’année où César franchit le Rubicon. Le monétaire rejoindra son camp — Manius Acilius Glabrio commande pour César à Oricum en 48 (César, Guerre civile, III, 15 et 39). Invoquer Salus au moment où la guerre civile éclate n’est pas un choix anodin. R2 Denier 1192JU · Junia · RRC 337/2 · Decimus Junius Silanus 91 av. J.-C. 🌿 Tête de Salus dans un torque · Victoire en bige RRC 337/2 · Babelon Junia 18 · Sear RCV 223 · Argent · Rome, 91 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers SALVS (sur certaines variétés) · marque de contrôle Tête diadémée de Salus à droite ; un torque sert de bordure au champ. Selon les variétés (337/2a–f), légende et marque de contrôle sous ou devant la tête. Revers D · SILANVS · L · F — ROMA Victoire en bige au galop à droite, tenant une palme et les rênes de la main gauche, un fouet de la main droite ; marque de contrôle ou légende sous les chevaux, ROMA à l’exergue. Le torque n’entoure pas le cou de la déesse : il encercle toute l’image, à la manière d’un grènetis. Ce collier gaulois est l’emblème des Manlii Torquati, dont l’ancêtre T. Manlius l’avait arraché à un Gaulois vaincu en combat singulier. Il signale ici la parenté entre les deux familles : au IIᵉ siècle, un fils de T. Manlius Torquatus était passé par adoption chez les Silani (D. Iunius Silanus Manlianus, préteur en 141 av. J.-C.). Le même torque encadre d’ailleurs le masque de Silène — jeu de mots sur Silanus — d’une autre émission du même monétaire (RRC 337/1, fiche 1190JU). Le choix de Salus renvoie, selon Babelon, au temple du Quirinal voué par C. Junius Bubulcus Brutus, que les Junii pouvaient revendiquer comme un titre de gloire familial. Mémoire gentilice et piété publique se confondent : la déesse du salut de l’État devient l’affiche d’une famille. ⚡ Salus et Valetudo — deux noms pour une même puissance Sur le denier d’Acilius Glabrio, Salus et Valetudo se répondent d’une face à l’autre : la première désigne le salut comme valeur collective et politique, la seconde la santé physique de chacun. Les deux mots sont presque synonymes ; les graver ensemble sur une même monnaie revient à doubler l’invocation. Cette association prolonge un rapprochement plus ancien : dès 180 av. J.-C., lors d’une épidémie,
Diane

Diane Diana · Déesse de la chasse, de la lune et des naissances · Iconographie numismatique romaine NatureDivinité latine · = Artémis ParentsJupiter & Latone AttributsArc · Carquois · Torche · Croissant AnimauxCerf · Biche · Chien FêteIdes d’août (13 août) Diane (Diana) est une divinité latine très ancienne, déesse de la chasse et des bois, protectrice des femmes en couches et, de plus en plus, puissance lunaire. Son nom est le plus souvent rattaché à la racine indo-européenne qui désigne la lumière du ciel diurne — celle de dies, « le jour », et de Iuppiter —, ce qui ferait d’elle, à l’origine, la « Lumineuse ». Honorée dans tout le Latium, notamment dans le bois sacré d’Aricie au bord du lac de Nemi, elle reçoit à Rome un temple sur l’Aventin. Au contact du monde grec, elle est progressivement assimilée à l’Artémis grecque : fille de Jupiter et de Latone, sœur jumelle d’Apollon, vierge chasseresse armée de l’arc. Sur les monnaies romaines, Diane est l’une des figures divines les plus constantes : conductrice d’un bige sur les premiers deniers, buste à l’arc et au carquois au Ier siècle av. J.