Mars
Dieu de la guerre · Père de Romulus · Mars Pater · Mars Gradivus · Mars Ultor · Iconographie numismatique
Parmi les dieux du panthéon romain, Mars occupe une place singulière : il n'est pas seulement le dieu de la guerre, il est le père de Rome. De son union avec la vestale Rhéa Silvia naquirent Romulus et Rémus — et c'est de ce sang divin que se réclame tout le peuple romain. Cette généalogie en fait bien plus qu'une divinité guerrière : il est le garant de l'identité romaine, le protecteur de ses armées et l'un des dieux tutélaires de l'État. Sa filiation varie selon les traditions : la mythologie grecque fait d'Arès le fils de Zeus et d'Héra, tandis qu'Ovide rapporte que Junon l'aurait conçu seule, grâce à une fleur offerte par Flora.
Contrairement à Arès — souvent dépeint comme brutal et chaotique, peu aimé même des autres dieux — Mars est une figure honorable et complexe dans la religion romaine. Mars Gradivus (celui qui marche au combat), Mars Pater (le père), Mars Ultor (le vengeur) : ses épithètes révèlent un dieu à facettes, invoqué aussi bien pour la protection des champs que pour la victoire des armes. Il a donné son nom au premier mois de l'ancienne année romaine — Martius — qui ouvrait la saison des campagnes militaires et des travaux des champs.
« Mars belliqueux, dépose un instant ton bouclier et ta lance, viens à moi, et dégage du casque ta chevelure brillante. »
— Ovide, Fastes, III, 1–2 — invocation à Mars en ouverture du mois de mars (trad. LesDioscures)
Cette statue colossale de marbre doit son surnom de « Pyrrhus » à une ancienne identification erronée avec le roi d'Épire, abandonnée au XVIIIe siècle. Découverte au XVIe siècle dans les ruines du Forum de Nerva, elle représente Mars barbu, en armes : haut casque corinthien, cuirasse anatomique ornée de deux griffons affrontés, triple rangée de lambrequins (pteryges) décorés de masques et de protomés animales.
Datée par son style de la fin du règne de Trajan ou du début de celui d'Hadrien, elle est aujourd'hui généralement considérée comme une réplique de la statue de culte de Mars Ultor qui se dressait dans le temple du Forum d'Auguste (voir R2). Elle a été largement restaurée : seul le torse est assurément antique. Le type du Mars barbu et cuirassé est donc impérial ; il ne doit pas être confondu avec la tête casquée, le plus souvent juvénile, des monnaies républicaines.

Le temple de Mars Ultor — Mars le Vengeur — est le monument le plus éloquent du lien entre Mars et la politique romaine. Selon Suétone, Octavien le voua pendant la guerre de Philippes (42 av. J.-C.) menée pour venger le meurtre de César. Quarante ans plus tard, en 2 av. J.-C., le temple fut dédié au cœur du nouveau Forum d'Auguste.
Le fronton, connu par ce relief, plaçait Mars au centre, flanqué de Vénus et de Fortuna, avec Romulus en augure, Roma et les personnifications du Palatin et du Tibre : la double ascendance divine des Julii (Vénus par Énée, Mars par Romulus) y était affichée aux yeux de tous. Le sanctuaire abritait les enseignes perdues par Crassus à Carrhes (53 av. J.-C.) et rendues par les Parthes en 20 av. J.-C. Le Sénat y délibérait des guerres et des triomphes, les magistrats en partaient pour leurs provinces, et les jeunes gens qui revêtaient la toga virilis venaient s'y présenter.
La distinction essentielle entre Mars et Arès réside dans la dignité sociale et politique du dieu romain. Là où Arès, dans l'Iliade, s'entend dire par Zeus qu'il est le plus odieux des dieux, Mars est au cœur de l'identité romaine — respecté, révéré, central. Son épithète Mars Pater le place dans le registre de la protection familiale et civique, non de la destruction aveugle. Ovide lui consacre l'ouverture du livre III des Fastes : premier mois de l'année ancienne, premier dieu invoqué au seuil des travaux qui commencent.
La tête casquée de Mars est l'une des images les plus anciennes de la numismatique romaine. Elle figure déjà sur des didrachmes et des litrai d'argent du IIIe siècle av. J.-C. (RRC 25 et 27), puis sur la série d'or de la Seconde Guerre punique — pièces de 60, 40 et 20 as (RRC 44/2–4), Mars barbu au casque corinthien et aigle sur un foudre au revers.
Avec l'essor des types personnels des monétaires, Mars apparaît sous des formes variées : en quadrige au revers des deniers de Cn. Gellius (RRC 232/1, avec Nerio), C. Aburius Geminus (RRC 244/1) et L. Postumius Albinus (RRC 252/1) ; en marche avec lance et trophée chez L. Valerius Flaccus (RRC 306/1) ; tête casquée à l'avers chez Ti. Veturius (RRC 234/1), Q. Minucius Thermus (RRC 319/1), L. Julius Caesar (RRC 320/1), C. Publicius Malleolus avec son maillet parlant (RRC 335/3), Cn. Lentulus (RRC 345/1, vu de dos), P. Satrienus (RRC 388/1), L. Rustius (RRC 389/1), L. Axsius Naso (RRC 400/1) ou D. Brutus Albinus (RRC 450/1). En 42 av. J.-C., L. Mussidius Longus place au revers des aurei de chacun des trois triumvirs — Lépide, Marc Antoine et Octavien — un même Mars debout, casque corinthien, lance et épée, le pied sur un bouclier (RRC 494/7–9).

