Cérès

Cérès · Iconographie numismatique · LesDioscures Cérès Déesse de l’agriculture et de la fertilité · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité olympienne Origine Romaine · = Déméter grecque Attributs Épis · Faucille · Corne d’abondance Période IVe – Ier s. av. J.-C. Fête Cerealia · 19 avril Cérès (Ceres en latin) est la grande déesse romaine de l’agriculture, des céréales et de la fertilité, équivalente de la Déméter grecque. Fille de Saturne et d’Ops, elle est l’une des divinités les plus vénérées dans une société profondément agraire comme Rome, où la prospérité de la cité dépendait directement de l’abondance des récoltes. Son nom même est à l’origine du mot céréale, trace vivante de son emprise sur le quotidien romain. Dans la numismatique républicaine, Cérès apparaît comme une figure à la fois nourricière et politique. Sa tête voilée et couronnée d’épis de blé orne plusieurs émissions monétaires, convoquant à la fois la fertilité des champs et la légitimité plébéienne — son temple sur l’Aventin étant un bastion du peuple romain face aux patriciens. Elle est aussi une figure tragique, marquée par l’enlèvement de Proserpine, mythe fondateur des cycles saisonniers. Cérès de Mérida · Sculpture romaine, Ier siècle apr. J.-C. · Musée national d’art romain, Mérida (Espagne) · Domaine public « Cérès la première apprit aux mortels à ouvrir la terre avec le soc courbe, la première donna les fruits et la douce nourriture… » — Ovide, Métamorphoses, V, 341 ✦ Représentations artistiques 00 Cérès dans l’art antique et moderne De l’Antiquité au XVIIe siècle Cérès est représentée de manière récurrente dans l’art romain sous les traits d’une femme majestueuse et mûre, tenant une gerbe de blé ou une corne d’abondance, parfois accompagnée d’un serpent ou d’une torche — symboles de sa quête nocturne de Proserpine. Contrairement à l’idéal juvénile d’Apollon, Cérès incarne la maturité, la perte et la résilience maternelle. La Cérès de Mérida (Ier siècle apr. J.-C., Musée national d’art romain d’Espagne) est l’une des plus belles sculptures conservées : assise, voilée, elle dégage une sérénité grave mêlée de douleur contenue. À la Renaissance et au Baroque, Cérès inspire de nombreux peintres — Rubens, Bruegel l’Ancien, Nicolas Poussin — qui exploitent son iconographie d’abondance et de deuil maternel. Dans la numismatique républicaine, elle est généralement représentée de profil, tête laurée ou voilée, couronnée d’épis de blé. Ses traits sont fermes et solennels, à l’opposé des portraits idéalisés des dieux olympiens masculins. Peter Paul Rubens — Cérès et deux nymphes avec une corne d’abondance, vers 1615 · Huile sur bois · Dulwich Picture Gallery, Londres · Domaine public Peter Paul Rubens & Frans Snyders — Cérès et Pan, vers 1615–1620 · Huile sur toile · Museo del Prado, Madrid · Domaine public ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Cérès Monnaies · Sculptures · Mosaïques Les attributs de Cérès reflètent ses domaines de souveraineté — la terre cultivée, l’abondance des moissons, et le deuil maternel qui préside aux cycles saisonniers. Sur les monnaies républicaines, chaque emblème est porteur d’un message symbolique précis. 🌾 Épis de blé Attribut central et identificateur absolu de Cérès. Les épis ornent sa couronne ou sa main, symbolisant la maîtrise des moissons et la nourriture des hommes. 🌿 Couronne végétale Composée d’épis, de coquelicots ou de feuilles, la couronne de Cérès la distingue immédiatement sur les deniers républicains comme déesse des cultures. ⚗️ Faucille Outil de la moisson, la faucille (falx) renvoie à Cérès comme déesse enseignant aux hommes l’art d’agriculturer et de récolter les céréales. 🏺 Corne d’abondance La cornucopia débordant de fruits et de grains illustre la générosité de Cérès et sa fonction de garante de la prospérité romaine. 🔦 Torche Allumée sur l’Etna pour chercher Proserpine dans la nuit, la torche de Cérès symbolise la quête maternelle et la veille perpétuelle de la déesse. 🐍 Serpent Animal chthonien associé à la terre et à la régénération, le serpent accompagne parfois Cérès comme gardien des profondeurs d’où la vie renaît chaque printemps. Sur les deniers républicains, la tête de Cérès couronnée d’épis est l’un des types les plus répandus à l’avers. Elle est souvent associée au revers à des symboles agricoles — charrue, gerbe — ou à des scènes mythologiques liées à l’enlèvement de Proserpine, notamment sur les émissions des familles liées aux traditions plébéiennes. ✦ Représentations numismatiques ⚡ Cérès — déesse plébéienne et symbole de légitimité politique Denier MemmiaC. Memmius Le temple de Cérès sur l’Aventin, consacré en 493 av. J.-C., était bien plus qu’un lieu de culte : c’était le centre civique et politique de la plèbe romaine. Les archives de la plèbe y étaient conservées, et les tribuns du peuple y exerçaient une partie de leurs fonctions. Choisir Cérès sur une émission monétaire, c’est donc revendiquer une légitimité populaire et plébéienne. Les magistrats monnayeurs de familles plébéiennes l’utilisent comme emblème de leur ancrage dans le peuple de Rome, face à la noblesse patricienne qui se réclame de Jupiter ou de Mars. 02 Denier · Caius Memmius · Gens Memmia Vers 56 av. J.-C. 🌾 Tête de Cérès couronnée d’épis à droite Gens MemmiaRRC 427 🏛 Légendes & description Avers Tête de Cérès couronnée d’épis à droite Portrait solennel de la déesse, voilée et couronnée d’épis de blé — type iconographique majeur de la numismatique républicaine tardive. Revers C·MEMMI·C·F — QUIRIN Légende du magistrat Caius Memmius, fils de Caius, associée à la figure de Quirinus ou à une scène liée aux traditions de la gens Memmia. Ce denier de la gens Memmia illustre le lien étroit entre Cérès et les émissions de familles plébéiennes cherchant à afficher leur enracinement populaire. Caius Memmius, triumvir monétaire vers 56 av. J.-C., choisit la tête de Cérès pour rappeler les valeurs agraires et plébéiennes de sa lignée. La couronne d’épis — attribut distinctif de la déesse — est traitée avec un soin particulier sur ce type : elle identifie immédiatement Cérès au premier regard, sans ambiguïté possible avec d’autres divinités féminines de la numismatique républicaine. ✦ Le mythe de Proserpine 03 L’enlèvement de Proserpine —
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Aplustre · Ornement de Poupe · Art Naval Antique · LesDioscures Aplustre Ornement de poupe · Art naval antique · Trophée de victoire navale · Numismatique romaine Origine Grec aplustron Emplacement Poupe du navire Forme Éventail · Palmette · Plumes Usage après victoire Trophée · Temple · Forum Monnaie citée Denier Cassia · Servilius Dans l’étude de l’architecture navale antique, l’œil est souvent attiré par la proue agressive, armée du rostre et parée de l’acrostole. Pourtant, c’est à l’arrière — au niveau de la poupe — que s’achevait l’œuvre du charpentier et du sculpteur, couronnée par un élément d’une importance symbolique et esthétique considérable : l’aplustre. Loin d’être un simple détail décoratif, cet ornement était la signature du navire, son point culminant visuel, et un marqueur de son identité et de son prestige. Capturé à l’ennemi après une victoire navale, il devenait le trophée le plus éloquent que l’on pût exposer dans un temple ou sur le Forum. « Il était de coutume de capturer l’aplustre du navire ennemi vaincu pour l’exposer comme un trophée dans un temple ou sur le Forum — preuve tangible et hautement symbolique de la supériorité militaire. » — Christopher Mérat, L’Aplustre, LesDioscures.com ✦ Définition et résonance historique 01 L’aplustre — Dignité et panache de la poupe Marine grecque & romaine Aplustre · Ornement de poupe d’une galère antique L’aplustre (du grec ancien aplustron) désigne