Priape

Priape Dieu de la fertilité & des jardins · Mutinus Titinus · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité agraire OrigineGrecque · Lampsaque ParentéDionysos & Aphrodite AttributsPhallus · Faucille · Fruits MonnaiesRRC 341/1 · 341/2 Priape est avant tout une divinité agraire, protectrice des jardins, des vergers, des vignes et des troupeaux. Fils de Dionysos et d’Aphrodite (Vénus) selon la tradition la plus répandue, il est le dieu de Lampsaque, sur l’Hellespont, en Asie Mineure — ville qui demeure le principal foyer de son culte avant que celui-ci ne gagne la Grèce, puis l’Italie. Sa marque distinctive : un phallus démesuré, signe à la fois de fécondité et de puissance protectrice, qui fait de lui une figure tout ensemble sacrée et comique du panthéon gréco-romain. Les auteurs chrétiens — Lactance, Arnobe, saint Augustin, puisant chez Varron — assimilent Priape à Mutinus Titinus (ou Mutunus Tutunus), divinité italique archaïque liée aux rites du mariage. Seul témoin classique, le lexicographe Festus mentionne le sanctuaire du dieu sur la Vélia, vénéré depuis la fondation de Rome jusqu’au principat d’Auguste. Sur les monnaies républicaines, Mutinus Titinus apparaît une seule fois, sur une émission de Quintus Titius (90 av. J.-C.), dans un jeu de type parlant liant le nom du dieu à celui du magistrat monétaire. « … Priape, mâle démesuré, sur le phallus énorme et très honteux duquel on ordonnait à la nouvelle mariée de s’asseoir, selon la très honnête et très religieuse coutume des matrones. » … super cuius immanissimum et turpissimum fascinum sedere nova nupta iubebatur… — Saint Augustin, La Cité de Dieu, VI, 9 · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1 Priape pesant son phallus — Fresque de la Maison des Vettii Pompéi · Ier s. ap. J.-C. Priape pesant son phallus contre une bourse · Vestibule de la Maison des Vettii, Pompéi · Ier s. ap. J.-C. · Wikimedia Commons L’iconographie la plus caractéristique de Priape dans le monde romain est celle de l’homme barbu au phallus démesuré, souvent représenté soulevant sa tunique pour révéler son attribut, les plis du vêtement chargés de fruits. Sur la célèbre peinture du vestibule de la Maison des Vettii, à Pompéi, le dieu, coiffé d’un bonnet pointu, pose son phallus sur le plateau d’une balance, en contrepoids d’une bourse : image à la fois grotesque et propitiatoire, placée à l’entrée de la demeure de riches affranchis enrichis par le commerce. Dans les jardins romains, les statues de Priape en bois de figuier — Horace en fait parler une au début d’une de ses Satires (I, 8) — étaient peintes en rouge et armées d’une faucille : épouvantails pour les voleurs et les oiseaux autant que gages de récolte. Le caractère apotropaïque du phallus surdimensionné en faisait le gardien naturel des espaces cultivés. R2 Pégase sur les monnaies de Lampsaque — La double empreinte du culte priapique Ve – IVe siècle av. J.-C. Lampsaque, berceau du culte de Priape sur l’Hellespont, a pour type monétaire caractéristique l’avant-corps de Pégase, présent sur ses statères d’électrum puis sur ses statères d’or. Ce même cheval ailé occupe le revers des monnaies romaines de Quintus Titius — le magistrat qui place la tête de Mutinus Titinus à l’avers de son denier. Babelon voyait dans cette rencontre non une imitation servile, mais l’effet d’une communauté de culte entre Rome et Lampsaque, qui appelait naturellement des figures semblables pour les mêmes divinités. Babelon signalait également, au Cabinet des Médailles de Paris, un buste de marbre à double tête, à la manière d’un Janus : d’un côté Bacchus imberbe couronné de lierre, de l’autre un dieu barbu et ailé qu’il identifiait à Mutinus Titinus. Le rapprochement de Bacchus et du dieu priapique traduit leurs liens cultuels étroits : tous deux président à la fécondité de la vigne et appartiennent au cortège dionysiaque. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Priape / Mutinus Titinus Sculpture · Peinture · Numismatique L’iconographie de Priape est l’une des plus cohérentes et reconnaissables du panthéon gréco-romain. Ses attributs combinent fécondité rurale et puissance apotropaïque — la capacité d’éloigner le mal et de protéger l’espace des jardins et des demeures. 🌱Phallus ithyphalliqueAttribut central et signe de reconnaissance immédiat, à la fois symbole de fécondité et talisman apotropaïque. 🍇FruitsPortés dans le pan relevé de la tunique — productions des jardins et des vergers dont il est le protecteur attitré. 🌙FaucilleOutil du jardinier et arme du gardien : Tibulle (I, 1, 17-18) la place dans la main du « rouge gardien » des vergers. 🎩Bonnet pointuCoiffe d’allure orientale, visible sur la fresque des Vettii, rappelant l’origine micrasiatique du dieu. 🐴ÂneVictime qu’on lui immole à Lampsaque, en souvenir de l’âne de Silène qui fit échouer ses avances à Lotis. 👑Diadème ailéAttribut propre à Mutinus Titinus sur le denier de Quintus Titius — tête barbue coiffée d’un diadème à ailerons. 🪽Pégase (revers)Type de Lampsaque, repris au revers de toutes les monnaies d’argent de Quintus Titius. Sur les monnaies républicaines, Priape apparaît sous sa forme romaine Mutinus Titinus : tête barbue coiffée d’un diadème ailé, à droite, sans légende. Ce type parlant fait écho au nomen Titius, selon la pratique courante des magistrats monétaires qui jouaient sur la proximité sonore entre leur nom et les divinités représentées. ✦ Représentations numismatiques républicaines ⚡ Seule effigie républicaine identifiée de Mutinus Titinus RRC 341/3 · Quinaire · Victoire / Pégase · Fiche 1214TI L’effigie de Mutinus Titinus n’apparaît que sur un denier de Quintus Titius, frappé vers 90 av. J.-C. — cas unique dans tout le monnayage de la République. Le nom du dieu offrait une résonance évidente avec le nomen du monétaire, selon la tradition des types parlants. L’émission de Titius comprend deux deniers (RRC 341/1, Mutinus Titinus ; 341/2, Liber), un quinaire au buste de Victoire (RRC 341/3) — tous trois avec Pégase au revers — et une série de bronzes. Le droit du denier à Mutinus Titinus sera fidèlement copié sur le bronze gaulois TATINOS des Rutènes (LT. 4383) ; les catalogues rapprochent par ailleurs le Pégase de Titius de celui du bronze
Silène

Silène Vieux satyre · Précepteur de Dionysos · Iconographie numismatique · République romaine NatureSilène · vieux satyre OrigineGrecque · Σειληνός AttributsOutre · Âne · Lierre CercleThiase de Dionysos / Liber MonnaiesRRC 337/1 · 341/7 · 342/1–2 Dans la mythologie grecque, Silène (Silenus, Σειληνός) est le plus âgé et le plus sage des compagnons de Dionysos, le Liber des Romains. On le représente en vieillard jovial, chauve, barbu et ventru, aux oreilles chevalines, souvent ivre et juché sur un âne. La tradition fait de lui le nourricier et le précepteur du jeune dieu. Le nom désigne aussi toute une catégorie : les silènes, génies des sources et des bois proches des satyres, dont le plus célèbre est Marsyas. Silène incarne l’ivresse du thiase mais aussi une sagesse inquiétante, qu’il ne livre que contraint. Cette double nature — grotesque au dehors, profond au dedans — a fait sa fortune, jusqu’à la comparaison de Socrate avec les statuettes de silènes qui renfermaient des images de dieux. « Le mieux, pour les hommes, est de ne pas naître du tout ; et, une fois nés, de mourir le plus tôt possible. » — Réponse de Silène au roi Midas · Aristote, Eudème, fr. 44 Rose, cité par Plutarque, Consolation à Apollonios, 27 (115 b–e) · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1 Silène portant Dionysos enfant Original v. 300 av. J.