Sanctuaire de la Fortuna Primigenia

Sanctuaire de la Fortuna Primigenia · Architecture romaine · LesDioscures Sanctuaire de la Fortuna Primigenia Préneste · Architecture théâtrale romaine · IIe siècle av. J.-C. Nature Sanctuaire oraculaire Localisation Palestrina (Préneste), Italie Période IIe s. av. J.-C. Style République tardive Dédicace Fortuna Primigenia Le Sanctuaire de la Fortuna Primigenia à Préneste (aujourd’hui Palestrina, Italie) n’est pas un temple ordinaire : c’est un sanctuaire colossal et spectaculaire dédié à la déesse Fortune. Il constitue l’un des exemples les plus impressionnants de l’architecture romaine de la période républicaine tardive, et a durablement influencé la conception des grands édifices publics et complexes impériaux qui lui ont succédé. Niché sur les pentes abruptes du mont Ginestro, le sanctuaire tire pleinement parti de la topographie naturelle pour déployer une série de terrasses monumentales. Cette utilisation dramatique du terrain est sa caractéristique majeure : la montagne elle-même devient le piédestal du culte de la déesse. L’ensemble s’articule sur plusieurs niveaux reliés par escaliers et rampes, soutenus par des murs en opus incertum et opus quasi reticulatum. La progression à travers le complexe était conçue comme une expérience à la fois théâtrale et spirituelle. Ruines du sanctuaire de la Fortuna Primigenia · Palestrina (ancienne Préneste) · Photo Zanner · CC BY-SA 3.0 « Préneste est célèbre pour la fraîcheur de ses sources et pour son oracle, dont les réponses, gravées sur des tablettes de chêne, sont tirées par un enfant. » — Cicéron, De Divinatione, II, 41 ✦ La déesse et l’oracle 01 Fortuna Primigenia — La Première Enfantée Culte oraculaire · IIIe–Ier s. av. J.-C. Le complexe était dédié à Fortuna Primigenia, dont l’épithète signifie « la Première Enfantée » ou « Mère Originelle » — une déesse associée à la naissance, à la chance et au destin, parfois présentée comme la fille aînée de Jupiter et de Junon. Son culte à Préneste était l’un des plus anciens et des plus réputés d’Italie. Préneste était célèbre dans tout le monde romain pour son oracle, dont les sortes Praenestinae — des tablettes de bois ou de chêne gravées de prophéties — étaient tirées au sort par un enfant pour délivrer les messages divins. Selon la légende, cet oracle fut établi après qu’un certain Numerius Suffustius, averti par des songes répétés, eut découvert les tablettes sacrées enfouies dans la roche. Le cœur du sanctuaire se situait dans la grotte oraculaire, nichée près de la base du complexe. 🎲 Les Sortes Tablettes gravées tirées au sort par un enfant. Instrument principal de la divination prénestine. 🌟 Primigenia « La Première Enfantée » — à la fois fille de Jupiter et mère des dieux, associée à l’origine et à la fécondité. 🌊 La Roue Attribut classique de Fortuna symbolisant le cycle imprévisible du destin et le hasard de la fortune. 🏛️ La Grotte oraculaire Cœur sacré du sanctuaire, espace chthonien d’où émergeaient les réponses divines. ✦ Un chef-d’œuvre d’architecture théâtrale ⚡ Premier grand exemple de l’architecture en terrasses à Rome Le sanctuaire de Préneste constitue le prototype le plus abouti de l’architecture en terrasses dans le monde romain. En fusionnant ingénierie romaine — arches, voûtes en opus incertum — et ambition monumentale hellénistique, il a établi un modèle formel qui se retrouvera dans les grands forums impériaux, la Villa Hadriana, et même dans le Temple d’Hercule Victor à Tivoli. 02 Les terrasses et la progression rituelle IIe s. av. J.-C. 🏛 Architecture en niveaux · Rampes voûtées · Portiques L’ensemble s’organise sur plusieurs niveaux successifs, chacun doté de portiques, de bassins d’eau et de colonnades. Ces espaces intermédiaires n’étaient pas de simples paliers de transition : ils constituaient des lieux d’attente et de procession où le pèlerin se préparait mentalement à l’approche du divin. La progression vers le sommet était ainsi chargée d’une dramaturgie spirituelle soigneusement orchestrée. La rampe couverte — une impressionnante série de rampes voûtées — permettait d’accéder aux niveaux supérieurs sans emprunter les escaliers plus abrupts. Cette solution technique, fondée sur la maîtrise romaine de l’arc et de la voûte en berceau, anticipait les grandes infrastructures de l’architecture impériale. R1 Maquette de restitution du sanctuaire Reconstitution moderne · Musée archéologique de Palestrina Maquette de restitution du sanctuaire · Musée archéologique national de Palestrina · CC BY-SA La maquette conservée au musée de Palestrina permet de visualiser l’ampleur du projet originel : une succession de terrasses monumentales culminant en une vaste exèdre semi-circulaire, couronnée d’un petit temple circulaire. L’échelle de l’ensemble rappelle les aménagements de sanctuaires hellénistiques comme Pergame ou Lindos, mais traités avec la rigueur et la solidité de l’ingénierie romaine. ✦ Le couronnement architectural : la Cavea 03 L’exèdre semi-circulaire et le temple rond Sommet du complexe · IIe s. av. J.-C. Au sommet de la structure se trouve l’élément le plus reconnaissable et le plus spectaculaire : une large esplanade semi-circulaire — l’exèdre, ou cavea — dominée par un petit temple circulaire (tholos). Cette disposition rappelle irrésistiblement un théâtre ou une cavea antique, où la déesse trônerait en position centrale, offrant au regard une vue imprenable sur la plaine pontine. Cette architecture, qui fusionne l’ingénierie romaine triomphante et l’aspiration hellénistique à l’espace monumental, a exercé une influence profonde sur les générations suivantes. On en retrouve les échos dans le Temple d’Hercule Victor à Tivoli, dans le plan des grands forums impériaux, et jusque dans les aménagements de la Villa Hadriana — ce dernier complexe représentant, en quelque sorte, l’aboutissement d’une tradition architecturale dont Préneste était le point de départ. ✦ Un trésor retrouvé : la Mosaïque du Nil 04 La Mosaïque nilotique de Palestrina Début du Ier s. av. J.-C. 🎨 Mosaïque hellénistique · Tesselles de pierre · Musée archéologique de Palestrina Mosaïque nilotique de Palestrina · Début du Ier s. av. J.-C. · Tesselles de pierre et de verre · Musée archéologique national de Palestrina · Domaine public Le complexe abritait également le célèbre Mosaïque du Nil (ou Mosaïque nilotique de Palestrina), datant du début du Ier siècle avant notre ère. Exposée dans l’une des exèdres du sanctuaire, cette œuvre majeure représente une
