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Parazonium

Parazonium · Dague d’Officier · Insigne de Rang · LesDioscures Parazonium Dague d’officier · Insigne de rang · Ornement de la milice · Numismatique romaine Étymologie Grec parazōnion · « à la ceinture » Longueur ~55–60 cm · Lame ~40 cm Pommeau Tête d’aigle Porteurs Officiers · Tribuns · Généraux Monnaie citée Denier Cornelia · RRC 345/1 Le parazonium est un terme qui résonne avec l’histoire militaire romaine, bien qu’il ne fût pas l’arme de poing la plus courante des légions. Souvent décrit comme un glaive court ou une dague de grande taille, il tire son nom du grec parazōnion — dérivé de parazōnē (ceinture) — indiquant qu’il s’agissait d’une arme portée à la ceinture. Contrairement au gladius du légionnaire ou au pugio du soldat, le parazonium était avant tout un insigne de rang et d’honneur. Sa fonction symbolique primait sur son usage au combat — et c’est précisément pour cela qu’il figure régulièrement sur les monnaies et les statues comme attribut des officiers supérieurs et des divinités martiales. « Le poète Martial décrit le parazonium comme l’ornement de la milice et le vêtement du désir d’honneur — résumant en une seule formule sa double nature d’arme et de signe de distinction. » — Christopher Mérat, Parazonium, LesDioscures.com ✦ Origine et description — La dague à pommeau d’aigle 01 Lame effilée · Nervure médiane · Pommeau d’aigle Grèce archaïque → Rome républicaine & impériale Parazonium · Dague d’officier à pommeau d’aigle Le parazonium trouve ses racines dans la Grèce antique, et les Romains l’adoptèrent principalement pendant la période républicaine et au début de l’Empire. Ses caractéristiques physiques le distinguaient nettement des armes ordinaires : ⚔️ Taille et forme Arme relativement courte — longueur totale d’environ 55 à 60 cm, avec une lame d’environ 40 cm. Lame souvent effilée, en forme de feuille, avec une nervure médiane prononcée. 🦅 Pommeau d’aigle L’une de ses caractéristiques les plus reconnaissables — l’extrémité de la poignée fréquemment sculptée en forme de tête d’aigle. L’aigle de Jupiter, symbole de Rome et de ses légions, renforçait son statut d’objet de prestige. 🪢 Port à ceinture Porté du côté gauche, attaché au ceinturon (cinctorium) — à la différence du gladius du simple soldat, suspendu du côté droit à un baudrier (balteus). 🗡️ Précurseur du Pugio Considéré par beaucoup d’historiens comme un précurseur du pugio, le poignard standard des légionnaires romains — dont il partage la forme générale mais non le statut. ✦ Insigne de rang — L’ornement de la milice 02 Officiers · Tribuns · Généraux — La hiérarchie visible République romaine · Haut-Empire Contrairement au gladius — épée standard du légionnaire —, le parazonium était principalement l’apanage des officiers supérieurs et des tribuns des armées romaines. Sa présence signalait immédiatement le rang de son porteur : 🎖️ Marque de distinction Bien plus une marque de distinction, d’honneur et de commandement qu’une arme de combat. Martial le décrit comme l’« ornement de la milice et vêtement du désir d’honneur ». 👮 Arme des officiers Tribuns, légats, préfets et généraux portaient le parazonium comme signe de leur autorité de commandement — au même titre que la toge prétexte ou les faisceaux de licteurs. 🗿 Attribut statuaire Fréquemment représenté dans les statues de généraux et d’empereurs — la posture dite « heroica » montre le personnage tenant le parazonium à la main ou le portant à la ceinture. ⚡ Mars et Victoria Attribut des divinités martiales — Mars le porte dans de nombreuses représentations, et Victoria en tient parfois un pour couronner un général victorieux. ⚡ La « statua loricata » — Le général en cuirasse Le parazonium est l’accessoire quasi-obligatoire de la statua loricata — la statue du général en cuirasse, type statuaire dominant dans l’art romain officiel. Le personnage est debout, le bras droit levé dans le geste de l’adlocutio (discours aux troupes), et le parazonium visible à la ceinture gauche. Cette composition, héritée de l’art hellénistique, fut adoptée par les empereurs romains dès Auguste — qui y ajoutait souvent le parazonium pour afficher sa dimension de chef de guerre. ✦ Le parazonium dans la numismatique — Denier Cornelia 03 Denier Cornelia · RRC 345/1 · Cn. Cornelius Lentulus Clodianus 88 av. J.-C. · Rome · Argent · 3,92 g Denier Cornelia · RRC 345/1 · Cn. Cornelius Lentulus Clodianus · 88 av. J.-C. · British Museum · 3,92 g 🏛 Description du denier · RRC 345/1 Avers Anépigraphe Buste héroïque casqué de Mars à droite, vu de trois quarts en arrière, tenant une lance transversale et le parazonium dont seule l’extrémité est visible — pose martiale combinant les deux attributs du dieu de la guerre Revers CN · LENTVL  (Cnaeus Lentulus) Victoria (la Victoire) dans un bige galopant à droite, tenant une couronne de la main droite et les rênes de la main gauche · British Museum · 3,92 g · Indice de rareté : 2 Ce denier présente une composition d’une grande richesse iconographique. L’avers montre Mars de trois quarts en arrière — perspective rare dans la numismatique républicaine, qui donne une impression de mouvement et de profondeur tout à fait inhabituelle. Le dieu tient sa lance transversalement et serre le parazonium — double attribution guerrière réunissant l’arme de distance et l’insigne de commandement. L’ensemble est cohérent avec la période : frappé en 88 av. J.-C., en pleine crise de la guerre sociale et à l’aube des guerres civiles, ce denier affiche une iconographie délibérément martiale, rappelant aux Romains la puissance militaire de Rome sous la protection de Mars. ✦ Un symbole qui traverse les siècles 04 De l’officier républicain aux allégories impériales — Une présence durable République · Empire · Art romain tardif Le parazonium est un excellent exemple de la façon dont les armes romaines pouvaient transcender leur simple fonction utilitaire pour devenir des symboles puissants du statut social et de la hiérarchie militaire. Sa présence dans l’art romain est continue du IIe siècle av. J.-C. au IVe siècle ap. J.-C. : 🏛️ Art augustéen Auguste sur la statue de Prima Porta