-C. · copie romaine Silène portant Dionysos enfant · Copie romaine d’après un bronze attribué à Lysippe · Marbre · Musées du Vatican, Braccio Nuovo (inv. 2292) · Wikimedia Commons Le vieux silène, appuyé contre un tronc drapé d’une peau de bête, berce l’enfant-dieu qui tend la main vers son visage. Le groupe reproduit un bronze grec perdu de la fin du IVe siècle av. J.-C., généralement rattaché à Lysippe ou à son atelier. L’exemplaire le plus célèbre, trouvé à Rome en 1569 dans les anciens jardins de Salluste, passé par la collection Borghèse, est aujourd’hui au musée du Louvre (Ma 922) ; la réplique du Vatican en est une autre copie d’époque impériale. Loin du buveur titubant, Silène y apparaît en nourricier digne et attentif : c’est l’autre visage du personnage, celui du gardien et de l’éducateur de Dionysos. R2 Silène à la lyre — Villa des Mystères, Pompéi v. 60 av. J.-C. Fresque de la salle des Mystères · Silène jouant de la lyre (à gauche), jeune Pan et nymphe allaitant un chevreau · Pompéi, Villa des Mystères · Wikimedia Commons Dans la grande frise dionysiaque de la Villa des Mystères, peinte au milieu du Ier siècle av. J.-C., Silène paraît à plusieurs reprises. Sur ce panneau, couronné de lierre, il joue de la lyre à côté d’un jeune Pan et d’une nymphe qui allaite un chevreau : le monde rustique et musical du thiase accompagne le rite d’initiation représenté sur les autres murs. La fresque est presque contemporaine des deniers républicains à masque de Silène (91–90 av. J.-C.) : elle montre la place que le vieux satyre occupait dans l’imaginaire dionysiaque des élites italiennes de la fin de la République, un siècle après la répression des Bacchanales. R3 Le Silène ivre — Pierre Paul Rubens v. 1617–1626 Pierre Paul Rubens · Le Silène ivre · Huile sur bois · Munich, Alte Pinakothek · Wikimedia Commons Rubens reprend le thème antique du cortège : Silène, massif et chancelant, est soutenu par des satyres et des bacchantes. Le tableau, agrandi par le peintre lui-même au milieu des années 1620, fait du vieux satyre l’image même de la chair et de l’excès, dans une lecture qui doit beaucoup à l’étude de Titien. De la Renaissance au XIXe siècle, le « triomphe » ou l’« ivresse » de Silène devient un sujet de prédilection (Mantegna, Carrache, Ribera, Van Dyck), qui retient surtout l’aspect burlesque du personnage et laisse dans l’ombre sa sagesse. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Silène Sculptures · Vases · Fresques · Monnaies Les attributs de Silène condensent à la fois son caractère jovial, son rôle de sage ivre et son appartenance au cortège du dieu du vin. On les retrouve dans la grande sculpture, sur les vases attiques, dans les fresques campaniennes et, sous une forme réduite, sur le monnayage républicain. 🍷Outre de vinSymbole de l’ivresse perpétuelle ; Silène la porte sur l’épaule ou s’y adosse (askos). Marsyas la porte aussi sur le denier de Censorinus. 🐴L’âneMonture habituelle d’un Silène trop ivre pour marcher, et animal familier du cortège dionysiaque. 🎭MasqueSur les monnaies de 91–90 av. J.-C., Silène n’apparaît que sous forme de masque, rappel du drame satyrique et des fêtes de Dionysos. 🌿Couronne de lierrePartagée avec Dionysos, la couronne de lierre (kissos) ceint le masque de Silène sur les deniers Vibia et le quadrans Titia. 👴Calvitie & bedaineChauve, barbu, au nez camus et au ventre rond : des traits burlesques qui contrastent avec la sagesse qu’on lui prête. 👂Oreilles chevalinesLes silènes ont des oreilles et parfois une queue de cheval, et non de bouc comme les satyres plus tardifs ou Pan. 🎵MusiqueLyre (Villa des Mystères), double flûte (aulos) ou chant : Silène est un musicien, comme Marsyas, rival malheureux d’Apollon. Sur le monnayage républicain, seuls le masque barbu, la couronne de lierre et parfois l’oreille chevaline sont lisibles : le petit module du denier ne permet pas de figurer l’âne ni l’outre. ✦ Représentations numismatiques ⚡ Un type concentré sur deux années : 91–90 av. J.-C. Silène est rare dans le monnayage républicain, mais il n’y est pas unique. Son masque barbu apparaît chez trois monétaires successifs, en 91 et 90 av. J.-C. : D. Iunius Silanus (RRC 337/1), Q. Titius (RRC 341/7) et C. Vibius Pansa (RRC 342/1 et 342/2). Dans deux cas au moins, le choix repose sur un jeu de mots avec le nom du magistrat : Silanus appelle Silène, Pansa appelle Pan, dont le masque accompagne celui de Silène sur les deniers Vibia. Hors de ces émissions, le monde des silènes ne revient qu’avec Marsyas, figuré en pied sur le denier de L. Marcius Censorinus
Tarpeia

Tarpeia Traîtresse ou héroïne · La Roche Tarpéienne · Iconographie numismatique · République romaine NaturePersonnage légendaire ÉpoqueRègne de Romulus PèreSpurius Tarpeius · Gardien de la citadelle FinÉcrasée sous les boucliers sabins MonnaiesRRC 344/2 · RIC I² 299 Tarpeia est l’une des figures les plus ambiguës des récits de fondation de Rome. Fille de Spurius Tarpeius, à qui Romulus avait confié la citadelle du Capitole, elle livre la place aux Sabins du roi Titus Tatius, venus venger l’enlèvement de leurs filles. Transmise dès Fabius Pictor et Cincius Alimentus, puis par Tite-Live, Denys d’Halicarnasse, Plutarque et Properce, son histoire oscille entre deux pôles : la traîtresse vénale punie par ceux-là mêmes qu’elle avait servis, et l’héroïne qui aurait voulu désarmer l’ennemi par la ruse. Dans la version la plus répandue, elle réclame aux Sabins « ce qu’ils portaient au bras gauche » — leurs lourds bracelets d’or. Une fois dans la citadelle, les Sabins la prennent au mot autrement : ils l’ensevelissent sous leurs boucliers, portés eux aussi au bras gauche. La falaise du Capitole qui porte son nom — la Roche Tarpéienne — devient sous la République le lieu où l’on précipite traîtres et criminels. La numismatique conserve deux des trois seules représentations antiques de la scène : les deniers de Lucius Titurius Sabinus (RRC 344/2, 89 av. J.-C.), monétaire dont le cognomen revendique une ascendance sabine, et un denier d’Auguste frappé vers 19 av. J.-C. par P. Petronius Turpilianus (RIC I² 299). La troisième est la frise historique de la basilique Æmilia, sur le Forum. « Souvent elle prétexta les présages de la lune, qui n’y était pour rien, et dit qu’elle devait aller baigner sa chevelure dans le fleuve. » Saepe illa immeritae causata est omina lunae, / et sibi tinguendas dixit in amne comas. — Properce, Élégies, IV, 4 · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1 Denier 1234TI — Tarpeia ensevelie sous les boucliers 89 av. J.-C. 1234TI · RRC 344/2a · L. Titurius Sabinus · 89 av. J.-C. · Argent · 3,50 g · 18 mm · Münzkabinett Berlin Au revers, Tarpeia est figurée de face, déjà ensevelie jusqu’à la taille sous un amas de boucliers, les deux bras levés comme pour repousser ou supplier les deux soldats qui, de part et d’autre, s’apprêtent à lancer les leurs. Au-dessus de la scène, une étoile dans un croissant. La frontalité de la figure centrale, rare dans un monnayage républicain qui privilégie le profil, donne à la scène une symétrie presque rituelle : l’instant choisi n’est pas la trahison mais le châtiment, au moment où il s’accomplit. R2 La frise historique de la basilique Æmilia Forum romain · fin du Ier s. av. J.