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Sors

Sors · Iconographie numismatique · LesDioscures Sors Divinité mineure de la Chance & du Tirage au Sort · Sortes · Iconographie numismatique · République romaine Nature Personnification · Allégorie Origine Romaine Fonction Chance · Sort · Divination Attributs Tablette oraculaire · Inscription SORS Monnaies RRC 405/2 · Plaetoria Dans le panthéon romain, souvent dominé par les figures majestueuses d’un Jupiter ou d’une Minerve, on trouve une myriade de divinités mineures qui régissaient des aspects plus spécifiques et quotidiens de l’existence. Parmi elles, Sors — au pluriel Sortes — la divinité de la Chance et du Tirage au Sort, occupe une place fascinante, bien qu’ambiguë. Le terme latin sors se traduit littéralement par « sort », « part » ou « lot » : il désigne à la fois la part reçue lors d’un partage, le résultat d’un tirage, et le présage obtenu par des tablettes oraculaires. Contrairement à Fortuna, la grande déesse de la Fortune dont les caprices englobaient la chance et la malchance à l’échelle d’une vie ou d’une nation, Sors représentait l’aspect mécanique, immédiat et imparti du destin. Elle incarnait le principe de l’aléatoire et de la répartition — ni bonne ni mauvaise en elle-même, mais pure distribution. Sur les monnaies républicaines, elle n’apparaît que sur un seul type connu, le denier de Marcus Plaetorius Cestianus (RRC 405/2, 69 av. J.-C.), où elle est représentée aux côtés de Fortuna dans un dialogue iconographique saisissant entre la chance et son expression oraculaire. « Les Sorts de Préneste répondaient à toutes les questions par le tirage d’une tablette de chêne, choisie par la main innocente d’un enfant. » — D’après Cicéron, De Divinatione, II, 85-86 ✦ Représentations remarquables R1 Sors comme personnification — Buste au revers du denier Plaetorius 69 av. J.-C. · RRC 405/2 La représentation numismatique de Sors est exceptionnelle dans tout le monnayage républicain romain : elle n’apparaît que sur ce seul type, le denier de Marcus Plaetorius Cestianus. Au revers, un buste juvénile de face, légèrement incliné à droite, tient une tablette portant l’inscription SORS. La figure est présentée de façon frontale — posture rare sur les deniers républicains, qui donne à cette représentation un caractère solennel et presque oraculaire. Cette personnification est délibérément neutre : ni masculine ni féminine de façon affirmée, ni triomphante ni menaçante. Sors incarne l’impartialité absolue du tirage au sort — ce moment suspendu où le destin n’est pas encore tranché, où tout est encore possible. La tablette qu’elle tient est à la fois son attribut et sa raison d’être : c’est l’objet même du rite divinatoire, la sors que le consultant allait tirer dans un sanctuaire. R2 Les Sortes Praenestinae — Le sanctuaire oraculaire de Préneste Antiquité italique · Ier s. av. J.-C. C’est dans le domaine de la divination que Sors était la plus vénérée, notamment sous sa forme plurielle, les Sortes. Ces « Sorts » étaient de petits objets — tablettes de bois, jetons ou osselets — portant des inscriptions prophétiques. Le sanctuaire le plus célèbre associé à cette pratique était celui de la Fortuna Primigenia à Praeneste (l’actuelle Palestrina), l’un des oracles les plus illustres d’Italie. Selon la légende, ces Sortes Praenestinae auraient été découvertes miraculeusement dans un puits ou une crevasse. Conservées dans une boîte de chêne sacré, elles étaient tirées au sort par un enfant — dont l’innocence garantissait l’impartialité — ou par un prêtre, à la demande du consultant. La renommée de cet oracle était telle que des empereurs et des figures éminentes de la République y venaient chercher un éclairage sur l’avenir. Le lien entre ce sanctuaire de Préneste et le denier de Plaetorius est direct : le monétaire, probablement originaire de la région sabine, revendiquait ainsi une dévotion particulière à cette tradition oraculaire italique. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Sors Numismatique · Divination · Littérature romaine Les attributs de Sors sont rares et précis, définis essentiellement par ses fonctions divinatoires et sa parenté symbolique avec Fortuna. Sa relative discrétion dans l’iconographie romaine — elle n’est jamais sculptée de façon monumentale, jamais invoquée dans les grandes cérémonies d’État — reflète sa nature de divinité de l’instant et de l’impartialité. 📜 Tablette oraculaire Attribut central : la tablette de chêne ou de bois gravée portant l’inscription SORS — l’objet même du tirage divinatoire. 🎲 Tirage au sort Geste rituel incarné : le résultat du tirage est la sors elle-même, réponse divine à la question du consultant. ⚖️ Impartialité Sors ne favorise ni ne défavorise : elle distribue les parts avec une équité absolue, sans passion ni favoritisme. 🌟 Fortuna (liée) Sors est parfois présentée comme un aspect de Fortuna — sa fonction spécifiquement oraculaire et distributive. 🌿 Chêne sacré Le bois de chêne des tablettes de Préneste est sacré : il symbolise la solidité et l’ancienneté de l’oracle italique. 👶 Main de l’enfant L’innocence de l’enfant tireur garantit la pureté et l’impartialité du résultat — il n’a pas de volonté propre à projeter. Sur le denier de Plaetorius, la présentation frontale du buste de Sors et la tablette tenue bien en vue constituent l’essentiel de l’iconographie. Le mot SORS inscrit sur la tablette est à la fois l’attribut, le nom de la divinité et le message du rite : l’icône se confond avec la chose représentée. ✦ Représentation numismatique républicaine ⚡ Seule représentation républicaine identifiée de Sors dans le monnayage romain Le denier RRC 405/2 de Marcus Plaetorius Cestianus est l’unique monnaie républicaine connue à représenter explicitement la divinité Sors, dont le nom est inscrit en toutes lettres sur la tablette au revers. L’avers présente Fortuna, le revers Sors : cette association délibérée des deux figures liées à la destinée résume en un seul objet toute la théologie romaine de la chance — son principe général (Fortuna) et son expression oraculaire immédiate (Sors). L’inscription S·C (Senatus Consulto) atteste que cette frappe a été expressément autorisée par un décret du Sénat, renforçant la légitimité institutionnelle de ce message religieux et politique. 02 Denier Plaetoria — Fortuna & Sors 69 av. J.-C. 🏛

