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Amphitrite

Amphitrite Reine des mers · Iconographie numismatique républicaine NatureDéesse marine OrigineGrecque · Néréide AttributsPinces de crabe · Hippocampes · Dauphin Période72 av. J.-C. (Crawford) MonnaiesRRC 399/1a · 399/1b L’océan, royaume insondable, est gouverné par de puissantes divinités. Si Poséidon – le Neptune des Romains – en est le souverain le plus connu, il partage son trône avec une figure plus discrète : Amphitrite, la reine des mers. Amphitrite appartient à la lignée des Néréides, les cinquante filles du Vieillard de la mer, Nérée, et de l’Océanide Doris. Hésiode la compte parmi elles dans sa Théogonie. Elle s’élève pourtant au-dessus de ses sœurs en devenant l’épouse de Poséidon, le dieu des flots et des tremblements de terre. Chez Homère, son nom désigne encore la mer elle-même : les « vagues d’Amphitrite ». Triomphe de Neptune et d’Amphitrite · Mosaïque de sol de Cirta (Constantine) · ca. 320–325 apr. J.-C. · Musée du Louvre, Ma 1880 · Wikimedia Commons « Amphitrite s’était réfugiée auprès d’Atlas ; parmi tous ceux que Neptune envoya la chercher, Delphin la trouva et la persuada de l’épouser. » — d’après Hygin, De Astronomia, II, 17 ✦ Origine & Mythe 01L’union d’Amphitrite et de PoséidonMythologie grecque Selon une tradition rapportée par les commentateurs d’Homère, Poséidon s’éprend d’Amphitrite en la voyant danser avec ses sœurs près de l’île de Naxos. Rétive, la Néréide fuit ses avances et se réfugie auprès d’Atlas, aux confins du monde. Poséidon envoie alors de nombreux émissaires à sa recherche. C’est Delphin qui la découvre et la convainc de revenir épouser le dieu ; en récompense, Poséidon place son image parmi les étoiles : la constellation du Dauphin (Hygin, Pseudo-Ératosthène). Oppien, dans ses Halieutiques, attribue la découverte aux dauphins eux-mêmes, qui la trouvent cachée dans les demeures d’Océan. De leur union naît Triton (Hésiode, Théogonie, 930–933), dieu marin mi-homme mi-poisson, souvent représenté soufflant dans une conque pour apaiser ou soulever les vagues. Le Pseudo-Apollodore leur donne aussi pour filles Rhodé, éponyme de Rhodes, et Benthésicymé. ✦ Rôle & Attributs iconographiques 02Les emblèmes d’AmphitriteMonnaies · Mosaïques · Sculptures Épouse de Poséidon, Amphitrite règne sur l’ensemble du monde marin et sur ses créatures des profondeurs — poissons, dauphins, phoques. À la différence d’Héra, elle est rarement dépeinte en épouse jalouse, même si une tradition tardive lui prête la métamorphose de Scylla, sa rivale. Son image est plutôt celle de la sérénité des fonds marins. 🦀Pinces de crabeDans la mosaïque et la sculpture, sa chevelure est parfois coiffée de pinces de crabe ou d’un filet, marque de sa royauté marine. 🐎HippocampesElle chevauche un hippocampe ou partage le char marin de Poséidon, tiré par des chevaux de mer. 🐬DauphinMessager qui la ramena à Poséidon, devenu constellation. Motif récurrent de l’iconographie marine. 🔱TridentParfois tenu par Amphitrite, mais bien plus souvent attribut de Poséidon / Neptune. 🐚ConqueAttribut de Triton, son fils, qui apaise ou soulève les vagues en y soufflant. 🦑Faune marineSur le denier de Q. Crepereius, poisson, dauphin, seiche, phoque ou anémone de mer servent de symboles de contrôle à côté du buste. ✦ Représentation numismatique 🏛️ Seul type républicain consacré à Amphitrite RRC 399/1a · Rome · 72 av. J.-C. Le denier serratus de Q. Crepereius Rocus est l’unique type du corpus républicain dont le buste d’avers est identifié comme Amphitrite. Ce choix est souvent rapproché des attaches orientales de la gens Crepereia : des negotiatores de ce nom sont connus en Orient grec, ce qui expliquerait l’inspiration hellénique du type. Le denier est serratus — bord dentelé — et porte un système de contrôle élaboré : à l’avers, un symbole marin derrière le buste et une lettre devant ; au revers, la même lettre au-dessus du char. 03Denier serratus · Q. Crepereius M. f. Rocus72 av. J.-C. 🌊 Buste d’Amphitrite · Neptune sur bige d’hippocampes RRC 399/1b · Q·CREPER·M·F / ROCVS 🏛 Légendes & description Avers Anépigraphe Buste drapé d’Amphitrite vu de dos, la tête tournée à droite, la chevelure tombant sur la nuque. Derrière, symbole de contrôle (animal marin) ; devant, lettre de contrôle. Revers Q·CREPEREI / ROCVS (399/1a) · Q·CREPER·M·F / ROCVS (399/1b) Neptune dans un bige d’hippocampes à droite, tenant les rênes de la main gauche et brandissant le trident de la droite. Au-dessus, lettre de contrôle identique à celle de l’avers. Le monétaire Q. Crepereius M. f. Rocus exerça la charge de tresvir monetalis en 72 av. J.-C. selon Crawford ; d’autres chronologies placent l’émission vers 69 av. J.-C. Il était vraisemblablement le frère de M. Crepereius, tribun militaire désigné, que Cicéron cite parmi les juges du procès de Verrès. La gens Crepereia était une famille plébéienne d’ordre équestre. Références : Crawford RRC 399/1a–b · Babelon Crepereia 1–2 · Sydenham 796–796a · ↗ Fiche 1341CR · ↗ Fiche 1342CR · ↗ CRRO ✦ Héritage dans l’art et la culture 04La postérité d’AmphitriteDe l’Antiquité à nos jours Peu présente dans les récits épiques, Amphitrite occupe une large place dans les arts. Elle apparaît dans les triomphes de Neptune et d’Amphitrite, processions marines dont la mosaïque de Cirta, au Louvre, est un exemple célèbre, et dès le Ier siècle dans la mosaïque murale de la maison de Neptune et Amphitrite à Herculanum. Les Modernes l’associent volontiers aux fontaines et aux jardins d’eau : Coysevox la sculpte pour la rivière du parc de Marly. Elle demeure l’image de la majesté tranquille de l’océan, contrepoint à la puissance brute des vagues incarnée par Poséidon. Neptune et Amphitrite · Mosaïque murale · Herculanum · Ier s. apr. J.-C. · Wikimedia Commons Antoine Coysevox · Amphitrite · Marbre, 1705 · Parc de Marly, auj. Louvre · Wikimedia Commons Jacob de Gheyn II · Neptune et Amphitrite · Huile sur toile · Wallraf-Richartz-Museum, Cologne · Wikimedia Commons ⚡ Amphitrite et Salacia Dans la religion romaine, Amphitrite est rapprochée de Salacia, déesse des eaux salées que Varron donne pour parèdre à Neptune. Ce rapprochement explique que certains auteurs modernes préfèrent nommer « Salacia » le buste d’avers du denier de Q. Crepereius Rocus, les grands catalogues retenant Amphitrite. ✦ Fiches numismatiques

