Diana Planciana

Diana Planciana · Dévotion privée & rayonnement public · Iconographie numismatique · LesDioscures Diana Planciana Dévotion privée & rayonnement public · Iconographie numismatique · République romaine Nature Diane · Épithète dynastique Famille Gens Plancia · Atina Attributs Pétase · Arc · Carquois Sanctuaire Quirinal · Collis Latiaris Sur les monnaies 55 av. J.-C. · RRC 432/1 Dans le panthéon romain, les divinités revêtent souvent des épithètes liées à leurs fonctions ou à leurs lieux de culte. Il arrive cependant qu’une déesse soit si étroitement liée à une lignée humaine qu’elle en porte le nom. C’est le cas de Diana Planciana — une forme spécifique de la déesse Diane dont le culte était entretenu, voire fondé, par la famille des Plancii, originaire d’Atina dans le Latium. Cette appropriation religieuse n’était pas rare à Rome : les grandes familles de la République cherchaient à ancrer leur influence dans le paysage sacré de la Ville en finançant temples et sanctuaires. En honorant Diane sous cette épithète, la gens Plancia s’assurait non seulement la faveur divine, mais gravait son empreinte dans la topographie religieuse de Rome — sur la colline du Quirinal, où des inscriptions attestent l’existence d’un véritable temple avec son propre gardien (aedituus). La preuve la plus éclatante de ce culte nous vient de la numismatique : en 55 av. J.-C., l’édile curule Gnaeus Plancius fait frapper un denier d’argent dont l’avers représente le buste de Diana Planciana — une affiche électorale en argent qui circula de main en main à travers tout le monde romain, mêlant piété dynastique, revendication politique et curriculum vitæ militaire en un programme iconographique d’une rare densité. Je vous en prie par les dieux immortels : est-ce que vous pensez que Plancius aurait pu être élu si le peuple ne l’avait pas voulu ? — Cicéron, Pro Plancio, 54 av. J.-C. ✦ L’énigme d’un nom 01 Pourquoi « Planciana » · Le patronage religieux à Rome République tardive · IIe–Ier s. av. J.-C. L’épithète Planciana accolée à Diane n’est pas un ornement rhétorique : elle désigne une divinité réelle, dotée d’un sanctuaire propre et d’un culte entretenu. Des inscriptions épigraphiques découvertes sur la colline du Quirinal — plus précisément sur le collis Latiaris — mentionnent explicitement la Diana Planciana et un aedituus (gardien de temple) qui lui était spécifiquement attaché. Ce détail administratif confirme qu’il ne s’agissait pas d’une simple chapelle privée, mais d’une institution religieuse reconnue, intégrée à la géographie sacrée de Rome. Ce type de « propriété » religieuse était une pratique courante chez les grandes familles républicaines. En finançant la construction ou l’entretien d’un sanctuaire, une gens s’assurait un monument durable dans l’espace urbain, une relation privilégiée avec une divinité protectrice, et une légitimité civique que l’argent seul ne pouvait acheter. Pour les Plancii, chevaliers d’Atina cherchant à s’imposer à Rome, Diana Planciana était à la fois une affirmation de piété et un outil de prestige social. 02 Diana Planciana & Diane · Une même déesse, deux visages Mythologie et épithètes divines Diana Planciana reste fondamentalement Diane — la déesse romaine de la chasse, de la lune et des forêts, équivalent latin d’Artémis. Vierge chasseresse, gardienne des passages et des carrefours, protectrice des femmes en couches, elle régnait également sur les cités latines depuis son sanctuaire de Nemi dans les Monts Albains. Son culte à Rome était ancien et profondément ancré, notamment sur l’Aventin où Servius Tullius lui avait consacré un temple au VIe siècle av. J.-C. Ce qui distingue Diana Planciana, c’est sa dimension macédonienne. Sur le denier de Gnaeus Plancius, la déesse porte un pétase — le chapeau à larges bords associé à Mercure, mais aussi à la causia macédonienne. Babelon y voit une référence directe au long service de Plancius en Macédoine : en coiffant Diane du chapeau macédonien, le monétaire crée une divinité hybride qui fusionne la chasse latine et l’expérience militaire grecque, construisant ainsi une figure divine sur mesure pour sa propagande personnelle. ✦ Gnaeus Plancius · L’homme derrière la monnaie 03 Cursus Honorum · D’Atina au Quirinal ~100–46 av. J.-C. Gnaeus Plancius appartient à l’ordre équestre — les chevaliers — et est originaire d’Atina, une ville du Latium. Son père était un publicain influent, président d’une société de collecteurs d’impôts, dont Cicéron avait défendu les intérêts financiers. Cette origine provinciale et commerciale explique que Plancius ait eu besoin de soigner particulièrement sa légitimité politique à Rome, où les familles patriciennes regardaient parfois de haut les notables de province. Sa carrière militaire le mena successivement en Afrique (sous le propréteur A. Torquatus), en Crète en 68 av. J.-C. (sous Q. Metellus Creticus), puis en Macédoine (62–58 av. J.-C.) d’abord comme tribun militaire, puis comme questeur. C’est en Macédoine, en 58 av. J.-C., qu’il accueillit et protégea Cicéron alors contraint à l’exil par Clodius Pulcher — geste que l’orateur n’oubliera jamais et dont il s’acquittera brillamment lors du procès de Plancius en 54 av. J.-C. 04 Le procès · Pro Plancio · Cicéron défenseur 54 av. J.-C. · Cicéron, Pro Plancio Élu tribun de la plèbe en 56 av. J.-C., puis édile curule en 55/54 av. J.-C. — charge qui lui permit de frapper le denier RRC 432/1 —, Plancius fut aussitôt attaqué par son rival malheureux Marcus Iuventius Laterensis, qui l’accusa de corruption électorale (ambitus). Le procès, intenté en vertu de la loi Licinia, aurait pu ruiner la carrière d’un homme déjà fragilisé par ses origines équestres. Cicéron prit sa défense dans un discours célèbre — le Pro Plancio — où il joua sur l’émotion et la reconnaissance personnelle, rappelant longuement l’hospitalité dont Plancius avait fait preuve envers lui en exil. Il soulignait également que la popularité de Plancius venait de son enracinement dans les municipalités italiennes plutôt que de la corruption. Plancius fut acquitté. Fidèle à Pompée lors de la guerre civile, il s’exila à Corcyre (Corfou) après Pharsale et mourut en exil, sa cause perdue mais son honneur sauf. ✦ Le denier RRC 432/1 · Une affiche électorale en argent 05 Denier Plancia · Diana Planciana
Temple de Vesta

Temple de Vesta · Iconographie numismatique · LesDioscures Temple de Vesta L’hexastyle circulaire · Énigme architecturale · Forum Romain Nature Temple · Tholos Localisation Forum Romain, Rome Style Circulaire · Périptère Période République – Empire Colonnes 20 corinthiennes Le Forum Romain, cœur battant de la Rome antique, abrite des ruines dont l’écho résonne encore de la puissance et de la ferveur religieuse de l’Empire. Parmi elles, une structure se distingue par son allure singulière, fusionnant dans l’imaginaire collectif deux concepts architecturaux contradictoires : le Temple de Vesta. Sanctuaire de la déesse du foyer, il est souvent — et paradoxalement — associé à l’appellation d’un « temple hexastyle circulaire ». Comment un temple peut-il être à la fois hexastyle — terme désignant six colonnes en façade — et circulaire ? Cette apparente contradiction linguistique révèle une fascinante confusion historique et architecturale, que l’étude de la numismatique républicaine permet d’éclairer avec une précision remarquable. Temple de Vesta · Forum Romain · Rome · CC BY-SA · Wikimedia Commons « Le feu de Vesta ne devra jamais s’éteindre ; si par négligence il venait à s’éteindre, la vestale coupable serait fouettée par le grand pontife. » — Aulu-Gelle, Nuits Attiques, I, 12 ✦ Représentations remarquables R1 Ruines du Temple de Vesta — Forum Romain Ier s. av. J.