Sors

Sors Le Sort & le Tirage oraculaire · Sortes Praenestinae · Iconographie numismatique · République romaine NatureNotion · Personnification CulteFortuna Primigenia · Préneste FonctionTirage au sort · Divination AttributTablette inscrite SORS MonnaieRRC 405/2 · Plaetoria Le mot latin sors (pluriel sortes) désigne d’abord un objet : le petit morceau de bois, la tablette ou le jeton que l’on tire au sort. Par extension, il nomme le résultat de ce tirage — la part ou le lot échu à chacun dans un partage — puis la réponse d’un oracle obtenue par ce moyen. Les Romains tiraient au sort les provinces des magistrats, l’ordre de vote des centuries, les juges d’un procès ; dans plusieurs sanctuaires d’Italie, ils interrogeaient aussi les dieux par des sortes. À la différence de Fortuna, grande déesse du hasard dotée de temples et d’un culte public, Sors est surtout une notion, que la langue et l’imagerie ont pu personnifier sans qu’un culte propre soit solidement attesté. Sa seule apparition dans le monnayage romain est le denier de Marcus Plaetorius Cestianus (RRC 405/2, 69 av. J.-C. selon Crawford), dont le revers montre un jeune personnage de face tenant une tablette inscrite SORS — allusion transparente à l’oracle de Fortuna Primigenia à Préneste. « … ces sorts que, sur l’avis de la Fortune, la main d’un enfant mêle et tire. » Fortunae monitu pueri manu miscentur atque ducuntur — Cicéron, De divinatione, II, 86 · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1 Le personnage à la tablette — Revers du denier Plaetoria 69 av. J.-C. · RRC 405/2 Au revers du denier de M. Plaetorius Cestianus, un buste juvénile vu de face, la tête légèrement tournée à droite, tient devant lui une tablette inscrite SORS. La pose frontale est rare sur les deniers républicains et donne à l’image une solennité presque cultuelle. L’identité du personnage est discutée. Crawford et le catalogue du British Museum le décrivent sobrement comme un jeune garçon (« half-length figure of boy ») : ce serait l’enfant qui, à Préneste, mêlait et tirait les sortes. D’autres catalogues y voient Sors personnifiée ; on a aussi proposé le Jupiter Puer, le Jupiter enfant que Fortuna Primigenia allaitait dans son sanctuaire selon Cicéron. Dans tous les cas, la tablette renvoie au rite prénestin : le mot SORS désigne à la fois l’objet tiré et la réponse divine qu’il porte. R2 Les Sortes Praenestinae — L’oracle de Fortuna Primigenia Préneste · IIe – Ier s. av. J.-C. Le sanctuaire de Fortuna Primigenia à Praeneste (Palestrina), aménagé en vastes terrasses à la fin du IIe siècle av. J.-C., abritait l’un des oracles les plus réputés d’Italie. Cicéron en rapporte la légende de fondation (De divinatione, II, 85-86) : averti par des songes répétés, le Prénestin Numerius Suffustius fendit un rocher d’où jaillirent des sortes de bois de chêne, gravées de caractères archaïques. Au même moment, du miel coula d’un olivier, à l’emplacement du futur temple ; les haruspices ordonnèrent de tailler dans cet olivier le coffre où les sorts furent enfermés. Lors d’une consultation, un enfant mêlait les tablettes et en tirait une « sur l’avis de la Fortune ». Cicéron, qui rapporte la tradition pour mieux la critiquer, note que seul le vulgaire s’y fiait encore de son temps. L’oracle n’en survécut pas moins longtemps : Suétone raconte que Tibère, ayant fait apporter les sorts à Rome, ne les trouva plus dans leur coffre scellé jusqu’à ce qu’on les rapportât à Préneste (Tibère, 63). Maquette du sanctuaire de Fortuna Primigenia · Museo archeologico nazionale di Palestrina · Wikimedia Commons Rampe monumentale gauche du sanctuaire · Palestrina · Wikimedia Commons R3 La mosaïque nilotique de Palestrina Fin IIe – début Ier s. av. J.-C. Parmi les œuvres découvertes dans le complexe de Préneste, la célèbre mosaïque nilotique (4,31 × 5,85 m) pavait l’abside d’une grotte artificielle. Elle déploie le cours du Nil en crue, des chasses d’Éthiopie jusqu’au Delta peuplé de temples et de navires. Pline l’Ancien évoque une mosaïque installée par Sylla dans le temple de la Fortune à Préneste, et l’on a vu dans l’œuvre un témoignage du rapprochement entre Fortuna et l’Isis égyptienne. Elle donne la mesure du luxe d’un sanctuaire que M. Plaetorius Cestianus évoque sur ses deniers, une génération à peine après sa monumentalisation. Mosaïque nilotique · Museo archeologico nazionale di Palestrina · Wikimedia Commons (domaine public) ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes du sort Numismatique · Divination · Textes antiques Les « attributs » de Sors se confondent avec les instruments du tirage. Sa discrétion dans l’iconographie — aucune statue, aucun culte public connu à Rome — s’explique par sa nature : Sors n’est pas une puissance qui accorde ses faveurs, mais le résultat même d’une procédure. 📜Tablette inscriteL’unique attribut figuré : la tablette marquée SORS du denier RRC 405/2, objet même du tirage. 🌳Bois de chêneSelon Cicéron, les sorts de Préneste étaient gravés dans le chêne (robur), en caractères archaïques. 🫒Coffre d’olivierLe coffre qui les renfermait fut taillé dans l’olivier miraculeux d’où avait coulé du miel. 🧒Main de l’enfantUn enfant mêlait et tirait les sorts : sans volonté propre, il laissait parler la Fortune. 🏺Urne (sitella)Dans la vie civique, les sorts étaient tirés d’une urne : provinces, centuries, jurés. 🌟FortunaÀ Préneste, les sorts parlent au nom de Fortuna Primigenia : Sors en est l’expression oraculaire. Sur le denier de Plaetorius, le mot SORS est à la fois l’attribut, le nom et le message : l’image se confond avec la chose représentée. ✦ Représentation numismatique républicaine ⚡ Le seul denier républicain portant le mot SORS Le denier RRC 405/2 est l’unique monnaie romaine où figure le mot SORS. Il appartient à une émission variée de M. Plaetorius Cestianus, datée de 69 av. J.-C. par Crawford (W. Hollstein la place en 57), dont un autre type, RRC 405/1, montre le fronton d’un temple orné d’une figure anguipède, interprété comme celui de Fortuna à Préneste. Les deux types forment ainsi un véritable diptyque prénestin : le sanctuaire d’un côté, son oracle de l’autre. La mention
Junon Moneta

Junon Moneta Celle qui avertit & patronne de l’atelier monétaire · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité romaine · Épouse de Jupiter ÉpiclèseMoneta — « Celle qui avertit » TempleArx capitoline · 344 av. J.-C. HéritageMonnaie · Money · Mint · Münze MonnaiesRRC 396/1 · RRC 464/2 De toutes les facettes de Junon, reine des dieux et épouse de Jupiter, celle de Junon Moneta a laissé la trace la plus durable dans notre vocabulaire. Son temple de l’Arx capitoline abritait l’atelier où Rome frappait sa monnaie, et le nom de la déesse a fini par désigner l’atelier, puis la monnaie elle-même : monnaie, moneda, money ou mint en descendent. Les Anciens rattachaient l’épiclèse Moneta au verbe latin monere — « avertir », « mettre en garde ». Cicéron l’explique par un avertissement entendu dans le sanctuaire de la déesse lors d’un tremblement de terre ; la tradition moderne y associe volontiers les oies sacrées de Junon qui, en 390 av. J.-C., donnèrent l’alerte lors de l’assaut gaulois contre le Capitole — un rapprochement que les textes antiques ne font pas explicitement. Le temple lui-même fut voué en 345 et dédié en 344 av. J.