l’ensemble des ornements sculptés et peints qui s’élevaient au-dessus de la poupe d’un navire de guerre ou de commerce — souvent disposés en forme d’éventail, de plumeaux ou d’ailes déployées. Si l’acrostole (l’ornement de proue, souvent en forme de tête d’animal ou de figure mythologique) était un symbole de force et de menace, l’aplustre incarnait plutôt la dignité et le panache — la signature visuelle du vaisseau vue depuis l’arrière. ⚡ L’aplustre comme trophée de victoire navale Chez les Grecs et les Romains, après une victoire navale, il était de coutume de capturer l’aplustre du navire ennemi vaincu pour l’exposer comme trophée dans un temple ou sur le Forum. La possession de ces pièces était une preuve tangible et hautement symbolique de la supériorité militaire — plus parlante encore que n’importe quel récit ou inscription. C’est dans ce contexte que l’aplustre devient un motif numismatique : le représenter sur une monnaie, c’est rappeler au spectateur une victoire navale précise, l’ancrer dans la mémoire collective et en tirer une légitimité politique. ✦ Formes et symbolisme de la poupe 02 Éventail, palmette, plumes — Un langage visuel codifié Signification & Identité navale La forme de l’aplustre n’était jamais laissée au hasard. Sa configuration portait des significations profondes : 🌊 Vocation protectrice L’aplustre conjurait le sort ou attirait la faveur des dieux de la mer. Motifs de plumes stylisées ou de queue de poisson — symboles de protection pour le navire et son équipage. 🏳️ Signe de reconnaissance De loin, la silhouette de l’aplustre permettait d’identifier le type de navire, son origine et le statut de son propriétaire — un étendard muet pour les amiraux et trières d’État. 🌴 La palmette Configuration en palmette (inspirée du palmier) — forme très répandue, associée à la victoire et à la gloire dans tout le monde méditerranéen antique. ⚓ La poupe sacrée L’aplustre marquait l’arrière du navire, où se tenaient le capitaine et l’équipage — faisant de la poupe la partie la plus sacrée du vaisseau dans la tradition maritime antique. ✦ L’aplustre dans la numismatique républicaine 03 Denier Cassius · RRC 505/2 — Caius Cassius & Marcus Servilius 43–42 av. J.-C. · Atelier itinérant Denier Cassia · Marcus Servilius · Aplustre 🏛 Description du denier · RRC 505/2 Avers C · CASSI · IMP Tête laurée de Libertas à droite · Caius Cassius, Imperator Revers M · SERVILIVS · LEG Aplustre · Marcus Servilius Legatus · British Museum · 3,89 g L’aplustre tenu par le guerrier au revers du denier de Marcus Servilius est l’une des représentations les plus explicites de cet ornement dans la numismatique républicaine romaine. Sa présence dans la main d’un combattant victorieux ne laisse aucune ambiguïté : il s’agit d’un trophée de victoire navale, arraché à l’ennemi et exhibé comme preuve de sa défaite. Ce motif inscrit la monnaie dans une tradition très précise de commémoration des res gestae familiales : le magistrat monétaire rappelle à ses contemporains une victoire navale de ses ancêtres, transformant chaque pièce en vecteur de mémoire dynastique. ✦ Survivance et héritage — Du navire antique aux vaisseaux de ligne 04 Du lanternon aux pavillons — La magnificence de la poupe perpétuée XVIIe – XXe siècle Si l’aplustre dans sa forme antique précise a disparu avec les évolutions de l’architecture navale, son esprit a perduré pendant des siècles : 🏮 Le Lanternon Aux XVIIe–XVIIIe siècles, les poupes des vaisseaux de ligne furent couronnées de lanternons et sculptures massives — reprenant l’idée de magnificence au point le plus élevé de l’arrière. 🎨 Les galeries sculptées Les vastes galeries ornées de figures allégoriques sur les poupes des grands vaisseaux de Louis XIV perpétuaient la tradition du navire comme œuvre d’art totale. 🚢 Les symboles modernes Aujourd’hui encore, les navires militaires portent des symboles et figures de poupe héritiers directs de cette tradition ornementale antique. 🏆 Le Couronnement L’idée que l’achèvement d’un navire se doit d’être une œuvre d’art totale — portant l’identité et la gloire de son propriétaire — traverse les siècles sans discontinuer. ✦ Fiche numismatique liée RRC 505/2 · 43–42 av. J.-C. · Argent · 3,89 g Denier Cassius · C. Cassius Longinus & M. Servilius Tête laurée de Libertas (C CASSI IMP) / Aplustre seul (M SERVILIVS LEG) — British Museum · L’une des représentations les plus épurées de l’aplustre dans le corpus républicain. → Voir la fiche 📚Notes & Références Sources antiques + Polybe, Histoires, I — Récits des premières batailles navales romaines contre Carthage (264–241 av. J.-C.) et capture des aplustres ennemis. Tite-Live, Ab Urbe Condita — Mentions des aplustres capturés exposés dans les temples de Rome après les victoires navales. Virgile, Énéide,
Pompée

Pompée le Grand · Iconographie numismatique · LesDioscures Pompée le Grand Cnaeus Pompeius Magnus · 106–48 av. J.-C. · Iconographie numismatique · République romaine Nature Général · Homme d’État Gens Pompeia · Plébéienne Attributs MAGNVS · Lituus · Quadrige Période 106 – 48 av. J.-C. Monnaies Aureus · Deniers · Asses Pompée, dit Pompée le Grand (Cnaeus Pompeius Magnus), est un général et homme d’État romain né le 29 septembre 106 av. J.-C. dans le Picenum — actuelle région des Marches — et mort le 28 septembre 48 av. J.-C. sur une plage d’Égypte. Stratège de génie, populaire auprès du peuple, il domine la scène politique romaine pendant deux décennies avant de s’effondrer face à Jules César. Sa trajectoire est l’une des plus documentées par la numismatique républicaine : ses portraits et ses titres ornent aurei, deniers et asses frappés de son vivant et longtemps après sa mort. Fils du général Cnaeus Pompeius Strabo, Pompée hérite à 19 ans de la fortune et des réseaux de son père. Dès 83 av. J.-C., il lève une armée privée pour soutenir Sylla contre les partisans de Marius. À 23 ans, ses victoires en Italie, en Sicile et en Afrique lui valent le cognomen exceptionnel de Magnus — « le Grand » — inspiré d’Alexandre le Grand, un parallèle qu’il cultivera toute sa vie dans son image publique et sur ses monnaies. Buste de Pompée le Grand · Copie romaine · Ier s. av. J.-C. · Marbre · Ny Carlsberg Glyptotek, Copenhague · Domaine public « Cesse de citer les lois — nous portons des épées. » — Pompée le Grand, rapporté par Plutarque, Vie de Pompée ✦ Représentations remarquables R1 Buste de Pompée — Ny Carlsberg Glyptotek, Copenhague Ier siècle av. J.-C. Buste de Pompée le Grand · Copie romaine d’un original hellénistique · Ier s. av. J.-C. · Marbre · Ny Carlsberg Glyptotek, Copenhague · Domaine public Ce buste est l’une des représentations les plus fiables de Pompée, identifiée par recoupement avec les portraits monétaires. Le visage charnu, les joues pleines et la coiffure caractéristique — trois mèches retombant sur le front — permettent une identification certaine. Les Anciens eux-mêmes rapportaient que Pompée soignait cette coiffure pour évoquer celle d’Alexandre le Grand, signal visuel délibéré de sa grandeur militaire. Cette même coiffure se retrouve sur les deniers et aurei frappés en son nom : la cohérence entre portrait sculpté et portrait monétaire révèle une stratégie de communication visuelle parfaitement maîtrisée, préfigurant les pratiques impériales augustéennes. R2 La mort de Pompée — Jean-Baptiste de Champaigne XVIIe siècle · Peinture baroque La mort de Pompée · Jean-Baptiste de Champaigne · XVIIe siècle · Huile sur toile · Domaine public Cette toile baroque représente l’assassinat de Pompée sur les côtes égyptiennes, le 28 septembre 48 av. J.