Brutus

Brutus · Iconographie numismatique · LesDioscures Marcus Junius Brutus Assassin de César · Défenseur de la République · Iconographie numismatique · République romaine NaturePersonnage historique GensJunia · Servilia AttributsLibertas · Licteurs · Pileus Période54 – 42 av. J.-C. MonnaiesRRC 433 · 502 · 507 · 508 · 515 Marcus Junius Brutus — né vers 85 av. J.-C. — est l’une des figures les plus fascinantes et les plus ambiguës de la République romaine finissante. Issu des Junii, famille patricienne revendiquant une ascendance mythique remontant aux origines de Rome, il est élevé dans un milieu imprégné d’idéaux stoïciens et républicains. Son oncle maternel, Caton le Jeune, fervent défenseur des institutions, joue un rôle déterminant dans sa formation idéologique. Dans la numismatique républicaine, Brutus occupe une place d’exception : ses émissions monétaires constituent de véritables manifestes politiques, convoquant ses ancêtres tyrannicides pour légitimer son action présente. Avant même les Ides de Mars, ses deniers programment l’assassinat — et livrent à la postérité l’un des corpus idéologiques les plus cohérents jamais frappés sur métal. Buste de Marcus Junius Brutus · Marbre · Musées Capitolins, Rome · Photo Carlo Brogi · Domaine public · Wikimedia Commons « Et tu, Brute ? » — Jules César, selon Suétone, Vie des Douze Césars, LXXXII — phrase probablement apocryphe, immortalisée par Shakespeare ✦ Contexte et jeunesse 01 Origines, éducation et héritage politique vers 85 – 54 av. J.-C. Marcus Junius Brutus naît dans une famille patricienne marquée par la tragédie : son père, Marcus Junius Brutus l’Ancien, est tué par Pompée lors d’une rébellion en 77 av. J.-C. Sa mère, Servilia, est une femme d’influence considérable — et l’une des maîtresses les plus importantes de César. Certains auteurs antiques, dont Suétone, spéculent même que César pourrait être le père de Brutus, hypothèse que les dates rendent peu vraisemblable mais qui nourrit la dimension tragique des Ides de Mars. Élevé dans un milieu cultivé, Brutus reçoit une éducation soignée, fortement influencée par la philosophie stoïcienne. Son oncle maternel, Caton le Jeune, farouche défenseur de la République, façonne son idéologie politique : pour Brutus, la liberté de Rome n’est pas un idéal abstrait, c’est une obligation morale héritée du sang. Il est aussi adopté par son oncle paternel Quintus Servilius Caepio, et prend parfois le nom de Quintus Caepio Brutus — nom qui figure sur plusieurs de ses émissions. Cette double ascendance — les Junii par son père, les Servilii par son adoption — lui permet de revendiquer deux lignées tyrannicides : Lucius Junius Brutus, fondateur de la République après l’expulsion de Tarquin le Superbe, et Caius Servilius Ahala, qui abattit le tyran potentiel Spurius Maelius. Ce sont précisément ces deux ancêtres qu’il fait frapper sur ses deniers de 54 av. J.-C. Jacques-Louis David — Les Licteurs rapportent à Brutus les corps de ses fils, 1789 · Huile sur toile · Musée du Louvre, Paris · Domaine public — L’ancêtre de la monnaie RRC 433/2, Lucius Junius Brutus, contraint de sacrifier ses fils à la République ✦ Relation avec César 02 Faveurs, guerre civile et retournement 49 – 44 av. J.-C. La relation entre Brutus et Jules César est l’une des plus complexes de l’histoire romaine. César traite Brutus avec une affection particulière, lui accordant des postes prestigieux malgré son jeune âge. Lors de la guerre civile entre César et Pompée, Brutus choisit d’abord le camp de Pompée — non par admiration, mais par fidélité aux institutions sénatoriales. Après la défaite de Pompée à Pharsale (48 av. J.-C.), César lui accorde son pardon et l’intègre dans son cercle, lui confiant notamment le gouvernement de la Gaule cisalpine. C’est précisément cette générosité qui rend le geste de Brutus si difficile à appréhender. En 44 av. J.-C., Brutus est préteur urbain et César lui a promis le gouvernement de la Macédoine. Mais convaincu par Cassius Longinus et d’autres sénateurs que César aspire à la monarchie — anathème pour tout républicain —, Brutus choisit de rejoindre la conjuration. Pour lui, la question n’est pas personnelle : c’est un acte de piété civique, l’accomplissement d’un devoir dynastique transmis depuis cinq siècles. ✦ Attributs iconographiques 03 Les emblèmes du monnayage de Brutus Monnaies · Deniers · Aurei · 54–42 av. J.-C. Le monnayage de Brutus est d’une cohérence idéologique remarquable. Chaque élément iconographique est choisi pour construire un discours politique sur la liberté, la légitimité dynastique et le droit au tyrannicide. On y retrouve un vocabulaire visuel récurrent : 🗽LibertasPersonnification de la Liberté — tête féminine voilée ou laurée. Présente à l’avers du RRC 433/1, elle est le mot d’ordre de toute l’action politique de Brutus. 🪓Licteurs & faisceauxSymboles du pouvoir légal républicain, entourant le consul Lucius Junius Brutus au revers. L’accent sur la hache pointée vers le bas souligne la légitimité de la peine capitale pour les tyrans. 🪖PileusBonnet de l’affranchi, symbole universel de la liberté recouvrée. Apparaît sur le denier EID MAR entre deux poignards — la libertas obtenue par le meurtre du tyran. 🗡️PoignardsDeux glaives flanquant le pileus sur le denier EID MAR (RRC 508) — instruments du tyrannicide, présentés non comme des armes de crime, mais comme des outils de libération. 👤Portraits ancestrauxLucius Junius Brutus (fondateur de la République) et Caius Servilius Ahala (tueur du tyran Maelius) sur les deux faces du RRC 433/2 — généalogie tyrannicide exposée comme un manifeste. 📅EID MARLégende unique dans la numismatique romaine : « Ides de Mars ». Date de l’assassinat de César revendiquée comme acte fondateur, frappée comme un titre de gloire. La combinaison de ces éléments constitue l’un des programmes iconographiques les plus explicites de toute la République. Alors que la plupart des magistrats monétaires honoraient des divinités ou des victoires militaires, Brutus transforme la monnaie en tribune politique — annonçant dix ans à l’avance le geste qui allait sceller son destin. ✦ Le manifeste républicain de 54 av. J.-C. ⚡ Denier emblématique — Le manifeste républicain de Brutus RRC 433/14,11 gr En 54 av. J.-C., Marcus Junius Brutus ne frappe pas une simple monnaie — il publie un véritable manifeste

Pietas

Pietas · La piété romaine · Énée · Mos Maiorum · Iconographie numéralement · LesDioscures Pietas Vertu & divinité romaine · Devoir envers les dieux, la famille & la patrie · Pius Aeneas · Mos Maiorum · Iconographie numéralement NatureVertu cardinale & divinité allégorique DomaineDieux · Famille · État · Ancêtres AttributsPatère · Cigogne · Encensoir · Sceptre Figure archétypalePius Aeneas · Virgile, Énéide Monnaie principaleRRC 308/1 · Denier Herennia Pietas — la Piété — est l’une des vertus les plus fondamentales de la civilisation romaine et, avec la Virtus (le courage), la Fides (la loyauté) et la Gravitas (la dignité sérieuse), l’un des piliers du mos maiorum, les coutumes ancestrales qui définissaient l’idéal du Romain. Elle désigne l’engagement moral à respecter ses obligations dans trois registres inséparables : envers les dieux (pietas erga deos), envers la famille et les ancêtres (pietas erga parentes), et envers la patrie (pietas erga patriam). Déesse personnifiée, Pietas est représentée comme une femme voilée tenant une patère ou un encensoir, parfois accompagnée de la cigogne — cet oiseau qui, selon la croyance antique, nourrissait ses parents âgés. La figure archétypale de Pietas est Énée, que Virgile surnomme pius Aeneas à travers toute l’Énéide : non seulement parce qu’il obéit aux ordres des dieux mais parce qu’il porte son vieux père Anchise sur ses épaules lors de la chute de Troie, sauvant simultanément son fils Ascagne et les Pénates sacrés. Ce geste triple — piété filiale, divine et civique en un seul acte — en fait l’incarnation la plus parfaite de la vertu romaine. Sur les monnaies républicaines, la Piété fut représentée dès 108–107 av. J.-C. par le monétaire Marcus Herennius, dont la gens était originaire de Catane. « Il cherche son vieux père Anchise dans la masse et sur ses larges épaules le porte, lui ceignant le cou de ses deux bras. Le petit Iule tient sa main ; sa femme suit d’un pas inégal. » — Virgile, Énéide, II, 707–711 — Énée fuyant Troie en flammes, acte fondateur de la pietas romaine ✦ Représentation remarquable R1 Bernini — Énée, Anchise et Ascagne fuyant Troie 1618–1620 · Marbre · Galerie Borghese, Rome Bernini · Énée, Anchise & Ascagne · Marbre · 1618–1620 · Galerie Borghese, Rome · CC BY-SA Ce groupe sculpté de Gian Lorenzo Bernini, exécuté entre 1618 et 1620 quand le sculpteur avait seulement 20–22 ans, représente le moment de la fuite d’Énée de Troie avec une maîtrise baroque stupéfiante. Les trois générations sont réunies dans une spirale ascendante : Ascagne porte la flamme sacrée des Pénates, Énée au centre soutient son père, Anchise au sommet tient les statues des dieux troyens. Le marbre saisit le mouvement, l’effort musculaire d’Énée, le poids du vieil homme, la légèreté de l’enfant. Ce groupe illustre brillamment la durabilité du mythe de la pietas d’Énée à travers les siècles. Pour les Romains républicains qui frappaient le denier Herennia avec le thème du fils portant son père, la représentation visuelle de la pietas n’était pas un symbole abstrait mais un modèle de comportement concret, un exemple à imiter, que le monétaire gravait dans l’argent pour que chaque soldat, chaque commerçant, chaque citoyen tienne dans sa paume. ✦ La Pietas — Vertu, divinité & obligations du citoyen romain 01 Les trois dimensions de la Pietas romaine Mos Maiorum · Cicéron, De Natura Deorum · Virgile, Énéide 🙏 Pietas envers les dieux Accomplir les sacrifices, respecter les fêtes, honorer les dieux lares et pénates. C’est le socle : une Rome sans piété envers les dieux s’expose à leur colère et à la défaite militaire. 👨‍👩‍👧 Pietas envers la famille Honorer les parents et les ancêtres, prendre soin du père vieillissant, transmettre les traditions. La cigogne était le symbole animal de cette piété filiale, réputée nourrir ses parents âgés. 🏛️ Pietas envers la patrie Défendre Rome, respecter la loi, servir l’État. La pietas civique liait le citoyen à la communauté comme la piété filiale le liait à sa famille. Sous l’Empire, pietas envers l’Empereur fusionne avec pietas envers l’État. 🐦 La cigogne Symbole par excellence de la piété filiale — la cigogne était réputée (jus talionis) nourrir ses parents âgés en retour des soins reçus. Sur les monnaies (aureus RRC 516/4), elle accompagne Pietas à ses pieds. ⛩️ Temple de la Pietas Érigé sur le Forum Holitorium (Rome) en 181 av. J.-C. par Manius Acilius Glabrio, en accomplissement d’un vœu fait lors de la bataille de Thermopyles (191 av. J.-C.) contre Antiochos III. La pietas est à la fois une vertu (un état d’âme, une disposition morale) et une divinité (une puissance qui peut être invoquée, honorée, représentée). Cette double nature — vertu incarnée dans une déesse — est caractéristique de la religion romaine : les Romains croyaient que les vertus étaient de véritables forces divines qui agissaient dans le monde. Cicéron le dit clairement dans le De Natura Deorum : ce ne sont pas des abstractions mais des puissances réelles, méritant temples et sacrifices. Cette conception renforce la dimension politique de Pietas : en affichant la piété, le général, le monétaire ou l’empereur ne se vante pas d’une qualité personnelle — il revendique la protection d’une déesse. 02 Les frères caténiens — Amphinomos & Anapias, les « Pieux » de Catane Valère Maxime · Pausanias · Denier Herennia RRC 308/1 Le revers du denier Herennia représente un mythe sicilien peu connu mais d’une puissance symbolique égale à celui d’Énée : lors d’une éruption de l’Etna, les deux frères Amphinomos et Anapias de Catane, plutôt que de fuir à mains vides, chargèrent leurs vieux parents sur leurs épaules et les emportèrent hors du flot de lave. La tradition rapportait que les flammes s’étaient miraculeusement écartées devant eux en récompense de leur piété. Leur lieu de sépulture portait le nom de campus piorum — le champ des Pieux. Ce mythe est l’écho sicilien exact de la fuite d’Énée portant Anchise — même geste, même récompense divine. Le monétaire Marcus Herennius choisit ce type précisément parce que la gens Herennia était originaire de Catane, où