-C. – IIIe s. ap. J.-C. Temple de Vesta · Ruines actuelles · Forum Romain · Rome · CC BY-SA · Wikimedia Commons Les ruines actuelles du Temple de Vesta témoignent de sa forme circulaire caractéristique, le tholos. On y distingue encore plusieurs colonnes corinthiennes cannelées dressées sur un podium circulaire, vestige d’une colonnade qui en comptait à l’origine vingt. Le temple fut reconstruit à plusieurs reprises après les incendies qui ravagèrent périodiquement le Forum. Sa forme ronde n’est pas un hasard architectural : elle évoque la hutte primitive italique, le foyer originel de la communauté romaine, et renforce ainsi le caractère sacré et fondateur du culte de Vesta. R2 Temple d’Hercule Victor — Forum Boarium Fin IIe s. av. J.-C. Temple d’Hercule Victor · Forum Boarium · Rome · Fin IIe s. av. J.-C. · CC BY-SA · Wikimedia Commons Souvent confondu avec le Temple de Vesta en raison de sa ressemblance frappante, le Temple d’Hercule Victor est l’un des tholoi romains les mieux conservés. Circulaire, périptère, entouré de vingt colonnes corinthiennes, il présente exactement les mêmes caractéristiques formelles que le sanctuaire du Forum Romain. Cette confusion persistante entre les deux monuments — alimentée par leur forme identique et leur colonnade comparable — constitue l’une des sources de l’appellation erronée d’« hexastyle circulaire » attribuée au Temple de Vesta dans les écrits non spécialisés. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes du Temple de Vesta Monnaies · Reliefs · Architecture La représentation du Temple de Vesta sur les monnaies républicaines obéit à un répertoire iconographique précis, où chaque élément renvoie à la fonction sacrée du sanctuaire et à son rôle dans la vie religieuse de Rome. 🔥 Feu sacré Flamme éternelle entretenue par les Vestales, symbole de la pérennité de Rome. Son extinction était un présage funeste. 🏛️ Tholos Forme circulaire caractéristique héritée des huttes italiques primitives, évoquant le foyer originel de la communauté romaine. 🌀 Colonnade périptère Vingt colonnes corinthiennes cannelées ceinturant la cella sur toute sa circonférence, à distinguer du portique hexastyle des temples rectangulaires. ⚱️ Palladium Statue sacrée de Pallas Athéna conservée dans la cella, talisman protecteur dont la possession garantissait l’invincibilité de Rome. 🎀 Vittae Bandelettes rituelles ornant le temple, emblèmes de la pureté et de la sacralité des Vestales qui en avaient la charge. 🏺 Cella ronde Chambre intérieure sans statue de culte principale, occupée par le foyer sacré et les objets secrets (sacra) protégés par les Vestales. Sur les émissions monétaires républicaines, le temple est généralement figuré de profil ou en perspective, permettant de percevoir à la fois la colonnade et le toit conique ou en dôme. Le nombre de colonnes visible varie selon l’angle de représentation adopté par le graveur — une liberté artistique qui explique en partie l’apparition du chiffre « six » dans certaines descriptions approximatives. ✦ L’énigme de l’hexastyle circulaire ⚡ Un oxymore architectural — Le temple n’est pas hexastyle Le Temple de Vesta n’est pas hexastyle. Il comptait en réalité vingt colonnes corinthiennes disposées en cercle autour de sa base circulaire. Le terme hexastyle — du grec ἑξά (six) et στῦλος (colonne) — s’applique exclusivement aux temples rectangulaires dont la façade présente six colonnes en rang. L’association des deux termes constitue donc un oxymore architectural : un temple ne peut être à la fois hexastyle et circulaire. Cette appellation erronée, que l’on rencontre parfois dans des écrits non spécialisés, témoigne de la difficulté à saisir la richesse des formes de l’architecture romaine lorsqu’on tente de les réduire à des typologies simples. 02 Denier Cassia · Quintus Cassius Longinus 55 av. J.-C. 🏛 Temple de Vesta au revers · Vue de profil RRC 428/2 · Denier Cassia · Quintus Cassius Longinus · Argent · 55 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers Q · CASSIVS · VEST Tête voilée de Vesta à droite, coiffée d’un voile et d’une couronne. Revers LONGINUS · IMP Temple circulaire de Vesta vu de profil, avec sa colonnade et son toit conique. À l’intérieur, l’urne du vote et le tabella. Ce denier émis par Quintus Cassius Longinus est l’une des représentations numismatiques les plus documentées du Temple de Vesta. Au revers, le graveur a choisi une vue de profil du tholos qui laisse percevoir la colonnade circulaire — sans jamais chercher à compter le nombre exact de colonnes visibles. C’est précisément cette représentation en perspective qui, dans des descriptions hâtives, a pu conduire à l’approximation du chiffre « six ». La présence de l’urne et de la tabella (tablette de vote) rappelle que Quintus Cassius Longinus était questeur : sa monnaie commémore le droit de vote du peuple romain dans l’enceinte sacrée, associé à la garantie divine de Vesta. ✦ Sources de la confusion historique 03 Pourquoi parle-t-on d’hexastyle ?
Aqua Marcia

Aqua Marcia · Chef-d’Œuvre Hydraulique · Numismatique romaine · LesDioscures Aqua Marcia Chef-d’œuvre hydraulique · Clarissima aquarum omnium · 144 av. J.-C. · Numismatique romaine Constructeur Quintus Marcius Rex Construction 144 av. J.-C. Longueur ~91 kilomètres Source Sources de l’Anio · Vicovaro Monnaie citée Denier Marcia · RRC 425/1 Pour les Romains, l’eau n’était pas un luxe mais le pilier de la civilisation, le ciment de la vie urbaine. Parmi les onze aqueducs qui ont façonné la Ville Éternelle, l’Aqua Marcia détient une place de choix. Plus qu’une simple prouesse d’ingénierie, c’est un manifeste de la puissance et du génie romains, souvent célébré comme le meilleur aqueduc de Rome pour la qualité et la fraîcheur exceptionnelle de son eau. Sa commémoraison sur le denier de Lucius Marcius Philippus — descendant du préteur bâtisseur — est l’un des rares cas dans la numismatique républicaine où un ouvrage d’infrastructure est explicitement représenté sur une monnaie. « Clarissima aquarum omnium in toto orbe. » — Pline l’Ancien, Historia Naturalis, XXXI, 41 · « La plus claire de toutes les eaux dans le monde entier » ✦ Naissance — 144 av. J.-C. · Quintus Marcius Rex 01 Le contexte et le moteur — Rome assoiffée de grandeur 144 av. J.-C. · République romaine Aqua Marcia · Arches monumentales en pierre de tuf L’Aqua Marcia fut construit à une période charnière — en 144 av. J.-C., durant l’apogée de la République romaine. La population de Rome explosait, et les aqueducs existants (l’Aqua Appia et l’Anio Vetus) ne suffisaient plus à couvrir les besoins croissants en eau potable de haute qualité. L’homme derrière ce projet colossal est le préteur Quintus Marcius Rex — d’où l’Aqua Marcia — qui y consacra une somme considérable, fruit du butin des récentes guerres. 🏛️ Quintus Marcius Rex Préteur romain — responsable du projet. Son cognomen Rex (« roi ») illustrait son ambition : construire un aqueduc digne d’un roi pour une République au faîte de sa puissance. 💰 Butin de guerre Financé par les tributs et le butin des campagnes militaires — Rome reinvestissait les fruits de ses conquêtes dans des infrastructures durables au service de tous les citoyens. 📈 Rome en croissance Au IIe siècle av. J.-C., Rome comptait plusieurs centaines de milliers d’habitants — l’Aqua Marcia répondait à une urgence sanitaire autant qu’à une ambition monumentale. 