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Némésis

Némésis Fille de Nyx · Déesse de la juste répartition · Nemein — distribuer · Gardienne contre l’Hubris · Iconographie numismatique FiliationFille de Nyx (la Nuit) NaturePuissance issue de la Nuit primordiale ÉtymologieNemein · répartir · distribuer AttributsCoudée · Bride · Roue · Griffon · Ailes MonnaieRRC 494/35 · Aureus de C. Vibius Varus Souvent réduite à la vengeance ou à l’adversaire désigné, Némésis est en réalité l’une des figures les plus riches et les plus nuancées de la pensée religieuse grecque. Fille de Nyx (la Nuit), elle appartient aux puissances nées avant les Olympiens. Elle n’est pas la colère — elle est la juste mesure. Son nom dérive du grec nemein, « répartir » : elle est celle qui distribue à chacun sa part et veille à ce qu’aucun mortel n’en accumule davantage. Son ennemi n’est pas le crime de sang — c’est l’Hubris : la démesure, l’orgueil qui oublie les limites de la condition mortelle. Là où les Érinyes poursuivent les parricides et les parjures, Némésis sanctionne l’excès de fortune, la vanité insultante, l’orgueil qui prétend égaler les dieux. Dans le monnayage républicain, sa représentation la plus remarquable est l’aureus RRC 494/35 frappé par C. Vibius Varus en 42 av. J.-C. : la déesse y apparaît ailée, écartant de la main le pli de sa robe sur sa poitrine — geste qui lui est propre. « Et Nyx la funeste enfanta aussi Némésis, fléau des hommes mortels. » Τίκτε δὲ καὶ Νέμεσιν, πῆμα θνητοῖσι βροτοῖσι, Νὺξ ὀλοή — Hésiode, Théogonie, 223–224 (trad. LesDioscures) ✦ Représentations remarquables R1 Statue de Némésis — Musée du Louvre (Ma 4873) Époque romaine impériale · Musée du Louvre, Paris Statue de Némésis · Marbre · Époque romaine · Musée du Louvre (Ma 4873) · Wikimedia Commons Cette statue votive du Louvre illustre le type romain de Némésis issu des modèles grecs : une femme debout, drapée, à l’attitude contenue. Loin de toute fureur guerrière, la déesse est figurée avec la retenue qui convient à une puissance régulatrice plutôt qu’à une divinité vengeresse. Le modèle grec le plus célèbre était la statue de culte du sanctuaire de Rhamnonte en Attique, vers 430–420 av. J.-C. Pausanias l’attribue à Phidias et rapporte qu’elle fut taillée dans un bloc de marbre de Paros apporté par les Perses pour ériger un trophée après leur victoire attendue à Marathon — victoire qui leur échappa (Pausanias, I, 33, 2–3). Pline l’Ancien la donne à son élève Agoracrite et rapporte que Varron la plaçait au-dessus de toutes les statues (Pline, HN XXXVI, 17). Selon Pausanias, la déesse portait une couronne ornée de cerfs et de petites Victoires, et tenait une branche de pommier et une phiale : non une arme, mais les instruments du culte. Un fragment de la tête est aujourd’hui conservé au British Museum. R2 Narcisse et Écho — Fresque romaine de Pompéi Ier s. ap. J.-C. · Pompéi Narcisse et Écho · Fresque romaine de Pompéi · Ier s. ap. J.-C. · Wikimedia Commons Cette fresque pompéienne illustre l’un des mythes où l’intervention de Némésis est la plus explicite : celui de Narcisse. Le jeune homme, d’une beauté exceptionnelle, repoussa avec dédain tous ceux qui l’aimaient, dont la nymphe Écho — que Junon avait déjà condamnée à ne répéter que les derniers mots de ses interlocuteurs. Consumée de chagrin, Écho se dissout jusqu’à n’être plus qu’une voix. Chez Ovide, c’est l’un des éconduits qui lève les mains au ciel et prie que Narcisse aime à son tour sans pouvoir posséder ce qu’il aime ; la déesse de Rhamnonte — Rhamnusia — entend cette juste prière (Métamorphoses, III, 404–406). Narcisse se penche alors sur une source limpide, s’éprend de son propre reflet et s’y consume. La sanction a la symétrie propre à Némésis : la beauté qui servait à mépriser devient l’instrument de la perte. La fresque saisit ce moment suspendu où Narcisse, penché sur l’eau, ignore encore le piège. R3 Albrecht Dürer — Némésis (« La Grande Fortune ») Burin · v. 1501–1502 · National Gallery of Art, Washington Albrecht Dürer · Némésis (La Grande Fortune) · Burin · v. 1501–1502 · NGA Washington (inv. 6603) · Domaine public Quinze siècles après l’aureus de Varus, Dürer redonne corps à la déesse. Ailée, debout sur un globe flottant au-dessus d’un paysage alpin, elle tient d’une main une bride et de l’autre une coupe précieuse : elle offre et elle retient, elle accorde la fortune et lui met un frein. Dürer lui-même désignait cette gravure comme sa « Némésis ». La Renaissance fusionne ici Némésis et Fortune, comme l’avait déjà fait l’Antiquité tardive avec la roue. Mais la bride, attribut grec de la déesse, rappelle sa fonction première : non pas distribuer au hasard, mais modérer. ✦ Nature, attributs & culte 01 Némésis — La déesse de la juste mesure Théogonie d’Hésiode · Culte de Rhamnonte · Iconographie gréco-romaine 📏La coudéeRègle de mesure (pêchys) que tient souvent Némésis à l’époque impériale : elle rappelle que chaque mortel a sa juste longueur et que nul ne doit la dépasser. 🐴La bride / le morsPour retenir l’Hubris — l’orgueil qui s’emballe. Némésis saisit la bride avant que la démesure ne précipite son cavalier dans la chute. ☸️La roueSymbole du retournement de fortune, partagé avec Fortuna — préfiguration de la Rota Fortunae médiévale. Qui est au sommet sera ramené vers le bas. 🦅Les ailesNémésis ailée, comme sur l’aureus RRC 494/35 : la promptitude de son intervention. Nul n’échappe au rééquilibrage qu’elle opère. 🦁Le griffonAnimal fréquemment associé à Némésis à l’époque romaine, notamment dans le culte des deux Némésis de Smyrne : gardien redoutable, il roule parfois la roue sous sa patte. 👗Le pli de la robeGeste d’écarter le vêtement sur la poitrine, lié au rite apotropaïque de cracher dans son sein pour détourner le châtiment de la présomption (Pline, HN XXVIII, 36). 🌙Fille de NyxIssue de la Nuit, elle précède les Olympiens. Son caractère abstrait la distingue des dieux passionnels : elle n’agit pas par colère, mais par nécessité. La distinction entre