Proserpine

Proserpine Reine des Enfers · Déesse des saisons · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité chthonienne OrigineGrecque (Perséphone) AttributsGrenade · Torche · Pavot À RomeLibera · Triade de l’Aventin Monnaies78 – 69 av. J.-C. Proserpine — Proserpina en latin, Perséphone ou Korè chez les Grecs — est l’une des divinités les plus ambivalentes du panthéon romain. Fille de Cérès, déesse des moissons, et de Jupiter, elle règne à la fois sur le renouveau végétal et sur le royaume des morts. Son enlèvement par Pluton (Dis Pater) est l’un des grands mythes étiologiques de l’Antiquité : il rend compte du cycle des saisons et nourrit les espérances d’au-delà promises par les Mystères. Dans la numismatique républicaine, Proserpine reste une figure rare. Elle est surtout présente à travers sa mère Cérès, dont le culte agraire imprègne de nombreuses émissions. Deux groupes de deniers la montrent pourtant directement : le buste aux têtes de pavot de M. Plaetorius Cestianus (69 av. J.-C.) et la tête de Libera — son équivalent latin — sur le denier de L. Cassius Longinus (78 av. J.-C.). « Presque au même instant, elle fut vue, aimée et ravie par Dis. » Paene simul visa est dilectaque raptaque Diti — Ovide, Métamorphoses, V, 395 · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1 Hadès enlevant Perséphone — Fresque de la tombe I de Vergina vers 340 av. J.-C. Hadès enlevant Perséphone · Peinture murale · Tombe I (« tombe de Perséphone »), Aigai / Vergina, Macédoine · vers 340 av. J.-C. · Domaine public Cette peinture murale de la nécropole royale d’Aigai est l’une des plus anciennes représentations conservées du rapt, et l’un des rares chefs-d’œuvre de la grande peinture grecque parvenus jusqu’à nous. Hadès, debout sur son char lancé au galop, enserre Perséphone qui se débat, bras tendu vers l’arrière ; Hermès guide l’attelage, tandis qu’une compagne s’effondre, saisie d’effroi. Le choix du sujet, sur la paroi d’une tombe, n’est pas anodin : le rapt de Korè était lu comme une image de la mort elle-même — un passage brutal vers le monde souterrain, que l’espérance éleusinienne transformait en promesse de retour. C’est cette double lecture, funéraire et cyclique, que Rome héritera avec le mythe. R2 L’Enlèvement de Proserpine — Le Bernin, Galerie Borghèse 1621–1622 Ratto di Proserpina · Gian Lorenzo Bernini · 1621–1622 · Marbre · Galerie Borghèse, Rome Commandé par le cardinal Scipion Borghèse et achevé alors que le Bernin n’avait que vingt-trois ans, ce groupe fixe l’instant le plus violent du récit d’Ovide et de Claudien. Les doigts de Pluton s’enfoncent dans la cuisse de Proserpine comme dans une chair vivante ; la déesse, le visage baigné de larmes, repousse de toutes ses forces la tête du dieu. Cerbère, à leurs pieds, signale déjà le seuil des Enfers. L’œuvre a fixé pour des siècles l’image moderne du rapt : c’est en rivalité directe avec elle que Girardon conçut, un demi-siècle plus tard, le groupe de Versailles. R3 L’Enlèvement de Proserpine par Pluton — Girardon, Bosquet de la Colonnade 1677–1699 Enlèvement de Proserpine par Pluton · François Girardon · 1677–1699 · Marbre · Bosquet de la Colonnade, Versailles Ce groupe en ronde-bosse, issu de la grande commande de statues passée par Louis XIV pour les jardins de Versailles, fut installé en 1699 au centre du Bosquet de la Colonnade. Pluton soulève Proserpine qui se débat, tandis qu’à leurs pieds une compagne — la nymphe Cyané selon la tradition — tente en vain de retenir la déesse. Le piédestal, orné de bas-reliefs, développe le récit de la cueillette des fleurs et de la course du char. Girardon répond ici ouvertement au Bernin : là où le Romain multiplie les effets de chair et de mouvement, le Français construit une spirale ascendante plus classique, lisible de tous les côtés du péristyle. La jeunesse de Proserpine, sa résistance et l’irruption de la puissance chthonienne restent les éléments constants de l’iconographie du rapt depuis Vergina. R4 Proserpine, reine des Enfers — Dante Gabriel Rossetti 1874 Proserpine · Dante Gabriel Rossetti · 1874 · Huile sur toile · Tate Britain, Londres (N05064) · Domaine public Rossetti ne peint plus l’enlèvement mais ce qui le suit : Proserpine, déjà souveraine des ombres, tient la grenade entamée dont les graines la lient au royaume de Pluton. Un rai de lumière venu du monde d’en haut traverse l’obscurité derrière elle. Le peintre lui-même décrivait la figure comme l’« impératrice d’Hadès ». Après la violence des groupes baroques, l’image se fait introspective : captivité, mélancolie et pouvoir silencieux. La grenade — attribut central de Proserpine dans les textes, mais absente des monnaies républicaines — devient le symbole ambigu de la perte et du retour cyclique. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Proserpine Monnaies · Sculptures · Peintures Proserpine partage une grande partie de son iconographie avec Cérès, dont elle est inséparable dans la religion romaine. Sur les monnaies républicaines, c’est le plus souvent Cérès qui est figurée, et l’identification de certains bustes féminins couronnés d’épis ou accompagnés de torches reste débattue. La Grenade Fruit des Enfers. Les quelques grains goûtés par Proserpine l’obligent à redescendre chaque année sous terre. Fertilité et lien irrévocable avec la mort. 🔥 La Torche Celle de Cérès cherchant sa fille dans la nuit, mais aussi celle des cultes nocturnes. Elle figure au revers du denier de Plaetorius Cestianus. 🌺 Le Pavot Les têtes de pavot ornent la chevelure de Proserpine sur le denier RRC 405/4. Plante du sommeil et de l’oubli, et symbole de fécondité par l’abondance de ses graines. 🌾 Les Épis de blé Le retour de Proserpine coïncide avec la croissance du grain. L’épi est l’emblème qu’elle partage avec sa mère. 🌸 Les Fleurs Proserpine cueillait des fleurs — violettes et lis chez Ovide, narcisse dans l’Hymne homérique — lorsque Dis surgit de terre. 👑 Le Diadème Attribut de reine. Aux côtés de Pluton, Proserpine est la souveraine redoutée du monde souterrain, invoquée dans les imprécations funéraires. La distinction Cérès / Proserpine n’était peut-être pas toujours recherchée par