Junon Moneta

Junon Moneta · Iconographie numismatique · LesDioscures Junon Moneta Gardienne des finances & Mère de la monnaie · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité romaine · Épouse de Jupiter Surnom Moneta — « Celle qui avertit » Temple Arx capitoline · 344 av. J.-C. Héritage Monnaie · Money · Moneda Monnaie RRC 396/1 De toutes les facettes de Junon, reine des dieux et épouse de Jupiter, celle de Junon Moneta est sans doute l’une des plus fascinantes et des plus durables. Plus qu’une figure religieuse, elle est la déesse tutélaire qui a donné son nom à l’institution économique fondamentale de la civilisation occidentale : la monnaie. Chaque fois que nous utilisons les mots « monnaie », money ou moneda, nous prononçons sans le savoir le nom de cette déesse romaine. Le surnom Moneta dérive du verbe latin monere — « avertir », « conseiller », « mettre en garde ». Son origine remonte à un épisode fondateur : lors de l’invasion gauloise de 390 av. J.-C., les oies sacrées gardées dans son temple sur l’Arx capitoline avertirent le défenseur romain Marcus Manlius de l’attaque nocturne imminente, sauvant la citadelle. En remerciement, Junon fut créditée d’avoir monuit (averti) les Romains, et son temple inauguré en 344 av. J.-C. devint, deux siècles plus tard, le berceau de la frappe monétaire romaine. « C’est dans les dépendances du temple de Junon Moneta que les Romains établirent leur principal atelier de frappe — et de ce lieu sacré naquit le mot qui désigne la monnaie dans toutes les langues romanes. » — D’après Tite-Live & Cicéron, De Divinatione ✦ Représentations remarquables R1 La Junon Ludovisi — Tête colossale en marbre Ier siècle ap. J.-C. · Palazzo Altemps, Musée national romain, Rome La Junon Ludovisi · Tête colossale en marbre · Ier siècle ap. J.-C. · Palazzo Altemps, Musée national romain, Rome, inv. 8631 · Domaine public La Junon Ludovisi est l’une des sculptures antiques les plus célèbres au monde. Cette tête colossale en marbre grec — haute de près d’un mètre — appartint à la collection Ludovisi formée par le cardinal Ludovico Ludovisi au XVIIe siècle et se trouve aujourd’hui au Palazzo Altemps. Le diadème à décor de lotus et palmettes, le bandeau tressé (vitta) et l’expression d’une sérénité royale souveraine ont fasciné les plus grands esprits : Goethe, qui en obtint un moulage en 1787, la décrivit comme une « œuvre divine ». La scholarship moderne tend à identifier cette tête à un portrait idéalisé d’Antonia Minor, nièce d’Auguste et mère de l’empereur Claude — les deux œuvres étant tellement imbriquées dans la tradition artistique julio-claudienne qu’il est impossible de les séparer. Que l’on y voie Junon reine des dieux ou la noble romaine par excellence, cette œuvre incarne l’idéal de majesté féminine auquel les graveurs monétaires s’inspirèrent pour représenter Junon Moneta sur les deniers républicains. R2 Junon Ludovisi — Vue complète avec vitta et diadème Ier siècle ap. J.-C. · Détail iconographique Junon Ludovisi avec vitta (bandeau tressé) · Vue complète · Palazzo Altemps, Musée national romain, Rome · CC BY-SA Cette vue plus complète met en valeur les attributs iconographiques précis de Junon tels qu’ils apparaissent sur la sculpture : le diadème orné de motifs végétaux (lotus et palmettes), les vittae — bandelettes sacrées tressées — qui encadrent le visage, et la mèche bouclée tombant sur l’épaule. Ces éléments sont exactement ceux que les graveurs de monnaies républicains reproduisent, avec la précision du flan d’argent le permettant, sur le buste diadémé de Junon Moneta. La comparaison entre cette sculpture et les avers des deniers portant Junon Moneta est saisissante : le diadème, l’expression de souveraineté calme et la coiffure ordonnée sont traduits avec une fidélité remarquable sur le petit format monétaire. Le denier de L. Plaetorius Cestianus (RRC 396/1) porte ainsi, condensée sur quelques millimètres d’argent, l’écho de cette tradition sculpturale de la majesté junonienne. ✦ L’origine du surnom Moneta 01 Les oies du Capitole & la naissance d’un surnom 390 av. J.-C. — Invasion gauloise En 390 av. J.-C., les Gaulois de Brennus s’emparent de Rome et assiègent la citadelle capitoline. Une nuit, des guerriers gaulois entreprennent l’escalade silencieuse des remparts. Les sentinelles dorment, les chiens n’ont pas aboyé — mais les oies sacrées de Junon, gardées dans l’enceinte du temple, s’agitent bruyamment. Marcus Manlius Capitolinus, réveillé par leurs cris, alerte les défenseurs et repousse l’assaut. Cet épisode fondateur valut à Junon le surnom de Moneta — de monere, « avertir » : la déesse avait mis en garde (monuit) les Romains du danger. En reconnaissance, un temple lui fut érigé sur l’Arx — l’une des deux hauteurs du Capitole — et inauguré en 344 av. J.-C. Ce sanctuaire, au cœur de la citadelle sacrée de Rome, allait bientôt devenir le lieu de naissance d’une institution économique millénaire. 🪿 Les Oies sacrées Gardées dans le temple de Junon sur le Capitole. Leur cri nocturne sauva Rome de l’attaque gauloise — d’où le surnom Moneta (« Celle qui avertit »). 🏛️ L’Arx capitoline Hauteur nord du Capitole, siège du temple de Junon Moneta inauguré en 344 av. J.-C., où fut ensuite installé l’atelier monétaire. 🔨 L’Atelier monétaire Vers 269 av. J.-C., l’atelier de frappe s’installe dans les dépendances du temple. La Moneta devient le lieu — puis l’objet — de la frappe. 💶 L’Héritage linguistique Du latin moneta : français « monnaie », anglais money, espagnol moneda, italien moneta. Un mot universel né d’une nuit gauloise. 02 De l’avertissement divin à l’atelier monétaire — Un glissement unique Vers 269 av. J.-C. · Réforme monétaire romaine Vers 269 av. J.-C., lors de la grande réforme monétaire qui introduit le denier d’argent à Rome, les autorités décident d’installer l’atelier principal de frappe directement dans les dépendances du temple de Junon Moneta sur l’Arx. Ce n’est pas un hasard : la déesse garante de l’avertissement divin devient la garante de l’intégrité et de la valeur de la monnaie. Sa présence sacrée est un gage de fiabilité. Par un glissement sémantique remarquable, le