-C. Frise de la basilique Æmilia · Museo Nazionale Romano, Palazzo Massimo · Wikimedia Commons Frise de la basilique Æmilia · cycle des origines de Rome · Wikimedia Commons La frise de marbre qui ornait l’intérieur de la basilique Æmilia déroulait les épisodes des origines de Rome, dont l’enlèvement des Sabines et le châtiment de Tarpeia. C’en est la version la plus développée : Tarpeia y occupe le centre, encadrée de deux guerriers qui lèvent leurs boucliers pour l’en accabler, tandis que des figures latérales — Titus Tatius et peut-être Romulus ou Mars, selon les lectures — assistent à la scène. La composition reprend, à l’échelle monumentale, le schéma du denier de Titurius : figure centrale de face, deux bourreaux symétriques. Les fragments sont aujourd’hui conservés au Museo Nazionale Romano (Palazzo Massimo). R3 Le denier d’Auguste de P. Petronius Turpilianus vers 19 av. J.-C. · RIC I² 299 Soixante-dix ans après Titurius, le monétaire P. Petronius Turpilianus reprend le thème sur un denier d’Auguste (avers CAESAR AVGVSTVS, tête nue de l’empereur ; revers TVRPILIANVS III VIR). La composition est épurée : Tarpeia seule, de face, la chevelure dénouée, les mains levées, à demi ensevelie sous les boucliers — les soldats ont disparu. Comme Titurius, Turpilianus rattache ses types à une ascendance sabine (il frappe aussi Liber et Feronia). Dans la Rome augustéenne, attachée à la restauration des mœurs, la figure de Tarpeia sert d’exemplum négatif : la femme qui trahit la cité. ✦ Éléments iconographiques 01 Les symboles du denier à Tarpeia Scène · Astres · Personnages Sur un flan d’environ 18 mm, chaque élément de la composition renvoie à une couche de sens : le récit légendaire, la morale civique et, peut-être, un écho poétique. 🛡️Les boucliersInstruments du châtiment et clé du malentendu : Tarpeia voulait « ce qu’ils portaient au bras gauche » (les bracelets) ; les Sabins lui donnèrent ce qu’ils portaient au même bras. 🌙Étoile et croissantLeur sens reste discuté. On les a rapprochés de Properce, chez qui Tarpeia prétexte les présages de la lune pour sortir de la citadelle ; ils peuvent aussi évoquer la nuit de la trahison. 🏛️La frontalitéTarpeia de face, entre deux soldats symétriques : un parti pris rare au revers des deniers républicains, repris à l’identique sur la frise de la basilique Æmilia. 👑Tatius à l’aversTête barbue du roi sabin, avec la légende SABIN ; selon les variétés, monogramme TA, palme ou mention A·PV devant le visage. 🏔️La Roche TarpéienneAbsente du flan mais sous-jacente : le nom de Tarpeia reste attaché à la falaise du Capitole d’où l’on précipitait les condamnés. ⚖️Traîtresse ou héroïne ?La monnaie montre le châtiment, non la faute : elle laisse au spectateur le choix entre punition méritée et mort d’une héroïne trahie. ✦ Les deniers Tituria — La série sabine ⚡ Un programme iconographique — 89 av. J.-C., Guerre sociale Les deniers RRC 344 sont frappés en 89 av. J.-C., en pleine Guerre sociale, qui oppose Rome à ses alliés italiens réclamant la citoyenneté. Lucius Titurius Sabinus y décline trois revers autour d’un même avers, la tête barbue de Titus Tatius : l’enlèvement des Sabines (RRC 344/1), le châtiment de Tarpeia (RRC 344/2) et une Victoire en bige (RRC 344/3). Pour la gens Tituria, il s’agit d’affirmer une origine sabine aussi ancienne que la Ville, remontant à l’époque où Tatius partagea
Amalthée

Amalthée Nourrice de Zeus · Iconographie numismatique · République romaine NatureNymphe / Chèvre divine OrigineGrecque · Crète AttributsCorne d’abondance · Chèvre Période85 av. J.-C. MonnaieDenier Fonteia · RRC 353 Amalthée (Ἀμάλθεια en grec) est l’une des figures les plus tendres de la mythologie grecque : nourrice du futur roi des dieux, elle incarne à elle seule les thèmes du soin, de la protection et de la récompense divine. Son nom est souvent interprété comme « la douce » ou « celle qui nourrit », reflet exact de son rôle dans les mythes fondateurs de l’Olympe. La tradition antique hésite sur sa nature exacte. Dans la version la plus répandue, Amalthée est une chèvre divine qui allaita Zeus nouveau-né dans une grotte du mont Ida, en Crète, pendant que sa mère Rhéa le cachait à Cronos, son père dévoreur d’enfants. Dans une autre tradition, Amalthée est une nymphe — parfois confondue avec Adrastée ou Ida — qui possédait une chèvre merveilleuse et s’en servait pour nourrir l’enfant divin. Ces deux versions coexistent sans se contredire vraiment, la nymphe et la chèvre étant souvent confondues dans l’imagerie antique. Son héritage le plus durable est la corne d’abondance (cornucopia), née selon la légende d’une corne qu’Amalthée aurait perdue ou que Zeus lui aurait brisée accidentellement, et à laquelle il aurait conféré le pouvoir de se remplir de tout ce que son possesseur désirait. Ce symbole de prospérité et de fertilité traversa les siècles et s’imposa dans l’iconographie romaine — notamment sur les monnaies républicaines — comme l’une des allégories les plus reconnaissables de l’abondance. Nicolas Poussin — L’Enfance de Jupiter (The Nurture of Jupiter), vers 1636-1637 · Huile sur toile · Dulwich Picture Gallery, Londres · Domaine public (Wikimedia Commons) « Rhéa confia l’enfant aux Courètes et aux nymphes Adrastée et Ida, filles de Mélissée ; elles le nourrirent du lait d’Amalthée. » — Apollodore, Bibliothèque, I, 1, 6-7 ✦ Représentations artistiques 00 Amalthée dans l’art antique et moderne De l’Antiquité au XVIIe siècle Les représentations d’Amalthée dans l’art antique sont rares mais précieuses. Parmi elles, la plaque Campana conservée à la Ny Carlsberg Glyptotek de Copenhague (inv. T 138) constitue l’un des exemples les plus directs : la chèvre divine y allaite le petit Zeus, encadrée par deux Courètes qui entrechoquent leurs boucliers pour couvrir ses cris et le cacher à Cronos. Ces plaques de terre cuite, produites en Italie entre la fin du Ier siècle av. J.-C. et le début du Ier siècle apr. J.-C., servaient de décor architectural et témoignent de la diffusion du mythe dans le monde romain. Le même schéma — la chèvre nourricière au centre, les Courètes en armes autour — se retrouve sur une base de statue en marbre du IIe siècle apr. J.-C. conservée aux Musées du Capitole, et jusque sur des objets du quotidien comme les lampes à huile, dont le médaillon montre la chèvre allaitant l’enfant divin. Plaque Campana · Amalthée allaitant Zeus entre deux Courètes · Ny Carlsberg Glyptotek, T 138 · Wikimedia Commons Base aux reliefs de la naissance de Zeus · IIe s. ap. J.-C. · Musées du Capitole, Rome · Wikimedia Commons, CC BY 4.0 Lampe en terre cuite · Amalthée allaitant Zeus · Metropolitan Museum of Art, 74.51.2080 · Wikimedia Commons La tradition se poursuit à l’époque moderne. Dans L’Enfance de Jupiter de Nicolas Poussin (vers 1636-1637, ci-dessus), la scène se déroule au sommet du mont Ida : un robuste berger retient la chèvre Amalthée par les cornes, une nymphe la soulève pour que l’enfant puisse téter, tandis qu’une seconde nymphe recueille du miel dans un tronc d’arbre. Poussin reprendra le sujet quelques années plus tard dans une version plus solennelle, aujourd’hui à Berlin. Plus tôt, Gian Lorenzo Bernini, encore adolescent, sculptait dans le marbre La Chèvre Amalthée avec Jupiter enfant et un faune (vers 1609-1615, Galleria Borghese, Rome) — l’une de ses premières œuvres, où la chèvre, l’enfant-dieu et un petit faune forment un groupe plein de vivacité et de tendresse. G. L. Bernini · La Chèvre Amalthée avec Jupiter enfant et un faune · 1609-1615 · Galleria Borghese · Wikimedia Commons (Sailko) ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes d’Amalthée Monnaies · Sculptures · Mosaïques L’iconographie d’Amalthée est étroitement liée à celle de la cornucopia et à la chèvre, ses deux emblèmes indissociables. Dans la numismatique républicaine romaine, ce sont ces attributs qui permettent de l’évoquer, souvent sans représentation directe de la figure mythologique elle-même. 🌾 Corne d’abondance La cornucopia, attribut principal. Débordante de fruits et d’épis, elle symbolise la prospérité infinie accordée par les dieux. Présente sur de nombreux deniers républicains comme allégorie de la Felicitas. 