-C. Trahi par les conseillers du jeune Ptolémée XIII qui espèrent s’attirer les faveurs de César, Pompée est poignardé dans une barque par Lucius Septimius, un ancien soldat qui avait servi sous ses ordres — trahison ultime qui résume la solitude du vaincu. Là où la sculpture antique célébrait le triomphateur couronné et rayonnant, la peinture baroque choisit délibérément le moment de la chute. Cette opposition iconographique — le vainqueur du quadrige versus la victime trahie — condense à elle seule toute la trajectoire de Pompée : de l’homme qui se comparait à Alexandre au général sans sépulture sur une plage étrangère. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Pompée le Grand Monnaies · Sculptures · Reliefs Contrairement aux divinités, les attributs de Pompée sur les monnaies relèvent du registre triomphal et sacerdotal. Chaque symbole gravé est un argument politique : il vise à asseoir simultanément l’autorité militaire, la légitimité religieuse et le prestige dynastique d’un homme qui transgresse les normes républicaines en s’affichant de son vivant sur le métal précieux. 🏆 MAGNVS Cognomen inspiré d’Alexandre, arrogé par Sylla après les victoires en Afrique. Premier usage aussi proéminent sur une monnaie républicaine. 🐘 Tête d’Afrique Coiffure en peau d’éléphant renvoyant au triomphe d’Afrique de 81 av. J.-C., premier grand succès militaire de Pompée contre Domitius Ahenobarbus. 🔱 Lituus Bâton recourbé de l’augure. Pompée était membre du collège des augures, prêtres chargés d’interpréter les signes divins pour valider les décisions publiques. 🏺 Præfericulum Cruche de libation pontife. Pompée cumule deux dignités sacerdotales (augure + pontife), double légitimité religieuse rare et politiquement signifiante. 🎖️ PRO COS Abréviation de Pro Consule. Titre par lequel Pompée exerce ses commandements extraordinaires en Espagne, contre les pirates et en Orient. 🏇 Quadrige triomphal Char à quatre chevaux couronné par la Victoire. Symbol des trois triomphes de Pompée sur trois continents : Afrique, Europe, Asie. C’est l’aureus RRC 402/1 qui concentre le plus grand nombre de ces attributs dans une même frappe, constituant un véritable manifeste dynastique. Représenter un commandant vivant dans un quadrige triomphal était, à l’époque républicaine, un acte d’autopromotion sans précédent qui préfigure directement les pratiques impériales. ✦ Représentations numismatiques ⚡ Pièce phare — Aureus RRC 402/1 · Premier portrait triomphal vivant de la République Cet aureus est l’une des pièces les plus remarquables de toute la numismatique républicaine. Représenter un commandant vivant dans un quadrige triomphal, couronné par la Victoire et identifié par son seul cognomen MAGNVS, était un acte d’autopromotion sans précédent — une transgression directe des normes aniconiques de la République. Cet aureus préfigure les portraits impériaux de quelques décennies à peine. La datation reste débattue : Mommsen la place en 81 av. J.-C. après le triomphe d’Afrique (hypothèse la plus solide, la tête d’Afrique à l’avers étant une référence directe à cette campagne), d’autres auteurs optant pour 71 av. J.-C. (après la guerre sertorienne) ou 61 av. J.-C. (après les campagnes d’Orient). Dans tous les cas, la monnaie devient ici un support de gloire personnelle — rupture fondamentale avec l’usage républicain. 02 Aureus Pompée le Grand · Gens Pompeia vers 81–71 av. J.-C. 🏛 Quadrige triomphal couronné par la Victoire · Tête d’Afrique à l’avers RRC 402/1b · Or · 8,94 gr · British Museum, Londres ·
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Neptune · Dieu des mers et des chevaux · Iconographie numismatique · LesDioscures Neptune Dieu des mers, des eaux & des chevaux · Neptunus · Équivalent de Poséidon · Iconographie numismatique Équivalent grec Poséidon Filiation Frère de Jupiter & Pluton Attributs Trident · Dauphin · Hippocampe Fête Neptunalia · 23 juillet Monnaie principale RRC 511/2 · Sextus Pompée Neptune — Neptunus — est l’un des douze grands dieux olympiens de la religion romaine, frère de Jupiter (le ciel) et de Pluton (les enfers), souverain des mers, des eaux souterraines et des tremblements de terre. Son nom pourrait dériver de racines indo-européennes (*nept-*, *neb-*) signifiant l’humide ou la brume. Avant d’être assimilé au Poséidon grec, Neptune était vraisemblablement une divinité italique plus ancienne, tutélaire des sources, des rivières et de la fertilité agricole — son lien originel avec l’eau douce que ses Neptunalia (23 juillet), fête du cœur de l’été sec, rappellent encore. Ce que Neptune a de particulier dans le panthéon romain, c’est son usage politique exceptionnel à la fin de la République : lorsque Sextus Pompée contrôla la Méditerranée entre 42 et 36 av. J.-C., bloquant les approvisionnements de Rome, il se proclama fils de Neptune et fit frapper des monnaies portant le portrait diadémé du dieu — revendication dynastique d’une légitimité divine sur les mers. Ce denier (RRC 511/2) est l’une des plus belles expressions de la propagande numismatique romaine. « Neptune calma les flots tumultueux, dissipa les nuages assemblés, rappela le soleil. Dès lors les Tritons et les Néréides poussèrent les vaisseaux vers les rivages. » — Virgile, Énéide, I, 142–147 — Neptune apaisant la tempête déchaînée par Junon pour nuire à Énée ✦ Représentations remarquables R1 Mosaïque des Saisons — Neptune, Palerme Époque romaine · Musée archéologique régional de Palerme Mosaïque des Saisons (détail Neptune) · Époque romaine · Musée archéologique de Palerme · CC BY-SA Cette mosaïque romaine de Palerme illustre Neptune dans sa représentation la plus classique : une figure majestueuse, barbe abondante, teint hâlé ou verdâtre selon les variantes, entouré des éléments aquatiques de son domaine. Le travail de tesserae — les petits cubes de pierre, de verre et de céramique colorée — permet une modulation des bleus, des verts et des ocres qui évoque directement l’univers marin où règne le dieu. Les mosaïques romaines sont l’un des supports privilégiés pour les représentations de Neptune, notamment dans les thermes, les villas maritimes et les maisons particulières des provinces côtières. Le dieu y apparaît souvent dans son char tiré par des hippocampes — créatures hybrides mi-chevaux, mi-poissons — ou entouré de Tritons et de Néréides. L’imagerie aquatique de Neptune, populaire dans tout l’Empire, reflète à la fois son culte réel et le goût romain pour les décors maritimes dans l’architecture privée. R2 Poséidon de Milos — Musée Archéologique National d’Athènes 125–100 av. J.-C. · Marbre de Paros · Musée Archéologique National d’Athènes (NAMA 235) Poséidon de Milos · Marbre de Paros · 125–100 av. J.-C. · NAMA 235, Athènes · CC BY-SA Cette statue colossale de Poséidon (Neptune), découverte sur l’île de Milos dans les Cyclades et datée des années 125–100 av. J.-C., est l’une des représentations les plus impressionnantes du dieu dans les collections grecques. Taillée dans le marbre blanc de Paros, elle déploie un canon typiquement hellénistique : musculature puissante, draperie dynamique, port de tête souverain. Le trident — attribut distinctif de Neptune/Poséidon — n’a pas été conservé mais sa position originelle est lisible dans la gestuelle du bras. La statue illustre parfaitement la continuité iconographique entre le Poséidon grec et le Neptune romain : les Romains adoptèrent intégralement le type statuaire grec pour représenter leur dieu marin. C’est ce même type — le dieu barbu au trident, nu ou semi-drapé — que Sextus Pompée fit graver sur son denier RRC 511/2, se réclamant de la filiation divine du dieu des océans pour légitimer sa thalassocratie méditerranéenne. ✦ Nature, attributs & culte 01 Neptune — Du dieu italique des sources au maître des mers Religion romaine archaïque · Neptunalia · 23 juillet 🔱 Le trident Sceptre de sa souveraineté marine. Il déclenche tremblements de terre et tempêtes en le frappant contre le sol ou les flots — *Terrae Motus*, le Secoueur de Terre. 