-C. sur l’Arx, à l’emplacement de la maison de Marcus Manlius Capitolinus, le héros de cette nuit-là. « … in eo loco ubi nunc aedes atque officina Monetae est. »— « … à l’endroit où se trouvent aujourd’hui le temple et l’atelier de Moneta. » — Tite-Live, Ab Urbe Condita, VI, 20, 13 ✦ Représentations remarquables R1 La Junon Ludovisi — Tête colossale en marbre Ier siècle ap. J.-C. · Palazzo Altemps, Musée national romain, Rome La Junon Ludovisi · Tête colossale en marbre · Ier siècle ap. J.-C. · Palazzo Altemps, Musée national romain, Rome, inv. 8631 · Domaine public La Junon Ludovisi est l’une des sculptures antiques les plus célèbres. Cette tête colossale en marbre appartint à la collection formée au XVIIe siècle par le cardinal Ludovico Ludovisi et se trouve aujourd’hui au Palazzo Altemps. Le diadème, les bandelettes (vittae) qui encadrent le visage et l’expression de sérénité souveraine fascinèrent les voyageurs du Grand Tour : Goethe, qui la découvrit à Rome en 1787, en fit acquérir un moulage et la compta parmi ses premières admirations romaines. La recherche moderne y reconnaît le plus souvent un portrait idéalisé d’Antonia Minor, nièce d’Auguste et mère de l’empereur Claude, représentée sous les traits d’une divinité. Que l’on y voie Junon ou une princesse julio-claudienne divinisée, l’œuvre illustre le type de la reine des dieux — diadème, chevelure ordonnée, visage impassible — que l’on retrouve, sous une forme beaucoup plus ancienne et plus sommaire, sur les deniers républicains de Junon Moneta. R2 Junon Ludovisi — Vue complète avec vitta et diadème Ier siècle ap. J.-C. · Détail iconographique Junon Ludovisi avec vitta (bandeau tressé) · Vue complète · Palazzo Altemps, Musée national romain, Rome · CC BY-SA Cette vue plus complète met en valeur les attributs de la sculpture : le diadème haut, les vittae — bandelettes sacrées — qui tombent de part et d’autre du visage, et les mèches qui descendent sur les épaules. La comparaison avec les deniers est instructive, à condition de respecter la chronologie : la Junon Ludovisi est postérieure d’un siècle au moins au denier de L. Plaetorius Cestianus (RRC 396/1, 74 av. J.-C.) et ne peut lui avoir servi de modèle. Les deux œuvres puisent en revanche à un même répertoire hellénistique de la déesse souveraine : buste drapé, diadème, boucles d’oreilles et collier sur les deniers de Plaetorius et de T. Carisius, transposés à l’échelle d’un flan de quelques millimètres. ✦ L’origine de l’épiclèse Moneta 01 Les oies du Capitole, le tremblement de terre & le temple de l’Arx 390 – 344 av. J.-C. En 390 av. J.-C. (date varronienne), les Gaulois de Brennus s’emparent de Rome et assiègent le Capitole. Une nuit, ils tentent l’escalade de la falaise. Les sentinelles dorment, les chiens restent muets — mais les oies sacrées de Junon, épargnées malgré la famine, s’agitent et crient. Marcus Manlius, réveillé, donne l’alerte et repousse l’assaut ; il y gagne le surnom de Capitolinus (Tite-Live, V, 47). « The Citadel saved by the cackling of the Geese » · John Leech, The Comic History of Rome (G. A. à Beckett), vers 1852 · Domaine public · Wikimedia Commons C’est pourtant un autre avertissement que Cicéron donne pour origine du nom : lors d’un tremblement de terre, une voix venue du sanctuaire de Junon aurait prescrit un sacrifice expiatoire, « d’où, dit-on, le nom de Junon Moneta » (De Divinatione, I, 101). Le lien entre les oies et l’épiclèse, si souvent répété, est donc une reconstruction moderne. Une autre piste rapproche Moneta de Mnémosyne, la mère des Muses, que Livius Andronicus rendit justement par Moneta dans sa traduction latine de l’Odyssée. Le temple, enfin, n’est pas un ex-voto pour la nuit des oies : selon Tite-Live (VII, 28), il fut voué en 345 av. J.-C. par le dictateur L. Furius Camillus pendant la guerre contre les Aurunces, puis dédié en 344 av. J.-C. sur l’Arx — la hauteur nord du Capitole — à l’emplacement de la maison rasée de Manlius Capitolinus, condamné entre-temps pour aspiration à la royauté. 🪿 Les oies sacrées Consacrées à Junon et nourries sur le Capitole. Leurs cris donnèrent l’alerte en 390 av. J.-C. ; leur lien avec le nom Moneta reste une tradition moderne. 🏛️ L’Arx capitoline Hauteur nord du Capitole, siège du temple de Junon Moneta dédié en 344 av. J.-C., où l’atelier monétaire est attesté à l’époque de Tite-Live. 🔨 L’atelier monétaire L’officina Monetae jouxtait le temple. La Moneta désigne d’abord le lieu, puis la frappe et son produit. 💶 L’héritage linguistique Du latin moneta : « monnaie », moneda, moneta, money — mais aussi l’anglais mint et l’allemand Münze. 02 De l’avertissement divin à l’atelier monétaire IIIe – Ier siècle av. J.-C. La date à laquelle l’atelier s’installa dans les dépendances du temple de Junon Moneta n’est pas connue. On la
Genius Populi Romani

Genius Populi Romani Le Génie du peuple romain · G · P · R · Iconographie numismatique · République romaine NatureGénie protecteur du peuple romain AttributsSceptre · Corne d’abondance · Patère LégendeG · P · R Concept liéGenius individuel · Iuno MonnaieRRC 329/1 · 393/1 · 397/1 Le genius est l’une des notions les plus originales de la religion romaine. C’est l’esprit divin qui accompagne chaque homme de sa naissance à sa mort, sa force vitale et sa capacité à engendrer ; Censorin le définit comme le dieu sous la tutelle duquel chacun vit dès sa naissance. Pour chaque femme, l’esprit correspondant est la Iuno. On honorait son genius au jour anniversaire, par des libations de vin, des fleurs et de l’encens. Étendue à la communauté, la notion donne le Genius Populi Romani : le génie du peuple romain tout entier, sa force collective et la garantie de sa pérennité. Son culte est attesté dès l’hiver 218 av. J.-C., quand, après la défaite de la Trébie, on lui immole cinq grandes victimes. Sur les deniers, sa légende tient en trois lettres, G · P · R, l’une des plus concises de la numismatique républicaine. « … et Genio maiores hostiae caesae quinque. »« … et l’on immola au Génie cinq grandes victimes. » — Tite-Live, Ab Urbe Condita, XXI, 62, 9 · expiations de l’hiver 218 av. J.-C. ✦ Représentations remarquables R1 Le « Lare Farnèse » — statue colossale d’un genius, MANN Naples Époque d’Hadrien · Musée archéologique national de Naples, inv. 5975 « Lare Farnèse » · Genius (Genius Populi Romani ?) · Marbre · IIe s. ap. J.-C. · MANN Naples, inv. 5975 · Wikimedia Commons Cette statue colossale en marbre, haute d’environ quatre mètres, appartint à la collection Farnèse avant d’entrer au Musée archéologique national de Naples. On l’appelle traditionnellement « Lare Farnèse », mais on y reconnaît aujourd’hui un genius, le plus souvent le Genius Populi Romani. La figure porte une tunique et une toge roulée autour de la taille, tient une patère de la main droite et est chaussée de sandales du type des portraits impériaux en tenue militaire. Ce sont ces détails qui la font identifier à un genius plutôt qu’à un Lare. Ses dimensions supposent qu’elle ornait un grand édifice public. La main gauche, qui tient aujourd’hui des rameaux feuillus, est une restauration du sculpteur Carlo Albacini (fin du XVIIIe siècle). On y restitue volontiers une corne d’abondance, attribut habituel du Génie sur les monnaies, mais cela reste une hypothèse. R2 Statuette d’un genius — Trésor de Mâcon Vers 150–220 ap. J.-C. · Argent · British Museum Statuette d’un genius protecteur · Trésor de Mâcon · Vers 150–220 ap. J.