Corne d’Abondance

Corne d’Abondance · Cornucopia · Iconographie numismatique · LesDioscures Corne d’Abondance Cornucopia · Symbole de fertilité & de richesse · Numismatique romaine Nom latin Cornu copiae Dieu grec Ploutos Déesses romaines Abundantia · Fortuna Symbolise Abondance · Fertilité · Joie Présence monétaire République & Empire La corne d’abondance (cornu copiae en latin) est un objet mythologique en forme de corne de ruminant ou de coquille de triton, attribut de Ploutos, le dieu grec de la richesse. Symbole universel de l’abondance, de la fécondité, de la fertilité et de la joie, elle est l’un des motifs les plus fréquents dans la numismatique antique — et l’un des rares à traverser toute la période républicaine et impériale sans perdre de sa vitalité iconographique. Elle apparaît aussi bien comme attribut de divinités (Abundantia, Fortuna, Cérès, Felicitas) que comme symbole politique des triumvirs monétaires, des édiles curules, et des empereurs soucieux d’afficher la prospérité de leur règne. « Des cornes d’abondance remplies de fruits apparaissent comme le symbole des triumvirs monétaires, et dénotent l’abondance de toutes choses engendrée notamment par l’argent. » — Sacra-moneta.com, Les Cornes d’Abondance sur les Monnaies Romaines ✦ Origines mythologiques 01 La corne d’Amalthée et la corne d’Achéloüs Mythologie grecque & romaine ⚡ Deux origines mythiques concurrentes Version 1 — La corne d’Amalthée : Certains auteurs de l’Antiquité ont identifié la corne d’abondance comme étant la corne d’Amalthée, la chèvre nourricière de Jupiter enfant. Selon la légende, Jupiter, reconnaissant envers la chèvre qui l’avait allaité, lui conféra le pouvoir magique de déverser toutes les richesses que son possesseur pourrait désirer. Version 2 — La corne d’Achéloüs : D’autres auteurs affirment que la corne d’abondance est celle qu’Hercule prit sur la tête d’Achéloüs lors de sa rencontre avec ce monstre protéen. Les nymphes s’en emparèrent alors pour la transformer en corne d’abondance en l’emplissant de fruits et de fleurs. 🐐 Amalthée Chèvre nourricière de Jupiter enfant en Crète. Sa corne devint le symbole de l’inépuisable providence divine. 🐉 Achéloüs Monstre protéen vaincu par Hercule. Sa corne arrachée fut convertie par les nymphes en corne d’abondance. 🌾 Ploutos Dieu grec de la richesse et de l’abondance, premier porteur mythologique de la corne. Son nom est à l’origine du mot « plutocrate ». 🌊 Coquille de Triton Certaines représentations montrent une coquille spiralée plutôt qu’une corne animale, soulignant l’origine maritime possible du motif. ✦ Les divinités porteuses — Attribut caractéristique 02 Abundantia · Fortuna · Felicitas · Cérès Personnifications romaines La corne d’abondance est l’attribut caractéristique de plusieurs divinités et personnifications romaines : 🌿 Abundantia Déesse romaine de l’abondance et de la prospérité — équivalent d’Euthemia chez les Grecs. Son attribut principal est la corne débordante de fruits et d’épis. 🎡 Fortuna Déesse de la fortune et du hasard. Tient souvent la corne d’abondance d’une main et un gouvernail (maîtrise du destin) de l’autre. ✨ Felicitas Personnification du bonheur et de la prospérité. Fréquente sur les monnaies impériales, souvent accompagnée du caducée et de la corne d’abondance. 🌾 Cérès / Annone Déesse des moissons. L’Annone (gestion des approvisionnements en blé de Rome) est souvent figurée avec une corne d’abondance au-dessus d’un modius. La corne peut être remplie de fruits, d’épis de blé ou d’argent qu’une femme est en train de renverser — comme dans le cas des personnifications de l’Abondance, de la Liberalitas ou de la Felicitas. Le contenu varie selon le contexte politique et économique de l’émission. ✦ La corne d’abondance sur les monnaies républicaines 03 Triumvirs monétaires · Édiles curules · Familles romaines IIe – Ier s. av. J.-C. Denier Cornelia · Sylla · RRC 375/2 Des cornes d’abondance remplies de fruits ou placées à l’intérieur de couronnes composées d’épis de blé et de fleurs apparaissent comme le symbole des triumvirs monétaires, dénotant l’abondance engendrée notamment par l’argent. On les trouve également comme symbole des édiles curules. Les familles ayant représenté des cornes d’abondance sur leurs deniers sont nombreuses : ⚡ Familles républicaines romaines citant la corne d’abondance Gens Aemilia · Gens Annia · Gens Carisia · Gens Claudia · Gens Fabia · Gens Livineia · Gens Mussidia · Gens Julia · Gens Statilia — mais aussi le denier Cornelia de Lucius Cornelius Sylla avec sa double corne d’abondance (RRC 375/2), l’une des représentations les plus élaborées du motif dans le corpus républicain. Le denier Cornelia de Sylla est particulièrement remarquable : le revers figure une double corne d’abondance, disposition rare qui souligne l’insistance sur la prospérité — vraisemblablement en lien avec la campagne militaire de Sylla ou avec ses fonctions de questeur en Afrique. ✦ De la République à l’Empire — Un symbole politique durable 04 Triumvirs · Auguste · Domitien · Hadrien · Marc Aurèle Ier s. av. – IIe s. ap. J.-C. La corne d’abondance traverse toute la période impériale. En voici les occurrences les plus significatives : RRC 520/1 · 40 av. J.-C. Denier Marc Antoine Caducée entre deux cornes d’abondance posées sur un globe — symbole de félicitas et de Fortuna selon Crawford. → Voir la fiche RIC 125 · 18–16 av. J.-C. Aureus Auguste — Capricorne & Corne Capricorne tenant un globe avec gouvernail, corne d’abondance au-dessus du dos — destinée cosmique et prospérité réunies. → Voir la fiche On trouve aussi des cornes d’abondance sur la chaise curule, comme dans le cas des monnaies de Jules César, d’Auguste et de Titus ; associées au caducée, à un gouvernail, à un globe ou à un apex (sur les monnaies de Jules César par exemple) ; sur un petit pilier sur des monnaies de Marc Aurèle. La corne peut aussi apparaître sur les monnaies de Lépide, Domitien et Hadrien — ce dernier l’associant à la balance pour évoquer la justice économique. Sur les monnaies d’Auguste, on trouve notamment la corne placée à l’arrière du Capricorne qui tient un globe et un gouvernail — combinaison extraordinairement riche symbolisant la destinée cosmique, la maîtrise du monde et la prospérité garantie par le prince. ✦ La corne d’abondance dans la sculpture — Louis XV à Reims 05 Persistance