🐬 Dauphin & hippocampe Animaux de son cortège. Le dauphin symbolise la mer bienveillante ; l’hippocampe (mi-cheval, mi-poisson) tire son char à travers les flots. 🐴 Le cheval Neptune créa le cheval dans une compétition divine. Patron des courses de chars (*Consualia*). Son lien avec les chevaux précède son rôle marin et remonte à la religion italique archaïque. 🌊 Salacia / Amphitrite Épouse de Neptune, déesse des eaux salées. Leur fils Triton, mi-homme mi-poisson, agit comme héraut paternel et calme les flots en soufflant dans une conque de mer. 🌿 Neptunalia (23 juillet) Fête estivale au cœur de la saison sèche. Les Romains construisaient des abris de feuillage (*umbrae*) près des cours d’eau, festoyaient et sacrifiaient pour assurer l’abondance en eau. L’une des caractéristiques les plus remarquables de Neptune est son double visage dans la religion romaine : dieu des eaux douces et de la fertilité dans la tradition italique ancienne, il devient sous l’influence grecque le maître des océans. Cette dualité explique que ses Neptunalia tombent non pas en période de navigation mais en plein été, moment où les sources et les puits risquent l’assèchement. On invoquait Neptune pour l’eau — toute l’eau, douce comme salée — avant de lui confier la maîtrise des flots maritimes. 02 Mythes — La colère et la faveur du dieu des mers Mythologie romaine & grecque · Virgile · Ovide Dans l’Énéide de Virgile, Neptune joue un rôle décisif : il apaise la tempête que Junon avait déchaînée contre la flotte d’Énée au livre I. L’image du dieu regardant des eaux tumultueuses depuis son char, frappant la mer de son trident pour la calmer, est l’une des plus célèbres de toute la poésie latine. Virgile utilise même une métaphore politique saisissante — Neptune est comparé à un homme de bien qui
Sextus Pompée

Sextus Pompée · Iconographie numismatique · LesDioscures Sextus Pompée Sextus Pompeius Magnus Pius · Fils de Pompée le Grand · Iconographie numismatique · République romaine Nature Personnage historique Dates v. 67 – 35 av. J.-C. Famille Gens Pompeia Période Fin de la République Rôle Amiral · Proscrit Sextus Pompée (Sextus Pompeius Magnus Pius, vers 67 – 35 av. J.-C.) est une figure clé de la fin de la République romaine, connu pour son opposition au second triumvirat (Octave, Marc Antoine, Lépide) et son rôle dans les guerres civiles. Fils cadet de Pompée le Grand et de Mucia Tertia, il symbolise la résistance républicaine face aux ambitions césariennes après l’assassinat de son père en 48 av. J.-C. Maître de la Méditerranée occidentale grâce à une flotte redoutable, il contrôla la Sicile, la Sardaigne et la Corse, menaçant l’approvisionnement en blé de Rome. Son épithète Pius — la Piété filiale — témoigne de sa dévotion à la mémoire de son père et de sa légitimité revendiquée dans le camp républicain. « Il reçut les proscrits, recueillit les esclaves fugitifs, et depuis la Sicile menaça l’Italie entière. » — Appien, Bella Civilia, V ✦ Biographie & faits marquants 01 Jeunesse et contexte familial v. 67 – 49 av. J.-C. Né à Rome, Sextus grandit dans l’ombre de son père, l’un des plus grands généraux romains. Sa mère, Mucia Tertia, appartient à une famille patricienne influente. Il a un frère aîné, Cnaeus Pompée, et une sœur, Pompéia. En 49 av. J.-C., lorsque César franchit le Rubicon et déclenche la guerre civile, Sextus reste à Rome avec sa belle-mère, Cornelia Metella, tandis que son père et son frère fuient vers l’Orient. Après la défaite de Pompée à Pharsale (48 av. J.-C.), Sextus rejoint son père à Lesbos, puis en Égypte, où il assiste à l’assassinat de ce dernier — événement fondateur de toute sa vie politique. 02 Résistance contre César 48 – 44 av. J.-C. Après la mort de son père, Sextus et son frère Cnaeus poursuivent la lutte contre César en Hispanie. Sextus participe à la bataille de Munda (45 av. J.-C.), où les forces pompéiennes sont écrasées. Son frère y perd la vie. Sextus, lui, s’échappe de justesse et se réfugie en Sicile, entamant une longue guerre d’usure. L’assassinat de César aux Ides de Mars (44 av. J.-C.) transforme profondément la situation : Sextus se retrouve soudain à la tête d’un mouvement de résistance ralliant tous les ennemis du triumvirat — proscrits, républicains exilés, anciens soldats pompéiens. 03 Maître de la Sicile et des mers 44 – 36 av. J.-C. ⚓ Amiral — Maître des routes maritimes Établi en Sicile, Sextus y constitue une puissante flotte et accueille les proscrits et opposants au triumvirat. Grâce au contrôle des routes maritimes, il perturbe durablement l’approvisionnement en blé de Rome — une arme redoutable en politique, qui lui valut le surnom de maître des mers. Cette stratégie lui confère une réputation ambiguë : héros républicain pour les uns, pirate et perturbateur pour les autres. Ses adversaires triumviraux l’accusaient de s’allier avec Neptune lui-même — allégorie qu’il cultive sur ses monnaies, se faisant représenter en fils du dieu des mers. ✦ Attributs iconographiques 04 Les emblèmes de Sextus Pompée Monnaies · Propagande · 42 – 36 av. J.-C. L’iconographie de Sextus Pompée sur ses émissions monétaires est délibérément chargée de sens politique : elle revendique la légitimité dynastique pompéienne et la maîtrise des flots, tout en se distinguant radicalement des représentations triumvirales. ⚓ Ancre navale Symbole de sa domination maritime et de la flotte qui fait sa puissance. 🔱 Trident de Neptune Sextus se pose en fils de Neptune, maître des mers — allégorie de propagande. 🦅 Aigle légionnaire Référence à l’héritage militaire de Pompée le Grand et des légions républicaines. 🌊 Scylla Monstre marin figuré sur le revers de certaines monnaies, évoquant la Sicile et les détroits. 🏛️ Portrait dynastique Portrait de Pompée le Grand à l’avers — revendication de légitimité filiale. ⚡ Épithète PIUS Magnus Pius : la piété filiale érigée en vertu politique et militaire. Ces symboles forment un programme iconographique cohérent : Sextus n’est pas un simple rebelle, mais le légitime héritier d’un imperium républicain, protégé des dieux et des flots. ✦ Représentation numismatique ⚡ Seule émission d’aureus au nom de Sextus Pompée L’aureus émis au nom de Sextus Pompeius Magnus est une pièce d’une exceptionnelle rareté. Frappé en dehors de Rome, dans un atelier de campagne probablement sicilien, il témoigne des ambitions monarchiques d’un homme qui se posait en rival direct d’Octave et de Marc Antoine. La représentation de Pompée le Grand à l’avers, associée à des symboles navals au revers, constitue une déclaration politique forte : Sextus incarne la continuité du nom pompéien face aux héritiers de César. 05 Aureus Sextus Pompée · Sextus Pompeius Magnus v. 42 – 38 av. J.-C. 🏛 Portrait de Pompée le Grand · Avers Aureus Sextus Pompée · Sextus Pompeius Magnus · Or · Atelier de Sicile · v. 42–38 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers MAG · PIVS · IMP · ITER Portrait de Pompée le Grand à droite — revendication de la légitimité dynastique et de la piété filiale (Pius). Revers PRÆF · CLAS · ET · ORAE · MARIT · EX · S·C Titre de Préfet de la flotte et des côtes maritimes — par décret du Sénat. Évoque la légitimité institutionnelle de son commandement naval. Cet aureus est l’une des rares monnaies d’or frappées au nom de Sextus Pompée. Son titre de Præfectus classis et orae maritimae y figure en toutes lettres, légitimant par l’autorité sénatoriale son contrôle des mers. La mention ex S.C. (par décret du Sénat) renvoie au traité de Misène (39 av. J.-C.), par lequel le triumvirat avait reconnu officiellement son pouvoir. Ce type monétaire constitue un document de propagande politique autant qu’un instrument économique : frappé loin de Rome, il affirme la prétention de Sextus à gouverner un empire maritime indépendant. ✦ Conflit avec le triumvirat & chute 06 Le pacte de Misène et