Junon Moneta

Junon Moneta · Iconographie numismatique · LesDioscures Junon Moneta Gardienne des finances & Mère de la monnaie · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité romaine · Épouse de Jupiter Surnom Moneta — « Celle qui avertit » Temple Arx capitoline · 344 av. J.-C. Héritage Monnaie · Money · Moneda Monnaie RRC 396/1 De toutes les facettes de Junon, reine des dieux et épouse de Jupiter, celle de Junon Moneta est sans doute l’une des plus fascinantes et des plus durables. Plus qu’une figure religieuse, elle est la déesse tutélaire qui a donné son nom à l’institution économique fondamentale de la civilisation occidentale : la monnaie. Chaque fois que nous utilisons les mots « monnaie », money ou moneda, nous prononçons sans le savoir le nom de cette déesse romaine. Le surnom Moneta dérive du verbe latin monere — « avertir », « conseiller », « mettre en garde ». Son origine remonte à un épisode fondateur : lors de l’invasion gauloise de 390 av. J.-C., les oies sacrées gardées dans son temple sur l’Arx capitoline avertirent le défenseur romain Marcus Manlius de l’attaque nocturne imminente, sauvant la citadelle. En remerciement, Junon fut créditée d’avoir monuit (averti) les Romains, et son temple inauguré en 344 av. J.-C. devint, deux siècles plus tard, le berceau de la frappe monétaire romaine. « C’est dans les dépendances du temple de Junon Moneta que les Romains établirent leur principal atelier de frappe — et de ce lieu sacré naquit le mot qui désigne la monnaie dans toutes les langues romanes. » — D’après Tite-Live & Cicéron, De Divinatione ✦ Représentations remarquables R1 La Junon Ludovisi — Tête colossale en marbre Ier siècle ap. J.-C. · Palazzo Altemps, Musée national romain, Rome La Junon Ludovisi · Tête colossale en marbre · Ier siècle ap. J.-C. · Palazzo Altemps, Musée national romain, Rome, inv. 8631 · Domaine public La Junon Ludovisi est l’une des sculptures antiques les plus célèbres au monde. Cette tête colossale en marbre grec — haute de près d’un mètre — appartint à la collection Ludovisi formée par le cardinal Ludovico Ludovisi au XVIIe siècle et se trouve aujourd’hui au Palazzo Altemps. Le diadème à décor de lotus et palmettes, le bandeau tressé (vitta) et l’expression d’une sérénité royale souveraine ont fasciné les plus grands esprits : Goethe, qui en obtint un moulage en 1787, la décrivit comme une « œuvre divine ». La scholarship moderne tend à identifier cette tête à un portrait idéalisé d’Antonia Minor, nièce d’Auguste et mère de l’empereur Claude — les deux œuvres étant tellement imbriquées dans la tradition artistique julio-claudienne qu’il est impossible de les séparer. Que l’on y voie Junon reine des dieux ou la noble romaine par excellence, cette œuvre incarne l’idéal de majesté féminine auquel les graveurs monétaires s’inspirèrent pour représenter Junon Moneta sur les deniers républicains. R2 Junon Ludovisi — Vue complète avec vitta et diadème Ier siècle ap. J.-C. · Détail iconographique Junon Ludovisi avec vitta (bandeau tressé) · Vue complète · Palazzo Altemps, Musée national romain, Rome · CC BY-SA Cette vue plus complète met en valeur les attributs iconographiques précis de Junon tels qu’ils apparaissent sur la sculpture : le diadème orné de motifs végétaux (lotus et palmettes), les vittae — bandelettes sacrées tressées — qui encadrent le visage, et la mèche bouclée tombant sur l’épaule. Ces éléments sont exactement ceux que les graveurs de monnaies républicains reproduisent, avec la précision du flan d’argent le permettant, sur le buste diadémé de Junon Moneta. La comparaison entre cette sculpture et les avers des deniers portant Junon Moneta est saisissante : le diadème, l’expression de souveraineté calme et la coiffure ordonnée sont traduits avec une fidélité remarquable sur le petit format monétaire. Le denier de L. Plaetorius Cestianus (RRC 396/1) porte ainsi, condensée sur quelques millimètres d’argent, l’écho de cette tradition sculpturale de la majesté junonienne. ✦ L’origine du surnom Moneta 01 Les oies du Capitole & la naissance d’un surnom 390 av. J.-C. — Invasion gauloise En 390 av. J.-C., les Gaulois de Brennus s’emparent de Rome et assiègent la citadelle capitoline. Une nuit, des guerriers gaulois entreprennent l’escalade silencieuse des remparts. Les sentinelles dorment, les chiens n’ont pas aboyé — mais les oies sacrées de Junon, gardées dans l’enceinte du temple, s’agitent bruyamment. Marcus Manlius Capitolinus, réveillé par leurs cris, alerte les défenseurs et repousse l’assaut. Cet épisode fondateur valut à Junon le surnom de Moneta — de monere, « avertir » : la déesse avait mis en garde (monuit) les Romains du danger. En reconnaissance, un temple lui fut érigé sur l’Arx — l’une des deux hauteurs du Capitole — et inauguré en 344 av. J.-C. Ce sanctuaire, au cœur de la citadelle sacrée de Rome, allait bientôt devenir le lieu de naissance d’une institution économique millénaire. 🪿 Les Oies sacrées Gardées dans le temple de Junon sur le Capitole. Leur cri nocturne sauva Rome de l’attaque gauloise — d’où le surnom Moneta (« Celle qui avertit »). 🏛️ L’Arx capitoline Hauteur nord du Capitole, siège du temple de Junon Moneta inauguré en 344 av. J.-C., où fut ensuite installé l’atelier monétaire. 🔨 L’Atelier monétaire Vers 269 av. J.-C., l’atelier de frappe s’installe dans les dépendances du temple. La Moneta devient le lieu — puis l’objet — de la frappe. 💶 L’Héritage linguistique Du latin moneta : français « monnaie », anglais money, espagnol moneda, italien moneta. Un mot universel né d’une nuit gauloise. 02 De l’avertissement divin à l’atelier monétaire — Un glissement unique Vers 269 av. J.-C. · Réforme monétaire romaine Vers 269 av. J.-C., lors de la grande réforme monétaire qui introduit le denier d’argent à Rome, les autorités décident d’installer l’atelier principal de frappe directement dans les dépendances du temple de Junon Moneta sur l’Arx. Ce n’est pas un hasard : la déesse garante de l’avertissement divin devient la garante de l’intégrité et de la valeur de la monnaie. Sa présence sacrée est un gage de fiabilité. Par un glissement sémantique remarquable, le

Genius Populi Romani

Genius Populi Romani · Iconographie numismatique · LesDioscures Genius Populi Romani L’Âme Immortelle de la République et de l’Empire · G.P.R. · Iconographie numismatique · République romaine Nature Personnification de l’essence de Rome Attributs Corne d’abondance · Patère · Sceptre Légende G · P · R Concept lié Genius individuel · Iuno Monnaie RRC 393/1 Le concept de Genius est l’une des idées les plus profondes et les plus originales de la religion romaine. Dans son sens fondamental, le genius est l’esprit divin qui accompagne chaque homme de sa naissance à sa mort — sa force vitale, sa capacité à engendrer, son alter ego divin. Pour chaque femme, l’esprit correspondant est la Iuno. Rendre un culte à son genius, c’est célébrer sa propre vie et son identité dans leur dimension transcendante. Étendu à la communauté tout entière, ce concept prend une dimension gigantesque : le Genius Populi Romani n’est pas la simple addition des génies individuels — c’est la personnification de l’essence même, du caractère, de la puissance et de la pérennité de l’État romain. Il incarne le destin promis à Rome, cette force invisible qui fait que Rome n’est pas seulement une ville parmi d’autres, mais une res publica aeterna — une chose publique éternelle. Sa légende monétaire, trois lettres d’or sur l’argent des deniers — G · P · R — est l’une des plus concises et des plus chargées de sens de toute la numismatique antique. « C’est par la faveur du Génie du Peuple Romain que Rome est la maîtresse du monde. Son destin n’est pas le hasard — il est la promesse d’un esprit immortel. » — D’après Cicéron, De Republica, I, 39 ✦ Représentations remarquables R1 Le « Lare Farnèse » — Probable Genius Populi Romani, MANN Naples IIe siècle ap. J.-C. · Musée archéologique national de Naples, inv. 5975 « Lare Farnèse » — probable Genius Populi Romani · Marbre · IIe s. ap. J.-C. · MANN Naples, inv. 5975 · Domaine public Cette statue colossale en marbre, dite traditionnellement « Lare Farnèse » parce qu’elle appartint à la collection Farnese avant d’entrer au Musée archéologique national de Naples, est aujourd’hui identifiée par les spécialistes comme une représentation probable du Genius Populi Romani. Le type iconographique — jeune garçon aux cheveux bouclés tenant une patère, drapé d’un vêtement dont le manteau retombe sur les épaules, chaussé de sandales romaines — correspond exactement à la description du Genius tel qu’on le retrouve sur les monnaies républicaines et impériales. La main gauche, reconstituée, tient ce qui est maintenant représenté comme un bouquet de fleurs — mais les archéologues estiment qu’elle devait originellement porter une corne d’abondance, attribut principal du Genius Populi Romani sur les deniers. Cette statue illustre la façon dont les Romains matérialisaient une abstraction aussi vaste que l’essence de Rome : en un jeune homme aux traits idéalisés, serein et plein de grâce, portant les symboles de la prospérité et du rituel. R2 Statuette d’un genius protecteur — Trésor de Mâcon 150–220 ap. J.-C. · Trésor de Mâcon · Hessisches Landesmuseum Darmstadt Statuette d’un genius protecteur · Trésor de Mâcon · 150–220 ap. J.-C. · CC BY-SA Cette statuette provient du célèbre trésor de Mâcon, l’un des plus importants dépôts d’objets en métal précieux de la Gaule romaine, enfoui vers 200–260 ap. J.-C. Elle représente un genius protecteur sous la forme d’un homme en toge, voilé pour le sacrifice (capite velato), tenant une patère — posture rituelle canonique du Génie dans l’acte d’effectuer une libation aux dieux. Cette petite statuette illustre la diffusion provinciale du concept de genius : de Rome et de ses colonies italiennes, le culte des génies — familiaux, d’empereurs, de corporations, de lieux — s’est répandu dans tout l’Empire, de la Gaule à la Syrie. Le type du Génie voilé et à la patère est partout identique, témoignant de la cohérence iconographique de la religion romaine à travers ses provinces. C’est précisément cette ubiquité du genius qui explique sa centralité politique : un concept capable de traverser toutes les cultures et toutes les religions locales de l’Empire sous une forme unique et reconnaissable. ✦ Le concept de Genius — Du foyer à l’État 01 Du genius individuel au Genius Populi Romani Religion romaine · Du IIIe s. av. J.-C. à l’Empire 👤 Genius individuel Chaque homme romain possède son genius — esprit divin qui lui confère vie, force et capacité à engendrer. On le fête à son anniversaire avec libations et encens. 🏛️ G.P.R. Genius Populi Romani — l’essence collective de Rome, sa force vitale transcendante. Ces trois lettres sur un denier signifient que la monnaie est placée sous la protection de Rome éternelle. 🌾 Corne d’abondance Attribut principal du G.P.R. sur les monnaies — la prospérité que Rome apporte au monde est le fruit de cet esprit protecteur, et non du hasard. ⚖️ La Patère Coupe à libations — le G.P.R. en train d’offrir est la métaphore du devoir de Rome envers les dieux : c’est la piété de l’État qui garantit sa pérennité. La grande originalité du genius romain par rapport aux conceptions grecques est sa dimension vitale et génésique : le genius est littéralement la force qui fait que la vie se perpétue. De là, le passage au Genius Populi Romani est naturel : ce qui se perpétue dans Rome, ce n’est pas seulement une population ou une ville — c’est une force, un destin, quelque chose d’indestructible qui transcende les individus, les guerres civiles et les crises. 02 République, guerres civiles & Empire — Le genius comme outil politique IIe s. av. J.-C. → Empire Pendant les guerres civiles de la fin de la République, invoquer le Genius Populi Romani sur une monnaie était un acte politique puissant : le parti qui le faisait se posait en défenseur de l’essence même de Rome contre ses ennemis, présentés comme des perturbateurs de l’ordre divin. C’est exactement le message que Cn. Lentulus Marcellinus envoie depuis son atelier militaire d’Hispanie en 76–75 av. J.-C. : les legions