-C. · British Museum · Wikimedia Commons Le trésor de Mâcon fut découvert en 1764. Les premiers témoignages parlent de milliers de monnaies d’or et d’argent, de bijoux, de plats et de nombreuses figurines ; l’essentiel fut dispersé aussitôt. Les monnaies les plus récentes, de Gallien, placent son enfouissement dans la seconde moitié du IIIe siècle. Il n’en subsiste que huit statuettes d’argent et un plat, conservés au British Museum. Parmi elles figurent des genii, dont l’un tient la patère et la corne d’abondance, le couple d’attributs que l’on retrouve sur les monnaies impériales du Génie. Ces figurines illustrent la diffusion provinciale du genius. Génies de la famille, de l’empereur, des corporations, des lieux ou des cités : le culte s’est répandu dans tout l’Empire sous des formes très voisines, avec la patère du sacrifiant et la corne d’abondance de la prospérité. ✦ Le concept de Genius — Du foyer à l’État 01 Du genius individuel au Genius Populi Romani Religion romaine · IIIe s. av. J.-C. → Empire 👤Genius individuelChaque Romain a son genius, esprit divin de sa vie et de sa capacité à engendrer. On le fête à l’anniversaire, avec vin, fleurs et encens. 🏛️G · P · RGenius Populi Romani : le génie du peuple romain dans son ensemble, honoré par l’État dès 218 av. J.-C. 🌾Corne d’abondanceAttribut du Génie sur les deniers de 100 et 74 av. J.-C., puis sur les monnaies impériales : la prospérité du peuple romain. 🏺La patèreCoupe à libations : le Génie représenté en sacrifiant, figure de la piété qui assure la faveur des dieux. La spécificité du genius romain tient à sa dimension vitale et génésique : il est la force par laquelle la vie se transmet. Le genius n’est pas réservé aux personnes ; une famille, un lieu, une corporation, une cité ont le leur. Le Genius Populi Romani en est l’extension à l’échelle du peuple : une puissance collective qui dépasse les individus et dont dépend la prospérité de l’État. 02 République & Empire — Le genius comme outil politique Ier s. av. J.-C. → Empire Au début du Ier siècle av. J.-C., le Génie entre dans l’iconographie monétaire, et presque toujours par la même famille : trois émissions de Cornelii Lentuli le représentent entre 100 et 74 av. J.-C. (séries 03 à 05). Sur le denier de Cn. Lentulus, frappé pendant la guerre contre Sertorius, il est associé au globe, au sceptre et au gouvernail, et la légende EX S·C rappelle que la frappe est autorisée par le Sénat. Sous l’Empire, le Genius de l’empereur prend une place croissante. À partir d’Auguste, son Genius est honoré avec les Lares Augusti dans les sanctuaires de carrefour de Rome, et l’on finit par jurer par le Genius du prince. Le Genius Populi Romani ne disparaît pas pour autant : il reste un type monétaire courant, jusqu’aux folles de la Tétrarchie au revers GENIO POPVLI ROMANI. ✦ Représentation numismatique ⭐ G·P·R — Un denier de questeur pour la guerre de Sertorius Crawford date ce denier de 76–75 av. J.-C. et le rattache à un atelier itinérant en Hispanie, où Pompée combat Quintus Sertorius. La mention EX S·C (ex senatus consulto) indique une frappe extraordinaire autorisée par le Sénat. Le type existe en deux variantes de revers : CN · LEN · Q (Cn.
Apollon Vejovis

Apollon Véjovis Le Dieu aux Deux Visages de la Rome Antique · Iconographie numismatique républicaine NatureDieu romain archaïque OrigineLatine · Sabine AttributsFlèches · Foudre · Chèvre Monnaies6 types RRC · 7 fiches Période112–84 av. J.-C. Le nom d’Apollon évoque l’éclat de Delphes, la lyre et la lumière. La religion romaine connaît pourtant une figure bien plus énigmatique, que les numismates appellent Apollon Véjovis : Veiovis ou Vediovis, un très vieux dieu de Rome, jeune, armé de traits, honoré au Capitole et dans l’île Tibérine, que les Anciens eux-mêmes peinaient à définir. Aulu-Gelle voit dans son nom un « Jupiter qui ne secourt pas », le préfixe ve- niant la bienveillance de Jupiter ; Ovide y lit au contraire un « petit Jupiter », un Jupiter jeune. Entre ces deux lectures se dessine la dualité qui fait tout l’intérêt de ce dieu, et que les monnayeurs de la fin de la République ont mise en images entre 112 et 84 av. J.-C. Véjovis (« Giove ») · Bronze romain, vers le Ier s. apr. J.-C. · Museo archeologico nazionale, Viterbe · Photo Sailko, CC BY 3.0 « La statue du dieu Véjovis tient des flèches, manifestement destinées à nuire ; c’est pourquoi beaucoup ont dit que ce dieu était Apollon. On lui immole une chèvre ritu humano, et la figure de cet animal se dresse à côté de la statue. » — Aulu-Gelle, Nuits attiques, V, 12, 11-12 ✦ Les racines obscures de Véjovis 01 Véjovis — le Jupiter qui ne secourt pas Rome archaïque Véjovis appartient au plus vieux fonds de la religion romaine. Varron le range parmi les divinités auxquelles le roi sabin Titus Tatius aurait voué des autels, ce qui lui prête une origine sabine ; les Modernes l’ont parfois rapproché d’un dieu étrusque, sans que ce lien soit assuré. Son nom a fait l’objet de deux interprétations antiques. Pour Aulu-Gelle, ve- a valeur privative : Iovis venant de iuvare, « aider », Vediovis serait le dieu dont on n’attend pas de secours, que l’on honore pour écarter sa malveillance plutôt que pour solliciter sa faveur. Pour Ovide, ve- marque au contraire la petitesse : Véjovis est un Jupiter enfant ou adolescent. Aulu-Gelle décrit sa statue cultuelle : un jeune dieu tenant des flèches, ce qui a fait dire à beaucoup qu’il s’agissait d’Apollon. On lui sacrifiait une chèvre ritu humano — formule obscure, comprise tantôt comme « à la manière d’un sacrifice humain », tantôt comme un rite funéraire — et l’image de l’animal se dressait près de la statue. Ovide ajoute que cette chèvre rappelait celle qui avait nourri Jupiter enfant en Crète, la future Amalthée. 🏹Les flèchesAttribut de la statue cultuelle selon Aulu-Gelle, « destinées à nuire » — d’où l’identification à Apollon. ⚡Le foudreAbsent de sa statue selon Ovide (« il ne tient aucun foudre »), il est pourtant présent sur toutes ses monnaies républicaines. 🐐La chèvreVictime sacrificielle et image placée près de la statue ; Ovide la rattache à la chèvre nourricière de Jupiter enfant. 🌑Les EnfersUne formule de devotio transmise par Macrobe l’invoque aux côtés de Dis Pater et des Mânes. ✦ L’assimilation à Apollon 02 Un dieu jeune, entre Jupiter et Apollon République romaine La jeunesse du dieu et ses flèches ont favorisé son rapprochement avec Apollon, archer et dieu qui envoie aussi bien la maladie que la guérison. Ovide, de son côté, insiste sur l’autre versant : Iuppiter est iuvenis, « c’est Jupiter jeune » — un Jupiter qui, ajoute-t-il, ne tient encore aucun foudre. Le dieu se trouve ainsi au croisement des deux grandes figures du panthéon, ce que traduit l’appellation moderne d’« Apollon Véjovis ». Sa part sombre est attestée par une formule de devotio conservée par Macrobe, où le général voue l’ennemi à « Dis Pater, Véjovis, les Mânes » : Véjovis y figure parmi les puissances infernales. Statue colossale de Véjovis, trouvée dans la cella de son temple · Musei Capitolini, MC 2446 · CC BY-SA 3.0 Vestiges du temple de Véjovis sous le Palais sénatorial · Capitole, Rome · Wikimedia Commons 🏛️ Le temple « entre les deux bois » Le temple capitolin de Véjovis s’élevait inter duos lucos, entre l’Arx et le Capitolium, à l’emplacement de l’Asylum légendaire de Romulus. Dédié en 192 av. J.