Scylla

Scylla · Iconographie numismatique · LesDioscures Scylla Monstre marin de la mythologie grecque · Iconographie numismatique · République romaine Nature Monstre marin Origine Grecque · Romaine Attributs Six têtes · Têtes de chiens · Tentacules Filiation Phorcys & Céto · ou Nymphe transformée Monnaies Denier de Sextus Pompée Scylla (ou Scylle) est l’un des monstres marins les plus fascinants de la mythologie gréco-romaine, incarnant à la fois la terreur des profondeurs et une tragédie personnelle d’une rare intensité. Résidant dans une grotte élevée d’un détroit étroit — souvent identifié au détroit de Messine entre l’Italie et la Sicile — elle symbolise les périls imprévisibles qui guettent les navigateurs. Sa représentation sur le denier de Sextus Pompée, fils du grand Pompée, témoigne du rôle que ce symbole mythologique a joué dans la propagande politique romaine. Maître de la Sicile et de la mer au Ier siècle avant notre ère, Sextus Pompée se réclamait de Neptune et convoquait les monstres des détroits pour asseoir sa domination maritime. « Elle aboyait d’une voix terrible : on eût dit les cris d’une jeune chienne — elle avait douze pattes difformes et six cous démesurés, et sur chacun une tête affreuse avec trois rangées de dents. » — Homère, Odyssée, Chant XII ✦ Représentations remarquables R1 Cratère en cloche attique à figures rouges — Musée du Louvre 450–425 av. J.-C. Scylla · Céramique attique à figures rouges · CA 1341 · 450–425 av. J.-C. · Musée du Louvre, Paris · Domaine public Ce cratère en cloche attique offre l’une des plus belles représentations de Scylla dans la céramique grecque classique. Le monstre y est figuré selon l’iconographie canonique : buste de femme aux bras levés, entouré de protomés de chiens jaillissant de sa taille, et une queue de poisson ou de serpent en partie inférieure. Les chiens grognants à sa ceinture sont l’un des traits les plus distinctifs du personnage, présent dès les représentations les plus anciennes. La vigueur du style à figures rouges permet de rendre avec précision l’ambivalence fondamentale du mythe : Scylla conserve une beauté féminine dans la partie supérieure de son corps, rappelant la nymphe qu’elle fut, tandis que sa moitié inférieure révèle l’horreur de sa transformation. Cette œuvre est conservée sous la cote CA 1341 au musée du Louvre. R2 Scylla et Charybdis — Représentation sur denier de Sextus Pompée 42–38 av. J.-C. Denier Sextus Pompée · Sextus Pompeius Magnus · Argent · 42–38 av. J.-C. · RRC 511 Ce denier frappé sous l’autorité de Sextus Pompée constitue la représentation numismatique la plus célèbre de Scylla dans la monnaie républicaine romaine. Le revers figure le monstre en position dynamique, brandissant un aviron ou un gouvernail, symbole du pouvoir maritime que Sextus entendait revendiquer face à Octave. Par rapport à la sobriété de la céramique grecque classique, cette monnaie romaine inscrit Scylla dans un contexte proprement politique : la créature n’est plus seulement un danger mythologique, elle devient l’emblème d’une domination sur les détroits et sur la mer. Cette réinterprétation illustre la capacité de Rome à s’approprier les monstres du monde grec pour les mettre au service de sa propagande. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Scylla Céramiques · Mosaïques · Monnaies L’iconographie de Scylla est remarquablement stable de la Grèce archaïque à Rome impériale. Ses attributs forment un vocabulaire visuel immédiatement reconnaissable, que l’on retrouve aussi bien sur les céramiques attiques que sur les mosaïques pompéiennes ou les deniers républicains. 🐕 Têtes de chiens Jaillissant de sa taille, elles aboient et mordent les marins. Trait le plus distinctif, présent dans toutes les traditions. 🐍 Six têtes serpentines Aux cous longs et sinueux, chacune armée de trois rangées de dents. Permettent de saisir six marins simultanément. 🐟 Corps ichtyomorphe Queue de poisson ou de serpent en partie inférieure, soulignant sa nature marine et son appartenance aux profondeurs. 👩 Buste féminin La partie supérieure reste celle d’une belle femme, rappel poignant de la nymphe qu’elle était avant sa transformation. ⚓ Gouvernail / aviron Sur les monnaies de Sextus Pompée, Scylla brandit un gouvernail, symbole de la maîtrise des mers revendiquée par le dynaste. 🌊 Détroit de Messine Localisation traditionnelle de son repaire, en face de Charybdis, entre l’Italie et la Sicile. Dans la numismatique républicaine, ces attributs sont simplifiés pour s’adapter à la contrainte du flan monétaire : on reconnaît Scylla principalement à son buste féminin, aux chiens à sa ceinture et à sa posture combative. La monnaie de Sextus Pompée est l’exemple le plus abouti de cette synthèse iconographique. ✦ Représentation numismatique ⚓ Seule grande représentation républicaine de Scylla Le denier de Sextus Pompée (RRC 511) constitue la référence numismatique principale pour Scylla dans le monnayage romain républicain. En choisissant ce monstre des détroits comme emblème de revers, Sextus affirmait sa domination sur la mer et sur les routes maritimes stratégiques entre l’Italie et la Sicile — territoire qu’il contrôlait face aux triumvirs. Cette instrumentalisation politique d’un mythe grec est caractéristique de la propagande tardo-républicaine, qui n’hésitait pas à puiser dans le répertoire des monstres et des dieux marins pour légitimer une puissance militaire. 02 Denier de Sextus Pompée · Scylla au revers 42–38 av. J.-C. 🌊 Scylla brandissant un gouvernail — posture combative RRC 511 · Denier · Argent · Atelier Sicile · 42–38 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers MAG · PIVS · IMP · ITER Portrait de Neptune (ou de Sextus Pompée lui-même assimilé au dieu marin), avec trident. La légende proclame Sextus Pompée Magnus Pius, imperator pour la deuxième fois. Revers PRÆF · CLAS · ET · ORAE · MARIT · EX · S · C Scylla en posture agressive, avec buste féminin, chiens à la ceinture et queue de cétacé, brandissant un gouvernail. La légende le désigne comme préfet de la flotte et des côtes maritimes, par décret du Sénat. Ce denier est un témoignage exceptionnel de la propagande maritime tardo-républicaine. En associant son titre officiel de préfet de la flotte à l’image de Scylla — maîtresse redoutée du détroit de Messine —,
Kylix

Kylix · Coupe à Vin Grecque · Symposion · LesDioscures Kylix Coupe à vin grecque · Symposion · Tondo · Kottabos · Numismatique romaine Nature Coupe à vin céramique Forme Peu profonde · 2 anses · Pied gracile Contexte Symposion grec Décor intérieur Tondo Monnaie citée Denier Cassia · RRC 413/1 S’il est un objet qui incarne à lui seul l’art de vivre de la Grèce antique, c’est bien le kylix. Bien plus qu’une simple coupe à vin, ce récipient peu profond — flanqué de deux anses horizontales et élevé sur un pied gracile — était le protagoniste incontournable du symposion, le banquet grec. Entre prouesse technique, support de narration et instrument de jeu, le kylix condense en un seul objet la complexité du monde grec : beauté formelle, convivialité ritualisée et richesse iconographique. Sa présence sur le denier Cassia témoigne de la profonde hellénisation de l’aristocratie romaine républicaine. « Pour le convive grec, boire dans un kylix était une expérience interactive — au fur et à mesure que le vin baissait, une image surgissait du fond, surprise réservée à celui qui avait tout bu. » — Christopher Mérat, Kylix, LesDioscures.com ✦ Une forme étudiée pour le plaisir 01 Design et fonctionnalité — Ergonomie du banquet grec Grèce classique · VIe – IVe s. av. J.