🐐 Chèvre divine Animal nourricier par excellence, la chèvre est l’incarnation même d’Amalthée dans la tradition la plus ancienne. À Rome, elle accompagne aussi Véjovis, le « jeune Jupiter ». ⭐ Constellation Zeus, en hommage à sa nourrice, l’aurait placée parmi les étoiles. Amalthée est associée à Capella (l’étoile de la Chèvre, dans le Cocher) et parfois rattachée à l’origine du Capricorne. 🏺 Grotte du mont Ida Lieu de la naissance secrète de Zeus en Crète, la grotte est le cadre du mythe fondateur. Elle inscrit Amalthée dans la géographie sacrée de l’île crétoise, berceau du monde olympien. Dans la numismatique républicaine, la cornucopia est l’attribut le plus directement hérité du mythe d’Amalthée. Elle apparaît tenue par des divinités, des allégories ou figurée seule comme symbole synthétique de l’abondance promise par la puissance romaine. ✦ Représentations numismatiques ⚡ La chèvre d’Amalthée sur le denier républicain Denier FonteiaRRC 353 Dans le monnayage républicain romain, le denier de Manius Fonteius (Mn. Fonteius C. f., 85 av. J.-C.) est la référence numismatique associée à Amalthée : au revers, un enfant ailé chevauche une chèvre, sous les bonnets des Dioscures, le tout dans une couronne de laurier. La lecture de l’animal comme la chèvre d’Amalthée repose sur un passage d’Ovide : à Rome, la statue de Véjovis — un Jupiter enfant — était accompagnée d’une chèvre, en souvenir de la nourrice crétoise du
Marsyas

Marsyas Satyre phrygien · Hubris & châtiment divin · Iconographie numismatique · République romaine NatureSatyre / Silène OrigineGrecque · Phrygienne AttributsAulos · Outre de vin MytheDéfi à Apollon · Écorché vif MonnaiesDenier Marcia · RRC 363/1 Marsyas, dans la mythologie grecque, est un satyre phrygien, figure emblématique d’un mythe tragique centré sur l’hubris — l’orgueil démesuré — et la rivalité artistique face au divin. Sa légende illustre avec une violence saisissante le sort réservé à ceux qui osent défier les dieux sur leur propre terrain. Selon la tradition, Marsyas trouva un aulos, instrument à vent à anche (souvent double), abandonné par la déesse Athéna — la Minerve des Romains. Celle-ci, après en avoir été l’inventrice, l’avait rejeté : jouer de cet instrument lui gonflait les joues et déformait son visage. Une variante rapporte qu’Athéna maudit l’instrument et promit un châtiment à quiconque s’en emparerait. « Pourquoi m’arraches-tu à moi-même ? Ah ! je me repens ! Ah ! une flûte ne valait pas ce prix ! » — Ovide, Métamorphoses, VI, 385–386 ✦ Représentations remarquables R1Marsyas supplicié — Musée du LouvreArt romain, vers 150 ap. J.-C. Marsyas supplicié · Copie romaine d’après un original hellénistique · Marbre · Musée du Louvre, Paris (Ma 542 ; MR 267) · Ancienne collection Borghèse · Photo Wikimedia Commons Cette sculpture monumentale représente Marsyas les bras liés au-dessus de la tête, suspendu à un arbre dans l’attente du supplice. La tension des muscles, la tête inclinée et l’abandon du corps traduisent avec une précision anatomique remarquable la détresse du satyre face à son destin. Copie d’un modèle hellénistique, souvent rattaché à un groupe d’époque pergaménienne réunissant Marsyas pendu et l’esclave scythe aiguisant son couteau, cette œuvre est l’une des représentations les plus célèbres du mythe. Le « Marsyas pendu » est connu par plusieurs répliques romaines (Florence, Rome, Berlin), signe de la popularité durable du sujet. R2Le Supplice de Marsyas — TitienRenaissance, vers 1570–1576 Le Supplice de Marsyas · Titien · vers 1570–1576 · Huile sur toile, 212 × 207 cm · Arcidiecézní muzeum, Kroměříž (Rép. tchèque) · Domaine public Chef-d’œuvre tardif de Titien, cette toile plonge le spectateur au cœur de la scène d’écorchement. Marsyas y est suspendu la tête en bas ; Apollon, couronné de laurier, procède au supplice avec une concentration glaçante, tandis qu’un musicien joue de la lira da braccio et que le roi Midas, assis, médite sur la scène — figure dans laquelle beaucoup voient un autoportrait du peintre. Là où la sculpture antique privilégiait l’attente et la souffrance contenue, Titien choisit le moment de l’acte lui-même, dans une matière picturale presque dissoute. Le mythe de Marsyas devient ici une méditation sur l’art, la douleur et la transcendance. ✦ Attributs iconographiques 01Les emblèmes de MarsyasSculptures · Monnaies · Reliefs Marsyas est reconnaissable dans l’art antique à un ensemble d’attributs constants qui le définissent à la fois comme musicien prodige et comme victime de l’hubris. À Rome s’y ajoute une image propre : la statue de Marsyas du forum, outre sur l’épaule et bras levé, que le commentateur Servius présente comme un signe de la liberté des cités. 🎵AulosInstrument à anche, rustique et passionné, lié aux cultes dionysiaques. Instrument de sa gloire et de sa perte. 🍷Outre de vinPortée sur l’épaule par la statue du forum, bras droit levé : l’outre rattache Marsyas au cortège de Liber Pater. 🌲PinArbre auquel Marsyas fut suspendu pour être écorché ; la tradition montrait sa peau exposée à Célènes, en Phrygie. 🦶Nature de silèneCalvitie, barbe, oreilles animales : traits du monde sauvage de Dionysos, nettement lisibles sur le denier de Censorinus. 💧Rivière MarsyasCours d’eau de Phrygie, affluent du Méandre, qui perpétue sa mémoire dans le paysage anatolien. Dans la numismatique républicaine romaine, c’est la statue de Marsyas au forum qui est représentée, non le mythe de l’écorchement. Cette image, gravée sur le denier de la gens Marcia, renvoie à un monument bien ancré dans la vie publique de Rome. ✦ Représentation numismatique républicaine ⚡ Le Denier Marcia de L. Marcius Censorinus Le denier frappé par Lucius Marcius Censorinus en 82 av. J.-C. (RRC 363/1) est le type républicain de référence pour l’image de Marsyas. Le choix n’est pas anodin : la gens Marcia se réclamait du roi Ancus Marcius, et une tradition rapportée par Servius rapprochait aussi son nom de celui de Marsyas, auquel on attribuait un rôle dans la transmission de l’art augural aux Italiens. Le revers reproduit la statue du forum : le satyre marche à gauche, bras droit levé, outre sur l’épaule gauche. L’image, que les Anciens associaient à la libertas, prend un relief particulier sur une monnaie émise en pleine guerre civile entre partisans de Marius et de Sylla. 02Denier Marcia · Lucius Marcius Censorinus82 av. J.-C. · Rome 🏛 Statue de Marsyas marchant à gauche — bras levé, outre sur l’épaule RRC 363/1 · ~3,9 g 🏛 Légendes & description Avers Tête laurée d’Apollon à droite Portrait d’Apollon, dieu de la musique et adversaire mythique de Marsyas ; un symbole ou une marque de contrôle accompagne la tête selon les variétés (363/1a–d). Revers L·CENSOR · Marsyas marchant à gauche Marsyas nu, bras droit levé, outre sur l’épaule gauche ; derrière lui, une colonne surmontée d’une statue de Victoire. Reproduction de la statue du forum romain. Le face-à-face entre Apollon à l’avers et Marsyas au revers rappelle l’opposition mythologique des deux protagonistes. Le monétaire en tire avant tout un message familial et civique : l’ancêtre légendaire revendiqué par les Marcii et le monument de la liberté romaine. Cette pièce est consultable sur la fiche LesDioscures consacrée au Denier Marcia. ✦ Le mythe : hubris, musique et châtiment 03Le défi à Apollon — déroulement du concoursMythe phrygien · tradition grecque Grisé par sa maîtrise de l’aulos, Marsyas commit l’erreur fatale de défier Apollon, dieu de la musique et de l’harmonie, dans un concours musical. Les termes du défi étaient implacables : le vainqueur pourrait infliger au perdant le châtiment de son choix. Le concours eut lieu devant un jury que