Vacuna

Vacuna Déesse sabine · Repos des champs et Victoire · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité sabine Identifications antiquesVictoire · Minerve · Diane · Cérès · Vénus Lieux de culteFanum Vacunae · Bois sacrés de Reate Attributs monétairesCasque · Arc et carquois · Corne d’abondance MonnaieRRC 409/1 (Plaetoria) Vacuna est l’une des divinités les plus énigmatiques de la religion romaine. Déesse des Sabins, elle était si mal définie que les commentateurs antiques d’Horace la disaient « d’aspect incertain » et hésitaient à la confondre avec Victoria, Minerve, Diane, Cérès ou Vénus. Les Romains rattachaient son nom au verbe vacare (« être libre, vacant ») : elle aurait été honorée par les paysans au moment où les travaux des champs s’achèvent et où l’on est vacuus, libéré du labeur. Son culte est attesté autour de Reate (Rieti), cœur du pays sabin, où Pline l’Ancien situe des « bois de Vacuna » près du lac de Cutilia, et surtout au Fanum Vacunae (l’actuelle Roccagiovine), à deux pas de la villa d’Horace. C’est là que l’empereur Vespasien, lui-même né en Sabine, fit restaurer à ses frais un temple de la Victoire que la tradition érudite identifie, depuis le XVIIe siècle, au sanctuaire de Vacuna. En numismatique, la déesse n’apparaît — sous réserve d’identification — que sur un seul type : le denier RRC 409/1 de Marcus Plaetorius Cestianus. Denier Plaetoria · RRC 409/1 · Buste casqué de Vacuna (?) / Aigle sur un foudre · M. Plaetorius Cestianus, édile curule · 67 av. J.-C. « Haec tibi dictabam post fanum putre Vacunae, excepto quod non simul esses, cetera laetus. » « Voilà ce que je te dictais derrière le temple croulant de Vacuna, heureux de tout, sauf de ne pas t’avoir près de moi. » — Horace, Épîtres, I, 10, v. 49–50 · à Aristius Fuscus · trad. LesDioscures ✦ Nature et domaine de Vacuna R1 Une déesse « d’aspect incertain » Religion sabine · Érudition romaine Vacuna occupe dans le panthéon romain une place singulière : c’est une divinité locale sabine dont les Romains eux-mêmes ne savaient plus bien définir la fonction. Le commentateur d’Horace Pomponius Porphyrion (IIIe s. ap. J.-C.) la présente comme une déesse des Sabins « figurée sous une apparence incertaine » (sub incerta specie). Les scholies du pseudo-Acron rassemblent les opinions en circulation : pour les uns c’était Cérès, pour d’autres une « déesse du loisir » (dea vacationis) ; certains y voyaient Minerve ou Diane, quelques-uns Vénus. Varron, au premier livre de ses Antiquités divines aujourd’hui perdues, l’identifiait à la Victoire, au motif que celle-ci réjouit surtout ceux qui ont le loisir de se consacrer à la sagesse — jeu de mots savant sur vacare. Cette liste antique d’identifications est la clé de lecture du denier RRC 409/1 : le buste y cumule les attributs de plusieurs de ces déesses — le casque de Minerve, l’arc et le carquois de Diane, la corne d’abondance des divinités de la prospérité. Plutôt qu’un syncrétisme « délibéré », il faut sans doute y voir la traduction en image de l’indétermination même de la déesse. Ovide (Fastes, VI, 307–308) témoigne encore, sous Auguste, de la persistance de rites anciens : lorsqu’on célèbre les sacra de l’antique Vacuna, on se tient debout ou assis devant ses « foyers vacunaux ». R2 Horace, Vespasien et le Fanum Vacunae Ier s. av. J.-C. – Ier s. ap. J.-C. Vestiges de la villa d’Horace à Licenza (Sabine) · Wikimedia Commons Le témoignage le plus personnel sur Vacuna vient du poète Horace (65–8 av. J.-C.). Vers 33 av. J.-C., Mécène lui offre un domaine en Sabine, dans la vallée de la Digentia (l’actuelle Licenza), affluent de l’Anio. Dans l’Épître I, 10, adressée à son ami Aristius Fuscus, resté à Rome, Horace oppose la paix des champs à l’agitation urbaine et date sa lettre de ce lieu : « derrière le temple croulant de Vacuna » (post fanum putre Vacunae). Le sanctuaire était donc déjà en ruine à l’époque augustéenne. Un siècle plus tard, une inscription encore conservée à Roccagiovine, le village voisin de la villa, rappelle que l’empereur Vespasien, durant sa censure (73–74 ap. J.-C. ou peu après), restaura à ses frais un temple de la Victoire « écroulé de vétusté » (aedem Victoriae vetustate dilapsam sua impensa restituit, CIL XIV, 3485). C’est cette inscription qui permit au géographe Lucas Holstenius, au XVIIe siècle, de reconnaître le Fanum Vacunae d’Horace et de situer sa villa à Licenza : la Victoire de l’inscription y est la Vacuna de Varron. Buste de Vespasien · Venise, Museo Archeologico Nazionale · Wikimedia Commons Le geste n’est pas anodin. Vespasien était né en Sabine, au village de Falacrinae près de Reate (Suétone, Vespasien, 2), et c’est encore en Sabine, aux eaux de Cutilia, qu’il mourut en 79 (Suétone, Vespasien, 24). Restaurer le temple d’une vieille déesse de sa terre natale, c’était afficher à la fois sa pietas et ses racines italiques, face à une aristocratie romaine qui le jugeait de naissance modeste. Un bas-relief encastré dans le château de Roccagiovine, non loin de l’inscription, a été publié en 1916 par A. W. van Buren comme une possible image de la déesse du sanctuaire ; l’identification reste conjecturale. R3 Reate, le lac de Cutilia et les bois sacrés Pays sabin · Vallée du Velino Le second foyer du culte se trouve autour de Reate. Pline l’Ancien (Histoire naturelle, III, 109) mentionne, dans la région de Reate, le lac de Cutilia, dont Varron faisait le « nombril de l’Italie », et les « bois de Vacuna » (Vacunae nemora). Le culte en plein air, dans des clairières et des bois sacrés, est typique des divinités italiques archaïques. Le lac de Cutilia (aujourd’hui lago di Paterno, près de Castel Sant’Angelo) était célèbre pour son île flottante ; Denys d’Halicarnasse (Antiquités romaines, I, 15), qui suit ici Varron, le dit consacré à la Victoire — nouvel indice de l’équivalence Vacuna-Victoria dans la tradition sabine. Les inscriptions votives de la haute vallée du Velino et

Calliope

Calliope Muse de la poésie épique · Belle voix · Mère d’Orphée · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité grecque · Muse ParentsZeus & Mnémosyne AttributsLyre · Volumen · Tablette & stylet Période66 av. J.-C. MonnaieRRC 410/2 Calliope — dont le nom signifie en grec ancien « belle voix » (Καλλιόπη) — est la Muse de la poésie épique et de l’éloquence, la plus éminente des neuf Muses selon Hésiode. Fille de Zeus et de la Titanide Mnémosyne (la Mémoire), elle est celle que les poètes invoquent au seuil des grandes œuvres épiques : l’Iliade, l’Odyssée, l’Énéide. Dans la numismatique républicaine romaine, Calliope apparaît sur l’un des deniers les plus érudits jamais frappés : la série des Muses du monétaire Quintus Pomponius Musa, vers 66 av. J.-C. Jouant sur son cognomen — Musa, « la Muse » —, ce magistrat fit frapper dix deniers distincts représentant chacune des neuf Muses et Hercule Musagète, le programme iconographique le plus cohérent de toute la numismatique républicaine. Sarcophage des Muses · Calliope, tenant un volumen, est la première figure à gauche · Marbre, IIe s. ap. J.-C., via Ostiense · Musée du Louvre, MR 880 (Ma 475) · Wikimedia Commons · Domaine public « Calliope, la plus éminente de toutes, car c’est elle qui accompagne les rois vénérables. » — Hésiode, Théogonie, vers 79–80 ✦ Mythe et attributs 01La première des Muses — naissance et rôleMythologie grecque & romaine Selon Hésiode, Calliope naît de l’union de Zeus et de Mnémosyne, qui s’unirent neuf nuits durant en Piérie, non loin de l’Olympe. Avec ses huit sœurs — Clio, Érato, Euterpe, Melpomène, Polymnie, Terpsichore, Thalie et Uranie —, elle forme le chœur des Muses. La Théogonie la nomme en dernier mais lui accorde la primauté : c’est elle qui accompagne les rois, auxquels les Muses donnent la parole juste et persuasive. Elle préside à la poésie épique et à la grande éloquence. Homère invoque « la Muse » au premier vers de l’Iliade et de l’Odyssée ; Virgile appelle Calliope par son nom avant le récit des combats du livre IX de l’Énéide ; chez Ovide, c’est elle qui chante au nom de ses sœurs dans le concours qui les oppose aux Piérides ; Dante l’invoque encore au seuil du Purgatoire. Hygin rapporte que Jupiter la désigna comme arbitre dans le différend qui opposait Vénus et Proserpine pour la possession d’Adonis : son jugement attribua le jeune homme à chacune des deux déesses la moitié de l’année. 02Calliope et Orphée — la Muse mère du musicien divinMythologie · Tradition orphique Le mythe le plus célèbre attaché à Calliope est celui de sa maternité. Avec le roi thrace Œagre — ou, selon d’autres versions, avec Apollon —, elle donne naissance à Orphée, le musicien le plus prodigieux de la mythologie grecque, dont le chant charmait les bêtes, les arbres et les pierres. Le même récit d’Hygin rattache la mort d’Orphée au jugement d’Adonis : Vénus, mécontente de n’avoir obtenu que la moitié de l’année, aurait poussé les femmes de Thrace à déchirer le chanteur. Sa tête et sa lyre, emportées par l’Hèbre jusqu’à la mer, échouèrent à Lesbos ; les Muses recueillirent ses membres et lui donnèrent une sépulture. Un autre fils lui est attribué par Apollodore : Linos, maître de musique d’Hercule, que le héros, mauvais élève, tua d’un coup de lyre — ce qui rend piquant le voisinage d’Hercule et de Calliope dans la série de Pomponius Musa. ✦ Attributs iconographiques 03Les emblèmes de CalliopeSculptures · Sarcophages · Monnaies Calliope est reconnaissable dans l’art antique à des attributs évoquant l’écriture et le chant. Les sarcophages romains lui donnent le plus souvent le volumen ou la tablette ; le denier de Pomponius Musa, lui, la montre jouant de la lyre posée sur une colonne. 🎵LyreInstrument d’Apollon et des Muses. Sur le denier RRC 410/2, Calliope joue de la lyre posée sur une colonne, et une clé de lyre figure derrière la tête d’Apollon à l’avers. 📜VolumenRouleau de papyrus, attribut de la poésie écrite. C’est avec lui que Calliope ouvre le cortège des neuf Muses sur le sarcophage du Louvre (MR 880). ✍️Tablette & styletTablette de cire et stylet, attributs de la composition. La statue du Vatican (Sala delle Muse, inv. 312) la montre tenant une tablette. 🏛️ColonneSur le denier, la lyre repose sur une colonne — détail souvent rapproché des statues de Muses du temple d’Hercule des Muses à Rome, modèle probable de la série. La permanence de ces attributs, des sarcophages aux monnaies, témoigne de la stabilité du programme iconographique des Muses, fixé à l’époque hellénistique et transmis à Rome. ✦ Représentations artistiques remarquables 04Calliope dans la sculpture romaineIIe siècle ap. J.-C. Calliope Ludovisi · Marbre, époque d’Hadrien · Museo Nazionale Romano, Palazzo Altemps, inv. 8580 · Wikimedia Commons La Calliope Ludovisi (Museo Nazionale Romano, Palazzo Altemps, inv. 8580) est une copie romaine d’époque hadrianique, issue de la collection Boncompagni Ludovisi, où elle faisait pendant à une Uranie. Elle se rattache à un groupe hellénistique de Muses — celui de Philiskos de Rhodes, ou, selon des études plus récentes, un groupe lysippéen de Mégare. Son identification repose toutefois sur des restaurations : la tablette et le stylet sont des ajouts modernes. Au Vatican, la Calliope de la Sala delle Muse (Museo Pio-Clementino, inv. 312), découverte en 1744 dans la villa dite « de Cassius » près de Tivoli, appartient au célèbre ensemble de Muses retrouvé sur ce site. ✦ Représentation numismatique ⚡ La série des Muses — Quintus Pomponius Musa, 66 av. J.-C. Vers 66 av. J.-C., le monétaire Quintus Pomponius Musa conçoit une série de dix deniers représentant les neuf Muses et Hercule Musagète, en jeu de mots sur son propre cognomen Musa. Les deniers des Muses portent tous à l’avers la tête laurée d’Apollon, dieu tutélaire des Muses, accompagnée d’un symbole propre à chaque type qui annonce la Muse du revers : clé de lyre pour Calliope, volumen pour Clio, flûtes pour Euterpe, étoile pour Uranie, sandale pour Thalie. Les revers