Apollon Vejovis

[TITRE] · Iconographie numismatique · LesDioscures Apollon Véjovis Le Dieu aux Deux Visages de la Rome Antique · Iconographie numismatique républicaine NatureDivinité syncrétique OrigineSabine · Étrusque · Grecque AttributsArc · Flèches · Foudre · Chèvre Monnaies7 types recensés Période112–84 av. J.-C. Le nom d’Apollon évoque instantanément l’éclat de Delphes, la lyre harmonieuse et le Soleil. Pourtant, la mythologie romaine nous offre un portrait bien plus nuancé à travers la figure d’Apollon Véjovis (ou Vediovis). Moins connu que son homologue grec, Véjovis est une divinité complexe aux racines antiques et aux attributs énigmatiques — à la fois jeune archer guérisseur et force obscure capable de propager la maladie. Qui était ce dieu insaisissable ? Pourquoi est-il souvent dépeint comme l’inverse de Jupiter ? Son nom même — Ve-jovis, l’« anti-Jove » — annonce cette dualité fondamentale. Véjovis (Giove) · Bronze romain · Ier siècle apr. J.-C. · Wikimedia Commons · Domaine public « Aux nones de mars on célébrait la fête annuelle d’Apollon Véjovis, et on lui sacrifiait une chèvre ritu humano. » — Aulu-Gelle, Nuits Attiques, V, 12 ✦ Les racines obscures de Véjovis 01 Véjovis — l’anti-Jupiter des Sabins et des Étrusques Italie pré-romaine RRC 298/1BnF · 3,92 g Avant d’être assimilé à Apollon, Véjovis était une divinité romaine d’origine sabine ou étrusque (sous le nom de Veive). Son nom signifie littéralement l’« anti-Jove » ou « petit Jove » — ve- étant un préfixe privatif ou diminutif. Les sources antiques, notamment Aulu-Gelle, le peignent comme une force négative ou l’inverse de Jupiter — un dieu que l’on vénère pour apaiser sa colère plutôt que pour solliciter son aide. Il est représenté sous les traits d’un jeune homme tenant un faisceau de flèches destinées à nuire, rappelant le double rôle d’Apollon : guérisseur et porteur de peste. Pour l’apaiser, on lui sacrifiait rituellement une chèvre, parfois décrit comme fait « à la place d’un être humain » (ritu humano), soulignant la dimension chthonienne et dangereuse du dieu. Les Nones de Mars lui étaient consacrées. 🏹Arc et flèchesAttribut partagé avec Apollon — mais les flèches de Véjovis sont destinées à nuire, à l’inverse du dieu guérisseur. ⚡Foudre sans JupiterOvide le décrit comme un « jeune Jupiter sans foudre » — il porte parfois le foudre mais sans en avoir la maîtrise suprême. 🐐La chèvre AmalthéeAnimal sacrificiel et symbole de sa jeunesse — lien avec la chèvre qui nourrit Jupiter enfant en Crète. 🌋Forces souterrainesMaître des volcans, marais et tremblements de terre — assimilé parfois à Pluton, dieu des Enfers. ✦ L’assimilation à Apollon 02 La face sombre d’Apollon — syncrétisme gréco-romain République romaine C’est sous l’influence grecque que l’assimilation s’opère. En raison de leur jeunesse, de l’arc et des flèches comme attribut commun, et de leur statut de dieu guérisseur, Véjovis est progressivement identifié à Apollon. Le poète Ovide le décrit comme un « jeune Jupiter sans foudre ». En tant qu’Apollon Véjovis, il représente la face sombre ou primitive du dieu solaire. Certains auteurs le considèrent comme le maître des volcans, des marais et des tremblements de terre — forces profondes et cachées — le comparant même à Pluton, dieu des Enfers. Son temple le plus célèbre à Rome se trouvait sur le Capitole, dans l’enceinte de l’Asylum, le bois sacré servant de refuge entre les deux sommets de la colline. Vestiges du temple de Véjovis au Tabularium · Campidoglio, Rome · Wikimedia Commons 🏛️ Le temple de l’Asylum au Capitole Le temple de Véjovis sur le Capitole était situé dans l’Asylum — le lieu de refuge fondé par Romulus entre les deux sommets de la colline. Cette localisation est significative : Véjovis, dieu de l’inframonde et de la colère à apaiser, gardait précisément l’espace réservé aux réfugiés et aux proscrits. Un second temple lui était dédié sur l’île Tibérine. ✦ Représentations numismatiques 🏛️ Denier Caesia RRC 298/1 — première représentation identifiée RRC 298/1BnF · 3,92 g Le denier de Lucius Caesius (112–111 av. J.-C.) porte à l’avers le buste héroïque et lauré d’Apollon Véjovis de trois quarts, brandissant un foudre. Babelon identifie formellement ce portrait comme Apollon Véjovis, représenté de la même façon sur les deniers de Manius Fonteius et de C. Licinius Macer. C’est la seule émission monétaire connue de Lucius Caesius — pièce d’autant plus précieuse pour comprendre le culte. 03 Denier Caesia · Lucius Cæsius 112–111 av. J.-C. · Rome ⚡ Apollon Véjovis de trois quarts · Lares Praestites au revers BnF · 3,92 g↗ Fiche 🏛 Légendes & description Avers Monogramme ROMA Buste héroïque et lauré d’Apollon Véjovis à gauche, vu de trois quarts en avant, brandissant un foudre de la main droite, le manteau sur l’épaule. Revers L · CÆSI Les deux dieux Lares assis de face sur des rochers, nus jusqu’à la ceinture, tenant chacun un sceptre. Au milieu, un chien debout. Au-dessus, tête de Vulcain avec tenailles. Monogrammes (LA) et (RE). Références : Crawford RRC 298/1 · Babelon Caesia 1 · Sydenham 564  ·  ↗ Fiche LesDioscures  ·  ↗ BnF Gallica ✦ Fiches numismatiques liées RRC 298/1 Denier Caesia · Lucius Cæsius Buste héroïque d’Apollon Véjovis de trois quarts, foudre. Revers : Lares Praestites, Vulcain. 112–111 av. J.-C. → Voir la fiche RRC 350A/2 Denier Vergilia · Gargilius, Ogulnius et Vergilius Tête laurée d’Apollon Véjovis surmontant un foudre. Revers : Jupiter dans un quadrige. 86 av. J.-C. → Voir la fiche RRC 350A/2 Denier Anonyme Tête laurée d’Apollon Véjovis à droite surmontant un foudre. Revers : Jupiter dans un quadrige. 86 av. J.-C. → Voir la fiche RRC 290/1 Denier Fonteia · Manius Fonteius Tête laurée de Véjovis à droite, foudre. Revers : Génie ailé sur la chèvre Amalthée. 114–113 av. J.-C. → Voir la fiche RRC 353/1 Denier Fonteia · Manius Fonteius Tête laurée d’Apollon Véjovis, foudre. Revers : Lares Praestites. 85 av. J.-C. → Voir la fiche RRC 353/1b Denier Fonteia · Manius Fonteius (variante) Variante du denier Fonteia avec Apollon Véjovis. 85 av. J.-C. → Voir la fiche RRC 354/1 Denier Licinia · Caius Licinius Macer Buste