Diane Nemorensis

Diane Nemorensis La Dame Noire du Lac de Nemi · Divinité latine archaïque · Iconographie numismatique · République romaine NatureDivinité · Diana Trivia OrigineLatine archaïque AttributsBosquet sacré · Torches · Arc CulteLac de Nemi · Aricie · Ligue latine MonnaiesRRC 486/1 · P. Accoleius Lariscolus Au cœur des monts Albains, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Rome, s’étend le lac de Nemi, que l’on surnomme le « Miroir de Diane » (Speculum Dianae). Sur sa rive nord, dans le bois sacré d’Aricie, était honorée Diane Nemorensis, la « Diane du bois » (nemus). Bien avant d’être assimilée à l’Artémis grecque, cette divinité latine régnait sur la forêt, la lumière nocturne et la naissance. Son sanctuaire n’était pas un simple lieu de dévotion : la dédicace du bois sacré, recopiée par Caton, fait de Nemi un sanctuaire commun des cités latines. Son culte comportait aussi une règle unique dans le monde romain — celle du Rex Nemorensis, prêtre qui ne succédait à son prédécesseur qu’en le tuant — rendue célèbre par Sir James Frazer dans Le Rameau d’or. J.M.W. Turner — Lake Nemi, vers 1827–1828 · Huile sur toile, étude inachevée · Tate, Londres (N03027) · Wikimedia Commons Regna tenent fortes manibus pedibusque fugaces, et perit exemplo postmodo quisque suo. « Là règnent ceux qui ont la main forte et le pied rapide, et chacun périt ensuite selon l’exemple qu’il a lui-même donné. » — Ovide, Fastes, III, 271-272 ✦ Le Sanctuaire de Nemi 01 Le Nemus Dianae — un sanctuaire des Latins VIe s. av. J.-C. – époque impériale Caton, cité par le grammairien Priscien, a conservé la dédicace du bois sacré : Lucum Dianium in nemore Aricino fut consacré par Egerius Baebius de Tusculum, « dictateur latin », au nom de plusieurs peuples — Tusculum, Aricie, Lanuvium, Laurentum, Cora, Tibur, Pometia et Ardée. Ce texte, que l’on date généralement de la fin du VIe siècle av. J.-C., fait du bois de Nemi un sanctuaire fédéral des cités latines, antérieur à l’hégémonie de Rome. La légende attribuait la fondation du culte à Oreste, qui aurait apporté en Italie la statue de la Diane taurique (Servius, Ad Aen., VI, 136). Le sanctuaire fut monumentalisé vers 300 av. J.-C. ; Vitruve range son temple parmi les édifices de type toscan (IV, 8, 4). Les ex-votos, dont aucun n’est antérieur au IVe siècle, montrent une déesse chasseresse, mais aussi protectrice des femmes, de la fécondité et des accouchements. Sa fête, les Nemoralia, tombait aux ides d’août (13 août) : Ovide décrit les femmes venues de Rome, couronnées, portant des torches allumées jusqu’au bois sacré (Fastes, III, 269-270). Le lieu attira aussi les grands de Rome. César y fit bâtir une villa, qu’il fit raser avant même de l’habiter parce qu’elle ne le satisfaisait pas (Suétone, César, 46). Caligula fit construire sur le lac deux immenses navires, retrouvés lors de l’assèchement partiel du lac (1928-1932) puis détruits par un incendie en 1944 ; leur fonction exacte — palais flottants ou usage cultuel — reste discutée. Le lac de Nemi (Lago di Nemi) · Monts Albains, Latium · Lac de cratère surnommé Speculum Dianae · Wikimedia Commons ✦ Le Rex Nemorensis 02 Le Roi du Bois — un sacerdoce de sang Rituel latin archaïque L’aspect le plus singulier du culte est la règle de succession de son prêtre, le Rex Nemorensis. Strabon (V, 3, 12), Ovide (Fastes, III, 271-272) et Servius (Ad Aen., VI, 136) en donnent l’essentiel : la charge revenait à un esclave fugitif qui avait tué le prêtre en titre. Selon Servius, le prétendant devait d’abord arracher un rameau à un arbre sacré du bois, que nul autre n’avait le droit de toucher ; il pouvait alors défier le prêtre en combat singulier. Vainqueur, il régnait à son tour — jusqu’à ce qu’un autre fugitif vienne le tuer. Strabon décrit ce prêtre toujours armé, guettant l’attaque. La coutume subsistait sous l’Empire : Suétone rapporte que Caligula, trouvant que le roi de Nemi détenait sa charge depuis trop longtemps, lui suscita un adversaire plus vigoureux (Caligula, 35). Frazer fit de ce rite le point de départ du Rameau d’or (1890), où il voyait l’image d’un roi sacré mis à mort pour que se renouvelle sa force ; cette théorie générale, très influente, est aujourd’hui largement abandonnée par les historiens des religions. ✦ Attributs iconographiques 03 Diana Trivia — la déesse à trois formes Monnaies · Textes Les poètes nomment volontiers Diane Trivia, « déesse des carrefours » (Virgile, Catulle), et Horace s’adresse à la gardienne des monts et des bois comme à la diva triformis, la « déesse aux trois formes » (Odes, III, 22). Le revers du denier de P. Accoleius Lariscolus donne une image concrète de cette triplicité : trois figures de face, reliées par une traverse sur laquelle se dressent des arbres. 🌙 Lune Diane est aussi la lumière de la nuit, assimilée à Séléné / Luna. Ses fidèles venaient la nuit, torches à la main. 🏹 Chasseresse Maîtresse des bêtes et des bois. Les ex-votos de Nemi la montrent en chasseresse, mais aussi en protectrice des naissances. 🔥 Hécate Déesse des carrefours, de la nuit et des enfers, porteuse de torches. Elle forme avec Diane et Séléné la triade reconnue au revers du denier. 🌿 Le rameau Le rameau que le prétendant devait arracher (Servius). Frazer le rapprocha du rameau d’or qu’Énée cueille pour descendre aux Enfers (Énéide, VI). 🌲 Les arbres Cinq arbres, généralement décrits comme des cyprès, se dressent sur la traverse du revers : l’évocation du bois sacré. 🌸 Pavot · Lys Sur le denier, la figure de gauche tient un pavot, celle de droite un lys ; la figure centrale pose les mains sur ses compagnes. L’idée d’une déesse aux trois aspects n’est pas propre au Latium : le monde grec connaissait déjà une Hécate triforme et des rapprochements entre Artémis, Séléné et Hécate. L’originalité de Nemi est d’avoir donné à cette triplicité la forme d’une statue de culte, dont le denier