Quintus Labienus

Quintus Labienus Parthicus · Iconographie numismatique · LesDioscures Quintus Labienus Parthicus Général républicain · Imperator · Alliance parthe · Iconographie numismatique · République romaine Nature Personnage historique Dates † 39 av. J.-C. Titre Imperator · Parthicus Gens Atia (ou Labiena) Père Titus Labienus Quintus Labienus Parthicus (mort en 39 av. J.-C.) est l’une des figures les plus singulières de la fin de la République romaine : fils du plus brillant lieutenant de César, devenu son plus acharné ennemi, il choisit après la défaite des Républicains à Philippes de s’allier à l’ennemi héréditaire de Rome — les Parthes — pour tenter de renverser le Second Triumvirat. Son père, Titus Labienus, avait été le pivot des campagnes de Gaule avant de rejoindre Pompée lors de la guerre civile, puis de périr à la bataille de Munda (45 av. J.-C.). Quintus hérita de cette double tradition — excellence militaire et hostilité farouche au parti césarien — et la poussa jusqu’à son terme logique en conduisant une armée parthe à travers la Syrie, la Phénicie et l’Asie Mineure. Dans la numismatique républicaine, il reste unique : ses monnaies, aureus RRC 524/1 et denier RRC 524/2, frappées en Orient vers 40 av. J.-C., sont parmi les plus rares de toute la série — moins de cinq exemplaires de l’aureus sont connus — et constituent un document de propagande militaire sans équivalent, mêlant symbolique romaine et parthe sur un même flan d’argent ou d’or. « Il prit le surnom de Parthicus que lui donnent les pièces qu’il fit frapper, en l’honneur de ses succès, pour imiter les généreux romains ; comme ces derniers aussi, il prend le titre d’imperator, et place son effigie sur ses monnaies. » — Ernest Babelon, Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine ✦ Représentations numismatiques R1 Aureus 1706AT — Quintus Labienus Parthicus · Bibliothèque nationale de France 40 av. J.-C. 🏇 Portrait imperator · Cheval parthe sellé · Arc et carquois RRC 524/1 · B.1 (Atia) · Syd. 1356 · Or · 40 av. J.-C. · Bibliothèque nationale de France · 8,03 g 🏛 Légendes & description Avers Q · LABIENVS · PARTHICVS · IMP Tête nue de Quintus Labienus à droite, dans le style du réalisme républicain tardif ; bordure de points. Revers Anépigraphe Cheval parthe à droite, bridé et sellé ; à la selle sont suspendus un arc dans son étui (gorytos) et un carquois ; bordure de points. Aucune inscription. Cet aureus est d’une rareté absolue : moins de cinq exemplaires sont répertoriés dans les collections publiques et privées du monde entier. Frappé au sommet de l’aventure orientale de Labienus, il constitue la plus haute expression de sa propagande militaire. L’avers porte le portrait de Quintus dans la tradition du réalisme républicain — gravitas, résolution du visage, légitimation par l’image. Le revers, entièrement anépigraphe, laisse parler la seule iconographie : un cheval de guerre oriental, équipé à la mode parthe, symbole de la cavalerie de 20 000 hommes que Pacorus Ier avait mise à la disposition de l’imperator romain renégat. L’absence d’inscription au revers est un choix délibéré : le cheval parle pour lui-même. Nul besoin de légende — le gorytos suspendu à la selle, équipement inconnu des montures romaines, dit clairement que cette armée n’est pas romaine. Labienus assume et revendique cette altérité. R2 Denier 1707AT — Quintus Labienus Parthicus · British Museum 40 av. J.-C. RRC 524/2 · B.2 (Atia) · Syd. 1357 · Argent · 40 av. J.-C. · British Museum · 3,96 g 🏛 Légendes & description Avers Q · LABIENVS · PARTHICVS · IMP Tête nue de Quintus Labienus à droite ; bordure de points. Le portrait, de style réaliste, souligne la gravitas militaire du personnage. Revers Anépigraphe Cheval parthe à droite, bridé et sellé, auquel sont attachés un étui à arc et un carquois (gorytos) ; bordure de points. Le denier reprend exactement le même type iconographique que l’aureus. La gravure soignée — portrait fort, cheval rendu avec précision — suggère un atelier établi, vraisemblablement celui d’Antioche, ville conquise au tout début de la campagne. L’iconographie du cheval oriental, portant le gorytos plutôt que les équipements de la cavalerie romaine, constitue un aveu iconographique remarquable : la force d’invasion était composée d’archers à cheval parthes, et Labienus le revendique sur sa monnaie. Ces deniers étaient indice de rareté 10+ selon la classification de LesDioscures — le degré maximal — ce qui témoigne de leur rareté extrême dans le commerce numismatique contemporain. ✦ Attributs iconographiques 01 Une monnaie de deux cultures Symbolisme · Propagande · Identité Les monnaies de Labienus sont les seules de toute la numismatique romaine républicaine à assumer aussi ouvertement une identité biculturelle : avers romain (portrait, titre romain, légende latine) et revers oriental (cheval parthe, équipement de cavalerie légère). Chaque attribut renvoie à une tension précise entre la romanité revendiquée de Labienus et son alliance orientale. 👤 Le Portrait Tête nue dans le style réaliste républicain tardif. Premier général romain à se faire représenter seul sur une monnaie sans référence dynastique ou divine — précurseur des portraits impériaux. ⚔️ PARTHICVS IMP Paradoxe numismatique absolu : ce titre célèbre habituellement une victoire sur les Parthes. Labienus se l’approprie pour signifier qu’il commande avec eux — retournement sémantique délibéré. 🐎 Le Cheval Parthe Monture orientale distincte du cheval romain classique. Sa présence seule au revers — sans cavalier — fait de l’animal l’emblème de la force de frappe, substituant la cavalerie légère aux aigles légionnaires. 🏹 Le Gorytos Étui à arc et carquois combinés, typique de l’équipement parthe, suspendu à la selle. Absent des harnachements romains, il symbolise la fameuse « flèche du Parthe » — tir en fuyant — terreur des légions. 🔇 Revers Anépigraphe L’absence totale d’inscription au revers est un choix fort : le cheval parle seul. Aucun nom de ville, aucun titre, aucune dédicace — la seule iconographie suffit à désigner l’armée et la cause. 🥇 Or et Argent La frappe d’aurei par un général en campagne est exceptionnellement rare dans la République.