🥇 Ambition double Garantir l’hygiène et l’abondance, mais aussi surpasser tous les ouvrages précédents en distance et en technicité. L’ingénierie romaine mise au service de la gloire républicaine. ✦ Le trajet — 91 km d’une précision de maître 02 Source sacrée · Tracé pharaonique · Arches triomphales Anio → Via Appia Nuova → Capitole & Palatin Le tracé de l’Aqua Marcia est une leçon de génie topographique : 💧 La source sacrée L’Aqua Marcia tire ses eaux des sources de l’Anio (aujourd’hui l’Aniene), près de Vicovaro, à l’est de Rome. Ces sources sont réputées pour leur fraîcheur légendaire et leur pureté, même en plein été. 📏 91 kilomètres À son inauguration, le plus long aqueduc de Rome. Il traverse des vallées, perce des collines, et maintient une pente quasi parfaite sur la majeure partie de son parcours, en grande partie souterrain. 🏗️ Arches en tuf Pour la dernière section, les ingénieurs élevèrent le canal sur d’imposantes arches en pierre de tuf, visibles le long de la Via Appia Nuova — encore debout aujourd’hui. 🏔️ Capitole & Palatin Les arches permettaient à l’eau de maintenir sa pression et d’atteindre les hauteurs du Capitole et du Palatin — les zones vitales et les plus prestigieuses de Rome. 💧 Clarissima aquarum omnium — La réputation de l’eau de la Marcia La réputation de l’eau de la Marcia était telle que Pline l’Ancien la désigna comme la plus claire de toutes les eaux dans le monde entier. Cette fraîcheur et cette pureté exceptionnelles — maintenues grâce au parcours principalement souterrain qui protégeait l’eau de la chaleur et de la contamination — en faisaient une eau de table particulièrement prisée des Romains les plus exigeants. Clarissima aquarum omnium in toto orbe terrarum Pline l’Ancien · Historia Naturalis · XXXI, 41 ✦ L’Aqua Marcia dans la numismatique — Denier Marcia 03 Denier Marcia · RRC 425/1 · Lucius Marcius Philippus 56 av. J.-C. · Rome Denier Marcia · RRC 425/1 · L. Marcius Philippus · 56 av. J.-C. 🏛 Description du denier · RRC 425/1 Avers ANCVS Tête diadémée du roi Ancus Marcius à droite · Derrière : un lituus (bâton augural) · Ancus — quatrième roi de Rome, ancêtre légendaire de la gens Marcia Revers PHILIPPVS / AQVAMARC Statue équestre posée à droite sur un aqueduc à cinq arches · Sous les arches : flots d’eau représentés · Philippus · Aqua Marcia — L. Marcius Philippus, Aqueduc Marcia Ce denier est un document exceptionnel dans la numismatique républicaine : c’est l’une des rares représentations explicites d’une infrastructure sur une monnaie romaine. L. Marcius Philippus y célèbre la double gloire de sa gens : la royauté légendaire d’Ancus Marcius (quatrième roi de Rome, fondateur d’Ostie) à l’avers, et l’exploit d’ingénierie de son ancêtre Quintus Marcius Rex — l’Aqua Marcia — au revers. La statue équestre posée sur l’aqueduc est un condensé iconographique brillant : le général victorieux (récompensé par une statue équestre) se tient littéralement au-dessus de l’infrastructure qu’il a construite pour Rome — image de la grandeur personnelle au service de la grandeur collective. ✦ Héritage — Un monument vivant sous l’Empire 04 Auguste · Caracalla · Septime Sévère — Deux siècles de restaurations 5 av. J.-C. → IIIe s. ap. J.-C. L’Aqua Marcia ne fut pas un ouvrage figé. Il fut régulièrement entretenu et amélioré sous l’Empire, témoignant de son caractère vital pour la cité : 🏛️ Auguste · 5 av. J.-C. Restauration complète et ajout d’un canal pour l’eau du Lac Alzano (Aqua Augusta) — augmentant le débit et la capacité de distribution dans la ville. 🛁 Caracalla Prolongement pour alimenter les Thermes de Caracalla (212–216 ap. J.-C.) — les plus grands thermes de
Vénus Erycina

Vénus Erycina · Iconographie numismatique · LesDioscures Vénus Erycina La déesse venue de l’Ouest · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité romaine Origine Sicilienne · adoptée par Rome Attributs Colombe · Stéphane · Temple Temples à Rome 217 av. J.-C. · 181 av. J.-C. Monnaies RRC 424/1 · Considia Vénus Erycina — littéralement Vénus d’Éryx — est l’une des formes les plus anciennes et les plus complexes du culte de Vénus à Rome. Son nom dérive du mont Éryx (Eryx en latin, aujourd’hui Erice), sommet de l’ouest de la Sicile sur lequel s’élevait l’un des sanctuaires les plus célèbres du bassin méditerranéen antique, fréquenté aussi bien par les Sicanes, les Phéniciens, les Grecs que par les Romains. Identifiée à Aphrodite Erycinè par les Grecs et à Astarté par les Puniques, cette déesse polyvalente de la fertilité, du plaisir et de la victoire va devenir, à partir du IIIe siècle av. J.-C., un pilier du panthéon romain officiel. Pour Rome, Venus Erycina n’est pas une simple divinité étrangère assimilée : elle est la mère d’Énée, l’ancêtre mythique du peuple romain, introduite en Sicile par le héros troyen lui-même lors de son voyage vers l’Italie. Ce lien généalogique — relayé par Virgile dans l’Énéide — fait d’elle une déesse nationale autant que méditerranéenne, dont le culte sera instrumentalisé par les grandes familles romaines, Sylla, Pompée et César en tête. Le mont Éryx (Erice) · Sicile occidentale · Lieu d’origine du culte · Domaine public « Sur son sommet, qui est plat, se dresse le temple de Vénus Erycina, incontestablement le premier de tous les sanctuaires siciliens par sa richesse et sa magnificence générale. » — Polybe, Histoires, I, 55 ✦ Origines du culte — Le mont Éryx 01 Le sanctuaire sicilien — Une déesse au carrefour des civilisations VIe s. av. J.-C. et avant Le sanctuaire du mont Éryx est l’un des plus anciens lieux de culte de la Méditerranée occidentale. Dès le Néolithique, les Sicanes y vénéraient une déesse-mère créatrice de la vie et de la fertilité. Avec l’arrivée successive des Phéniciens, des Élymes, des Grecs puis des Puniques, ce culte féminin s’est transformé et enrichi, absorbant les attributs d’Astarté, puis d’Aphrodite Erycinè. Diodore de Sicile rapporte qu’Éryx, fils de Boutès et d’Aphrodite, avait érigé le temple dédié à sa mère et fondé la ville qui porte son nom. La légende romaine, telle que la transmet Virgile dans l’Énéide, ajoute une couche fondatrice : Énée, fuyant Troie avec son père Anchise, fait escale en Sicile. Anchise y meurt et est enterré au pied du mont Éryx ; Énée, en hommage à sa mère Vénus, y fonde ou restaure le sanctuaire, faisant de cette déesse sicilienne un héritage troyen et donc romain. Ce récit mytho-généalogique sera l’argument décisif qui légitimera l’introduction officielle du culte à Rome. Le sanctuaire était réputé dans tout le bassin méditerranéen pour son faste et ses rites particuliers : présence de colombes sacrées, prostituées sacrées (hierodoulai) qui accueillaient les pèlerins et les marins, et un calendrier rituel marqué chaque année par la migration des colombes vers l’Afrique (anagogè) et leur retour neuf jours plus tard (catagogè), symbolisant le voyage de la déesse elle-même. ✦ Attributs iconographiques 02 Les emblèmes de Vénus Erycina Monnaies · Sculptures · Mosaïques Sur les monnaies républicaines, Vénus Erycina est représentée avec une iconographie distincte de celle de Vénus Genetrix ou de Vénus Victrix. Les graveurs ont choisi des attributs qui soulignent à la fois son origine sicilienne, sa nature de déesse de la séduction et son lien avec la victoire militaire romaine. 🕊️ Colombe Animal sacré de Vénus, particulièrement associé au culte érycin. Les colombes quittaient le sanctuaire chaque année pour l’Afrique — signe du voyage de la déesse. 👑 Stéphane Couronne ouverte portée sur les monnaies de Considius Nonianus. Attribut royal et divin, la stéphane identifie Vénus comme reine des dieux et des mortels. 🏛️ Temple sur rocher Le revers RRC 424/1 représente le temple au sommet d’une montagne rocheuse entouré de remparts — première représentation paysagère sur une monnaie romaine. 