Apollon Soranus

Apollon Soranus Le dieu solaire des sommets et des ombres · Mont Soracte · Iconographie numismatique républicaine NatureDivinité syncrétique OrigineFalisque · Sabine · Étrusque AttributsÉtoile · Loup · Feu MonnaiesRRC 474/1 à 474/3 · 3 types Période frappe45 av. J.-C. Dans le vaste panthéon de l’Antiquité, certaines divinités naissent de la rencontre entre deux mondes. Apollon Soranus est l’une de ces figures : un pont entre l’Apollon grec et les cultes de l’Italie pré-romaine. Vénéré au sommet du Mont Soracte — crête calcaire isolée de 691 m dominant la vallée du Tibre, à une quarantaine de kilomètres au nord de Rome — il réunit la lumière solaire et les puissances souterraines. Virgile en fait le gardien de la montagne (sancti custos Soractis Apollo), tandis qu’Horace ouvre l’une de ses Odes sur la silhouette enneigée du Soracte : « Vides ut alta stet nive candidum Soracte ». Vue lointaine du Mont Soracte près de Rome · George Loring Brown (1814–1889) · 1847 · Domaine public « Vois comme le Soracte se dresse, tout blanc d’une neige profonde. » — Horace, Odes, I, 9, 1-2 ✦ Origines : qui était Soranus ? 01 De Soranus à Apollon — une divinité syncrétique Italie pré-romaine RRC 474/3a · Apollon Soranus / Sibylle↗ Fiche Avant d’être assimilé à Apollon, Soranus était une divinité locale vénérée sur le Soracte, en territoire falisque, aux confins du pays sabin. Son nom est souvent rapproché de celui de Śuri, dieu étrusque aux fonctions à la fois oraculaires et infernales. Selon le commentateur Servius (IVe s.), Soranus était un dieu des enfers, identifié à Dis Pater. Il rapporte qu’un sacrifice offert sur la montagne fut interrompu par des loups qui emportèrent les entrailles des victimes ; les bergers qui les poursuivirent jusqu’à une grotte furent frappés par les vapeurs pestilentielles qui s’en échappaient. L’oracle prescrivit alors de « vivre comme des loups », d’où le nom de Hirpi Sorani. Sous l’influence grecque, les fonctions de purification et de prophétie de Soranus ont favorisé son assimilation à Apollon. 🌋Divinité chthonienneLe Soranus originel, dieu des profondeurs, que Servius identifie à Dis Pater. ☀️Syncrétisme avec ApollonPurification et prophétie rapprochent Soranus d’Apollon — fusion typique de la romanisation des cultes italiques. 🐺Le loupEn langue sabine, hirpus désigne le loup (Servius) — animal emblématique de la confrérie du Soracte. ⭐L’étoileSur les deniers d’Acisculus, une étoile surmonte la tête du dieu — généralement lue comme un signe de sa nature lumineuse. ✦ Les Hirpi Sorani — les loups de Soranus 02 La marche sur le feu — rite des Hirpi Sacrifice annuel au Mont Soracte Le culte d’Apollon Soranus est célèbre pour le rite des Hirpi Sorani — les « loups de Soranus ». Lors d’un sacrifice annuel offert à Apollon sur le Soracte, ces officiants marchaient pieds nus sur un bûcher consumé sans se brûler. Pline l’Ancien précise qu’il s’agissait de « quelques familles » du territoire falisque et que, pour ce prodige, un sénatus-consulte leur accordait à perpétuité l’exemption du service militaire et de toutes les autres charges. Strabon décrit une marche sur les braises comparable au pied du Soracte, mais il la rattache au bois sacré de la déesse Feronia. ⚡ Virgile — Énéide, XI, 785-788 Avant de lancer le trait qui tuera Camille, l’Étrusque Arruns invoque « Apollon, gardien du saint Soracte, toi que nous honorons les premiers », rappelant que ses fidèles, forts de leur piété, foulent les charbons ardents au milieu du feu. Au livre VII (v. 696), Virgile range déjà les « hauteurs du Soracte » parmi les terres des troupes de Messape. Servius, commentant ces vers, développe la légende des loups et le statut des Hirpi. ✦ Symbolisme : entre lumière et obscurité 03 Le sommet et l’abîme — une dualité Paganisme italique Apollon Soranus réside sur les hauteurs mais plonge ses racines dans les profondeurs. Il réunit deux visages : celui du dieu lumineux de la prophétie et celui d’une ancienne divinité infernale. Contrairement à l’Apollon classique de la lyre et des arts, la figure du Soracte met l’accent sur le feu purificateur et sur le monde sauvage des loups. Cette figure rappelle comment les dieux évoluent au gré des paysages et des peuples. Le Mont Soracte, montagne isolée visible depuis Rome, était lui-même une présence familière à l’horizon, entre ciel et terre — un motif que les peintres de la campagne romaine ont repris au XIXe siècle. Paysage près de Rome avec le Soracte · Ernst Fries (1801–1833) · Domaine public Monte Soracte · Oskar von Kukiel · Wikimedia Commons ✦ Représentation numismatique 🏛️ Les deniers de L. Valerius Acisculus — RRC 474/1 à 474/3 RRC 474/1 · British Museum R.9008↗ Fiche Apollon Soranus n’apparaît sur le monnayage républicain que chez un seul monétaire : L. Valerius Acisculus, en 45 av. J.-C. Sa tête, les cheveux ceints d’un bandeau, surmontée d’une étoile et accompagnée d’une petite pioche (acisculus, type parlant sur le cognomen), orne l’avers de trois types de deniers (RRC 474/1, 2 et 3). L’identification avec le dieu du Soracte est celle des catalogues modernes ; la légende de l’avers ne nomme que le monétaire. Selon Babelon, tous les types d’Acisculus renvoient aux origines légendaires de la gens Valeria et aux idées de force et de santé contenues dans le verbe valere — jusqu’au géant anguipède du denier RRC 474/4, que Babelon nomme Valens. 04 Denier Valeria · L. Valerius Acisculus 45 av. J.-C. · Rome ⭐ Apollon Soranus · Europe / Valeria Luperca sur le taureau RRC 474/1 · autre exemplaire↗ Fiche 🏛 Légendes & description Avers ACISCVLVS Tête d’Apollon Soranus à droite, les cheveux ceints d’un bandeau, surmontée d’une étoile ; derrière, une petite pioche (acisculus). Grènetis (474/1a) ou couronne de laurier (474/1b). Revers L · VALERIVS Europe (ou Valeria Luperca) assise à droite sur un taureau allant à droite, tenant au-dessus d’elle un voile gonflé par le vent. Crawford et le CRRO décrivent le revers comme Europe sur le taureau. Une autre lecture, proposée dès le XIXe siècle par le comte

Trinacrus

Trinacrus Fils de Neptune · Héros éponyme de la Sicile · La Trinacrie · Iconographie numismatique · République romaine NatureHéros éponyme légendaire OrigineGrecque · Sicile FiliationFils de Poséidon · Neptune AttributTriskèle MonnaieRRC 457/1 · 47 av. J.-C. Parmi les figures qui ont façonné l’imaginaire de la Méditerranée, certaines ne nous sont parvenues que par bribes. Trinacrus (en grec Trinakos ou Trinakros) est de celles-là. Fils de Poséidon — le Neptune des Romains —, il passait pour le plus ancien roi de la Sicile et pour le héros qui lui avait donné l’un de ses noms anciens. Sa légende, mal documentée par les textes, n’est guère connue que par des allusions tardives : c’est la monnaie qui lui a donné un visage. Son nom se confond avec celui de l’île. Les Grecs appelaient la Sicile Trinakria, « l’île aux trois promontoires » (treis, trois ; akrai, caps), en raison de sa forme triangulaire dessinée par le cap Pélore au nord-est, le cap Pachynum au sud-est et le cap Lilybée à l’ouest. Ce nom est sans doute une réinterprétation savante de la Thrinakiè d’Homère, l’île où paissaient les troupeaux du Soleil, identifiée plus tard à la Sicile. Le héros éponyme est ainsi né du nom de l’île plutôt que l’inverse — un procédé courant de la mythologie grecque. Fils du dieu des mers, Trinacrus ancre la Sicile dans le monde marin dont elle émerge, au carrefour des colonies grecques, de l’influence punique et de la domination romaine. Étudier sa figure, c’est observer comment la géographie, le mythe et la politique se rejoignent sur un petit denier d’argent frappé pour César. « L’île fut appelée anciennement Trinacrie, à cause de sa forme ; Sicanie, d’après les Sicanes qui l’habitèrent ; enfin Sicile, d’après les Sicules venus d’Italie. » — Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V, 2, 1 · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1 La Trinacria — Triskèle et gorgonéion, emblème de la Sicile VIIe s. av. J.-C. → drapeau régional Drapeau de la Région sicilienne · Triskèle à tête de Méduse ailée et épis · Domaine public Le triskèle — trois jambes repliées rayonnant autour d’un centre — est associé à la Sicile depuis l’époque archaïque : la plus ancienne attestation de l’île figure sur un dinos de la fin du VIIe siècle av. J.-C. découvert à Castellazzo di Palma, près d’Agrigente. Il devient un emblème monétaire à Syracuse, notamment sous Agathocle (317–289 av. J.-C.), où il signale la prétention du tyran à dominer l’île entière. La combinaison avec une tête de Méduse (gorgonéion) au centre et des épis de blé entre les jambes apparaît à l’époque hellénistique et passe ensuite dans le monnayage romain : on la retrouve en 49 av. J.-C. au droit du denier des consuls pompéiens Lentulus et Marcellus (RRC 445/1). Les épis rappellent la richesse céréalière d’une île qui fut le premier grenier à blé de Rome. Le symbole, repris par le mouvement de 1848, figure aujourd’hui sur le drapeau officiel de la Région sicilienne. Sur le denier RRC 457/1, Trinacrus tient ce triskèle dans la main droite : l’attribut identifie le héros comme l’île faite homme, et fait de la monnaie un véritable blason de la Sicile frappé dans l’argent. R2 La Sicile antique — Les trois promontoires de la Trinacrie Géographie antique Grande-Grèce et Sicile antique · Colonies grecques et dialectes · Domaine public La forme de l’île frappait les géographes anciens. Pline l’Ancien rappelle qu’on l’appelait Trinacria en raison de son aspect triangulaire et nomme ses trois caps : Pélore face à l’Italie, Pachynum face au Péloponnèse, Lilybée face à l’Afrique (Histoire naturelle, III, 86–87). Thucydide, de son côté, rapporte que l’île portait jadis le nom de Trinacrie avant de devenir la Sicanie, puis la Sicile (VI, 2, 2). Première province romaine (241 av. J.-C.), la Sicile fournissait à Rome une part essentielle de son blé et commandait les routes maritimes entre le bassin oriental et le bassin occidental de la Méditerranée, comme entre l’Italie et l’Afrique. C’est précisément de Lilybée, le cap tourné vers Carthage, que César appareilla à la fin de 47 av. J.-C. pour sa campagne d’Afrique — le contexte même du denier portant Trinacrus. R3 Le père — Poséidon, le dieu au trident Bronze grec · vers 460 av. J.-C. Bronze du cap Artémision · Zeus ou Poséidon · vers 460 av. J.-C. · Musée national archéologique d’Athènes · Wikimedia Commons La tradition sicilienne faisait de Poséidon le père de plusieurs figures fondatrices de l’île — Trinacrus, mais aussi Sikélos, éponyme des Sicules, ou le cyclope Polyphème, que l’Odyssée installe sur des rivages identifiés plus tard à la Sicile. Le dieu des mers était honoré à Syracuse, à Messine et sur le détroit, où la mer règne en maîtresse. Le revers du denier RRC 457/1 joue de cette filiation : Trinacrus y adopte la pose de son père, le pied posé sur une proue, attitude qui est celle de Neptune dans l’iconographie hellénistique et romaine. Quelques années plus tard, Sextus Pompée, maître de la Sicile et de la mer (42–36 av. J.-C.), reprendra exactement cette pose pour Neptune lui-même sur ses deniers (RRC 511/3), en se proclamant fils du dieu. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Trinacrus Revers du denier RRC 457/1 Sur l’unique monnaie qui le représente, Trinacrus est figuré avec un programme iconographique précis, qui condense en une seule silhouette les significations géographiques, mythologiques et politiques du monnayage. 🦵TriskèleLes trois jambes rayonnantes, emblème de la Sicile, tenues dans la main droite. C’est l’attribut qui permet d’identifier le héros comme l’incarnation de l’île. ⚓Proue de navireLe pied droit posé sur une proue évoque la flotte que César rassemble en Sicile pour gagner l’Afrique. 🏛Nudité héroïqueReprésenté nu, à la manière grecque, signe de sa nature de héros fils d’un dieu. Le buste penché vers l’avant, le coude appuyé sur le genou. 🧣ManteauUn manteau enroulé autour du bras gauche, accessoire habituel des héros et des dieux en nudité héroïque. 🔱Pose de NeptuneL’attitude du pied sur la proue est celle