-C. Kylix · Coupe à vin grecque du symposion Le design du kylix n’est pas le fruit du hasard. Sa forme évasée permettait au vin de s’oxygéner rapidement, libérant tous ses arômes. Les deux anses horizontales permettaient une manipulation aisée, même en position allongée sur un kliné (lit de banquet) — posture caractéristique du convive grec lors des symposia. 🍷 La coupe évasée Forme peu profonde permettant l’oxygénation du vin. Plus large que haute — geste d’ouverture vers le convive et vers la conversation. ✋ Les deux anses Manipulation aisée en position allongée sur le kliné. Le pouce et l’index glissés dans les anses permettaient de tenir la coupe sans la poser. 🏺 Le pied gracile Élément de distinction artistique — pied fin et élancé qui élève la coupe et lui confère une silhouette élégante, signature du savoir-faire des céramistes grecs. 🎨 Le Tondo Médaillon circulaire au fond de la coupe — la véritable magie du kylix. Invisible au début du repas, il se révèle au fur et à mesure que le vin est bu. ✦ Le Tondo — L’art de la surprise 02 Une expérience interactive — L’image révélée par le vin Figures noires · Figures rouges · VIe – Ve s. av. J.-C. La véritable magie du kylix réside dans son tondo : le médaillon circulaire situé au fond de la coupe. Pour le convive, boire dans un kylix était une expérience interactive — au fur et à mesure que le niveau du vin baissait, une image commençait à apparaître, surgissant lentement de l’obscurité du vin sombre. ⚡ Scènes mythologiques Les exploits de Dionysos (dieu du vin, tutélaire du symposion), d’Héraclès ou d’Achille — la coupe place le buveur dans l’intimité des dieux. 🏃 Vie quotidienne Athlètes à l’entraînement, scènes de chasse, musiciens — et parfois des scènes de banquet elles-mêmes, mise en abyme délicieuse de l’utilisateur dans sa propre situation. 😱 Humour et Gorgones Parfois, des visages de Gorgones ou des images grivoises surgissaient pour surprendre le buveur une fois sa coupe vidée — humour essentiel du symposion. 👁️ Les Yeux apotropaïques Sur certains kylikes, deux grands yeux peints à l’extérieur regardent le convive — convention décorative propre au type « à yeux », pour éloigner le mauvais œil. ⚡ Tleson, Euphronios — Peintres de renom Des peintres de renom comme Tleson ou Euphronios ont utilisé la surface du kylix comme une véritable toile, perfectionnant d’abord la technique des figures noires (silhouettes sombres sur fond clair, vers 550–480 av. J.-C.) puis celle des figures rouges (figures orangées sur fond noir, vers 530–300 av. J.-C.), permettant un rendu anatomique et expressif bien plus précis. Aujourd’hui, ces coupes sont des sources inestimables pour comprendre les codes sociaux, les vêtements et les rituels de la Grèce classique. ✦ Le Kottabos — Le jeu du symposion 03 Jeu d’adresse et de convivialité — Projeter la lie Grèce classique · Ve – IVe s. av. J.-C. Le kylix n’était pas seulement utilisé pour boire, mais aussi pour jouer. Le kottabos était un jeu d’adresse très prisé lors des symposia : le convive glissait un doigt dans l’une des anses du kylix et, d’un geste sec du poignet, projetait les dernières gouttes de vin (la lie, en grec tryx) vers une cible. Cette cible pouvait être : 🥏 Le plateau en bronze Version classique — un plateau (plastinx) en équilibre précaire sur une tige verticale. Le buveur devait le faire tomber en projetant sa lie. 🚢 Les bateaux flottants Version nautique — de petits bols flottant dans une vasque d’eau. Il fallait les remplir et les faire couler avec la lie projetée. ❤️ Dimension amoureuse En projetant sa lie, le convive prononçait le nom de la personne aimée — si le coup était réussi, c’était bon signe pour ses amours. Ce jeu était un mélange de précision athlétique et de décontraction festive — un art en soi, dans la continuité de l’idéal grec associant performance physique et joie du banquet. Il était si prisé qu’il donna naissance à des représentations artistiques dédiées, notamment sur les kylikes eux-mêmes. ✦ Le kylix dans la numismatique romaine — Denier Cassia 04 Denier Cassia · RRC 413/1 · Lucius Cassius Longinus 63 av. J.-C. · Rome · Lex Tabellaria Denier Cassia · RRC 413/1 · Lucius Cassius Longinus · 63 av. J.-C. 🏛 Description du denier · RRC 413/1 Avers Anépigraphe Tête voilée de Vesta à gauche · Derrière : le kylix (ou cymbium — vase à deux anses) · Devant : lettre de contrôle Revers LONGIN · III · V Citoyen debout à gauche, déposant un bulletin de vote inscrit V (Vti rogas — « comme tu demandes », vote favorable) dans une ciste servant d’urne · Longinus triumvir monétaire Le kylix
Vestale

Vestale · Iconographie numismatique · LesDioscures Vestale Prêtresse de Vesta · Gardienne du feu sacré · République & Empire romains Nature Prêtresse sacrée Origine Romaine · Patriciennes Fondation Numa Pompilius · VIIIe s. av. J.-C. Service 30 ans · 6 à 10 ans Fin du culte 394 apr. J.-C. Les vestales étaient des prêtresses consacrées à Vesta, la déesse romaine du foyer, de la famille et de l’État. Leur institution, selon la tradition, fut établie par le roi Numa Pompilius (717–673 av. J.-C.), le deuxième roi légendaire de Rome, pour garantir la protection divine de la cité. Elles incarnaient la pureté et la stabilité de Rome, leur rôle étant considéré comme vital pour la survie de l’État. Choisies entre 6 et 10 ans parmi les filles de familles patriciennes, elles devaient être physiquement parfaites, sans défauts, leurs parents vivants. Initialement au nombre de deux, elles passèrent à quatre, puis six sous les rois ou au début de la République. Leur engagement durait 30 ans, divisés en trois phases : 10 ans d’apprentissage, 10 ans de service actif, et 10 ans d’enseignement aux novices. Grande Vestale (Virgo Vestalis Maxima) · D’après la statue à Rome · G. Ferrero, The Women of the Caesars · Domaine public « Si une vestale laissait s’éteindre le feu sacré, elle était fouettée par le grand pontife ; c’était un présage funeste pour la cité. » — Plutarque, Vies parallèles, Numa, X ✦ Représentation remarquable R1 La Grande Vestale — Statuaire romaine Époque impériale La tradition iconographique des vestales est principalement connue par la statuaire romaine, notamment les statues de marbre découvertes dans la Maison des Vestales (Atrium Vestae) au Forum romain. Ces effigies représentent les prêtresses debout, drapées d’un voile blanc (suffibulum), portant une couronne tressée (corona) et des bandelettes de laine (vittae). La Virgo Vestalis Maxima, grande vestale et chef de l’ordre, est représentée avec des attributs supplémentaires de dignité. Ces statues, souvent accompagnées d’inscriptions honorifiques, constituaient une forme de mémorial institutionnel unique pour des femmes dans la Rome antique — attestant de l’extraordinaire statut public accordé aux vestales dans une société patriarcale. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes des Vestales Statuaire · Monnaies · Littérature antique Les attributs associés aux vestales dans l’iconographie antique reflètent leur double rôle de gardiennes sacrées et de symboles vivants de la pureté romaine. Ils se distinguent nettement des attributs guerriers ou dionysiaques, insistant sur la flamme, la chasteté et la médiation entre cité et dieux. 🔥 Feu sacré La flamme éternelle du temple de Vesta, symbole de la pérennité de Rome — leur première et absolue responsabilité. 🤍 Voile blanc Le suffibulum, voile de lin blanc agrafé sur la poitrine, insigne de leur pureté et de leur consécration divine. 🌾 Mola salsa Mélange de farine salée préparé rituellement par les vestales, répandu sur les animaux sacrificiels lors des cérémonies publiques. 🏺 Palladium Statue sacrée de Pallas Athéna, gardée secrètement par les vestales — censée garantir la survie même de Rome. 