🌹 Rose · Myrte Plantes consacrées à Vénus sous toutes ses formes, présentes dans les rites du sanctuaire d’Éryx comme offrandes à la déesse. ⚔️ Victoria Dans le contexte romain, Vénus Erycina est invoquée pour la victoire militaire — son temple du Capitole est voué après la défaite du lac Trasimène contre Hannibal. Sur le denier RRC 424/1, Caius Considius Nonianus représente à l’avers le buste drapé de Vénus Erycina portant la stéphane et une boucle d’oreille — portrait soigné d’une déesse à la fois orientale et romaine. Ce choix iconographique est délibéré : il rappelle à la fois la Vénus grecque et l’Astarté phénicienne, soulignant l’universalité méditerranéenne de ce culte. ✦ Le transfert du culte à Rome ⚡ Un culte importé en temps de guerre — La logique des Livres Sibyllins L’introduction officielle de Vénus Erycina à Rome s’inscrit dans la tradition romaine de l’evocatio — le rite par lequel Rome invitait les dieux ennemis à quitter leurs cités pour venir résider à Rome, privant ainsi l’ennemi de leur protection. Dans le cas d’Éryx, le processus fut plus subtil : la déesse n’était pas ennemie mais ancêtre. Les Livres Sibyllins consultés après le désastre du Trasimène en 217 av. J.-C. prescrivirent son introduction formelle au Capitole — le cœur sacré de Rome. La statue de la déesse du temple d’Erice fut ramenée à Rome, selon la tradition, en 211 av. J.-C., lors de la prise de Syracuse par Marcellus. Les chercheurs identifient aujourd’hui cet acrolite avec le célèbre Acrolite Ludovisi, conservé à Rome. 03 Le Temple du Capitole — Vénus protectrice de l’État 217 – 215 av. J.-C. Après la catastrophique défaite romaine au lac Trasimène (217 av. J.-C.) face à Hannibal, le dictateur Quintus Fabius Maximus Verrucosus consulta les Livres Sibyllins et vœu solennel fut prononcé d’élever un temple à Vénus Erycina sur le Capitole, si Rome obtenait la victoire. Le temple fut inauguré en 215 av. J.-C., dans l’Area Capitolina, à proximité immédiate du grand temple
Temple de Vénus Erycina

Temple de Vénus Erycina · Mont Éryx · Porte Colline · LesDioscures Temple de Vénus Erycina De la Sicile à Rome · Mont Éryx · Astarté · Guerres Puniques · Denier Considia · RRC 424/1 OrigineMont Éryx · Sicile 1er temple romain217 av. J.-C. · Capitole 2e temple181 av. J.-C. · Porte Colline FêteVeneralia · 1er avril Monnaie citéeDenier Considia · RRC 424/1 Parmi les nombreuses facettes de Vénus dans le panthéon romain, celle de Vénus Erycina — Vénus du Mont Éryx — tient une place particulière. Importée de Sicile au plus fort des guerres puniques, elle incarne à la fois la puissance protectrice de l’État romain en temps de crise, les racines méditerranéennes de Rome, et le lien dynastique avec Énée fils de Vénus. Deux temples distincts, deux populations, deux fonctions : l’histoire de Vénus Erycina est celle d’une déesse qui se dédoubla pour servir à la fois l’élite romaine et le peuple des marchands et des affranchis. « Vénus Erycina incarne parfaitement la manière dont Rome intégrait les divinités étrangères pour renforcer son identité et sa puissance : elle est le pont entre la mythologie fondatrice d’Énée et la réalité politique de l’expansion romaine. » — Christopher Mérat, Temple de Vénus Erycina, LesDioscures.com ✦ Origine — La déesse du Mont Éryx 01 Astarté · Aphrodite · Vénus — La convergence des civilisations méditerranéennes Mont Éryx · Erice · Sicile occidentale Sanctuaire de Vénus Erycina · Mont Éryx · Erice · Sicile Le culte de Vénus Erycina trouve sa source sur le Mont Éryx (aujourd’hui Erice), dans l’extrême ouest de la Sicile. Ce lieu abritait un sanctuaire très ancien dédié à une divinité locale de la fertilité et de la nature, vénérée sous des noms différents selon les peuples qui se succédèrent en Sicile : 🌟 Astarté (Punique) Pour les Phéniciens et Carthaginois, le sanctuaire du Mont Éryx était dédié à Astarté — déesse de la fertilité, de l’amour et de la guerre, équivalent proche-oriental d’Aphrodite. 💫 Aphrodite (Grecque) Les colons grecs de Sicile l’assimilèrent à Aphrodite — divinité de l’amour et de la beauté. Le sanctuaire était célèbre dans tout le bassin méditerranéen pour son culte fastueux. 🛡️ Vénus (Romaine) L’identification romaine fit de la déesse du Mont Éryx une version de Vénus — mais chargée d’une double signification : déesse de l’amour et protectrice politique, liée à la destinée de Rome. ⛵ Énée et le sanctuaire Selon la légende romaine, c’est Énée fuyant Troie qui aurait fondé ce temple lors de son passage en Sicile — faisant de Vénus Erycina une figure ancestrale et fondatrice pour les Romains. ✦ Les deux temples de Rome — Capitole et Porte Colline 02 217 av. J.-C. · Capitole · Guerres Puniques — Et 181 av. J.-C. · Porte Colline Deux temples · Deux populations · Deux fonctions La déesse du Mont Éryx fut importée à Rome lors d’une période de crise aiguë — la Deuxième Guerre Punique —, répondant à un besoin politique et religieux précis : 🏛️ 1er Temple · 217 av. J.-C. Après la défaite romaine au lac Trasimène face à Hannibal, le Sénat fit vœu à Vénus Erycina. Premier temple érigé sur le Capitole — symbole d’intégration au cœur de l’État. 👑 Vénus des élites Le temple capitolin était associé à la Vénus protectrice de la gens (noblesse romaine) et de l’État — une déesse d’État, liée à la gens Julia et à la légitimité politique. 🚪 2e Temple · 181 av. J.-C. Second temple, plus grand, construit hors les murs près de la Porte Colline au nord-est du Mur Servien — emplacement symboliquement distinct, à l’écart des institutions officielles. 🏪 Vénus du peuple Le temple extra-muros était lié à une Vénus plus populaire — proche des marchands, des esclaves et des femmes de condition modeste. Deux temples, deux classes sociales. ⚡ Les Veneralia — La fête du 1er avril Le temple de la Porte Colline accueillait notamment les Veneralia (le 1er avril), fêtes dédiées aussi à Venus Verticordia — Vénus qui tourne les cœurs vers la chasteté. Cette double célébration illustre la complexité de la déesse à Rome : protectrice de l’ordre moral et tutélaire de l’amour et de la fécondité, gardienne de la vertu et déesse des passions. Deux aspects complémentaires plutôt que contradictoires, typiques de la pensée religieuse romaine. ✦ Le temple dans la numismatique — Denier Considia 03 Denier Considia · RRC 424/1 · Caius Considius Nonianus ~57 av. J.-C. · Rome · Argent Denier Considia · RRC 424/1 · C. Considius Nonianus · ~57 av. J.-C. 🏛 Description du denier · RRC 424/1 Avers C · CONSIDI · NONIANI · (SC) Buste lauré et diadémé de Vénus Erycina à droite · Caius Considius Nonianus (Senatus Consulto) Revers ERVC (au-dessus) Temple tétrastyle sur un rocher ou colline (ERVC = Eryx), entouré d’un mur crénelé avec tours aux angles et une porte en son centre ⚡ Débat numismatique — Sicile ou Porte Colline ? Ce denier a longtemps été interprété comme représentant le temple de Vénus à Eryx en Sicile, bâti selon la légende par Énée. Cette identification est aujourd’hui abandonnée par les numismates au profit d’une lecture différente : le temple représenté serait celui de Vénus Erycina situé juste à l’extérieur de la Porte Colline à Rome. Dans cette lecture, les murs crénelés visibles au revers ne seraient pas le mur du sanctuaire sicilien mais bien les murs de Servius Tullius encadrant la porte nord-est de Rome — lieu chargé d’histoire où Sylla avait écrasé les derniers Marianistes en 82 av. J.-C. La légende ERVC évoquerait le nom de la déesse (Erycina), non la Sicile. ✦ Vénus et la Gens Julia — De l’Erycina à la Genitrix 04 Sylla · Pompée · César · Auguste — La montée en puissance de Vénus IIe–Ier s. av. J.-C. → Principat L’histoire de Vénus Erycina est inséparable de celle de la montée en puissance des grandes familles de la fin de la République : ⚔️ Sylla · Venus Felix Sylla fut le premier général à
Leuconoé