Genius Populi Romani

Genius Populi Romani · Iconographie numismatique · LesDioscures Genius Populi Romani L’Âme Immortelle de la République et de l’Empire · G.P.R. · Iconographie numismatique · République romaine Nature Personnification de l’essence de Rome Attributs Corne d’abondance · Patère · Sceptre Légende G · P · R Concept lié Genius individuel · Iuno Monnaie RRC 393/1 Le concept de Genius est l’une des idées les plus profondes et les plus originales de la religion romaine. Dans son sens fondamental, le genius est l’esprit divin qui accompagne chaque homme de sa naissance à sa mort — sa force vitale, sa capacité à engendrer, son alter ego divin. Pour chaque femme, l’esprit correspondant est la Iuno. Rendre un culte à son genius, c’est célébrer sa propre vie et son identité dans leur dimension transcendante. Étendu à la communauté tout entière, ce concept prend une dimension gigantesque : le Genius Populi Romani n’est pas la simple addition des génies individuels — c’est la personnification de l’essence même, du caractère, de la puissance et de la pérennité de l’État romain. Il incarne le destin promis à Rome, cette force invisible qui fait que Rome n’est pas seulement une ville parmi d’autres, mais une res publica aeterna — une chose publique éternelle. Sa légende monétaire, trois lettres d’or sur l’argent des deniers — G · P · R — est l’une des plus concises et des plus chargées de sens de toute la numismatique antique. « C’est par la faveur du Génie du Peuple Romain que Rome est la maîtresse du monde. Son destin n’est pas le hasard — il est la promesse d’un esprit immortel. » — D’après Cicéron, De Republica, I, 39 ✦ Représentations remarquables R1 Le « Lare Farnèse » — Probable Genius Populi Romani, MANN Naples IIe siècle ap. J.-C. · Musée archéologique national de Naples, inv. 5975 « Lare Farnèse » — probable Genius Populi Romani · Marbre · IIe s. ap. J.-C. · MANN Naples, inv. 5975 · Domaine public Cette statue colossale en marbre, dite traditionnellement « Lare Farnèse » parce qu’elle appartint à la collection Farnese avant d’entrer au Musée archéologique national de Naples, est aujourd’hui identifiée par les spécialistes comme une représentation probable du Genius Populi Romani. Le type iconographique — jeune garçon aux cheveux bouclés tenant une patère, drapé d’un vêtement dont le manteau retombe sur les épaules, chaussé de sandales romaines — correspond exactement à la description du Genius tel qu’on le retrouve sur les monnaies républicaines et impériales. La main gauche, reconstituée, tient ce qui est maintenant représenté comme un bouquet de fleurs — mais les archéologues estiment qu’elle devait originellement porter une corne d’abondance, attribut principal du Genius Populi Romani sur les deniers. Cette statue illustre la façon dont les Romains matérialisaient une abstraction aussi vaste que l’essence de Rome : en un jeune homme aux traits idéalisés, serein et plein de grâce, portant les symboles de la prospérité et du rituel. R2 Statuette d’un genius protecteur — Trésor de Mâcon 150–220 ap. J.-C. · Trésor de Mâcon · Hessisches Landesmuseum Darmstadt Statuette d’un genius protecteur · Trésor de Mâcon · 150–220 ap. J.-C. · CC BY-SA Cette statuette provient du célèbre trésor de Mâcon, l’un des plus importants dépôts d’objets en métal précieux de la Gaule romaine, enfoui vers 200–260 ap. J.-C. Elle représente un genius protecteur sous la forme d’un homme en toge, voilé pour le sacrifice (capite velato), tenant une patère — posture rituelle canonique du Génie dans l’acte d’effectuer une libation aux dieux. Cette petite statuette illustre la diffusion provinciale du concept de genius : de Rome et de ses colonies italiennes, le culte des génies — familiaux, d’empereurs, de corporations, de lieux — s’est répandu dans tout l’Empire, de la Gaule à la Syrie. Le type du Génie voilé et à la patère est partout identique, témoignant de la cohérence iconographique de la religion romaine à travers ses provinces. C’est précisément cette ubiquité du genius qui explique sa centralité politique : un concept capable de traverser toutes les cultures et toutes les religions locales de l’Empire sous une forme unique et reconnaissable. ✦ Le concept de Genius — Du foyer à l’État 01 Du genius individuel au Genius Populi Romani Religion romaine · Du IIIe s. av. J.-C. à l’Empire 👤 Genius individuel Chaque homme romain possède son genius — esprit divin qui lui confère vie, force et capacité à engendrer. On le fête à son anniversaire avec libations et encens. 🏛️ G.P.R. Genius Populi Romani — l’essence collective de Rome, sa force vitale transcendante. Ces trois lettres sur un denier signifient que la monnaie est placée sous la protection de Rome éternelle. 🌾 Corne d’abondance Attribut principal du G.P.R. sur les monnaies — la prospérité que Rome apporte au monde est le fruit de cet esprit protecteur, et non du hasard. ⚖️ La Patère Coupe à libations — le G.P.R. en train d’offrir est la métaphore du devoir de Rome envers les dieux : c’est la piété de l’État qui garantit sa pérennité. La grande originalité du genius romain par rapport aux conceptions grecques est sa dimension vitale et génésique : le genius est littéralement la force qui fait que la vie se perpétue. De là, le passage au Genius Populi Romani est naturel : ce qui se perpétue dans Rome, ce n’est pas seulement une population ou une ville — c’est une force, un destin, quelque chose d’indestructible qui transcende les individus, les guerres civiles et les crises. 02 République, guerres civiles & Empire — Le genius comme outil politique IIe s. av. J.-C. → Empire Pendant les guerres civiles de la fin de la République, invoquer le Genius Populi Romani sur une monnaie était un acte politique puissant : le parti qui le faisait se posait en défenseur de l’essence même de Rome contre ses ennemis, présentés comme des perturbateurs de l’ordre divin. C’est exactement le message que Cn. Lentulus Marcellinus envoie depuis son atelier militaire d’Hispanie en 76–75 av. J.-C. : les legions
Temple de Jupiter Libertas