Les Pénates

Les Pénates · Gardiens du foyer romain · LesDioscures Les Pénates Gardiens de l’intimité et souffle du foyer romain · Di Penates · Penates Publici · Iconographie numismatique Étymologie Penus — réserve de nourriture Domaine Famille · Provisions · Continuité Lieu de culte Lavinium · Temple de Vesta Légende DEI PENATES · D·P·P · P·P Monnaie RRC 455/2 · RRC 312/1 Dans la Rome antique, la religion ne s’arrêtait pas aux portes des grands temples de marbre — elle battait son plein au cœur même des maisons, là où le sacré se faisait intime. Parmi les figures les plus emblématiques de cette piété domestique, les Pénates (Di Penates) occupent une place singulière. Leur nom dérive du latin penus — la réserve de nourriture, la pièce la plus reculée et la mieux protégée de la demeure — signalant leur fonction originelle : gardiens des provisions, garants que la famille ne manquera de rien. Contrairement aux Lares, attachés au lieu physique de la maison, les Pénates sont liés à la famille elle-même. Quand une famille déménage, elle emporte ses Pénates avec elle. Ils symbolisent l’identité et la continuité de la lignée, se transmettant de père en fils. Cette portabilité divine fait d’eux des compagnons de destin plutôt que de simples génies du lieu — ce qui explique leur rôle central dans le mythe fondateur de Rome : c’est Énée qui rapporte les Pénates de Troie en Italie, semant la graine sacrée de ce qui deviendra la res publica. « Veillez sur nos foyers, ô Pénates. Vous habitez à l’intérieur — c’est pour cela que les poètes vous nomment aussi Pénétrales. » — D’après Cicéron, De Natura Deorum, II, 68 — explication étymologique des Pénates ✦ Représentations remarquables R1 Federico Barocci — La Fuite d’Énée de Troie (1598, Galerie Borghèse) 1598 · Huile sur toile · 179 × 253 cm · Galleria Borghese, Rome Federico Barocci · La Fuite d’Énée de Troie · 1598 · Galleria Borghese, Rome · Domaine public Cette toile majestueuse de Federico Barocci (1535–1612), conservée à la Galerie Borghèse, illustre le mythe fondateur des Pénates romains avec une intensité dramatique préfigurant le Baroque. Énée fuit Troie en flammes portant sur ses épaules son vieux père Anchise — qui serre contre lui les statuettes des Pénates troyens — tandis que son jeune fils Ascagne marche à ses côtés et que son épouse Créuse suit derrière. La famille emporte avec elle l’essentiel : les dieux du foyer, les garants de la continuité de la lignée. La scène exprime avec une force visuelle incomparable l’idée centrale de la théologie des Pénates : ces dieux voyagent avec la famille. Ils ne restent pas à Troie avec les ruines — ils accompagnent les survivants jusqu’à Lavinium puis Rome, où ils deviennent les Pénates Publics de tout le peuple romain, conservés dans le temple de Vesta. C’est cette peinture qui inspira le cardinal Scipione Borghèse à commander à Bernini le célèbre groupe sculptural Énée, Anchise et Ascagne (également à la Galerie Borghèse). R2 Figurine gallo-romaine d’un Pénate — Musée de Sainte-Menehould Époque gallo-romaine · Musée de Sainte-Menehould, France Figurine gallo-romaine d’un Pénate · Musée de Sainte-Menehould · CC BY-SA Cette figurine gallo-romaine est un exemple concret de la matérialisation quotidienne des Pénates dans le monde romain provincial. Les statuettes des Pénates — en bronze, argile ou argent selon les moyens — étaient sorties de la penetralia (pièce la plus intime de la maison) lors des moments importants de la vie familiale : mariages, naissances, retours de voyage, fêtes. Elles recevaient une part de chaque repas — jetée dans le feu du foyer — ainsi que des libations de vin et des guirlandes de fleurs, de pavots et d’ail. La diffusion de ces figurines dans toutes les provinces de l’Empire — de la Gaule à la Syrie — témoigne de la profonde romanisation de la piété domestique. Contrairement aux grandes divinités olympiennes vénérées dans les temples publics, les Pénates appartiennent à la sphère privée : leur culte est familial et personnel, accessible à tous, des patriciens aux esclaves (même si ces derniers, selon la doctrine, ne tombaient pas directement sous leur protection). La religion romaine était aussi et surtout cette constellation de petits gestes quotidiens au coin du feu. ✦ Nature & culte quotidien 01 Les Pénates au foyer — Un culte intime et rigoureux Religion domestique romaine 🏺 Penus La réserve de provisions — huile, vin, froment, légumes secs. Les Pénates gardent le garde-manger : tant que le penus est plein, la famille est en sécurité. 🔥 La flamme du foyer Avant chaque repas, un peu de nourriture est jeté dans le feu pour les Pénates. Les convives restent silencieux jusqu’à ce qu’un esclave déclare les dieux satisfaits. 🧳 Dieux portables Contrairement aux Lares, attachés au lieu, les Pénates suivent la famille. Déménagement, exil, émigration — les Pénates sont emportés. C’est eux et non la maison qui font le foyer. 🏛️ Pénates Publics Chaque famille a les siens ; Rome en a aussi. Les Penates Publici rapportés de Troie par Énée étaient conservés dans le temple de Vesta au Forum — gardiens de l’État éternel. La distinction entre Pénates domestiques et Pénates Publics est l’une des expressions les plus saisissantes du génie politique romain : le même modèle de piété familiale, projeté à l’échelle de l’État tout entier. Quand le consul fait un vœu aux Pénates Publics, il accomplit le même geste rituel que le pater familias au coin de son feu. Cette continuité entre le privé et le public, entre la cuisine et le Sénat, est au cœur de la pietas romaine. 02 Pénates, Dioscures et Lavinium — Une équation sacrée Religion archaïque latine · Lavinium · Tusculum Un fait exceptionnel unit Pénates et Dioscures dans la numismatique romaine : les deux couples de divinités sont assimilés dans certaines villes du Latium. À Lavinium (Pratica di Mare), ville liée à Énée et aux origines troyennes de Rome, et à Tusculum, les Pénates étaient honorés sous la forme de deux jeunes guerriers armés de

