Capis
Vase à sacrifice · Libations · Pietas · Pontifes · Numismatique romaine
Le culte romain reposait sur des rituels précis où chaque geste, chaque offrande et chaque ustensile avait sa place. Parmi les instruments du sacrifice, le capis est un témoin humble mais révélateur de la pietas romaine.
Petit vase muni d'une anse, le capis servait aux libations et aux sacrifices. Varron rattache son nom au verbe capere, « saisir », parce qu'on le prenait par son anse (De Lingua Latina, V, 121). Associé aux sacerdoces publics, il figure sur les monnaies de la fin de la République — notamment l'aureus et le denier de Sylla — où il affiche la légitimité religieuse de celui qui le fait représenter.
« Le triomphateur monte au Capitole : ne le verra-t-on pas tenir le capis et le lituus ? Sera-ce une indignité qu'il immole une victime la tête voilée, ou qu'il prenne l'augure depuis la Citadelle ? »
— Tite-Live, Histoire romaine, X, 7, 10 (discours de P. Decius Mus, 300 av. J.-C.) · trad. LesDioscures
On confond souvent le capis avec la patera, la coupe large et peu profonde des libations, ou avec le simpulum, la petite louche des pontifes. Les trois ustensiles se complètent mais ne se confondent pas :
Cicéron rappelle que les humbles vases de terre cuite de Numa n'étaient pas moins agréables aux dieux que les riches patères des Saliens (Paradoxa Stoicorum, I, 11) : la valeur du vase sacré tenait à sa consécration, non à son métal.
La fonction première du capis était de contenir les liquides destinés aux libations. Verser un liquide — vin, lait, huile ou eau — sur un autel, dans le feu ou sur le sol était l'un des actes les plus fondamentaux de la communication avec les dieux.
Le capis permettait d'accomplir ce geste avec la solennité requise par le ius divinum, le droit sacré dont Cicéron expose les principes (De Legibus, II). On le retrouve à plusieurs moments du culte :

Le Genius, tête voilée, tient la patère de libation

Sanctuaire domestique
Dans la religion romaine, la moindre faute dans l'accomplissement d'un rituel (vitium) pouvait invalider la cérémonie et obliger à la recommencer. Il en allait de la Pax Deorum, la paix des dieux, condition de la prospérité de Rome. Les instruments consacrés — capis, patère, simpulum — participaient de cette rigueur qui distinguait le rite valide de l'offrande improvisée.
Le capis fait partie, avec le lituus (bâton augural), la patère, le simpulum, l'aspersoir (aspergillum) et l'acerra (coffret à encens), des insignes du sacerdoce que les magistrats romains faisaient figurer sur leurs monnaies pour signaler leur appartenance aux grands collèges religieux. Dès Tite-Live, le couple capis et lituus sert à désigner pontifes et augures.
Associé au lituus, il apparaît sur plusieurs émissions de la fin de la République : le denier de Q. Caecilius Metellus Pius (RRC 374/2, 81 av. J.-C.), qui associe la tête de Pietas au capis et au lituus ; celui de P. Cornelius Lentulus Spinther (RRC 500/1, 42 av. J.-C.), qui rappelle son entrée dans un collège sacerdotal ; ou le denier de César (RRC 467/1, 46 av. J.-C.), où simpulum, aspersoir, capis et lituus illustrent sa double qualité d'augure et de grand pontife (AVGVR PONT MAX).

Frappé par l'atelier qui suivait Sylla, à son retour d'Orient, cet aureus partage ses types avec le denier RRC 359/2. Le revers réunit en une seule composition les deux sphères de légitimité que Sylla revendiquait.
Le capis et le lituus renvoient au sacerdoce : Sylla était membre du collège des augures, et le couple d'instruments évoque les auspices et le sacrifice qui fondaient le pouvoir du magistrat. Leur lecture exacte reste discutée par les numismates. Les deux trophées rappellent ses victoires, notamment en Orient contre Mithridate, et la légende IMPER ITERVM sa seconde acclamation par les troupes.
L'avers à Vénus et Cupidon complète ce programme : Sylla se disait protégé par Vénus — il se faisait appeler Epaphroditos, « favori d'Aphrodite », dans le monde grec, et prit plus tard le surnom de Felix.
- Varron, De Lingua Latina, V, 121 — Étymologie de capis, rattaché à capere.
- Tite-Live, Histoire romaine, X, 7, 10 — Le capis et le lituus, insignes des pontifes et des augures (débat sur la loi Ogulnia, 300 av. J.-C.).
- Cicéron, Paradoxa Stoicorum, I, 11 — Les vases de terre cuite de Numa, non moins agréables aux dieux que les patères des Saliens.
- Cicéron, De Legibus, II — Le droit sacré (ius divinum) et les obligations rituelles des prêtres.
- Scheid, J., La Religion des Romains, Armand Colin, Paris — Rites de libation, instruments sacrés et Pax Deorum.
- Beard, M., North, J. & Price, S., Religions of Rome, 2 vol., Cambridge University Press, 1998.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 359/1–2 (Sylla), 374/2 (Metellus Pius), 467/1 (César), 500/1 (Lentulus Spinther).
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — Gens Cornelia et Caecilia.
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