Nerio

Nerio · Parèdre de Mars · Force vitale sabine · Iconographie numismatique · LesDioscures Nerio Parèdre de Mars · Force vitale guerrière · *Ner- — vigueur · Divinité sabine archaïque · Iconographie numismatique Origine Sabine · italique archaïque Étymologie *ner- · force · vigueur Rôle Parèdre / épouse de Mars · Force guerrière Source principale Aulu-Gelle · Nuits attiques XIII, 23 Monnaie RRC 232/1 · Denier Gellia Nerio est l’une des divinités les plus énigmatiques et les moins documentées du panthéon romain — et pourtant l’une des plus révélatrices sur la strate la plus ancienne de la religion italique. Son nom, dérivé de la racine indo-européenne *ner- (force, vigueur, virilité), traduit son essence même : elle est la force vitale qui anime le guerrier, l’énergie brute qui permet au soldat d’agir. Divinité d’origine sabine, elle fut intégrée très tôt dans le culte de Mars comme sa parèdre — compagne divine et complément féminin du dieu de la guerre. Là où Mars incarne la fonction guerrière dans son organisation institutionnelle — les campagnes militaires, les légions, les triomphes — Nerio en est l’aspect intérieur et vital : la virtus avant qu’elle ne devienne un concept abstrait, le courage incarné dans le corps du guerrier, la vaillance comme force physique et morale. Sa présence aux côtés de Mars dans le denier Gellia (RRC 232/1, 138 av. J.-C.) — l’une des rares monnaies à la nommer explicitement par l’imagerie — en fait une pièce d’une valeur documentaire exceptionnelle pour l’histoire des religions romaines. « On invoque Mars et Nerio ensemble dans la formule archaïque, car il n’est pas de courage guerrier sans la force vitale qui l’anime — et cette force, c’est Nerio. » — D’après Aulu-Gelle, Nuits attiques, XIII, 23 — sur l’invocation conjointe de Mars et Nerio dans les rituels sabins ✦ Représentations remarquables R1 Mars de Todi — Bronze étrusco-ombrien, fin Ve s. av. J.-C. ~400–390 av. J.-C. · Bronze · Musée Grégorien Étrusque, Musées du Vatican (inv. 13886) Mars de Todi · Bronze étrusco-ombrien · ~400 av. J.-C. · Musée Grégorien Étrusque, Vatican · CC BY-SA Cette statue de bronze grandeur nature — découverte en 1835 à Todi (antique Tuder), enterrée entre des dalles de travertin peut-être après avoir été frappée par la foudre — est l’une des œuvres les plus précieuses de toute la sculpture italique. Elle représente un guerrier en cuirasse faisant une libation, dans un style influencé par Phidias et Polyclète. La dédicace en langue ombrienne gravée sur la cuirasse — Ahal Trutitis dunum dede (Ahal Trutitis a donné ceci en offrande) — rattache l’œuvre à l’univers ombrien, précisément le territoire où le culte de Mars et de Nerio était le plus vivant. Cette statue est le témoin direct du monde religieux dans lequel Nerio évoluait. La région de Todi (Ombrie) est géographiquement et culturellement sabine — le terreau même où Nerio fut vénérée avant son intégration à Rome. Le guerrier de Todi incarne cette force vitale archaïque que Nerio personnifiait : non un dieu lointain et institutionnel, mais une énergie intime, physique, sacrée — celle qui fait tenir le soldat debout sous les coups. R2 Arès Borghèse — Copie romaine d’un original grec du Ve s. av. J.-C. Ier–IIe s. ap. J.-C. · Marbre · Musée du Louvre, Paris (Ma 866) Arès Borghèse · Copie romaine d’un original du Ve s. av. J.-C. · Musée du Louvre (Ma 866) · CC BY-SA L’Arès Borghèse est une copie romaine du Ier–IIe siècle ap. J.-C. d’un original grec en bronze attribué à Alcamène, élève de Phidias, datant du dernier quart du Ve siècle av. J.-C. Il représente le dieu de la guerre quasi-nu, casqué, dans une posture qui allie puissance musculaire et grâce idéalisée — le canon de l’époque classique transposé à la divinité guerrière. Acquis par Napoléon en 1807 dans la collection Borghèse, il est aujourd’hui au Louvre. Cette statue illustre parfaitement le dieu que Nerio accompagnait. Le couple Mars-Nerio répondait à un besoin théologique précis : Mars seul, dans sa monumentalité institutionnelle, ne suffisait pas à capturer la totalité de l’expérience guerrière. Il lui fallait une parèdre qui en soit l’intériorité — la force viscérale, le courage comme élan vital. À l’époque augustéenne, cette relation fut progressivement supplantée par le couple Mars-Vénus (guerre et amour, force et beauté), mais la tradition sabine de l’invocation conjointe Mars-Nerio survécut dans des formules cultuelles archaïques jusqu’à la fin de la République. ✦ Nature, culte & sources 01 Nerio — La force qui donne à Mars son efficacité guerrière Religion sabine archaïque · Rituels martiaux · Tubilustrium · Quinquatrus ⚔️ Parèdre de Mars Compagne divine et complément féminin de Mars. Elle n’est pas la guerre comme institution mais la force vitale qui la rend possible — la vigueur du corps et de l’âme du guerrier. 🌿 Racine *ner- Terme indo-européen signifiant force, vigueur, virilité. On retrouve la même racine dans le grec aner (homme) et dans le sanscrit nara. Nerio personnifie donc la force virile à l’état pur. 🥁 Rituel des Saliens Les Saliens, prêtres dansants de Mars, exécutaient leurs processions en armure lors des fêtes du mois de mars. Nerio était honorée dans ce contexte comme réceptacle de la gloire guerrière. 🏆 Spolia opima Les dépouilles des chefs ennemis tués en combat singulier par un général romain étaient parfois offertes à Nerio — elle recevait la gloire la plus haute, celle conquise corps à corps. Le passage fondamental sur Nerio se trouve chez Aulu-Gelle (Nuits attiques, XIII, 23), qui cite une formule rituelle archaïque invoquant conjointement « Mars et Nerio » — confirmant leur lien cultuel indissociable. Plaute (Truculentus) mentionne Nerio dans un contexte martial, preuve qu’elle était connue dans la culture populaire romaine. Son culte, ancré dans la religion sabine et les traditions pré-républicaines, s’estompa progressivement avec l’hellénisation du panthéon romain et l’assimilation de Mars à Arès — processus qui imposait une parèdre grecque (Aphrodite/Vénus) plutôt qu’une divinité italique archaïque. 02 Nerio dans la pensée de Dumézil — La troisième fonction et la guerre Analyse indo-européenne