Leuconoé · Iconographie numismatique · LesDioscures Leuconoé Fille de Neptune · Muse du Carpe Diem d’Horace · Leukonóē · Iconographie numismatique · République romaine Étymologie Leukos (brillant) + Noos (esprit) Filiation Fille de Neptune & Thémisto Attribut Diadème · Collier · Dauphin Présence littéraire Horace, Odes, I, 11 · Stace Monnaie RRC 420/2 · RRC 420/1 Dans le panthéon des figures féminines de la mythologie gréco-romaine, certaines ne s’illuminent qu’à travers quelques vers poétiques — et leur mystère même est leur force. Leuconoé (Leukonóē, « l’esprit brillant » ou « la pensée pure ») est de celles-là. Son nom dérive des mots grecs leukos (blanc, brillant, pur) et noos (esprit, pensée) — symbolisme parfaitement adapté au message d’Horace : un esprit clair, libéré des angoisses de l’avenir, capable d’apprécier la lumière du présent. Fille de Neptune et de Thémisto selon Hygin, elle appartient à la lignée des nymphes ou demi-déesses marines. Mais c’est avant tout comme destinataire de l’Ode I, 11 d’Horace qu’elle est passée à la postérité — celle qui reçut le Carpe diem, cette formule si concise et si vertigineuse qui résume toute une philosophie de vie. Et c’est cette même Leuconoé — fille de Neptune — que P. Plautius Hypsaeus choisit de graver sur son denier en 60 av. J.-C., revendiquant ainsi l’ascendance divine de sa famille. « Ne cherche pas à savoir, cela est défendu, quelle fin les dieux m’ont donnée, à moi, à toi, Leuconoé… Cueille le jour, te fiant le moins possible au lendemain. » — Horace, Odes, I, 11, 1–8 — Carpe diem, quam minimum credula postero ✦ Représentations remarquables R1 Poséidon du Latran — Neptune, père de Leuconoé Copie romaine d’après un original grec de Lysippe · IVe s. av. J.-C. · Musées du Vatican Poséidon du Latran · Copie romaine d’après Lysippe (IVe s. av. J.-C.) · Musées du Vatican · Domaine public Cette statue colossale en marbre — copie romaine d’un original bronze grec attribué à Lysippe — est l’une des représentations les plus imposantes de Poséidon/Neptune qui nous soit parvenue. Connue sous le nom de « Poséidon du Latran » en raison de sa provenance du musée du Latran (aujourd’hui intégrée aux collections du Musée Grégorien Profane au Vatican), elle présente le dieu des mers dans sa pleine majesté : corps puissant, maintien souverain, attributs divins de la domination marine. En tant que père de Leuconoé — selon Hygin (Leuconoï Neptuni filiae ex Themisio Hypsei filia) — Neptune est la divinité tutélaire qui donne à la figure de Leuconoé sa dimension divine et marine. C’est précisément ce lien que P. Plautius Hypsaeus exploite sur son denier : en représentant Leuconoé à l’avers (avec le dauphin derrière son buste, symbole marin caractéristique) et Neptune à l’avers de sa monnaie précédente (RRC 420/1), il construit une séquence dynastique qui ancre la gens Plautia dans une généalogie divine maritime. R2 Horace, Virgile et Varius chez Mécène — Charles François Jalabert (1846) 1846 · Huile sur toile · Musée des Beaux-Arts de Nîmes Charles François Jalabert · Virgile, Horace et Varius chez Mécène · 1846 · Musée des Beaux-Arts de Nîmes · Domaine public Cette peinture académique de Charles François Jalabert (1819–1901), conservée au Musée des Beaux-Arts de Nîmes, représente Horace en compagnie de Virgile et de Varius Rufus dans la maison de leur puissant mécène Gaius Cilnius Maecenas — l’homme qui soutint une génération entière de poètes augustéens, leur offrant protection, liberté et, pour Horace, une villa dans les collines sabines. C’est dans ce cercle privilégié, éloigné des tumultes politiques, qu’Horace écrivit ses Odes — dont la célèbre Ode I, 11 adressée à Leuconoé. Le tableau de Jalabert traduit avec une précision néo-classique l’atmosphère de otium cultivé qui caractérise ce cercle poétique : Horace, personnage central de la composition, représente la voix philosophique qui s’adressera à Leuconoé pour lui délivrer son message sur la brièveté de la vie. Cette peinture dix-neuviémiste est elle-même une illustration du Carpe diem : elle saisit un moment de beauté intellectuelle et en fait une image éternelle. ✦ L’Ode I, 11 d’Horace & le Carpe diem 01 « Tu ne quaesieris » — Le message d’Horace à Leuconoé 23 av. J.-C. · Carmina, Livre I, Ode 11 🌊 Mer Tyrrhénienne Image centrale du poème : la mer hivernale qui use les rochers de pierre ponce — métaphore du temps qui érode toute chose, même la pierre. La vie de Leuconoé est comparée à ces rochers battus par les flots. ⭐ Calculs babyloniens L’astrologie chaldéenne — les Babylonios numeros — représente la tentation de vouloir connaître son destin. Horace l’interdit à Leuconoé comme une folie inutile. 🍇 Carpe diem Étymologiquement : « cueille le jour » comme on cueille un fruit. Métaphore agricole et vitale — non pas « saisis » ou « arraches » mais « récoltes doucement » ce qui est mûr maintenant. 🏺 Vina liques « Filtre ton vin » — autre métaphore agricole. Le vin romain devait être filtré de ses sédiments avant d’être bu. Invitation à épurer le moment présent de tout ce qui l’alourdit. L’Ode I, 11 est l’un des poèmes les plus courts des Carmina d’Horace — 8 vers seulement — et pourtant l’un des plus denses. Horace s’y adresse à Leuconoé en épicurien convaincu : il ne s’agit pas de saisir le jour avec avidité, mais de l’accueillir avec sagesse, en renonçant à l’anxiété de l’avenir. Le nom de Leuconoé — « l’esprit brillant » — n’est pas choisi par hasard : c’est précisément cet esprit clair que le poète veut libérer des calculs astrologiques et des peurs. La phrase finale — Carpe diem, quam minimum credula postero — résume une philosophie épicurienne de la modération : non pas excès et débauche, mais attention paisible au présent, confiance minimale dans le lendemain. Leuconoé n’est pas un personnage historique identifiable avec certitude ; elle est peut-être un pseudonyme littéraire, peut-être une vraie jeune femme de l’entourage d’Horace — sa fragilité et son universalité la rendent intemporelle. 02 Leuconoé sur les
Basilique Emilienne

Basilique Emilienne · Basilica Aemilia · Forum Romain · LesDioscures Basilique Emilienne Basilica Aemilia · Forum Romain · Commerce · Justice · Sac de Rome 410 · Numismatique républicaine Fondation ~179 av. J.-C. Emplacement Côté nord du Forum Dimensions ~100 × 30 mètres Famille Gens Aemilia Monnaie citée Denier Aemilia · RRC 419/3 La Basilique Emilienne (Basilica Aemilia) se dresse comme un témoin silencieux mais puissant de la grandeur et des vicissitudes de la Rome antique. Bien qu’aujourd’hui largement en ruines, sa présence historique sur le Forum Romain raconte une histoire de commerce, de justice et d’évolution architecturale sur six siècles. Monument phare de la Gens Aemilia, l’une des grandes familles patriciennes de Rome, elle est aussi l’un des très rares édifices civils à avoir été représenté sur une monnaie républicaine — le denier de Marcus Aemilius Lepidus — faisant d’elle un témoignage exceptionnel du rôle de la mémoire dynastique dans la numismatique romaine. « Sur les dalles de marbre du sol, on peut encore distinguer des taches verdâtres et fondues — les traces des pièces de bronze et d’argent qui fondirent lorsque le toit s’effondra en flammes lors du Sac de Rome en 410 ap. J.-C. » — Christopher Mérat, Basilique Emilienne, LesDioscures.com ✦ Un lieu de commerce et de justice 01 La basilique romaine — Édifice public polyvalent Forum Romain · Côté nord Basilique Emilienne · Vue restituée sur le Forum Romain Contrairement aux basiliques chrétiennes que nous connaissons, la basilique romaine n’était pas un lieu de culte, mais un édifice public polyvalent. Sa position privilégiée le long du côté nord du Forum en faisait l’un des lieux de rencontre les plus animés de la ville. ⚖️ Tribune judiciaire Lieu où les magistrats rendaient la justice — tribunaux permanents installés dans la nef principale, accessibles à tous les citoyens. 