-C., reconstruit à l’époque de Sylla puis restauré sous les Flaviens, il présente une cella transversale, plus large que profonde, adaptée à l’étroitesse du site. Ses vestiges, dégagés à la fin des années 1930 sous le Palais sénatorial, sont visibles dans le parcours du Tabularium, avec la statue colossale découverte dans la cella. Ovide place l’anniversaire de ce temple aux Nones de mars ; un second sanctuaire, dans l’île Tibérine, était fêté le 1er janvier. ✦ Représentations numismatiques 🏛️ Deux images monétaires du dieu Les deniers républicains montrent Véjovis sous deux formes. La première, inaugurée par L. Caesius vers 112–111 av. J.-C. et reprise par C. Licinius Macer en 84, est un buste vu de dos, tête à gauche, brandissant le foudre — l’image même du dieu qui frappe. La seconde, une tête juvénile à droite au-dessus d’un foudre — couronnée de chêne en 86, de laurier en 85 —, apparaît dans le groupe de 86–85 av. J.-C. (Gargilius, Ogulnius et Vergilius, émission anonyme, Mn. Fonteius). Babelon identifiait déjà ces deux portraits à Apollon Véjovis. 03 Denier Caesia · Lucius Caesius 112–111 av. J.-C. · Rome ⚡ Buste vu de dos brandissant le foudre · Lares Praestites au revers RRC 298/1 · ↗ Fiche 1112CA Unique émission de la gens Caesia, ce denier associe au droit le dieu brandissant son foudre et, au revers, les deux Lares Praestites, protecteurs de la cité, avec leur chien et la tête de Vulcain. Babelon y voyait un personnage « qui décoche un triple trait », et le rapprochait des deniers de Mn. Fonteius et de C. Licinius Macer. 🏛 Légendes & description Avers Monogramme (ROMA) Buste d’Apollon Véjovis vu de dos, tête à gauche, brandissant un foudre de la main droite, le
Nerio

Nerio Parèdre de Mars · Vaillance et force guerrière · Mot sabin · Divinité romaine archaïque OrigineSabine · italique archaïque Étymologie*h₂ner- · homme · vigueur RôlePuissance de Mars · puis son épouse Source principaleAulu-Gelle · Nuits attiques XIII, 23 MonnaieRRC 232/1 · identification discutée Nerio est l’une des divinités les plus discrètes du panthéon romain, connue par une poignée de textes seulement — et pourtant l’une des plus révélatrices de la strate la plus ancienne de la religion romaine. Aulu-Gelle rapporte que son nom est un mot sabin signifiant la vaillance et le courage ; il se rattache à la racine indo-européenne *h₂ner-, « homme » au sens de l’homme fort, du guerrier, que l’on retrouve dans le grec anḗr et le sanskrit nár-. Dans les prières pontificales archaïques, elle est invoquée comme Nerio Martis : la « Nerio de Mars », c’est-à-dire la vigueur et la puissance agissante du dieu de la guerre. À l’origine abstraction plus que personnage, Nerio est devenue, dans la littérature de la République, l’épouse de Mars — chez Plaute comme chez l’annaliste Cnæus Gellius, qui lui prête une prière dans la bouche d’Hersilie au lendemain de l’enlèvement des Sabines. C’est ce même Gellius qui, monétaire en 138 av. J.-C., frappa le denier RRC 232/1 : la tradition numismatique (Babelon, Sydenham) y a reconnu Mars et Nerio dans un quadrige, lecture aujourd’hui contestée par Crawford, qui voit dans le second personnage un captif. La question est examinée plus bas. « Nerio Martis désigne donc la force, la puissance et une certaine majesté propre à Mars. » Nerio igitur Martis vis et potentia et maiestas quaedam esse Martis demonstratur. — Aulu-Gelle, Nuits attiques, XIII, 23, 10 · trad. LesDioscures ✦ Le monde de Mars — représentations remarquables R1 Mars de Todi — Bronze votif, fin Ve – début IVe s. av. J.-C. Bronze · Todi (Ombrie) · Musée Grégorien Étrusque, Musées du Vatican Mars de Todi · Bronze · fin Ve – début IVe s. av. J.-C. · Musée Grégorien Étrusque, Vatican · Wikimedia Commons Cette statue de bronze de taille presque humaine fut découverte en 1835 près de Todi (l’antique Tuder), sur les pentes du Montesanto, enfouie sous des dalles de travertin — peut-être à la suite d’un foudroiement, les objets frappés par la foudre devant être ensevelis rituellement. Elle représente un guerrier cuirassé qui s’apprêtait à faire une libation, dans un style marqué par la sculpture grecque classique. Sur le bas de la cuirasse, une dédicace en langue ombrienne gravée en caractères étrusques — ahal trutitis dunum dede, « Ahal Trutitis a donné (ceci) en offrande » — en fait l’ex-voto d’un notable ombrien. Le bronze de Todi ne représente pas Nerio, et l’identification même du guerrier avec Mars n’est qu’une convention. Mais il donne à voir l’idéal guerrier de l’Italie centrale préromaine, dans un monde ombro-sabin voisin où les langues sabelliques gardaient vivante la racine ner- : les Tables Eugubines appellent nerf les hommes de premier rang de la communauté, ceux qui portaient les armes. R2 Arès Borghèse — Marbre romain d’époque impériale Ier–IIe s. ap. J.-C. · Marbre · Musée du Louvre, Paris (Ma 866) Arès Borghèse · Marbre · Ier–IIe s. ap. J.-C. · Musée du Louvre (Ma 866) · Wikimedia Commons L’Arès Borghèse est une statue de marbre romaine d’époque impériale, longtemps considérée comme la copie d’un bronze attribué à Alcamène, élève de Phidias, vers 420 av. J.-C. ; certains y voient plutôt une création classicisante romaine, et l’identification même avec Arès reste discutée. Le dieu, casqué et presque nu, unit puissance et retenue. Issue de la collection Borghèse, l’œuvre fut achetée par Napoléon en 1807. C’est le Mars hellénisé, assimilé à Arès, qui finit par éclipser le Mars italique dont Nerio exprimait la vigueur. Avec Arès vint son couple mythologique avec Aphrodite : dans l’imaginaire romain, Vénus prit progressivement la place de compagne du dieu que Nerio avait occupée dans le rituel et la tradition annalistique. ✦ Nature, culte & sources 01 Nerio Martis — La puissance agissante de Mars Prières pontificales · Plaute · Varron · Suétone 📜Prière pontificaleAulu-Gelle (XIII, 23, 2) cite une liste archaïque d’invocations associant à chaque dieu une puissance : Lua de Saturne, Salacia de Neptune, Hora de Quirinus, Moles et Nerio de Mars. 🗣️Un mot sabinPour Aulu-Gelle, Nerio est un terme sabin désignant la vaillance. Suétone (Tibère, 1, 2) explique de même le surnom Nero des Claudii : « fort et énergique » en langue sabine. 🌿Racine *h₂ner-L’homme fort, le guerrier : grec anḗr, sanskrit nár-, ombrien nerf. Nerio est d’abord une qualité de Mars avant d’être une figure divine. 💍Épouse de MarsChez Plaute (Truculentus, 515), un soldat salue en Mars le mari de Nerio : la puissance abstraite est devenue une épouse divine. Le dossier antique tient presque entier dans un chapitre d’Aulu-Gelle (Nuits attiques, XIII, 23). L’érudit y part d’une formule rituelle conservée dans les livres des prêtres, qui énumère des entités féminines rattachées chacune à un dieu : Moles Martis et Nerio Martis y sont la « masse » et la « vigueur » de Mars. Pour Aulu-Gelle, ce sont des aspects de la puissance divine, non des épouses — même si Plaute, Cnæus Gellius et, plus tard, Varron dans une satire Ménippée (cité au même chapitre) en ont fait une conjointe du dieu. D’autres traces sont tardives et ténues : Jean le Lydien (Des mois, IV, 42) rapproche la Nerine sabine d’Athéna, ce qui rejoint le récit d’Ovide (Fastes, III, 675-696) où Mars, épris de Minerve, se voit duper par la vieille Anna Perenna. Les modernes y ont souvent vu l’écho d’un ancien couple Mars–Nerio, Nerio ayant été identifiée à Minerve. Aucun temple propre à Nerio n’est connu, et rien n’atteste un rôle particulier dans les fêtes de Mars en mars (danses des Saliens, Tubilustrium, Quinquatrus) — l’affirmation contraire, présente dans de nombreuses synthèses, ne repose sur aucune source. 02 Neria et Hersilie — Le fragment de Cnæus Gellius Annalistique · IIe s. av. J.-C. · Aulu-Gelle, XIII,
