Jupiter
Roi des dieux · Iuppiter Optimus Maximus · Iconographie numismatique · République romaine
Jupiter (Iuppiter, génitif Iovis) est la divinité suprême du panthéon romain, roi des dieux et des hommes, maître du ciel, de la foudre et garant de la parole donnée. Son nom remonte à l'indo-européen *Dyēus ph₂tḗr, « Ciel-Père », la même racine que le grec Zeus patēr. Si les poètes lui prêtent la mythologie de Zeus, Jupiter garde une identité profondément romaine : dieu de l'État avant d'être dieu de la nature, garant des serments et des traités, protecteur de Rome depuis le temple de Jupiter Optimus Maximus sur le Capitole, qu'il partage avec Junon et Minerve.
Sur les monnaies de la République, Jupiter apparaît dès le IIIe siècle av. J.-C. : debout dans un quadrige conduit par la Victoire au revers des didrachmes « quadrigats », tête laurée à l'avers des victoriats, puis sur de nombreux deniers jusqu'aux guerres civiles. Placer son effigie sur une émission, c'est se placer sous sa protection et affirmer que la cause défendue est légitime.
« His ego nec metas rerum nec tempora pono : imperium sine fine dedi. »
— Jupiter parlant des Romains · Virgile, Énéide, I, 278–279
« À ceux-là je n'assigne de bornes ni dans l'espace ni dans le temps : je leur ai donné un empire sans fin. »

Cette statue du Prado est souvent rapprochée de l'image de culte de Jupiter Tonans — « Jupiter qui tonne ». Le temple avait été voué par Auguste en 26 av. J.-C., après que la foudre eut frôlé sa litière pendant la campagne contre les Cantabres et tué l'esclave qui le précédait ; il fut dédié en 22 av. J.-C. sur le Capitole, et non sur le Palatin (Suétone, Auguste, 29). La statue d'origine était une œuvre du sculpteur grec Léocharès (Pline, Histoire naturelle, XXXIV, 79) ; l'exemplaire du Prado pourrait être la réplique commandée par Domitien.
Prudence pour la lecture : les bras sont une restauration baroque. Le dieu tenait à l'origine le foudre de la main droite et s'appuyait de la gauche sur un long sceptre — exactement l'image que montrent les deniers d'Auguste au revers IOV TON, où Jupiter se tient dans son temple hexastyle.

La majesté du type — chevelure bouclée, barbe ample, couronne de laurier — est celle que les graveurs républicains condensaient sur des flans de quelques grammes, bien avant la statuaire impériale.

Le Jupiter de Smyrne est une statue en pied haute de 2,34 m, mise au jour en 1680 à Smyrne (aujourd'hui Izmir) et offerte à Louis XIV. Elle orna les jardins de Versailles avant d'entrer au Louvre à la Révolution. À l'origine simple divinité masculine, elle fut restaurée en Zeus vers 1686 par le sculpteur Pierre Granier, qui lui ajouta le bras brandissant le foudre.
Malgré cette restauration, la tête conserve l'idéal jupitérien antique : chevelure abondante encadrant un front puissant, barbe majestueuse, autorité sereine. C'est ce même profil barbu et lauré que reprennent les monnaies républicaines, du victoriat du IIIe siècle au denier de Q. Antonius Balbus.
Le temple de Jupiter Optimus Maximus sur le Capitole était le cœur de la religion d'État. Le général triomphant y montait en procession pour rendre grâce au dieu ; les consuls y offraient un sacrifice à leur entrée en charge. Plus ancien encore, le petit sanctuaire de Jupiter Feretrius, attribué à Romulus, recevait les spolia opima — les dépouilles d'un chef ennemi tué en combat singulier (Tite-Live, I, 10).
Jupiter est indissociable de la légitimité politique de Rome. Il est le garant des serments — le sacramentum militaire, les traités conclus par les fétiaux sous l'invocation de Jupiter, la parole publique des magistrats — et son violateur s'expose à la colère divine.
Sur la monnaie, la tête laurée de Jupiter vaut déclaration de légitimité : l'autorité émettrice se place sous la garde du père des dieux. C'est le message du denier de Q. Antonius Balbus, préteur du parti de Marius en 83–82 av. J.-C., qui associe Jupiter à la mention S·C (Senatus Consulto) : en pleine guerre civile contre Sylla, l'émission se réclame à la fois du dieu suprême et du Sénat.
Le quadrigat (didrachme du IIIe siècle av. J.-C.) montre au droit la tête janiforme des Dioscures et au revers Jupiter dans un quadrige conduit par la Victoire, brandissant le foudre. Le victoriat, créé vers la fin de la deuxième guerre punique, porte la tête laurée de Jupiter au droit et la Victoire couronnant un trophée au revers.
Le denier de Q. Antonius Balbus (RRC 364/1), frappé à Rome en 83–82 av. J.-C., reprend la tête laurée du dieu avec la mention S·C. Crawford la rapproche du sénatus-consulte de 82 av. J.-C. qui fit fondre l'or et l'argent des temples « pour que la solde ne manque pas aux soldats » (Valère Maxime, VII, 6, 4). Le type est connu en cinq variantes (364/1a–e) distinguées par leurs marques de contrôle.