Janus

Janus · Iconographie numismatique · LesDioscures Janus Dieu des seuils & des commencements · Ianus Bifrons · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité romaine · Sans équivalent grec Attributs Deux visages · Clé · Bâton Domaine Seuils · Transitions · Temps Temple Ianus Geminus · Forum Monnaie RRC 281/1 Janus est l’une des divinités les plus originales du panthéon romain — et l’une des rares sans équivalent grec. Son nom dérive probablement du latin ianua (porte) ou ire (aller), soulignant son rôle de gardien de tous les passages : portes, arches, ponts, mais aussi commencements d’années, de guerres, de mariages et de saisons. Représenté avec deux visages barbus regardant simultanément le passé et l’avenir, il incarne le moment liminal — cet instant suspendu où l’on franchit un seuil entre ce qui fut et ce qui sera. Sa place dans la religion romaine était exceptionnelle : Janus était invoqué en premier, avant même Jupiter, car il ouvrait la voie aux autres divinités lors de tout sacrifice. Le mois de janvier (Ianuarius) lui est dédié. Sur les monnaies républicaines, sa tête bifrons ornait traditionnellement les as de bronze — ce qui rend son apparition sur le denier en argent de M. Furius Philus (RRC 281/1) d’autant plus remarquable. « Janus, gardien des voies, ouvre les portes de l’Olympe aux dieux et à leurs actes, premier et dernier de tous les dieux. » — Ovide, Fastes, I, 117–120 ✦ Représentations remarquables R1 Janus Bifrons — Buste romain, Musées du Vatican Art romain · Musées du Vatican, Rome Janus Bifrons · Buste romain · Musées du Vatican, Rome · Domaine public Ce buste conservé aux Musées du Vatican constitue l’une des représentations sculpturales les plus célèbres de Janus. La composition est saisissante : deux visages barbus, dos à dos, formant une tête unique qui regarde simultanément dans deux directions opposées. Ce n’est pas un artifice décoratif — c’est la traduction plastique exacte de la nature du dieu : le seul être qui voit à la fois où il va et d’où il vient. L’iconographie bifrons de Janus est attestée depuis la plus haute Antiquité romaine et ne change pratiquement pas au fil des siècles, ce qui témoigne de la cohérence et de la force du concept qu’elle exprime. Sur les monnaies républicaines — et en particulier sur les as de bronze — la tête bifrons de Janus est l’un des types les plus anciens et les plus constants du monnayage romain, présent depuis les premières émissions du IIIe siècle av. J.-C. R2 L’Arco di Giano — Le seuil de pierre dans Rome moderne IVe siècle ap. J.-C. · Forum Boarium, Rome Arco di Giano (Arc de Janus) · Forum Boarium, Rome · IVe siècle ap. J.-C. · CC BY-SA 3.0 L’Arco di Giano, situé au Forum Boarium (l’ancien marché aux bœufs de Rome), est la plus grande arche romaine quadrifrontale — à quatre faces — encore debout. Malgré son nom traditionnel, il ne fut probablement pas dédié à Janus au sens cultuel ; son appellation reflète plutôt la nature de la structure elle-même : un ianus, c’est-à-dire un passage voûté à entrées multiples, terme que les Romains appliquaient à toute arche ou portique permettant le transit. Ce monument illustre parfaitement comment le nom de Janus est indissociable de l’architecture du passage dans la culture romaine. Le mot latin ianua (porte) et ianus (arche de passage) sont les deux faces — elles-mêmes bifrontes — d’un même concept : le seuil comme lieu sacré. Là où le buste du Vatican représente le dieu comme une abstraction théologique, l’Arco di Giano incarne la divinité dans la pierre même de la ville, transformant chaque passage en acte de dévotion inconsciente envers le maître des transitions. ✦ Attributs & symbolisme 01 Les emblèmes de Janus — La dualité comme essence Religion romaine · République & Empire 🚪 Les Deux Visages Passé et avenir, entrée et sortie, guerre et paix. La dualité n’est pas une contradiction mais la nature même du seuil — qui a toujours deux côtés. 🗝️ La Clé Symbole de l’ouverture et de la fermeture des passages. Janus tient la clé du ciel et de l’année, ouvrant et fermant les cycles du temps. 🏛️ Le Bâton Attribut de l’autorité sur les passages et les chemins. Janus garde les voies comme un berger garde son troupeau. 📅 Janvier Le mois de Janus — Ianuarius — porte son nom. Premier mois de l’année, il est le seuil par excellence du cycle annuel. La particularité de Janus dans le rituel romain est qu’il était invoqué en premier dans toute prière ou sacrifice, avant même Jupiter, car il « ouvrait la voie » aux autres dieux. Cette primauté rituelle reflète sa nature de divinité des commencements : rien ne peut commencer sans franchir un seuil, et tout seuil appartient à Janus. 02 Le Ianus Geminus — Les portes de la guerre et de la paix Forum Romain · République & Empire Le Ianus Geminus — Janus Double — était une petite structure rectangulaire au Forum Romain avec deux portes opposées. Sa symbolique était d’une puissance exceptionnelle : les portes restaient ouvertes en temps de guerre, permettant le passage des armées, et étaient fermées en temps de paix. La fermeture était un événement si rare qu’elle constituait une annonce politique majeure. Selon la tradition, les portes ne furent fermées que trois fois entre la fondation de Rome et le règne d’Auguste : sous Numa Pompilius, après la première guerre punique, et sous Auguste lui-même — ce dernier les fermant à plusieurs reprises pour célébrer la Pax Romana. Cette propagande de la paix augustéenne s’appuyait directement sur le symbolisme janusien : fermer les portes de Janus, c’était déclarer que Rome n’était plus en guerre avec le monde entier. ✦ Représentation numismatique ⭐ Janus sur un denier — Une innovation iconographique majeure La tête bifrons de Janus ornait traditionnellement les as de bronze — la monnaie de base du peuple romain — depuis les premières émissions du IIIe siècle av. J.-C. Son