Decempeda

Decempeda · Perche d’arpenteur · Iconographie numismatique · LesDioscures Decempeda Perche d’arpenteur · Outil des gromatici · Mesure & pouvoir romain · Iconographie numismatique Nature Outil de mesure Autre nom Pertica Longueur 10 pieds romains (~2,96 m) Utilisateurs Gromatici · Arpenteurs Monnaie citée Denier anonyme RRC 112/2 La decempeda (ou pertica) était bien plus qu’une simple règle graduée : c’était l’instrument fondamental de l’ingénierie et de l’administration romaine. Perche de bois de dix pieds romains (~2,96 m), elle permettait aux gromatici — les arpenteurs officiels de Rome — de délimiter avec précision les terres, de fonder les colonies et de tracer les routes et aqueducs qui structuraient l’Empire. Sa présence sur les monnaies de la République romaine en fait un symbole iconographique rare mais chargé de sens : elle évoque l’ordre romain, la redistribution des terres et l’autorité de l’État sur le territoire conquis. « Dans la littérature romaine, la decempeda pouvait avoir une connotation symbolique, représentant parfois l’autorité de l’État dans la redistribution des terres, en particulier après les conquêtes. Sa précision symbolisait l’ordre et l’organisation du pouvoir romain. » — Christopher Mérat, Decempeda, LesDioscures.com ✦ L’outil — Description et usages 01 La perche des gromatici — Ingénierie et arpentage République & Empire romain La decempeda était principalement utilisée par les gromatici, les arpenteurs romains. Ces professionnels jouaient un rôle crucial dans : 🗺️ Délimitation des terres Délimitation précise de l’ager publicus (terres publiques), fondement de l’administration foncière romaine et des distributions aux vétérans. 🏛️ Fondation des colonies Tracé du pomerium et des axes cardo/decumanus lors de la fondation des cités romaines, en Italie comme dans les provinces. 🛣️ Routes & aqueducs Construction des voies militaires et civiles, et tracé des aqueducs — ouvrages d’ingénierie qui définissent la marque romaine sur le paysage. ⚖️ Urbanisme Plan en damier des villes romaines (castrum, forum, insulae) — la decempeda permettait d’appliquer les proportions réglementaires avec rigueur. ⚡ Decempeda ou Pertica — deux noms pour le même outil La decempeda était souvent désignée par le terme pertica, qui signifiait également « perche » ou « tige de mesure ». Les deux termes étaient parfois utilisés de manière interchangeable, mais la decempeda désignait spécifiquement la perche de dix pieds — son nom vient d’ailleurs de decem (dix) et pes/peda (pied). ✦ Le système de mesures romaines 02 Du digitus au iugerum — La decempeda au cœur du système Métrologie romaine Le système de mesure romain était basé sur le pied (pes), lui-même divisé en unités inférieures. La decempeda servait de base pour des unités de mesure de surface plus grandes : Unité Équivalence Valeur approximative digitus 1/16 de pied ~1,85 cm uncia 1/12 de pied ~2,46 cm pes 12 unciae / 16 digiti ~29,6 cm decempeda / pertica 10 pieds ~2,96 m actus 12 decempedae ~35,5 m iugerum 2 actus × 1 actus ~2 519 m² Le iugerum — unité de surface fondamentale dans la distribution des terres — était ainsi directement calculé à partir de multiples de la decempeda carrée. La perche d’arpenteur était la clé de voûte de toute l’organisation agraire romaine. ✦ La decempeda dans la numismatique républicaine 03 Denier anonyme RRC 112/2 — La decempeda au droit Ier s. av. J.-C. · Anonyme Denier Anonyme · RRC 112/2 · BnF 🏛 Description du denier Avers Anépigraphe Tête casquée de Roma à droite · Lettre de contrôle X derrière · Decempeda devant Revers ROMA Les Dioscures — Castor et Pollux — à cheval, galopant à droite · Cuirassés, manteau flottant, bonnets étoilés, javelines La decempeda apparaît ici comme marque de contrôle devant la tête de Roma — usage discret mais symboliquement fort. Sa présence sur le droit de ce denier anonyme rappelle l’importance des opérations d’arpentage dans le contexte de la colonisation romaine du IIe–Ier siècle av. J.-C., période de nombreuses distributions de terres aux vétérans. Le revers aux Dioscures — Castor et Pollux galopant à droite — est le type standard des deniers républicains archaïques. L’association de la perche d’arpenteur (ordre civil, territoire) et des jumeaux divins (protection militaire) résume bien la double vocation — guerrière et organisatrice — de la Rome républicaine. ✦ Symbolisme — Ordre, autorité et redistribution 04 La decempeda comme symbole de pouvoir romain Signification politique & idéologique Dans la littérature romaine, la decempeda dépassait sa fonction purement technique pour revêtir une dimension symbolique forte. Plusieurs niveaux de signification se superposent : 📐 Ordre & Rigueur La précision de la perche symbolise l’organisation rationnelle du territoire — l’antithèse du désordre des peuples barbares non romanisés. 🏹 Conquête & Redistribution Après chaque conquête, la decempeda mesurait les terres confisquées pour les redistribuer aux colons romains — instrument de romanisation du territoire. ⚖️ Autorité de l’État Seul l’État romain, par ses gromatici officiels, pouvait mesurer et attribuer les terres. La perche symbolise cette prérogative souveraine. 🌐 Imperium & Territoire La capacité à mesurer et organiser le territoire est une expression de l’imperium romain — la domination concrète sur l’espace conquis. ✦ Fiche numismatique liée RRC 112/2 · Anonyme · IIe s. av. J.-C. Denier Anonyme · Roma & Dioscures Tête casquée de Roma avec decempeda devant comme marque de contrôle / Les Dioscures galopant à droite — l’une des rares occurrences de la perche d’arpenteur sur les monnaies républicaines. → Voir la fiche 📚Notes & Références Sources antiques + Columelle, De Re Rustica, V, 1–2 — Description du système de mesures agraires romaines, de la decempeda au iugerum. Varron, Rerum Rusticarum, I, 10 — Définition des unités de surface et rôle de la decempeda dans les divisions cadastrales. Hygin, De limitibus (Corpus Agrimensorum Romanorum) — Traité technique des gromatici sur les méthodes d’arpentage, avec mention de la pertica. Frontin, De Agrorum Qualitate (Corpus Agrimensorum Romanorum) — Catégories de terres et méthodes de mesure officielles. Bibliographie + Clavel-Lévêque, M. & Plana-Mallart, R. (dir.), Cité et territoire, Presses Univ. de Franche-Comté, 1995 — Cadastres et arpentage dans les cités romaines. Dilke, O.A.W., The Roman Land Surveyors, Newton Abbot, 1971 — Étude exhaustive des gromatici, de leurs outils et