-C., déesse debout accompagnée de son chien sous Auguste. Gardienne des montagnes et des bois, Vierge, toi qui, trois fois invoquée, entends les jeunes femmes en mal d’enfant et les arraches à la mort, déesse aux trois formes… — Horace, Odes, III, 22, v. 1-4 · montium custos nemorumque, Virgo… ✦ Une déesse latine 01 Aricie, l’Aventin · Les sanctuaires de Diane Époque archaïque Le culte le plus ancien et le plus prestigieux de Diane se trouvait hors de Rome, à Aricie, dans un bois sacré (nemus) au bord du lac de Nemi. Ce sanctuaire fédéral des cités latines, son étrange prêtre-roi et la Diane qu’on y vénérait font l’objet d’un article à part : Diane Nemorensis. À Rome, la tradition attribuait au roi Servius Tullius la fondation du temple de Diane sur l’Aventin, élevé en commun par Rome et les Latins sur le modèle du sanctuaire d’Artémis à Éphèse (Tite-Live, I, 45). Le jour anniversaire de sa dédicace, aux Ides d’août, était aussi un jour de fête pour les esclaves (servorum dies), que l’on mettait en rapport avec la naissance servile prêtée au roi fondateur. Tite-Live rapporte au même endroit l’histoire d’une génisse prodigieuse qu’un Sabin voulait sacrifier à la déesse pour assurer l’empire à son peuple, et que les Romains sacrifièrent à sa place. Ses cornes furent longtemps montrées dans le vestibule du temple — un récit que reprendront les monétaires de la gens Postumia. 02 Diane & Artémis · Une assimilation progressive VIe – IVe s. av. J.-C. Diane de Versailles · copie romaine (Ier–IIe s. apr. J.-C.) d’après un original attribué à Léocharès · Musée du Louvre Le rapprochement avec l’Artémis grecque est ancien : le temple de l’Aventin imitait déjà, selon la tradition, celui d’Éphèse. Il s’affirme officiellement en 399 av. J.-C., lors du premier lectisterne célébré à Rome, où Diane partage un lit de banquet avec Hercule, à côté d’Apollon et Latone, Mercure et Neptune (Tite-Live, V, 13). Diane reçoit alors la généalogie et les mythes d’Artémis. Elle hérite aussi de ses liens avec Hécate et avec la Lune — liens déjà présents dans le monde grec. Les poètes d’époque augustéenne la célèbrent comme Trivia, déesse des carrefours, et triformis, « aux trois formes » : chasseresse sur terre, Lune au ciel, Hécate aux enfers. Elle reste pourtant, dans le culte romain, une déesse de la nature sauvage, des femmes et des naissances, sous le nom de Diana Lucina. ✦ Diane sur les monnaies républicaines 03 Le bige des premiers deniers Vers 194 – 143 av. J.-C. Au début du IIe siècle av. J.-C., le revers des deniers, jusque-là réservé aux Dioscures, se diversifie : apparaît une déesse conduisant un bige, souvent surmontée d’un croissant. Selon les exemplaires et les catalogues, on la nomme Diane ou Luna — les deux figures se recouvrant largement. C’est le cas du denier de Cn. Baebius Tampilus (RRC 133/3, vers 194-190 av. J.-C.) ou de celui de Iuventius Thalna (RRC 161/1, 179-170 av. J.-C.), où Crawford et le British Museum lisent Luna là où Babelon et Sear voient Diane. L’identification devient certaine avec le denier anonyme RRC 222/1 (143 av. J.-C.) : la déesse, le carquois sur l’épaule, conduit un bige de cerfs et brandit une torche ; un croissant est placé sous l’attelage. Arc, cerf et torche réunissent sur un même revers la chasseresse et la porteuse de lumière. 04 Denier Axia · Diane au bige de cerfs RRC 400/1 · 71 av. J.-C. · L. Axsius Naso Avers & revers · Denier AxiaRRC 400/1 · 71 av. J.