Anna Perenna

Anna Perenna Déesse du cycle annuel · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité romaine OrigineItalique / Latine AttributsAnnée · Renouveau · Éternité Fête15 mars — Ides de Mars MonnaiesRRC 366 · Gens Annia Anna Perenna est une figure de la mythologie romaine, une ancienne déesse associée au cycle de l’année et au renouveau. Son nom est souvent rapproché de l’expression latine annus perennis, « année pérenne » ou « année éternelle » ; Ovide rapporte aussi l’étymologie amnis perennis, « fleuve intarissable ». Elle était vénérée comme une divinité du temps, du passage des saisons et de la continuité de la vie. Sa fête avait lieu le 15 mars, aux Ides de Mars, une date importante dans le calendrier romain. C’était une célébration animée où l’on se réunissait en plein air pour boire et festoyer, en portant des toasts à la longue vie et à la prospérité. Denier de C. Annius · L. Fabius Hispaniensis · RRC 366/2 · 82–81 av. J.-C. « Idibus est Annae festum geniale Perennaehaud procul a ripis, advena Thybri, tuis. » « Aux Ides se tient la joyeuse fête d’Anna Perenna, non loin de tes rives, Tibre venu d’ailleurs. » — Ovide, Fastes, III, 523–524 ✦ Attributs iconographiques 01Les emblèmes d’Anna PerennaSymbolique · Culte · Représentation Anna Perenna incarne la boucle temporelle dans toute sa complexité — à la fois achèvement et recommencement. Ses attributs reflètent cette dualité entre la vieillesse et la jeunesse, entre la fin et le début, qui structure sa fonction divine. 🌀Cycle annuelPersonnification de l’annus perennis, l’année éternelle qui se renouvelle sans fin. 🌿RenouveauSymbole du printemps naissant et du retour de la vie après l’hiver, fêtée aux Ides de Mars. 🫓Galettes rustiquesSelon Ovide, vieille femme de Bovillae, elle nourrit les plébéiens retirés sur le mont Sacré en leur portant des galettes. 🌊Nymphe des eauxDans la version ovidienne, Anna, sœur de Didon, devient nymphe du Numicius, image du flux éternel du temps. ⏳Longue vieOn lui portait des toasts : autant de coupes bues, autant d’années de vie souhaitées. 👵Vieille femme / Jeune nympheSa dualité — vieille et jeune — reflète son rôle de pont entre fins et commencements. Sur les monnaies romaines, c’est à travers la gens Annia que le souvenir d’Anna Perenna s’exprime, le nom de la famille faisant écho à celui de la déesse. ✦ Mythes et origines 02La nourricière des plébéiensPremière tradition — Origine latine L’une des traditions rapportées par Ovide dépeint Anna Perenna comme une vieille femme de Bovillae, petite ville du Latium, qui, lors de la Sécession de la plèbe sur le mont Sacré (494 av. J.-C.), vint en aide au peuple affamé en lui apportant chaque matin des galettes encore chaudes. Ce geste de générosité lui valut la reconnaissance populaire, et la plèbe lui éleva une statue une fois la paix revenue. Ce mythe ancre Anna Perenna dans une tradition plébéienne, loin des grandes divinités aristocratiques. Sa fête du 15 mars, célébrée près des rives du Tibre, gardait ce caractère populaire et joyeux : on s’y livrait à des banquets en plein air, on chantait, on buvait autant de coupes que l’on souhaitait d’années de vie supplémentaires. 03Anna, sœur de DidonTradition ovidienne — Prolongement de l’Énéide Une version plus lettrée, développée par Ovide dans les Fastes, rattache Anna Perenna à la légende troyenne. Anna y est la sœur de Didon, reine de Carthage, déjà présente chez Virgile (Énéide, IV). Après la mort de Didon, Anna s’enfuit et, portée par la tempête, échoue sur les côtes du Latium, où elle retrouve Énée, désormais établi en Italie. Mais Lavinia, l’épouse d’Énée, voit en elle une rivale. Avertie en songe par l’ombre de Didon, Anna s’enfuit de nuit et disparaît dans les eaux du fleuve Numicius. Elle y devient nymphe : « je suis la nymphe du placide Numicius ; cachée dans l’amnis perennis, je me nomme Anna Perenna », fait dire Ovide aux eaux du fleuve. Cette métamorphose relie l’origine carthaginoise du personnage à son rôle de déesse romaine de l’année perpétuelle. ✦ Représentation numismatique ⚡ Les deniers de C. Annius — Anna Perenna sur la monnaie républicaine Gens AnniaRRC 366/3 Le lien entre Anna Perenna et la numismatique républicaine passe par la gens Annia. En 82–81 av. J.-C., C. Annius, fils et petit-fils de Titus (C·ANNI·T·F·T·N), traditionnellement surnommé Luscus, est envoyé par Sylla comme proconsul en Espagne contre Sertorius. Les deniers frappés pour cette campagne, au nom du proconsul et de ses questeurs L. Fabius Hispaniensis et C. Tarquitius, forment le groupe RRC 366/1 à 366/4. Leur avers montre un buste féminin diadémé et drapé que Crawford décrit simplement comme « tête féminine », mais que Babelon et Sydenham identifient à Anna Perenna en raison de la proximité entre le nom de la déesse et celui de la gens. Selon Babelon, les Annii prétendaient d’ailleurs faire remonter leur origine à la déesse. La balance placée devant le buste a aussi fait proposer une Aequitas : l’identification reste une hypothèse, non une certitude. 04Denier de C. Annius · L. Fabius HispaniensisRRC 366/1 · 82–81 av. J.-C. 🏛 Buste féminin diadémé et drapé à droite Gens AnniaRRC 366/1 🏛 Légendes & description AversC·ANNI·T·F·T·N·PRO·COS·EX·S·CBuste féminin diadémé et drapé à droite (Anna Perenna ?) ; devant, une balance ; derrière, un caducée ailé ; dessous, une marque de contrôle ReversQ · L·FABI·L·F·HISPVictoire dans un quadrige au galop à droite, tenant les rênes et une palme ; au-dessus, Q ; à l’exergue, L·FABI·L·F·HISP La légende d’avers développe le statut du magistrat : Caius Annius Titi filius Titi nepos pro consule ex senatus consulto, « C. Annius, fils de Titus, petit-fils de Titus, proconsul, par décret du Sénat ». La mention ex senatus consulto souligne le caractère officiel de cette émission militaire, frappée hors de Rome pendant la guerre contre Sertorius. Au revers, le Q rappelle la fonction de questeur de L. Fabius Hispaniensis. Le caducée, symbole de paix, et la balance, symbole d’équité, associent la Victoire du revers à la promesse d’un ordre rétabli. Les variantes 366/1a à 366/1c se distinguent
Sanglier d’Érymanthe

Sanglier d’Érymanthe Quatrième travail d’Héraclès · Mythologie grecque & numismatique romaine NatureCréature mythologique RangIVe travail d’Héraclès LieuMont Érymanthe · Arcadie CommanditaireEurysthée de Mycènes Monnaie liéeDenier Volteia · RRC 385/2 Le sanglier d’Érymanthe est l’une des créatures les plus redoutables du bestiaire héroïque grec : un énorme sanglier qui dévastait les pentes du mont Érymanthe, au nord-ouest de l’Arcadie, et ravageait les terres de Psophis. Sa capture constitue le quatrième travail imposé à Héraclès par Eurysthée, roi de Mycènes — avec une exigence qui distingue cet épisode des précédents : ramener la bête vivante. Cette contrainte transforme l’épreuve. Là où le lion de Némée et l’hydre de Lerne appelaient la mise à mort, le sanglier exige ruse, endurance et stratégie : Héraclès doit épuiser la bête, la prendre au piège, l’entraver et la porter jusqu’à Mycènes. L’exploit devient une démonstration de maîtrise autant que de puissance. Dans la numismatique républicaine romaine, l’épisode trouve un écho direct sur le denier de Marcus Volteius (RRC 385/2, 78 av. J.