Dolabella
Hachette · Outil du sacrifice · Symbole monétaire · Gens Cornelia
La dolabella est, au sens propre, le diminutif de la dolabra : une petite hache dont le fer associe un tranchant et une pointe ou une panne, outil de taille, de terrassement et de charpente. Le mot n'est donc pas, à l'origine, un terme religieux — mais l'outil a sa place dans le rite, car les Romains connaissaient une hache des pontifes, que le lexicographe Festus appelle dolabra pontificalis, ou encore scena et sacena.
Sur les monnaies républicaines, la petite hache apparaît sous deux formes bien distinctes : comme instrument sacrificiel, aux côtés du couteau, du simpulum ou de l'apex (deniers de P. Sulpicius Galba, de César, d'Antoine et Lépide), et comme symbole parlant des Cornelii Dolabellae, dont le surnom même désigne l'outil (séries RRC 73 et RRC 81).
« Scena sive sacena dolabra pontificalis. »
« La scena, ou sacena : la hache des pontifes. »
— Paul Diacre, abrégé de Festus, De verborum significatu, p. 423 Lindsay · trad. LesDioscures
Le sacrifice sanglant romain est une cérémonie hautement ritualisée, dont chaque geste conditionne la validité du rite. Après la praefatio (offrande d'encens et de vin) et l'immolatio — la victime saupoudrée de farine salée —, la mise à mort n'est pas accomplie par le magistrat ou le prêtre, mais par des assistants spécialisés, les victimarii. L'un d'eux frappe l'animal à la tête avec un maillet (malleus) ou une hache ; un autre lui tranche la gorge au couteau (culter).
La bête devait tomber d'un seul coup, sans résistance apparente : un abattage manqué passait pour un mauvais présage. La hache n'est donc pas un simple outil de boucherie, mais l'instrument d'un acte dont dépend l'accord avec les dieux, la pax deorum.
On oppose souvent la dolabella « sacrificielle » à la dolabra « militaire ». Cette opposition ne tient pas : dolabella n'est que le diminutif de dolabra, et c'est précisément le mot dolabra que Festus emploie pour la hache des pontifes (dolabra pontificalis). La dolabra du légionnaire, hache-pioche de terrassement bien connue par la colonne Trajane, est le même type d'outil employé à d'autres fins.
Les catalogues numismatiques, eux, parlent le plus souvent simplement de hache (securis) pour l'instrument figuré parmi les ustensiles du culte. Le nom de dolabella reste utilisé par commodité, et surtout pour le symbole de la série RRC 73, en raison du cognomen des Cornelii Dolabellae.
Lorsque la hache apparaît sur un denier aux côtés d'autres ustensiles, elle signale l'appartenance du monétaire — ou de l'imperator — à un collège sacerdotal. Le denier de P. Sulpicius Galba (RRC 406/1, frappé selon Crawford en 69 av. J.-C., légende P·GALB AED·CVR) associe au revers un couteau, un simpulum et une hache, sous la tête voilée de Vesta au droit : un ensemble qui évoque à la fois l'abattage de la victime et la libation.
Le même vocabulaire est repris par les grands chefs de la fin de la République. Sur le célèbre denier à l'éléphant de César (RRC 443/1, 49–48 av. J.-C.), le revers aligne culullus, aspersoir, hache et apex — les emblèmes du grand pontificat, que César détenait depuis 63 av. J.-C. Antoine et Lépide font de même en 43–42 av. J.-C. (RRC 489/2), Lépide affichant sa dignité de pontife sous la forme d'un simpulum, d'un aspersoir, d'une hache et d'un apex.
Le détail de ces instruments est présenté dans l'article Les outils pontificaux et dans celui consacré au capis.
Dans les premières années du denier, pendant la deuxième guerre punique, de nombreuses émissions ne portent pas de nom de monétaire, mais un symbole qui en tient lieu. Parmi elles, deux séries utilisent la petite hache :
— la série RRC 81, attribuée à la Sicile, dont l'as porte au revers, à côté de la proue, les lettres CN·COR et une dolabella. Le symbole est ici un emblème parlant : il traduit en image le cognomen de Cn. Cornelius Dolabella, que l'on identifie généralement au personnage inauguré rex sacrorum en 208 av. J.-C. et resté en charge jusqu'à sa mort en 180 (Tite-Live, XXVII, 36 ; XL, 42) ;
— la série RRC 73 (denier et quinaire), anonyme, qui place une dolabella sous les Dioscures au galop. Aucune lettre n'y accompagne le symbole ; le rapprochement avec la famille des Dolabellae est tentant, mais il repose sur le seul symbole.
Sur ces monnaies, la hachette n'a donc pas de sens religieux : elle fonctionne comme une signature, à la manière des armes parlantes de l'héraldique. L'as porte d'ailleurs à l'avers la tête de Janus bifrons, type habituel de la dénomination.
Dolabella est le surnom d'une branche patricienne de la gens Cornelia, attestée dès le consul de 283 av. J.-C. Comme beaucoup de cognomina romains, il dérive d'un nom d'objet du quotidien ; l'origine exacte du surnom — métier, anecdote ou plaisanterie — n'est pas connue.
Le plus célèbre de ses porteurs est Publius Cornelius Dolabella, qui épousa en 50 av. J.-C. Tullia, la fille de Cicéron, et s'empara du consulat à la mort de César en 44 av. J.-C. La correspondance de Cicéron le montre tour à tour gendre encombrant et allié espéré. Déclaré ennemi public après le meurtre de Trebonius, il se fit donner la mort à Laodicée en 43 av. J.-C.
Sur le Caelius, à Rome, l'arc de Dolabella et Silanus porte encore le nom des consuls de l'an 10 ap. J.-C., P. Cornelius Dolabella et C. Iunius Silanus, qui le firent élever ou restaurer. Il n'a aucun rapport avec l'outil : il témoigne seulement de la longévité de la famille jusque sous Auguste.
Monnaies du site portant la hache
Articles
- Festus, De verborum significatu, p. 422 Lindsay, et son abrégé par Paul Diacre, p. 423 Lindsay — scena ou sacena, « hache des pontifes » (dolabra pontificalis).
- Tite-Live, Histoire romaine, XXVII, 36 et XL, 42 — inauguration de Cn. Cornelius Dolabella comme rex sacrorum (208 av. J.-C.) et sa mort (180 av. J.-C.).
- Cicéron, Lettres familières, notamment II, 16 et IX, 14 — correspondance au sujet de et avec P. Cornelius Dolabella.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 73, 81/1, 406/1, 443/1, 489/2.
- Scheid, J., La Religion des Romains, Armand Colin, Paris — déroulement du sacrifice et rôle des officiants.
- Beard, M., North, J. & Price, S., Religions of Rome, 2 vol., Cambridge University Press, 1998.
- Aldrete, G.S., « Hammers, Axes, Bulls, and Blood: Some Practical Aspects of Roman Animal Sacrifice », Journal of Roman Studies, 2014 — l'usage concret de la hache et du maillet.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, Paris, 1885–1886 — gentes Cornelia et Sulpicia.
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