Temple de Jupiter Libertas · Aventin · Liberté Romaine · LesDioscures Temple de Jupiter Libertas Libertas · Aventin · Plèbe romaine · Affranchissement · Atrium Libertatis · Denier Egnatia · RRC 391/2 EmplacementColline de l’Aventin FêteIdes d’avril · 13 avril DivinitésJupiter · Libertas Lié àAtrium Libertatis · Manumissio Monnaie citéeDenier Egnatia · RRC 391/2 Le concept de liberté, valeur fondamentale de la République romaine, n’était pas seulement une idée politique ou sociale — il était incarné par une divinité, Libertas, souvent associée au maître des dieux, Jupiter. Parmi les sanctuaires dédiés à ces idéaux, le Temple de Jupiter Libertas sur l’Aventin tenait une place particulière dans la conscience civique romaine. Moins prestigieux que son illustre voisin capitolin, ce temple portait un message plus personnel, plus populaire — celui de la liberté accessible à tous, des affranchis aux citoyens luttant pour leurs droits. Un message gravé dans la pierre de l’Aventin, colline des plébéiens par excellence. « L’union de Jupiter et Libertas n’est pas fortuite — elle signifie que la liberté n’est pas un désordre mais un droit sacré, garanti par le dieu souverain lui-même. La liberté est l’ordre divin, non son contraire. » — Christopher Mérat, Temple de Jupiter Libertas, LesDioscures.com ✦ L’Aventin — La colline de la plèbe et de la liberté 01 Foyer plébéien · Sanctuaires populaires · Ides d’avril Aventin · Rome Temple de Jupiter Libertas · Aventin · Vue restituéeLe Temple de Iuppiter Libertas était localisé sur l’Aventin — peut-être près du temple de Junon Regina. Sa dédicace était célébrée aux Ides d’avril (13 avril). Cette colline revêtait une importance symbolique majeure dans la topographie civique de Rome. 🏘️ Le Foyer Plébéien Historiquement, l’Aventin était le lieu de résidence privilégié de la plèbe — la classe populaire qui, pendant des siècles, avait lutté pour ses droits et sa reconnaissance face au patriciat. 🌾 Sanctuaires Populaires L’Aventin abritait le temple de la Triade plébéienne (Cérès, Liber et Libera) — cultes des classes modestes. Associer Jupiter Libertas à cette zone renforçait le caractère populaire et accessible de la liberté. 📅 Ides d’avril Dédicace célébrée le 13 avril — une date printanière associée au renouveau, au retour de la vie après l’hiver, cohérente avec le thème de la libération et de l’affranchissement. 🏛️ Voisinage sacré Localisé probablement près du temple de Junon Regina sur l’Aventin — l’Aventin comme pôle religieux et politique alternatif au Capitole, ancré dans la tradition plébéienne. ✦ Libertas — Déesse allégorique de la République 02 Pileus · Manumissio · L’union avec Jupiter — La liberté sacralisée Religion républicaine romaine Libertas n’était pas dotée d’une mythologie narrative complexe comme les grands dieux olympiens. Elle était une divinité allégorique qui incarnait l’idéal républicain né après l’expulsion des rois en 509 av. J.-C. 🎓 Le Pileus Le pileus — bonnet phrygien — était l’attribut iconographique de Libertas. Coiffe portée par les affranchis lors de la cérémonie de manumissio, il était devenu un emblème universel de la liberté. 🔓 Affranchissement Son culte était fortement lié à la manumissio — l’esclave libéré devenait un libertus et la déesse protégeait cette transition. La liberté romaine n’était pas abstraite : elle avait un rite, un geste, un lieu. ⚖️ Libertas civique Au-delà de l’affranchissement individuel, Libertas incarnait les libertés politiques des citoyens — droit au vote, protection contre la tyrannie, droit d’appel (provocatio). La liberté comme statut constitutionnel. ⚡ L’union de Jupiter et Libertas — Un message constitutionnel L’ajout de l’épithète Libertas au nom de Jupiter est un acte théologique et politique délibéré. Jupiter était le dieu de l’ordre cosmique, des serments et du droit. L’association de la Liberté à Jupiter lui conférait un ancrage à la fois suprême et légitime : la liberté n’était pas un désordre ou une subversion, mais un droit sacré garanti par le dieu souverain lui-même. En élevant Libertas au rang de parèdre de Jupiter, Rome sacralisait l’idéal républicain : le droit à la liberté était aussi fondamental et inviolable que la puissance de Jupiter. ✦ Le fondateur — Tiberius Sempronius Gracchus · 238 av. J.-C. 03 Un père des Gracques à l’origine du temple — Victoire et piété 238 av. J.-C. · Aventin · Rome Les recherches de LesDioscures.com précisent une donnée essentielle que l’article originel laissait dans le vague : le temple fut construit en 238 av. J.-C. par Tiberius Sempronius Gracchus — père des célèbres réformateurs Tiberius et Caius Gracchus — après une victoire militaire. Ce contexte de fondation est révélateur. Gracchus ne construisit pas ce temple par simple dévotion — il l’offrit à Rome en remerciement d’une victoire, selon la pratique du votum militaire. En choisissant l’association Jupiter-Libertas plutôt qu’un autre dieu, il affirmait un idéal politique précis : la victoire romaine était au service de la liberté, et c’est sous sa protection que l’État républicain s’était agrandi. ⚡ Gardien des archives sénatoriales — Libertas et la mémoire institutionnelle Le temple fondé par Gracchus servait également de dépôt pour les archives sénatoriales — Libertas, gardienne des archives, symbolisait la liberté comme garante de l’ordre républicain et de la mémoire institutionnelle. Ce double rôle — sanctuaire et bibliothèque — n’est pas anodin : en confiant les lois à la déesse Libertas, Rome affirmait que la liberté et l’ordre institutionnel étaient inséparables. C’est le même message que portera l’Atrium Libertatis des siècles plus tard. Aujourd’hui, la colline de l’Aventin est l’un des quartiers les plus paisibles de Rome. Le Jardin des Orangers (Giardino degli Aranci / Parc Savello) occupe la partie haute de la colline, offrant une vue panoramique sur le Tibre et le dôme de Saint-Pierre. C’est dans cette zone — dont la localisation précise reste débattue entre spécialistes — que se trouvait probablement le Temple de Jupiter Libertas. Aucune trace visible ne subsiste, mais la colline elle-même, avec ses orangers et sa sérénité, perpétue l’atmosphère de recueillement qui avait fait de l’Aventin le foyer spirituel de la plèbe romaine. ✦ L’Atrium Libertatis — Archives et affranchissement 04 Archives sénatoriales · Cérémonies d’affranchissement République romaine Le culte de la Liberté était également lié