🎀 Vittae Bandelettes de laine blanche ornant leur coiffure, symbole de leur statut sacré et de leur inviolabilité rituelle. ⚖️ Grâce & Justice Pouvoir exceptionnel de gracier tout condamné rencontré par hasard — droit unique accordé à nulle autre femme de Rome. Ces attributs traversent toute la tradition iconographique liée aux vestales, des monnaies républicaines aux peintures néoclassiques. Ils traduisent l’image d’une institution dont le pouvoir reposait non sur les armes, mais sur la pureté, le rite et la protection divine de l’État. ✦ Devoirs & responsabilités sacrées 🔥 Gardiennes du feu éternel de Rome Dans le temple de Vesta, situé au cœur du Forum romain, les vestales veillaient sur le feu éternel, symbole de la pérennité de Rome. Si le feu s’éteignait, cela était vu comme un mauvais présage, et la responsable pouvait être fouettée par le Pontifex Maximus (grand prêtre). Le feu était rallumé chaque 1er mars, nouvel an romain, avec des méthodes rituelles comme le frottement de bois. Elles préparaient la mola salsa, participaient aux Vestalia (fêtes du 7 au 15 juin), et protégeaient des objets mystérieux dont le Palladium. Ces tâches faisaient d’elles des intermédiaires indispensables entre les dieux et la cité. 02 Le vœu de chasteté & ses sanctions Du VIIIe s. av. J.-C. au IVe s. apr. J.-C. ⚖ Institution sacrée de la République romaine Le vœu de chasteté était au cœur de leur fonction, car leur pureté était censée refléter la sainteté de Rome. Briser ce vœu était considéré comme une trahison contre l’État. Une vestale reconnue coupable était condamnée à être enterrée vivante dans une petite chambre souterraine avec un peu de nourriture et d’eau — mort symbolique pour éviter de verser son sang directement. ⚖ Statut juridique exceptionnel Droits Indépendance légale complète Elles pouvaient gérer leurs biens sans tuteur, rédiger leur testament et témoigner en justice — droits rarissimes pour les femmes romaines. Honneurs Places réservées · Licteurs · Grâce Places réservées dans les théâtres et jeux, escorte de licteurs officiels, pouvoir de gracier tout condamné à mort rencontré par hasard. Richesse Dotation de l’État · Dons Leur service était rémunéré et elles recevaient des dons considérables, leur permettant d’accumuler une fortune personnelle notable. Des cas célèbres incluent Opimia et Floronia (216 av. J.-C.), exécutées après la défaite de Cannes — leur crime servant de bouc émissaire pour apaiser les dieux. À l’inverse, Tuccia prouva son innocence en portant de l’eau dans un tamis sans en renverser, une intervention divine supposée qui la fit acquitter. ✦ Représentation numismatique 03 Denier Claudia — Caius Claudius Vestalis IIe – Ier s. av. J.-C. 🏛 Référence directe aux vestales sur les monnaies républicaines Denier Claudia · Caius Claudius Vestalis · Gens Claudia · République romaine Le denier frappé par Caius Claudius Vestalis constitue l’une des références numismatiques les plus directes aux vestales dans la monnaie républicaine. Le cognomen Vestalis du magistrat monétaire établit un lien explicite avec le culte de Vesta et ses prêtresses — pratique courante de la gens Claudia pour afficher sa piété et sa légitimité religieuse. Cette
Flora

Flora · Iconographie numismatique · LesDioscures Flora Déesse des fleurs & du printemps · Iconographie numismatique · République romaine Nature Divinité romaine Origine Italique / Sabine Attributs Bouquet · Couronne de fleurs Équivalent grec Chloris (nymphe) Fête Floralia (27 avr.–3 mai) Flore (Flora en latin) est une divinité romaine ancienne associée aux fleurs, au printemps et à la fertilité. Considérée comme une déesse agraire, son rôle principal était de protéger la floraison des céréales, des arbres fruitiers et des plantes sauvages, conditions essentielles à l’abondance des récoltes et à la production de miel. Elle est souvent rapprochée de Venus pour son rôle dans la vitalité végétale, et associée à des divinités comme Cérès (agriculture) ou Pomone (fruits). Son équivalent grec est la nymphe Chloris. Selon le poète Ovide, Chloris, séduite et emportée par Zéphyr (le vent d’ouest), devint Flore et reçut en don le pouvoir de régner sur les fleurs et le printemps. Une divinité d’origine italique, introduite à Rome selon la tradition par le roi sabin Titus Tatius, et dont le culte était répandu chez les Sabins et les Samnites bien avant son intégration dans le panthéon officiel romain. « J’étais Chloris, que l’on nomme maintenant Flora : une lettre latine a altéré mon nom grec. » — Ovide, Fastes, V, 195 ✦ Représentations remarquables R2 Flora cueillant des fleurs — Fresque de Stabies Ier siècle av. J.-C. Flora cueillant des fleurs · Fresque de Stabies · Ier siècle av. J.-C. · Musée archéologique national de Naples · Domaine public Cette fresque découverte à Stabies (Castellammare di Stabia), conservée au Musée archéologique national de Naples, est l’une des rares représentations antiques directes de Flore. La déesse y est figurée de profil, légèrement penchée, en train de cueillir délicatement des fleurs — geste fondateur de son identité divine. Sa robe légère, son attitude gracieuse et les fleurs qui l’entourent composent une image de douceur printanière parfaitement accordée à ses attributions. Par rapport à l’interprétation botticellienne, la fresque antique privilégie la simplicité et l’intimité du geste sur la mise en scène allégorique. Elle nous donne à voir Flore dans l’exercice même de sa fonction divine, sans rhétorique mythologique supplémentaire. ✦ Attributs iconographiques 01 Les emblèmes de Flora Monnaies · Fresques · Sculptures Sur les monnaies républicaines comme dans la peinture et la sculpture antiques, Flore est identifiée par un ensemble d’attributs constants qui renvoient à son domaine — le règne végétal, le renouveau et la fécondité. 🌸 Couronne de fleurs Diadème végétal ornant la tête de la déesse, signe de son empire sur la floraison. 💐 Bouquet Flore tient souvent un bouquet ou des fleurs éparses, geste de don et de fécondité. 🌿 Guirlande végétale Portée par les fidèles lors des Floralia, elle symbolise le lien entre la déesse et la nature en fête. 🌾 Épis de céréales Rappel de sa fonction agraire : protéger la floraison des blés et assurer l’abondance des récoltes. 🌹 Rose Selon la légende, Flore créa la rose en transformant une nymphe mourante avec l’aide d’Apollon et Bacchus. 🐝 Abeilles / Miel Flore protège la floraison dont dépendent les abeilles, faisant d’elle une déesse bienveillante pour les apiculteurs. Sur les deniers républicains, Flore apparaît généralement sous les traits d’une jeune femme de profil, couronnée de fleurs ou portant une guirlande. La finesse de l’exécution sur ces petites monnaies témoigne de l’importance que les magistrats monétaires accordaient à sa représentation. ✦ Représentations numismatiques 🌸 Le denier Servilia — Seul denier républicain représentant Flora RRC 239/1Gens Servilia Le denier de Caius Servilius (RRC 239/1), frappé vers 136 av. J.-C., est le représentant le plus notable de Flore dans la numismatique républicaine romaine. La déesse y figure à l’avers, couronnée de fleurs, dans un portrait d’une grande élégance. Ce choix iconographique par la gens Servilia n’est pas anodin : il témoigne du prestige du culte de Flore à Rome et de son ancrage dans la vie religieuse et agricole de la cité. La présence de Flore sur une monnaie officielle souligne l’importance de son culte pour la prospérité de Rome — la floraison des céréales étant une condition sine qua non de la sécurité alimentaire de la République. 02 Denier Servilia · Caius Servilius · RRC 239/1 Vers 136 av. J.-C. 🌸 Buste de Flora de face à droite, couronnée de fleurs Gens Serviliac. 136 av. J.-C. 