Clio

Clio Muse de l’Histoire · Iconographie numismatique · République romaine NatureMuse · Divinité grecque OrigineGrecque · Romaine AttributsVolumen · Trompette · Laurier PériodeIer s. av. J.-C. · Républicaine MonnaieRRC 410/3 · Denier Pomponia Dans le chœur des neuf Muses, filles de Zeus et de Mnémosyne — la Mémoire personnifiée —, Clio (en grec Κλειώ, de kleiô, « célébrer, rendre célèbre ») occupe une place singulière : elle est la gardienne du passé, celle qui arrache les actions des hommes et des cités à l’oubli. Son nom dit sa fonction : le kleos, la gloire, la renommée que seul le récit peut préserver. Sur les monnaies de la République romaine, Clio n’apparaît qu’une fois : sur l’un des deniers que le monnayeur Quintus Pomponius Musa consacra aux Muses vers 66 av. J.-C. (RRC 410/3). Cette série, qui joue sur le cognomen du magistrat, est sans équivalent dans le monnayage républicain. Clio (1689) · Pierre Mignard · Musée des Beaux-Arts de Budapest · Domaine public · Wikimedia Commons Κλειώ τ’ Εὐτέρπη τε Θάλειά τε Μελπομένη τε, Τερψιχόρη τ’ Ἐρατώ τε Πολύμνιά τ’ Οὐρανίη τε Καλλιόπη θ’… « Clio, Euterpe, Thalie et Melpomène, Terpsichore, Érato, Polymnie, Uranie, et Calliope, la plus éminente de toutes. » — Hésiode, Théogonie, v. 77-79 · première liste des neuf Muses, ouverte par Clio ✦ Clio sur les monnaies républicaines ⚡ La série des Muses de Pomponius Musa — sans équivalent dans le monnayage républicain Vers 66 av. J.-C. (datation de Crawford ; certaines chronologies plus récentes la placent vers 56), le monnayeur Quintus Pomponius Musa frappe une série de dix types de deniers (RRC 410/1 à 410/10). Le premier montre au revers Hercule jouant de la lyre, avec la légende HERCVLES MVSARVM — l’« Hercule des Muses » ; les neuf autres figurent chacune des Muses : Calliope, Clio, Euterpe, Érato, Melpomène, Polymnie, Terpsichore, Thalie et Uranie. L’avers des deniers aux Muses porte la tête laurée d’Apollon, chef du chœur des Muses, accompagnée derrière la nuque d’un symbole propre à chaque Muse — pour Clio, un rouleau (volumen). Le programme renvoie au sanctuaire romain d’Hercules Musarum, élevé par Marcus Fulvius Nobilior pour abriter les statues des Muses rapportées de Grèce : on admet généralement que les figures des revers reproduisent ce groupe statuaire. Aucun lien de parenté n’est connu entre Fulvius Nobilior et le monnayeur ; c’est le cognomen Musa qui justifie le choix, par un jeu de mots savant. 01 Denier Pomponia · Quintus Pomponius Musa · Clio vers 66 av. J.-C. 🏛 Clio debout · lisant un rouleau · accoudée à une colonne 1363PO · RRC 410/3 · v. 66 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers Anépigraphe Tête laurée d’Apollon à droite ; derrière, un rouleau (volumen) lié. Grènetis. Revers Q · POMPONI (à droite) — MVSA (à gauche) Clio drapée, debout à gauche, lisant un rouleau ouvert qu’elle tient de la main droite, le coude gauche appuyé sur une colonne. Grènetis. Clio est représentée dans l’attitude de la lectrice : le rouleau ouvert, support du récit historique, et l’appui nonchalant sur une colonne, pose qui évoque un modèle statuaire plutôt qu’une création de graveur. Le nom de la Muse ne figure pas sur la monnaie : l’identification repose sur le rouleau, au revers comme derrière la tête d’Apollon. La légende du revers donne seulement le nom du monnayeur, dont le cognomen Musa sert de clé à toute la série. Le symbole de l’avers était propre à chaque type de la série — sandale, sceptre, etc. — ce qui permet de repérer les hybrides : le British Museum conserve ainsi un denier associant l’avers à la sandale de RRC 410/9 au revers de Clio (inv. 2002,0102.4050). ✦ Clio dans la mythologie grecque et romaine 02 Clio — Muse de l’Histoire et de la gloire Mythologie grecque · Tradition romaine Clio est l’une des neuf Muses nées de l’union de Zeus et de Mnémosyne. La généalogie est parlante : le récit des actions passées procède de la Mémoire. Les Muses fréquentent l’Hélicon et le Parnasse, où elles forment le chœur d’Apollon Musagète. Diodore de Sicile rattache explicitement son nom à la gloire que les éloges poétiques assurent à ceux qu’ils célèbrent. Un mythe rapporté par le Pseudo-Apollodore lui donne un rôle propre : Clio ayant raillé l’amour d’Aphrodite pour Adonis, la déesse la rendit éprise de Piéros, fils de Magnès ; de cette union naquit Hyacinthe, le jeune homme aimé d’Apollon, tué par un disque — d’autres traditions lui donnent pour père le roi spartiate Amyclas. La spécialisation de chaque Muse dans un domaine précis — l’histoire pour Clio — est tardive : elle ne se fixe qu’à l’époque hellénistique et romaine. Elle se lit encore dans la division alexandrine de l’Enquête d’Hérodote en neuf livres portant chacun le nom d’une Muse, le premier étant « Clio ». 03 Le temple d’Hercules Musarum — les Muses d’Ambracie à Rome IIe s. av. J.-C. · Cirque Flaminius, Rome Consul en 189 av. J.-C., Marcus Fulvius Nobilior s’empare d’Ambracie, en Épire, au cours de la guerre contre les Étoliens. Pline l’Ancien rapporte qu’il transféra de là à Rome les statues des Muses. Après son triomphe de 187, il les installe dans un sanctuaire d’Hercules Musarum, près du cirque Flaminius, au Champ de Mars. Le poète Ennius, qui avait accompagné la campagne, célébra cette campagne ; Cicéron rappelle que Fulvius consacra aux Muses le butin de sa victoire. Près d’un siècle et demi plus tard, Quintus Pomponius Musa reprend ce patrimoine monumental pour illustrer son propre nom. La monnaie devient ainsi la vitrine d’un groupe statuaire célèbre, et l’une des rares sources figurées qui en conservent l’image. Le sanctuaire fut restauré sous Auguste par L. Marcius Philippus, comme le rappelle Ovide dans les Fastes. Sarcophage des Muses · Rome, 1re moitié du IIe s. ap. J.-C. · Louvre MR 880 (Ma 475) · Wikimedia Commons ✦ Attributs iconographiques de Clio 04 Les emblèmes de la Muse de l’Histoire Antiquité · Renaissance · Âge classique Dans l’art antique,