Lituus

Lituus · Bâton Augural · Pouvoir Sacerdotal · LesDioscures Lituus Bâton Augural · Pouvoir Sacerdotal · Auspices · Romulus · Numismatique romaine Nature Bâton augural Forme Droit avec volute tronquée Matière Bois de noyer Porteur Augure Monnaie citée Denier Caecilia · RRC 374/2 Le lituus n’est pas un simple objet : c’est un puissant emblème du pouvoir et de la relation complexe qu’entretenaient les Romains avec le divin. Indissociable de la fonction d’augure, ce bâton courbe jouait un rôle essentiel dans la prise de décision politique et militaire de la République puis de l’Empire. Sa présence sur les monnaies romaines n’est jamais anodine : représenter le lituus sur un denier, c’est affirmer que la famille du magistrat était liée au Collège des Augures — l’une des quatre grandes prêtrises romaines — et revendiquer une légitimité sacrée héritée de la fondation même de Rome par Romulus. « Le lituus est bien plus qu’un simple crochet : c’est la matérialisation du lien entre les Romains et leurs divinités — le pouvoir de la classe sacerdotale, l’acte fondateur de la Cité et l’autorité suprême de l’Empereur réunis en un seul objet. » — Christopher Mérat, Lituus, LesDioscures.com ✦ Description et fonction — L’outil de l’augure 01 Forme, matière et usage — Le bâton à volute tronquée Religion romaine · République & Empire Lituus · Bâton augural à volute tronquée Le lituus est un bâton augural caractérisé par sa forme singulière : long et droit, il se termine par une volute ou une crosse courbe et tronquée, sans former de cercle complet. Traditionnellement fabriqué en bois de noyer, il était dans les représentations souvent orné ou de couleur bronze. 📐 La Volute Tronquée Signe distinctif du lituus — une crosse courbe qui ne forme pas un cercle complet, différenciant ainsi le bâton augural du lituus militaire (trompette courbée). 🌳 Bois de Noyer Matière traditionnelle — arbre associé à Jupiter, le roi des dieux. Ses vertus protectrices renforçaient le caractère sacré de l’instrument. 🦅 Les Auspicia Outil exclusivement réservé au rituel de prise d’auspices — observation des signes divins (vol des oiseaux, comportement des poulets sacrés, phénomènes célestes). 🏛️ L’Augure Prêtre chargé d’interpréter les signes divins avant toute action publique majeure — élections, déclarations de guerre, fondation de colonies. ✦ Le Rituel — Délimiter le Templum 02 Prise d’auspices — Un rituel en trois actes Droit augural romain L’usage le plus emblématique du lituus était la délimitation du templum — l’espace sacré d’observation. Le rituel se déroulait en trois étapes précises : Le Rituel : L’augure, orienté vers le sud, traçait mentalement (ou dans le ciel) une zone sacrée rectangulaire appelée templum à l’aide de son lituus. Cette zone délimitait l’espace valide d’observation et de consultation divine. L’Observation : Les signes observés à l’intérieur de ce templum — principalement le vol des oiseaux, leur chant, l’appétit des poulets sacrés, ou les phénomènes célestes — étaient considérés comme l’expression de la volonté des dieux. L’Interprétation : L’augure déterminait si les dieux étaient propices (auspicia bona) ou contraires (auspicia mala), ce qui décidait de la poursuite ou de l’abandon de l’entreprise envisagée. ⚡ Un pouvoir absolu sur la vie politique romaine L’augure, portant le lituus, avait pour mission d’interroger les dieux avant toute action publique majeure : élections de magistrats, promulgation de lois, déclarations de guerre, ou campagnes militaires. En théorie, un augure pouvait interrompre n’importe quelle assemblée en déclarant avoir observé un mauvais présage — pouvoir considérable qui faisait de cette prêtrise un outil politique autant que religieux. ✦ Le Lituus de Romulus — La légende fondatrice 03 Romulus augure · Le bâton miraculeux de la Curie des Saliens Mythes fondateurs de Rome L’importance du lituus est ancrée dans les mythes fondateurs de Rome. La tradition rapporte que Romulus, le fondateur et premier roi de Rome, était lui-même un augure accompli. 🦅 La Fondation de Rome Avant de fonder la ville, Romulus utilisa son lituus pour délimiter le templum où il vit douze vautours — signe favorable lui donnant l’avantage sur son frère Rémus (qui n’en vit que six). 🔥 Le Bâton Miraculeux Après la mort de Romulus, son lituus fut précieusement conservé dans la Curie des Saliens. Il disparut lors d’un incendie puis réapparut intact sous les cendres — signe de son caractère sacré et indestructible. Cette légende du lituus miraculeux illustre parfaitement le statut particulier de cet instrument : il n’était pas simplement un outil, mais le lien matérialisé entre Rome et ses dieux, conservé comme une relique fondatrice à travers les siècles. ✦ Le lituus dans la numismatique — Denier Caecilia 04 Denier Caecilia · RRC 374/2 · Q. Cæcilius Metellus Pius Imperator · ~81 av. J.-C. Denier Caecilia · RRC 374/2 · Q. Cæcilius Metellus Pius · ~81 av. J.-C. 🏛 Description du denier · RRC 374/2 Avers Anépigraphe Tête de Pietas (la Piété) diadémée à droite · Devant le visage, une cigogne — symbole de la piété filiale (cognomen de Metellus « Pius ») Revers IMPER Capis (louche à libations) et lituus à gauche · Le tout dans une couronne d’olivier · Imperator Le revers de ce denier réunit deux instruments sacerdotaux majeurs — le capis et le lituus — dans une couronne d’olivier. Cette association est un programme iconographique dense : le lituus signale l’appartenance de Metellus au collège des augures, le capis évoque les rites de libation, et la couronne d’olivier symbolise la victoire et la paix. Le titre d’Imperator au revers et la Pietas à l’avers (accompagnée d’une cigogne, allusion directe au surnom familial « Pius ») font de ce denier l’un des exemples les plus complets de la façon dont les magistrats romains utilisaient l’iconographie monétaire pour construire leur identité politique et religieuse. ✦ Du symbole augural à l’emblème impérial 05 Auguste Pontifex Maximus — L’appropriation impériale du lituus Haut-Empire · Ier s. av. – IVe s. ap. J.-C. Avec la fin de la République, le rôle du Collège des Augures fut progressivement intégré à la personne de l’Empereur. Le lituus devint alors un symbole de