Lares

Lares · Iconographie numismatique · LesDioscures Lares Divinités protectrices du foyer · Lares familiares · Lares praestites · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinités protectrices romaines Domaine Foyer · Famille · Carrefours · État Culte Lararium · Offrandes quotidiennes Filiation légendaire Lara & Mercure Monnaie RRC 298/1 Les Lares occupent une place unique dans la religion romaine : ce ne sont pas des dieux olympiens abstraits, mais des présences divines immédiates, liées à des lieux précis — foyer, champs, carrefours, routes, cité. Leur culte est le plus intime et le plus quotidien de toute la religion romaine. Chaque matin, dans chaque maison romaine, on leur offrait fleurs, vin, encens ou nourriture devant le lararium. Esclaves, affranchis et hommes libres participaient ensemble à ce rituel qui symbolisait l’unité de la domus. Représentés comme de jeunes hommes dansant en tunique courte, tenant une coupe ou un rhyton (corne à boire), les Lares incarnent la pietas romaine dans sa forme la plus concrète : le respect envers les ancêtres, la continuité de la famille, la protection du lieu habité. Leur omniprésence — des statuettes de bronze aux fresques des lararia pompéiens — témoigne de leur place centrale dans la vie quotidienne des Romains de toutes conditions. « Ô Lares du foyer, daignez préserver notre maison ; je vous rends grâce par ces humbles offrandes que vous méritez, fidèles gardiens de notre seuil. » — D’après Tibulle, Élégies, I, 10, 15–18 ✦ Représentations remarquables R1 Lare de bronze — Ier siècle ap. J.-C., Museo Arqueológico Nacional, Madrid Ier siècle ap. J.-C. · MAN, inv. 2943, Madrid Lare romain en bronze · Ier siècle ap. J.-C. · Museo Arqueológico Nacional, Madrid, inv. 2943 · Domaine public Cette statuette en bronze du Ier siècle ap. J.-C. illustre parfaitement l’iconographie canonique des Lares : un jeune homme debout, vêtu d’une tunique courte retroussée par le mouvement, la jambe légèrement fléchie dans une posture de danse. Il tient de l’une de ses mains une patère ou une situla (seau à libations) — attributs du rituel de la libation, acte central du culte domestique. De telles statuettes étaient placées dans le lararium de la maison — une petite niche murale ou une armoire sacrée — et recevaient des offrandes quotidiennes. Leur format modeste (quelques dizaines de centimètres de hauteur) reflète leur rôle intime : ce ne sont pas des dieux de sanctuaire ou de forum, mais des protecteurs du seuil et du foyer, présences familières au cœur de la vie privée. R2 Fresque des Lares et des serpents — Pompéi, Musée archéologique de Naples Ier siècle av. J.-C. – Ier siècle ap. J.-C. · Musée archéologique national, Naples Fresque des Lares et des serpents · Pompéi · Musée archéologique national de Naples · CC BY-SA Cette fresque pompéienne est l’une des représentations les plus complètes et les plus éloquentes du culte des Lares. Les deux Lares dansent symétriquement, vêtus de tuniques courtes, versant du vin de rhyton (cornes à boire) dans des situlae (seaux à libations). Au centre, le Genius du pater familias — l’esprit protecteur du chef de famille — accomplit une libation, voilé et tenant une patère. En bas, un couple de serpents s’approche d’un autel chargé d’offrandes : l’agathodemon, serpent bénéfique symbole de la prospérité et de la fertilité du foyer. Cette composition illustre à la fois la dimension rituelle du culte — la libation, le sacrifice, l’encens — et sa dimension cosmologique : les Lares ne sont pas seuls, ils font partie d’un ensemble de forces protectrices qui veillent sur la maison. Le serpent, loin d’être maléfique dans ce contexte, est un gardien bienveillant de la prospérité familiale, identifié parfois au Genius lui-même. ✦ Types de Lares & pratiques cultuelles 01 Les quatre grands types de Lares Religion romaine · République & Empire 🏠 Lares familiares Protecteurs du foyer domestique, honorés dans le lararium. Chaque famille leur offrait quotidiennement fleurs, vin, encens et nourriture. ✖️ Lares compitales Divinités des carrefours (compita), vénérées lors des Compitalia. Leurs sanctuaires à l’angle des rues étaient entretenus par les habitants du quartier. 🏛️ Lares praestites Gardiens de la cité de Rome elle-même — les Lares de l’État romain. Sur le denier Caesia, ce sont eux qui sont représentés. 🛤️ Lares viales Protecteurs des voyageurs et des routes. Leurs petits sanctuaires jalonnaient les voies importantes pour la protection des marchands et des armées en marche. Le culte domestique des Lares était l’acte religieux le plus constant de la vie romaine — bien plus régulier que la participation aux grands festivals publics. À chaque calendes, ides et nones du mois, mais aussi à l’occasion de naissances, mariages, décès et retours de voyage, la famille se réunissait devant le lararium pour honorer ses protecteurs. Esclaves et affranchis participaient au même culte, les Lares symbolisant l’unité spirituelle de toute la maisonnée au-delà des distinctions de statut social. 02 Origines des Lares — De Lara à Mercure, des ancêtres aux gardiens Mythologie & religion archaïque romaine L’origine des Lares est l’une des questions les plus débattues de la religion romaine. Trois théories principales s’affrontent : ils seraient les esprits des ancêtres défunts (manes) attachés au lieu où ils vécurent ; des divinités agraires primitives liées à la fertilité de la terre familiale ; ou encore des esprits protecteurs d’un lieu géographique précis, indépendamment de toute filiation humaine. La légende la plus populaire les fait naître de l’union de Mercure et de la nymphe Lara (ou Larunda). Jupiter, irrité de la trop grande loquacité de Lara qui avait trahi ses amours, lui fit couper la langue avant de l’envoyer aux Enfers — mais Mercure, chargé de l’y conduire, en tomba amoureux. Les jumeaux nés de cette union, les Lares, héritèrent du silence de leur mère (ils ne parlent pas) et de la mobilité de leur père (ils gardent les routes et les carrefours). ✦ Représentation numismatique 🐕 Le chien gardien entre deux Lares — Un programme iconographique unique Le denier RRC 298/1 est l’unique émission de L. Caesius — et sa rareté (indice

Amphinomos

[TITRE] · Iconographie numismatique · LesDioscures Amphinomos Piété filiale · Catane · Iconographie numismatique républicaine Nature Personnage légendaire Origine Grecque · Sicilienne Attributs Piété filiale · Parent sur les épaules Période 108–107 av. J.-C. Monnaies RRC 308/1 · 1 type recensé Dans L’Odyssée, Amphinomos (en grec Ἀμφίνομος, signifiant « qui paît tout autour ») est l’un des prétendants de Pénélope, l’épouse d’Ulysse. Il est prince de Dulichium, fils du roi Nisos, et se distingue parmi les prétendants par son comportement relativement correct et son bon sens. Il tente à deux reprises de dissuader les autres prétendants de comploter pour tuer Télémaque, le fils d’Ulysse, ce qui montre une certaine conscience morale. Ulysse lui-même, déguisé en mendiant, l’avertit de quitter le palais et d’abandonner la cause des prétendants, pressentant le désastre à venir. Cependant, Athéna s’assure qu’Amphinomos reste, scellant ainsi son destin. Lors de l’affrontement final, il est tué par Télémaque d’un coup de lance. Dans la mythologie sicilienne, Amphinomos et Anapias sont deux frères associés à la ville de Catane. Lors d’une éruption du mont Etna, ils sauvèrent leurs parents en les portant sur leurs épaules pour les mettre à l’abri des coulées de lave. Leur piété filiale et leur courage furent célébrés, et cette histoire devint un symbole de dévouement familial. Certaines versions disent que les flammes s’écartèrent miraculeusement pour les laisser passer. « Les deux frères reçurent pour cette action le titre de Pius — Pieux. » — Pausanias, Description de la Grèce, X, 28, 4 ✦ Les frères catanéens 01 Amphinomos & Anapias — Les fils pieux de Catane Mythologie sicilienne Selon la tradition locale, lors d’une violente éruption de l’Etna, Amphinomos porta son père sur ses épaules tandis que son frère Anapias portait leur mère. Leur geste, comparable à celui d’Énée sauvant son père Anchise lors de la chute de Troie, incarna pour les Romains le concept de pietas dans sa forme la plus pure : le devoir envers sa famille. Ce mythe était particulièrement vivace à Catane, ville natale des frères, où ils furent célébrés comme des héros. Les Romains, sensibles à cette vertu cardinale, reprirent naturellement ce thème dans leur iconographie monétaire. 🔥 L’éruption de l’Etna Cadre dramatique du mythe — les flammes qui s’écartent devant les frères pieux selon certaines versions. 🏛️ Pietas Vertu romaine fondamentale : le devoir envers les dieux, la patrie et la famille. Les deux frères en incarnent l’aspect familial. ⚓ Lien avec Énée Le geste d’Amphinomos fait écho à Énée portant Anchise hors de Troie — archétype romain de la piété filiale. 🌋 Catane Ville sicilienne au pied de l’Etna, patrie des frères et de la gens Herennia, dont les ancêtres y faisaient du commerce. ✦ Représentation numismatique 🏛️ Seule représentation républicaine de ce type RRC 308/1Rome · 108–107 av. J.-C. Le denier de Marcus Herennius est la seule monnaie républicaine romaine à représenter Amphinomos. Le choix de ce type est directement lié aux origines catanéennes de la gens Herennia : les ancêtres du monétaire étaient établis à Catane pour y faire le commerce avec l’Afrique, et le mythe des frères pieux était particulièrement vivace dans cette ville. Marcus Herennius deviendra consul de la République romaine en 93 av. J.-C. — soixante-dix ans plus tard, Sextus Pompée reprendra la même iconographie pour rappeler la mémoire de son père Pompée le Grand. 02 Denier Herennia · Marcus Herennius 108–107 av. J.-C. 🏃 Amphinomos courant, portant son père sur les épaules British Museum~3,87 g · Ar 🏛 Légendes & description Avers PIETAS Tête diadémée de la Piété (Pietas) à droite, le diadème orné. Une marque de contrôle apparaît soit sous le menton à l’avers, soit dans le champ au revers selon les variantes. Revers M · HERENNI Amphinomos nu, courant à droite, portant son père âgé sur ses épaules. Marque de contrôle dans le champ à droite. Légende verticale derrière le personnage. La composition est saisissante : l’avers, avec la tête de Pietas, annonce directement le thème du revers. La vertu est personnifiée, puis illustrée par un acte concret — Amphinomos sauvant son père. Crawford (RRC 308/1) dénombre environ 120 coins d’avers et 150 coins de revers pour ce type. Il existe deux variantes : la lettre de contrôle peut se trouver soit sous le menton à l’avers, soit dans le champ à droite au revers. Ce denier est considéré comme plus rare que les catalogues ne le laissent supposer. Références : Crawford RRC 308/1a-b · Sydenham 567a · RSC Herennia 1 · RCV 185  ·  ↗ Voir la fiche sur LesDioscures ✦ La gens Herennia & le monétaire 03 Marcus Herennius — Monétaire et consul 108–93 av. J.-C. La gens Herennia est une famille plébéienne d’origine samnite qui s’établit en Campanie, puis rayonna vers la Sicile. On trouve un Herennius sénateur de Nola et un Marcus Herennius décurion de Pompéi. Une branche s’expatria pour le commerce : Herennius Siculus, installé à Leptis, faisait le commerce entre l’Afrique et la Sicile — un lien direct avec Catane, patrie d’Amphinomos. Le monétaire Marcus Herennius, qui frappa ce denier vers 108–107 av. J.-C., est vraisemblablement le même personnage qui fut consul en 93 av. J.-C. Pline mentionne ce consulat comme remarquable par la quantité de silphium apportée à Rome cette année-là. En choisissant Amphinomos pour son type monétaire, il rendit hommage aux racines catanéennes de sa famille tout en célébrant la vertu de pietas. ⚡ Postérité iconographique Soixante-dix ans après ce denier, en 42 av. J.-C., Sextus Pompée reprit la même iconographie — un fils portant son père sur ses épaules — pour commémorer la mémoire de Pompée le Grand son père. La pietas filii devint ainsi un outil de propagande politique puissant, directement hérité du type de Marcus Herennius. ✦ Fiches numismatiques liées RRC 308/1 Denier Herennia · Marcus Herennius Amphinomos courant à droite, portant son père sur les épaules. Avers : tête diadémée de Pietas. 108–107 av. J.-C. → Voir la fiche RRC 511/2 Denier Sextus Pompée · Sextus Pompeius Magnus Frappé en Sicile vers 42 av. J.-C. Revers