César

César · Iconographie numismatique · LesDioscures Jules César Gaius Julius Caesar · Dictateur · 100 – 44 av. J.-C. · Iconographie numismatique · République romaine Nature Personnage historique Gens Julia · patricienne Période 100 – 44 av. J.-C. Fonction Consul · Dictateur perpetuo Monnaies Deniers · Aureus Gaius Julius Caesar, né le 12 juillet 100 av. J.-C., appartient à la gens Julia, une famille patricienne qui se réclamait de la déesse Vénus par l’intermédiaire d’Énée. Homme d’État, général et écrivain de génie, César incarne à lui seul la fin de la République romaine et l’avènement d’un nouveau régime personnel qui ouvre la voie à l’Empire. Son nom — devenu titre avec les tsars russes et les kaisers germaniques — résonne encore comme le symbole même du pouvoir absolu. Dans la numismatique républicaine, César est l’un des rares personnages vivants à avoir osé faire frapper son portrait sur les monnaies romaines — pratique jusqu’alors réservée aux rois étrangers et aux divinités. Ce geste révolutionnaire, assumé dès 44 av. J.-C., constitue en lui-même un acte politique majeur : une appropriation de la propagande royale hellénistique qui scandalise les défenseurs de la tradition républicaine et contribue à motiver son assassinat. Buste dit de Jules César · Marbre blanc · Découvert en 2007 dans le Rhône à Arles · Musée de l’Arles et de la Provence antiques · Vers 50–40 av. J.-C. · Domaine public « Veni, vidi, vici. » — Jules César, après la bataille de Zéla (47 av. J.-C.), rapporté par Suétone, Vie des douze Césars, I, 37 ✦ Représentations artistiques 00 César dans l’art — du portrait antique à la peinture néo-classique Ier siècle av. J.-C. – XIXe siècle La postérité artistique de César est immense. Ses portraits sculptés de son vivant — dont le célèbre buste d’Arles, découvert dans le Rhône en 2007 et daté des années 50–40 av. J.-C. — constituent les rares témoignages contemporains de ses traits véritables : visage allongé, pommettes saillantes, crâne dégarni soigneusement dissimulé sous une couronne de laurier. Ces caractéristiques se retrouvent sur ses deniers tardifs, frappés en 44 av. J.-C., peu avant les Ides de Mars. À l’époque moderne, César fascine les peintres néo-classiques du XVIIIe et XIXe siècle. La scène de son assassinat — dramatique, chargée de trahison et de grandeur tragique — devient un sujet de prédilection. Vincenzo Camuccini en livre la version la plus monumentale et la plus célèbre, en 1806, aujourd’hui conservée au Museo di Capodimonte à Naples. Vincenzo Camuccini — La mort de César, 1806 · Huile sur toile, 400 × 707 cm · Museo di Capodimonte, Naples · Domaine public Dans cette composition néo-classique monumentale, Camuccini saisit l’instant précis où César s’effondre sous les coups des conjurés, drapé dans sa toge ensanglantée. La scène est organisée comme un bas-relief antique : les figures sont disposées en frise, les gestes figés dans une clarté théâtrale qui doit autant à Jacques-Louis David qu’à l’art romain. Le tableau fut commandé en 1793 et achevé en 1806 — César y apparaît moins comme une victime que comme un martyr de la grandeur politique, digne et souverain jusqu’à la mort. ✦ Cursus honorum et ascension politique 01 Du questeur au dictateur — une carrière hors norme 87 – 44 av. J.-C. César gravit les échelons du cursus honorum avec une habileté politique redoutable, combinant charisme populaire, endettement stratégique et alliances militaires. Dès ses fonctions d’édile, il éblouit la plèbe romaine par des jeux fastueux financés à crédit — une technique de conquête populaire qu’il maîtrise mieux que quiconque. En 59 av. J.-C., son consulat marque un tournant : il s’appuie sur le Premier Triumvirat — alliance informelle avec Pompée et Crassus — pour contourner les résistances du Sénat. Sa campagne en Gaule (58–50 av. J.-C.) le transforme en conquérant légendaire, maître d’une armée loyale et d’un butin colossal qui lui permettra de financer sa prise de pouvoir à Rome. Le franchissement du Rubicon en 49 av. J.-C. — interdit formel à tout général en armes — constitue la rupture définitive avec les normes républicaines. Sa victoire à Pharsale (48 av. J.-C.) contre Pompée, puis l’élimination de ses adversaires à travers tout l’Empire, font de lui le maître incontesté du monde romain. En 44 av. J.-C., il est nommé dictator perpetuo — dictateur à vie — titre qui signe son ambition monarchique aux yeux de ses ennemis. ✦ Représentations numismatiques ⚡ Premier portrait d’un vivant sur une monnaie romaine Denier CésarL. Flaminius Chilo En faisant frapper son propre portrait sur les deniers de 44 av. J.-C., César franchit une ligne symbolique considérable dans l’histoire de la numismatique romaine. Jusqu’alors, seuls les dieux, les héros mythologiques et les rois étrangers avaient droit à ce privilège. Ce geste de propagande royale hellénistique est lu par les sénateurs traditionalistes comme la preuve irréfutable de ses ambitions monarchiques. Il contribue directement à la décision des conjurés — menés par Brutus et Cassius — de précipiter le complot des Ides de Mars. 02 Denier · Lucius Flaminius Chilo · Portrait de César 44 av. J.-C. 👤 Portrait de César lauré — premier portrait vivant sur denier romain Gens JuliaRRC 480 🏛 Légendes & description Avers CAESAR DICT·PERPETVO Portrait de Jules César lauré à droite — premier portrait d’un citoyen romain vivant sur un denier. La légende proclame sa dictature à vie, provocation politique majeure. Revers L·FLAMINIVS·IIIIVIR Nom du triumvir monétaire Lucius Flaminius Chilo, responsable de l’émission, avec sa fonction de quattuorvir monétaire. Ce denier frappé quelques semaines avant les Ides de Mars constitue l’un des documents numismatiques les plus importants de la République romaine tardive. La légende DICT·PERPETVO — dictateur à vie — est en elle-même un acte politique sans précédent dans la tradition romaine, où la dictature était par définition une magistrature temporaire d’exception. Les traits de César tels qu’ils apparaissent sur ce portrait — visage émacié, pommettes saillantes, cou tendu — correspondent étroitement aux descriptions littéraires antiques et au buste d’Arles : un homme vieilli, marqué par les campagnes militaires, mais dont le regard exprime