Capis

Capis · Vase à Sacrifice · Piété Romaine · LesDioscures Capis Vase à sacrifice · Libations · Pietas · Pontifices · Numismatique romaine Nature Vase à sacrifice Forme Petit · 1 anse (monanse) Matière Terre cuite · Bronze · Argent Usage Libations · Pontifes · Flamines Monnaie citée Aureus Sylla · RRC 359/1 Le culte et la religion romaine étaient structurés par des rituels précis où chaque geste, chaque offrande et chaque ustensile avait une signification profonde. Au cœur de ces cérémonies, les instruments sacerdotaux jouaient un rôle essentiel — et parmi eux, le capis se distingue comme un témoin humble mais crucial de la pietas romaine. Vase à sacrifice de petite taille, doté d’une anse unique, le capis était spécifiquement associé aux fonctions religieuses des pontifes et des flamines. Sa présence sur les monnaies romaines — notamment sur l’aureus de Sylla — signale la légitimité religieuse de celui qui le fait représenter. « Le capis est bien plus qu’un simple vase : il est un symbole matériel de la spiritualité romaine, un lien tangible entre l’homme et ses dieux, incarnant la rigueur et la dévotion qui caractérisaient la religion de l’Urbs. » — Christopher Mérat, Capis, LesDioscures.com ✦ Description — Le capis et la patera 01 Forme, matière et distinction avec la Patera Religion romaine · République & Empire Capis · Vase à sacrifice à anse unique On confond souvent le capis avec la patera — la coupe large et peu profonde des libations — mais le capis s’en distingue nettement : 🏺 Le Capis Récipient de petite taille avec une anse unique (monanse). Forme haute et resserrée, destinée à contenir et doser précisément les liquides sacrés. 🥣 La Patera Coupe large et plate, sans anse ou avec anse plate. Utilisée pour verser les libations — geste visible et ample destiné à impressionner les dieux et les spectateurs du rite. 🎋 Terre cuite Matière la plus courante, utilisée dans les sanctuaires domestiques (lararia) et par les citoyens ordinaires. Accessible et fonctionnelle. 🥇 Bronze & métaux précieux Exemplaires de prestige destinés aux grands temples ou aux prêtres de haut rang — pontifes, flamines maiores — marquant leur dignité sacerdotale. ✦ La fonction rituelle — Libations et ius divinum 02 Contenir et verser — Le geste fondateur de la pietas Rite religieux romain La fonction première du capis était de contenir les liquides destinés aux libations ou de prélever une petite quantité de substance à offrir aux dieux. Les libations — verser un liquide (vin, lait, huile ou eau) sur un autel, dans le feu, ou sur le sol — étaient un acte fondamental de communication avec les divinités. Le capis permettait d’accomplir ce geste avec la précision et la solennité requises par le ius divinum (le droit divin). Les prêtres s’en servaient notamment : 🏛️ Consécration de temples Lors de la dédicace d’un nouveau temple, la libation accomplie avec le capis marquait le passage du profane au sacré — un geste fondateur. 🎉 Fêtes publiques (Feriae) Lors des grandes fêtes du calendrier religieux romain, le capis accompagnait chaque acte rituel prescrit par le pontifex maximus. 🩸 Avant le sacrifice sanglant La libation préalable purifiait l’autel et l’offrande animale — le capis était le premier instrument utilisé, avant même le couteau (culter) du victimarius. 🏠 Culte domestique Dans les lararia (sanctuaires domestiques), chaque famille romaine utilisait quotidiennement un capis en terre cuite pour honorer les Lares, Pénates et le Genius familial. ⚡ La précision du rite — Garant de la Pax Deorum Dans la religion romaine, la moindre erreur dans l’accomplissement d’un rituel (vitium) pouvait invalider l’ensemble de la cérémonie et compromettre la Pax Deorum — la paix des dieux, condition indispensable à la prospérité de Rome. Le capis, par sa forme précise permettant un dosage contrôlé du liquide sacré, était garant de la rigueur qui distinguait le rite valide de la simple offrande improvisée. ✦ Insigne du sacerdoce — Pietas et Pontifex Maximus 03 Le capis dans l’iconographie officielle romaine Monnaies · Reliefs · Monuments L’importance du capis dans la vie religieuse romaine est attestée par sa présence fréquente dans l’iconographie officielle. Il fait partie, aux côtés du lituus (bâton augural), de la patera, et de l’acerra (encensoir), des insignes du sacerdoce que les magistrats romains représentaient volontiers sur leurs monnaies pour signaler leur appartenance aux grands collèges religieux. Sur les reliefs, les pièces de monnaie et les monuments publics, l’apparition du capis symbolisait : 🙏 La Pietas Le respect des dieux et des devoirs envers la patrie et la famille — vertu cardinale romaine que le capis incarne dans sa forme la plus concrète et quotidienne. ⚖️ Légitimité sacerdotale Afficher le capis sur une monnaie signalait l’appartenance à un collège sacerdotal — pontifes, augures, flamines — et la légitimité religieuse du magistrat. 👑 Le Pontifex Maximus Titre porté par les empereurs à partir d’Auguste — représenter le capis à côté de l’Empereur renforçait l’idée qu’il était à la fois chef de l’État et garant de l’harmonie avec le divin. ✦ Le capis dans la numismatique — Aureus Sylla 04 Aureus Sylla · RRC 359/1 · Lucius Cornelius Sulla ~84–83 av. J.-C. · Imperator Iterum Aureus Sylla · RRC 359/1 · L. Cornelius Sulla · ~84–83 av. J.-C. 🏛 Description de l’aureus · RRC 359/1 Avers L · SVLLA Tête diadémée de Vénus à droite · Devant elle : statuette de Cupidon ailé, nu debout à gauche, tenant une palme · Lucius Sylla Revers IMPER / ITERV Capis (vase à sacrifices) et lituus (bâton augural) entre deux trophées militaires · Imperator Iterum — revêtu de la deuxième acclamation impériale Cet aureus est un document politique exceptionnel. Le revers réunit en une seule composition les deux sphères de légitimité que Sylla revendiquait : Le capis et le lituus — instruments des pontifes et des augures — signalent son appartenance aux grands collèges sacerdotaux et sa relation privilégiée avec les dieux. Les deux trophées militaires flanquant ces instruments sacrés expriment ses victoires guerrières, notamment en Orient contre Mithridate. La légende IMPER
Tensa