Janus

Janus Dieu des seuils & des commencements · Ianus Bifrons · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité romaine · Sans équivalent grec AttributsDeux visages · Clé · Bâton DomaineSeuils · Transitions · Temps SanctuaireIanus Geminus · Forum MonnaiesAs · Denier RRC 281/1 Janus est l’une des divinités les plus originales du panthéon romain — et l’une des rares sans équivalent grec. Les Anciens rattachaient son nom au verbe ire (aller) ; il est en tout cas inséparable de ianua (la porte) et de ianus (le passage voûté). Il est le gardien de tous les passages : portes et arches, mais aussi commencements de l’année, de la journée, de toute entreprise. Représenté avec deux visages regardant en sens opposés, il incarne le moment du seuil — l’instant où l’on passe de ce qui fut à ce qui sera. Sa place dans le rituel romain était singulière : Janus était invoqué en premier, avant même Jupiter, car il ouvrait l’accès aux autres dieux. Le mois de janvier (Ianuarius) porte son nom. En numismatique, sa tête bifrons est d’abord le type d’avers de l’as de bronze, du IIIe au Ier siècle av. J.-C. ; sur le denier d’argent, elle reste exceptionnelle — d’où l’intérêt du denier de M. Furius Philus (RRC 281/1). « Tout ce que tu vois, le ciel, la mer, les nuages, les terres, tout cela, c’est ma main qui le ferme et qui l’ouvre. À moi seul est confiée la garde du vaste monde, et à moi seul revient le droit d’en faire tourner les gonds. » — Ovide, Fastes, I, 117–120 (Janus parle) ✦ Représentations remarquables R1Janus Bifrons — Buste romain, Musées du VaticanArt romain · Musées du Vatican, Rome Janus Bifrons · Buste romain · Musées du Vatican, Rome Ce buste des Musées du Vatican est l’une des représentations sculptées les plus connues de Janus : deux visages barbus, dos à dos, forment une tête unique qui regarde dans deux directions opposées. Ce n’est pas un artifice décoratif mais la traduction plastique de la nature du dieu : celui qui voit à la fois où l’on va et d’où l’on vient. Le schéma bifrons ne varie guère au fil des siècles. Sur les monnaies républicaines, il s’impose dès l’aes grave du IIIe siècle av. J.-C. comme avers de l’as, et le reste jusqu’aux dernières émissions de bronze de la République. R2L’Arco di Giano — Le seuil de pierreIVe siècle ap. J.-C. · Forum Boarium, Rome Arco di Giano · Forum Boarium, Rome · IVe siècle ap. J.-C. L’Arco di Giano, au Forum Boarium (l’ancien marché aux bœufs), est le seul arc antique quadrifrons — à quatre faces — conservé à Rome. Malgré son nom moderne, il n’était pas un sanctuaire du dieu : son appellation vient du type de construction lui-même. Un ianus, pour les Romains, désignait un passage voûté isolé, franchissable de part en part. Le monument montre à quel point le nom de Janus est lié à l’architecture du passage : ianua (la porte) et ianus (l’arche) appartiennent au même champ, celui du seuil comme lieu chargé de sens religieux. Le buste du Vatican figure le dieu ; l’arc du Forum Boarium en inscrit le nom dans la pierre de la ville. ✦ Attributs & symbolisme 01Les emblèmes de Janus — La dualité comme essenceReligion romaine · République & Empire 🚪Les deux visagesEntrée et sortie, avant et après. La dualité n’est pas une contradiction mais la nature même du seuil, qui a toujours deux côtés. 🗝️La cléInstrument de l’ouverture et de la fermeture. Ovide le montre tenant la clé de la main gauche (Fastes, I, 99). 🦯Le bâtonTenu de la main droite (baculum), il est l’attribut du gardien des portes et des chemins. 📅JanvierIanuarius porte son nom : premier mois de l’année, seuil du cycle annuel. La particularité de Janus dans le culte romain est d’être nommé en premier dans les prières et les sacrifices, avant Jupiter lui-même. Cicéron explique cette primauté par sa fonction : les commencements lui appartiennent, et il faut passer par lui pour atteindre les autres dieux (De natura deorum, II, 67). Janus n’avait pas de flamine propre ; c’est le rex sacrorum qui accomplissait ses rites. 02Le Ianus Geminus — Les portes de la guerre et de la paixForum Romain · République & Empire Le Ianus Geminus — le « Janus jumeau » — était un petit sanctuaire du Forum, ouvert par deux portes opposées. Ces portes restaient ouvertes en temps de guerre et étaient fermées lorsque Rome était en paix sur terre et sur mer. Leur fermeture, rarissime, constituait un événement politique majeur. Selon Tite-Live, elles ne furent fermées que deux fois avant Auguste : sous le roi Numa, puis en 235 av. J.-C., sous le consulat de T. Manlius Torquatus, au lendemain de la première guerre punique. Auguste revendique de les avoir fermées trois fois pendant son principat (Res Gestae, 13) — un geste au cœur de la propagande de la paix augustéenne. Janus et Bellone · Johann Wilhelm Beyer, 1773–1780 · Jardins de Schönbrunn, Vienne · Wikimedia Commons Le XVIIIe siècle a retenu ce couple guerre/paix : dans les jardins de Schönbrunn, Johann Wilhelm Beyer associe Janus à Bellone, déesse de la guerre — le dieu qui ouvre et ferme les conflits face à celle qui les incarne. ✦ Représentation numismatique ⭐ De l’as au denier — Janus sur les monnaies de la République La tête bifrons de Janus est le type d’avers de l’as, unité du bronze romain, depuis l’aes grave coulé du IIIe siècle av. J.-C. jusqu’aux dernières émissions républicaines, associée au revers à une proue de navire. À la fin de la République, les as frappés pour les fils de Pompée en Espagne et en Sicile lui donnent même parfois les traits de Pompée le Grand. Sur le denier d’argent, le type est au contraire exceptionnel : en 119 av. J.-C., M. Furius Philus transpose sur le métal précieux l’image familière de l’as. Son denier compte parmi les plus abondants de la période. Aes
Lares

Lares Divinités protectrices du foyer et de la cité · Lares familiares · Lares praestites · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinités protectrices romaines DomaineFoyer · Carrefours · Routes · Cité CulteLararium · Compitalia Filiation légendaireLara & Mercure MonnaieRRC 298/1 Les Lares occupent une place unique dans la religion romaine : ce ne sont pas des dieux olympiens lointains, mais des présences divines immédiates, attachées à des lieux précis — la maison, les champs, les carrefours, les routes, la cité. Leur culte est le plus intime et le plus quotidien de toute la religion romaine. Devant le lararium, la famille leur offrait couronnes, vin, encens et une part des repas ; esclaves, affranchis et hommes libres de la maisonnée participaient à ce culte qui exprimait l’unité de la domus. Représentés en jeunes gens dansants, vêtus d’une tunique courte serrée à la taille, tenant une corne à boire (rhyton) et une coupe à libation (patère) ou un seau (situla), les Lares incarnent la pietas romaine dans sa forme la plus concrète : le respect des ancêtres, la continuité de la famille, la protection du lieu habité. Des statuettes de bronze aux fresques des lararia pompéiens, leur omniprésence témoigne de leur place dans la vie des Romains de toutes conditions. Sed patrii servate Lares : aluistis et idem, / cursarem vestros cum tener ante pedes. / Neu pudeat prisco vos esse e stipite factos : / sic veteris sedes incoluistis avi. « Mais vous, Lares de mes pères, protégez-moi : c’est vous aussi qui m’avez nourri, quand, tout petit, je courais devant vos pieds. N’ayez pas honte d’être taillés dans un vieux tronc : c’est ainsi que vous avez habité la demeure de mon antique aïeul. » — Tibulle, Élégies, I, 10, 15–18 · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1 Lare de bronze de Lora del Río — Museo Arqueológico Nacional, Madrid Ier siècle ap. J.