Jupiter Axurus

Jupiter Axurus Le Visage Mystérieux du Maître de l’Anxur · Iovis Axur · Iconographie numismatique · République romaine NatureÉpithète locale de Jupiter Lieu de culteAnxur · Terracine · Latium IconographieDieu juvénile imberbe · Assis, patère et sceptre Associé àFeronia · rapproché de Vejovis MonnaieRRC 449/1 Bien que la figure de Jupiter soit indissociable de la foudre et de la souveraineté céleste sur le Capitole, la religion romaine connaît de nombreuses déclinaisons locales du dieu. Parmi elles, Jupiter Axurus (ou Anxurus) occupe une place singulière, ancrée dans les paysages escarpés du Latium méridional. Son sanctuaire, au sommet du Monte Sant’Angelo, domine la Via Appia et la mer Tyrrhénienne au-dessus de Terracine — l’antique Anxur des Volsques. Ce qui distingue Jupiter Axurus des autres formes du dieu est sa jeunesse : la tradition antique le décrit comme un puer Iuppiter, un Jupiter enfant qui ne s’est jamais rasé la barbe — à l’opposé du Jupiter Optimus Maximus barbu et mûr du Capitole. Ce Jupiter juvénile est souvent rapproché de Vejovis, autre forme jeune du dieu à Rome, et associé dans son culte à la déesse italique Feronia. C’est lui que le monétaire C. Vibius Pansa place au revers de son denier de 48 av. J.-C. « Dans cette région de la Campanie, on honorait un Jupiter enfant, appelé Anxyrus, comme qui dirait “sans rasoir”, parce qu’il ne s’était jamais rasé la barbe, et une Junon vierge, appelée Feronia. » — Servius, Commentaire sur l’Énéide, VII, 799 ✦ Représentations remarquables R1Sanctuaire de Jupiter Anxur — Vue du temple, TerracineIer s. av. J.-C. · Monte Sant’Angelo, Terracine, Latium Tempio di Giove Anxur · Terracine, Latium · Wikimedia Commons Le sanctuaire attribué à Jupiter Anxur, perché sur le Monte Sant’Angelo qui domine Terracine, est l’un des sites archéologiques les plus spectaculaires du Latium. Les vestiges visibles — un temple sur podium dressé sur une vaste terrasse artificielle en opus incertum soutenue par des arcades — datent pour l’essentiel de l’époque de Sylla, vers 100–70 av. J.-C., sur un lieu de culte plus ancien. Le complexe contrôlait à la fois la Via Appia — principale voie reliant Rome au sud de l’Italie — et le port de Terracine. L’attribution du grand temple à Jupiter Anxur est traditionnelle ; un temple plus petit voisin a parfois été attribué à Venus Obsequens. Au Moyen Âge, les ruines étaient connues sous le nom de « palais de Théodoric » et un monastère dédié à saint Michel archange occupa le petit temple. Les premières fouilles datent de 1894. R2La terrasse en opus incertum — L’aspect militaire du siteIer s. av. J.-C. · Terracine, Latium Terrasse en opus incertum · Sanctuaire de Jupiter Anxur · Terracine · Wikimedia Commons (domaine public) Le complexe monumental du début du Ier siècle av. J.-C. ne se limitait pas au temple : il comprenait aussi un camp fortifié entouré de murailles, destiné à contrôler la Via Appia à l’endroit où la route, coincée entre la montagne et la mer, franchissait le passage de Terracine. Ce double rôle — sacré et militaire — illustre l’importance stratégique de ce point de passage entre le Latium et la Campanie. La juxtaposition de ces murailles puissantes avec le culte d’un Jupiter juvénile n’a rien de contradictoire : le dieu y est avant tout le protecteur de la cité et de son territoire. Virgile le présente d’ailleurs comme le dieu qui veille sur les champs d’Anxur, aux côtés de Feronia et de son bois sacré. ✦ Iconographie & théologie 01Jupiter imberbe — Un dieu jeune au cœur du LatiumReligion latine 🧑Jeunesse imberbeContrairement au Jupiter barbu du Capitole, Axurus est un dieu jeune : Servius parle d’un puer Iuppiter qui ne s’est jamais rasé. 🏔️Le toponyme AnxurAxurus dérive d’Anxur, nom volsque de Terracine. Servius propose une étymologie savante fantaisiste par le grec : « sans rasoir ». 🌿Feronia, parèdreDéesse italique des bois et des sources, honorée près d’Anxur ; Servius l’appelle « Junon vierge ». Son sanctuaire était lié à l’affranchissement des esclaves. ⚡VejovisAutre forme jeune de Jupiter, honorée à Rome. Ovide le décrit comme un « Jupiter jeune » ; on le rapproche souvent d’Axurus. → Apollon Vejovis Sur le denier de Pansa, Jupiter Axurus est représenté assis à gauche, lauré, tenant une patère de la main droite et un long sceptre de la main gauche. Le type reprend un schéma classique de divinité trônant ; ce qui le singularise, c’est la légende IOVIS AXVR, qui désigne explicitement la forme locale du dieu, et la jeunesse que la tradition prête à cette figure. Il est vraisemblable que l’image s’inspire de la statue de culte du sanctuaire, mais aucune source ne permet de l’affirmer. 02Anxur · Terracine — De la cité volsque à la colonie romaineVe – IVe s. av. J.-C. · Conquête romaine Anxur était à l’origine une cité des Volsques, peuple italique du Latium méridional. Prise par les Romains en 406 av. J.-C. selon Tite-Live, elle reçut une colonie de trois cents citoyens romains en 329 av. J.-C. et porta dès lors le nom de Tarracina. La construction de la Via Appia, à partir de 312 av. J.-C., en fit une étape majeure sur la route de Rome à Capoue. Le nom Axurus — dérivé d’Anxur — désigne Jupiter en tant que dieu tutélaire de la cité dans son identité volsque originelle, que Rome intégra plutôt qu’elle ne l’effaça. Ce processus est caractéristique de la politique religieuse romaine : les cultes locaux des peuples intégrés étaient conservés et rattachés aux grandes divinités romaines. Jupiter Axurus n’est pas un Jupiter importé de Rome à Terracine — c’est un dieu local qui reçut le nom de Jupiter tout en conservant son caractère propre : la jeunesse et l’association avec Feronia. ✦ Représentation numismatique 🎭 PANSA — Un calembour visuel à l’avers, un hommage local au revers Ce denier est une construction iconographique à double niveau. L’avers montre le masque de Pan — jeu de mots sur le cognomen Pansa du monétaire, procédé courant de référence nominale par l’image. Le revers