Cette pièce appartient à la première série d'or régulière frappée à Rome — une émission d'urgence pour financer la Seconde Guerre punique, au moment où Hannibal, vainqueur à la Trébie, au lac Trasimène et à Cannes, menaçait directement l'Italie. Le choix de Mars à l'avers est une invocation directe du père de Rome à l'heure du danger ; l'aigle sur le foudre place l'État sous la protection de Jupiter. Les valeurs de 60 et 40 as (RRC 44/2 et 44/3) portent les mêmes types.
Références : RRC 44/4 · Syd. 228 · Atelier : Rome · Métal : or · Indice de rareté LesDioscures : 9

La restitution des enseignes de Carrhes par les Parthes, en 20 av. J.-C., fut présentée comme la vengeance accomplie de Mars. Avant l'achèvement du grand temple du Forum, un petit sanctuaire rond fut décidé pour les accueillir sur le Capitole : c'est lui que montrent les deniers et aurei à la légende MARTIS VLTORIS, où l'on voit, sous une coupole, la statue de Mars casqué tenant l'aigle légionnaire et une enseigne (RIC I² 39a–b).
Une abondante série contemporaine, frappée dans les ateliers d'Hispanie, fait de Mars Ultor et des enseignes reprises (légende SIGNIS RECEPTIS) l'un des grands thèmes de la propagande augustéenne : le dieu vengeur de César devient celui de l'honneur militaire restauré.
La légende de la fondation de Rome est aussi l'histoire de la paternité de Mars. La vestale Rhéa Silvia, vouée à la virginité par son oncle usurpateur Amulius, fut surprise par le dieu — endormie au bord d'un ruisseau, selon Ovide. Elle mit au monde Romulus et Rémus. Quand Amulius fit exposer les jumeaux sur le Tibre, une louve les recueillit et les allaita, aidée par le pic de Mars : premiers signes de la protection du dieu sur sa descendance. Tite-Live, prudent, note que la vestale déclara Mars père de ses enfants, soit par conviction, soit pour rendre la faute plus honorable.
Cette généalogie avait une portée politique considérable, sous la République et plus encore sous l'Empire : en se réclamant de Mars par Romulus, Rome se donnait une vocation divine à la conquête. Auguste y associa l'ascendance vénusienne des Julii — Énée, fils de Vénus, ancêtre d'Iulus — si bien que la dynastie se disait à la fois fille de Mars et de Vénus. Le fronton du temple de Mars Ultor exposait cette double origine à toute la ville.
- Ovide, Fastes, III, 1–258 — invocation à Mars en ouverture du mois de mars : Rhéa Silvia, la louve et le pic, les boucliers des Saliens.
- Ovide, Fastes, V, 229–260 — Junon conçoit Mars seule, grâce à une fleur donnée par Flora.
- Ovide, Fastes, V, 545–598 — dédicace du temple de Mars Ultor et dépôt des enseignes reprises aux Parthes.
- Tite-Live, Histoire romaine, I, 3–7 — naissance de Romulus et Rémus, la louve, la fondation de Rome.
- Virgile, Énéide, I, 257–296 — Jupiter annonce à Vénus la destinée de Rome et les murs « de Mars » fondés par Romulus.
- Suétone, Vie d'Auguste, 29 — vœu du temple de Mars Ultor pendant la guerre de Philippes et fonctions du sanctuaire.
- Auguste, Res Gestae, 21 et 29 — construction du temple ; enseignes reprises déposées dans son sanctuaire.
- Dion Cassius, Histoire romaine, LIV, 8 et LV, 10 — temple rond projeté pour les enseignes ; dédicace du temple du Forum en 2 av. J.-C.
- Caton, De agricultura, 141 — prière à Mars Pater pour la purification des champs.
- Varron, De lingua Latina, V, 73 et VI, 33 — étymologies du nom de Mars et du mois de Martius.
- Homère, Iliade, V, 889–891 — Zeus déclare Arès le plus odieux des dieux de l'Olympe.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 44/2–4 et l'ensemble des émissions à l'effigie de Mars.
- Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic, Spink, Londres, 1952 — Syd. 226–228.
- Meadows, A.R., « The Mars/eagle and thunderbolt gold and Ptolemaic involvement in the Second Punic War », dans A. Burnett, U. Wartenberg, R. Witschonke (dir.), Coins of Macedonia and Rome: Essays in honour of Charles Hersh, Londres, 1998, p. 125 sq.
- Sutherland, C.H.V., Carson, R.A.G., The Roman Imperial Coinage, vol. I², Spink, Londres, 1984 — types MARTIS VLTORIS et SIGNIS RECEPTIS.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, vol. I, Spink, Londres, 2000.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886.
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