La composition est un programme politique. Jupiter au droit — dieu suprême, garant des serments — affirme la justice de la cause ; la Victoire en quadrige au revers promet le triomphe aux soldats payés avec cette monnaie ; le titre de préteur rappelle la légitimité de la magistrature. L'histoire donna pourtant raison à Sylla.
Si le rapprochement avec le décret rapporté par Valère Maxime est juste, ce denier est littéralement de l'argent sacré fondu au service de la guerre civile.
Références : RRC 364/1a–e · Babelon, Antonia 1 · Sydenham 742 · Atelier : Rome · Argent, flan serratus
Quintus Antonius Balbus appartient au camp des partisans de Marius et de Carbon dans la guerre civile qui les oppose à Sylla, revenu d'Orient en 83 av. J.-C. Préteur en 82 av. J.-C., il reçoit le gouvernement de la Sardaigne, île essentielle au ravitaillement en blé de Rome. Son denier, lui, est frappé à Rome avant son départ.
Son sort résume la brutalité de l'époque : Lucius Marcius Philippus, légat de Sylla, débarque dans l'île, chasse Balbus et le tue (Tite-Live, Periochae, 86). Sa monnaie, destinée à financer une cause perdue, lui a survécu en grand nombre.
L'adjectif « jovial » dérive de Iovis : l'astrologie médiévale prêtait un tempérament enjoué à ceux qui naissaient sous l'influence de la planète Jupiter. La planète elle-même, la plus grande du système solaire, porte le nom du dieu depuis l'Antiquité. Ses quatre grands satellites, découverts par Galilée en 1610 et baptisés par lui « astres médicéens », reçurent leurs noms actuels — Io, Europe, Ganymède, Callisto, figures aimées du dieu — de l'astronome Simon Marius en 1614, sur une suggestion de Kepler.
La triade capitoline — Jupiter, Junon, Minerve — fut reproduite dans les capitoles des colonies de tout l'Empire. Quant à l'aigle jupitérien des légions, il connut une longue postérité dans l'héraldique du pouvoir, jusqu'aux aigles impériales napoléoniennes, explicitement inspirées des enseignes romaines.
- Virgile, Énéide, I, 223–296 — discours de Jupiter à Vénus sur le destin de Rome (v. 278–279 : imperium sine fine dedi).
- Tite-Live, Histoire romaine, I, 10 — Romulus consacre les spolia opima à Jupiter Feretrius, premier temple dédié à Rome.
- Tite-Live, Periochae, 86 — L. Philippus, légat de Sylla, chasse et tue le préteur Q. Antonius en Sardaigne.
- Valère Maxime, Faits et dits mémorables, VII, 6, 4 — en 82 av. J.-C., un sénatus-consulte fait fondre l'or et l'argent des temples pour payer les soldats.
- Cicéron, De la nature des dieux, II, 64 — étymologie et fonctions de Jupiter ; De la divination, II, 82 — présages de gauche et de droite.
- Suétone, Vie d'Auguste, 29 — Auguste voue au Capitole un temple à Jupiter Tonans après avoir échappé à la foudre.
- Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXIV, 79 — le Jupiter Tonans de Léocharès au Capitole.
- Ovide, Métamorphoses — amours de Jupiter (Io, Europe, Ganymède, Alcmène…).
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 34/1, 101/1, 364/1.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — Antonia 1.
- Sydenham, E.A., The Coinage of the Roman Republic, Spink, Londres, 1952 — Syd. 742.
- Mattingly, H. et Sydenham, E.A., The Roman Imperial Coinage, vol. I, éd. revue 1984 — RIC I 64.
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