Artémis d’Éphèse

Artémis d’Éphèse La Puissance Fertile de l’Orient · Iconographie numismatique républicaine NatureDéesse syncrétique OrigineGrecque · Anatolienne AttributsProtubérances · Polos · Animaux MonnaiesRRC 445/3 · RRC 448/3 Période49–48 av. J.-C. Si l’Artémis grecque nous est familière sous les traits d’une chasseresse svelte, arc à la main et biche à ses côtés, son incarnation à Éphèse raconte une tout autre histoire. À la croisée des mondes grec et anatolien, Artémis d’Éphèse s’impose comme une divinité souveraine de la fécondité et de la nature, bien loin de la simple gardienne des forêts. Sa silhouette hiératique, couverte de rangées de protubérances ovoïdes et d’animaux sculptés, fascine depuis l’Antiquité. Elle fut l’une des divinités les plus vénérées du monde méditerranéen, et son temple d’Éphèse — l’Artémision — figurait parmi les Sept Merveilles du monde antique. À Rome, elle n’apparaît sur les deniers qu’au cœur de la guerre civile, en 49 et 48 av. J.-C., dans les deux camps. Artémis d’Éphèse (Artémis Farnèse) · Albâtre et bronze · Copie d’époque hadrienne trouvée à la Villa Hadriana · Musée archéologique national de Naples (inv. 6278) · Wikimedia Commons, CC BY 2.5 « Grande est l’Artémis des Éphésiens ! » — Actes des Apôtres, 19, 28 — le cri des orfèvres d’Éphèse dressés contre Paul ✦ Une icône mystérieuse — les protubérances de la déesse 01 Interprétations des attributs de la Grande Artémis Débats anciens et modernes Artémis d’Éphèse · IIe s. apr. J.-C.Musée d’Éphèse · Selçuk Ce qui frappe d’emblée devant les statues de l’Artémis éphésienne — comme celles conservées au musée d’Éphèse à Selçuk — c’est son buste couvert de multiples protubérances ovoïdes. Pendant des siècles, on y a vu des seins, symboles d’une fécondité débordante. Les recherches modernes proposent d’autres lectures : 🐂Scrotums de taureauxHypothèse de G. Seiterle (1979) : les bourses de taureaux sacrifiés, accrochées à l’idole — rapprochées du kurša, sac de peau sacré de la religion hittite. 🥚Gouttes d’ambreDes pendentifs d’ambre en forme de goutte, mis au jour dans les couches archaïques du sanctuaire, suggèrent des parures suspendues à la statue primitive. 🪬Amulettes rituellesBijoux ou offrandes accrochés à l’idole de bois originelle, puis figés en motifs sculptés sur les copies de marbre. 👑Polos turriformeHaute coiffe cylindrique, parfois traitée en couronne de remparts — la déesse y apparaît en protectrice de la cité, à la manière de Cybèle. Quelle que soit leur nature exacte, ces éléments soulignent sa fonction de Mère nourricière et de protectrice de la vie — la Potnia Thêrôn, Maîtresse des Animaux. ✦ L’Artémision — une Merveille du monde 02 Le Temple d’Éphèse — centre religieux, bancaire et politique VIe s. av. J.-C. — IVe s. apr. J.-C. Forme probable du temple d’Artémis à Éphèse · Maquette du parc Miniatürk, Istanbul · Wikimedia Commons L’Artémision d’Éphèse comptait parmi les plus vastes édifices du monde grec : un temple diptère de plus de cent mètres de long, à 127 colonnes ioniques selon Pline l’Ancien. Le temple archaïque, élevé au VIe s. av. J.-C. avec le concours de Crésus, fut incendié en 356 av. J.-C. par Érostrate, puis reconstruit à l’identique sur un haut soubassement. Ravagé par les Goths dans les années 260 apr. J.-C., il déclina avec la fin des cultes païens. ⚡ Temple, banque et lieu d’asile L’Artémision jouissait du droit d’asile : quiconque franchissait ses limites passait sous la protection directe de la déesse. Plus qu’un lieu de culte, il faisait office de banque : rois, cités et particuliers y déposaient leurs richesses sous la garantie divine. Son prestige économique en faisait un pivot du commerce de l’Asie Mineure — et, pour un général à court de fonds, une tentation : en 49 av. J.-C., le pompéien Metellus Scipion projeta de s’emparer du trésor du temple, dont seule l’arrivée des lettres de Pompée le détourna (César, Guerre civile, III, 33). ✦ Une déesse aux multiples visages 03 Syncrétisme, Potnia Thêrôn et héritage religieux Du syncrétisme gréco-anatolien à l’époque chrétienne Artémis d’ÉphèseMusées du Vatican L’Artémis d’Éphèse est une figure syncrétique par excellence. Elle fusionne l’Artémis hellénique avec une ancienne grande déesse anatolienne, proche de Cybèle. Sur sa gaine (l’ependytês), on observe des rangées d’animaux sculptés : lions, taureaux, cerfs, griffons et abeilles. Elle est la Potnia Thêrôn — la Maîtresse des Animaux — qui ne chasse pas la faune, mais la domine et l’ordonne. L’abeille était l’emblème d’Éphèse, au droit de ses monnaies pendant des siècles. Le culte était servi par des prêtres eunuques, les Mégabyzes, et par des officiants annuels appelés Essènes, nom que les Anciens rapprochaient du « roi » des abeilles. Le culte d’Artémis à Éphèse resta vivace jusqu’à la fin de l’Antiquité. L’épisode des orfèvres d’Éphèse craignant pour leur commerce de petits temples d’argent — « Grande est l’Artémis des Éphésiens ! » — illustre la puissance de ce culte face à la prédication de Paul (Actes 19, 23–41). ✦ Représentations numismatiques 🏛️ Denier Cornelia RRC 445/3 — propagande en exil RRC 445/3a · BnF REP-10019 · 4,06 g En 49 av. J.-C., les consuls L. Cornelius Lentulus Crus et C. Claudius Marcellus, qui ont quitté Rome avec Pompée après le passage du Rubicon par César, font frapper ce denier en Asie Mineure (l’atelier exact reste discuté). Le revers reproduit la statue cultuelle d’Artémis d’Éphèse, de face, les bandelettes pendant de ses avant-bras tendus. Message clair : en honorant la grande déesse locale, les consuls s’adressent aux provinces d’Asie, où Lentulus lève alors deux légions pour Pompée (César, Guerre civile, III, 4). 04 Denier Cornelia · L. Cornelius Lentulus & C. Claudius Marcellus 49 av. J.-C. · Asie Mineure 🏛 Statue cultuelle d’Artémis d’Éphèse · de face · bandelettes Variante · ↗ Fiche 1427CO 🏛 Légendes & description Avers Anépigraphe Tête de Jupiter à droite ; grènetis — le dieu commun à toutes les émissions des deux consuls. Revers L·LENTVLVS C·MARC·COS (445/3a) · L·LENTVLVS MAR COS (445/3b) Statue cultuelle d’Artémis d’Éphèse de face, des bandelettes pendant de chaque main ; grènetis. COS = consules. Deux variantes de légende sont connues : la forme abrégée MAR

Diana Planciana

Diana Planciana Dévotion privée & rayonnement public · Iconographie numismatique · République romaine NatureDiane · Épithète gentilice NomPlancius / Plancus ? Attributs (monnaie)Causia · Arc · Carquois SanctuaireQuirinal (épigraphie) Sur les monnaies55 av. J.-C. · RRC 432/1 Dans le panthéon romain, les divinités revêtent souvent des épithètes liées à leurs fonctions ou à leurs lieux de culte. Il arrive aussi qu’un sanctuaire porte le nom de la famille qui l’a fondé ou entretenu. C’est le cas de Diana Planciana — une forme de la déesse Diane honorée sur la colline du Quirinal, où des inscriptions mentionnent un gardien de temple (aedituus) qui lui était attaché. L’épithète désigne presque certainement un fondateur ou un bienfaiteur nommé Plancius ou Plancus — mais lequel ? La tradition numismatique, depuis Babelon, pense à Cnæus Plancius, chevalier d’Atina et protégé de Cicéron ; d’autres candidats ont été proposés, de L. Munatius Plancus à des Plancii d’époque impériale, et les inscriptions connues ne sont pas datées avec certitude avant le IIe siècle apr. J.-C. Le lien avec la numismatique tient à un seul type : le denier frappé en 55 av. J.-C. par l’édile curule Cn. Plancius (RRC 432/1), dont l’avers montre une tête féminine coiffée de la causia macédonienne, traditionnellement identifiée à Diana Planciana. Que l’on suive ou non cette identification, la monnaie reste un remarquable condensé de carrière : Macédoine à l’avers, Crète au revers, aval du Sénat dans la légende. Etenim, iudices, cum omnibus virtutibus me adfectum esse cupio, tum nihil est quod malim quam me et esse gratum et videri. « Je souhaite, juges, posséder toutes les vertus, mais il n’en est aucune que je préfère à celle d’être reconnaissant, et de le paraître. » — Cicéron, Pro Plancio, 80 · 54 av. J.-C. ✦ L’énigme d’un nom 01 Pourquoi « Planciana » · Le patronage religieux à Rome République tardive – Haut-Empire L’épithète Planciana accolée à Diane n’est pas un ornement rhétorique : elle désigne un lieu de culte réel. Des inscriptions découvertes sur le Quirinal mentionnent la Diana Planciana et un aedituus qui lui était spécifiquement attaché — indice d’un sanctuaire doté de son propre personnel, et non d’une simple chapelle domestique. À Rome, une divinité pouvait recevoir le nom de celui qui avait voué ou financé son temple. En construisant ou en restaurant un sanctuaire, une famille s’assurait un monument durable dans l’espace urbain et une relation privilégiée avec une divinité protectrice. Pour la Diana Planciana, le fondateur reste pourtant inconnu : Cn. Plancius (édile en 55 av. J.-C.), L. Munatius Plancus, ou encore les Plancii de Pergé, sénateurs sous Néron et Vespasien et dévots d’Artémis, ont tous été proposés. Les attestations épigraphiques ne permettent pas de trancher, puisqu’aucune n’est datée avec certitude avant le début du IIe siècle apr. J.-C. 02 Diana Planciana & Diane · Une même déesse Mythologie et épithètes divines Diana Planciana reste fondamentalement Diane — la déesse romaine de la chasse et des forêts, assimilée à l’Artémis grecque. Vierge chasseresse, protectrice des femmes en couches, elle possédait dans le Latium un sanctuaire fédéral fameux à Nemi, dans les Monts Albains ; à Rome, son temple de l’Aventin était attribué par la tradition au roi Servius Tullius. Sur le denier de Cn. Plancius, la tête féminine porte une causia — le chapeau à larges bords des Macédoniens, que les anciens catalogues décrivaient comme un pétase. Le choix est généralement lu comme une allusion au long service de Plancius en Macédoine. Si l’on accepte l’identification à Diana Planciana, le monétaire aurait coiffé la déesse d’un attribut étranger à son iconographie habituelle pour rappeler sa propre carrière ; les catalogues modernes (Crawford, British Museum) restent prudents et se contentent de décrire une « tête féminine coiffée de la causia ». Diane de Versailles · Copie romaine d’après Léocharès (?)Musée du Louvre, Ma 589 · Wikimedia Commons ✦ Cnæus Plancius · L’homme derrière la monnaie 03 Cursus Honorum · D’Atina à Rome Ier s. av. J.-C. Cnæus Plancius appartient à l’ordre équestre et est originaire d’Atina, dans le sud du Latium. Son père était un publicain de premier plan, l’un des chefs des sociétés de fermiers des impôts. Cette origine municipale explique que Plancius ait dû soigner sa légitimité à Rome, où il était un « homme nouveau » sans ancêtres magistrats. Sa carrière le mena en Afrique (sous le propréteur A. Torquatus), en Crète (sous le proconsul Q. Metellus Creticus, vers 68 av. J.-C.), puis en Macédoine, d’abord comme tribun militaire sous C. Antonius (62 av. J.-C.), ensuite comme questeur. C’est là, en 58 av. J.-C., qu’il accueillit et protégea Cicéron, contraint à l’exil par Clodius — un service que l’orateur n’oublia jamais. 04 Le procès · Pro Plancio · Cicéron défenseur 54 av. J.-C. Tribun de la plèbe en 56 av. J.-C. — avec pour collègue Aulus Plautius, qui partagera aussi son édilité —, Plancius fut élu édile curule ; c’est dans cette charge qu’il fit frapper le denier RRC 432/1, que Crawford date de 55 av. J.-C. Son concurrent malheureux, Marcus Iuventius Laterensis, l’accusa alors de corruption électorale en vertu de la lex Licinia de sodaliciis. Cicéron prit sa défense dans le Pro Plancio, rappelant longuement l’hospitalité dont Plancius avait fait preuve envers lui en exil et attribuant son succès à ses appuis dans les municipes italiens plutôt qu’à la brigue. Plancius fut, selon toute vraisemblance, acquitté. Pompéien pendant la guerre civile, il vivait après Pharsale en retrait à Corcyre, où Cicéron lui adressa deux lettres (Ad Familiares IV, 14 et 15). Cicéron · Copie d’un buste antique par B. Thorvaldsen (1799-1800)Thorvaldsens Museum, Copenhague · Wikimedia Commons ✦ Le denier RRC 432/1 · Une carrière en argent 05 Denier Plancia · Tête à la causia RRC 432/1 · 55 av. J.-C. · Cn. Plancius · Édile curule Avers & revers · Denier PlanciaRRC 432/1 · 55 av. J.-C. Le denier de Cnæus Plancius (RRC 432/1) est l’un des programmes iconographiques les plus personnels de la fin de la République. L’avers montre une tête féminine