Melpomène

Melpomène Muse de la Tragédie · Mythologie grecque · Iconographie numismatique romaine NatureMuse · Déesse DomaineTragédie & Chant FamilleZeus & Mnémosyne AttributsMasque · Massue · Épée MonnaieRRC 410/4 · Denier Melpomène est l’une des neuf Muses de la mythologie grecque, divinités de l’inspiration artistique et intellectuelle nées de l’union de Zeus et de Mnémosyne, la Titanide personnifiant la Mémoire. Selon la Théogonie d’Hésiode, Zeus s’unit à elle durant neuf nuits, et de cette union naquirent neuf filles dont le chant réjouit l’Olympe. Son nom se rattache au verbe grec μέλπεσθαι (melpesthai), « chanter », « célébrer par le chant et la danse » — une étymologie qui révèle l’évolution de son domaine : Melpomène fut d’abord une Muse du chant avant d’être spécialisée dans la tragédie, à mesure que ce genre s’imposait comme l’une des formes les plus hautes de la création athénienne. Dans la numismatique républicaine romaine, Melpomène apparaît une seule fois : au revers du denier RRC 410/4 frappé vers 66 av. J.-C. par le monétaire Quintus Pomponius Musa, qui consacra aux Muses une série entière de deniers, debout, l’épée au côté, la massue et le masque tragique en main. « Prends l’orgueil que mes mérites ont gagné, et, de bon gré, ceins ma chevelure du laurier de Delphes, Melpomène. » — Horace, Odes, III, 30, 14–16 · 23 av. J.-C. ✦ Naissance & domaine 01 Les neuf Muses — filles de Zeus et de Mnémosyne Hésiode · Théogonie · VIIIe–VIIe s. av. J.-C. Dans la Théogonie, Hésiode raconte comment Zeus, loin des autres Immortels, s’unit à Mnémosyne neuf nuits durant ; c’est en Piérie, non loin du plus haut sommet de l’Olympe, que naquirent les neuf Muses, « d’un même cœur, n’ayant souci que du chant ». Le poète les fait vivre sur l’Hélicon, en Béotie, où elles lui apparurent, et sur l’Olympe, où elles réjouissent leur père. Melpomène figure dans la liste canonique des neuf noms qu’il est le premier à donner. La mémoire (Mnémosyne) comme mère des Muses n’est pas un hasard : dans la pensée archaïque, la création poétique est indissociable du souvenir. Le poète inspiré par les Muses se souvient — il accède à ce que les mortels ordinaires ont oublié. Melpomène incarne cette mémoire mise au service du destin tragique et des leçons douloureuses de l’existence humaine. 02 Du chant à la tragédie — évolution du domaine de Melpomène De la Grèce classique à l’époque romaine Melpomène · Statue colossale restaurée en Muse par l’addition d’un masque moderne · Marbre · Œuvre romaine, vers 50 av. J.-C. · Musée du Louvre · Domaine public Hésiode ne prête encore aux Muses aucune spécialité : elles chantent ensemble. Ce n’est que progressivement, à mesure que les genres poétiques se structurent, que chaque Muse se voit rattacher un domaine. Melpomène, dont le nom évoque le chant et la danse chorale, reçoit la tragédie — le genre qui plonge dans la souffrance humaine pour en tirer une leçon universelle. Ces répartitions ne se fixent vraiment qu’à l’époque hellénistique et surtout romaine, et elles varient encore d’un auteur à l’autre jusqu’à la fin de l’Antiquité. C’est l’art romain — statues de sarcophages, mosaïques, séries sculptées comme celle de la villa dite de Cassius à Tivoli — qui stabilise l’image de Melpomène : vêtue du long costume à manches des acteurs tragiques, le masque à la main, souvent armée d’une épée ou d’une massue. Sarcophage des Muses · Marbre · Rome, 1re moitié du IIe s. ap. J.-C. · Musée du Louvre (MR 880 / Ma 475) · Wikimedia Commons Melpomène · Marbre romain · Ny Carlsberg Glyptotek, Copenhague · Wikimedia Commons ✦ Mythologie & descendance 03 Melpomène, mère des Sirènes Apollodore · Bibliothèque, I, 3, 4 Selon le mythographe Apollodore, Melpomène donna au dieu-fleuve Achéloos les Sirènes, créatures hybrides mi-femmes mi-oiseaux (mi-poissons seulement dans les versions médiévales) dont le chant attirait les navigateurs vers la mort. La filiation n’est pas unanime : d’autres auteurs donnent pour mère aux Sirènes Terpsichore, Calliope ou la nymphe Stéropé. Cette généalogie révèle une cohérence profonde : de la Muse du chant tragique et du dieu des flots impétueux naissent des êtres dont la beauté vocale est indissociable de la mort. Les Sirènes incarnent la tentation fatale, le danger du plaisir esthétique poussé à son extrême — un écho direct au cœur de la tragédie, qui exalte la grandeur humaine au moment même où elle se brise. Homère, qui ne leur donne aucun parent, fait des Sirènes l’une des épreuves d’Ulysse dans l’Odyssée (chant XII). Leur chant promet de tout dire — la guerre de Troie, tout ce qui advient sur la terre — mais céder à leur appel, c’est périr sur une rive couverte d’ossements. Ulysse, attaché au mât, est l’un des rares mortels à les avoir entendues sans en mourir : figure du mortel qui affronte la beauté tragique sans en être détruit. 04 Melpomène et les grands tragédiens — Eschyle, Sophocle, Euripide Ve siècle av. J.-C. · Athènes Le domaine de Melpomène se confond avec l’œuvre des trois grands tragédiens athéniens. Eschyle (525–456 av. J.-C.), le plus ancien, fait de la tragédie un dialogue entre l’homme et les dieux, explorant l’égarement (atè) et la justice divine (dikè) dans l’Orestie ; on lui attribue aussi, non sans débat, le Prométhée enchaîné. Sophocle (vers 496–406 av. J.-C.) porte la tragédie à son sommet formel avec Œdipe roi et Antigone, où le malheur frappe des êtres nobles non par vice mais par une erreur liée à la condition humaine. Aristote, dans sa Poétique, prend précisément Œdipe roi pour modèle et définit l’effet de la tragédie comme une catharsis opérée par la pitié et la crainte. Euripide (vers 480–406 av. J.-C.) rapproche ses personnages de la réalité psychologique, souvent animés de passions dévastatrices : Médée, Hécube, Les Bacchantes. Ses héroïnes, victimes et bourreaux à la fois, portent une modernité troublante que l’Antiquité elle-même a parfois mal acceptée. ✦ Attributs iconographiques 05 Les emblèmes de Melpomène Sculptures · Monnaies · Sarcophages · Mosaïques