🏛 Légendes & description Avers FLORA Buste de Flora à droite, couronnée de fleurs ; derrière, contremarque possible. Revers C · SERVEILI · M · F Les Dioscures à cheval galopant à droite, tenant chacun une lance ; étoile au-dessus des têtes. Ce denier associe au revers le motif très populaire des Dioscures (Castor et Pollux) au galop — type hérité de l’iconographie républicaine la plus classique — à l’avers original de Flore. Ce contraste iconographique entre la déesse végétale et les héros guerriers illustre la richesse symbolique de la monnaie républicaine. Le choix de Flore par le magistrat Caius Servilius pourrait également avoir une dimension politique ou familiale : une référence à des terres agricoles, à des victoires lors des Floralia, ou simplement à la piété de la gens Servilia envers cette divinité ancienne. ✦ Culte & Floralia 03 Les Floralia — Fêtes du renouveau printanier Annuelles à partir de 114 av. J.-C. Les Floralia (ou Ludi Florales) étaient des fêtes populaires célébrées du 27 avril au 3 mai en l’honneur de Flore. Ces festivités, marquées par des jeux, des danses, des spectacles scéniques et une certaine licence joyeuse — parfois qualifiée d’érotique par les auteurs anciens —, symbolisaient le renouveau et la fertilité. Les participants portaient des guirlandes de fleurs colorées, et des animaux comme des chèvres ou des lièvres étaient relâchés dans l’arène. Les premières Floralia furent instituées en 238 av. J.-C., mais c’est le Sénat qui les rendit annuelles en 114 av. J.-C., après des années de disette attribuées à la colère de Flore. Cette décision officielle témoigne de l’importance accordée à la déesse dans la vie religieuse et économique de Rome : la floraison des céréales
Les Dioscures

Les Dioscures · Castor et Pollux · Iconographie numismatique · LesDioscures Les Dioscures Castor & Pollux · Διόσκουροι · Jumeaux de Zeus · Protecteurs des marins & des guerriers · Iconographie numismatique Origine Grèce · Rome (via Magna Graecia) Filiation Zeus & Léda · Tyndare & Léda Attributs Chevaux blancs · Étoiles · Pilos Constellation Gémeaux Temple romain Forum Romain · 484 av. J.-C. Les Dioscures — Castor et Pollux — sont parmi les figures mythologiques les plus présentes de toute la numismatique républicaine romaine. Depuis les premiers deniers anonymes frappés après 211 av. J.-C. jusqu’aux émissions des grandes familles de la fin de la République, leur image au revers — deux cavaliers cuirassés galopant à droite, coiffés du pilos étoilé, lances à la main — est le revers fondateur du denier romain. C’est avec cette iconographie que Rome a défini son premier langage numismatique. Nés de Léda à la suite de deux unions simultanées — l’une avec Zeus métamorphosé en cygne, l’autre avec le roi Tyndare — Castor est mortel et dompteur de chevaux, Pollux immortel et pugiliste redoutable. Cette dualité mortel/divin, frère/jumeau, est au cœur de leur mythe : quand Castor est tué, Pollux refuse l’immortalité sans lui et demande à Zeus de partager son sort. Ils alternent désormais entre l’Olympe et les Enfers, un jour chacun — et brillent ensemble dans la constellation des Gémeaux. « Ô dieux puissants des mers, que votre étoile bienveillante guide le navire ; vous qui avez délivré Hélène, vous qui avez sauvé Argos — soyez pour nous le signe favorable. » — D’après Horace, Odes, I, 3 — prière aux Dioscures protecteurs des marins ✦ Représentations remarquables R1 Groupe de San Ildefonso — Castor & Pollux (ou Oreste & Pylade) Époque romaine (copie d’un original hellénistique) · Musée du Prado, Madrid Groupe de San Ildefonso · Castor et Pollux (?) · Époque romaine · Musée du Prado, Madrid · Domaine public Ce groupe sculpté, dit « Groupe de San Ildefonso » du nom du palais espagnol qui l’abrita avant son entrée au Prado, représente deux jeunes hommes debout, intimement liés dans une posture de complicité fraternelle. L’identification traditionnelle les rattache à Castor et Pollux ; d’autres auteurs y voient Oreste et Pylade, archétype de l’amitié héroïque. Cette ambiguité est elle-même révélatrice : les Dioscures incarnent si parfaitement l’idéal de la fraternité indissoluble que leur image fusionné avec celle de tout couple héroïque. La sculpture est une copie romaine d’un original hellénistique. Les deux figures sont traitées dans le style néo-attique caractéristique de la sculpture romaine de haute époque : corps idéalisés, drapés élégants, expression sereine. Le contraste entre l’un des personnages encore vivant et l’autre dont la posture suggère la mort ou le sommeil évoque précisément le mythe fondateur : Pollux refusant la mort séparée de son frère mortel Castor. R2 Temple des Dioscures — Les trois colonnes du Forum Romain Vœu de 499 av. J.-C. · Dédié en 484 av. J.-C. · Reconstruit par Tibère en 6 ap. J.-C. Temple de Castor et Pollux · Trois colonnes corinthiennes · Forum Romain, Rome · CC BY-SA Ces trois colonnes corinthiennes sont parmi les vestiges les plus emblématiques du Forum Romain. Elles appartiennent au temple reconstruit par Tibère et dédié en 6 ap. J.-C. — avec l’entablement qu’elles soutiennent, elles sont considérées comme l’un des plus beaux exemples survivants de l’ordre corinthien romain. Le temple original fut voué par le dictateur Aulus Postumius avant la bataille du lac Regillus (vers 499–496 av. J.-C.) : selon la légende, Castor et Pollux apparurent sur le champ de bataille comme deux cavaliers sur chevaux blancs et conduisirent les Romains à la victoire. Le temple occupait une place centrale dans la vie civique et religieuse romaine : le Sénat y tint des séances ; c’est là qu’étaient conservés les étalons officiels des poids et mesures ; les banquiers y établissaient leurs tables de change dans les niches de la base. Chaque année le 15 juillet, une grande parade de cavalerie — la transvectio equitum, jusqu’à 5 000 cavaliers — partait devant le temple en souvenir de Regillus. Auguste y associa ses petits-fils Gaius et Lucius, puis Tibère y ajouta son propre nom avec celui de son frère Drusus. ✦ Mythe & iconographie 01 Castor & Pollux — La dualité mortel / divin Mythologie grecque & romaine 🐴 Castor Mortel, fils de Tyndare. Dompteur de chevaux hors pair, associé à la chasse et à l’équitation. Tué par Idas lors de l’enlèvement des filles de Leucippe. ⭐ Pollux Immortel, fils de Zeus. Pugiliste redoutable. Refuse l’immortalité sans son frère — ils alternent désormais entre Olympe et Enfers, un jour chacun. ⛵ Feu de Saint-Elme Les lueurs électriques qui couronnent les mâts par temps d’orage étaient perçues par les marins antiques comme la présence protectrice des Dioscures. ♊ Gémeaux Zeus les plaça dans le ciel comme constellation. Leur alternance entre immortalité et mort symbolisait, pour les Pythagoriciens, l’harmonie universelle. L’iconographie des Dioscures sur les monnaies républicaines est d’une remarquable cohérence sur plus d’un siècle : deux cavaliers cuirassés, manteau flottant sur l’épaule, coiffés du bonnet conique (pilos) surmonté d’une étoile, galopant à droite, tenant chacun une javeline. Cette image est issue directement de l’iconographie spartiate des ánakes — les « Rois » — et des peintures de vases grecs. La présence systématique des étoiles au-dessus des bonnets rappelle leur nature céleste et leur identification avec la constellation des Gémeaux. 02 Le Lac Regillus & l’introduction du culte à Rome 499–484 av. J.-C. · Rome Le culte des Dioscures fut introduit à Rome après la bataille du lac Regillus (vers 499 ou 496 av. J.-C.), où la jeune République affronta la coalition des cités latines soutenant les Tarquins exilés. Selon la légende, deux jeunes cavaliers inconnus sur chevaux blancs surgirent au moment le plus critique de la bataille et conduisirent les Romains à la victoire — puis furent vus, quelques heures plus tard, sur le Forum, abreuvant leurs chevaux à la source de Juturne. Identifiés aux Dioscures, ils justifièrent