-C. Le denier de L. Axsius Naso offre la plus vivante des scènes de chasse de Diane. À l’avers, une tête casquée de Mars, le casque orné d’une plume de chaque côté. Au revers, Diane conduit un bige de cerfs lancé au galop ; elle tient les rênes et une lance, deux chiens courent derrière l’attelage et un troisième sous les cerfs. Crawford voit dans le monétaire un banquier connu par une tessère. Le choix du type est souvent expliqué par un jeu de mots : axis désigne chez Pline l’Ancien une bête sauvage tachetée de l’Inde, rapprochée du cerf, ce qui ferait écho au nom des Axsii. L’hypothèse reste une hypothèse. 📋 Description · Denier Axia RRC 400/1 Droit NASO · S·C Tête casquée de Mars à droite, le casque orné d’une plume de chaque côté (400/1a) ou d’un cimier et de deux plumes (400/1b) ; derrière, marque de contrôle. Revers L·AXSIVS·L·F Diane dans un bige de cerfs à droite, tenant les rênes de la main gauche et une lance de la droite ; derrière, deux chiens ; dessous, un chien ; marque de contrôle. Denier d’argent, Rome. 05 Le buste à l’arc et au carquois 96 – 46 av. J.-C. À partir de la fin du IIe siècle, Diane passe au droit : buste drapé,
Pan

Pan Dieu des bergers, des troupeaux & de la panique · Syrinx · Fils d’Hermès · Arcadie · Iconographie numismatique OrigineArcadie · Grèce FiliationFils d’Hermès & de la fille de Dryops AttributsSyrinx · Pedum · Cornes · Pattes de bouc À RomeFaunus · Inuus · Pan Lycéen MonnaiesRRC 341/7 · 342 · 449/1 · 451/1 · 464/7 Pan est l’une des figures les plus singulières de la mythologie grecque. Dieu de l’Arcadie, région montagneuse et pastorale du Péloponnèse, il n’appartient pas au cercle des Olympiens : c’est un dieu des pâturages, des grottes et des montagnes. Mi-homme, mi-bouc, fils d’Hermès selon l’Hymne homérique qui lui est consacré, il incarne la nature sauvage dans ce qu’elle a de plus primitif : les forêts profondes, les antres obscurs, le bruit soudain qui glace le sang au milieu du silence de midi. Son nom a donné aux langues européennes le mot panique (grec panikon deima, « la terreur venue de Pan ») — cette peur irraisonnée, sans cause visible, qui saisit les voyageurs isolés ou les armées. Mais Pan est aussi l’inventeur de la syrinx, la flûte de roseaux née de son amour malheureux pour la nymphe Syrinx. Cette dualité — effroi et mélodie, laideur et grâce — explique la fortune du dieu, de l’Antiquité à la culture moderne. À Rome, Pan est assimilé à Faunus et lié aux Lupercalia. Il apparaît sur plusieurs monnaies de la République, notamment chez les Vibii Pansae, dont le cognomen Pansa évoque le nom du dieu. « Thamous, lorsque tu seras à la hauteur de Palodès, annonce que le grand Pan est mort. » — Plutarque, Sur la disparition des oracles, 17 (419 C) · trad. LesDioscures — la voix venue de l’île de Paxos, sous le règne de Tibère ✦ Représentations remarquables R1 Les « Satyres della Valle » · Pan en télamon Époque romaine, d’après un type hellénistique · Musées du Capitole, Rome Pan dit « satyre della Valle » · Marbre · Musées du Capitole, Rome · Wikimedia Commons Ces deux statues de marbre, dites « satyres della Valle » d’après la collection romaine de la famille Della Valle qui les posséda à la Renaissance, montrent Pan sous ses traits classiques : barbe épaisse, oreilles pointues, cornes, visage mêlant l’humain et l’animal. Elles servaient de télamons, c’est-à-dire de supports architecturaux masculins, la corbeille de fruits posée sur la tête portant l’entablement. Elles proviendraient des abords du théâtre de Pompée, sur le Champ de Mars. Leur présence dans un décor de spectacle est cohérente : Pan, compagnon du thiase de Dionysos, appartient au répertoire décoratif des théâtres. Le visage barbu et ridé de ces statues est très proche du masque de Pan que l’on retrouve sur les deniers des Vibii (voir plus bas). R2 Pan et Daphnis — la leçon de syrinx Copies romaines d’un original hellénistique perdu · Naples, Rome, Florence Pan et Daphnis · Naples, MANN, inv. 6329 · Wikimedia Commons Pan et Daphnis · Rome, Palazzo Altemps, inv. 8571 · Wikimedia Commons Ce groupe représente Pan enseignant le jeu de la syrinx au jeune berger Daphnis. Il est connu par plusieurs copies romaines en marbre, dont la plus célèbre est conservée au Musée archéologique national de Naples (ancienne collection Farnèse) ; une autre réplique est exposée à Rome, au Palazzo Altemps (Musée national romain). Daphnis n’est pas arcadien mais sicilien : fils d’Hermès selon Diodore de Sicile (IV, 84), il passe pour l’inventeur du chant bucolique, et Théocrite chante sa mort dans la première Idylle. La scène montre le versant bienveillant du dieu — Pan initiateur, transmettant la musique pastorale aux bergers. ✦ Nature, attributs & culte 01 Pan — Le dieu sauvage et ses multiples facettes Hymne homérique XIX · Hérodote VI · Pausanias VIII 🎵 La syrinx Flûte de roseaux de longueurs inégales, liés par de la cire. Née de la métamorphose de la nymphe Syrinx, elle devient l’instrument des bergers. 😱 La panique Terreur subite et sans cause, envoyée par le dieu aux voyageurs ou aux armées. Une tradition postérieure à Hérodote lui attribue la déroute perse à Marathon. 🐐 Apparence hybride Cornes, pattes de bouc, barbe. Selon l’Hymne homérique, sa mère s’enfuit à sa vue ; Hermès l’emporta sur l’Olympe, enveloppé dans des peaux de lièvre, et tous les dieux s’en réjouirent. 🌿 Protecteur des bergers Il veille sur les troupeaux et les chasseurs. Il porte le pedum (lagobolon), bâton recourbé du berger, qui apparaît derrière son masque sur certains deniers (RRC 449/1b). 🍇 Cortège de Dionysos Pan rejoint les satyres et Silène dans le thiase dionysiaque. Les monétaires romains l’associent volontiers au masque de Silène. Relief votif de la grotte de Pan · Musée de l’Agora, Athènes · Wikimedia Commons Pan est surtout honoré dans des lieux naturels — grottes, sources, sommets — plutôt que dans de grands temples. Il eut pourtant un sanctuaire important sur le mont Lycée, en Arcadie (Pausanias, VIII, 38, 5). Après Marathon, les Athéniens, à qui le dieu était apparu par l’intermédiaire du coureur Philippidès, lui consacrèrent une grotte sous l’Acropole, sur son versant nord, avec sacrifices annuels et course aux flambeaux (Hérodote, VI, 105). 02 La poursuite de Syrinx — Le mythe fondateur Ovide, Métamorphoses, I, 689–712 Chez Ovide, c’est Mercure qui raconte l’histoire pour endormir Argus. Syrinx est une hamadryade de Nonacris, en Arcadie, vouée comme Diane à la chasse et à la virginité. Pan la poursuit jusqu’aux rives sablonneuses du fleuve Ladon ; arrêtée par les eaux, elle implore ses sœurs les nymphes de la changer de forme. Au moment où le dieu croit la saisir, il n’étreint que des roseaux. François Boucher · Pan et Syrinx · 1759 · National Gallery, Londres · Wikimedia Commons Le souffle de Pan, passant dans les tiges, produit un son plaintif. Charmé, il assemble avec de la cire des roseaux de longueurs inégales et donne à l’instrument le nom de la nymphe. Le mythe illustre un paradoxe propre au dieu : le désir déçu transformé en création musicale. 03 Pan à