💱 Centre d’affaires Lieu couvert idéal pour les banquiers (argentarii), les notaires et les commerçants souhaitant échapper au soleil ou à la pluie — le cœur financier de la ville. 🏪 Tabernae argentariae Boutiques de changeurs d’argent bordant la façade du Portique de Gaius et Lucius — les pièces fondues sur les dalles lors du sac de 410 en sont le témoignage direct. 🗣️ Lieu de rencontre Espace couvert où se croisaient politiques, avocats, marchands et citoyens — la vie publique romaine dans sa quotidienneté la plus vivante. ✦ Architecture — Un luxe sans égal sur le Forum 02 100 × 30 mètres · Marbre cipolin · Portique de Gaius et Lucius ~179 av. J.-C. → 54 av. J.-C. → 14 av. J.-C. La Basilique Emilienne était célèbre pour sa beauté et son opulence, surpassant même sa voisine la Basilique Julia de César. Sa monumentalité s’imposait sur tout le Forum : 📐 Dimensions ~100 mètres de long sur 30 mètres de large — une des plus grandes structures couvertes du Forum, dominant le côté nord de la place. 🏛️ Colonnes en marbre cipolin Marbre de Carystos (Eubée) aux nuances verdâtres — colonnade de prestige marquant le statut exceptionnel du monument dans la hiérarchie des édifices publics romains. 🗿 Statues de bronze Statues et reliefs sculptés ornant les bas-côtés et la façade — programme décoratif célébrant les hauts faits de la Gens Aemilia sur plusieurs générations. 👶 Portique de Gaius et Lucius Façade reconstituée sous Auguste et nommée en l’honneur de ses petits-fils — œuvre d’art en soi, face au Comitium. ⚡ La Basilica Fulvia — Origines et transmission du nom La première structure, la Basilica Fulvia (~179 av. J.-C.), fut probablement commencée par le censeur M. Fulvius Nobilior. Elle fut ensuite magnifiquement reconstruite et embellie par des membres de la Gens Aemilia — d’où son nom de Basilique Aemilia. Les travaux les plus notables furent ceux de Marcus Aemilius Lepidus vers 54 av. J.-C., qui fit remplacer la façade en pierre par une plus impressionnante en marbre. C’est cette version, d’une richesse exceptionnelle, qui marqua l’apogée de sa splendeur. ✦ La Basilique sur les monnaies — Denier Aemilia 03 Denier Aemilia · RRC 419/3 · Marcus Æmilius Lepidus 61 av. J.-C. · Rome · Argent · 3,73 g Denier Aemilia · RRC 419/3 · M. Æmilius Lepidus · 61 av. J.-C. · British Museum · 3,73 g 🏛 Description du denier · RRC 419/3 Avers Anépigraphe Tête féminine voilée à droite — la Vestale Aemilia · Derrière : une couronne · Devant : un simpulum (louche à libations) Revers AIMILIA · REF · SC // M · LEPIDVS Vue de la Basilique Aemilia et Fulvia — deux structures reposant sur des colonnes avec des boucliers attachés aux fûts · Aimilia Refectio Senatus Consulto Marcus Lepidus — la basilique Aemilia restaurée par décret du Sénat par Marcus Lépidus · British Museum · 3,73 g · Rareté : 9 La légende du revers est d’une précision remarquable : AIMILIA REF SC signifie « Aemilia Refectio Senatus Consulto » — la basilique Aemilia restaurée par décret du Sénat. C’est la consécration officielle d’un programme de travaux publics sur une monnaie — une pratique attestée mais rare dans la numismatique républicaine. L’avers avec la Vestale Aemilia rappelle la légende fondatrice de la gens : Aemilia, Vestale et fille du roi Numitor selon certaines traditions, à qui l’on attribuait des pouvoirs miraculeux pour entretenir le feu sacré. Le simpulum placé devant elle renforce la dimension sacerdotale du personnage. Ce denier est ainsi un programme iconographique complet : piété ancestrale à l’avers, gloire civique au revers. ✦ La fin — Le Sac de Rome · 410 ap. J.-C. 04 Les taches vertes sur les dalles — Mémoire d’un incendie Wisigoths d’Alaric · 24 août 410 ap. J.-C. La basilique a survécu à plusieurs incendies et reconstructions (notamment après celui de 14 av. J.-C.), témoignant de son importance capitale. Cependant, son destin fut scellé lors du Sac de Rome par les Wisigoths d’Alaric en 410 ap. J.-C. 🔥 Les taches vertes — Mémoire vivante de la catastrophe C’est cet événement tragique qui a laissé la trace la plus visible et la plus émouvante aujourd’hui. Sur
La statue équestre de Marcus Æmilius Lepidus

Statue Équestre de Lépide · Forum Romain · Second Triumvirat · LesDioscures Statue Équestre de Lépide Marcus Æmilius Lepidus · Forum Romain · Second Triumvirat · Damnatio Memoriae · Numismatique Personnage Marcus Æmilius Lepidus Contexte Second Triumvirat · 43 av. J.-C. Emplacement Près de la Basilique Aemilia Destin Probablement Damnatio Memoriae Monnaie citée Denier Aemilia · RRC 419/1a Au cœur du Forum Romain, berceau de la civilisation romaine, se dressaient autrefois d’innombrables monuments célébrant les triomphes et la puissance de ses hommes illustres. Parmi eux, la statue équestre de Marcus Æmilius Lepidus représente un vestige particulièrement énigmatique et historiquement significatif de la fin de la République. Son histoire condense en un seul monument les contradictions de l’époque : le gloire au sommet du pouvoir, puis la chute silencieuse, l’effacement probable de pierre, et la survie paradoxale dans l’argent d’un denier commémorant l’exploit juvenil du personnage. « La statue n’était pas seulement un monument — c’était une déclaration. Elle légitimait le pouvoir du Triumvirat en ancrant Lépide dans la tradition des grands hommes de Rome. » — Christopher Mérat, Statue Équestre de Lépide, LesDioscures.com ✦ Marcus Æmilius Lepidus — Le troisième Triumvir oublié 01 Second Triumvirat · Pontifex Maximus · Consul · Allié de César ~89 av. J.-C. → 12 av. J.-C. Statue équestre de Lépide · Forum Romain · Vue restituée Souvent éclipsé par ses deux collègues du Second Triumvirat — Marc Antoine et Octavien —, Marcus Æmilius Lepidus fut pourtant une figure capitale de la transition entre la République agonisante et l’Empire naissant. 🏛️ Second Triumvirat Membre officiel du Triumviri Rei Publicae Constituendae (43 av. J.-C.) — avec Marc Antoine et Octavien. Lépide contrôlait l’Afrique et l’Hispanie. ⛪ Pontifex Maximus Grand Pontife depuis 44 av. J.-C. — titre qu’il conserva jusqu’à sa mort en 12 av. J.-C., longtemps après avoir perdu tout pouvoir politique. L’ultime dignité qui lui fut laissée. ⚔️ Allié loyal de César Consul et partisan indéfectible de César. Après les Ides de Mars (44 av. J.-C.), il contrôlait des troupes fidèles à Rome, ce qui fit de lui un partenaire incontournable pour Octavien. 📉 Marginalisation en 36 av. J.-C. Dépouillé de son commandement militaire et de ses provinces par Octavien après la victoire en Sicile — maintenu en vie mais réduit à une existence dorée sous surveillance à Circéi. ✦ La statue équestre — Nec plus ultra de la gloire romaine 02 Près de la Basilique Æmilia · Propagande du Triumvirat ~43–36 av. J.-C. · Forum Romain La statue équestre de Lépide fut érigée à un emplacement de premier choix — probablement près de la Basilique Æmilia, qu’il avait restaurée et embellie, soulignant ainsi sa connexion avec les grands travaux publics de sa gens. 🐎 Le summum de l’honneur Les statues équestres étaient le nec plus ultra de la reconnaissance publique romaine — réservées aux généraux victorieux, symbolisant l’imperium et la virtus. 📢 Déclaration politique Ériger une statue équestre sur le Forum, c’était déclarer publiquement : cet homme est digne des plus grands Romains. Pour Lépide, c’était ancrer le Triumvirat dans la légitimité républicaine. 