Pénates

Pénates · Dieux gardiens du foyer romain · DEI PENATES · Iconographie numéralement · LesDioscures Pénates Dieux gardiens du foyer · Penates · Penus · Pénates publics · Lavinium & Troie · Iconographie numéralement NatureDieux domestiques · divinités du foyer Étymologiepenus · le garde-manger CultePrivé (familial) & public (Dei Penates Publici) Origine légendaireTroie · Énée · Lavinium · Rome MonnaiesRRC 455/2 · RRC 312/1 · RRC 307/1 Les Pénates — Di Penates, les dieux du garde-manger — sont parmi les divinités les plus anciennes et les plus intimement romaines. Leur nom dérive du latin penus : la réserve de nourriture, l’endroit le plus reculé et le mieux protégé de la demeure, là où sont stockées les provisions qui assurent la survie de la famille. Les Pénates sont les gardiens de cette prospérité quotidienne, de la cohésion familiale, de la continuité de la lignée. Contrairement aux Lares (liés au lieu physique), les Pénates suivent la famille : si elle déménage, elle emporte ses Pénates. Divinités profondément enracinées dans la religion archaïque romaine, les Pénates connurent une transformation capitale à partir du IIIe siècle av. J.-C. : du culte privé, ils passèrent au culte public sous la forme des Di Penates Publici, gardiens de l’État romain tout entier. La légende d’Énée — qui emporta les Pénates de Troie en flammes pour les déposer à Lavinium, première étape de la fondation de Rome — donna à ces divinités domestiques une dimension épique et nationale. Sur les monnaies républicaines, leurs bustes accolés sont l’un des types iconographiques les plus chargés de sens : DEI PENATES ou D.P.P., les dieux de Rome gravés dans l’argent. « Il lui enjoignit de porter ses dieux Pénates et ses Lares, et d’en faire son voyage jusqu’au pays d’Italie, auquel les destins d’un grand empire étaient réservés. » — Virgile, Énéide, II, 293–295 — Hector apparaissant en songe à Énée pour lui ordonner d’emporter les Pénates de Troie ✦ Représentations remarquables R1 Fresque du lararium de la Casa dei Vettii — Pompéi Ier s. ap. J.-C. · Fresque · Casa dei Vettii (VI, 15, 1), Pompéi Fresque du lararium · Casa dei Vettii · Pompéi · Ier s. ap. J.-C. · Genius flanqué de deux Lares · CC BY-SA Cette fresque, l’une des plus belles représentations du culte domestique romain, provient du lararium de la Casa dei Vettii à Pompéi — la maison de deux riches affranchis, Aulus Vettius Restitutus et Aulus Vettius Conviva. Elle montre au centre le Genius du paterfamilias, revêtu d’une toge avec le chef voilé, tenant une patère et une corne d’abondance, flanqué de deux Lares en tenue de danseur. En bas, le serpent domestique — agathodaimon — rampe vers une offrande sur l’autel. Le lararium était la niche sacrée au cœur de chaque maison romaine où étaient honorés les Lares, les Pénates et le Genius familial. Les Pénates, bien que distincts des Lares dans la théologie romaine, étaient souvent vénérés au même endroit et représentés par des statuettes placées dans cette niche. Cette fresque illustre parfaitement l’univers religieux domestique dans lequel les Pénates occupaient une place centrale : la piété quotidienne, les offrandes familières (encens, vin, nourriture), la continuité du foyer sous la protection des dieux. R2 Statuette de Pénate — Musée de Sainte-Ménehould Époque romaine · Bronze · Musée de Sainte-Ménehould Statuette de Pénate · Bronze · Époque romaine · Musée de Sainte-Ménehould · CC BY-SA Cette statuette de Pénate en bronze illustre la réalité matérielle du culte domestique romain : les Pénates étaient représentés par de petites figurines (statuettes en bronze, en terre cuite ou en argile) conservées dans le lararium de la maison. Leur forme pouvait varier considérablement selon la dévotion du propriétaire — les Pénates pouvaient emprunter l’apparence de Jupiter, de Vesta, ou des Dioscures (Castor et Pollux), avec lesquels ils étaient fréquemment assimilés dans la tradition iconographique républicaine. La découverte de statuettes de ce type dans toutes les provinces de l’Empire témoigne de la diffusion extraordinaire du culte des Pénates avec la romanisation. En Gaule, en Hispanie, en Bretagne, partout où les légions romaines ou les marchands s’installaient, ils emportaient leurs Pénates — exactement comme Énée avait transporté les siens de Troie. Ce n’est pas un hasard si l’expression regagner ses pénates (rentrer chez soi) est passée dans la langue française moderne : les Pénates sont l’une des rares divinités antiques à avoir survécu dans le langage courant. ✦ Nature, culte & origine troyenne 01 Les Pénates — Du garde-manger familial aux dieux de l’État romain Religion romaine archaïque · Di Penates privés & publics · Temple de la Vélia 🏠 Gardiens du foyer Les Pénates protègent les provisions (penus), la cohésion familiale et la prospérité de la maison. Ils suivent la famille : contrairement aux Lares (liés au lieu), les Pénates déménagent avec elle. 🔥 Culte au lararium Vénérés dans la niche sacrée de la maison (lararium), au cœur du penetrale (l’appartement le plus intérieur). Offrandes quotidiennes : encens, vin, nourriture, guirlandes de coquelicots et d’ail. 🌟 Assimilation aux Dioscures Les Pénates publics furent assimilés à Castor et Pollux — leurs représentations iconographiques (deux jeunes hommes debout, tenant une lance) se confondent. Sur les monnaies : D.P.P. (Dei Penates Publici). ⛵ Pénates d’Énée & Troie Selon Virgile et la tradition romaine, Énée emporta les Pénates troyens lors de la chute de Troie et les déposa à Lavinium. Ces Pénates troyens devinrent les Pénates du peuple romain, conservés dans le temple de Vesta. 🏛️ Temple de la Vélia Sur la Vélia, colline entre le Palatin et l’Esquilin, un temple abritait les Pénates publics — deux statues de jeunes gens assis tenant une lance. Auguste restaura le sanctuaire, attesté sur le monument d’Ancyre. La singularité théologique des Pénates est leur plasticité iconographique : à la différence de la plupart des dieux romains, les Pénates n’ont pas de forme fixe. Cicéron et Servius rappellent que chaque Romain pouvait choisir ses propres Pénates personnels parmi les divinités majeures — Jupiter, Vesta, les Jumeaux divins, ou même ses propres ancêtres. Cette liberté reflète leur