-C.), qui associe la tête d’Hercule coiffé de la léonté et le sanglier d’Érymanthe au revers. Trois siècles plus tard, Postume puis Probus reprennent le thème sur leurs émissions consacrées aux travaux d’Hercule. « L’ayant chassé à grands cris hors d’un fourré, il le poussa, épuisé, dans une neige profonde, le prit au lacet et le porta à Mycènes. » — Apollodore, Bibliothèque, II, 5, 4 · trad. LesDioscures ✦ Le Mythe 01 La Traque · Stratégie dans la Neige IVe travail 🐗 Capture vivante · Mont Érymanthe · Arcadie Selon Apollodore, Héraclès débusqua le sanglier à grands cris de son fourré, le contraignit à fuir jusqu’à l’épuisement dans la neige profonde, puis le captura au lacet avant de le charger sur ses épaules. La neige devient ainsi l’alliée du héros : elle épuise la bête plus sûrement qu’aucune arme, et permet de la prendre sans la blesser. La réaction d’Eurysthée à la vue de l’animal est restée célèbre : pris de panique, le roi se cacha dans une jarre de bronze enfouie dans le sol. Diodore de Sicile (IV, 12) rattache explicitement cette scène au sanglier, quand Apollodore la place dès le retour du lion de Némée. Les peintres de vases attiques l’ont reproduite avec délectation : Héraclès brandit le sanglier au-dessus du pithos d’où ne dépassent que la tête et les bras suppliants du roi. Héraclès apporte le sanglier à Eurysthée caché dans sa jarre · Amphore attique à figures noires attribuée au Peintre d’Antiménès, v. 525 av. J.-C. · Musée du Louvre, F 202 La suite varie selon les sources. Apollonios de Rhodes (Argonautiques, I, 122-131) raconte qu’Héraclès, apprenant le rassemblement des Argonautes, déposa le sanglier encore vivant devant les portes de Mycènes et partit aussitôt rejoindre l’expédition. Pausanias (VIII, 24, 5) rapporte que les habitants de Cumes montraient dans le sanctuaire d’Apollon des défenses présentées comme celles du sanglier d’Érymanthe — tradition dont il doute lui-même ouvertement. 02 L’Épisode des Centaures · Pholos et Chiron Épisode intercalaire En chemin vers l’Érymanthe, Héraclès fit halte chez le centaure Pholos, fils de Silène et d’une nymphe, qui lui servit la viande rôtie tandis que lui-même la mangeait crue. Lorsque Pholos ouvrit, à la demande de son hôte, la jarre de vin commune à tous les centaures, l’odeur attira la horde : armés de rochers et de troncs de sapins, ils attaquèrent la grotte. Héraclès les repoussa à coups de tisons puis de flèches trempées dans le venin de l’Hydre de Lerne, dont le moindre effleurement était mortel. Les fuyards se réfugièrent au cap Malée auprès de Chiron ; une flèche, traversant le bras du centaure Élatos, vint se ficher dans le genou de Chiron. Le plus sage des centaures — maître d’Achille, d’Asclépios et de Jason — ne pouvait mourir, mais souffrait sans remède ; il obtint la délivrance de la mort en cédant son immortalité à Prométhée. De retour, Héraclès trouva Pholos mort : examinant une flèche en s’étonnant qu’un si petit trait puisse tuer de si grands êtres, il l’avait laissée tomber sur son pied (Apollodore, II, 5, 4). Ovide (Fastes, V, 379-414) donne une version voisine où la flèche tombe sur le pied de Chiron lui-même, ensuite placé parmi les constellations. 🏛 Portée symbolique L’épisode des centaures est l’un des plus riches en enseignements de tout le cycle héracléen. L’ouverture d’un bien commun sans le consentement de la communauté déclenche une violence disproportionnée — le pithos de vin fonctionne comme une métaphore de l’ordre social rompu par l’excès. La mort accidentelle de Pholos et la blessure de Chiron montrent que les innocents pâtissent des débordements des forts : la puissance du héros, bienfaisante dans sa mission, devient destructrice par ses conséquences. Cyniques et stoïciens feront d’Héraclès le modèle du ponos — l’effort vertueux librement consenti —, tandis que la tragédie (Sophocle, Les Trachiniennes ; Euripide, Héraclès) explore l’autre face du héros : une force qui, mal maîtrisée, se retourne contre les siens. ✦ Interprétation symbolique 03 Le Sanglier comme Symbole · Lectures anciennes et modernes Mythologie · Philosophie Le sanglier d’Érymanthe concentre une symbolique dense. Animal des montagnes et des forêts obscures, lié aux forces brutes qui précèdent la civilisation, il représente dans les lectures allégoriques une énergie sauvage à maîtriser plutôt qu’à détruire. L’exigence de capture vivante est ici fondamentale : ce qui n’est pas tué doit être dompté. ❄️La NeigeHéraclès épuise le sanglier par le terrain. La nature devient un allié stratégique — leçon d’intelligence plutôt que de force brute. ⛓️Le LacetLa bête est prise et entravée vivante. La maîtrise prime sur l’élimination : domestiquer l’instinct sauvage plutôt que l’anéantir. 🏺La Jarre d’EurysthéeLe roi caché dans sa jarre de bronze face au héros chargé du sanglier : l’autorité lâche et la puissance héroïque, tableau comique et politique à la fois. 🍷Le Vin des CentauresLa jarre commune ouverte déclenche la catastrophe — métaphore du bien commun mal géré et des conséquences imprévisibles de la démesure (hybris). 🏹Les Flèches EmpoisonnéesLe venin de l’Hydre, conquis lors d’un travail précédent, tue
Attis

Attis Le berger phrygien · Parèdre de Cybèle · Mort et renouveau · Iconographie numismatique républicaine NatureDivinité phrygienne OriginePhrygie · Anatolie AttributsBonnet phrygien · Pin · Houlette MonnaiesRRC 288/1 · RRC 385/4 Période frappe115–114 · v. 78 av. J.-C. Attis est une divinité d’origine phrygienne, liée à la végétation et au cycle des saisons. Il est indissociable du culte de Cybèle, la Grande Mère des dieux (Magna Mater), dont il est selon les versions le jeune protégé, l’amant ou le fils. Le culte de la déesse fut officiellement introduit à Rome en 204 av. J.-C., sous le consulat de M. Cornelius Cethegus ; celui d’Attis n’y reçut en revanche une place officielle qu’à l’époque impériale. Berger d’une grande beauté, Attis connaît un destin tragique — folie, mutilation, mort sous un pin — qui fit de lui l’une des figures majeures des cultes dits « à mystères ». L’image d’un dieu « mort et ressuscité », popularisée au début du XXe siècle, est aujourd’hui très discutée : les sources anciennes évoquent surtout la préservation miraculeuse de son corps, et la fête de la joie (Hilaria) n’est attestée qu’à l’époque impériale. Médaillon d’Attis · Villa de Chiragan · Musée Saint-Raymond, Toulouse · Photo Caroline Léna Becker · CC BY 3.0 Attis enfant au bonnet phrygien · Marbre de Paros, IIe s. apr. J.-C. · BnF, Cabinet des médailles · Wikimedia Commons « Super alta vectus Attis celeri rate maria, / Phrygium ut nemus citato cupide pede tetigit… » « Porté sur une nef rapide par-delà la haute mer, Attis, dès qu’il eut touché d’un pied pressé et avide le bois de Phrygie… » — Catulle, Carmen LXIII, 1–2 · traduction LesDioscures ✦ Le mythe d’Attis 01Folie, mutilation et survie miraculeuseMythologie phrygienne Les versions du mythe divergent. Chez Ovide (Fastes, IV, 223–244), le jeune berger phrygien, aimé de Cybèle, lui a promis de rester chaste ; il manque à sa parole avec la nymphe Sagaritis. La déesse fait périr la nymphe et frappe Attis de folie : il se mutile. Arnobe (Contre les païens, V, 5–7), qui suit le récit de Timothée, raconte qu’Attis, sur le point d’épouser la fille du roi de Pessinonte, est saisi d’un délire envoyé par Agdistis et se mutile sous un pin ; de son sang naissent des violettes. Ovide rapporte ailleurs (Métamorphoses, X, 103–105) qu’Attis fut changé en pin, l’arbre cher à la Mère des dieux. Selon Arnobe, Agdistis obtint de Jupiter que le corps du jeune homme ne se corrompe pas, que ses cheveux continuent de pousser et que son petit doigt garde le mouvement — une survie miraculeuse plutôt qu’une résurrection à proprement parler. À l’époque impériale, un cycle de fêtes de mars commémorait ce mythe : le 22 (Arbor intrat), les dendrophores portaient au sanctuaire de la déesse un pin abattu, paré de bandelettes de laine et de violettes ; le 24 (Sanguis) était jour de deuil et de sang ; le 25, les Hilaria célébraient le retour de la joie. Ce calendrier n’est pas attesté sous la République. Attis couché, houlette en main · Sanctuaire d’Attis, Ostia Antica (moulage ; original aux Musées du Vatican) · Photo Dennis Jarvis · CC BY-SA 2.0 🎩Bonnet phrygienCoiffe des Orientaux dans l’art gréco-romain — on la retrouve chez Mithra, Pâris, Ganymède ou Orphée. 