Euterpe

Euterpe Muse de la musique & de la poésie lyrique · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité grecque · Muse OrigineGrecque · adoptée par Rome AttributsAulos · Tibiae (double flûte) DomaineMusique · Poésie lyrique MonnaieRRC 410/5 Euterpe — dont le nom associe le grec eu (« bien ») et terpein (« réjouir ») — est la Muse de la musique et de la poésie lyrique, « celle qui réjouit ». Fille de Zeus et de Mnémosyne, déesse de la Mémoire, elle figure parmi les neuf sœurs nommées par Hésiode dans la Théogonie. Son attribut constant est l’aulos — les tibiae des Romains —, instrument à vent à anche, le plus souvent double, omniprésent dans la musique grecque. Certaines traditions tardives lui en attribuent l’invention, que d’autres récits donnent à Athéna ou au satyre Marsyas. Une tradition rapportée par Pindare, par la Bibliothèque d’Apollodore et par Servius fait d’elle la mère de Rhésos, roi de Thrace, conçu avec le dieu-fleuve Strymon — alors que l’Iliade le dit fils d’Éionée. « Clio, Euterpe, Thalie, Melpomène, Terpsichore, Érato, Polymnie, Uranie, et Calliope. » — Hésiode, Théogonie, 77-79 (liste des neuf Muses) ✦ Représentations remarquables R1 Villa des Munts — Euterpe à l’aulos IIe siècle ap. J.-C. · Art romain Buste d’Euterpe · opus vermiculatum sur tuile · villa des Munts (Altafulla) · IIe s. ap. J.-C. · Museu Nacional Arqueològic de Tarragona (inv. 45252-1) · Wikimedia Commons, domaine public Ce petit médaillon d’environ 26 cm de côté provient de la villa romaine des Munts, à Altafulla, près de Tarraco. Exécuté en opus vermiculatum — tesselles minuscules permettant un modelé presque pictural — et serti dans une pièce de terre cuite qui lui sert à la fois de support et de cadre, il montre un buste féminin accompagné de l’aulos et d’un panache de plumes, attributs qui permettent de reconnaître Euterpe. Le musée le date du troisième quart du IIe siècle et le rapproche, par son style, d’un atelier d’Italie centrale. Il s’agit d’un décor mural, non d’un pavement : il a été retrouvé dans le même niveau de destruction que deux pièces comparables, l’une attribuée à Thalie, l’autre peut-être à Mnémosyne, mère des Muses. La villa appartenait, au milieu du IIe siècle, à un notable de Tarraco ; un cycle des Muses y signalait, comme souvent, le goût lettré du propriétaire. R2 Simon Vouet — Euterpe, Muse de la musique et de la poésie lyrique XVIIe siècle · Peinture française Simon Vouet · Euterpe · XVIIe siècle · huile sur toile · Wikimedia Commons, domaine public Arnold Böcklin · La Muse Euterpe · XIXe siècle · Wikimedia Commons, domaine public Simon Vouet (1590-1649), revenu d’un long séjour en Italie pour devenir premier peintre de Louis XIII, a consacré plusieurs toiles aux Muses — dont Uranie et Calliope, aujourd’hui à la National Gallery de Washington. Son Euterpe garde l’attribut fixé par l’Antiquité : les flûtes, qui suffisent à l’identifier. Deux siècles plus tard, le Suisse Arnold Böcklin reprend la figure dans le registre symboliste. D’une mosaïque romaine à ces deux toiles, l’instrument reste le seul élément invariable de l’iconographie d’Euterpe — ce qui rend sa présence, des deux côtés du denier de Pomponius Musa, d’autant plus significative. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes d’Euterpe Monnaies · Mosaïques · Peinture L’iconographie d’Euterpe est l’une des plus stables du cycle des Muses : l’aulos la distingue de ses sœurs, de l’Antiquité grecque aux représentations néoclassiques. 🎵L’Aulos · TibiaeInstrument à vent à anche, généralement double. Euterpe le tient ou en joue dans presque toutes ses représentations. 🏛️La colonneSur le denier RRC 410/5, Euterpe s’accoude à une colonne. La même pose se retrouve sur le denier de Clio de la même série. 🪶Le panache de plumesPorté par Euterpe sur le médaillon des Munts. Les plumes rappellent la victoire des Muses sur les Sirènes, dont elles se firent des couronnes (Pausanias, IX, 34, 3). 🌸La couronne de fleursAttribut fréquent dans l’art post-antique, où Euterpe apparaît souvent les cheveux couronnés de fleurs. Sur l’avers du denier de Quintus Pomponius Musa (RRC 410/5), deux flûtes croisées figurent derrière la tête d’Apollon : l’attribut de la Muse annonce, dès l’avers, la figure du revers. ✦ Représentation numismatique ⭐ Seule représentation républicaine d’Euterpe — RRC 410/5 Ce denier est la seule émission du monnayage républicain romain à représenter Euterpe. Il appartient à la série des Muses de Quintus Pomponius Musa, frappée à Rome et datée par Crawford de 66 av. J.-C. : chaque revers met en scène l’une des neuf Muses, ou Hercule Musagète jouant de la lyre. Euterpe y est représentée accoudée à une colonne, la tête appuyée sur la main gauche, les deux flûtes dans la main droite — une attitude de repos méditatif que partage, dans la même série, le denier de Clio. 02 Denier Pomponia · Quintus Pomponius Musa · Euterpe 66 av. J.-C. 🎵 Euterpe debout à droite, accoudée à une colonne, tenant deux flûtes RRC 410/5 · Argent · British Museum 🏛 Légendes & description AversAnépigrapheTête laurée d’Apollon à droite ; derrière, deux flûtes croisées. ReversQ · POMPONI / MVSAEuterpe drapée, debout à droite, le coude gauche appuyé sur une colonne, tenant deux flûtes de la main droite ; Q·POMPONI à gauche, MVSA à droite, de haut en bas. Légende : Quintus Pomponius Musa. Le choix des flûtes croisées à l’avers, derrière la tête d’Apollon, relève d’un principe propre à la série : chaque denier porte au droit un symbole lié à la Muse du revers — rouleau pour Clio, étoile pour Uranie, flûtes pour Euterpe. Les deux faces forment ainsi un programme cohérent. La pose accoudée, la tête soutenue par la main, a souvent été rapprochée des statues que Marcus Fulvius Nobilior rapporta d’Ambracie et plaça dans le temple d’Hercule des Muses à Rome. Que le graveur ait reproduit fidèlement un modèle sculpté reste une hypothèse, mais la variété des poses d’une Muse à l’autre plaide en faveur de modèles distincts. Références : RRC 410/5 · Babelon, Pomponia 13 · Sydenham 815 · BMCRR Rome