Tensa · Char des Dieux · Pompa Circensis · LesDioscures Tensa Char des dieux · Pompa Circensis · Ludi Romani · Numismatique républicaine Étymologie Tendere · « Étendre » Nature Char sacré d’apparat Traction Quadrige (4 chevaux) Contexte Pompa Circensis · Ludi Romani Monnaie citée Denier Rubria · RRC 348/1 Dans la Rome antique, chaque grande fête donnait lieu à un cortège solennel — la Pompa Circensis — qui traversait la ville depuis le Capitole jusqu’au Circus Maximus. Au cœur de ce défilé se trouvait le tensa : char sacré réservé aux dieux, voiture d’apparat richement ornée transportant les statues et insignes divins, visible symbole de la présence divine au cœur des jeux. Loin d’être un simple véhicule de cérémonie, le tensa était une déclaration théologique et politique : les dieux de Rome participaient aux jeux en personne. Sa représentation sur les deniers républicains était un acte mémoriel fort, liant le magistrat monétaire aux grandes traditions religieuses et civiques de la cité. « Le tensa sur les monnaies de la République romaine est plus qu’un motif : il est l’incarnation d’un rite sacré, rappelant le lien essentiel entre l’État romain, ses dieux et la splendeur de ses fêtes civiques. » — Christopher Mérat, Tensa, LesDioscures.com ✦ Description — Le char sacré des dieux capitolins 01 Voiture d’apparat · Quadrige · Richement ornée Religion romaine · Jeux publics Tensa · Char sacré des dieux · Pompa Circensis Le tensa (du latin tendere, « étendre » — désignant peut-être le drap tendu le protégeant) était un char sacré d’apparat, richement orné et tiré par un quadrige (quatre chevaux), réservé exclusivement aux divinités. Il transportait les statues et insignes des dieux majeurs — Jupiter, Junon, Minerve (la triade capitoline) — depuis le Capitole jusqu’au Circus Maximus. 🏺 Statues divines Le tensa transportait les effigies des dieux — leur présence physique lors des jeux. Rome ne célébrait pas sans ses dieux : ils étaient spectateurs et participants. 🐴 Le Quadrige Quatre chevaux blancs tiraient le tensa — la couleur blanche symbolisant la pureté rituelle et la faveur divine. Un conducteur spécialisé guidait l’attelage. ✨ Voiture d’apparat Panneau orné d’attributs divins (foudre de Jupiter, hibou de Minerve), surmonté d’enseignes sacrées. Ni char de guerre ni char de course — une œuvre d’art mobile. 📖 Le Tensarius Enfant de bonne famille — dont les deux parents devaient être en vie — conduit le tensa. Cette condition de bon augure garantissait la validité rituelle du cortège. ✦ La Pompa Circensis — Le grand cortège des dieux 02 Du Capitole au Circus Maximus — Un défilé théologique Ludi Romani · Fêtes solennelles Le tensa était l’élément central de la Pompa Circensis — le cortège inaugural des grands Jeux Romains (Ludi Romani). Cette procession solennelle partait du Capitole, descendait par le Forum et le Vélabre, contournait le Palatin pour rejoindre l’entrée du Circus Maximus. ⚡ Ordre du cortège — Une mise en scène politique et divine La Pompa Circensis était une mise en scène savamment ordonnée. En tête marchaient les magistrats et généraux, suivis des athletes et musiciens. Puis venaient les tensae des dieux, tirés par les quadriges. Les statues portatives des divinités secondaires (fercula) complétaient le cortège. Cette procession affirmait que Rome gouvernait avec l’approbation des dieux — le magistrat et la divinité avançant ensemble vers les jeux qu’ils avaient collectivement sanctifiés. La présence des tensae dans le cortège avait une signification théologique précise : les dieux n’assistaient pas aux jeux depuis l’Olympe — ils participaient physiquement, transportés par ces chars sacrés jusqu’aux gradins du Circus où leurs statues occupaient des loges spéciales (pulvinar). C’était l’acte fondateur de la pax deorum — la paix des dieux — renouvelée à chaque fête. ✦ Le tensa dans la numismatique — Denier Rubria 03 Denier Rubria · RRC 348/1 · Lucius Rubrius Dossenus ~87 av. J.-C. · Rome Denier Rubria · RRC 348/1 · L. Rubrius Dossenus · ~87 av. J.-C. 🏛 Description du denier · RRC 348/1 Avers DOS (Dossenus) Tête laurée de Jupiter à droite, un sceptre sur l’épaule · Dossenus (cognomen du magistrat) Revers L · RVBRI (Lucius Rubrius) Quadrige triomphal (tensa) au pas à droite, vide · Panneau orné d’un foudre · Surmonté d’un sceptre orné d’une victoriola (petite Victoire) L’avers présente la tête de Jupiter avec son sceptre — divinité suprême de la triade capitoline, dont le tensa était l’attribut principal. Ce choix établit immédiatement le registre divin et solennel de la monnaie. Le revers représente un tensa vide — détail important : le char est sans conducteur ni dieu visible, car seule la statue divine, portée en procession, occupait normalement le plateau. Le panneau orné d’un foudre (attribut de Jupiter) et le sceptre surmonté d’une victoriola identifient clairement l’appartenance du char au maître des dieux. ⚡ La Lex Rubria-Acilia et la mémoire familiale Selon l’érudit Cavedoni, ce type monétaire aurait été choisi par L. Rubrius Dossenus parce qu’une loi importante sur l’organisation des Jeux Circulaires — la Lex Rubria-Acilia — aurait été proposée par un ancêtre de ce magistrat. En représentant la tensa, il ne faisait pas seulement référence à la splendeur des Jeux : il honorait l’action de sa propre gens dans l’administration des cultes et des fêtes publiques — pratique typique des magistrats monétaires républicains, qui transformaient chaque émission en mémorial familial. ✦ Continuité iconographique — De la République à Auguste 04 Un motif traversant les siècles — Rubrius et Auguste République · Principat · IVe s. ap. J.-C. Le char du revers du denier Rubrius ressemble au char qu’on retrouve bien plus tard sur certains deniers d’Auguste (Julia 119, par exemple), démontrant une remarquable continuité iconographique entre la République et le Principat. Sous l’Empire, la tensa acquit une dimension supplémentaire : les empereurs divinisés après leur mort (divi) se voyaient eux-mêmes attribuer une tensa lors de la Pompa Circensis — un honneur extraordinaire qui les plaçait au même rang que Jupiter et Junon dans le cortège sacré des dieux de Rome. 🏛️ Sous Auguste La tensa continue d’apparaître sur les émissions
1129HE – Semuncia Herennia – Marcus Herennius – RRC 308/5

