Pégase
Cheval ailé · Fils de Poséidon & de Méduse · Bellérophon · Hippocrène · Iconographie numismatique
Pégase — Pêgasos en grec, Pegasus en latin — est le cheval ailé de la mythologie grecque, né du sang de la Gorgone Méduse lorsque Persée la décapita. Hésiode rattache déjà son nom aux pêgai, les « sources » de l'Océan près desquelles il vit le jour ; la tradition postérieure en fait lui-même un faiseur de sources, dont la plus célèbre est l'Hippocrène, la « fontaine du Cheval » des Muses sur l'Hélicon. Certains linguistes proposent pour ce nom une origine anatolienne plutôt que grecque : l'hypothèse reste discutée.
Fils de Poséidon, dieu des eaux et des chevaux, Pégase est la monture du héros corinthien Bellérophon, vainqueur de la Chimère, avant de gagner le palais de Zeus dont il porte le tonnerre et l'éclair. Emblème monétaire de Corinthe pendant des siècles, il passe tôt dans le monnayage romain : sur les bronzes et petites pièces d'argent romano-campaniennes du IIIe siècle av. J.-C., puis au revers de toutes les pièces d'argent de Q. Titius (90 av. J.-C.) et sur le denier de L. Cossutius Sabula (74 av. J.-C.), où il porte Bellérophon face à la tête de sa propre mère.
« On le nomma Pégase parce qu'il naquit près des sources de l'Océan. […] Il s'envola, quittant la terre mère des troupeaux, et gagna le séjour des immortels : il habite le palais de Zeus et porte au sage Zeus le tonnerre et l'éclair. »
— Hésiode, Théogonie, v. 282–286 · trad. LesDioscures
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Ce pavement de galets, exposé dans le jardin du Musée archéologique de Rhodes, montre Bellérophon monté sur Pégase, lance levée contre la Chimère — lionne à queue de serpent, d'où surgit une tête de chèvre crachant le feu. Les figures claires se détachent sur un fond sombre ; de fines lamelles de plomb soulignent certains contours, procédé caractéristique des mosaïques de galets hellénistiques.
Le même sujet figure déjà, un siècle plus tôt, sur l'un des plus anciens pavements de galets connus, à Olynthe en Chalcidique (ville rasée par Philippe II en 348 av. J.-C., ce qui en fixe le terme). C'est ce groupe — le héros, la lance, le cheval ailé lancé vers la droite — que reprend en 74 av. J.-C. le revers du denier de L. Cossutius Sabula (RRC 395/1).

Découverte à Autun en 1830 et conservée au musée Rolin, cette mosaïque montre la longévité du thème dans le monde romain. Le combat contre la Chimère y est traité en médaillon, composition fréquente sur les pavements d'époque impériale — on en connaît d'autres à Nîmes, à Palmyre ou, très tardivement, à Mértola au Portugal. Du galet hellénistique à la tesselle romaine, le schéma iconographique du cavalier ailé reste remarquablement stable.
Le récit de Pégase est celui d'un être divin qui ne se donne aux hommes que pour un temps. Il naît de la violence faite à une Gorgone, sert un héros mortel tant que celui-ci reste dans sa mesure, puis l'abandonne lorsqu'il prétend franchir la frontière des dieux. Les versions tardives précisent que Zeus envoya un taon piquer le cheval : l'image du cavalier précipité devient, chez les poètes et les moralistes, l'exemple même de l'hybris punie.
Le mythe est profondément corinthien. Bellérophon passe pour le petit-fils de Sisyphe, roi de Corinthe ; la cité vénérait une Athéna Chalinitis, « qui met la bride », en souvenir de la capture du cheval (Pausanias II, 4, 1), et Pégase fut pendant des siècles le type principal de ses monnaies d'argent, ces « poulains » (pôloi) qui circulèrent dans tout l'Occident grec.