🏛️ Lien avec la Gens La proximité avec la Basilique Æmilia n’était pas fortuite — elle rappelait que les Aemilii avaient été, depuis des générations, des bienfaiteurs architecturaux de Rome. ⚡ Un geste de 15 ans — L’exploit qui fonda sa gloire Le denier lié à cette statue révèle quelque chose de fascinant sur les fondements de la gloire de Lépide. La légende du revers — AN. XV. PR. H.O.C.S — signifie : Annorum quindecim progressus hostem occidit civem servavit — « Âgé de quinze ans, il s’est jeté sur un ennemi, l’a tué et a sauvé un citoyen. » C’est cet exploit juvenil extraordinaire — accompli alors qu’il n’était encore qu’un adolescent — qui avait fondé la réputation familiale et justifiait, des décennies plus tard, une statue équestre sur le Forum. ✦ La statue dans la numismatique — Denier Aemilia 03 Denier Aemilia · RRC 419/1a · Marcus Æmilius Lepidus 61 av. J.-C. · Rome · Argent Denier Aemilia · RRC 419/1a · M. Æmilius Lepidus · 61 av. J.-C. 🏛 Description du denier · RRC 419/1a Avers Anépigraphe Tête féminine diadémée à droite — Vénus ou Rome Revers M. LEPIDVS à l’exergue // AN. XV. PR. – H.O.C.S. Statue équestre de Marcus Aemilius Lepidus · Légende : Annorum quindecim progressus hostem occidit civem servavit — « Âgé de quinze ans, il s’est jeté sur un ennemi, l’a tué et a sauvé un citoyen » AN · XV · PR · H · O · C · S Annorum quindecim progressus hostem occidit civem servavit« Âgé de quinze ans, il s’est jeté sur un ennemi, l’a tué et a sauvé un citoyen » Cette légende est exceptionnelle dans la numismatique républicaine : elle constitue l’une des plus longues inscriptions commémoratives jamais gravées sur un denier romain. La monnaie ne représente pas la statue en tant qu’objet artistique mais en tant que récit moral — la statue équestre n’est que le support de la légende qui explique pourquoi elle fut accordée. Frappé en 61 av. J.-C. par le jeune Marcus Æmilius Lepidus — futur triumvir — ce denier célèbre un exploit accompli plusieurs générations auparavant par un ancêtre de la gens. En revendiquant cette gloire ancestrale par la monnaie, Lépide signalait à Rome ses ambitions politiques. ✦ La chute — Damnatio memoriae et effacement 04 36 av. J.-C. — La marginalisation par Octavien 36 av. J.-C. → 12 av. J.-C. Le destin de la statue est aussi révélateur que son érection. Après la marginalisation de Lépide par Octavien en 36 av. J.-C., privé de son commandement militaire et de ses provinces, il est très probable que sa statue ait été défigurée, renversée ou retirée du Forum : 👁️ Damnatio memoriae Pratique romaine consistant à effacer visuellement les rappels d’un personnage tombé en disgrâce — destruction ou rededication des statues, effacement des inscriptions. 🏠 Relégation à Circéi Octavien ne le fit pas exécuter — il le laissa vivre sous surveillance à Circéi,
Puit Scribonien

Puteal Scribonianum · Iconographie numismatique · LesDioscures Puteal Scribonianum Le Puits Scribonien · Monument sacré · Forum Romain Nature Bidental · Puteal Localisation Forum Romain, Rome Origine Lieu frappé par la foudre Période IIIe – Ier s. av. J.-C. Monnaies RRC 416 · RRC 417 Le Forum Romain, cœur vibrant de la vie politique, religieuse et commerciale de la Rome antique, abritait une multitude de monuments dont certains, par leur fonction ou leur symbolisme, revêtaient une importance particulière. Parmi ceux-ci se trouvait le Puteal Scribonianum — ou Puteal Libonis —, un édifice discret mais hautement symbolique, à mi-chemin entre le monument civique et le sanctuaire divin. Le terme latin puteal désigne la margelle, la structure circulaire érigée autour de l’ouverture d’un puits, d’une citerne, ou, dans le cas présent, d’un lieu frappé par la foudre (locus fulguratus). Ces structures, souvent ouvragées en pierre ou en marbre, marquaient un espace frappé d’interdit divin, ouvert vers le ciel pour laisser passer la puissance de Jupiter. Leur présence sur les monnaies républicaines témoigne du prestige qu’elles conféraient aux gentes qui les avaient érigées ou restaurées. Forum Romain · Vue panoramique · Rome · CC BY-SA · Wikimedia Commons « Au Puteal de Libon se tenaient les usuriers romains et ceux qui cherchaient à placer leur argent auprès de bons noms et de garants sûrs. » — Horace, Épîtres, I, 19, 8 — tradition scholiastique ✦ Représentations remarquables R1 Les Ruines du Forum Romain — David Roberts 1861 Les Ruines du Forum Romain · David Roberts · 1861 · Huile sur toile · Birmingham Museum of Art · Domaine public Cette peinture de David Roberts (1796–1864) restitue avec une fidélité romantique l’atmosphère des ruines du Forum Romain au milieu du XIXe siècle. On y distingue les colonnes du Temple de Castor et Pollux au premier plan — monument voisin du Puteal Scribonien —, ainsi que les grandes lignes de l’esplanade où se déroulait la vie civique, judiciaire et commerciale de Rome. Au moment où Roberts peint cette toile, le Forum n’a pas encore été pleinement fouillé : le puteal lui-même reste enfoui, et c’est précisément sa représentation sur les monnaies républicaines qui en préserve la mémoire iconographique. R2 Plan du Forum Romain républicain Reconstitution archéologique moderne Plan du Forum Romain républicain · Reconstitution archéologique · CC BY-SA · Wikimedia Commons Ce plan restitue la topographie du Forum Romain à l’époque républicaine, permettant de localiser le Puteal Scribonien dans son contexte monumental. Selon les sources antiques et les études archéologiques, le puteal se trouvait dans la partie sud-est du Forum, à proximité de la Basilica Aemilia, de l’Arcus Fabiorum et du secteur des atria. Sa position centrale, à l’intersection des flux judiciaires et financiers, explique qu’il soit rapidement devenu le lieu de rassemblement privilégié des banquiers, usuriers et praticiens du droit — comme en témoignent Horace, Ovide et Cicéron. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes du Puteal Scribonianum Monnaies · Textes antiques · Archéologie La représentation du Puteal Scribonianum sur les monnaies républicaines constitue notre principale source iconographique, aucun vestige matériel n’ayant été formellement identifié sur le Forum. Les deniers de la gens Scribonia en offrent un portrait précis, codifié, chargé de symboles religieux et civiques. ⚡ Foudre divine Le puteal marque un locus fulguratus, lieu frappé par Jupiter. L’ouverture au ciel du monument préserve la communication entre le monde humain et la sphère divine. 🌿 Couronne de laurier Ornement figurant sur le monument tel que représenté au revers du denier : symbole de consécration et de pureté rituelle entourant la margelle sacrée. 🎵 Deux lyres Instruments apolliniens gravés sur la margelle, évoquant le caractère sacré et oraculaire du lieu, et la protection divine accordée par les dieux de la lumière et de l’ordre. 🔨 Marteau de Vulcain Attribut figurant à la base du puteal, rappelant que la foudre est forgée par Vulcain. Sa présence renforce l’association entre le monument et les forces élémentaires du feu céleste. ⚖️ Tribunal prétorien Le Puteal est associé à la justice publique : le préteur y rendait ses sentences, faisant du monument un repère topographique essentiel de la vie judiciaire romaine. 💰 Place des banquiers Lieu de rassemblement des argentarii et usuriers (feneratores), le Puteal est devenu un centre névralgique de la finance républicaine, cité par Horace et Cicéron. L’ensemble de ces attributs — foudre, laurier, lyres, marteau — forme un programme iconographique cohérent, traduisant sur le bronze et l’argent monétaire la double nature du Puteal : à la fois borne sacrée délimitant un espace divin et repère civique structurant la vie publique du Forum. ✦ Représentation numismatique ⚡ Seule représentation monétaire républicaine connue du Puteal Le Puteal Scribonianum est l’un des très rares monuments du Forum Romain à avoir été représenté de manière explicite et identifiable sur une monnaie républicaine. Les deniers de L. Scribonius Libo (RRC 416) et de L. Aemilius Paullus (RRC 417) constituent ainsi des documents archéologiques de premier ordre, compensant l’absence totale de vestiges matériels du monument. Cette représentation n’est pas anodine : elle manifeste l’orgueil civique de la gens Scribonia, qui revendique par la monnaie sa contribution au patrimoine sacré de Rome, et l’association de sa lignée à la puissance jupitérienne de la foudre. 