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Apollon Vejovis

[TITRE] · Iconographie numismatique · LesDioscures Apollon Véjovis Le Dieu aux Deux Visages de la Rome Antique · Iconographie numismatique républicaine NatureDivinité syncrétique OrigineSabine · Étrusque · Grecque AttributsArc · Flèches · Foudre · Chèvre Monnaies7 types recensés Période112–84 av. J.-C. Le nom d’Apollon évoque instantanément l’éclat de Delphes, la lyre harmonieuse et le Soleil. Pourtant, la mythologie romaine nous offre un portrait bien plus nuancé à travers la figure d’Apollon Véjovis (ou Vediovis). Moins connu que son homologue grec, Véjovis est une divinité complexe aux racines antiques et aux attributs énigmatiques — à la fois jeune archer guérisseur et force obscure capable de propager la maladie. Qui était ce dieu insaisissable ? Pourquoi est-il souvent dépeint comme l’inverse de Jupiter ? Son nom même — Ve-jovis, l’« anti-Jove » — annonce cette dualité fondamentale. Véjovis (Giove) · Bronze romain · Ier siècle apr. J.-C. · Wikimedia Commons · Domaine public « Aux nones de mars on célébrait la fête annuelle d’Apollon Véjovis, et on lui sacrifiait une chèvre ritu humano. » — Aulu-Gelle, Nuits Attiques, V, 12 ✦ Les racines obscures de Véjovis 01 Véjovis — l’anti-Jupiter des Sabins et des Étrusques Italie pré-romaine RRC 298/1BnF · 3,92 g Avant d’être assimilé à Apollon, Véjovis était une divinité romaine d’origine sabine ou étrusque (sous le nom de Veive). Son nom signifie littéralement l’« anti-Jove » ou « petit Jove » — ve- étant un préfixe privatif ou diminutif. Les sources antiques, notamment Aulu-Gelle, le peignent comme une force négative ou l’inverse de Jupiter — un dieu que l’on vénère pour apaiser sa colère plutôt que pour solliciter son aide. Il est représenté sous les traits d’un jeune homme tenant un faisceau de flèches destinées à nuire, rappelant le double rôle d’Apollon : guérisseur et porteur de peste. Pour l’apaiser, on lui sacrifiait rituellement une chèvre, parfois décrit comme fait « à la place d’un être humain » (ritu humano), soulignant la dimension chthonienne et dangereuse du dieu. Les Nones de Mars lui étaient consacrées. 🏹Arc et flèchesAttribut partagé avec Apollon — mais les flèches de Véjovis sont destinées à nuire, à l’inverse du dieu guérisseur. ⚡Foudre sans JupiterOvide le décrit comme un « jeune Jupiter sans foudre » — il porte parfois le foudre mais sans en avoir la maîtrise suprême. 🐐La chèvre AmalthéeAnimal sacrificiel et symbole de sa jeunesse — lien avec la chèvre qui nourrit Jupiter enfant en Crète. 🌋Forces souterrainesMaître des volcans, marais et tremblements de terre — assimilé parfois à Pluton, dieu des Enfers. ✦ L’assimilation à Apollon 02 La face sombre d’Apollon — syncrétisme gréco-romain République romaine C’est sous l’influence grecque que l’assimilation s’opère. En raison de leur jeunesse, de l’arc et des flèches comme attribut commun, et de leur statut de dieu guérisseur, Véjovis est progressivement identifié à Apollon. Le poète Ovide le décrit comme un « jeune Jupiter sans foudre ». En tant qu’Apollon Véjovis, il représente la face sombre ou primitive du dieu solaire. Certains auteurs le considèrent comme le maître des volcans, des marais et des tremblements de terre — forces profondes et cachées — le comparant même à Pluton, dieu des Enfers. Son temple le plus célèbre à Rome se trouvait sur le Capitole, dans l’enceinte de l’Asylum, le bois sacré servant de refuge entre les deux sommets de la colline. Vestiges du temple de Véjovis au Tabularium · Campidoglio, Rome · Wikimedia Commons 🏛️ Le temple de l’Asylum au Capitole Le temple de Véjovis sur le Capitole était situé dans l’Asylum — le lieu de refuge fondé par Romulus entre les deux sommets de la colline. Cette localisation est significative : Véjovis, dieu de l’inframonde et de la colère à apaiser, gardait précisément l’espace réservé aux réfugiés et aux proscrits. Un second temple lui était dédié sur l’île Tibérine. ✦ Représentations numismatiques 🏛️ Denier Caesia RRC 298/1 — première représentation identifiée RRC 298/1BnF · 3,92 g Le denier de Lucius Caesius (112–111 av. J.-C.) porte à l’avers le buste héroïque et lauré d’Apollon Véjovis de trois quarts, brandissant un foudre. Babelon identifie formellement ce portrait comme Apollon Véjovis, représenté de la même façon sur les deniers de Manius Fonteius et de C. Licinius Macer. C’est la seule émission monétaire connue de Lucius Caesius — pièce d’autant plus précieuse pour comprendre le culte. 03 Denier Caesia · Lucius Cæsius 112–111 av. J.-C. · Rome ⚡ Apollon Véjovis de trois quarts · Lares Praestites au revers BnF · 3,92 g↗ Fiche 🏛 Légendes & description Avers Monogramme ROMA Buste héroïque et lauré d’Apollon Véjovis à gauche, vu de trois quarts en avant, brandissant un foudre de la main droite, le manteau sur l’épaule. Revers L · CÆSI Les deux dieux Lares assis de face sur des rochers, nus jusqu’à la ceinture, tenant chacun un sceptre. Au milieu, un chien debout. Au-dessus, tête de Vulcain avec tenailles. Monogrammes (LA) et (RE). Références : Crawford RRC 298/1 · Babelon Caesia 1 · Sydenham 564 · ↗ Fiche LesDioscures · ↗ BnF Gallica ✦ Fiches numismatiques liées RRC 298/1 Denier Caesia · Lucius Cæsius Buste héroïque d’Apollon Véjovis de trois quarts, foudre. Revers : Lares Praestites, Vulcain. 112–111 av. J.-C. → Voir la fiche RRC 350A/2 Denier Vergilia · Gargilius, Ogulnius et Vergilius Tête laurée d’Apollon Véjovis surmontant un foudre. Revers : Jupiter dans un quadrige. 86 av. J.-C. → Voir la fiche RRC 350A/2 Denier Anonyme Tête laurée d’Apollon Véjovis à droite surmontant un foudre. Revers : Jupiter dans un quadrige. 86 av. J.-C. → Voir la fiche RRC 290/1 Denier Fonteia · Manius Fonteius Tête laurée de Véjovis à droite, foudre. Revers : Génie ailé sur la chèvre Amalthée. 114–113 av. J.-C. → Voir la fiche RRC 353/1 Denier Fonteia · Manius Fonteius Tête laurée d’Apollon Véjovis, foudre. Revers : Lares Praestites. 85 av. J.-C. → Voir la fiche RRC 353/1b Denier Fonteia · Manius Fonteius (variante) Variante du denier Fonteia avec Apollon Véjovis. 85 av. J.-C. → Voir la fiche RRC 354/1 Denier Licinia · Caius Licinius Macer Buste
1053PO – Semis Porcia – Caius Porcius Cato – RRC 274/2

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