D'un coup de sabot sur l'Hélicon, en Béotie, Pégase fit jaillir l'Hippocrène, la « source du Cheval ». Chez Ovide, Minerve gravit la montagne pour voir cette fontaine nouvelle, et les Muses lui en confirment l'origine (Métamorphoses V, 256–264) ; Pausanias rapporte la même tradition locale (IX, 31, 3). Boire à l'Hippocrène devient pour les poètes latins la métaphore de l'inspiration — d'où, bien plus tard, l'image de Pégase monture des poètes.
Dans le Parnasse peint par Mantegna pour le studiolo d'Isabelle d'Este, Pégase, accompagné de Mercure, se tient à droite des Muses qui dansent : son sabot est la source même du chant. Ces Muses sont celles que Q. Pomponius Musa fit frapper une à une sur ses deniers (RRC 410).
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L'Étrurie connaît très tôt Pégase, par la céramique corinthienne importée puis par ses propres ateliers. Le chef-d'œuvre en est la plaque des chevaux ailés de Tarquinia : deux chevaux harnachés, attelés à un char aujourd'hui perdu, qui ornaient le fronton du grand temple de l'Ara della Regina. Découverte en fragments en 1938, la plaque est datée de la fin du Ve ou du début du IVe siècle av. J.-C. Le cheval ailé y est moins un personnage de récit qu'un attelage divin.
À Rome, Pégase n'a pas de culte. Il entre dans l'imagerie monétaire par l'Italie grecque — Corinthe, ses colonies et Lampsaque, sur l'Hellespont, où un avant-train de cheval ailé était le type monétaire. Sur les deniers républicains, son choix renvoie d'abord à un programme personnel du monétaire : jeu de mots, culte familial ou goût hellénisant, comme le montrent les exemples ci-dessous.
IIIe s. av. J.-C. — Pégase apparaît sur les monnayages romano-campaniens anonymes : double-litra et litra de bronze à la tête d'Hercule (RRC 27/3–4), semis de l'aes grave frappés d'un Pégase sur chaque face (RRC 26/6). Le motif est emprunté au répertoire grec d'Italie du Sud.
90 av. J.-C. — Q. Titius place Pégase au revers de ses deux deniers (têtes de Mutinus Titinus et de Liber) et de son quinaire (RRC 341/1–3).
74 av. J.-C. — L. Cossutius Sabula réunit Méduse au droit et Bellérophon sur Pégase au revers (RRC 395/1), seule représentation républicaine du héros.
078AN · Double-litra · RRC 27/3Le double-litra (RRC 27/3) et la litra (RRC 27/4) portent au droit la tête d'Hercule coiffée de la léonté, une massue sous le cou, et au revers Pégase galopant à droite, surmonté d'une massue sur le double-litra, d'un arc sur la litra. Ces dénominations grecques, frappées pour la circulation campanienne, rattachent le cheval ailé à la sphère héroïque d'Hercule.
073AN · Semis · RRC 26/6Dans l'aes grave coulé, le semis RRC 26/6 présente un Pégase sur chaque face — à droite au droit, à gauche au revers —, avec la marque de valeur S (semis, demi-as). Un autre semis à double Pégase, de variante voisine, est catalogué sous la fiche 035AN.
1212TI · Denier · RRC 341/1 · Mutinus TitinusEn 90 av. J.-C., le monétaire Quintus Titius fait de Pégase le revers constant de son monnayage d'argent : le cheval ailé s'élance vers la droite, les pattes arrière posées sur une base qui porte le nom Q·TITI. Le droit varie : tête barbue de Mutinus Titinus au diadème ailé sur le denier RRC 341/1, tête de Liber couronnée de lierre sur le denier RRC 341/2, buste de la Victoire sur le quinaire RRC 341/3.
1213TI · Denier · RRC 341/2 · LiberMutinus Titinus, divinité ithyphallique de la fécondité assimilée à Priape, offre au monétaire un jeu de mots sur son propre nom (Titinus / Titius). Le choix de Pégase s'éclaire par le même cercle : Priape était le dieu de Lampsaque, cité dont le type monétaire était un avant-train de cheval ailé. Le programme Titius associe ainsi deux images empruntées à une même cité grecque.