Vénus Erycina

Vénus Erycina · Iconographie numismatique · LesDioscures Vénus Erycina La déesse venue de l’Ouest · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité romaine Origine Sicilienne · adoptée par Rome Attributs Colombe · Stéphane · Temple Temples à Rome 217 av. J.-C. · 181 av. J.-C. Monnaies RRC 424/1 · Considia Vénus Erycina — littéralement Vénus d’Éryx — est l’une des formes les plus anciennes et les plus complexes du culte de Vénus à Rome. Son nom dérive du mont Éryx (Eryx en latin, aujourd’hui Erice), sommet de l’ouest de la Sicile sur lequel s’élevait l’un des sanctuaires les plus célèbres du bassin méditerranéen antique, fréquenté aussi bien par les Sicanes, les Phéniciens, les Grecs que par les Romains. Identifiée à Aphrodite Erycinè par les Grecs et à Astarté par les Puniques, cette déesse polyvalente de la fertilité, du plaisir et de la victoire va devenir, à partir du IIIe siècle av. J.-C., un pilier du panthéon romain officiel. Pour Rome, Venus Erycina n’est pas une simple divinité étrangère assimilée : elle est la mère d’Énée, l’ancêtre mythique du peuple romain, introduite en Sicile par le héros troyen lui-même lors de son voyage vers l’Italie. Ce lien généalogique — relayé par Virgile dans l’Énéide — fait d’elle une déesse nationale autant que méditerranéenne, dont le culte sera instrumentalisé par les grandes familles romaines, Sylla, Pompée et César en tête. Le mont Éryx (Erice) · Sicile occidentale · Lieu d’origine du culte · Domaine public « Sur son sommet, qui est plat, se dresse le temple de Vénus Erycina, incontestablement le premier de tous les sanctuaires siciliens par sa richesse et sa magnificence générale. » — Polybe, Histoires, I, 55 ✦ Origines du culte — Le mont Éryx 01 Le sanctuaire sicilien — Une déesse au carrefour des civilisations VIe s. av. J.-C. et avant Le sanctuaire du mont Éryx est l’un des plus anciens lieux de culte de la Méditerranée occidentale. Dès le Néolithique, les Sicanes y vénéraient une déesse-mère créatrice de la vie et de la fertilité. Avec l’arrivée successive des Phéniciens, des Élymes, des Grecs puis des Puniques, ce culte féminin s’est transformé et enrichi, absorbant les attributs d’Astarté, puis d’Aphrodite Erycinè. Diodore de Sicile rapporte qu’Éryx, fils de Boutès et d’Aphrodite, avait érigé le temple dédié à sa mère et fondé la ville qui porte son nom. La légende romaine, telle que la transmet Virgile dans l’Énéide, ajoute une couche fondatrice : Énée, fuyant Troie avec son père Anchise, fait escale en Sicile. Anchise y meurt et est enterré au pied du mont Éryx ; Énée, en hommage à sa mère Vénus, y fonde ou restaure le sanctuaire, faisant de cette déesse sicilienne un héritage troyen et donc romain. Ce récit mytho-généalogique sera l’argument décisif qui légitimera l’introduction officielle du culte à Rome. Le sanctuaire était réputé dans tout le bassin méditerranéen pour son faste et ses rites particuliers : présence de colombes sacrées, prostituées sacrées (hierodoulai) qui accueillaient les pèlerins et les marins, et un calendrier rituel marqué chaque année par la migration des colombes vers l’Afrique (anagogè) et leur retour neuf jours plus tard (catagogè), symbolisant le voyage de la déesse elle-même. ✦ Attributs iconographiques 02 Les emblèmes de Vénus Erycina Monnaies · Sculptures · Mosaïques Sur les monnaies républicaines, Vénus Erycina est représentée avec une iconographie distincte de celle de Vénus Genetrix ou de Vénus Victrix. Les graveurs ont choisi des attributs qui soulignent à la fois son origine sicilienne, sa nature de déesse de la séduction et son lien avec la victoire militaire romaine. 🕊️ Colombe Animal sacré de Vénus, particulièrement associé au culte érycin. Les colombes quittaient le sanctuaire chaque année pour l’Afrique — signe du voyage de la déesse. 👑 Stéphane Couronne ouverte portée sur les monnaies de Considius Nonianus. Attribut royal et divin, la stéphane identifie Vénus comme reine des dieux et des mortels. 🏛️ Temple sur rocher Le revers RRC 424/1 représente le temple au sommet d’une montagne rocheuse entouré de remparts — première représentation paysagère sur une monnaie romaine. 🌹 Rose · Myrte Plantes consacrées à Vénus sous toutes ses formes, présentes dans les rites du sanctuaire d’Éryx comme offrandes à la déesse. ⚔️ Victoria Dans le contexte romain, Vénus Erycina est invoquée pour la victoire militaire — son temple du Capitole est voué après la défaite du lac Trasimène contre Hannibal. Sur le denier RRC 424/1, Caius Considius Nonianus représente à l’avers le buste drapé de Vénus Erycina portant la stéphane et une boucle d’oreille — portrait soigné d’une déesse à la fois orientale et romaine. Ce choix iconographique est délibéré : il rappelle à la fois la Vénus grecque et l’Astarté phénicienne, soulignant l’universalité méditerranéenne de ce culte. ✦ Le transfert du culte à Rome ⚡ Un culte importé en temps de guerre — La logique des Livres Sibyllins L’introduction officielle de Vénus Erycina à Rome s’inscrit dans la tradition romaine de l’evocatio — le rite par lequel Rome invitait les dieux ennemis à quitter leurs cités pour venir résider à Rome, privant ainsi l’ennemi de leur protection. Dans le cas d’Éryx, le processus fut plus subtil : la déesse n’était pas ennemie mais ancêtre. Les Livres Sibyllins consultés après le désastre du Trasimène en 217 av. J.-C. prescrivirent son introduction formelle au Capitole — le cœur sacré de Rome. La statue de la déesse du temple d’Erice fut ramenée à Rome, selon la tradition, en 211 av. J.-C., lors de la prise de Syracuse par Marcellus. Les chercheurs identifient aujourd’hui cet acrolite avec le célèbre Acrolite Ludovisi, conservé à Rome. 03 Le Temple du Capitole — Vénus protectrice de l’État 217 – 215 av. J.-C. Après la catastrophique défaite romaine au lac Trasimène (217 av. J.-C.) face à Hannibal, le dictateur Quintus Fabius Maximus Verrucosus consulta les Livres Sibyllins et vœu solennel fut prononcé d’élever un temple à Vénus Erycina sur le Capitole, si Rome obtenait la victoire. Le temple fut inauguré en 215 av. J.-C., dans l’Area Capitolina, à proximité immédiate du grand temple