-C. · MAN, inv. 2943 Lare en bronze · Lora del Río (Séville) · Ier siècle ap. J.-C. · H. 22,5 cm · Museo Arqueológico Nacional, Madrid, inv. 2943 · Photo Luis García (Zaqarbal), Wikimedia Commons Cette statuette de bronze découverte à Lora del Río, l’antique Axati de Bétique, illustre l’iconographie des Lares de l’époque impériale : un jeune homme en tunique courte ceinturée, la jambe légèrement avancée dans une attitude de marche ou de danse. Il tient une patère, coupe plate de la libation, et une corne d’abondance, promesse de prospérité pour la maison qu’il protège. De telles statuettes se plaçaient dans le lararium — niche murale, petit édicule ou armoire sacrée — et recevaient les offrandes de la famille. Leur format modeste (une vingtaine de centimètres ici) dit leur fonction : ce ne sont pas des dieux de sanctuaire ou de forum, mais des protecteurs du seuil et du foyer, présences familières au cœur de la vie privée. R2 Fresque des Lares et des serpents — Pompéi, Musée archéologique de Naples Ier siècle ap. J.-C. · Pompéi VII, 6, 3 · MANN, inv. 8905 Lares, scène de sacrifice et couple de serpents · Pompéi, VII, 6, 3 · Musée archéologique national de Naples, inv. 8905 Cette peinture de laraire, détachée d’une maison de Pompéi, réunit tous les éléments du culte domestique. Les deux Lares, symétriques, dansent en tunique courte et versent le vin d’un rhyton levé dans une situla. Au centre se déroule une scène de sacrifice conduite par un officiant voilé, que l’on identifie d’ordinaire au Genius du maître de maison, l’esprit protecteur du pater familias. En bas, un couple de serpents s’avance vers un autel chargé d’offrandes. Le serpent, loin d’être maléfique dans ce contexte, est un gardien bienveillant du lieu et de sa fécondité — on le rapproche de l’agathodaimon grec. Les Lares n’agissent donc jamais seuls : ils s’inscrivent dans un ensemble de puissances protectrices — Genius, serpents, Pénates — qui veillent ensemble sur la maison. R3 Le laraire de la maison des Vettii — Pompéi Vers 62–79 ap. J.-C. · Pompéi VI, 15, 1 · in situ Laraire de la maison des Vettii · Pompéi · Photo Patricio Lorente, Wikimedia Commons · CC BY-SA 2.5 C’est le laraire le plus célèbre de Pompéi, resté en place dans l’atrium de service de la maison des Vettii. Un petit édicule à fronton, orné des instruments du sacrifice, encadre une peinture où le Genius, la toge ramenée sur la tête à la manière des sacrifiants, tient une patère et une boîte à encens, entre deux Lares dansant, rhyton levé. Au-dessous, un grand serpent crêté ondule vers les offrandes. Ici, le culte n’est plus seulement décrit par les textes : on voit l’endroit exact où la maisonnée se réunissait, devant une image qui mettait en scène le rite lui-même. R4 Le Lare dansant et le laraire d’Herculanum Ier siècle ap. J.-C. Lare dansant · Bronze · Metropolitan Museum of Art, New York · Domaine public Laraire de la maison du Squelette · Herculanum · Photo Mboesch, Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0 La statuette du Metropolitan Museum fixe le type du Lare dansant qui s’impose à partir d’Auguste : appui sur la pointe d’un pied, tunique gonflée par le mouvement, rhyton brandi d’une main et patère tenue de l’autre. Le Met rappelle qu’à partir de cette époque, chaque laraire domestique abritait deux Lares aux attributs identiques — le dédoublement que montre déjà, plus d’un siècle plus tôt, le denier de L. Caesius. À Herculanum, la maison du Squelette conserve un laraire en forme de petit temple, décoré de mosaïque : un sanctuaire en miniature, bâti dans la maison même, où les statuettes recevaient leur culte. ✦ Types de Lares & pratiques cultuelles 01 Les grands types de Lares Religion romaine · République & Empire 🏠Lares familiaresProtecteurs de la maison et de la famille, honorés dans le lararium par des couronnes, du vin, de l’encens et une part des repas. 🔀Lares compitalesDivinités des carrefours (compita), fêtées aux Compitalia. Leurs autels d’angle de rue étaient entretenus par les habitants du quartier (vicus). 🏛️Lares praestitesGardiens de
Amphinomos

Amphinomos Piété filiale · Catane · Iconographie numismatique républicaine NatureHéros légendaire OrigineGrecque · Catane (Sicile) AttributsParent porté sur les épaules Période108–107 · 42–40 av. J.-C. MonnaiesRRC 308/1 · RRC 511/3 Dans la mythologie sicilienne, Amphinomos et Anapias sont deux frères associés à la ville de Catane. Lors d’une éruption de l’Etna, ils sauvèrent leurs parents en les portant sur leurs épaules pour les mettre à l’abri des coulées de lave. Selon la tradition, les flammes s’écartèrent miraculeusement pour les laisser passer. Leur piété filiale fut célébrée dans tout le monde grec puis romain, et ils restèrent connus sous le nom de « frères pieux » (Pii fratres). Il ne faut pas les confondre avec leur homonyme de L’Odyssée : Amphinomos (Ἀμφίνομος), prince de Doulichion et fils de Nisos, l’un des prétendants de Pénélope. Le plus raisonnable d’entre eux, il tente de dissuader les autres de tuer Télémaque ; Ulysse, déguisé en mendiant, l’avertit même de quitter le palais. Mais Athéna le retient, et il périt de la lance de Télémaque lors du massacre des prétendants. Les deux personnages n’ont en commun que leur nom. « Ceux que l’on appelle, à Catane, les Pieux… » — d’après Pausanias, Description de la Grèce, X, 28, 4 ✦ Les frères catanéens 01 Amphinomos & Anapias — Les fils pieux de Catane Mythologie sicilienne Selon la tradition locale, lors d’une violente éruption de l’Etna, chacun des deux frères chargea l’un de ses parents sur ses épaules et l’emporta loin des coulées de lave. Leur geste, comparable à celui d’Énée sauvant son père Anchise lors de la chute de Troie, incarna pour les Romains le concept de pietas dans sa forme la plus pure : le devoir envers sa famille. Le récit, déjà cité en exemple à Athènes par l’orateur Lycurgue au IVe siècle av. J.-C., est repris par Strabon, Sénèque, Valère Maxime et Pausanias. Il était particulièrement vivace à Catane, où les frères étaient honorés comme des héros. Les Romains, sensibles à cette vertu cardinale, reprirent naturellement ce thème dans leur iconographie monétaire. Avant Rome, c’est Catane elle-même qui avait fait des frères son emblème : ses monnaies de bronze d’époque hellénistique associent une tête de Dionysos couronnée de lierre à l’avers et, au revers, les deux frères portant leurs parents sur les épaules. Des exemplaires de ce type ont même été retrouvés dans l’épave d’Anticythère. 🔥 L’éruption de l’Etna Cadre dramatique du mythe — les flammes qui s’écartent devant les frères pieux selon certaines versions. 🏛️ Pietas Vertu romaine fondamentale : le devoir envers les dieux, la patrie et la famille. Les deux frères en incarnent l’aspect familial. ⚓ Lien avec Énée Le geste d’Amphinomos fait écho à Énée portant Anchise hors de Troie — archétype romain de la piété filiale. 🌋 Catane Cité sicilienne au pied de l’Etna, patrie des frères, à laquelle la tradition rattache aussi la gens Herennia. ✦ Représentations numismatiques 🏛️ Première représentation républicaine des frères pieux RRC 308/1Rome · 108–107 av. J.