Erato

Érato Muse de la poésie lyrique & amoureuse · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité grecque · Muse OrigineGrecque · adoptée par Rome AttributsLyre · Plectre DomainePoésie lyrique · Amour MonnaieRRC 410/6 Érato est l’une des neuf Muses de la mythologie grecque, protectrice de la poésie lyrique et amoureuse. Son nom (Ἐρατώ) se rattache à l’adjectif ἐρατός, « aimable », « désiré », de la même racine qu’Éros — un rapprochement que les poètes antiques eux-mêmes ont exploité. Comme ses sœurs, elle est fille de Zeus et de Mnémosyne, la Mémoire. Les domaines des Muses ne se sont fixés que tardivement : chez Hésiode, Érato n’est encore qu’un nom parmi neuf. C’est à l’époque hellénistique, puis chez les poètes latins, qu’elle devient la Muse de l’élégie et du chant d’amour, invoquée lorsque le récit touche au désir et aux unions. Elle est souvent représentée la lyre en main, parfois aux côtés d’Éros, et la cour qu’elle préside au sein du chœur des Muses la place sous l’autorité d’Apollon Musagète. Érato jouant de la lyre · Marbre, époque romaine impériale · Musée Pio-Clementino, Vatican · Wikimedia Commons « Nunc Erato, nam tu nomen amoris habes. »« Maintenant, Érato, à toi : car tu portes le nom de l’amour. » — Ovide, L’Art d’aimer, II, 16 ✦ Attributs iconographiques 01Les emblèmes d’ÉratoMonnaies · Sculptures · Peinture Dans l’Antiquité, Érato se reconnaît d’abord à son instrument : comme Terpsichore, elle est une Muse « à cordes », ce qui rend parfois délicate l’identification des deux figures. Les attributs floraux qu’on lui prête volontiers appartiennent surtout à l’iconographie moderne. 🎵La LyreAttribut principal : lyre ou cithare, instrument du chant accompagné. Sur le denier RRC 410/6, Érato en joue debout. 🪶Le PlectrePetit médiator servant à pincer les cordes. Sa présence au droit de certains deniers de la série est au cœur du débat d’identification Érato / Terpsichore. 🌿Myrte & rosesPlantes de Vénus associées à Érato surtout à partir de la Renaissance et dans la peinture néoclassique ; elles ne sont pas des attributs antiques assurés. 💘ÉrosCompagnon fréquent d’Érato dans la peinture moderne (Simon Vouet, XVIIe s.), écho direct de l’étymologie de son nom. Sur le sarcophage des Muses du Louvre, comme sur les deniers de Quintus Pomponius Musa, chaque Muse est caractérisée par un instrument ou un objet — lyre, flûtes, masque, globe, rouleau — selon un répertoire que les ateliers romains ont repris de modèles grecs. Sarcophage des Muses · Marbre, 1re moitié du IIe s. ap. J.-C., Via Ostiense · Musée du Louvre (MR 880 / Ma 475) · Wikimedia Commons ✦ Représentation numismatique ⭐ Érato sur le monnayage républicain — RRC 410/6 et un débat d’identification Érato n’apparaît dans la numismatique républicaine que dans la série des Muses de Quintus Pomponius Musa, frappée à Rome en 66 av. J.-C. Le type que Crawford attribue à Érato, RRC 410/6, est le plus rare de toute la série. L’identification fait toutefois débat. Le symbole placé derrière la tête d’Apollon sur RRC 410/6 est décrit comme une « fleur » par Babelon, Crawford et le British Museum ; A. Banti (1980), puis Ph. Davis (« Erato or Terpsichore: A Reassessment », FIDES, ANS, 2015) y voient un plectre. Selon eux, ce même symbole se retrouve sur le type RRC 410/7d, classé par Crawford comme Terpsichore, dont la Muse debout tient lyre et plectre (voir la fiche 1367PO) : ce type représenterait en réalité Érato, la tortue restant seule caractéristique de Terpsichore. Si cette lecture est retenue, Érato ne serait plus figurée par un seul type mais par deux. 02Denier Pomponia · Quintus Pomponius Musa · Érato66 av. J.-C. 🎵 Érato debout à droite, jouant de la lyre RRC 410/6 · British Museum 🏛 Légendes & description DroitAnépigrapheTête laurée d’Apollon à droite ; derrière, une fleur (plectre selon Banti et Davis). ReversQ · POMPONI / MVSAÉrato debout à droite, jouant de la lyre ; Q·POMPONI à gauche, MVSA à droite. L’association d’Apollon au droit et d’une Muse au revers est parfaitement cohérente : Apollon est le dieu des arts, chef du chœur des Muses (Musagète). Sur la série, le droit porte toujours la tête laurée d’Apollon, accompagnée d’un symbole qui varie selon le revers, tandis que celui-ci montre l’une des neuf Muses ou Hercule Musagète. La Muse est figurée en pied, vêtue d’une longue tunique, l’instrument contre le corps : l’attitude statuaire du type suggère que le graveur s’est inspiré d’un modèle sculpté — vraisemblablement le groupe de statues conservé dans le temple d’Hercule des Muses (aedes Herculis Musarum) à Rome. Références : RRC 410/6 · Babelon, Pomponia 12 · Sydenham 814 · BMCRR 3612 · Atelier : Rome · Métal : argent ✦ Le magistrat monétaire 03Quintus Pomponius Musa — Le jeu de mot numismatique66 av. J.-C. Quintus Pomponius Musa est un triumvir monetalis — magistrat chargé de la frappe des monnaies — issu de la gens Pomponia, famille plébéienne de Rome. Les auteurs antiques ne disent rien de lui ; ses monnaies sont son seul témoignage. Son programme iconographique repose sur un jeu de mots sur son propre surnom : Musa, la Muse. Ce cognomen lui offrit le prétexte d’une série de dix types de deniers représentant les neuf Muses individuellement, plus un type montrant Hercule Musagète jouant de la lyre — Hercule chef des Muses. Cette série est généralement rapprochée du groupe de statues des Muses que Marcus Fulvius Nobilior rapporta d’Ambracie, prise en 189 av. J.-C., et qu’il installa dans le temple d’Hercule des Muses élevé près du cirque Flaminius après son triomphe de 187. En frappant ces images, Pomponius Musa rappelait ce monument tout en signant sa charge d’une empreinte littéraire et mythologique. ✦ Érato dans la littérature antique 04L’invocation de la Muse — Une tradition poétiqueVIIIe s. av. J.-C. – Ier s. ap. J.-C. L’invocation des Muses en ouverture d’un chant est une convention aussi ancienne que la poésie grecque elle-même. Le lien d’Érato avec l’amour s’affirme dans les Argonautiques d’Apollonios de Rhodes : le chant III, qui raconte

Terpsichore

Terpsichore Muse de la Danse · Iconographie numismatique · République romaine NatureMuse · Divinité grecque FamilleZeus & Mnémosyne AttributsLyre · Plectre Périodevers 66 av. J.-C. MonnaieRRC 410/7 · Denier Dans la mythologie grecque, Terpsichore (en grec ancien Τερψιχόρη / Terpsikhórē, de τέρπω / térpô, « réjouir, charmer », et χορός / khorós, « chœur dansé ») est « celle qui se plaît à la danse » : la Muse de la Danse et du chœur. Fille de Zeus et de la Titanide Mnémosyne, elle est l’une des neuf Muses dont Hésiode donne le premier la liste (Théogonie, 77–79), chœur divin qui réjouit les dieux de l’Olympe par le chant et la danse, sous la conduite d’Apollon Musagète. Dans l’iconographie, elle est le plus souvent figurée avec une lyre et un plectre : dans la choreia antique, c’est la lyre qui donne la cadence aux danseurs. Selon Apollonios de Rhodes, elle est la mère des Sirènes, qu’elle aurait eues du dieu-fleuve Achéloos — généalogie concurrente de celles qui donnent pour mère aux Sirènes Melpomène ou Calliope. Son nom a donné l’adjectif « terpsichoréen », qui qualifie tout ce qui touche à la danse. Sur les monnaies de la République romaine, Terpsichore n’apparaît qu’une seule fois : au revers du denier RRC 410/7 du monétaire Quintus Pomponius Musa, vers 66 av. J.-C. Terpsichore · Marbre romain · Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg (salle 110) « À Terpsichore, les cigales font connaître ceux qui l’ont honorée dans les chœurs, et les lui rendent plus chers. » — Platon, Phèdre, 259c · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1 Les Muses de la villa dite de Cassius — Tivoli Copies romaines · Musées du Vatican Terpsichore · Marbre romain · Museo Pio-Clementino, salle des Muses (inv. 308), Vatican · Wikimedia Commons En 1774, des fouilles menées dans la villa dite de Cassius, près de Tivoli, mirent au jour un ensemble de statues de Muses et d’Apollon citharède. Acquises par le pape Pie VI, elles forment le cœur de la salle des Muses du Museo Pio-Clementino, aménagée spécialement pour les accueillir. Ces marbres sont des copies d’époque romaine d’un groupe hellénistique, et plusieurs ont été complétés ou dotés de têtes rapportées lors de leur restauration moderne. Terpsichore y tient sa lyre, dans l’attitude calme d’une musicienne plutôt que d’une danseuse en mouvement : c’est la Muse qui mène le chœur. Réunies dans une villa privée, ces statues reflètent le goût de l’aristocratie romaine pour un décor « savant » où les Muses signalaient la culture du propriétaire. R2 Mosaïque des Muses — Villa romaine de Vichten vers 240 ap. J.-C. Mosaïque des Muses · Vichten · Musée national d’archéologie, d’histoire et d’art, Luxembourg Détail : Terpsichore · Mosaïque de Vichten · Wikimedia Commons Découverte en 1995 dans une villa romaine de Vichten (Luxembourg), cette mosaïque polychrome réunit les neuf Muses : au centre, Calliope en compagnie d’Homère ; tout autour, ses huit sœurs dans des panneaux octogonaux, chacune avec ses attributs. Terpsichore y est identifiable à sa lyre. À la différence d’une statue isolée, la mosaïque replace Terpsichore dans son collège : la danse n’y est qu’une part d’un programme culturel complet, réunissant poésie, histoire, musique et science. Deux siècles et demi plus tôt, la série monétaire de Pomponius Musa avait déjà décliné ce même collège, Muse par Muse, sur le métal. R3 Le sarcophage des Muses — Musée du Louvre IIe siècle ap. J.-C. Sarcophage des Muses · Marbre · Rome, 1re moitié du IIe s. ap. J.-C. · Musée du Louvre (MR 880 / Ma 475) · Wikimedia Commons Sur la cuve de ce sarcophage, les neuf Muses se succèdent en frise, chacune reconnaissable à son attribut. Dans l’art funéraire romain, ce cortège exprime l’idéal d’une vie consacrée aux arts et au savoir : le défunt se place sous la protection des Muses, gage d’une renommée qui survit à la mort. Terpsichore y figure avec la lyre, comme sur les monnaies et la mosaïque — signe de la stabilité de son image à l’époque impériale. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Terpsichore Monnaies · Sculptures · Mosaïques Les attributs de Terpsichore traduisent l’union de la musique et de la danse dans la pensée antique. Ils forment un langage visuel immédiatement lisible pour un spectateur cultivé, qu’il s’agisse d’un amateur de sculptures, d’un visiteur de villa ornée de mosaïques ou d’un Romain tenant un denier de Pomponius Musa. 🎵LyreAttribut le plus constant de Terpsichore. Sur le denier RRC 410/7, la lyre est tantôt ronde, tantôt carrée selon les variantes. ✋PlectrePetit outil servant à pincer les cordes. Tenu de la main droite sur le denier, il marque la cadence du chœur. 🐢TortueSymbole placé derrière la tête d’Apollon sur une partie des deniers : la lyre primitive, inventée par Hermès, avait pour caisse une carapace de tortue. 💃Posture dansanteDans l’art hellénistique et moderne, Terpsichore est parfois saisie en mouvement, le pied levé, incarnant la grâce du corps dansant. 🌊Sirènes (filiation)Selon Apollonios de Rhodes (IV, 895–896), Terpsichore est la mère des Sirènes, nées de son union avec Achéloos. Sur le petit flan du denier, l’iconographie est épurée : la Muse se reconnaît à la lyre et au plectre, et le symbole d’avers — la tortue — en renforce la lecture musicale. La couronne de lierre parfois prêtée à Terpsichore dans l’art moderne n’est en revanche pas un attribut antique stable. ✦ Représentation numismatique ⚡ Seule représentation républicaine — RRC 410/7 · Série des Muses Terpsichore n’apparaît qu’une seule fois dans la numismatique de la République romaine : au revers du denier RRC 410/7, frappé à Rome par le monétaire Quintus Pomponius Musa. Crawford date la série de 66 av. J.-C. ; l’étude du trésor de Mesagne par Hersh et Walker (1984) a proposé de l’abaisser vers 56 av. J.-C. Ce denier appartient à une série de dix types (RRC 410/1 à 410/10) : Hercule Musagète jouant de la lyre, puis chacune des neuf Muses avec ses attributs. Le monétaire y joue sur son cognomen, Musa : aucun