02 Denier Scribonia · Lucius Scribonius Libo 62 av. J.-C. 🏛 Puteal Scribonianum au revers · Vue frontale RRC 416/1 · Denier Scribonia · Lucius Scribonius Libo · Argent · 62 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers BON · EVENT · LIBO Tête de Bonus Eventus à droite, divinité de la bonne fortune et du succès, associée à la commémoration de la répression de la conjuration de Catilina (63 av. J.-C.). Revers PVTEAL · SCRIBON Puteal Scribonianum orné d’une couronne de laurier et de deux lyres ; à la base, un marteau de Vulcain. Structure circulaire ouverte vers le ciel, marquant le locus fulguratus du Forum. Ce denier émis par Lucius Scribonius Libo, triumvir monétaire en 62 av. J.-C., célèbre la restauration du Puteal Scribonianum par sa famille. L’avers associe Bonus Eventus — la bonne fortune —
Sors

Sors · Iconographie numismatique · LesDioscures Sors Divinité mineure de la Chance & du Tirage au Sort · Sortes · Iconographie numismatique · République romaine Nature Personnification · Allégorie Origine Romaine Fonction Chance · Sort · Divination Attributs Tablette oraculaire · Inscription SORS Monnaies RRC 405/2 · Plaetoria Dans le panthéon romain, souvent dominé par les figures majestueuses d’un Jupiter ou d’une Minerve, on trouve une myriade de divinités mineures qui régissaient des aspects plus spécifiques et quotidiens de l’existence. Parmi elles, Sors — au pluriel Sortes — la divinité de la Chance et du Tirage au Sort, occupe une place fascinante, bien qu’ambiguë. Le terme latin sors se traduit littéralement par « sort », « part » ou « lot » : il désigne à la fois la part reçue lors d’un partage, le résultat d’un tirage, et le présage obtenu par des tablettes oraculaires. Contrairement à Fortuna, la grande déesse de la Fortune dont les caprices englobaient la chance et la malchance à l’échelle d’une vie ou d’une nation, Sors représentait l’aspect mécanique, immédiat et imparti du destin. Elle incarnait le principe de l’aléatoire et de la répartition — ni bonne ni mauvaise en elle-même, mais pure distribution. Sur les monnaies républicaines, elle n’apparaît que sur un seul type connu, le denier de Marcus Plaetorius Cestianus (RRC 405/2, 69 av. J.-C.), où elle est représentée aux côtés de Fortuna dans un dialogue iconographique saisissant entre la chance et son expression oraculaire. « Les Sorts de Préneste répondaient à toutes les questions par le tirage d’une tablette de chêne, choisie par la main innocente d’un enfant. » — D’après Cicéron, De Divinatione, II, 85-86 ✦ Représentations remarquables R1 Sors comme personnification — Buste au revers du denier Plaetorius 69 av. J.-C. · RRC 405/2 La représentation numismatique de Sors est exceptionnelle dans tout le monnayage républicain romain : elle n’apparaît que sur ce seul type, le denier de Marcus Plaetorius Cestianus. Au revers, un buste juvénile de face, légèrement incliné à droite, tient une tablette portant l’inscription SORS. La figure est présentée de façon frontale — posture rare sur les deniers républicains, qui donne à cette représentation un caractère solennel et presque oraculaire. Cette personnification est délibérément neutre : ni masculine ni féminine de façon affirmée, ni triomphante ni menaçante. Sors incarne l’impartialité absolue du tirage au sort — ce moment suspendu où le destin n’est pas encore tranché, où tout est encore possible. La tablette qu’elle tient est à la fois son attribut et sa raison d’être : c’est l’objet même du rite divinatoire, la sors que le consultant allait tirer dans un sanctuaire. R2 Les Sortes Praenestinae — Le sanctuaire oraculaire de Préneste Antiquité italique · Ier s. av. J.-C. C’est dans le domaine de la divination que Sors était la plus vénérée, notamment sous sa forme plurielle, les Sortes. Ces « Sorts » étaient de petits objets — tablettes de bois, jetons ou osselets — portant des inscriptions prophétiques. Le sanctuaire le plus célèbre associé à cette pratique était celui de la Fortuna Primigenia à Praeneste (l’actuelle Palestrina), l’un des oracles les plus illustres d’Italie. Selon la légende, ces Sortes Praenestinae auraient été découvertes miraculeusement dans un puits ou une crevasse. Conservées dans une boîte de chêne sacré, elles étaient tirées au sort par un enfant — dont l’innocence garantissait l’impartialité — ou par un prêtre, à la demande du consultant. La renommée de cet oracle était telle que des empereurs et des figures éminentes de la République y venaient chercher un éclairage sur l’avenir. Le lien entre ce sanctuaire de Préneste et le denier de Plaetorius est direct : le monétaire, probablement originaire de la région sabine, revendiquait ainsi une dévotion particulière à cette tradition oraculaire italique. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Sors Numismatique · Divination · Littérature romaine Les attributs de Sors sont rares et précis, définis essentiellement par ses fonctions divinatoires et sa parenté symbolique avec Fortuna. Sa relative discrétion dans l’iconographie romaine — elle n’est jamais sculptée de façon monumentale, jamais invoquée dans les grandes cérémonies d’État — reflète sa nature de divinité de l’instant et de l’impartialité. 📜 Tablette oraculaire Attribut central : la tablette de chêne ou de bois gravée portant l’inscription SORS — l’objet même du tirage divinatoire. 🎲 Tirage au sort Geste rituel incarné : le résultat du tirage est la sors elle-même, réponse divine à la question du consultant. ⚖️ Impartialité Sors ne favorise ni ne défavorise : elle distribue les parts avec une équité absolue, sans passion ni favoritisme. 🌟 Fortuna (liée) Sors est parfois présentée comme un aspect de Fortuna — sa fonction spécifiquement oraculaire et distributive. 🌿 Chêne sacré Le bois de chêne des tablettes de Préneste est sacré : il symbolise la solidité et l’ancienneté de l’oracle italique. 👶 Main de l’enfant L’innocence de l’enfant tireur garantit la pureté et l’impartialité du résultat — il n’a pas de volonté propre à projeter. Sur le denier de Plaetorius, la présentation frontale du buste de Sors et la tablette tenue bien en vue constituent l’essentiel de l’iconographie. Le mot SORS inscrit sur la tablette est à la fois l’attribut, le nom de la divinité et le message du rite : l’icône se confond avec la chose représentée. ✦ Représentation numismatique républicaine ⚡ Seule représentation républicaine identifiée de Sors dans le monnayage romain Le denier RRC 405/2 de Marcus Plaetorius Cestianus est l’unique monnaie républicaine connue à représenter explicitement la divinité Sors, dont le nom est inscrit en toutes lettres sur la tablette au revers. L’avers présente Fortuna, le revers Sors : cette association délibérée des deux figures liées à la destinée résume en un seul objet toute la théologie romaine de la chance — son principe général (Fortuna) et son expression oraculaire immédiate (Sors). L’inscription S·C (Senatus Consulto) atteste que cette frappe a été expressément autorisée par un décret du Sénat, renforçant la légitimité institutionnelle de ce message religieux et politique. 02 Denier Plaetoria — Fortuna & Sors 69 av. J.-C. 🏛