-C. Le denier de Marcus Herennius est la première monnaie romaine à représenter l’un des frères de Catane. Le choix de ce type est traditionnellement lié aux origines catanéennes revendiquées par la gens Herennia, dont une branche commerçait entre la Sicile et l’Afrique. Marcus Herennius deviendra consul en 93 av. J.-C. Plus de soixante ans après ce denier, Sextus Pompée reprendra le motif pour proclamer sa propre pietas envers son père, Pompée le Grand. 02 Denier Herennia · Marcus Herennius 108–107 av. J.-C. · Rome 🏃 Amphinomos courant, portant son père sur les épaules 🏛 Légendes & description Avers PIETAS Tête diadémée de la Piété (Pietas) à droite. Revers M · HERENNI L’un des frères catanéens, nu, courant à droite, portant son père âgé sur ses épaules. Légende verticale derrière le personnage. La composition est saisissante : l’avers, avec la tête de Pietas, annonce directement le thème du revers. La vertu est personnifiée, puis illustrée par un acte concret — le fils sauvant son père. Il existe deux variantes : la lettre de contrôle se trouve soit sous le menton à l’avers (RRC 308/1a), soit dans le champ au revers (RRC 308/1b). Références : Crawford RRC 308/1a-b · Sydenham 567a · Babelon Herennia 1 · RCV 185 · ↗ Voir la fiche sur LesDioscures ✦ La gens Herennia & le monétaire 03 Marcus Herennius — Monétaire et consul 108–93 av. J.-C. La gens Herennia est une famille plébéienne d’origine samnite, établie en Campanie, dont certaines branches rayonnèrent vers la Sicile et l’Afrique. On connaît un Herennius sénateur de Nola, un Marcus Herennius décurion de Pompéi, et un Herennius banquier à Leptis, que mentionne Cicéron dans les Verrines. Le monétaire Marcus Herennius, qui frappa ce denier vers 108–107 av. J.-C., est vraisemblablement le même personnage que le consul de 93 av. J.-C. Pline l’Ancien date de ce consulat — celui de C. Valerius et M. Herennius — l’arrivée à Rome d’une quantité remarquable de silphium. En choisissant les frères pieux pour son type monétaire, il rendait hommage aux racines catanéennes de sa famille tout en célébrant la vertu de pietas. ✦ Postérité — Sextus Pompée ⚡ Les deux frères autour de Neptune RRC 511/3aSicile · 42–40 av. J.-C. Vers 42–40 av. J.-C., maître de la Sicile, Sextus Pompée reprend le motif en le dédoublant : au revers, Neptune, le pied sur une proue, se tient entre les deux frères, Amphinomos et Anapias, qui courent en sens opposés en portant chacun un parent. À l’avers figure le portrait de son père, Pompée le Grand, entre la cruche et le lituus. Le message est limpide : Sextus, qui s’est donné le surnom de Pius (MAG·PIVS·IMP·ITER), se présente comme le fils pieux qui venge la mémoire de son père, sous la protection de Neptune, maître des mers. Le choix d’un mythe sicilien sert aussi à ancrer son pouvoir dans l’île qu’il contrôle. ✦ Postérité artistique 05 De Catane antique au palais Farnèse Antiquité tardive – XVIIe siècle Le culte des frères pieux survécut longtemps à Catane. Une base de statue
Pénates

Pénates Dieux gardiens du foyer · Di Penates · Penus · Pénates publics · Lavinium & Troie · Iconographie numismatique NatureDieux domestiques · divinités du foyer Étymologiepenus · le garde-manger CultePrivé (familial) & public (Penates Publici) Origine légendaireTroie · Énée · Lavinium · Rome MonnaiesRRC 307/1a · RRC 312/1 · RRC 455/2 Les Pénates — Di Penates — sont parmi les divinités les plus anciennes et les plus intimement romaines. Leur nom se rattache au latin penus : la réserve de nourriture, la partie la plus intérieure de la demeure, là où sont gardées les provisions qui assurent la survie de la famille. Cicéron rapproche aussi leur nom de penitus, « au plus profond » : ce sont les dieux qui « résident à l’intérieur » (De natura deorum, II, 68). Gardiens de la prospérité quotidienne et de la continuité de la lignée, ils sont liés à la famille plus qu’au lieu : quand elle part, elle emporte ses Pénates. À côté de ces Pénates domestiques, l’État romain avait les siens, les Penates Publici, conservés dans le sanctuaire de Vesta et honorés dans un temple de la Vélia. La légende d’Énée — qui sauva les Pénates de Troie en flammes pour les établir à Lavinium — donna à ces dieux du foyer une dimension nationale : ce sont, pour les Romains, les dieux mêmes de leurs origines. Sur les deniers républicains, leurs têtes accolées, accompagnées des légendes P·P, D·P·P ou DEI PENATES, comptent parmi les types les plus chargés de sens du monnayage romain. « Troie te confie ses objets sacrés et ses Pénates : prends-les pour compagnons de ta destinée, cherche pour eux les grandes murailles que tu fonderas enfin, après avoir erré sur la mer. » Sacra suosque tibi commendat Troia penatis ; hos cape fatorum comites, his moenia quaere magna, pererrato statues quae denique ponto. — Virgile, Énéide, II, 293–295 — l’ombre d’Hector à Énée, la nuit de la chute de Troie (trad. LesDioscures) ✦ Représentations remarquables R1 Le laraire de la Maison des Vettii — Pompéi Ier s. ap. J.-C. · Peinture murale · Casa dei Vettii (VI, 15, 1), Pompéi Laraire de la Maison des Vettii · Pompéi · Genius entre deux Lares · Wikimedia Commons Cette peinture, l’une des plus célèbres du culte domestique romain, orne le lararium de la Maison des Vettii à Pompéi — la demeure de deux riches affranchis, Aulus Vettius Restitutus et Aulus Vettius Conviva. Au centre, le Genius du paterfamilias, en toge, la tête voilée comme un sacrifiant, tient une patère et un coffret à encens ; il est encadré de deux Lares dansants qui lèvent une corne à boire. En dessous, le serpent protecteur de la maison s’avance vers l’autel chargé d’offrandes. Les Pénates n’y sont pas figurés : le laraire montre l’ensemble des puissances du foyer dont ils faisaient partie. C’est dans ce cadre que se pratiquait leur culte quotidien — une part du repas jetée au feu, du vin, de l’encens — et que des statuettes de divinités choisies par la famille pouvaient être déposées. R2 Énée sacrifiant aux Pénates — Ara Pacis Augustae 13–9 av. J.-C. · Marbre · Rome, Museo dell’Ara Pacis Ara Pacis Augustae · façade ouest · Énée (ou Numa) sacrifiant · le petit temple des Pénates en haut à gauche · Wikimedia Commons Sur la façade de l’autel de la Paix d’Auguste, un homme barbu, la tête voilée, sacrifie devant un autel rustique ; deux jeunes assistants amènent une truie. En haut à gauche, sur un rocher, s’élève un petit temple où apparaissent deux divinités assises : les Pénates, exactement comme Denys d’Halicarnasse décrit leurs statues du sanctuaire de la Vélia — deux jeunes gens assis, tenant une lance (Antiquités romaines, I, 68). L’identification traditionnelle du sacrifiant avec Énée, arrivé dans le Latium et immolant la truie du prodige, est discutée : P. Rehak (2001) y a proposé Numa, le roi législateur des cultes. Dans un cas comme dans l’autre, le relief associe les Pénates aux origines sacrées de Rome — et à Auguste, devenu grand pontife en 12 av. J.