Leuconoé

Leuconoé Leukonóē · Fille de Neptune chez Hygin · Destinataire du Carpe diem d’Horace · Iconographie numismatique · République romaine Étymologie Leukós (blanc, brillant) + nóos (esprit) Filiation Neptune & Thémisto, fille d’Hypseus (Hygin, Fab. 157 — leçon discutée) Attributs Bandeau perlé · Boucle d’oreille · Collier · Dauphin Présence littéraire Horace, Odes I, 11 · Ovide, Mét. IV Monnaie RRC 420/2 (Leuconoé) · RRC 420/1 (Neptune) Dans le panthéon des figures féminines de la mythologie gréco-romaine, certaines ne s’illuminent qu’à travers quelques vers — et leur mystère même est leur force. Leuconoé (Leukonóē, « à l’esprit clair ») est de celles-là. Son nom associe les mots grecs leukós (blanc, brillant, pur) et nóos (esprit, pensée) : un nom de lumière, que l’Antiquité a donné à plusieurs figures distinctes qu’il ne faut pas confondre. Pour la numismatique romaine, la Leuconoé qui compte est la fille de Neptune et de Thémisto, elle-même fille du roi lapithe Hypseus : c’est elle que le monétaire P. Plautius Hypsaeus fit graver sur un denier en 60 av. J.-C., jouant sur la ressemblance entre son surnom et le nom de ce héros pour se donner une ascendance divine. La littérature latine en connaît deux autres : la jeune femme à qui Horace adresse l’Ode I, 11 — celle du Carpe diem — et l’une des filles de Minyas chez Ovide. Ces trois Leuconoé partagent un nom, non une histoire. « Ne cherche pas — le savoir est interdit — quelle fin les dieux ont fixée pour moi, pour toi, Leuconoé… Cueille le jour, et fie-toi le moins possible au lendemain. » Tu ne quaesieris, scire nefas, quem mihi, quem tibi / finem di dederint, Leuconoe… carpe diem, quam minimum credula postero. — Horace, Odes, I, 11, 1–2 et 8 · trad. LesDioscures ✦ Représentations remarquables R1 Poséidon du Latran — Neptune, père de Leuconoé Copie romaine d’un type attribué à Lysippe (IVe s. av. J.-C.) · Musées du Vatican Poséidon du Latran · Copie romaine d’un type lysippéen · Musées du Vatican, Museo Gregoriano Profano Cette statue de marbre, découverte à Porto et longtemps exposée au musée du Latran — d’où son nom —, est aujourd’hui conservée au Museo Gregoriano Profano du Vatican. Elle reproduit un type de Poséidon debout, le pied posé sur une proue, que l’on rattache au bronzier Lysippe : le dieu y apparaît dans la plénitude de sa puissance, corps athlétique et maintien souverain. C’est ce dieu que P. Plautius Hypsaeus place à l’avers de l’autre denier de son émission (RRC 420/1, tête de Neptune, trident derrière), tandis que RRC 420/2 porte le buste de sa fille Leuconoé, accompagné d’un dauphin. Les deux types, frappés la même année et partageant le même revers, se répondent : le père et la fille d’une généalogie marine que le monétaire revendique pour sa famille. R2 Virgile, Horace et Varius chez Mécène — Charles-François Jalabert 1846 · Huile sur toile Charles-François Jalabert · Virgile, Horace et Varius chez Mécène · 1846 · Domaine public Le peintre nîmois Charles-François Jalabert (1819–1901), élève de Paul Delaroche, réunit dans cette toile académique trois poètes protégés par Mécène (Gaius Cilnius Maecenas), le conseiller d’Auguste qui soutint toute une génération d’écrivains et offrit à Horace son domaine de Sabine. C’est dans ce cercle que furent composés les trois premiers livres des Odes, publiés vers 23 av. J.-C. — dont l’Ode I, 11 adressée à Leuconoé. Le tableau traduit l’idéal d’otium lettré que le XIXe siècle associait au cercle de Mécène : un loisir studieux, à l’écart des affaires publiques, où la poésie se lit et se discute entre amis. ✦ L’Ode I, 11 d’Horace & le Carpe diem 01 « Tu ne quaesieris » — Le message d’Horace à Leuconoé Publié vers 23 av. J.-C. · Carmina, livre I, ode 11 🌊 Mer Tyrrhénienne L’hiver qui « use la mer Tyrrhénienne contre les rochers de pierre ponce » : peut-être le dernier que les dieux accordent. Image du temps qui érode toute chose. ⭐ Calculs babyloniens Les Babylonios numeros — l’astrologie chaldéenne, en vogue à Rome — incarnent la tentation de connaître sa fin. Horace en détourne Leuconoé. 🍇 Carpe diem Carpere, c’est cueillir : on cueille le jour comme un fruit mûr, au moment juste — non pas « saisir » avec avidité, mais récolter ce que le présent offre. 🏺 Vina liques « Filtre ton vin » : le vin romain était passé au filtre avant d’être bu. Un geste simple du quotidien, opposé aux vaines spéculations sur l’avenir. L’Ode I, 11 compte huit vers, en grand asclépiade, et c’est l’une des plus brèves des Carmina. Horace y parle en disciple d’Épicure : il ne s’agit pas de jouir du jour avec frénésie, mais de l’accueillir avec sagesse, en renonçant à l’inquiétude du lendemain. Le temps même de la parole est compté : « pendant que nous parlons, le temps jaloux aura fui » (dum loquimur, fugerit invida aetas, v. 7). Le vers final — carpe diem, quam minimum credula postero — résume cette éthique de la mesure : une attention paisible au présent, une confiance minimale dans le lendemain. On ignore qui était cette Leuconoé : un nom littéraire, peut-être choisi pour sa résonance (« l’esprit clair », à qui l’on demande précisément de ne pas troubler sa pensée par les calculs des astrologues), ou une femme réelle de l’entourage du poète. Rien ne la rattache à la fille de Neptune des deniers, frappés près de quarante ans plus tôt. 02 Neptune, Hypseus, Leuconoé — La généalogie mythique des Hypsaei 60 av. J.-C. · Gens Plautia Dans la liste des enfants de Neptune donnée par Hygin (Fabulae, 157), figure un enfant né de Thémisto, fille d’Hypseus. Hypseus est un héros thessalien, roi des Lapithes, fils du fleuve Pénée et de la naïade Créuse, et père de la nymphe Cyrène (Pindare, Pythiques, IX, 13–17). Le rapprochement avec le surnom des Hypsaei, branche de la gens Plautia, est transparent : en se réclamant d’Hypseus, le monétaire s’inventait une