Vulcain

Vulcain · Dieu du Feu et de la Forge · Iconographie numismatique · LesDioscures Vulcain Dieu du Feu et de la Forge · Vulcanus · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité olympienne Équivalent grec Héphaïstos Attributs Marteau · Tenailles · Enclume Domaine Feu · Forge · Volcans Fête Volcanalia · 23 août Vulcain · Dieu du Feu et de la Forge · Iconographie numismatique romaine Vulcain (Vulcanus en latin) est le dieu romain du feu, des volcans, de la forge et le patron des forgerons. Équivalent du dieu grec Héphaïstos, il incarne à la fois le feu bienfaisant, source des industries humaines, et le feu destructeur qu’il peut maîtriser ou déchaîner — surnommé mitis (le doux) ou quietus (le tranquille) pour sa capacité à éteindre les incendies. Fils de Jupiter et de Junon, il est souvent décrit comme difforme et boiteux, rejeté à la naissance par sa mère ou précipité de l’Olympe par Jupiter, tombant sur l’île de Lemnos ou dans la mer, où il est recueilli par les nymphes Thétis et Eurynomé. Sa forge est située sous l’Etna ou dans les îles Éoliennes — notamment Vulcano, dont il a donné le nom au terme « volcan » —, où il fabrique armes, bijoux et foudres pour Jupiter, aidé des Cyclopes. Dans la numismatique républicaine, Vulcain est reconnaissable à ses attributs artisanaux : le marteau (malleus), les tenailles (forceps), l’enclume, et son costume d’ouvrier — l’exomide (tunique courte laissant l’épaule droite nue) et le pileus (bonnet conique). Figure complexe, à la fois créateur et destructeur, Vulcain est vénéré pour sa maîtrise du feu et craint pour sa puissance souterraine. « Là, sous l’Etna, les Cyclopes forgent dans leur antre une foudre pour le père des dieux — masse terrible dont ils ont déjà poli trois rayons de grêle aiguë, trois de nuée pluvieuse, trois de feu rouge et de vent ailé du sud. » — Virgile, Énéide, VIII, 424–427 — La forge de Vulcain sous l’Etna ✦ Représentations remarquables R1 Statuette de Vulcanus — Musée des Beaux-Arts de Lyon Ier siècle apr. J.-C. Statuette de Vulcanus · Bronze romain · Ier siècle apr. J.-C. · Musée des Beaux-Arts de Lyon, inv. A1981 · Domaine public Cette statuette en bronze illustre parfaitement l’iconographie canonique de Vulcain dans la plastique romaine : le dieu est représenté debout, vêtu de l’exomide, l’épaule droite nue, coiffé du pileus conique caractéristique des artisans et des travailleurs libres. La posture ramassée et la musculature prononcée traduisent l’effort du forgeron, tandis que la légère inflexion du corps rappelle la claudication légendaire du dieu. Ce type statuaire, répandu dans tout l’Empire du Ier au IIIe siècle, était probablement destiné à orner un laraire domestique ou un atelier artisanal. Il témoigne de la popularité du culte de Vulcain auprès des artisans et des travailleurs du métal, qui voyaient en lui leur protecteur naturel. R2 Denier Serratus Aurelia — Lucius Aurelius Cotta · RRC 314/1 105 av. J.-C. Denier Serratus Aurelia · Lucius Aurelius Cotta · RRC 314/1 · 105 av. J.-C. · Argent · Voir la fiche → Ce denier serratus frappé par Lucius Aurelius Cotta est l’une des rares émissions républicaines à représenter explicitement Vulcain. La dentelure du flan (serrata), caractéristique de certaines émissions de la fin du IIe siècle, donne son nom à la série. L’iconographie du revers met en scène le dieu forgeron dans son élément naturel, marteau en main, incarnant la puissance créatrice du feu au service de Rome. Le choix de Vulcain par la gens Aurelia n’est pas anodin : il s’inscrit dans une stratégie de légitimation familiale par la référence aux forces élémentaires de la nature et à la toute-puissance artisanale divine, dans une période de forte tension sociale précédant la guerre sociale. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Vulcain Monnaies · Sculptures · Reliefs Vulcain possède un répertoire d’attributs immédiatement lisible, hérité d’Héphaïstos mais adapté aux représentations du monde du travail romain. Ces symboles le distinguent nettement des autres divinités olympiennes et soulignent son caractère unique parmi les dieux — celui qui travaille de ses mains. 🔨 Marteau Malleus — outil principal du forgeron, symbole de la puissance créatrice et de la maîtrise du métal en fusion. 🔧 Tenailles Forceps — pour saisir le métal incandescent. Attribut quasi systématique dans la statuaire et les monnaies. ⚙️ Enclume Surface sur laquelle le métal est battu. Représentée sur certains reliefs aux côtés de Vulcain en plein labeur. 👕 Exomide Tunique courte d’ouvrier laissant l’épaule droite nue, insigne du travail manuel, qui distingue Vulcain de tous les autres dieux. 🎩 Pileus Bonnet conique des artisans et des affranchis. Emblème de son statut d’artisan divin, humble et puissant à la fois. 🌋 Volcan / Forge L’Etna ou les îles Éoliennes servent de forge cosmique. Vulcano lui doit son nom — et par extension, tous les volcans du monde. Sur les deniers républicains, Vulcain apparaît rarement en portrait — son iconographie s’exprime davantage par ses outils et ses œuvres : boucliers, armes, foudres. Sa présence numismatique, plus discrète que celle de Jupiter ou de Roma, n’en est que plus significative lorsqu’elle est convoquée. ✦ Mythes, culte et fêtes 02 Les grands mythes de Vulcain Tradition grecque et romaine Naissance et rejet : Né laid et difforme, Junon le précipite de l’Olympe par honte. Recueilli par Thétis et Eurynomé, il apprend la forge dans une grotte sous-marine et crée des bijoux d’une beauté prodigieuse. Une autre version attribue sa chute à Jupiter, furieux de son soutien à Junon lors d’une querelle divine — ce qui lui vaut sa claudication permanente. Vengeance contre Junon : Pour punir sa mère, Vulcain lui offre un trône d’or piégé qui l’immobilise. Il ne la libère qu’en échange de la main de Vénus, la déesse de la beauté — mariage paradoxal entre le dieu le plus laid et la déesse la plus belle de l’Olympe. Le piège contre Mars et Vénus : Trompé par Vénus avec Mars, Vulcain forge un filet métallique invisible et les capture en flagrant délit, exposant