Caducée

Caducée · Hermès / Mercure · Iconographie numismatique · LesDioscures Caducée Attribut d’Hermès · Bâton de Mercure · Symbole de paix & de commerce · Numismatique romaine Nature Attribut divin Dieu Hermès / Mercure Matière Bâton d’olivier · Serpents · Ailes Significations Paix · Commerce · Diplomatie Première occurrence RRC 11/1 · 280 av. J.-C. Le caducée est l’un des symboles les plus reconnaissables au monde, souvent associé à la médecine et aux professions de santé. Cependant, son histoire et sa signification sont bien plus complexes et remontent à l’Antiquité, bien avant son adoption — parfois par erreur — par le monde médical. C’est avant tout l’attribut d’Hermès (Mercure chez les Romains) : un bâton d’olivier à trois branches, dont l’une sert de poignée tandis que les deux autres se rejoignent à l’extrémité, orné de deux serpents entrelacés et surmonté d’une paire d’ailes. Symbole de prospérité et de paix, le caducée apparaît dès les toutes premières émissions monétaires de Rome, sur l’aes signatum anonyme vers 280 av. J.-C., et traverse toute la République jusqu’aux guerres civiles du Ier siècle, où il devient l’emblème de la réconciliation entre triumvirs. « Sur les médailles de la fin de la République, au milieu des guerres civiles, le caducée — symbole de la paix — est souvent représenté tenu par deux mains jointes. » — Ernest Babelon, Description des Monnaies de la République Romaine ✦ Origines mythologiques — Le bâton d’Hermès 01 Hermès / Mercure — Messager des dieux Mythologie grecque & romaine Stèle de Mercure · Musée Carnavalet Dans la mythologie grecque, le caducée est l’attribut du dieu Hermès — Mercure chez les Romains —, messager des dieux, dieu du commerce, des voyageurs, des voleurs, de l’éloquence et de la diplomatie. Il est représenté comme un bâton orné de deux serpents entrelacés, souvent surmonté d’une paire d’ailes. Deux récits fondateurs expliquent son origine : Échange avec Apollon : Hermès aurait reçu ce bâton d’Apollon en échange de la lyre qu’il avait inventée — accord symbolisant la diplomatie et le commerce équitable. Les deux serpents réconciliés : Hermès aurait séparé deux serpents qui se battaient en jetant son bâton entre eux, et ils se seraient enroulés autour. Les ailes symbolisent sa rapidité en tant que messager divin. La stèle gallo-romaine du Musée Carnavalet (découverte à l’Hôtel-Dieu de Paris en 1867) illustre parfaitement la persistance du culte de Mercure dans les provinces romaines : le dieu y est représenté tenant son grand caducée de la main droite et une bourse de la gauche — les deux attributs iconographiques essentiels du dieu messager. Elle témoigne de la diffusion de ce culte bien au-delà des frontières de l’Italie. ✦ Caducée & Bâton d’Asclépios — Une confusion à dissiper 02 Deux symboles distincts, deux significations différentes Hermès vs Asclépios · Commerce vs Médecine ⚡ La confusion moderne — XIXe et XXe siècles La confusion entre les deux symboles est apparue relativement récemment, principalement aux XIXe et XXe siècles, notamment aux États-Unis. Le caducée d’Hermès, avec ses connotations commerciales, a été adopté par inadvertance par certaines organisations médicales, dont le service de santé de l’armée américaine. En France et dans de nombreux pays européens, le caducée des pharmaciens associe le bâton d’Hermès à la coupe d’Hygie, illustrant cette persistance malgré la distinction avec le bâton d’Asclépios. 🪄 Caducée d’Hermès Bâton à deux serpents entrelacés, ailé. Attribut du messager des dieux. Symbolise le commerce, la diplomatie, les voyages et la paix. 🐍 Bâton d’Asclépios Simple bâton autour duquel s’enroule un seul serpent. Attribut du dieu de la médecine. Véritable emblème des professions de santé depuis l’Antiquité. 🔄 Le serpent · Régénération Dans les deux cas, le serpent est symbole de sagesse, de régénération (la mue) et de connaissance cachée — mais dans des contextes radicalement différents. ⚕️ La Coupe d’Hygie En France, le caducée des pharmaciens associe le bâton d’Hermès à la coupe d’Hygie (déesse de la santé) — hybridation symbolique propre à la tradition française. ✦ Significations symboliques du caducée 03 Un symbole polysémique — Équilibre, sagesse et paix Symbolisme antique Outre son association avec Hermès, le caducée porte de nombreuses significations symboliques superposées qui expliquent sa présence récurrente sur les monnaies romaines, en particulier dans les périodes de tension politique : ⚖️ Équilibre & Dualité Les deux serpents entrelacés représentent l’équilibre des forces opposées : vie et mort, bien et mal, maladie et guérison, guerre et paix. 🧠 Sagesse & Connaissance Les serpents, animaux qui muent, sont depuis longtemps associés à la sagesse, à la régénération et à la connaissance cachée ou divine. 🏛️ Commerce & Négociation Attribut d’Hermès-Mercure, le caducée symbolise la négociation entre parties, les échanges commerciaux et la libre circulation des hommes et des biens. 🕊️ Paix & Diplomatie Sur les monnaies de la République tardive, le caducée devient le symbole de la paix retrouvée après les guerres civiles — la Pax Romana promise. ✦ Le caducée dans la numismatique romaine — Panorama 04 Aes Signatum · De Rome archaïque aux guerres civiles 280 av. J.-C. – 39 av. J.-C. La présence du caducée sur les monnaies romaines s’étend sur plus de deux siècles et demi, depuis les premières pièces de bronze coulé jusqu’aux émissions de la fin de la République. Voici un panorama des représentations les plus remarquables : RRC 11/1 · ~280 av. J.-C. Aes Signatum Anonyme Caducée enrubanné au revers / Trident à l’avers — première occurrence du caducée dans la numismatique romaine. → Voir la fiche RRC 362/1 · 82 av. J.-C. Denier Serratus Mamilia Buste de Mercure au pétase ailé avec caducée derrière. Revers : Ulysse reconnu par son chien Argos — lien dynastique avec Mercure. → Voir la fiche RRC 480/27 · 44 av. J.-C. Sesterce Sepullia Avers : Mercure au pétase tenant le caducée sur l’épaule. Revers : caducée ailé seul — l’une des compositions les plus épurées du motif. → Voir la fiche RRC 529/3 · 39 av. J.-C. Denier Octave & Marc Antoine Caducée ailé sous la légende CAESAR IMP — symbole de la paix

Concordia (la Concorde)

Concordia · La Concorde · Iconographie numismatique · LesDioscures Concordia La Concorde · Iconographie numismatique · République & Empire romains Nature Déesse personnifiée Origine Romaine · Homonoia (gr.) Attributs Patère · Corne d’abondance · Caducée Filiation Jupiter & Thémis Premier temple 367 av. J.-C. · Forum romain Dans la mythologie romaine, Concordia est la déesse de l’harmonie, de l’unité et de la paix, en particulier dans la société et le mariage. Fille de Jupiter et de Thémis, déesse de la justice, elle symbolise l’ordre et la concorde au sein de la cité. Son équivalent grec est Homonoia, incarnation de l’unité d’esprit. Elle est souvent représentée comme une figure assise et maternelle, tenant une patère (coupe sacrificielle), une corne d’abondance (symbole de prospérité) ou un caducée (symbole de paix). Son culte était essentiel à la vie civique romaine, soulignant la cohésion sociale dans les moments de tension entre ordres ou entre factions politiques. Sur les monnaies, Concordia est l’une des abstractions divines les plus fréquemment représentées — tant à l’époque républicaine que sous l’Empire — car elle légitime le pouvoir en associant le magistrat ou l’empereur à la paix intérieure de Rome. ✦ Illustration remarquable · Statue · Antonio Canova · 1811–1814 Canova · 1811–1814Galleria Nazionale · Parme Antonio Canova, Maria Luigia d’Asburgo in veste di Concordia — marbre, 137 × 96 × 98 cm, 1811–1814. Galleria Nazionale di Parma. En 1810, Napoléon convoque Canova à Paris pour qu’il réalise le portrait de sa nouvelle épouse, Marie-Louise d’Autriche. Le sculpteur choisit de la représenter en Concordia assise sur un trône, vêtue à l’antique, tenant sceptre et patère — incarnation de la paix scellée entre la France et l’Autriche par ce mariage dynastique. Le contraste entre le visage réaliste et parlant de l’impératrice et la noblesse classique impassible du reste de la composition est l’une des caractéristiques les plus célébrées de l’œuvre. La statue est prête en janvier 1814 — au moment précis où l’Empire s’effondre. Napoléon réclame la livraison sans en avoir payé le prix ; Canova refuse avec indignation et retient l’œuvre à Rome. Ce n’est qu’en 1817, après le Congrès de Vienne, que Marie-Louise, devenue duchesse de Parme, peut enfin prendre possession de son portrait. L’histoire même de cette statue est un miroir de la fragilité de la concorde politique. © Soprintendenza per i beni storici, artistici ed etnoantropologici per le province di Parma e Piacenza · Licence CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons Concordia parvae res crescunt, discordia maximae dilabuntur. « Par la concorde les petites choses grandissent, par la discorde les plus grandes s’effondrent. » — Salluste, Bellum Iugurthinum, X ✦ Origines & Culte 01 La promesse de Camille · Premier temple 367 av. J.-C. Denier MussidiaL. Mussidius Longus Le premier temple de Concordia fut promis par Marcus Furius Camillus en 367 av. J.-C., pour célébrer la réconciliation entre patriciens et plébéiens après l’adoption de la Lex Licinia Sextia, qui ouvrait le consulat aux plébéiens. Cet acte fondateur ancre Concordia dans la mémoire civique romaine comme garante de l’équilibre entre les ordres. Situé sur le Forum romain, au pied du Capitole, ce temple servait souvent de lieu de réunion pour le Sénat, notamment en temps de crise. Sa position topographique — entre le lieu des affaires humaines (le Forum) et la demeure des dieux (le Capitole) — exprimait à elle seule la fonction médiatrice de la déesse. 02 Concordia Augusta · Le culte impérial 7 av. J.-C. · Époque augustéenne D’autres sanctuaires furent dédiés à Concordia sous l’Empire. Le plus célèbre est celui de Concordia Augusta, offert par Livie, épouse d’Auguste, vers 7 av. J.-C., symbolisant l’unité de la famille impériale. Le sanctuaire comportait des statues d’Auguste représenté en Mars et de Livie en Vénus — transformant la déesse abstraite en garant de la domus Augusta. Cette récupération politique du culte de Concordia par la famille julio-claudienne illustre la plasticité des abstractions divines à Rome : la déesse pouvait tout aussi bien incarner la concorde entre ordres civiques, l’harmonie conjugale, ou la stabilité dynastique. Son nom, apposé sur les monnaies de Marc Aurèle, de Faustine ou d’Hadrien, est un signal politique autant qu’une invocation religieuse. ✦ Iconographie & Attributs 🍶 Patère Coupe sacrificielle tenue à la main droite — geste d’offrande et de piété civique. 🌿 Corne d’abondance Symbole de prospérité, d’harmonie et de bonheur résultant de la paix intérieure. 🪄 Caducée Attribut de Mercure associé à la paix et à la conciliation entre parties adverses. 🤝 Mains jointes Dextrarum iunctio — la poignée de main, symbole de l’accord et du serment conclu. 🪑 Posture assise Concordia est représentée assise, trônant, signe de stabilité et de permanence de l’harmonie. 🏛️ Épi de blé Parfois associée à Cérès, elle tient des épis signifiant la richesse des temps de paix. ⚡ Concordia & Discordia L’opposée de Concordia est Discordia — Éris dans la mythologie grecque — déesse de la querelle et de la désunion. La légende veut que ce soit Discordia qui lança la pomme d’or à l’origine de la guerre de Troie. À Rome, invoquer Concordia revenait à conjurer explicitement le spectre des guerres civiles, des secessio plebis et de toute rupture de l’ordre social. Sur les monnaies républicaines, Concordia apparaît particulièrement dans les périodes de tension politique — comme si les magistrats monétaires cherchaient à affirmer, par l’image même de la pièce circulant dans toutes les mains, que la cité restait unie. ✦ Concordia sur les monnaies romaines 03 Époque républicaine · Un programme politique IIe – Ier s. av. J.-C. 🏛️ Iconographie À l’époque républicaine, Concordia apparaît sur plusieurs séries de deniers comme l’expression d’un programme politique explicite. Sa représentation — buste voilé, diadémé, ou figure assise tenant patère et corne d’abondance — signale la volonté du magistrat émetteur de se placer sous son patronage. Le denier de Lucius Mussidius Longus (vers 42 av. J.-C.) en offre un exemple particulièrement soigné : Concordia y est représentée diadémée au droit, tandis que le revers célèbre d’autres divinités de la concorde et de l’abondance. Frappée dans le