1214TI · Quinaire · RRC 341/3Le denier à la tête de Mutinus Titinus connut une diffusion jusqu'en Gaule : son droit fut copié par les Rutènes sur un bronze légendé TATINOS, comme le signale la fiche 1212TI. Le revers au Pégase, lui, devint un type familier du public romain à la veille de la Guerre sociale.

Le denier réunit sur ses deux faces la mère et le fils : Méduse, dont la décapitation fit naître Pégase, et le cheval ailé monté par Bellérophon. C'est la seule représentation de Bellérophon dans tout le monnayage républicain.
Les Cossutii sont une famille de rang équestre : Suétone rapporte que César fut fiancé dans sa jeunesse à une Cossutia, « d'une famille de chevaliers mais très riche » (César, 1). Plusieurs Cossutii sont attestés en Grèce, à Délos et à Athènes, comme négociants ou entrepreneurs. Grueber rapprochait les types du denier du monnayage de Corinthe, patrie de Bellérophon et cité du Pégase monétaire, et y voyait l'indice d'attaches de la famille avec cette ville. L'hypothèse n'est pas démontrée, d'autant que Corinthe, détruite en 146 av. J.-C., n'existait plus comme cité en 74 : la référence serait alors à son ancien monnayage, qui circulait encore.
Références : RRC 395/1 · Babelon, Cossutia 1 · Sydenham 790 · Atelier : Rome · Argent.
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Pégase finit au ciel. Aratos décrit le Cheval céleste et le rattache à l'Hippocrène (Phénomènes, 205–224) ; Ovide, au 7 mars des Fastes, salue le lever de l'astre « né du sang de la Gorgone », qui jouit désormais du ciel qu'il cherchait de ses ailes (Fastes III, 449–458). La constellation de Pégase, avec son grand carré, est l'une des 48 retenues par Ptolémée et figure toujours dans le ciel d'automne.
La Renaissance et l'âge baroque reprennent le combat contre la Chimère comme sujet héroïque : l'esquisse de Rubens en retient l'élan diagonal du cheval, très proche du schéma des mosaïques antiques et du revers de Cossutius.
- Hésiode, Théogonie, 276–286 — union de Méduse et de Poséidon, naissance de Chrysaor et de Pégase, étymologie par les sources de l'Océan, Pégase porteur de la foudre ; v. 325 — la Chimère tuée par Pégase et Bellérophon.
- Homère, Iliade, VI, 155–202 — histoire de Bellérophon : Chimère, Solymes, Amazones, errance finale (Pégase n'y est pas nommé).
- Pindare, Olympiques, XIII, 63–92 — capture de Pégase près de la Peirène grâce à la bride d'or d'Athéna ; Isthmiques, VII, 44–47 — Pégase désarçonne Bellérophon.
- Aratos, Phénomènes, 205–224 — la constellation du Cheval et l'Hippocrène.
- Apollodore, Bibliothèque, II, 3, 1–2 (Bellérophon) ; II, 4, 2 (naissance de Pégase).
- Ovide, Métamorphoses, IV, 785–786 (naissance) ; V, 256–264 (l'Hippocrène) ; Fastes, III, 449–458 (la constellation de Pégase).
- Pausanias, II, 4, 1 (Athéna Chalinitis à Corinthe) ; IX, 31, 3 (l'Hippocrène sur l'Hélicon).
- Suétone, Vie de César, 1 — Cossutia, issue d'une famille équestre.
- Crawford, M. H., Roman Republican Coinage, Cambridge, 1974 — RRC 26, 27, 341 et 395.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — Cossutia, Titia.
- Grueber, H. A., Coins of the Roman Republic in the British Museum, Londres, 1910 — notice du denier de L. Cossutius Sabula.
- Sydenham, E. A., The Coinage of the Roman Republic, Londres, 1952.
- Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae (LIMC), VII, 1994, s.v. « Pegasos » et « Bellerophon ».
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