🌲Le pin sacréArbre sous lequel Attis se mutila, et en lequel Ovide le dit métamorphosé ; porté en procession chaque 22 mars à l’époque impériale. 🐐Le boucSelon Pausanias (VII, 17, 11), l’enfant exposé fut nourri par un bouc — récit sur lequel Cavedoni puis Babelon ont fondé leur lecture du denier de Cethegus. 🌸Sang et violettesSelon Arnobe, des violettes naquirent du sang d’Attis ; on en parait le pin porté au sanctuaire de la déesse. ✦ Cybèle et le culte à Rome 02L’arrivée de la Mère des dieux à Rome — 204 av. J.-C.Deuxième guerre punique Cybèle · Formia, v. 60 av. J.-C.Ny Carlsberg Glyptotek · CC BY-SA 3.0 En 204 av. J.-C., après consultation des Livres Sibyllins — qui promettaient que l’ennemi étranger serait chassé d’Italie si l’on faisait venir la Mère Idéenne — et d’un oracle de Delphes, le Sénat fit venir de Pessinonte, en Phrygie, avec l’appui du roi Attale Ier de Pergame, la pierre noire, un bétyle qui incarnait la déesse (Tite-Live, XXIX, 10–14). Elle fut accueillie à Ostie par P. Cornelius Scipio Nasica, désigné comme le meilleur des citoyens, sous le consulat de M. Cornelius Cethegus. Déposée d’abord dans le temple de la Victoire sur le Palatin, elle rejoignit le temple de la Magna Mater, dédié en 191 av. J.-C. Les rites de la déesse restaient étrangers aux mœurs romaines : ses prêtres eunuques, les Galles, se mutilaient dans la transe. Denys d’Halicarnasse (II, 19) précise qu’aucun citoyen romain ne pouvait prendre part aux processions phrygiennes ni devenir prêtre de la déesse ; ces restrictions ne furent assouplies qu’à l’époque impériale. ⚡ Les Cornelii Cethegi et Cybèle — l’hypothèse de Babelon Pour Babelon, le jeune berger chevauchant un bouc du denier RRC 288/1 ferait allusion à l’introduction du culte de Cybèle sous le consulat de M. Cornelius Cethegus, tenu pour l’ancêtre du monétaire ; le casque phrygien de Roma à l’avers irait dans le même sens. Cette lecture familiale reste une hypothèse : Crawford ne la retient pas (voir ci-dessous). ✦ Représentation numismatique 🏛️ Attis ou figure dionysiaque ? Un débat ouvert L’identification du cavalier du denier RRC 288/1 avec Attis remonte à Cavedoni, suivi par Babelon. Crawford (RRC, 1974) l’écarte : la couronne qui entoure le type est de lierre et la monture est un bouc mâle ; il y voit plutôt une allusion dionysiaque et rapproche le type du denier de Mn. Fonteius (RRC 353), où un enfant chevauche un bouc. D’autres lectures encore ont été proposées (Alföldi, Weinstock). Le nom d’Attis, retenu ici dans la tradition de Babelon, doit donc être compris comme une hypothèse. 03Denier Cornelia · Cetegus115–114 av. J.-C. · Rome 🐐 Jeune berger au bonnet phrygien chevauchant un bouc RRC 288/1
Pégase

Pégase Cheval ailé · Fils de Poséidon & de Méduse · Bellérophon · Hippocrène · Iconographie numismatique NatureCheval ailé immortel ParentsPoséidon & Méduse FrèreChrysaor CavalierBellérophon MonnaiesRRC 26/6 · 27/3–4 · 341/1–3 · 395/1 Pégase — Pêgasos en grec, Pegasus en latin — est le cheval ailé de la mythologie grecque, né du sang de la Gorgone Méduse lorsque Persée la décapita. Hésiode rattache déjà son nom aux pêgai, les « sources » de l’Océan près desquelles il vit le jour ; la tradition postérieure en fait lui-même un faiseur de sources, dont la plus célèbre est l’Hippocrène, la « fontaine du Cheval » des Muses sur l’Hélicon. Certains linguistes proposent pour ce nom une origine anatolienne plutôt que grecque : l’hypothèse reste discutée. Fils de Poséidon, dieu des eaux et des chevaux, Pégase est la monture du héros corinthien Bellérophon, vainqueur de la Chimère, avant de gagner le palais de Zeus dont il porte le tonnerre et l’éclair. Emblème monétaire de Corinthe pendant des siècles, il passe tôt dans le monnayage romain : sur les bronzes et petites pièces d’argent romano-campaniennes du IIIe siècle av. J.-C., puis au revers de toutes les pièces d’argent de Q. Titius (90 av. J.-C.) et sur le denier de L. Cossutius Sabula (74 av. J.-C.), où il porte Bellérophon face à la tête de sa propre mère. « On le nomma Pégase parce qu’il naquit près des sources de l’Océan. […] Il s’envola, quittant la terre mère des troupeaux, et gagna le séjour des immortels : il habite le palais de Zeus et porte au sage Zeus le tonnerre et l’éclair. » — Hésiode, Théogonie, v. 282–286 · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1 Mosaïque de Rhodes — Bellérophon sur Pégase tuant la Chimère Vers 300–270 av. J.-C. · Mosaïque de galets · Musée archéologique de Rhodes Bellérophon sur Pégase tuant la Chimère · Mosaïque de galets · Rhodes, v. 300–270 av. J.-C. · Musée archéologique de Rhodes · Wikimedia Commons Ce pavement de galets, exposé dans le jardin du Musée archéologique de Rhodes, montre Bellérophon monté sur Pégase, lance levée contre la Chimère — lionne à queue de serpent, d’où surgit une tête de chèvre crachant le feu. Les figures claires se détachent sur un fond sombre ; de fines lamelles de plomb soulignent certains contours, procédé caractéristique des mosaïques de galets hellénistiques. Le même sujet figure déjà, un siècle plus tôt, sur l’un des plus anciens pavements de galets connus, à Olynthe en Chalcidique (ville rasée par Philippe II en 348 av. J.-C., ce qui en fixe le terme). C’est ce groupe — le héros, la lance, le cheval ailé lancé vers la droite — que reprend en 74 av. J.-C. le revers du denier de L. Cossutius Sabula (RRC 395/1). R2 Mosaïque de Bellérophon d’Autun — Augustodunum IIe–IIIe s. apr. J.-C. · Musée Rolin, Autun Bellérophon sur Pégase tuant la Chimère · Mosaïque romaine · Autun, IIe–IIIe s. · Musée Rolin · Wikimedia Commons Découverte à Autun en 1830 et conservée au musée Rolin, cette mosaïque montre la longévité du thème dans le monde romain. Le combat contre la Chimère y est traité en médaillon, composition fréquente sur les pavements d’époque impériale — on en connaît d’autres à Nîmes, à Palmyre ou, très tardivement, à Mértola au Portugal. Du galet hellénistique à la tesselle romaine, le schéma iconographique du cavalier ailé reste remarquablement stable. ✦ La mythologie de Pégase 01 Naissance, exploits & destin du cheval ailé Hésiode · Homère · Pindare · Apollodore 🩸 Né du sang de Méduse Quand Persée tranche la tête de Méduse, enceinte de Poséidon, Chrysaor et Pégase jaillissent de son cou. Hésiode, Théog. 278–283 · Apollodore II, 4, 2 ⚡ Porteur de la foudre Pégase s’envole aussitôt vers les immortels et porte à Zeus le tonnerre et l’éclair. Hésiode, Théog. 284–286 🏺 La bride d’or À Corinthe, près de la source Peirène, Bellérophon dompte Pégase grâce à la bride d’or que lui donne Athéna en songe. Pindare, Ol. XIII, 63–86 🦁 Chimère, Solymes, Amazones Envoyé en Lycie, Bellérophon tue la Chimère puis défait les Solymes et les Amazones. Homère raconte ces exploits sans nommer Pégase. Hésiode, Théog. 