Hercule

Hercule · Iconographie numismatique · LesDioscures Hercule Héraclès · Héros divinisé · Fils de Zeus & d’Alcmène · Iconographie numismatique · République romaine Nature Héros divinisé · Demi-dieu Filiation Zeus · Alcmène Attributs Massue · Peau de lion · Arc Culte romain Ara Maxima · Forum Boarium Monnaie RRC 494/37 Hercule — Héraclès dans la tradition grecque — est le héros le plus célèbre de l’Antiquité, fils de Zeus et d’Alcmène, une mortelle thébaine. Son nom, ironiquement, signifie « gloire d’Héra » en grec, reflétant la tension dramatique entre sa grandeur et les persécutions incessantes de l’épouse jalouse de Zeus. Dès son berceau, Héra envoya deux serpents pour le tuer ; l’enfant les étrangla, annonçant sa destinée héroïque. À Rome, Hercule devint bien davantage qu’un héros mythologique importé : il s’imposa comme un symbole politique majeur, invoqué par les grands généraux et les triumvirs pour légitimer leur pouvoir et leur généalogie. Marc Antoine prétendait en descendre directement. Ses représentations numismatiques — tête barbue et laurée, massue, peau de lion — traversent toute la période républicaine comme autant de marqueurs de force, de vertu militaire et de prestige divin. « Là où Alcide a porté ses pas, la terre entière a reconnu sa gloire. » — Virgile, Énéide, VIII, 300 ✦ Représentations remarquables R1 Hercule du Forum Boarium — Bronze doré, Musées du Capitole IIe siècle ap. J.-C. · Art romain · Rome Hercule · Bronze doré · Œuvre romaine du IIe siècle ap. J.-C. · Découvert au Forum Boarium, Rome · Musées du Capitole, inv. MC1265 · Domaine public Cette statue colossale en bronze doré, découverte au XVe siècle lors de travaux au Forum Boarium — le marché aux bœufs antique, lieu du principal culte d’Hercule à Rome — est l’une des représentations les plus emblématiques du héros dans l’art romain. Elle le montre debout, tenant la massue et drapé dans la peau du lion de Némée, dans la pose triomphante caractéristique du type statuaire grec. Le Forum Boarium était le cœur du culte romain d’Hercule : c’est là que se trouvait l’Ara Maxima, le Grand Autel dédié au héros lors de son passage légendaire en Italie, où il aurait tué le monstre Cacus. La proximité du lieu de découverte avec ce sanctuaire suggère que cette statue ornait peut-être un espace cultuel lié à la vénération d’Hercule comme protecteur du commerce et des marchands. R2 Hendrick Goltzius — L’Hercule Farnèse gravé 1591 · Gravure · Teylers Museum, Haarlem Hendrick Goltzius · L’Hercule Farnèse · Gravure, vers 1591 · Teylers Museum, Haarlem · Domaine public Le maître graveur hollandais Hendrick Goltzius (1558–1617) réalisa cette gravure magistrale lors de son voyage à Rome en 1590–1591, où il dessina la célèbre statue de l’Hercule Farnèse — copie romaine du IIIe siècle ap. J.-C. d’un original en bronze attribué à Lysippe (IVe s. av. J.-C.), découverte aux Thermes de Caracalla en 1546 et aujourd’hui conservée au Musée archéologique national de Naples. La gravure de Goltzius contribua puissamment à la diffusion européenne de l’image d’Hercule au repos : appuyé sur sa massue couverte de la peau du lion némée, tenant dans le dos les pommes des Hespérides après son onzième travail, le héros est saisi dans un moment de repos chargé de mélancolie. Ce contraste entre la puissance musculaire exacerbée du corps et l’abattement du visage est unique dans l’iconographie héroïque antique. Là où le bronze du Capitole célèbre le triomphe, l’Hercule Farnèse — et la gravure qui l’immortalisa — révèle la fatigue d’un héros qui a tout accompli, et qui porte le monde entier dans sa mémoire. ✦ Les Douze Travaux & attributs iconographiques 01 Attributs & travaux emblématiques Mythologie grecque & iconographie romaine Les douze travaux imposés par le roi Eurysthée sont le socle de la légende d’Héraclès et la source de la quasi-totalité de ses attributs iconographiques. Chaque exploit a généré un symbole qui se retrouve sur les monnaies, les sculptures et les fresques de l’Antiquité. 🦁 Peau du lion de Némée Sa cuirasse naturelle après le premier travail. Sur les monnaies républicaines, Hercule est souvent représenté portant la peau sur l’épaule ou la tête. 🏏 La Massue Arme primitive et puissante, symbole de la force brute. Elle accompagne systématiquement Hercule sur les deniers républicains. 🏹 L’Arc et les flèches Trempées dans le sang de l’Hydre, ses flèches sont mortelles même pour les immortels — elles causeront sa propre mort via la tunique de Nessus. 🍎 Pommes des Hespérides Fruits d’or du jardin divin, symbole de l’immortalité atteinte au terme des travaux — représentés derrière le dos dans l’Hercule Farnèse. Parmi les travaux les plus représentés dans la numismatique républicaine : le lion de Némée (peau portée comme armure), l’hydre de Lerne (régénération des têtes), les pommes d’or des Hespérides et Cerbère — le chien à trois têtes des Enfers capturé sans armes, symbole du défi à la mort elle-même. 02 Hercule à Rome — Culte, politique & propagande République · IIe – Ier s. av. J.-C. À Rome, Hercule — Herculès ou Hercules — fut très tôt adopté comme figure tutélaire. Son culte principal s’organisait autour de l’Ara Maxima au Forum Boarium, dont l’origine légendaire remontait à son passage en Italie lors du dixième travail (vol des bœufs de Géryon), quand il tua le géant Cacus. Cette tradition en faisait à la fois un héros civilisateur et un protecteur du commerce et des marchands. À l’époque républicaine tardive et au début de l’Empire, Hercule devint un instrument de légitimation dynastique. Marc Antoine revendiquait une ascendance directe via un fils mythique nommé Anton. Représenter Hercule sur une monnaie, c’était affirmer la parenté divine du camp qui l’émettait — un message compris de tous dans une société où les images monétaires circulaient dans chaque main de Rome à ses provinces. Le temple d’Hercule Victor (Forum Boarium) et celui d’Hercule Musarum (où Marcus Fulvius Nobilior déposa en 187 av. J.-C. les statues des neuf Muses ramenées de Grèce) témoignent de la double nature d’Hercule à Rome : à la fois héros guerrier et