Uranie

Uranie Muse de l’Astronomie · Ouranía · Fille de Zeus et de Mnémosyne · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité · Muse OrigineGrecque AttributsGlobe · Baguette Première mentionHésiode · vers 700 av. J.-C. MonnaieRRC 410/8 · Q. Pomponius Musa Uranie (Οὐρανία / Ourania, « la Céleste ») est la Muse de l’astronomie — une discipline que l’Antiquité ne séparait guère de l’observation des signes célestes. Fille de Zeus et de Mnémosyne, la Mémoire personnifiée, elle appartient au chœur des neuf Muses conçues, selon Hésiode, au cours de neuf nuits d’union en Piérie. Son nom, tiré d’ouranos, « le ciel », dit à lui seul son domaine. Uranie est la Muse des esprits tournés vers le cosmos : astronomes, philosophes de la nature, poètes du ciel. Cicéron, dans le poème qu’il consacra à son propre consulat, lui fait prendre la parole pour énumérer les présages célestes de l’année 63 — preuve que, pour un Romain cultivé, la Muse du ciel était aussi celle des signes qu’on y lit. Il ne faut pas la confondre avec Aphrodite Ourania, la « Vénus céleste », simple épithète de la déesse de l’amour qui ne doit rien à la Muse. Dans le monnayage républicain, Uranie n’apparaît qu’une seule fois : sur l’un des dix deniers que le monétaire Quintus Pomponius Musa consacre vers 66 av. J.-C. à Hercule et aux neuf Muses — programme unique à Rome, qui joue sur le cognomen du magistrat et rend hommage au temple d’Hercule des Muses du Champ de Mars. Les neuf Muses et leurs attributs · Sarcophage des Muses · Marbre · 1re moitié du IIe s. ap. J.-C. · Trouvé près de la via Ostiense, Rome · Musée du Louvre (MR 880 / Ma 475) · Domaine public « Uranie scrute les mouvements du ciel et les astres. » Uranie caeli motus scrutatur et astra. — Ausone (attribué), Idylles, XX (« Les noms des Muses »), v. 8 · IVe s. ap. J.-C. · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1 Statue restaurée en Uranie — Musée Pio-Clementino Copie romaine · Vatican, Sala delle Muse Statue restaurée en Uranie · Marbre · Musée Pio-Clementino, Vatican, inv. 293 · Domaine public Cette statue de la Sala delle Muse du Vatican est l’une des images les plus diffusées d’Uranie — mais son histoire invite à la prudence. Le corps provient de l’ancienne collection du palais Ginnetti à Velletri (don du prince Lancellotti) ; la tête antique, découverte en 1786 à la Villa Adriana de Tivoli, n’appartient pas à la statue. C’est la restauration du XVIIIe siècle qui en a fait une Uranie, pour compléter la série des Muses de la salle. La salle elle-même, ouverte en 1784, fut conçue pour les sculptures mises au jour dans la villa dite « de Cassius » à Tivoli, d’époque hadrienne. Plusieurs de ces statues ne représentaient pas des Muses à l’origine et furent modifiées pour atteindre le nombre de neuf. Le même ensemble comprend une autre Uranie, assise sur un rocher et tendant un style vers un globe — mais là encore, les attributs doivent beaucoup aux restaurateurs. La leçon vaut pour le numismate : le globe et la baguette du denier de Pomponius Musa (vers 66 av. J.-C.) sont un témoignage antérieur et non restauré de l’iconographie d’Uranie, bien plus sûr que la plupart des marbres des collections modernes. R2 Le sarcophage des Muses du Louvre 1re moitié du IIe s. ap. J.-C. · Paris Sarcophage des Muses · Musée du Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines (MR 880) · Photo Jastrow · Domaine public Trouvé près de la via Ostiense, ce sarcophage aligne sur sa face principale les neuf Muses, chacune caractérisée par son attribut. Uranie s’y reconnaît, comme sur le denier républicain, au globe qu’elle désigne de sa baguette. C’est l’un des témoins les plus complets du « catalogue » des attributs tel qu’il s’est fixé à l’époque impériale. Les sarcophages aux Muses se multiplient au IIe siècle : ils célèbrent la culture du défunt, homme de lettres ou d’étude, et sa familiarité avec les arts que les Muses gouvernent. Le parallèle avec la série monétaire de Pomponius Musa est frappant : dans les deux cas, l’ensemble des neuf sœurs, distinguées une à une, affiche une paideia à la grecque. R3 Les Muses Uranie et Calliope — Simon Vouet Vers 1634 · Washington, National Gallery of Art Les Muses Uranie et Calliope · Simon Vouet · Vers 1634 · National Gallery of Art, Washington · Domaine public Simon Vouet (1590–1649), premier peintre de Louis XIII depuis 1627, réunit ici deux Muses : Uranie, appuyée sur son globe céleste, et Calliope, Muse de l’épopée, livre en main. Le tableau n’est donc pas un « portrait allégorique » d’Uranie seule, mais un dialogue entre la science du ciel et la grande poésie — couple fréquent dans les décors savants du Grand Siècle. Le globe y conserve la place qu’il occupe sur le denier de Pomponius Musa : au fil de dix-sept siècles, c’est l’attribut qui identifie Uranie sans ambiguïté. Les autres signes qui l’accompagnent chez Vouet et ses contemporains — compas, instruments de mesure, étoffes bleues — relèvent en revanche de l’iconographie moderne. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes d’Uranie Antiquité · Époque moderne Il faut distinguer les attributs antiques, attestés dès la fin de la République, de ceux que la Renaissance a ajoutés — notamment dans les recueils emblématiques comme l’Iconologia de Cesare Ripa (1593). 🌐Antique Globe céleste Attribut identificateur. Sur le denier RRC 410/8, il repose sur un trépied ; sur les sarcophages, Uranie le tient ou le désigne. 🪄Antique Baguette (radius) La baguette des géomètres et des astronomes, avec laquelle on traçait les figures dans le sable. Uranie la pointe vers le globe : geste de démonstration. ⭐Monnaie Étoile Sur le denier RRC 410/8, une étoile derrière la tête d’Apollon signale, dès l’avers, que le revers est consacré à la Muse du ciel. 📐Moderne Compas Instrument de la géométrie céleste, très présent dans la peinture des