325 · Iliade VI, 179–186 🌟 La chute de Bellérophon Le héros veut monter jusqu’à l’Olympe : Pégase le désarçonne et rejoint seul les écuries de Zeus. Bellérophon finit sa vie errant, solitaire. Pindare, Isthm. VII, 44–47 · Iliade VI, 200–202 Le récit de Pégase est celui d’un être divin qui ne se donne aux hommes que pour un temps. Il naît de la violence faite à une Gorgone, sert un héros mortel tant que celui-ci reste dans sa mesure, puis l’abandonne lorsqu’il prétend franchir la frontière des dieux. Les versions tardives précisent que Zeus envoya un taon piquer le cheval : l’image du cavalier précipité devient, chez les poètes et les moralistes, l’exemple même de l’hybris punie. Le mythe est profondément corinthien. Bellérophon passe pour le petit-fils de Sisyphe, roi de Corinthe ; la cité vénérait une Athéna Chalinitis, « qui met la bride », en souvenir de la capture du cheval (Pausanias II, 4, 1), et Pégase fut pendant des siècles le type principal de ses monnaies d’argent, ces « poulains » (pôloi) qui circulèrent dans tout l’Occident grec. 02 L’Hippocrène & les Muses — le cheval de la poésie Aratos · Ovide · Pausanias Andrea Mantegna · Le Parnasse · 1497 · Musée du Louvre · Pégase et Mercure à droite, les Muses dansant au centre · Domaine public D’un coup de sabot sur l’Hélicon, en Béotie, Pégase fit jaillir l’Hippocrène, la « source du Cheval ». Chez Ovide, Minerve gravit la montagne pour voir cette fontaine nouvelle, et les Muses lui en confirment l’origine (Métamorphoses V, 256–264) ; Pausanias rapporte la même tradition locale (IX, 31, 3). Boire à l’Hippocrène devient pour les poètes latins la métaphore de l’inspiration — d’où, bien plus tard, l’image de Pégase monture des poètes. Dans le Parnasse peint par Mantegna pour le studiolo d’Isabelle d’Este, Pégase, accompagné
Bellérophon

Bellérophon Héros grec, vainqueur de la Chimère · Iconographie numismatique · République romaine NatureHéros mythologique OrigineGrecque · Corinthienne AttributsPégase · Lance · Chimère Période74 av. J.-C. Monnaies1 type · RRC 395/1 Bellérophon, dans la mythologie grecque, est le héros qui dompta le cheval ailé Pégase et vainquit la Chimère. Petit-fils de Sisyphe, fils de Glaucos, roi de Corinthe — ou, selon d’autres traditions, de Poséidon —, il est étroitement associé à Corinthe, sa patrie, et à la Lycie, théâtre de ses exploits. Son mythe condense les grands thèmes de l’héroïsme antique : la faveur divine, le triomphe sur le monstre et la chute par l’orgueil. Accusé à tort par la reine Sthénébée (Antée chez Homère) d’avoir voulu la séduire, Bellérophon est envoyé par le roi Proétos en Lycie, porteur de tablettes scellées réclamant sa mort. Le roi de Lycie, Iobatès, n’osant le tuer lui-même, lui confie des missions réputées impossibles. La plus célèbre est de vaincre la Chimère — lion par-devant, serpent par-derrière, chèvre au milieu, soufflant le feu. Monté sur Pégase, capturé à la source Peirène grâce à la bride d’or d’Athéna, le héros terrasse le monstre depuis les airs ; une tradition plus tardive précise qu’il garnit sa lance de plomb, lequel fondit dans la gueule enflammée de la bête. Après d’autres exploits, Bellérophon tente de s’élever jusqu’à l’Olympe sur Pégase. Zeus, irrité par son hubris, fait désarçonner le héros — un taon pique le cheval ailé selon la version la plus répandue. Bellérophon finit ses jours errant, seul et misérable, puni pour sa démesure. « Mais lorsque lui aussi fut en haine à tous les dieux, il errait seul par la plaine Aléienne, rongeant son cœur, fuyant les traces des hommes. » — Homère, Iliade, VI, v. 200–202 ✦ Représentations artistiques 00Bellérophon dans l’art antique — Pompéi et la céramique attiqueVe s. av. – Ier s. ap. J.-C. Pompéi, caupona de L. Betucius Placidus (I, 8, 8) — Bellérophon, Pégase et Athéna · IIIe style, 1re moitié du Ier s. ap. J.-C. · Antiquarium de Pompéi · Photo S. Sosnovskiy, CC BY-SA Péliké attique à figures rouges — Bellérophon · Musée du Louvre, G 535 · Wikimedia Commons Le mythe de Bellérophon a inspiré les artistes grecs dès la période archaïque : la céramique corinthienne puis attique le montre chevauchant Pégase et terrassant la Chimère. À l’époque romaine, le héros entre dans la peinture murale : la fresque de la caupona de L. Betucius Placidus, à Pompéi, le montre debout, tenant Pégase par la bride, en présence d’Athéna — un épisode antérieur au combat, celui de la capture du cheval ailé. 00bMosaïque de Bellérophon d’Autun — Musée RolinIIe s. ap. J.-C. · Augustodunum (Autun) Médaillon central de la mosaïque de Bellérophon — Bellérophon sur Pégase terrassant la Chimère · IIe s. ap. J.-C. · Découverte à Autun en 1830 · Musée Rolin, Autun Découverte fortuitement en août 1830 à Autun (l’antique Augustodunum, chef-lieu de la cité des Éduens), hors de l’enceinte du quartier des Marchaux, cette mosaïque romaine couvrait plus de 100 m². Son médaillon central figure Bellérophon monté sur Pégase terrassant la Chimère. Son histoire est mouvementée : vendue au musée du Louvre en 1859 par les héritiers de Claude Jovet, conservée en fragments dans les réserves du musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye, elle n’est rendue au musée Rolin qu’en 1985 et compte aujourd’hui parmi ses pièces maîtresses. Elle atteste la place du mythe corinthien dans le répertoire décoratif des grandes demeures de Gaule romaine. 00cGiovanni Battista Tiepolo — Bellérophon sur Pégase1746–1747 · Palazzo Labia, Venise Giovanni Battista Tiepolo — Bellérophon sur Pégase, 1746–1747 · Fresque de plafond, diam. env. 6 m · Palazzo Labia, Venise · Domaine public Peinte par Giovanni Battista Tiepolo pour un plafond du Palazzo Labia à Venise, cette fresque circulaire d’environ six mètres de diamètre montre le héros emporté par Pégase dans un ciel lumineux, vu en contre-plongée. Tiepolo retient ici le moment de la gloire, avant la chute : Bellérophon y apparaît comme une figure triomphale, loin du héros déchu de l’Iliade. 00dAnnibale Carracci et Rubens — le combat contre la ChimèreFin XVIe s. – 1635 Annibale Carracci — Bellérophon combattant la Chimère · Dessin · Musée du Louvre, département des Arts graphiques (INV 7204) · Domaine public Pierre Paul Rubens — Bellérophon, monté sur Pégase, transperce la Chimère, 1635 · Domaine public Ce dessin d’Annibale Carracci (1560–1609), conservé au Musée du Louvre, témoigne de l’intérêt des maîtres bolonais pour les thèmes héroïques antiques : la composition, énergique, saisit le héros au cœur de l’affrontement. Un demi-siècle plus tard, Rubens reprend le sujet en 1635 : Bellérophon, porté par Pégase, plonge sa lance dans la Chimère. Les deux œuvres montrent comment la Renaissance tardive et le baroque, nourris des textes antiques et des sarcophages romains, ont fait du combat aérien l’image canonique du mythe. ✦ Attributs iconographiques 01Les emblèmes de BellérophonMonnaies · Céramique · Mosaïques · Fresques La figure de Bellérophon est indissociable de quelques attributs qui permettent son identification immédiate sur tout support, de la céramique grecque aux monnaies romaines. 🐴PégaseLe cheval ailé, né du sang de Méduse, dompté grâce à la bride d’or d’Athéna. Il permet au héros d’attaquer la Chimère depuis les airs. ⚔️LanceArme du combat contre la Chimère. Une tradition tardive la dit garnie de plomb, qui fondit au souffle du monstre et l’étouffa. 🦁La ChimèreMonstre hybride — lion, chèvre et serpent — crachant le feu. Sa défaite figure la victoire de l’ordre héroïque sur le chaos. 🏛️CorintheCité d’origine du héros. La source Peirène est le lieu où il captura Pégase selon la tradition corinthienne (Pindare). ⚡HubrisL’orgueil du héros, qui tente de s’élever jusqu’à l’Olympe, entraîne sa chute — motif moral central de sa légende. Sur les monnaies républicaines romaines, Pégase apparaît le plus souvent seul — ainsi sur les deniers de Quintus Titius (RRC 341/1 et 341/2, vers 90 av. J.-C.). Bellérophon lui-même, monté sur le cheval ailé, n’est figuré que sur un seul type : le denier de L. Cossutius Sabula. ✦