-C., qui avait désormais la garde des objets sacrés du sanctuaire de Vesta. Voir aussi la page Énée. R3 Statuette de Pénate — Musée de Sainte-Ménehould Époque romaine · Bronze · Musée d’Art et d’Histoire de Sainte-Ménehould Statuette dite « Pénate » · Bronze · Époque romaine · Musée de Sainte-Ménehould · Wikimedia Commons Les Pénates n’avaient pas d’image propre : chaque famille les honorait sous la forme de petites statuettes de bronze ou de terre cuite, déposées au laraire, choisies parmi les dieux qu’elle vénérait. Comme le résume Georges Dumézil, le titre de Pénate n’était plus qu’une fonction ouverte aux candidats les plus divers, jusqu’aux plus grands dieux — Jupiter, Vénus, Fortuna. C’est pourquoi les musées désignent volontiers comme « Pénates » des statuettes domestiques de divinités variées. De telles figurines se retrouvent dans toutes les provinces, de la Gaule à l’Orient : partout où des Romains s’installaient, ils emportaient leurs Pénates — comme Énée l’avait fait de Troie. L’expression française regagner ses pénates, « rentrer chez soi », garde le souvenir de ces dieux du foyer. ✦ Nature, culte & origine troyenne 01 Les Pénates — Du garde-manger familial aux dieux de l’État romain Religion romaine archaïque · Pénates privés & publics · Vesta · Vélia 🏠 Gardiens du foyer Ils veillent sur les provisions (penus) et la continuité de la famille. Attachés à la famille plutôt qu’au lieu, ils la suivent quand elle change de demeure. 🔥 Culte au foyer Honorés au cœur de la maison, auprès de Vesta, des Lares et du Genius ; à chaque repas, une part de nourriture était jetée au feu pour eux. 🌟 Pénates & Dioscures Les Pénates publics, figurés en deux jeunes gens assis tenant une lance (Denys, I, 68), furent rapprochés des Dioscures — rapprochement repris sur les monnaies. ⛵ Pénates de Troie Selon la tradition, Énée les sauva de Troie et les établit à Lavinium ; Rome les
Vulcain

Vulcain · Dieu du Feu et de la Forge · Iconographie numismatique · LesDioscures Vulcain Dieu du Feu et de la Forge · Vulcanus · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité olympienne Équivalent grec Héphaïstos Attributs Marteau · Tenailles · Enclume Domaine Feu · Forge · Volcans Fête Volcanalia · 23 août Vulcain · Dieu du Feu et de la Forge · Iconographie numismatique romaine Vulcain (Vulcanus en latin) est le dieu romain du feu, des volcans, de la forge et le patron des forgerons. Équivalent du dieu grec Héphaïstos, il incarne à la fois le feu bienfaisant, source des industries humaines, et le feu destructeur qu’il peut maîtriser ou déchaîner — surnommé mitis (le doux) ou quietus (le tranquille) pour sa capacité à éteindre les incendies. Fils de Jupiter et de Junon, il est souvent décrit comme difforme et boiteux, rejeté à la naissance par sa mère ou précipité de l’Olympe par Jupiter, tombant sur l’île de Lemnos ou dans la mer, où il est recueilli par les nymphes Thétis et Eurynomé. Sa forge est située sous l’Etna ou dans les îles Éoliennes — notamment Vulcano, dont il a donné le nom au terme « volcan » —, où il fabrique armes, bijoux et foudres pour Jupiter, aidé des Cyclopes. Dans la numismatique républicaine, Vulcain est reconnaissable à ses attributs artisanaux : le marteau (malleus), les tenailles (forceps), l’enclume, et son costume d’ouvrier — l’exomide (tunique courte laissant l’épaule droite nue) et le pileus (bonnet conique). Figure complexe, à la fois créateur et destructeur, Vulcain est vénéré pour sa maîtrise du feu et craint pour sa puissance souterraine. « Là, sous l’Etna, les Cyclopes forgent dans leur antre une foudre pour le père des dieux — masse terrible dont ils ont déjà poli trois rayons de grêle aiguë, trois de nuée pluvieuse, trois de feu rouge et de vent ailé du sud. » — Virgile, Énéide, VIII, 424–427 — La forge de Vulcain sous l’Etna ✦ Représentations remarquables R1 Statuette de Vulcanus — Musée des Beaux-Arts de Lyon Ier siècle apr. J.-C. Statuette de Vulcanus · Bronze romain · Ier siècle apr. J.-C. · Musée des Beaux-Arts de Lyon, inv. A1981 · Domaine public Cette statuette en bronze illustre parfaitement l’iconographie canonique de Vulcain dans la plastique romaine : le dieu est représenté debout, vêtu de l’exomide, l’épaule droite nue, coiffé du pileus conique caractéristique des artisans et des travailleurs libres. La posture ramassée et la musculature prononcée traduisent l’effort du forgeron, tandis que la légère inflexion du corps rappelle la claudication légendaire du dieu. Ce type statuaire, répandu dans tout l’Empire du Ier au IIIe siècle, était probablement destiné à orner un laraire domestique ou un atelier artisanal. Il témoigne de la popularité du culte de Vulcain auprès des artisans et des travailleurs du métal, qui voyaient en lui leur protecteur naturel. R2 Denier Serratus Aurelia — Lucius Aurelius Cotta · RRC 314/1 105 av. J.-C. Denier Serratus Aurelia · Lucius Aurelius Cotta · RRC 314/1 · 105 av. J.-C. · Argent · Voir la fiche → Ce denier serratus frappé par Lucius Aurelius Cotta est l’une des rares émissions républicaines à représenter explicitement Vulcain. La dentelure du flan (serrata), caractéristique de certaines émissions de la fin du IIe siècle, donne son nom à la série. L’iconographie du revers met en scène le dieu forgeron dans son élément naturel, marteau en main, incarnant la puissance créatrice du feu au service de Rome. Le choix de Vulcain par la gens Aurelia n’est pas anodin : il s’inscrit dans une stratégie de légitimation familiale par la référence aux forces élémentaires de la nature et à la toute-puissance artisanale divine, dans une période de forte tension sociale précédant la guerre sociale. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Vulcain Monnaies · Sculptures · Reliefs Vulcain possède un répertoire d’attributs immédiatement lisible, hérité d’Héphaïstos mais adapté aux représentations du monde du travail romain. Ces symboles le distinguent nettement des autres divinités olympiennes et soulignent son caractère unique parmi les dieux — celui qui travaille de ses mains. 🔨 Marteau Malleus — outil principal du forgeron, symbole de la puissance créatrice et de la maîtrise du métal en fusion. 🔧 Tenailles Forceps — pour saisir le métal incandescent. Attribut quasi systématique dans la statuaire et les monnaies. ⚙️ Enclume Surface sur laquelle le métal est battu. Représentée sur certains reliefs aux côtés de Vulcain en plein labeur. 👕 Exomide Tunique courte d’ouvrier laissant l’épaule droite nue, insigne du travail manuel, qui distingue Vulcain de tous les autres dieux. 🎩 Pileus Bonnet conique des artisans et des affranchis. Emblème de son statut d’artisan divin, humble et puissant à la fois. 🌋 Volcan / Forge L’Etna ou les îles Éoliennes servent de forge cosmique. Vulcano lui doit son nom — et par extension, tous les volcans du monde. Sur les deniers républicains, Vulcain apparaît rarement en portrait — son iconographie s’exprime davantage par ses outils et ses œuvres : boucliers, armes, foudres. Sa présence numismatique, plus discrète que celle de Jupiter ou de Roma, n’en est que plus significative lorsqu’elle est convoquée. ✦ Mythes, culte et fêtes 02 Les grands mythes de Vulcain Tradition grecque et romaine Naissance et rejet : Né laid et difforme, Junon le précipite de l’Olympe par honte. Recueilli par Thétis et Eurynomé, il apprend la forge dans une grotte sous-marine et crée des bijoux d’une beauté prodigieuse. Une autre version attribue sa chute à Jupiter, furieux de son soutien à Junon lors d’une querelle divine — ce qui lui vaut sa claudication permanente. Vengeance contre Junon : Pour punir sa mère, Vulcain lui offre un trône d’or piégé qui l’immobilise. Il ne la libère qu’en échange de la main de Vénus, la déesse de la beauté — mariage paradoxal entre le dieu le plus laid et la déesse la plus belle de l’Olympe. Le piège contre Mars et Vénus : Trompé par Vénus avec Mars, Vulcain forge un filet métallique invisible et les capture en flagrant délit, exposant